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05.02.2026 à 07:30

Périclès, Smartbox, ingénierie financière, nouveaux investissements... Les secrets de l'empire Stérin

Olivier Blamangin, Olivier Petitjean
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Mise en place du projet Périclès, nouveaux investissements, financements par des prêts... La machine politico-économique mise en place par Pierre-Édouard Stérin traverse-t-elle vraiment une zone de turbulence du fait de son image de plus en plus toxique ? On fait le point avec une mise à jour de notre organigramme de ses investissements et participations.
D'où Pierre-Édouard Stérin tire-t-il son argent ? Où le place-t-il et comment organise-t-il son empire ? Telle sont les questions (…)

- Extrême Tech / , , ,
Texte intégral (3585 mots)

Mise en place du projet Périclès, nouveaux investissements, financements par des prêts... La machine politico-économique mise en place par Pierre-Édouard Stérin traverse-t-elle vraiment une zone de turbulence du fait de son image de plus en plus toxique ? On fait le point avec une mise à jour de notre organigramme de ses investissements et participations.

D'où Pierre-Édouard Stérin tire-t-il son argent ? Où le place-t-il et comment organise-t-il son empire ? Telle sont les questions auxquelles nous avons tenté de répondre il y a quelques mois en reconstituant l'empire économique construit par l'homme d'affaires, dont l'engagement en faveur de l'extrême droite est avéré depuis la révélation de l'existence du projet Périclès à l'été 2024. L'exercice avait mis en lumière l'écheveau de ses investissements et participations dans un grand nombre de secteurs différents, et l'impossibilité de faire une distinction nette entre le versant purement économique de ses activités et la croisade politique et culturelle dans laquelle il s'est engagée.

Quelques mois seulement ont passé, mais beaucoup de choses ont déjà changé depuis notre publication initiale. De nouveaux financements ont été mis en lumière, occasionnant de nouvelles controverses, des questions ont fait surface sur la santé financière de l'empire Stérin, l'homme d'affaires a revendu des sociétés et en a achetés d'autres, de nouveaux documents ont été rendus publics qui confirment le tableau que nous avions dressé mais qui mettent en relief certains détails. C'est pourquoi nous publions aujourd'hui, à l'occasion de notre partenariat avec le numéro hors-série de Socialter « Résister aux nouveaux fascismes », une nouvelle version mise à jour de l'organigramme des participations et investissements de Pierre-Édouard Stérin.

Comme il y a quelques mois, nous proposons ci-dessous la version complète de cet organigramme (disponible également au format PDF) et une version simplifiée.

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Stérin connaît-il vraiment des difficultés financières ?

Ces derniers mois, plusieurs médias se sont fait l'écho des difficultés financières que rencontrerait Pierre-Édouard Stérin. Ces difficultés ont été formellement démenties fin novembre par le biais d'un communiqué officiel qui assure que le modèle d'Otium reste « solide », avec un « recours mesuré à la dette », et que la valorisation de ses actifs « reposent sur des méthodes d'évaluation reconnues, objectives et indépendantes, conformes aux standards internationaux ». La Lettre a néanmoins révélé quelques semaines plus tard que Stérin avait contracté un nouvel emprunt de 100 millions d'euros auprès de la banque d'affaires américaine Jefferies. Qu'en disent les documents dont nous disposons ?

Il faut distinguer la valeur financière intrinsèque de l'empire Stérin des tensions ponctuelles de trésorerie auxquelles il pourrait être confronté.

Avant de répondre à cette question, il faut rappeler la manière dont fonctionne la machine économique construite par Pierre-Édouard Stérin. Celui-ci utilise l'argent provenant de Smartbox – les remontées de dividendes plus ou moins importantes selon les années, mais aussi l'importante trésorerie générée par cette activité – pour investir dans de nombreuses sociétés, dans l'optique de revendre ensuite ses participations avec une plus-value. Lors de la publication de la première version de cet organigramme, nous avions souligné la diversité des secteurs dans lesquels Stérin investit ainsi, depuis la restauration et les parcs de loisirs jusqu'au secteur numérique et aux biotechnologies en passant par l'hôtellerie, la comptabilité, ou les cosmétiques.

