04.11.2026 à 06:00
(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ces attaques ont violé le droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.
Le 1er septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) a attaqué un site d’extraction d’or à Soubo, dans le département de Ouahigouya, tuant 24 civils, en blessant au moins 20 autres et incendiant des biens. Le 5 septembre, trois civils à moto, dont un enfant, ont été tués par une arme explosive sur un chemin de terre près du village de Mera, également dans le département de Ouahigouya. Selon les habitants de la région, le GSIM y avait placé un engin explosif improvisé (EEI).
« Les attaques illégales menées sans relâche par le groupe armé GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables. »
Click to expand Image Graphique © 2026 Human Rights Watch.En septembre et en octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes, dont 4 témoins de l’attaque de Soubo et 3 témoins de l’attaque de Mera, ainsi que des défenseurs des droits humains et des journalistes. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque de Soubo, et a analysé des images satellite et des données de détection d’incendies afin de corroborer les témoignages.
Le 1er septembre, vers 1 heure du matin, plus de 60 combattants du GSIM circulant à moto ont pris d’assaut un site d’exploitation artisanale d’or, situé à environ 1,5 kilomètre au nord-ouest du village de Soubo. Ils ont tiré sur les civils qui dormaient et travaillaient sur place, ainsi que sur ceux qui tentaient de s’enfuir.
« J’ai vu des dizaines de blessés, beaucoup par balles, d’autres qui sont tombés en fuyant et ont eu leurs jambes ou bras fracturés », a raconté un homme de 45 ans. Il a ajouté que les personnes blessées par balle avaient été soignées au centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Des témoins ont indiqué que l’attaque avait duré environ deux heures. Craignant de nouvelles attaques, les habitants sont restés éloignés du site minier pendant deux à trois jours.
Au cours de l’attaque, les combattants du GSIM ont détruit des centaines de structures temporaires, telles que des hangars et des huttes, ainsi que des motos et des outils d’exploitation minière.
Dans sa réponse du 30 septembre ( en anglais et en arabe) à un courrier de Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a reconnu que les forces du GSIM avaient attaqué Soubo, mais a affirmé que les victimes étaient des membres des milices alliées au gouvernement, connues sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), et « non des civils ». Cependant, des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que les militaires et les VDP n’étaient pas présents pendant l’attaque ni stationnés sur le site, même s’ils patrouillaient parfois dans les environs.
Les sites miniers sont des sources de revenus lucratives pour le GSIM au Burkina Faso. Le groupe armé exploite les économies minières pour générer des revenus par la « taxation » et l’extorsion, recruter de nouveaux combattants, garantir l’approvisionnement en biens essentiels et étendre son contrôle territorial.
Des témoins ont expliqué que, selon eux, le GSIM, qui compte de nombreux Peuls parmi ses combattants, avait attaqué le site en représailles au ciblage des Peuls par l’armée depuis 2022. Des communautés peules, ont-ils précisé, avaient également travaillé sur ce site d’extraction d’or, mais elles avaient été tuées et victimes d’autres abus de la part des militaires et des VDP, qui les considéraient comme des collaborateurs du GSIM. Un homme de 45 ans a raconté que, alors qu’il se cachait dans une fosse pour éviter de se faire tirer dessus, il a entendu un combattant dire : « Vous nous avez chassés, mais vous n’exploiterez pas cet endroit. »
Le 5 septembre, vers 9 h 30, une arme explosive s’est déclenchée alors que des personnes circulaient à moto sur un chemin de terre situé à environ trois kilomètres du village de Mera, sur la route conduisant à Soubo et à Sissamba. Le conducteur, âgé de 40 ans, et ses deux passagers, une femme de 65 ans et un garçon de 5 ans, ont été tués. Mera se trouve près du site minier de Soubo, dans une zone où les combattants du GSIM mènent fréquemment des attaques.
Des témoins ont déclaré qu’ils n’avaient noté la présence d’aucun combattant du GSIM à proximité au moment de l’explosion, mais qu’ils avaient vu au moins quatre combattants circuler sur la piste à bord de deux motos la veille au soir.
Un motocycliste de 40 ans a raconté : « J’ai vu une [autre] moto devant moi avec trois personnes dessus et, soudain, il y a eu une explosion… La poussière s’est soulevée comme un tourbillon. J’ai entendu un grand boum qui m’a fait tomber [de la moto ]L’explosion a secoué le sol. »
Human Rights Watch n’a pas pu vérifier de manière indépendante le type d’arme explosive utilisée ni la manière dont elle a été déclenchée. Cependant, le GSIM a mené à plusieurs reprises des attaques au Burkina Faso à l’aide d’EEI.
Un rapport de 2025 d’International Campaign to Ban Landmines, une coalition mondiale d’organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch, qui se consacre à l’éradication des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions, a signalé l’utilisation d’EEI par le GSIM au Burkina Faso. En 2024, le Burkina Faso figurait parmi les pays ayant le taux de victimes le plus élevé – plus de 200 – dû aux mines antipersonnel et aux restes explosifs de guerre dans le monde.
Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont soumises à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit international humanitaire coutumier. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, de piller et de détruire des biens civils. Les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. Le gouvernement burkinabè a l’obligation d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur son territoire et d’en poursuivre les responsables de manière appropriée.
« Les forces du GSIM devraient immédiatement cesser les attaques illégales contre les civils et sanctionner de manière appropriée les commandants responsables », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence renforcer les efforts de déminage et accroître l’aide aux victimes d’attaques aux EEI. »
Informations complémentairesDepuis le début de son insurrection au Burkina Faso en 2017, le GSIM a attaqué à plusieurs reprises des civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes. Les forces armées du Burkina Faso et les VDP ont également commis de graves abus contre des civils, en particulier des Peuls, lors d’opérations menées contre des groupes armés islamistes. Dans un rapport publié en avril, Human Rights Watch a documenté le fait que l’armée burkinabè et les milices alliées ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.
L’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a rapporté que le GSIM a mené 125 attaques au Burkina Faso entre janvier et août, entraînant la mort de 188 civils, dont au moins 16 dans des attaques aux EEI.
Les engins explosifs peuvent être conçus ou fabriqués pour être déclenchés par la présence, la proximité ou le contact d’une personne. Ces mines antipersonnel actionnées par la victime sont interdites au niveau international, qu’elles soient assemblées en usine ou improvisées à partir de matériaux disponibles localement. Elles peuvent également être déclenchées à distance par divers moyens peu complexes ou par un simple minuteur.
Les EEI actionnés par les victimes sont, par nature, des armes à effet indiscriminé et sont interdits par la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, que le Burkina Faso a ratifiée en 1988.
Soubo, province du Yatenga, 1er septembreDes témoins ont déclaré avoir identifié les assaillants grâce à leurs vêtements, notamment des turbans et un drapeau blanc portant une inscription noire, caractéristique du GSIM.
« Ils portaient des armes et des turbans », a raconté un artisan minier et agriculteur de 40 ans. « Ils ont crié “Allah Akbar” et ont tiré sur les gens au hasard. » Il est avéré que le GSIM opère dans cette zone, et y mène des attaques contre les forces de sécurité gouvernementales et les civils.
« Les assaillants ont commencé en tirant partout, puis ils sont passés de hangar en hangar », a relaté la propriétaire d’un restaurant âgée de 37 ans. « Je me suis couchée dans mon restaurant et ils sont venus me trouver. […] Ils ont tiré à bout portant sur deux de mes clients, qui sont tombés devant moi. » Elle a ajouté que, lorsque les combattants du GSIM ont incendié son restaurant, elle a dû se lever pour échapper aux flammes. Un combattant a voulu la tuer, mais un autre lui a dit de la laisser partir parce qu’elle était une femme. « Ils m’ont dit : “Dis à vos maris de ne plus venir ici. Ces lieux sont pour nous.” »
Lorsque les habitants qui avaient fui le lieu de l’attaque sont revenus, ils ont retrouvé les corps des victimes gisant au sol ou à l’intérieur des fosses de la mine. « Je suis retourné sur le site trois jours plus tard et j’ai constaté les énormes dégâts, un site couvert de cendres », a décrit un orpailleur de 40 ans. « J’ai vu au moins 20 corps. Ils étaient gonflés et il en émanait une odeur nauséabonde. J’ai aidé à ramasser les corps et à les transporter pour les enterrer. » Des habitants ont indiqué que les corps ont été enterrés dans les cimetières des villages voisins de Soubo, Pirgo et Sissamba.
En juin, le ministre de l’Administration territoriale du Burkina Faso avait publié un décret suspendant les activités d’exploitation minière artisanale dans le département de Ouahigouya du 1er juillet au 30 septembre, afin de protéger les mineurs « des risques d’éboulements élevés pendant la période hivernale ». Cependant, selon les habitants, environ un millier de personnes – principalement des artisans miniers, mais aussi des commerçants, des propriétaires de petits restaurants et des enfants – se trouvaient sur le site au moment de l’attaque. Ils ont expliqué que les personnes avaient continué à travailler malgré le décret de suspension des autorités, car les fonctionnaires ne s’étaient jamais rendus sur le site pour faire appliquer la suspension ou vérifier que les activités avaient bien cessé.
« Les terroristes ont incendié de nombreux biens : des hangars abritant de petits restaurants, des motos, de petites maisons en paille, des moulins, des pompes à eau et d’autres équipements », a déploré l’orpailleur de 40 ans. « Le feu s’est propagé d’un hangar à l’autre. Mon fût et mon hangar ont également été incendiés. »
Human Rights Watch a analysé les données satellite de la NASA et a trouvé des signes de nombreux incendies sur le site minier de Soubo le 1er septembre 2026, à 1 h 11, heure locale, ce qui corrobore les témoignages.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé quatre vidéos publiées sur TikTok les 2 et 4 septembre, montrant les destructions sur le site minier. Cependant, on ne voit sur les vidéos qu’une petite partie des destructions observables sur les images satellite. Sur les images enregistrées le 10 octobre, des centaines de structures sont détruites ou ne sont plus visibles, avec des traces d’incendie sur et autour des structures partiellement endommagées, tandis que d’autres sont complètement détruites. Les images satellite enregistrées avant l’attaque, le 26 août, montrent que le site comptait au moins 800 structures, ce qui concorde avec les témoignages selon lesquels au moins 1 000 personnes se trouvaient sur le site.
