29.03.2025 à 11:28
La trêve en Ukraine : qui croira-t-on en cas de violation ? L’administration américaine sera-t-elle objective ? Rien n’est moins sûr.
<p>Cet article Question de conscience : des trêves et des vérités a été publié par desk russie.</p>
Cet article de l’historienne militaire britannique a été publié juste avant la conversation téléphonique entre Donald Trump et Vladimir Poutine, mais l’accord sur la trêve limitée – qui comprend l’arrêt mutuel des frappes sur les structures énergétiques et l’arrêt des hostilités en mer Noire – ne change en rien le raisonnement de la chercheuse : qui croira-t-on en cas de violation de la trêve (celle-ci ou une autre) ? L’administration américaine sera-t-elle objective ? Rien n’est moins sûr.
Certaines guerres concernent le territoire, d’autres le pouvoir. Parfois, il semble que cette guerre concerne tout, mais cela pourrait refléter mon propre engagement dans ce conflit. Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons vu depuis fin janvier, cette guerre concerne également la conscience, la façon dont la réalité est interprétée, manipulée et finalement façonnée.
Les pourparlers de cessez-le-feu à Djeddah ne font pas exception. L’Ukraine a indiqué qu’elle était prête à accepter une proposition américaine de trêve de 30 jours. Washington, à son tour, a promis de reprendre le partage des renseignements et l’aide militaire (celle promise par Biden, et non une nouvelle aide).
À première vue, c’est une victoire de la diplomatie. Et ça l’est. Mais en y regardant de plus près, la diplomatie a l’air encore plus distordue. La nouvelle administration américaine interprète clairement la réalité d’une manière différente de la majorité de l’Europe, y compris et surtout de l’Ukraine. La Maison-Blanche semble croire qu’une diplomatie de bonne foi avec la Russie est possible, sans recourir à des moyens de pression considérables, et les Ukrainiens sont restés incrédules. Je pense que les Ukrainiens ont raison d’être incrédules, mais il est clair que la Maison-Blanche doit elle-même en prendre conscience. À mon avis, ce cessez-le-feu est un coup de poker, pour tester non seulement les intentions de la Russie, mais aussi la capacité des États-Unis à reconnaître la réalité lorsqu’elle se présente à eux.
Il s’agit d’un gambit qui forcera la réalité à se révéler.
L’offre de cessez-le-feu de l’Ukraine n’est pas tant une concession qu’une invitation :
Car il n’y a guère de doute sur la suite des événements : la Russie rompra le cessez-le-feu.
Elle l’a déjà fait en Ukraine. Elle le fera certainement à nouveau. Elle inventera un prétexte, orchestrera une attaque et inondera l’espace informationnel de « preuves » fabriquées de toutes pièces selon lesquelles c’est l’Ukraine qui viole l’accord. Elle se posera en victime, utilisera la diplomatie comme une arme et tentera de plonger les décideurs politiques occidentaux dans un nouveau doute, que certains seront très soulagés d’accepter. Nous nous souvenons tous de 2014.
Et lorsque cela se produira, la vraie question ne sera pas de savoir si la Russie ment (elle mentira), mais si la Maison-Blanche/l’Amérique choisit de la croire.
Jouer la meilleure carte disponible comporte des risques. La trêve est la meilleure carte que l’Ukraine puisse jouer dans la situation actuelle. Mais comme tout pari, elle comporte des risques.
Il est tout à fait possible que la Russie accepte le cessez-le-feu. Si c’est de bonne foi, tant mieux. Les Ukrainiens ont besoin d’une véritable paix dans leur vie et ils ne sont en aucun cas en mesure de reprendre militairement les territoires occupés pour le moment. Il serait également souhaitable que davantage d’énergie soit consacrée aux efforts diplomatiques concernant les territoires occupés. Mais je ne vois pas comment le Kremlin pourrait accepter une trêve, la respecter et ensuite laisser l’Ukraine vivre en paix.
Au contraire, la trêve sera probablement une nouvelle étape dans une guerre d’interprétations que beaucoup en Europe présumaient déjà gagnée (c’est-à-dire : la Russie a envahi l’Ukraine, la Russie est l’agresseur, la Russie est un obstacle majeur à la paix).