Il faut donc distinguer la valeur financière intrinsèque de l'empire Stérin des tensions ponctuelles de trésorerie auxquelles il pourrait être confronté lorsque le contexte est moins favorable à la revente de certaines de ces participations. À en croire le communiqué d'Otium, c'est exactement ce qui s'est passé ces derniers mois : « Otium procède à une rotation sélective de ses participations, en fonction de la maturité des actifs et de son objectif de rendement à long terme. Chaque cession intervient au moment le plus favorable pour maximiser la valeur créée et contribuer à l'atteinte de cet objectif, quel que soit le contexte de marché. Les transactions récemment évoquées dans la presse s'inscrivent dans la gestion active et sélective du portefeuille menée par Otium. » De fait, le contexte économique de ces derniers mois est plutôt compliqué pour tout le secteur du capital-investissement.

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À cet égard, les fondamentaux du groupe et de sa tête de pont, B.A.D.21, ne paraissent pas menacés. La valeur des immobilisations financières continue à croître, ce qui donne du crédit à la prétention d'Otium de maintenir ses objectifs de croissance pour « atteindre 5 milliards d'euros d'actifs à horizon 2030 » (en 2025, ils étaient de 1,7 milliard d'euros). Le niveau d'endettement de la holding de tête, même s'il atteint désormais plus de 400 millions d'euros, ne paraît pas excessif par rapport aux capitaux propres de la société et n'est pas, en soi, un signe de difficultés financières.

Les derniers comptes de Smartbox ne suggèrent aucun danger immédiat.

Reste peut-être une fragilité plus profonde, pointée par La Lettre : la baisse régulière de la rentabilité de Smartbox, la « machine à cash » de l'empire Stérin. Les derniers comptes de la société irlandaise qui chapeaute les activités Smartbox, qui viennent tout juste d'être publiés (avec du retard par rapport aux années précédentes), présentent des résultats très similaires à ceux des années précédentes. On note cependant une baisse des effectifs de plus de 30% dans les sociétés Smartbox, ce qui confirme les témoignages selon lesquels une réduction drastique des coûts est en cours.

Stérin finance le projet Périclès.... par des prêts

Initialement, pour porter le projet Périclès – la face la plus directement politique des projets de Stérin, révélé en 2024 par La Lettre et L'Humanité –, Stérin et ses acolytes avaient créé une association du même nom (et une autre baptisée Xanthippe, du nom de la femme du Périclès historique). Ces associations ont finalement été dissoutes début 2025 au bout de quelques semaines au profit d'un montage beaucoup plus complexe, avec une société de droit belge, séparée formellement de B.A.D.21 et baptisée Graal Holding, pour chapeauter l'ensemble et plusieurs filiales dont Participations et investissements rive droite (PIRD), le bras armé du projet en France selon le témoignage d'Arnaud Rérolle devant l'Assemblée nationale.

Pour la première fois, certaines de ces entités créées pour porter le projet Périclès ont publié leurs comptes, sur une période réduite de quelques mois.

Le 12 septembre 2025, PIRD a créé une filiale baptisée « IFPEL – Institut de formation et de promotion de l'engagement local », dirigée par Antoine Valentin. Ce dernier vient tout juste d'être élu député de Haute-Savoie sous l'étiquette UDR (Ciottiste) avec le soutien du Rassemblement national. Il est aussi le cofondateur de Politicae, l'association dédiée à la formation de candidats et élus locaux, soutenue par le Projet Périclès. On ne sait pas si l'IFPEL est un versant à but lucratif de Politicae, ou bien est destiné à se substituer à l'association.

Pour la première fois, certaines de ces entités créées pour porter le projet Périclès ont publié leurs comptes, sur une période réduite de quelques mois, entre janvier 2025 (date de leur création) à fin avril 2025. Sur cette période, Graal Holding affiche des ressources de près de 500 000 euros. Cet argent est réinvesti dans les autres sociétés de la nébuleuse Périclès comme Altiora Holding et probablement PIRD (qui n'a pas encore publié des comptes).

Surprise à la lecture de ces comptes : non seulement cette somme est très éloignée des 150 millions annoncés à terme par Stérin, mais elle ces financements viennent pour l'essentiel... de prêts. Comme ces derniers n'émanent pas de banques ou d'autres établissements de crédits, on peut supposer qu'il s'agit d'argent prêté par d'autres sociétés du groupe de Pierre-Édouard Stérin ou par Pierre-Édouard Stérin lui-même.