Click to expand Image Image satellite enregistrée le 10 octobre 2026, montrant des centaines de structures détruites ou n’étant plus visibles sur le site de la mine d’or de Soubo, à la suite de l’attaque menée par le GSIM le 1er septembre 2026. Image satellite © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Human Rights Watch a examiné une liste fournie par des habitants avec les noms de 24 victimes, toutes des civils, dont trois femmes, âgées de 31, 36 et 37 ans, et 21 hommes, âgés de 27 à 45 ans.
Mera, province du Yatenga, 5 septembreUn agriculteur de 43 ans, qui travaillait dans un champ avec d’autres hommes près de la route, a expliqué qu’il s’est précipité sur les lieux après avoir entendu l’explosion. « Arrivés, nous avons constaté un grand trou d’au moins un mètre de profondeur », a-t-il raconté. « Quelques morceaux des restes de la femme n’étaient pas loin du trou ; il ne restait plus rien du corps de la femme. L’homme avait été projeté loin du trou, près des buissons, tout comme l’enfant, qui avait perdu ses membres inférieurs. »
« L’explosion m’a coupé le souffle, la poussière m’a rempli la gorge et je ne voyais plus rien », a déclaré un homme de 37 ans. « Les débris sont montés très haut avant de retomber un peu partout. J’ai senti une odeur âcre et piquante, comme du soufre. » Il a ajouté qu’avec d’autres personnes, ils ont « pris des bâches en plastique, ramassé les corps et les parties de corps, et procédé à l’enterrement le jour même, juste après 14 heures, dans le village de Yaoua ».
Des témoins ont indiqué qu’après l’explosion, des soldats sont arrivés sur les lieux. L’agriculteur a raconté : « Les militaires sont intervenus après l’explosion pour sécuriser la zone, ont cherché d’autres engins explosifs improvisés et en ont désamorcé trois, afin que nous puissions ramasser les corps en toute sécurité et les enterrer. »
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03.11.2026 à 22:19
(La Haye, 3 novembre 2026) – La Cour internationale de Justice (CIJ) a annoncé que le 19 novembre, elle rendra son arrêt dans l’affaire portée par la Gambie contre le Myanmar pour violations présumées de la Convention sur le génocide, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch ; l’organisation a publié un document « Questions et réponses » (en anglais, traduction française à suivre) concernant les principaux enjeux de cette affaire.
3 novembre 2026 Questions and Answers: International Court of Justice Judgment in Myanmar Genocide CaseEn août 2017, les forces de sécurité du Myanmar ont lancé une vaste campagne de massacres, de viols et d’incendies criminels contre les Rohingyas dans l’État de Rakhine dans le nord du pays, contraignant plus de 700 000 personnes à fuir au Bangladesh, pays voisin du Myanmar. En novembre 2019, la Gambie a saisi la Cour internationale de Justice, alléguant que les atrocités commises par le Myanmar contre les Rohingyas constituent un génocide et contreviennent à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Il ne s’agit pas d’une affaire pénale visant des individus, mais d’une requête demandant à la Cour de statuer sur la responsabilité de l’État du Myanmar pour génocide.
« L’arrêt que rendra la Cour internationale de Justice dans l’affaire concernant le Myanmar marquera un moment crucial dans la quête de justice pour les Rohingyas », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale de Human Rights Watch. « Cette décision juridique sera aussi le moment de rappeler que l’oppression des Rohingyas se poursuit à ce jour ; les pays respectueux des droits humains devraient renforcer leur soutien envers les Rohingyas, appuyer les efforts visant la justice pour les atrocités subies, et les aider à retourner dans leur pays, de manière sûre et volontaire. »
L’arrêt que rendra la CIJ dans cette affaire sera définitif et sans appel, et mettra donc fin à cette procédure engagée devant la Cour.
02.11.2026 à 18:15
(Johannesburg) – La police et l’armée zambiennes ont procédé à des disparitions forcées, à des détentions arbitraires, à des passages à tabac et à des menaces à l’encontre de membres et de sympathisants de l’opposition, ainsi que d’avocats, de journalistes et de détracteurs du gouvernement, dans les jours qui ont précédé et suivi les élections d’août dernier, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. En outre, les autorités n’ont toujours pas fourni d’explications crédibles ni mené d’enquête sur le meurtre d’un dirigeant de l’opposition dans des circonstances controversées.
« Le gouvernement zambien devrait casser ce dangereux cycle de répression », a déclaré Ashwanee Budoo-Scholtz, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités devraient immédiatement mettre fin à la répression post-électorale qui se poursuit encore, permettre aux personnes détenues de consulter un avocat et d’obtenir des soins médicaux, libérer celles qui sont détenues arbitrairement, et tenir les forces de sécurité responsables des abus commis. »
Le président Hakainde Hichilema a été réélu lors du scrutin du 13 août, qui, selon des observateurs internationaux, a été entaché d’irrégularités telles que la suspension temporaire du dépouillement de votes et la restriction des libertés fondamentales. Du 24 au 28 août, les autorités zambiennes ont en outre suspendu les services judiciaires et empêché tout recours juridique contre les résultats de l’élection présidentielle, en ordonnant la fermeture des tribunaux et en bouclant les zones autour de ces bâtiments. La police zambienne a déclaré qu’il s’agissait d’une « mesure préventive fondée sur des renseignements », sans toutefois fournir de détails à ce sujet.
Human Rights Watch a recensé 14 incidents s’apparentant à des disparitions forcées, survenus en août ; les autorités zambiennes ont d’abord refusé de fournir des informations sur le sort de ces personnes, ou de divulguer leur lieu de détention. Dans de nombreux cas, ces personnes ont subi une disparition forcée qui a duré plusieurs jours. Certaines d’entre elles étaient détenues par l’armée, selon leurs propres témoignages, ainsi que des déclarations faites par leurs proches ou par leurs avocats.
Human Rights Watch a également recensé 61 cas de détenus qui ont été battus ou ont subi d’autres formes de violences lors de leur arrestation et/ou détention, selon les témoignages des des détenus eux-mêmes, ainsi que les déclarations de leurs avocats ou de leurs proches. Parmi ces 61 personnes, 18 ont été inculpées de trahison, et deux font également l’objet d’accusations de sédition. Dans plusieurs cas, les accusations semblent avoir été motivées par des considérations politiques ; dans de nombreux autres cas, les personnes détenues n’ont été inculpées d’aucun crime. Le gouvernement n’a pas révélé le nombre total de personnes arrêtées au cours de la vague de répression, ni la nature des accusations portées contre elles, ce qui laise craindre que le nombre réel de personnes détenues soit plus élevé que le nombre actuellement connu.
Human Rights Watch a en outre recensé deux cas de personnes résidant en Zambie, qui affirment avoir été harcelés et menacés par les autorités gouvernementales, vraisemblablement en raison de leurs liens de parenté avec des détracteurs du gouvernement vivant à l’étranger.
Le climat d’intimidation, de harcèlement et de répression qui sévit en Zambie depuis les élections a eu un effet dissuasif sur les organisations civiques et politiques, en particulier sur les voix dissidentes, a déclaré Human Rights Watch. Le 11 septembre, le gouvernement a annoncé l’annulation des passeports de six détracteurs du gouvernement, dont celui de l’universitaire Sishuwa Sishuwa, invoquant des « raisons de sécurité ».
Le 14 août, les forces de sécurité ont mené une descente au domicile du chef de file de l’opposition, Brian Mundubile, candidat de l’Alliance Tonse, dans une banlieue de Lusaka, la capitale. Selon les membres de l’opposition présents, les forces de sécurité ont tué Mutotwe Kafwaya, un ancien ministre, au cours de cette descente. Le 19 août, l’inspecteur général de la police zambienne, Graphel Musamba, a déclaré que les membres d’une « opération conjointe menée par les services de renseignement » avaient été confrontés à « des coups de feu et à la résistance d’individus non identifiés », ce qui avait « poussé les agents à riposter », et que Mutotwe Kafwaya avait été tué au cours de l’intervention. Le sort de Mutotwe Kafwaya n’a été révélé officiellement que le 19 août ; précédemment, son épouse avait déposé une requête juridique en habeas corpus, afin de contraindre les autorités à divulguer où il se trouvait, à le présenter devant un tribunal et à justifier les motifs de son éventuelle détention.
Les autorités zambiennes ont fait des déclarations contradictoires concernant le raid et qui en était responsable. Le 15 août, l’Autorité zambienne des technologies de l’information et de la communication (Zambia Information and Communications Technology Authority, ZICTA) a envoyé un SMS à tous les numéros de téléphone enregistrés en Zambie, avec ce message : « Méfiez-vous des fausses informations faisant état de tirs et d’enlèvements. Restez calmes et pacifiques. » Le ministère zambien de l’Information et des Médias a rejeté les informations circulant au sujet du raid et de la fusillade, les qualifiant de « désinformation visant à alarmer et à induire le public en erreur ».
Le 14 août, ce ministère a diffusé un communiqué publié par la police zambienne, réfutant « les allégations circulant sur les réseaux sociaux selon lesquelles M. Brian Mundubile aurait été arrêté [lors d’un raid] et détenu ». Toutefois, le 19 août, l’inspecteur général de la police, Graphel Musamba, a admis qu’une « opération conjointe menée par les forces de sécurité et les services de renseignement » avait eu lieu au domicile de Mundubile.
Brian Mundubile, qui a ensuite été arrêté et inculpé de trahison, a déclaré dans une requête adressée à la Haute Cour qu’il a vu un militaire zambien abattre Mutotwe Kafwaya.
Compte tenu des déclarations contradictoires des responsables gouvernementaux quant à l’identité des responsables de la perquisition au domicile de Brian Mundubile et aux circonstances entourant le meurtre de Mutotwe Kafwaya, les autorités zambiennes devraient ouvrir une enquête indépendante, impartiale et approfondie sur cette affaire, a déclaré Human Rights Watch.