Bien que les nationalistes russes pro-guerre soient mécontents du cessez-le-feu, une pause dans les combats (compte tenu de la promesse de levée des sanctions) allégerait la pression économique sur la Russie, donnant au Kremlin le temps de gérer le mécontentement croissant de sa population et les fractures internes. Cela permettrait à Moscou de consolider son pouvoir dans les territoires occupés, renforçant ainsi son emprise. Et cela donnerait du temps pour se regrouper, reconstruire et se préparer à la prochaine offensive en tirant les leçons de la situation.
Et puis, lorsque la guerre reprendra inévitablement, la Russie prétendra qu’elle ne fait que répondre à l’agression ukrainienne.
Nous avons déjà vu ce schéma se reproduire. La question est de savoir si les décideurs politiques occidentaux le reconnaîtront quand il se produira, ou s’ils se laisseront berner, une fois de plus.
Au fond, ces pourparlers de cessez-le-feu ne portent pas seulement sur une pause dans les combats. Ils portent sur la façon dont on perçoit la guerre elle-même. L’Ukraine offre aux personnes qui ne semblent toujours pas comprendre une chance de voir la réalité : la Russie poursuit cette guerre, l’Ukraine se défend.
C’est intelligent, à moins que la Russie n’accepte la trêve et ne rompe ensuite le cessez-le-feu en invoquant des représailles à une attaque ukrainienne. Dans un tel cas, j’ai très peu confiance en la Maison-Blanche.
J’étudie cette guerre depuis 2014, en particulier en ce qui concerne la propagande et les mythes, et elle a toujours été pour moi une guerre de « l’être ou du paraître ». Qu’il s’agisse de lutter contre l’équivalent moderne du fascisme, ou bien de dépenser des millions en propagande pour convaincre des gens crédules et des publics captifs que vous n’envahissez pas votre voisin, car c’est vous qui combattez le fascisme ; d’être réellement souverain, ou de simplement faire semblant de l’être, comme le Bélarus ; de décider de son propre destin et de prendre en charge son pays, ou de fuir toute responsabilité envers son peuple, ses compatriotes et ses représentants. L’Ukraine n’est ni parfaite ni idéale, aucun pays ne l’est, mais elle est réelle. Ses succès et ses erreurs s’inscrivent dans sa quête d’une indépendance authentique, dans son refus de vivre dans un monde où rien n’est figé, où les faits sont négociables, où tout événement peut être réécrit, inversé ou catégoriquement nié.
Les États-Unis semblent avoir fait un choix différent. On peut espérer que l’acceptation du cessez-le-feu par l’Ukraine aidera à réajuster la conscience de l’administration américaine (conscience dans le sens de manière dont on interprète la réalité), car cela ne modifiera pas la nature fondamentale de cette guerre. Penser que cela le fera n’est pas la réalité, mais une interprétation choisie de la réalité.
La tactique du cessez-le-feu de l’Ukraine est conçue pour forcer un moment de lucidité.
Si la Russie refuse, l’illusion de la diplomatie s’effondre.
Si la Russie accepte, le véritable test commence : Washington reconnaîtra-t-il que Moscou viole inévitablement le cessez-le-feu ? Ou permettra-t-il, une fois de plus, à la Russie de dicter les termes de la réalité ?
Car en temps de guerre comme en histoire, la réalité n’est pas seulement ce qui se passe, c’est ce que ceux qui sont au pouvoir choisissent de voir.
Traduit de l’anglais par Desk Russie
<p>Cet article Question de conscience : des trêves et des vérités a été publié par desk russie.</p>
29.03.2025 à 11:27
Citoyens ukrainiens d’origine arménienne et volontaires venus de Russie ou d’Arménie, ils se battent pour la liberté.
<p>Cet article Némésis, la confrérie militaire des Arméniens d’Ukraine a été publié par desk russie.</p>
Avant l’invasion russe de février 2022, l’Ukraine comptait l’une des plus vastes communautés arméniennes au monde. Nombre de ses membres ont pris le chemin de l’exil. D’autres ont fait le choix des armes et ont rejoint l’armée ukrainienne. Desk Russie est parti à la rencontre des plus déterminés de ces combattants, les membres de la confrérie Némésis.