Il y a quelques mois, nous avions raconté comment Pierre-Édouard Stérin finançait également le Fonds du bien commun, son fonds de dotation soutenant divers projets ou associations chrétiens intégristes, anti-avortement et anti-droits sexuels (le versant « culturel » de sa croisade, dont Périclès est le versant « politique ») sous forme de prêts émanant d'autres sociétés du groupe. Une pratique très inhabituelle dans le secteur de la philanthropie dont se revendique Stérin, loin de l'image de généreux donateur qu'a cherché à cultiver l'homme d'affaires. Les derniers comptes de ce fonds de dotation montrent qu'il n'y a pas eu de changement sur ce point. C'est exactement le même mode de fonctionnement qui a, pour l'instant, été adopté pour Périclès.

Pierre-Édouard Stérin semble chercher à retarder le moment où il devra réellement débourser les fonds.

Ce mode de financement par des prêts pour le moins inhabituel pour des projets « philanthropiques », qui dans le cas de Périclès et du Fonds du bien commun ne seront jamais profitables. Contrairement aux investissements de Stérin dans la tech par exemple, il n'y a pas d'actifs de valeur qui puisse être vendu pour rembourser l'emprunt. Pierre-Édouard Stérin ne cherche pas à en tirer une quelconque forme de revenu puisqu'il a renoncé aux intérêts dûs par le Fonds du bien commun. L'homme d'affaires semble ainsi chercher à retarder le moment où il devra réellement débourser les fonds. Étrange posture pour quelqu'un qui déclare depuis des années qu'il va donner presque toute sa fortune et devenir un saint.

L'ensemble constitué par Odyssée Holding (domiciliée en Belgique) et Odyssée Impact (domicilié en France), regroupe sous la « marque » Hodós Capital toutes les participations dans des médias, des chaînes de réseaux sociaux, la réalité virtuelle et plus globalement toutes les entreprises « à impact ». Potentiellement profitables en elles-mêmes, ces investissements peuvent être mis par Stérin au service de sa croisade culturelle. C'est aussi par ce biais que Stérin semble avoir pris le contrôle du club de rugby Biarritz Olympique. Les sommes en jeu sont ici bien plus importantes, avec 52 millions d'actifs immobilisés à fin avril 2025, dont les participations dans Médiane (Marmeladz, Cerfia, etc.) pour 8,5 millions d'euros, la Foncière du bien commun pour 2,8 millions et le Canon Français pour 2,2 millions.

Natalité, éducation supérieure, international et Valeurs actuelles : les nouveautés de l'empire Stérin

Les derniers documents divulgués par diverses entités contrôlées par Stérin confirment certaines cessions dont s'était fait écho la presse, comme la revente de ses parts dans les coffrets cadeaux Blissim. Des réorganisations sont également en cours avec la création de nouvelles holding, comme Alpera Partners destinée à regrouper des « plateformes » thématiques de filiales dans le nucléaire (Alfeor), les logiciels (Comet Software) ou l'industrie de la santé (Enosium Life Science).

L'homme d'affaires a pris des participations dans deux sociétés qui confirment son obsession pour les questions de famille et de natalité.

L'homme d'affaires a également pris des participations dans deux sociétés qui confirment son obsession pour les questions de famille et de natalité : Yada, dédiée à l'accompagnement des nouveaux parents, et Coopléo, consacré au soutien aux couples en crise... Il affiche des ambitions dans le secteur de l'éducation supérieure avec STAMP, un groupe privé de formation qui ne contrôle pour l'instant qu'une école, l'Institut français de l'hôtellerie.

Pierre-Édouard Stérin a également mis quelques centaines de milliers d'euros dans Choiseul Africa, un réseau d'influence dans les milieux économiques africains, émanation de l'Institut Choiseul, un think tank dédié à la géopolitique créé par Pascal Lorot. Ce dernier, ancien membre du Club de l'Horloge et élu de droite, a travaillé pour plusieurs groupes du CAC 40 dont TotalEnergies. Son Choiseul Magazine avait consacré un peu avant cette prise de participation sa « une » à l'homme d'affaires d'extrême droite, « investisseur et entrepreneur au parcours exceptionnel, qui réinvente la philanthropie à la française ». La société Choiseul Africa compte parmi ses « partenaires » diverses entreprises tricolores mais aussi des institutions publiques comme Bpifrance ou l'Agence française de développement.