Des détenus ont impliqué l’armée zambienne dans des détentions arbitraires et des disparitions forcées. Le 14 août, 43 membres de l’opposition ont été arrêtés alors qu’ils agissaient en tant qu’observateurs électoraux. L’un de leurs avocats a indiqué que durant huit jours, aucune information à leur sujet n’était disponible, et la police niait les détenir. Un avocat a enfin pu les voir après huit jours. Il a déclaré ceci à Human Rights Watch : « La plupart d’entre eux avaient des enflures sur leurs corps, et de terribles blessures, notamment des fractures. Ils ont affirmé avoir été brutalisés par les militaires ». Leurs avocats ont déposé une requête en habeas corpus et, le 10 septembre, un tribunal de Lusaka a ordonné leur libération immédiate.
En vertu de la législation zambienne et du droit international relatif aux droits humains, tous les détenus ont droit à une procédure régulière, notamment à être informés sans délai des charges retenues contre eux, à avoir accès à un avocat s’ils sont inculpés d’un crime, à l’examen par un juge des motifs de leur détention, ainsi qu’à la présomption d’innocence. Les détenus devraient également avoir accès à des soins médicaux adéquats, et pouvoir communiquer avec leurs familles.
Le 2 septembre, la Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les droits à la liberté de réunion et d’association a appelé les autorités zambiennes à « libérer tous les détenus politiques, respecter les libertés fondamentales et rétablir la responsabilité démocratique ». Le ministère zambien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a répondu que cette déclaration était « inexacte, peu diplomatique et ne répondait pas aux normes d’objectivité, de modération et de discrétion attendues des titulaires d’un mandat des Nations Unies ».
Le ministère zambien a ajouté qu’appartenir à un parti d’opposition « ne place pas une personne hors de portée de la loi, ni ne transforme un suspect d’infraction pénale en détenu politique… Le gouvernement s’engage à veiller à ce que ces protections soient respectées dans tous les cas, et les tribunaux zambiens sont compétents pour en vérifier le respect ».
La Zambie siégera au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies durant la période 2027-2029. En tant que membre élu du Conseil, la Zambie est tenue de respecter « les normes les plus strictes en matière de promotion et de défense des droits [humains] ».
« Le gouvernement zambien devrait mettre fin à sa répression éhontée des droits humains », a conclu Ashwanee Budoo-Scholtz. « Les dirigeants d’Afrique australe et les partenaires économiques de la Zambie devraient inciter le président Hichilema à rétablir l’état de droit, et à protéger les espaces civiques et politiques de ce pays. »
Suite détaillée en anglais.
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Articles
TV5Monde AfricaRadio
01.11.2026 à 18:42
(Sydney) – Les autorités pénitentiaires de l’État d’Australie-Méridionale, en Australie, font du tort aux détenus handicapés qui sont placés en isolement cellulaire, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
1 novembre 2026 “They Just Locked Me Away”Ce rapport de 50 pages, intitulé « “They Just Locked Me Away”: Solitary Confinement and Abuse of People with Disabilities in Prisons in the State of South Australia» (« “Ils m’ont simplement enfermé” : Isolement cellulaire et abus subis par des personnes handicapées dans des prisons de l’État d’Australie-Méridionale »), documente le recours à l’isolement cellulaire à l’encontre de personnes présentant des handicaps psychosociaux ou des troubles de santé mentale. Le rapport décrit les problèmes plus généraux auxquels sont confrontées les personnes handicapées dans les prisons d’Australie-Méridionale, notamment l’accès insuffisant à des soins de santé mentale personnalisés et l’absence de contrôle des conditions de détention.
En novembre, le Comité des Nations Unies contre la torture examinera le respect par l’Australie de ses obligations juridiques internationales en matière de prévention de la torture et des mauvais traitements ; le Comité a demandé au gouvernement fédéral de lui fournir des informations sur les mesures prises pour garantir que l’isolement cellulaire soit interdit aux personnes handicapées lorsque celui-ci risque d’aggraver leurs troubles de santé mentale.
« Les autorités pénitentiaires d’Australie-Méridionale devraient reconnaître les problèmes liés au placement en isolement cellulaire de détenus présentant des troubles mentaux, et mettre fin à cette pratique », a déclaré Daniela Gavshon, directrice de Human Rights Watch pour l’Australie. « L’isolement cellulaire a des conséquences préjudiciables de manière disproportionnée dans le cas de personnes présentant certains handicaps, et pourrait constituer un traitement cruel, inhumain ou dégradant, voire une forme de torture. »
En 2025 et 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 40 personnes, dont 17 personnes handicapées qui avaient été incarcérées en Australie-Méridionale ; parmi ces 17 personnes, 14 étaient atteintes de handicaps psychosociaux. Parmi les autres personnes interrogées figuraient des proches et des amis des 17 personnes handicapées, des avocats, des membres d’organisations non gouvernementales, des défenseurs des droits, des professionnels de la santé, y compris des experts en santé mentale, ainsi que des universitaires.
Douze des 14 personnes présentant un handicap psychosocial ont déclaré que les autorités d’Australie-Méridionale les avaient placés en isolement cellulaire, parfois à plusieurs reprises, selon une « ordonnance de séparation » prévue dans la réglementation des prisons de cette région. Toutes ces personnes ont indiqué que cette expérience avait était pénible, et avait nui davantage encore à leur santé mentale.
La législation de l’Australie-Méridionale prévoit peu de restrictions quant aux circonstances dans lesquelles les autorités pénitentiaires peuvent imposer l’isolement cellulaire. Parmi les motifs justifiant que les autorités pénitentiaires placent des personnes en isolement cellulaire figure notamment le cas où celles-ci sont considérées comme présentant un risque réel ou perçu d’automutilation.
Human Rights Watch a constaté que la crainte d’être placée en isolement cellulaire dissuadait les personnes de révéler leurs troubles de santé mentale. Une femme présentant un handicap psychosocial a déclaré avoir tenté de cacher ses cicatrices d’automutilation afin d’empêcher les agents pénitentiaires de l’envoyer en isolement cellulaire. Des études internationales ont systématiquement démontré que l’isolement cellulaire peut accroître le risque d’automutilation et de pensées suicidaires.
Des détenus présentant un handicap physique ont également fait état d’un manque d’accessibilité dans les prisons d’Australie-Méridionale. Un homme en fauteuil roulant a déclaré avoir passé huit jours au centre de détention provisoire d’Adélaïde sans avoir accès à des sanitaires adéquats pour lui.
L’isolement cellulaire des personnes handicapées est un problème à l’échelle nationale en Australie. Human Rights Watch a précédemment documenté le recours à l’isolement cellulaire à l’encontre de détenus présentant des handicaps psychosociaux dans des prisons d’Australie-Occidentale et du Queensland, en 2018 et en 2020.
Le recours à l’isolement cellulaire pour les personnes handicapées bafoue les normes internationales en matière de droits humains. Les Règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus (« Règles Mandela ») précisent ceci : « Le recours à l’isolement cellulaire devrait être interdit pour les détenus souffrant d’une incapacité mentale ou physique lorsqu’il pourrait aggraver leur état. » Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, chargé de veiller au respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), a recommandé l’interdiction du placement en isolement cellulaire de détenus « présentant un handicap intellectuel ou psychosocial ».
En 2022, le Comité des Nations Unies contre la torture, dans son sixième examen périodique de l’Australie, a appelé le gouvernement à « faire en sorte que les personnes handicapées ne puissent pas être placées à l’isolement ». Cependant, le gouvernement australien n’a toujours pas pris de mesures dans ce sense. Aucune loi d’État ou de territoire n’interdit l’isolement cellulaire des personnes handicapées.
Human Rights Watch a également constaté un manque de données sur le nombre de personnes handicapées incarcérées en Australie-Méridionale et à l’échelle nationale, bien qu’il soit largement admis qu’elles soient surreprésentées dans les prisons australiennes. L’une des raisons est que le Bureau australien des statistiques n’autorise pas les personnes incarcérées à remplir elles-mêmes leurs formulaires de recensement. Toute collecte de données devrait respecter les principes des droits humains, notamment le droit à la vie privée et au consentement.
Le rapport final de la Commission royale d’enquête sur la violence, les abus, la négligence et l’exploitation des personnes handicapées, une enquête nationale qui s’est achevée en 2023, a constaté que ces lacunes dans les données « posent des défis aux gouvernements lorsqu’ils conçoivent et mettent en œuvre des mesures de soutien et des services destinés aux personnes présentant un handicap cognitif impliquées dans le système pénal ». Le gouvernement d’Australie-Méridionale devrait adopter des lois interdisant le recours à l’isolement cellulaire dans le cas de personnes handicapées, renforcer la surveillance indépendante des prisons et veiller à ce que les personnes incarcérées aient un accès adéquat aux prestations liées au handicap, notamment aux soins et au soutien en matière de santé mentale, a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement devrait également investir dans des alternatives à la détention de personnes handicapées.
« Les autorités pénitentiaires dans plusieurs régions de l’Australie bafouent les droits de certains détenus handicapés », a conclu Daniela Gavshon. « Le gouvernement fédéral et ceux des États devraient prendre des mesures urgentes pour garantir une surveillance indépendante adéquate des prisons et investir dans des alternatives à l’incarcération. »
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30.10.2026 à 16:29
Cette semaine, un forum sportif chinois a exhumé une interview datant d’avril 2026 dans laquelle la star du football du Real Madrid, Kylian Mbappé, se compare, sur le ton de la plaisanterie, à un « dictateur chinois ». Si Mbappé, connu pour dicter le jeu sur le terrain, n’a cité aucun nom, le site a ajouté une illustration le représentant sous les traits de Mao Tsé-Toung, fondateur du Parti communiste chinois.
La réaction de Pékin ne s’est pas fait attendre. Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que ces propos « avaient heurté les sentiments du peuple chinois. » La chaîne publique chinoise CCTV a suspendu la diffusion de tous les matchs du championnat d'Espagne de football, la Liga.
Le Parti communiste chinois, sous Xi Jinping, a peu de tolérance pour tout ce qui pourrait être interprété comme un affront à la Chine, même une remarque faite sur Mao sur le ton de la plaisanterie. Javier Tebas, président de la ligue espagnole de football, a présenté des excuses tout en vantant les liens de la Liga avec des « services gouvernementaux » chinois.