— « Envoyez nos salutations à ces ******* ! »
— « Je tire !!! »
On se bouche les oreilles comme on peut. S’ensuit une explosion infernale. Un canon de gros calibre de la 5e Brigade d’assaut vient d’ouvrir le feu sur l’armée russe, quelque part dans l’Est de l’Ukraine. Le sergent-chef Blogueur (pseudonyme), en charge de l’opération, nous gratifie d’un clin d’œil et d’un léger sourire. La vidéo s’arrête là. Dans les mains de l’intéressé, que le métier d’artilleur a rendu plus épaisses encore que son passé de lutteur professionnel, le téléphone semble se demander à quel moment il finira par se faire broyer. Sur son écran comme sur le front, Blogueur, rencontré à Kramatorsk, est cependant capable de précision. C’est ce que nous rappelle son pseudonyme, qu’il doit davantage à sa passion pour TikTok qu’à ses compétences en informatique, comme il l’explique d’un air enjoué.
Originaire de Louhansk, ville du Donbass conquise par les milices séparatistes pro-russes dès 2014, cet homme de 37 ans aux réponses précises, opticien à Kyïv avant la guerre, a quelques raisons d’en vouloir au maître du Kremlin. À celles que beaucoup d’Ukrainiens partagent s’en ajoutent d’autres. Blogueur, s’il dispose de la citoyenneté ukrainienne, se considère redevable à deux patries : l’Ukraine où il est né, et l’Arménie, d’où ses parents ont émigré dans les années 1970 pour trouver du travail. Avant de combattre en Ukraine, Blogueur a participé à la guerre du Haut-Karabagh, où il a affronté l’armée azerbaïdjanaise en 2020 ; une expédition dont il est rentré grièvement blessé.
Dès cette époque, il en est convaincu, pour l’Ukraine comme pour l’Arménie, la Russie constitue une menace existentielle : parce que « sans l’intervention de Staline » en 1923, le Haut-Karabagh « historiquement peuplé d’Arméniens » aurait été rattaché à l’Arménie ; parce que les troupes russes de maintien de la paix déployées au Haut-Karabagh en 2020 n’ont pas empêché la conquête de la région par Bakou quelques années plus tard ; et parce que le régime de Vladimir Poutine est responsable de la guerre qui endeuille l’Ukraine depuis 2014. Fort de ces convictions, Blogueur, comme l’ensemble des militaires interviewés ici, s’est engagé volontairement dans l’armée ukrainienne dès les premiers mois de l’invasion à grande échelle.
Deux années de guerre s’écoulent. Puis, au détour d’une conversation, Blogueur apprend l’existence d’une organisation répondant au nom de Némésis. Celle-ci n’est ouverte qu’aux combattants d’origine ou de citoyenneté arménienne engagés dans l’armée ukrainienne. Ses membres partagent la même analyse que lui du risque que représente la Russie. Il intègre l’organisation sans hésiter.
Interrogé sur la raison d’être de Némésis, l’artilleur, qui s’exprime en russe, répond prudemment : « Nous nous battons pour la liberté. Némésis a pour objectif d’unir les Arméniens qui servent dans les différentes brigades de l’armée. Certains sont dans l’artillerie, d’autres sont snipers… L’une des idées principales, c’est de partager notre expérience de cette guerre, d’échanger des conseils ; car le monde n’a jamais connu un tel conflit, qui fait appel à la technologie, aux drones… Mais je ne peux pas en dire beaucoup plus, car ces informations pourraient être utilisées par l’ennemi. »
Si l’on veut en savoir davantage, indique-t-il, c’est le fondateur du groupe, un énigmatique personnage répondant au pseudonyme de Druide, qu’il faudra rencontrer. Dix-neuf heures de train plus tard, dans un sous-sol de la région d’Odessa aménagé en entrepôt militaire, c’est chose faite. « En trois ans de guerre, précise Druide derrière sa barbe noire, nous sommes devenus plus qu’un simple forum de discussion militaire. Nous sommes une grande famille dont les membres ne se connaissent pas uniquement comme soldats mais également comme civils – on connaît la famille de nos camarades, leurs parents, leur épouse, leurs enfants…
Aussi, poursuit cet homme réservé, père de trois filles et sculpteur de son état avant la guerre, l’entraide entre membres, qu’elle soit pratique ou financière, est-elle devenue l’une des caractéristiques fondamentales de Némésis. Dans un contexte où l’État ukrainien peine toujours à équiper correctement son armée, y compris en matériel individuel, une telle assistance s’avère précieuse.
