Un double statut auquel aspire sans doute Mikaela Shiffrin, souvent considérée comme la meilleure skieuse de l'histoire mais qui n'a pas retrouvé la clé du succès lors de JO: l'Américaine aux 108 victoires en Coupe du monde a terminé 11e et voit se rapprocher le spectre d'un nouveau zéro pointé, comme à Pékin-2022, avant sa discipline de prédilection, le slalom, mercredi.
Dix mois après une grave blessure, à peine revenue à la compétition, la "tigresse" Federica Brignone croule, elle, sous les lauriers. Et c'est amplement mérité.
A 35 ans, elle a survolé le slalom géant, remporté avec 62/100e d'avance sur un duo ex-aequo composé de la Suédoise Sara Hector, tenante du titre, et de la Norvégienne Thea Louise Stejernesund. Toutes deux en argent, elles se sont aussitôt inclinées devant la patronne dans l'aire d'arrivée.
"Pas seulement pour cette médaille d'or, mais aussi pour le super-G, et pour son retour" de blessure, a argué la Norvégienne. "Elle occupe tellement une grande place sur le circuit. Et c'est une telle personnalité."
Brignone, elle, a livré aux médias son "secret pour réussir". "Ne pas avoir de pression, être simplement heureuse d'être aux JO", a-t-elle déclaré.
"Quand j'ai vu sur le grand écran que j'étais encore en tête, je me suis dit +Mama mia!+", avait d'abord commenté à chaud la championne olympique -pardon double championne olympique!- la plus âgée de l'histoire de son sport.
"Sur sa planète"
Son doublé apparait d'autant plus insensé que la skieuse du Val d'Aoste a reconnu au début des Jeux avoir encore de vives douleurs, dix mois après une double fracture du tibia-péroné de la jambe gauche.
"Parfois, le matin je lui demande si ça va, elle me dit +oui+, et je la vois partir en boitant!", avait expliqué son frère et entraîneur Davide après son sacre en super-G.
Championnats du monde, gros globe, petits globes, et désormais (double) championne olympique... "Elle a tout gagné!", s'était encore exclamé Davide.
Que dire de plus? Que Brignone, porte-drapeau de la délégation italienne lors de la cérémonie d'ouverture du 6 février a aussi été celle qui a permis dimanche à l'Italie d'égaler -avant de le battre- son record de 20 médailles pour des Jeux d'hiver, qui datait de 1994.
Pour cela, "Fede" a encore fait parler sa classe avec un ski soyeux dès la première manche qui lui a permis de refermer le portillon avec une solide avance pour la seconde.
"Elle était sur sa planète", a résumé Stejernesund.
"Tellement cool à regarder"
L'Italienne, qui a notamment reçu les félicitations d'Alberto Tomba, autre légende du ski italien, irradie et ses rivales sont reléguées dans son ombre.
Pas tant Sara Hector et Thea Louise Stejernesund, qui font de belles dauphines ex aequo, mais toutes les autres stars de la discipline, éjectées du podium.
L'Autrichienne Julia Scheib, quatre succès cet hiver en géant, est 5e à 69/100e, la Néo-Zélandaise Alice Robinson, 8e à 80/100e...
Il est vrai que ce géant olympique a été d'une densité incroyable, un point relevé par Mikaela Shiffrin, seulement 11e, malgré un second tracé dessiné par son entraîneuse.
"Le plus beau spectacle de slalom géant qu'on ait eu depuis très longtemps", a argué l'Américaine.
"Quand j'y pense, je suis à trois dixièmes du podium, 10e ou quelque chose comme ça. C'était tellement du haut niveau", a souligné la skieuse de Vail, qui va tout de même avoir du mal à ne pas ressasser son cauchemar de Pékin d'ici sa dernière chance, le slalom de mercredi.
L'Américaine de 30 ans est devenue championne olympique de slalom dès 2014 à Sotchi, puis de géant en 2018 à Pyeongchang. Mais aucune autre médaille olympique depuis.
Mercredi, elle retrouvera sa discipline de prédilection, où elle compte sept succès en huit épreuves de Coupe du monde cette saison. Mais elle reste sur une très mauvaise impression avec son gros raté du combiné mardi, où elle n'a réalisé que le 15e temps entre les piquets serrés.
"Je sais ce qui m'attend. Je vais continuer de pousser", a-t-elle juré.
En attendant, Mikaela Shiffrin a été reléguée au rang de spectatrice des exploits de "Fede". "Sa blessure était tellement grave (...). Elle a skié de manière incroyable. C'était tellement +cool+ à regarder", a-t-elle salué.
Pour les Françaises, après l'argent de Romane Miradoli en super-G, le géant n'a donné lieu à aucune heureuse surprise. Seule Doriane Escané a terminé, à la 22e place.