Mao a lancé, en Chine, le « Grand Bond en avant » et la Révolution culturelle, des désastres qui ont entraîné des pertes en vies humaines et des souffrances considérables. Dans son livre paru en 2008 « Tombstone: The Untold Story of Mao's Great Famine » (Stèles - La Grande Famine en Chine (1958-1961)), le journaliste Yang Jisheng estime qu’au moins 36 millions de personnes sont mortes de faim ou des suites d’abus liés à la famine qui a frappé le pays entre 1958 et 1961. Il y a eu des périodes où, en Chine, il était possible d’évoquer certains aspects de ces horreurs. Mais, à l’heure actuelle, sous l’emprise toujours plus étroite de Xi, de telles questions ne sont plus tolérées.
Si Mbappé, qui s’est empressé de présenter ses excuses, risque de perdre des sponsors chinois, ce sont les Chinois qui en paient le prix le plus lourd.
En 2021, le gouvernement chinois a adopté une loi punissant, par une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, les personnes qui diffament les « héros et martyrs ». Par la suite, les autorités ont infligé une amende de 14,7 millions de yuans (environ 2,1 millions de US dollars) à l’entreprise d’un humoriste, après que celui-ci a fait une blague au sujet de l’Armée populaire de libération. Les autorités ont également condamné récemment l’artiste Gao Zhen à trois ans de prison en vertu de la même loi, pour ses sculptures provocatrices représentant Mao. Dans l’une d’elles, il a mis en scène Mao à genoux, présentant ses excuses à ses victimes.
La réaction de Pékin à la remarque désinvolte de Mbappé rappelle que, lorsqu’il s’agit de contrôler la pensée et la parole, le Parti communiste chinois aura toujours le dernier mot.
30.10.2026 à 15:16
Le Trésor américain a annoncé cette semaine de nouvelles sanctions à l’encontre du ministère rwandais de la Défense et de la Zigama Credit and Savings Society, une institution financière rwandaise qui, selon le Trésor américain, aurait permis d’effectuer des paiements destinés à l’armée rwandaise et au M23, un groupe armé abusif. Ces sanctions gèlent tous les avoirs et intérêts des parties visées aux États-Unis et les empêchent de fait d’utiliser le dollar américain dans leurs transactions internationales.
Des milliers de soldats rwandais ont combattu aux côtés du M23 dans l’est de la République démocratique du Congo depuis la résurgence du groupe armé fin 2021. L’armée rwandaise a également fourni au M23 un soutien logistique et matériel important. En annonçant ces nouvelles sanctions, le Trésor américain a souligné que le M23 s’était rendu coupable de graves violations des droits humains. Ce groupe armé est responsable d’exécutions extrajudiciaires, de violences sexuelles, de recrutements forcés et de travail forcé, de détentions illégales, de transferts forcés de population, ainsi que de torture et d'autres violences physiques dans les zones sous son contrôle. Le Trésor a également indiqué qu'une succursale de Zigama avait permis le transport d'or provenant du territoire contrôlé par les rebelles dans l'est de la RD Congo vers Kigali, la capitale rwandaise, et avait facilité des transactions financières pour le M23 d'une valeur de plusieurs dizaines de millions de dollars.
Si les sanctions américaines précédentes, prononcées en mars, visaient les Forces de défense rwandaises (Rwanda Defence Force, RDF) et certains hauts responsables militaires, celles qui visent désormais le ministère ciblent l’institution chargée de superviser l’ensemble des opérations militaires menées en soutien au M23. Ces sanctions interviennent quelques semaines après que l’ancien président congolais Joseph Kabila a annoncé la création d’une coalition politico-militaire incluant le M23, baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN). Washington avait déjà imposé des sanctions à Kabila en avril pour son soutien présumé à des groupes armés.
Les sanctions à elles seules ne suffiront toutefois pas à protéger les civils et devraient être accompagnées de mesures concrètes visant à mettre fin aux exactions. Les Nations Unies ont identifié le M23 comme le principal auteur des violations des droits humains documentées en 2025, l'armée congolaise arrivant en deuxième position.
Les États-Unis et d’autres gouvernements devraient également faire pression sur la RD Congo pour qu’il mène des enquêtes et poursuive en justice ses propres forces responsables d’exactions, veille à ce qu’elles respectent le droit humanitaire et cesse de soutenir les groupes armés abusifs. Avant tout, il faut intensifier les pressions pour que la protection des civils et la reddition des comptes soient au cœur des négociations pour la paix.
30.10.2026 à 05:00
Six mois après leurs enlèvements, Mountaga Tall, qui avait ouvertement critiqué la junte au Mali, et son fils, Cheick Mamadou Tall, sont toujours portés disparus ; on ignore ce qu’ils sont devenus et les autorités maliennes gardent le silence. Chaque jour qui passe sans nouvelle fait craindre pour leur sécurité et aggrave l’angoisse de leur famille.
Des hommes armés non identifiés ont enlevé Mountaga Tall à Bamako, la capitale du Mali, le 2 mai. Son fils a disparu le 16 mai après avoir reçu un appel l’informant qu’il pouvait apporter des effets personnels à son père, qui était apparemment détenu dans un lieu tenu secret.
Radio France Internationale a rapporté en juillet que le Comité des Nations Unies sur les disparitions forcées avait exhorté les autorités maliennes à localiser et à protéger Mountaga Tall et son fils.
Des médias internationaux ont indiqué que les services de renseignement maliens pourraient détenir Mountaga Tall dans un lieu secret. Les autorités maliennes n’ont toutefois ni reconnu la détention de Mountaga Tall ou de son fils, ni fourni d’informations sur leur localisation, leur situation juridique ou leur état de santé, malgré les demandes de la famille Tall et d’une équipe d’avocats.
Mountaga Tall, qui a occupé un poste de ministre entre 2014 et 2017, s’était initialement rallié aux autorités militaires maliennes, mais est ensuite devenu un détracteur de la junte, s’opposant à la dissolution des partis politiques voulue par le gouvernement militaire.
Les disparitions de Mountaga Tall et de son fils s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large menée par la junte militaire malienne, au pouvoir depuis 2021, à l’encontre de l’opposition politique, des médias et des dissidents. Les autorités ont suspendu et interdit des médias, dissous des organisations de la société civile, abolit le multipartisme et soumis leurs détracteurs à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées. Depuis l’enlèvement de Mountaga Tall, d’autres personnalités politiques et leurs proches auraient été enlevés par des hommes armés encagoulés, un mode opératoire associé aux services de renseignement maliens, et certains sont toujours portés disparus.
En vertu du droit international des droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités de l’État ou leurs agents détiennent une personne puis refusent de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de protection de la loi. Les victimes de disparitions forcées sont exposées à un risque accru de torture et d’exécution.
Les disparitions forcées infligent une profonde souffrance aux familles, les laissant dans l'incertitude quant au sort de leurs proches et les privant de justice. Les autorités maliennes devraient immédiatement révéler où se trouvent Mountaga Tall et son fils, garantir leur sécurité et les libérer.
29.10.2026 à 17:28
(Beyrouth) – Lana Zaki Nusseibeh, diplomate émiratie ayant occupé de hautes fonctions au ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis (EAU), a régulièrement nié et minimisé les violations des droits humains commises par son pays au Soudan et au Yémen, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 21 octobre, les EAU ont officiellement désigné Lana Nusseibeh comme candidate au poste de Secrétaire générale des Nations Unies.
« Depuis des années, Lana Nusseibeh utilise sa position pour nier avec véhémence les crimes de guerre commis par les Émirats arabes unis au Yémen, ainsi que leur soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) qui sont responsables d’abus au Soudan », a déclaré Bruno Stagno Ugarte, responsable principal du plaidoyer à Human Rights Watch. « La désinformation qu’elle propage au sujet du bilan des EAU en matière de droits humains, en particulier son rejet des rapports de l’ONU qui documentent les liens entre les EAU et les FSR, a gravement porté atteinte à la justice pour les victimes et à l’obligation de rendre des comptes. »
Lana Nusseibeh a nié à plusieurs reprises que les EAU apportent un soutien militaire aux FSR au Soudan, tout en refusant de répondre aux preuves manifestes du contraire. Les FSR, engagées dans un conflit avec les Forces armées soudanaises (FAS), sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à grande échelle, notamment dans le cadre d’une campagne de nettoyage ethnique dans la région du Darfour. La mission d’enquête des Nations Unies sur le Soudan a conclu que leur assaut contre El Fasher, la capitale du Darfour-Nord, présentait les « caractéristiques d’un génocide ».
En septembre 2024, Lana Nusseibeh a affirmé dans une lettre adressée au rédacteur en chef du magazine britannique The Economist que « les EAU ne fournissent ni armes ni aucun autre soutien aux Forces de soutien rapide, ni à aucune des parties belligérantes au Soudan ». Cette lettre faisait suite à la publication du premier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies sur le Soudan, qui évoquait des « allégations crédibles » selon lesquelles les EAU fournissaient un soutien militaire aux FSR via le Tchad. Une lettre du gouvernement émirati datée de décembre 2023, figurant en annexe du rapport, affirmait que des vols au départ des EAU à destination du Tchad transportaient de l’aide humanitaire destinée aux civils soudanais. La lettre n’était pas signée, mais l’en-tête était celui de la Mission permanente des EAU auprès de l’ONU à New York, que Lana Nusseibeh a dirigé de 2013 à avril 2024.
En avril 2024, en réponse aux accusations du gouvernement soudanais selon lesquelles les EAU fournissaient aux FSR un soutien militaire, logistique et politique, Lana Nusseibeh a déclaré dans un communiqué qu’il s’agissait « allégations sans fondement » et a souligné le rejet catégorique par les EAU de ces « fausses allégations ». En juillet 2024, après qu’une journaliste CNN lui eut demandé si les EAU armaient les FSR, Lana Nusseibeh a répondu : « Non, ces allégations sont catégoriquement fausses. Les EAU, comme ils l’ont fait dans d’innombrables endroits à travers le monde en cas de crise humanitaire, ont acheminé de l’aide humanitaire aussi rapidement que possible, puis ont adapté leur intervention en conséquence. »
En novembre 2025, alors qu’elle occupait le poste de ministre d’État des EUA, Lana Nusseibeh a pris part à une « campagne de lobbying intensive » menée par les Émirats auprès de membres clés du Parlement européen, selon le magazine Politico ; elle a affirmé que les EAU jouaient « un rôle constructif au Soudan », à la veille d’un vote sur une résolution condamnant les atrocités commises au Soudan. Le Parlement européen a adopté la résolution sans faire mention du rôle des EAU dans le conflit. Plusieurs sources parlementaires ont déclaré à Euronews que Lana Nusseibeh avait « personnellement fait pression sur des députés européens à Strasbourg pour influencer le contenu de la résolution ».