Cette prise de participation de Stérin est-il simplement un échange de bons procédés avec Pascal Lorot et un moyen de mettre un pied dans le think tank et les réseaux de ce dernier, ou bien le signe d'un intérêt naissant pour l'Afrique ? C'est pour l'instant son seul investissement en lien avec ce continent.

Enfin, parmi les nouvelles participations, il y évidemment l'entrée de Stérin au capital du magazine Valeurs actuelles, officialisée en novembre, aux côtés de deux autres investisseurs, Benjamin La Combe et Alexis Caude. Les trois partenaires ont chacun un tiers de l'affaire, via un nouveau fonds baptisé LCS Holding. C'est – chose rare pour lui – un investissement personnel de Pierre-Édouard Stérin.

Toxicité croissante ou désinvestissements en trompe-l'oeil ?

Les controverses qui accompagnent désormais chacun des nouveaux investissements de l'homme d'affaires commencent à faire sentir leurs effets. Plusieurs médias dans lesquels il avait pris des participations ont préféré organiser sa sortie de leur capital, à commencer par Le Crayon en octobre dernier. Plus récemment, son retrait de Neo.tv et du média Lou, qu'il détenait via Odyssée Holding, a été annoncé. Les documents disponibles ne permettent pas de confirmer si, au-delà du coup de communication, Stérin est entièrement sorti du capital de ce média dans lequel il avait mis 3,3 millions d'euros.

Les controverses qui accompagnent désormais chacun des nouveaux investissements de Pierre-Édouard Stérin commencent à faire sentir leurs effets.

L'Humanité s'est également fait l'écho d'une volonté des fondateurs des Cités immersives, un ensemble de sociétés qui organisent des expositions en réalité virtuelle, de prendre leur distance avec leur encombrant actionnaire. Là encore, la prudence s'impose, le groupe étant bien arrimé dans l'écosystème Stérin puisqu'il est logé dans les locaux du Fonds du bien commun et détenu à près de 70 % par Odyssée Holding. Mais sans doute veut-il « adoucir » son image à un moment où il cherche à lancer de nouveaux projets dans plusieurs villes et où le nom de l'homme d'affaires devient de plus en plus sulfureux. Sans forcément renier son alignement sur les objectifs et les valeurs de cet encombrant parrain.

C'est exactement ce qu'a essayé de faire ces derniers mois la « Nuit du bien commun », en se dissociant publiquement de Pierre-Édouard Stérin (lire notre enquête de décembre). Ce dernier a annoncé en juin dernier sa démission du conseil d'administration de la « Nuit » et aurait même cédé une partie de ses parts dans la société Obole, organisatrice de l'événement, recapitalisée dans le même temps grâce à l'argent d'un certain... Vincent Bolloré. La « Nuit » et en particulier la société Obole restent donc, plus que jamais, enracinées dans l'écosystème de la droite chrétienne intégriste.

Note méthodologique

Cette mise à jour s'appuie avant tout sur les comptes et rapports annuels publiés depuis septembre 2025 par les diverses entités qui composent l'empire de l'homme d'affaires d'extrême droite. Avec une limite importante : ces documents exposent une situation qui date déjà, au moment de leur parution, de plusieurs mois auparavant. Or l'empire économique de Stérin est particulièrement fluctuant de par la nature même de son activité d'investissement, qui le voit entrer et sortir de sociétés en fonction des opportunités qu'il identifie avec ses équipes et des plus-values qu'il peut réaliser. Par ailleurs, son image de plus en plus toxique pousse, comme on le verra, certains partenaires ou investisseurs à le faire sortir de leur capital ou à minimiser ou cacher sa présence.

Nous avons tenté, autant que possible de recouper les informations dont faisaient état ces sources avec celles parues ces derniers mois dans la presse sur les investissements et désinvestissements de Stérin – avec cette difficulté supplémentaire que, comme nous l'expliquions lorsque nous avons publié la première version de cet organigramme, l'homme d'affaires et ses acolytes pratiquent allègrement le caviardage de leurs comptes rendus d'assemblée générale et rapports annuels, qu'ils réorganisent leur empire en permanence et qu'ils adorent brouiller les pistes en utilisant des noms génériques (comme Otium ou désormais Hodós Capital) qui ne sont pas des sociétés mais de simples marques.

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