Cette solidarité, ajoute-t-il, ne se limite pas aux seuls combattants. Si quelqu’un est blessé, d’une manière ou d’une autre, vous ferez connaissance avec sa famille, vous apprendrez à connaître ses besoins. En dehors des besoins financiers, quelqu’un peut simplement avoir besoin d’un bon médecin ; et l’un des autres membres, s’il en connaît un, peut le recommander. C’est comme ça que nous nous aidons les uns les autres, simplement en restant en contact et en étant attentifs à ceux qui ont besoin d’aide.
Dans les cas les plus extrêmes, précise Druide, aujourd’hui mitrailleur et spécialiste des opérations amphibies dans la région de Kherson, si l’un des combattants est tué, l’organisation demeure présente aux côtés de sa famille et s’applique à organiser des événements commémoratifs en l’honneur du défunt. Pour les parents des soldats tombés, ce soutien est très important », explique-t-il, une nuance de tristesse dans la voix.
En trois années d’existence, Némésis, fondée à l’automne 2022, s’est imposée comme une véritable confrérie militaire malgré son caractère informel. Répartis dans tout le pays, les centaines de combattants qui la composent n’ont jamais pu tous se réunir, en dehors de groupes de discussion en ligne. L’organisation, à ce jour, n’a pas non plus d’existence légale ; ce qui ne l’empêche pas de disposer de ses propres symboles.
L’écusson qu’arborent ses membres, tissé de fil blanc sur fond noir, se compose du symbole arménien de l’éternité, plaqué sur deux glaives entrecroisés. Le drapeau de Némésis, quant à lui, reprend les emblèmes de Tigran II, dit le Grand, souverain antique de l’Arménie que ses conquêtes et l’établissement d’un puissant royaume ont hissé parmi les principales figures du récit national arménien. « En dessous, ajoute Druide, nous avons apposé l’inscription “Némésis” », laquelle renvoie à une opération menée par la Fédération révolutionnaire arménienne dans les années 1920. Nommée en référence à la déesse grecque de la juste colère, elle consista en l’assassinat des principaux responsables du génocide des Arméniens, orchestré par l’Empire ottoman en 1915. « En fait, ajoute le fondateur, nous poursuivons la même cause que nos ancêtres : la lutte contre les empires. C’est une revanche sur l’impérialisme. »
Le narratif est construit avec méthode. Pour cause, se souvient Druide, contrer la « propagande » de Moscou, selon laquelle « l’Arménie serait un pays pro-russe », fait partie des motivations initiales qui l’ont poussé à fonder Némésis. « Nous combattions en silence, personne n’avait l’idée de crier que les Arméniens défendaient l’Ukraine. C’est l’ennemi qui a provoqué la création de notre part d’une organisation spécifiquement arménienne », commence-t-il par expliquer. « Cette propagande ennemie fonctionnait à plein régime, en Ukraine mais aussi en Arménie. Quand nous nous en sommes rendu compte, nous avons décidé qu’il était temps de nous rendre visibles. C’est comme ça que nous nous sommes unis. En nous unissant, nous devenons plus forts ; en générant cette force, nous évoluons vers le droit d’être libres », ajoute notre hôte avec conviction.
Parmi les éléments les plus visibles de cette propagande, indique-t-il, figure la création, côté russe, d’un groupe paramilitaire privé répondant au nom d’Arbat (une abréviation d’armianski batalion, « bataillon arménien » en russe). Fondé en septembre 2022, l’Arbat serait constitué de combattants d’origine ou de citoyenneté arménienne venus affronter l’armée ukrainienne en soutien à la Russie et faisant partie de la soi-disant Division sauvage – c’est en tout cas ce que l’on peut comprendre sur la chaîne Telegram de la brigade internationale russe Piatnachka.
Selon Cardinal (pseudonyme), un autre membre de Némésis rencontré à Kyïv, ainsi nommé parce qu’il porte le même nom que le célèbre prélat des Trois Mousquetaires, les membres du « pseudo-bataillon Arbat » seraient en réalité « mus par des motivations politiques » et, plus précisément, par la perspective d’obtenir des postes clefs en Arménie si le pays venait à passer sous domination russe.
D’après Cardinal, 37 ans, hier capitaine de police et aujourd’hui instructeur dans l’armée, ce scénario pourrait se produire en Arménie et dans d’autres États de l’ex-URSS en cas de victoire russe en Ukraine. « Mais cela n’arrivera pas », ajoute-t-il calmement. Le fondateur de l’Arbat, Armen Sarkissian, recherché depuis 2014 par les services ukrainiens, a été assassiné à Moscou en février. D’après France24, son unité, dont les membres seraient « souvent recrutés dans les prisons russes », pourrait avoir été impliquée dans la préparation d’un coup d’État en Arménie en 2024.