Dans une résolution ultérieure adoptée en juillet 2026, le Parlement européen a dénoncé le rôle des EAU, accusés de soutenir les FSR, et a demandé que des sanctions soient prises à l’encontre d’une entreprise émiratie impliquée dans le recrutement et le transfert de mercenaires vers ce groupe armé.
Un rapport de Human Rights Watch publié en mai 2026 a révélé que des mercenaires colombiens, apparemment recrutés par une entreprise basée aux EAU, avaient transité par des bases militaires émiraties avant d’être déployés au Soudan pour soutenir les FSR et combattre à leurs côtés. Ceci s’est produit notamment lors de la prise d’El Fasher par les FSR, au cours de laquelle ces forces se sont rendues coupables de nombreux massacres, de violences sexuelles généralisées et d’enlèvements contre rançon. Ce rapport apportait des preuves supplémentaires que les EAU ont aidé ou contribué de manière substantielle à la capacité des FSR à commettre des crimes de guerre.
En août dernier, la mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a publié un rapport faisant écho à ces conclusions. Selon le rapport, « des personnes et des entités opérant depuis les EAU, y étant enregistrées ou liées à ce pays, ont joué un rôle significatif au sein de réseaux impliqués dans le recrutement, le financement, le transport et le déploiement de mercenaires étrangers, ainsi que dans la fourniture d’un soutien d’ordre militaire au profit des Forces de soutien rapide ». La Mission a noté que « plusieurs sources » indiquaient la présence de combattants colombiens à El Fasher et dans ses environs avant, pendant et après la prise de contrôle de cette ville.
Human Rights Watch a également documenté l’utilisation par les FSR de matériel militaire — des obus de fabrication serbe équipant un drone d’attaque — qui avait initialement été vendu au profit des forces armées des EAU.
Le 27 octobre, lors d’un dialogue interactif avec les États membres de l’ONU et des organisations de la société civile, Lana Nusseibeh a été interrogée sur son refus de reconnaître les conclusions du Groupe d’experts sur le Soudan et de la Mission d’enquête. Elle n’a pas répondu directement à la question de savoir si elle allait « continuer à rejeter les conclusions de l’organisation [l’ONU] » qu’elle cherche à diriger. Elle a déclaré qu’elle s’était mise en congé de ses fonctions de ministre des EAU et qu’elle renverrait toute question concernant les EAU au gouvernement de ce pays.
Lorsqu’elle était la Représentante permanente des EAU auprès de l’ONU, Lana Nusseibeh a défendu à plusieurs reprises son pays, affirmant qu’il respectait le droit international lors de son intervention au Yémen, tout en rejetant les preuves d’exactions largement documentées. À partir de mars 2015, les EAU ont joué un rôle de premier plan au sein d’une coalition de pays menant des opérations militaires au Yémen, notamment en engageant plus de 30 avions de combat pour mener des frappes aériennes, en fournissant des navires de guerre pour faire respecter le blocus maritime de la coalition et en soutenant des forces locales coupables d’exactions.
En 2016, Human Rights Watch a recensé 58 frappes aériennes illégales menées par la coalition saoudienne et émiratie, qui ont tué près de 800 civils et touché des habitations, des marchés, des hôpitaux, des écoles, des commerces et des mosquées, ainsi que l’utilisation d’armes à sous-munitions par la coalition.
En août 2016 et en mai 2018, Lana Nusseibeh a défendu les actions des EAU au Yémen, affirmant que les EAU « prennent très au sérieux leur responsabilité en matière de respect du droit international humanitaire et de protection des civils ». Sa déclaration de mai 2018 a été faite quelques mois avant l’ordre donné par les EAU aux organisations humanitaires présentes dans la ville côtière de Hodeida d’évacuer les lieux, malgré les immenses besoins humanitaires ; la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et les EAU cherchaient alors à reprendre le contrôle de cette ville aux Houthis.
En 2021, les EAU, aux côtés de l’Arabie saoudite, ont mené avec succès une campagne de lobbying visant à mettre fin au mandat du Groupe d’experts éminents, un organe international, impartial et indépendant que le Conseil des droits de l’homme avait créé pour rendre compte des violations et des abus des droits humains au Yémen.
« Lana Nusseibeh a occupé pendant plus d’une décennie des fonctions au service du gouvernement des Émirats arabes unis et n’a cessé de minimiser le rôle abusif de ce pays au Yémen et au Soudan, présentant Abu Dhabi comme un acteur humanitaire tout en rejetant ou en occultant les preuves de plus en plus nombreuses de l’implication des EAU dans de graves abus », a conclu Bruno Stagno Ugarte. « Lana Nusseibeh ayant rejeté et discrédité les conclusions des rapports des Nations Unis, les États membres de l’ONU devraient poser des questions percutantes sur sa volonté de défendre l’indépendance et l’intégrité de cette organisation et de ses mécanismes d’enquête, y compris ceux qui dénoncent les exactions des EAU, à un moment où ces institutions sont la cible d’attaques. »
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29.10.2026 à 16:06
Plus de trois mois se sont écoulés depuis que des agents de sécurité en civil ont arrêté l’activiste pro-démocratie Clovis Kakule Mutsuva le 18 juillet dans la province du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. Clovis Kakule Mutsuva, âgé de 32 ans et visé par plusieurs chefs d’accusation, attend d’être jugé par un tribunal militaire.
Click to expand Image Clovis Kakule Mutsuva. © PrivéLes Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF), un groupe armé d’origine ougandaise actif dans l’est de la RD Congo, ont mené des attaques meurtrières dans la ville de Beni, dans le Nord-Kivu, près de la frontière ougandaise. Clovis Kakule Mutsuva et d’autres activistes ont appelé à l’arrêt des activités publiques dans cette ville, dans des vidéos et des discours publics.
La journée « ville morte », qui a eu lieu le 14 mai, s’est déroulée de manière pacifique selon le maire de Beni. Néanmoins, deux mois plus tard, Clovis Kakule Mutsuva a été arrêté et poursuivi pour incitation à la désobéissance à la loi, critique de l’autorité publique, organisation de manifestations non autorisées, outrage à l’armée, propagation de faux bruits et propagation de fausses informations sur les réseaux sociaux. Le ministère public a accusé Clovis Kakule Mutsuva d’avoir appelé les manifestants à « mettre le feu » aux rues la nuit pour protester contre l’insécurité et exiger que le gouvernement protège les civils.
Clovis Kakule Mutsuva a ouvertement critiqué les ordonnances de loi martiale émises dans le cadre de « l’état de siège » régional dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri depuis 2021. L’état de siège est un régime d’exception instauré par le président Félix Tshisekedi pour lutter contre l’insécurité et la violence des groupes armés dans l’est de la RD Congo. Il confère des pouvoirs étendus aux autorités militaires et restreint certaines libertés fondamentales, notamment en autorisant les tribunaux militaires à juger des civils.
La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas être compétents pour juger des civils.
Clovis Kakule Mutsuva est en détention provisoire depuis plus de trois mois, malgré de vives inquiétudes concernant la dégradation de son état de santé. Il a été hospitalisé le 11 août pendant près de deux mois avant d’être renvoyé à la prison centrale de Kangbayi à Beni le 7 octobre.
L’avocat de Clovis Kakule Mutsava a indiqué que l’Auditorat militaire supérieur du Nord-Kivu avait rejeté les demandes de mise en liberté provisoire de son client.
Human Rights Watch a appelé à plusieurs reprises les autorités congolaises à juger les civils devant des tribunaux civils, y compris dans les provinces où la loi martiale a été instaurée. Clovis Kakule Mutsuva devrait voir son procès renvoyé devant un tribunal local et être libéré sous caution dans l’attente de son procès, afin de pouvoir bénéficier de soins de santé appropriés.
29.10.2026 à 01:00
(Nairobi) – Les autorités nigériennes devraient d’urgence révéler où se trouve l’éminent journaliste Moussa Kaka, victime d’une disparition forcée il y a deux mois, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Elles devraient garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale avérée.
Le 31 août 2026, Moussa Kaka, directeur général de la Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale (RFI), a quitté son bureau à Niamey, la capitale du Niger, pour rentrer chez lui ; mais il n’est jamais arrivé à destination, ce qui a immédiatement suscité des inquiétudes. Pendant des semaines, sa famille et ses collègues n’ont pas pu obtenir d’informations sur le lieu où il se trouvait. Le 25 septembre, lors de l’Examen périodique universel du Niger aux Nations Unies à Genève, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a reconnu que Moussa Kaka était détenu pour une « infraction » présumée, et que le journaliste devra en «répondre devant les juridictions », mais n’a fourni aucun détail sur l’accusation ni sur son lieu de détention.
« Deux mois après la disparition de Moussa Kaka au Niger, les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve, ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « La famille de Kaka continuera de vivre dans l’incertitude jusqu’à ce que les autorités élucident les circonstances de sa disparition. »
Moussa Kaka est une figure respectée du journalisme d’investigation africain. Pendant des années, il a travaillé comme correspondant de RFI au Niger, jusqu’à ce que la junte militaire suspende les émissions de cette chaîne radio en 2023. Tout au long de sa carrière, il a poursuivi son travail sous plusieurs gouvernements au Niger, malgré les risques et les détentions répétées liées à son activité journalistique.
En septembre 2007, sous le président Mamadou Tandja, les autorités ont arrêté Moussa Kaka et l’ont accusé d’entretenir des liens avec des rebelles de l’ethnie touareg, à la suite de sa couverture approfondie de la rébellion touareg dans le nord du Niger. Il a passé 379 jours en prison avant d’être libéré en octobre 2008, à la suite d’une campagne nationale et internationale en faveur de sa libération.
En octobre 2025, la police de Niamey a arrêté Moussa Kaka ainsi que cinq autres journalistes, après qu’ils eurent annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse concernant un fonds de solidarité créé par le gouvernement nigérien et destiné à soutenir les forces de sécurité nationales. Les journalistes ont été inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité. Les six journalistes ont par la suite été remis en liberté.
La récente disparition forcée de Moussa Kaka s’est produite dans un contexte de tensions politiques exacerbées à la suite d’une tentative de coup d’État militaire à Niamey, le 29 août. Après que des soldats mutins eurent tenté de s’emparer du pouvoir, la junte a arrêté des dizaines de soldats suspectés d’être impliqués dans cette tentative, ainsi qu’un ancien ministre. Les forces de l’Africa Corps, contrôlées par le gouvernement russe, ont été appelées en renfort pour aider à réprimer la mutinerie. Des collègues et amis de Moussa Kaka ont exprimé leur inquiétude quant au fait que sa disparition puisse être liée à la répression menée par la junte après la tentative de coup d’État.
L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a saisi le Comité de l’ONU sur les disparitions forcées au sujet du cas de Moussa Kaka, après l’avoir préalablement porté cette affaire à l’attention de la Rapporteure spéciale de l’Union africaine sur la liberté d’expression et l’accès à l’information. Des organisations de la société civile africaine ont évoqué son cas devant la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à la mi-octobre à Dakar, au Sénégal. Des journalistes et des défenseurs des droits humains de toute l’Afrique ont également appelé à sa libération.
« Moussa Kaka n’a pas sa place en détention », a déclaré Alioune Tine, éminent défenseur sénégalais des droits humains et ancien expert sdans ce domaine auprès des Nations Unies. « Sa détention est absolument injustifiée et viole les obligations internationales du Niger en matière de droits humains, notamment les dispositions de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que le Niger a signée et ratifiée. »
Le cas de Kaka met en lumière les inquiétudes croissantes concernant la liberté de la presse et la répression politique au Niger, selon Human Rights Watch. Depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte militaire nigérienne a consolidé son pouvoir, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression à l’encontre des dissidents. La junte a dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi de vaste portée sur la cybercriminalité, déchu de leur nationalité des opposants politiques en exil, annoncé le retrait du pays de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique sans organiser d’élections. Les autorités continuent également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et son épouse, ainsi que l’éminent défenseur des droits humains Moussa Tiangari.
En vertu du droit international en matière de droits humains, une disparition forcée a lieu lorsque des agents de l’État, ou des personnes agissant avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État, privent une personne de sa liberté puis refusent de reconnaître cette détention ou dissimulent le sort ou le lieu où se trouve cette personne. La disparition forcée expose les victimes à un risque accru de torture et d’exécution extrajudiciaire. Elle inflige également de profondes souffrances aux familles, qui sont laissées dans l’incertitude quant au sort de leurs proches, et se voient refuser l’accès à la justice.
« Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler des informations précises au sujet de Moussa Kaka, et le libérer s’il n’a pas été inculpé à juste titre », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les gouvernements étrangers et les organisations internationales devraient faire pression sur la junte pour qu’elle prenne des mesures immédiates dans l’affaire de Moussa Kaka. »
28.10.2026 à 05:00
(Rio de Janeiro, 28 octobre 2026) – Des policiers ont manipulé à mauvais escient des caméras corporelles et n’ont pas pris des mesures d’enquête cruciales lors d'une opération dans un quartier défavorisé de Rio de Janeiro, au Brésil, le 28 octobre 2025, a déclaré Human Rights Watch dans une enquête publiée aujourd'hui. Les éléments de preuve indiquent que la police a fait un usage excessif de la force, et pourrait avoir intentionnellement tué des dizaines d'hommes et de garçons.
L’enquête, intitulée « “A Strategy of Death”: Investigating Brazil’s Deadliest Police Operation » (« “Une stratégie mortelle” : Enquête sur l’opération policière la plus meurtrière au Brésil »), porte sur l’Opération Confinement (« Opéração Contenção »), au cours de laquelle 122 personnes ont été tuées. Parmi les victimes figuraient deux enfants et quatre policiers tués ce jour-là, ainsi qu'un cinquième policier qui a succombé plus tard à ses blessures. Deux autres hommes ont été tués tôt dans la matinée du 28 octobre 2025, avant le début officiel de l’opération.
« Une stratégie mortelle »Opération policière létale au Brésil
Enquête (en anglais)Aucun de ces décès n’apparaît dans les milliers d’heures de séquences vidéo filmées par les caméras corporelles (« body cameras » portées par les policiers), transmises par la police militaire de Rio de Janeiro au Bureau du défenseur public (Defensoria Pública), et examinées par Human Rights Watch après avoir obtenu l’accès à ces enregistrements.
« Human Rights Watch a examiné des milliers d’heures de vidéos filmées par les caméras portées par les forces de l’ordre, et a analysé des dossiers d’enquête officiels et des rapports d’autopsie concernant chaque victime. Pourtant, des questions cruciales demeurent sans réponse, car la police n’a pas enregistré correctement certains homicides, ni préservé des scènes de crime, ni recueilli des données essentielles », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques à Human Rights Watch. « Les familles des personnes tuées, y compris celles des policiers décédés, méritent d’obtenir des réponses ainsi que la reddition de comptes, grâce à une enquête approfondie et indépendante. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 témoins, membres de familles et experts, et a analysé 4 150 heures d’enregistrements issus de caméras corporelles, 9 000 pages de dossiers d’enquête officiels, 122 rapports d’autopsie, des documents judiciaires, ainsi que des centaines de vidéos et de photographies. Human Rights Watch a analysé ces données à l’aide de plusieurs modèles d’intelligence artificielle (IA) développés en interne, suivis d’un examen et d’une évaluation individuelle par les chercheurs.
Human Rights Watch a analysé des données provenant de plusieurs organisations – le Groupe d’étude sur les nouvelles illégalités (Grupo de Estudos dos Novos Ilegalismos, GENI), basé à Rio ; le Forum brésilien de sécurité publique (Fórum Brasileiro de Segurança Pública, FBSP), un groupe de réflexion non gouvernemental, et Fogo Cruzado (« Tirs croisés »), une organisation indépendante qui suit les questions sécuritaires – ainsi que des rapports médiatiques. Ces données montrent que l’Opération Confinement a été l’opération policière la plus meurtrière en une seule journée au Brésil, pays où les forces de police tuent plus de 6 000 personnes par an.
L’État de Rio de Janeiro et une décision de la Cour suprême brésilienne imposent aux policiers le port de caméras corporelles ; toutefois, selon un porte-parole du gouvernement de Rio de Janeiro, seuls 23 % des 2 500 policiers civils et militaires ayant participé à l’opération en étaient équipés.
L’analyse par Human Rights Watch des enregistrements provenant de caméras de 527 policiers militaires a révélé, dans de nombreux cas. des pratiques visant à entraver ou manipuler leur fonctionnement. Des agents ont laissé les caméras allumées avant même le début de l’opération, épuisant ainsi les batteries. Ils ont parfois masqué les objectifs des caméras, ou les ont placées de sorte qu’elles ne puissent pas filmer leurs propres actions ; dans d’autres cas, ils ont laissé les appareils dans leurs véhicules.
Selon les chercheurs, ces manipulations sont survenues systématiquement à des moments cruciaux : lors d’arrestations, d’échanges de tirs ou lorsque les policiers pénétraient dans des domiciles. La plupart de ces obstructions concernaient des caméras portées par des agents appartenant à des unités engagées en première ligne, notamment le Bataillon des opérations policières spéciales (Batalhão de Operações Policiais Especiais, BOPE) de la police militaire ; cette unité était déployée dans la zone boisée où ont eu lieu la plupart des homicides, ce jour-là. Les chercheurs ont déterminé que 36 % des salves de coups de feu entendues sur leurs caméras se sont produites lorsque les caméras étaient obstruées.
Les images des caméras corporelles montrent des policiers en train d’agresser et de menacer de mort des personnes interpellées, dont un enfant, qu’ils ont contraint à s’allonger à côté d’un cadavre tout en le prenant en photo. Dans une autre séquence enregistree un policier donne pour consigne à ses collègues de tirer dans les jambes des détenus s’ils tentaient de s’enfuir. Dans un troisième extrait vidéo, un agent a exprimé sa frustration face au fait que les caméras corporelles les empêchaient de tuer des suspects.
Les chercheurs ont également analysé ou vérifié des centaines de vidéos et de photographies prises ce jour-là par des membres de la communauté locale. Dans une série de vidéos authentifiées, on voit des policiers entasser des cadavres, certains ayant les parties génitales exposées, dans un véhicule blindé, tout en plaisantant. « Regardez comme c’est merveilleux », lance l’un des agents. « On aime ça. »
Bien que la police ait affirmé avoir passé des mois à planifier l'opération, rien ne prouve qu'elle ait pris des dispositions préalables pour protéger les scènes de crime et procéder à des analyses médico-légales. De plus, la police civile n'a recueilli d'informations de base que pour deux des 117 victimes ne faisant pas partie de la police, dont les noms des policiers et des résidents qui amené les victimes à l'hôpital.
Seuls sept suspects ont été conduits à l’hôpital puis arrêtés, alors que 117 personnes ont été tuées par la police. Ce ratio exceptionnellement élevé de personnes tuées par rapport aux personnes blessées (17 pour 1) soulève de sérieuses questions quant à savoir si la police a privilégié la force létale, plutôt que l'arrestation des suspects.
Une analyse des rapports d’autopsie des victimes va également dans ce sens. Plus de 40 % des victimes qui n’étaient pas des policiers figurant dans les rapports analysés ont reçu des tirs à la tête, dont plus de 60 % ont été atteintes par quatre balles ou plus, et près de 75 % ont reçu au moins un tir dans le dos. Un homme a été abattu puis décapité.
Human Rights Watch a consulté le Groupe d’experts médico-légaux indépendants (Independent Forensic Expert Group, IFEG), qui fait partie du Conseil international pour la réadaptation des victimes de la torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims, IRCT). Selon les experts de l’IFEG, les éléments de preuve recueillis suggèrent que plusieurs victimes ont été délibérément ciblées et tuées. Dans plusieurs cas, la trajectoire des tirs allait du bas vers le haut, ce qui peut indiquer une exécution — par exemple, lorsqu’une personne est abattue alors qu’elle est allongée ou dans l’incapacité de se défendre.
Les autorités brésiliennes devraient veiller à ce qu’une enquête approfondie et indépendante soit menée sur la planification et les décisions prises par les hauts responsables et les commandants de police qui ont conduit à cette opération meurtrière. Le nouveau gouverneur de Rio de Janeiro, qui prendra ses fonctions le 6 janvier 2027, devrait présenter un projet de loi visant à séparer les services médico-légaux des services de la police civile.