Cardinal cherche parfois ses mots. Son rêve, la guerre terminée, serait de « dormir beaucoup » ; car il ne peut aujourd’hui se reposer que quatre heures par nuit, loin de sa famille, réfugiée dans l’Ouest du pays. Pourtant, il y tient, l’interview se poursuit en anglais, langue qui lui permettait naguère d’échanger avec les délégations étrangères de passage en Ukraine. Lorsqu’on lui demande s’il joue un rôle particulier au sein de l’organisation, Cardinal répond par la négative : « Nous sommes tous égaux. Nous avons un mentor, Druide, le fondateur, mais il ne dirige pas comme un chef. »
Cette flexibilité contribue à expliquer la diversité des projets en gestation au sein de Némésis. Parmi ceux-ci, figure l’élaboration d’un « code éthique du combattant arménien en Ukraine » car, souligne Cardinal, « nos valeurs, ce n’est pas d’être des tueurs mais des défenseurs ». Lui qui a combattu dans une unité de reconnaissance habituée à opérer au plus près des troupes russes réfléchit de son côté à organiser des ventes aux enchères de matériel capturé sur le front, trophées de guerre dont raffolent certains donateurs, afin de soutenir les membres dans le besoin.
Pour Druide comme pour Cardinal, Némésis n’est pas destinée à disparaître après la guerre. Aussi, les idées pour le temps de la paix prennent-elles déjà forme. Druide songe à développer des activités culturelles. Cardinal, quant à lui, voudrait « rédiger un manuel pour les gars [les militaires ukrainiens, NDLR qui se trouveront dans la même situation que nous, qui combattons une grande armée en petits groupes, qui avons l’habitude des pénuries de munitions, de l’infériorité technologique etc. ». « Je n’ai pas envie que cette expérience se perde après la guerre », poursuit-il froidement.
Par ailleurs, ajoute l’instructeur, Némésis pourrait organiser des camps d’entraînement pour les jeunes, où ces derniers pourraient être formés aux premiers secours en temps de guerre, assister à des concerts, ou encore pratiquer de l’exercice physique. « Nous pourrions leur raconter des histoires, expliquer que nous sommes des vétérans, que nous avons traversé telles ou telles épreuves et qu’il faut toujours être prêt à affronter ces épreuves, qu’elles soient psychologiques ou physiques », précise-t-il enfin.
Ce souci de transmettre son expérience militaire après la guerre préoccupe également Duchesse (pseudonyme), pilote de drones kamikazes aux trois masters, qui travaillait autrefois pour un fonds de pension et que nous rencontrons, elle aussi, à Kyïv. Désireuse de transmettre son expérience « à plus grande échelle », cette femme élégante de 37 ans réfléchit à ouvrir une école spécialisée dans le pilotage de drones au sein de Némésis. Comme elle l’indique, « même si la guerre venait à être gelée ou à s’arrêter, nous comprenons parfaitement qu’elle éclatera à nouveau. Nous devons nous y préparer au maximum. Je continue à le répéter : ce n’est pas avec des smartphones que nous devrions inciter les enfants à jouer depuis le berceau mais avec des télécommandes [de drones, NDLR]. »
Mère d’une adolescente fan du groupe de hard rock AC/DC réfugiée dans l’Ouest de l’Ukraine, Duchesse, qui s’exprime en russe, est née en Arménie et a grandi à Kramatorsk. Elle a vécu la prise de la ville par les milices pro-russes en 2014, puis sa libération par l’armée ukrainienne au cours de la même année. Depuis, Kramatorsk, régulièrement bombardée, est hantée par la proximité du front. Prudente, Duchesse préfère ne pas révéler trop d’informations, ni sur son expérience militaire, ni sur Némésis, qu’elle considère elle aussi comme une « grande famille » et où, assure-t-elle en riant, « les gars me traitent comme une reine ».
La perspective de parvenir à une paix durable avec la Russie, on l’aura compris, laisse sceptiques nos interlocuteurs. Aussi, les négociations ouvertes par Washington sont-elles accueillies avec circonspection, malgré les garanties de sécurité dont continuent à débattre les alliés de l’Ukraine, États-Unis et États membres de l’Union européenne (UE) en tête. Comme le rappelle Blogueur, l’incapacité du mémorandum de Budapest (1994) à prévenir le conflit, ou des accords de Minsk (2014-2015) à le résoudre, ont érodé la confiance dans la possibilité d’un règlement politique ou diplomatique de la question.