« Notre enquête montre que la police a bafoué la loi ainsi que ses propres protocoles lors de cette opération désastreuse », a conclu César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Les pratiques policières abusives compromettent la sécurité publique en rendant les communautés moins enclines à collaborer avec les forces de l’ordre, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger aussi bien les habitants que les policiers. Le Brésil a besoin de nouvelles stratégies de sécurité publique qui soient efficaces, mais aussi respectueuses des droits humains. »
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27.10.2026 à 14:50
Mise à jour 28/10/26 : Le 27 octobre 2026, après une seule audience, le tribunal correctionnel du Nouveau-Caire a reconnu Lina Attalah coupable des accusations la visant, lui a infligé une amende de 3 millions de livres égyptiennes (soit 53 474 dollars, ou 48 032 euros) et a ordonné la fermeture du site Mada Masr. Les autorités ont placé Lina Attalah en détention à l'issue de l'audience, avant de la relâcher quelques heures plus tard, suite au paiement de l’amende.
(Beyrouth, 27 octobre 2026) –Les autorités égyptiennes devraient abandonner les poursuites contre Lina Attalah, rédactrice en chef du média indépendant Mada Masr, avant son audience prévue le 27 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Parquet suprême de la sécurité de l’État a renvoyé Lina Attalah devant le tribunal le 22 octobre dans le cadre de l’affaire n° 9072/2026 ; elle est accusée d’avoir créé et géré le site web Mada Masr sans autorisation préalable. Cette mise en examen est intervenue au lendemain de son interrogatoire par le parquet au sujet des reportages publiés sur ce site. Elle encourt une amende pouvant aller jusqu’à 3 millions de livres égyptiennes (environ 53 400 dollars, ou 48 000 euros), ainsi que la fermeture de Mada Masr et la confiscation de son matériel.
« Les poursuites hâtivement engagées contre Lina Attalah marquent une nouvelle escalade dans les attaques éhontées menées par les autorités égyptiennes contre les médias indépendants du pays », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Aucun.e journaliste ne devrait faire l’objet de poursuites pénales pour avoir fait son travail. »
Le 19 octobre, les procureurs ont sommé Lina Attalah de se présenter pour un interrogatoire. Le 21 octobre, ils l’ont interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, puis l’ont libérée sous caution de 100 000 livres égyptiennes (environ 1 780 dollars). Le lendemain, le parquet l'a renvoyée en procès pour avoir exploité le site web sans autorisation. Selon Mada Masr, il s’agit de la sixième affaire intentée contre ce média ou ses journalistes au cours des six dernières années.
La loi égyptienne de 2018 sur la régulation de la presseet des médias impose aux sites web opérant en Égypte d’obtenir une licence auprès du Conseil suprême de régulation des médias. La loi autorise le Conseil à suspendre ou à bloquer les sites web opérant sans licence valide. Mada Masr a indiqué avoir déposé une demande de licence en 2018, puis à nouveau en 2020. Suite au rejet de sa demande, la plateforme a contesté ce rejet devant les tribunaux. En 2023, Mada Masr a déposé une nouvelle demande accompagnée de documents supplémentaires, mais les autorités n’y ont pas répondu.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah soulèvent des inquiétudes quant à l’utilisation des exigences en matière d’agrément pour restreindre les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch. Les refus arbitraires d’agrément ou l’utilisation des exigences a mauvais escient, en ne répondant pas rapidement aux efforts de bonne foi visant à se conformer à la réglementation et en plongeant les entités dans un vide juridique, constituent une violation du droit international des droits humains.
Les autorités égyptiennes ont pris pour cible Lina Attalah et Mada Masr à plusieurs reprises. En septembre 2022, le parquet a interrogé Lina Attalah et trois journalistes de Mada Masr au sujet d’allégations de publication de fausses informations, de trouble à l’ordre public et d’atteinte à l’intérêt général. En novembre 2023, le parquet a convoqué Lina Attalah pour un interrogatoire à la suite d’une enquête menée par le Conseil suprême de régulation des médias. En août 2025, le parquet l’a de nouveau interrogée au sujet d’allégations de publication de « fausses informations » et d’exploitation d’un site web sans licence, à la suite d’un reportage de Mada Masr sur des abus présumés à la prison de Badr 3.
Plus d’une centaine d’organisations de la société civile, dont Human Rights Watch, ont appelé les autorités égyptiennes à mettre fin aux poursuites contre Lina Attalah, et à accorder une licence d’exploitation à Mada Masr.
Les poursuites engagées contre Lina Attalah s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant les médias indépendants en Égypte et interviennent moins d’un mois après l’arrestation, par les forces de sécurité, de six journalistes travaillant pour la plateforme indépendante de journalisme d’investigation Matsda2sh, les 28 et 29 septembre 2026. Ces journalistes, qui constituaient l’intégralité de la rédaction de la plateforme, sont toujours en détention provisoire ; ils sont accusés d’« adhésion et de financement d’un groupe terroriste », de « diffusion de fausses informations » et d’utilisation des réseaux sociaux pour les diffuser. Certains d’entre eux ont depuis affirmé que les autorités les avaient torturés pendant leur détention et avaient tenté de leur extorquer des aveux sous la contrainte, selon leurs avocats.
Les autorités devraient abandonner toutes les poursuites liées à l’exercice du droit à la liberté d’expression et mettre fin au harcèlement répété dont font l’objet les médias indépendants, a déclaré Human Rights Watch.
L’Égypte figure parmi les pays qui emprisonnent le plus de journalistes au monde, avec 25 journalistes derrière les barreaux début octobre, selon le Comité pour la protection des journalistes. Les autorités égyptiennes ont bloqué l’accès au site web de Mada Masr en Égypte depuis mai 2017.
L’Égypte est tenue, en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de respecter la liberté d’expression, y compris la liberté de la presse. Le Comité des droits de l’homme des Nations Unies, qui interprète de manière faisant autorité ce pacte, a conclu que les gouvernements ne peuvent interdire à un site ou à un système de diffusion d’informations de publier des contenus au seul motif qu’ils pourraient être critiques à l’égard du gouvernement.
« Imposer des obligations d’enregistrement puis ignorer systématiquement les tentatives de bonne foi de Mada Masr pour s’y conformer constitue une tentative évidente de la part des autorités de saper cette plateforme, et viole le droit international relatif aux droits humains », a conclu Bassam Khawaja. « Les autorités égyptiennes devraient abandonner ces poursuites, et mettre fin à la répression en cours contre le journalisme indépendant. »
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Articles
ZoneBourse/Reuters - Courrier int.
LeSoir.be
26.10.2026 à 20:23
(Beyrouth) – Le 18 octobre, le groupe armé houthi a utilisé des explosifs pour endommager gravement une route essentielle menant à la ville assiégée de Taïz, au Yémen, mettant davantage en danger la vie et les moyens de subsistance des civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
La route Hayjat al-Abd constitue la principale voie d’acheminement de nourriture, de médicaments et de carburant vers les habitants de la ville de Taïz, assiégée par les Houthis depuis 2015. Les combats dans cette zone opposent principalement les Houthis aux forces alignées sur le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. La destruction délibérée de tronçons de cette route par les Houthis, si elle visait à mettre hors d’état de fonctionner des infrastructures indispensables à la survie des civils, constituerait une violation du droit de la guerre et équivaudrait à un crime de guerre. Cette attaque pourrait également avoir causé des dommages disproportionnés à la population civile.
« L’attaque des Houthis contre la dernière voie d’approvisionnement commerciale menant à la ville de Taïz, assiégée, met encore davantage en danger les civils qui souffrent déjà de graves pénuries de nourriture, d’eau, de médicaments et de carburant », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Si l’accès des habitants de Taïz à cette voie vitale est coupé pendant une période prolongée, leur vie et leur santé pourraient être exposés à des risques encore plus graves. »
En octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens avec huit sources bien informées au sujet de deux attaques survenues sur cette route et de leurs conséquences, notamment des activistes de la société civile et un proche d’un témoin de l’attaque du 18 octobre. Human Rights Watch a également analysé des images satellites et vérifié des photographies ainsi qu’une vidéo provenant de sources ou publiées sur les réseaux sociaux. En 2024, Human Rights Watch s’était entretenu avec six habitants de Taïz au sujet de la difficulté à subvenir à leurs besoins fondamentaux pendant le siège imposé par les Houthis.
Le 21 octobre, Human Rights Watch a écrit aux Houthis au sujet des attaques contre cette route, mais n’a pas reçu de réponse.
Le contrôle de Taïz est partagé depuis 2015, date à laquelle les forces houthistes ont pénétré dans le gouvernorat et encerclé sa capitale, la ville de Taïz, troisième plus grande ville du Yémen. La ville est restée sous le contrôle du gouvernement yéménite, mais les Houthis ont coupé les routes vitales qui la relient au reste du pays, notamment à la ville portuaire d’Aden, actuelle capitale du gouvernement yéménite.
Si le droit de la guerre n’interdit pas les sièges visant des objectifs militaires, il est toutefois interdit aux forces assiégeantes d’utiliser la famine des civils comme méthode de guerre et elles doivent autoriser et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a constaté que le blocage par les Houthis des routes menant à Taïz a sévèrement restreint la capacité des civils à entrer et sortir de la ville et a entravé l’acheminement de biens essentiels, notamment l’eau, ainsi que l’accès humanitaire à la population civile.
Attaques contre la route Hayjat al-Abd, gouvernorat de Taïz Click to expand Image Sites de deux attaques menées par les Houthis contre la route de Hayjat al-Abd (gouvernorat de Taïz) au Yémen, en octobre 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)Vers 4 h du matin, le 18 octobre, les forces houthistes ont fait exploser des engins explosifs sur la route Hayjat al-Abd, dans la localité d’al-Turba, endommageant considérablement une partie de la chaussée. Des habitants de la région ainsi que deux autres sources bien informées ont indiqué que les Houthis contrôlaient al-Turba, située à environ 75 kilomètres au sud de la ville de Taïz, depuis le 4 octobre. Depuis lors, aucun combat terrestre n’avait eu lieu dans la région, y compris la nuit de l’attaque. Rien n’indiquait non plus que les forces gouvernementales ou d’autres groupes armés tentaient de reprendre le contrôle de la zone, ce qui laisse supposer qu’aucun autre groupe n’aurait pu mener cette attaque.