En outre, personne ici ne croit au désir de Vladimir Poutine de négocier de bonne foi avec Kyïv. C’est ainsi que, selon Cardinal, un cessez-le-feu s’accompagnera nécessairement d’élections en Ukraine ; que la Russie ne manquera pas d’essayer d’influencer en sa faveur. « Ce sont des professionnels de la question. Regardez ce qu’ils ont essayé de faire en Moldavie », rappelle-t-il, quelque peu dépité, en référence à l’ingérence dont a été accusé le Kremlin en amont du référendum sur une future adhésion du pays à l’UE et de ses élections présidentielles, à l’automne 2024.
La confiance dans l’allié américain, enfin, n’est pas toujours au rendez-vous. C’est ce qu’explique Vatchagan, 28 ans, influenceur spécialisé dans l’analyse de l’actualité politique et militaire ukrainienne et premier volontaire civil à avoir apporté son aide à Némésis. « Compte tenu de la complexité de la situation entre la Russie et l’Ukraine, Trump tentera de tirer profit des deux parties. C’est un homme d’affaires ; ça ne se passera pas autrement. Il est clair qu’il s’intéresse aux ressources minérales de l’Ukraine et, en même temps, il veut reprendre le commerce avec la Russie », analyse-t-il d’une voix grave. Contacté par Druide, Vatchagan, que nous rencontrons à Dnipro, a permis à Némésis de gagner en visibilité en Ukraine grâce aux pages qu’il anime sur plusieurs réseaux sociaux. Selon différentes estimations, l’armée ukrainienne compterait 15 à 25 000 combattants de citoyenneté ou d’origine arménienne dans ses rangs.
<p>Cet article Némésis, la confrérie militaire des Arméniens d’Ukraine a été publié par desk russie.</p>
29.03.2025 à 11:27
Une force nucléaire européenne commune renforcerait la sécurité de l’Europe et garantirait son indépendance stratégique.
<p>Cet article Plaidoyer pour une doctrine nucléaire paneuropéenne a été publié par desk russie.</p>
Face à l’avenir incertain de l’OTAN, le politologue autrichien plaide pour l’élaboration d’une doctrine nucléaire européenne, qui pourrait aboutir à la création d’une force nucléaire européenne commune. Face aux pays nucléarisés, comme la Russie et la Chine, seule une telle force renforcera la sécurité de l’Europe et garantira son indépendance stratégique.
Peu après que l’Ukraine a lancé, en novembre dernier, des missiles ATACMS de fabrication américaine contre des cibles en Russie, le philosophe slovène Slavoj Žižek a vivement critiqué les voix américaines affirmant que les opérations défensives de l’Ukraine contre des cibles militaires russes risquaient de provoquer une nouvelle guerre mondiale.
Žižek a également condamné les menaces russes de riposte nucléaire contre l’Ukraine, affirmant que la Russie, ayant déclenché cette guerre, n’avait aucune justification pour une telle rhétorique.
Pour contrer ces menaces nucléaires russes, Žižek a proposé une nouvelle doctrine occidentale :
« Si un pays indépendant est attaqué par une superpuissance nucléaire avec des forces non nucléaires, ses alliés ont le droit – voire le devoir – de lui fournir des armes nucléaires afin qu’il puisse dissuader une attaque. »
Naturellement, la probabilité que l’Ukraine reçoive des armes nucléaires de la part des pays occidentaux – ou les acquière de manière indépendante – est pratiquement nulle à court et moyen terme. Cependant, compte tenu de la situation internationale et géopolitique actuelle, l’Europe doit revoir sa position sur la question nucléaire.
En 1994, l’Ukraine a renoncé au troisième plus grand arsenal nucléaire du monde en échange de garanties de sécurité dans le cadre du mémorandum de Budapest. Cet accord, signé par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni, réaffirmait l’engagement de ces trois États à respecter l’indépendance, la souveraineté et les frontières existantes de l’Ukraine.
La Russie a violé ses propres engagements en annexant la Crimée il y a onze ans, en mars 2014, ce qui constituait non seulement un conflit interétatique, mais aussi un acte d’agression d’un État nucléaire contre un ancien État nucléaire qui s’était volontairement dénucléarisé. Cette agression russe a sapé toute la logique du désarmement nucléaire.
Bien que la Russie ait été le principal violateur du mémorandum de Budapest, elle n’a pas été la seule à ne pas respecter ses engagements.
L’article 6 du mémorandum stipulait que les signataires « se consulteront dans le cas où une question se poserait au sujet des engagements énoncés ci-dessus ». Entre 2014 et 2022, l’Ukraine a tenté à quatre reprises d’initier de telles consultations, mais aucune n’a abouti.
La Russie a refusé de reconnaître ses actions comme une violation du mémorandum. Pendant ce temps, bien que les États-Unis sous Barack Obama et le Royaume-Uni sous David Cameron aient condamné l’agression russe, ils ont évité d’ancrer explicitement leur réponse dans le cadre du mémorandum de Budapest, éludant ainsi leurs garanties de sécurité envers l’Ukraine.
En outre, la Chine, qui en 1994 avait publié une déclaration séparée promettant des garanties de sécurité à l’Ukraine et qui, en 2013, s’était engagée à la protéger en cas de menace nucléaire, a ignoré les multiples menaces nucléaires russes, tout en fournissant à la Russie un soutien politique et économique dans sa guerre contre l’Ukraine.
Il est désormais évident que le mémorandum de Budapest est caduc, tout comme l’idée de non-prolifération nucléaire en Europe.
Avec l’intensification des tensions au sein de l’alliance transatlantique, la remise en question des engagements de l’OTAN et les bouleversements géopolitiques qui atteignent l’Europe depuis l’est, l’Union européenne doit élaborer une doctrine nucléaire paneuropéenne pour assurer la sécurité du continent de manière autonome.
Actuellement, seuls deux États européens possèdent l’arme nucléaire : le Royaume-Uni et la France.
Le Royaume-Uni maintient un contrôle opérationnel sur son arsenal nucléaire, mais dépend fortement des technologies américaines pour ses systèmes clés, notamment les missiles Trident, la conception des ogives et leur maintenance. Cette dépendance rendrait difficile le maintien d’une force de dissuasion nucléaire indépendante à long terme sans le soutien des États-Unis.
À l’inverse, la France, qui a historiquement refusé de dépendre d’autres puissances pour sa sécurité, garde un contrôle souverain total sur ses forces nucléaires. Cependant, contrairement au Royaume-Uni, la France ne participe pas au programme de partage nucléaire de l’OTAN, ce qui signifie que son arsenal est principalement conçu pour la dissuasion nationale et non pour la défense collective de l’Europe.
Face aux doutes croissants sur l’engagement des États-Unis en matière de sécurité européenne, le président français Emmanuel Macron a parfois laissé entendre que la force de dissuasion nucléaire française pourrait contribuer à une sécurité européenne plus large. Toutefois, plusieurs obstacles politiques et techniques se dressent devant cette idée.
D’une part, la France elle-même, qui a historiquement refusé de compter sur des puissances extérieures pour sa propre sécurité, ne devrait pas être le seul pays dont dépend l’Europe. D’autant plus que l’influence croissante des forces populistes d’extrême droite et d’extrême gauche en France crée une incertitude politique.
D’autre part, l’arsenal nucléaire français, estimé à environ 290 ogives, est suffisant pour une dissuasion nationale et éventuellement pour quelques partenaires européens, mais insuffisant pour garantir un bouclier nucléaire à l’ensemble du continent. À titre de comparaison, les États-Unis et la Russie possèdent chacun plus de 5 000 ogives nucléaires, y compris de nombreuses armes nucléaires tactiques, que la France ne possède pas.
Malgré ces limites, la France reste le seul État européen en mesure de combler certaines lacunes si la dissuasion nucléaire américaine venait à s’affaiblir. Mais surtout, elle pourrait servir de base à la création d’une force nucléaire européenne dans le cadre d’une doctrine nucléaire de l’UE.
Une force nucléaire européenne commune renforcerait la sécurité de l’Europe et garantirait son indépendance stratégique.
L’élaboration d’une doctrine nucléaire européenne n’est pas seulement une question de défense : c’est une nécessité pour que l’Europe reste un acteur clé dans la définition de la sécurité régionale et mondiale, dans un monde de plus en plus instable.
Traduit de l’anglais par Desk Russie
<p>Cet article Plaidoyer pour une doctrine nucléaire paneuropéenne a été publié par desk russie.</p>