Une autre source a rapporté que l’un de ses proches lui avait dit : « C’était une explosion massive et terrifiante, tout le monde s’est réveillé. Des débris ont atterri jusqu’à ma maison. »
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre photographies et une vidéo provenant de sources montrant un ponceau endommagé sur les lacets de la route Hayjat al-Abd. Les dégâts correspondent à une détonation souterraine d’explosifs.
Deux semaines plus tôt, des forces apparemment houthistes avaient attaqué la route Hayjat al-Abd, à environ 85 kilomètres au sud-est de la ville de Taïz. Un activiste de la société civile à Taïz, qui s’est entretenu avec plusieurs personnes bien informées sur l’attaque, a déclaré que dans la nuit et au petit matin du 30 septembre au 1er octobre, les forces houthistes et les forces alignées sur le gouvernement yéménite se sont affrontées sur plusieurs fronts autour de Taïz. Selon ces sources, les forces houthistes se seraient infiltrées et auraient atteint la route Hayjat al-Abd, où elles auraient placé et fait exploser des explosifs dans un ponceau situé sous la route, juste après Souq al-Wahati, un marché local. Les forces houthistes se seraient ensuite retirées.
Deux autres sources ont fourni des récits similaires, fondés sur des échanges avec des habitants de la région. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer de manière concluante que les forces houthistes étaient à l’origine de cette attaque.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux autres photographies publiées sur les réseaux sociaux le 1er octobre, montrant un ponceau endommagé sur la route Hayjat al-Abd, au niveau du village d’al-Muharraqah, là où la route commence à monter vers la ville de Taïz. Les dégâts observés sur le ponceau sur ces images correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. Des images satellites prises à 6 h 57 le 1er octobre montrent que le ponceau a été endommagé sur toute la largeur de la route.
Les forces gouvernementales ont rapidement repris le contrôle de la zone après la première attaque et ont ensuite comblé la partie détruite de la route avec de la terre afin de permettre le passage des véhicules. Deux sources ont indiqué que les autorités gouvernementales avaient en grande partie fermé la route pour éviter de nouvelles attaques contre les véhicules, bien que certains véhicules aient continué à circuler.
Depuis l’attaque du 1er octobre, toutes les routes menant à Taïz et en sortant ont été en grande partie bloquées par les forces affiliées au gouvernement yéménite et les forces houthistes en raison des hostilités. Cependant, avant la deuxième attaque, certaines fournitures, notamment de la farine, avaient encore été acheminées vers la ville de Taïz par la route Hayjat al-Abd, ont déclaré deux acteurs de la société civile présents dans la région.
Le 14 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a toutefois déclaré que ses employés n’avaient pas pu accéder aux « plus de 600 000 personnes de Taïz qui dépendent de l’aide humanitaire », ce qui était « particulièrement alarmant » puisque la plupart des districts de Taïz sont considérés comme étant en situation d’urgence alimentaire. Le PAM a également indiqué que « les stocks de farine de blé sont presque épuisés » dans la ville et que « les réserves alimentaires restantes sur les marchés locaux ne dureront peut-être que peu de temps si les restrictions d’accès persistent ».
En vertu du droit international humanitaire, les routes sont présumées être des biens de caractère civil qui deviennent des objectifs militaires si, de par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation, elles contribuent effectivement à l’action militaire et si leur destruction, leur capture ou leur neutralisation procure un avantage militaire certain à ce moment-là. Même si la route Hayjat al-Abd pouvait être qualifiée d’objectif militaire, une attaque serait illégalement disproportionnée si les dommages collatéraux attendus à l’égard des civils étaient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté. Compte tenu du rôle essentiel que joue cette route dans l’accès des civils de la ville de Taïz à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et à d’autres besoins fondamentaux, l’évaluation devrait tenir compte des conséquences raisonnablement prévisibles de sa détérioration ou de sa fermeture.
Les Houthis auraient dû savoir, compte tenu notamment des avertissements répétés de l’ONU, que les réserves à Taïz s’épuisaient et que de nouvelles fermetures après le 1er octobre, résultant d’attaques contre la route, pourraient avoir de graves conséquences pour les civils assiégés de Taïz qui dépendent de cette route pour subvenir à leurs besoins essentiels.
Le droit international humanitaire interdit également d’attaquer, de détruire ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie d’une population civile. L’attaque du 18 octobre a perturbé la dernière voie d’approvisionnement commerciale majeure vers la ville de Taïz. La question de savoir si elle a enfreint cette interdiction dépend du fait qu’elle ait été menée dans le but de priver les civils de l’accès à des biens indispensables à leur survie.
Les violations graves des lois de la guerre ordonnées ou commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
« Les combats à Taïz pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les centaines de milliers de civils qui ont besoin d’aide », a conclu Niku Jafarnia. « Toutes les parties belligérantes devraient veiller à protéger les civils au Yémen, qui ont déjà enduré d’énormes souffrances au cours de ces 12 années de conflit. »
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26.10.2026 à 17:02
(São Paulo, 25 octobre 2026) – Luiz Inácio Lula da Silva, réélu président du Brésil, devrait mettre à profit son nouveau mandat pour s’attaquer aux problèmes chroniques en matière de droits humains dans ce pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le président Lula a battu le candidat du Parti libéral, Flávio Bolsonaro, lors du second tour de l’élection présidentielle le 25 octobre, selon les résultats officiels du Tribunal électoral supérieur. Lula a recueilli 51,7 % des voix, contre 48,2 % pour Bolsonaro, avec 99,9 % des bulletins dépouillés, selon le Tribunal électoral supérieur.
« Au cours de son mandat actuel, le président Lula a soutenu les institutions démocratiques et réalisé des progrès importants en matière de protection de la forêt et des communautés locales dont la survie en dépend, mais son bilan a été mitigé dans d’autres domaines », a déclaré César Muñoz, directeur pour le Brésil à Human Rights Watch. « Son gouvernement devrait s’attaquer au nombre record d’homicides commis par la police et à d’autres problèmes de sécurité publique, et soutenir plus solidement les politiques en faveur des droits humains, tant au niveau national qu’à l’étranger. »
Les médias ont fait état d’une réduction des services de transports en commun dans plusieurs États brésiliens, ce qui a pu empêcher des électeurs de se rendre aux bureaux de vote le 25 octobre. La police fédérale enquêterait sur d’éventuels délits électoraux. La campagne de Lula a demandé une prolongation de la période de vote dans certains États en raison de ces perturbations. La campagne de Bolsonaro a également demandé une prolongation dans d’autres régions du pays, en raison de fortes pluies.
Alors que les bureaux de vote fermaient, un juge de la Cour suprême a prolongé la durée du scrutin de deux heures. Peu après, le Tribunal électoral, puis le juge de la Cour suprême, ont précisé que cette prolongation s’appliquait aux bureaux de vote qui étaient encore ouverts.
Après son entrée en fonction en janvier 2023, le président Lula a pris des mesures importantes pour réparer une partie des dommages que l’administration précédente avait infligés aux institutions démocratiques, à l’environnement et à la protection des droits humains en général.
Pourtant, certains problèmes chroniques en matière de droits humains ont persisté dans le pays, notamment les abus policiers, qui touchent de manière disproportionnée les Brésiliens noirs. Les homicides commis par la police ont atteint un niveau record — avec 6 589 personnes tuées en 2025 — et ont continué d’augmenter en 2026 jusqu’en septembre, en raison de l’échec des stratégies de politique publique qui ont permis un recours incontrôlé à la force létale par la police.
Les pratiques policières abusives sapent la sécurité publique — une préoccupation majeure pour les Brésiliens, selon de nombreux sondages — en alimentant la méfiance et en rendant les communautés moins disposées à collaborer avec la police, tout en alimentant un cycle de violence qui met en danger tant les civils que les policiers. Elles créent également un climat d’impunité face à l’usage excessif de la force, dans lequel la corruption policière et les liens avec le crime organisé prospèrent.
Si la sécurité publique relève principalement de la responsabilité des États au Brésil, le gouvernement fédéral a un rôle crucial à jouer dans la coordination et la promotion de politiques de sécurité publique plus efficaces pour démanteler les organisations criminelles, protéger la population contre la violence et faire respecter les droits humains.
Une mesure importante visant à améliorer les enquêtes, que le président Lula devrait soutenir, consiste à retirer les services médico-légaux de la police, afin de garantir une analyse indépendante dans les affaires d’abus policiers et d’autres crimes.
Lors d’une interview le 15 octobre, le président Lula a défendu l’idée de juger et de punir comme des adultes les mineurs âgés de 16 et 17 ans accusés de certains crimes graves. Cette mesure constituerait une violation du droit international, qui stipule que les mineurs doivent être soumis à des systèmes judiciaires distincts de ceux des adultes. Cette proposition risquerait également de compromettre, plutôt que de renforcer, les efforts du pays pour réduire la criminalité, a déclaré Human Rights Watch. Les mineurs qui enfreignent la loi peuvent et doivent être tenus pour responsables, mais selon une approche individualisée favorisant leur réinsertion.
En matière d’environnement, le président Lula devrait remédier aux incohérences qui mettent en danger les droits des Brésiliens. Son gouvernement a ramené la déforestation en Amazonie à son plus bas niveau jamais enregistré, selon les données officielles, et a repris la délimitation des territoires autochtones. Cependant, il n’a pas pris de mesures suffisantes pour réglementer l’industrie de l’élevage bovin, qui est historiquement le principal facteur de déforestation et des violations des droits humains qui y sont liées.
Son gouvernement a également lancé un programme national tant attendu visant à réduire l’utilisation des pesticides. Cependant, il a continué d’autoriser l’utilisation de pesticides hautement dangereux, dont beaucoup sont interdits dans l’Union européenne et ailleurs en raison de leurs effets nocifs avérés sur la santé et l’environnement. Cela expose les Brésiliens à un risque d’empoisonnement aigu et à d’autres conséquences graves pour la santé, en particulier les communautés autochtones, d’ascendance africaine et de petits agriculteurs.
Des importants scandales de corruption impliquant divers responsables politiques, partis politiques et institutions ont éclaté ces dernières années. Le gouvernement Lula devrait promouvoir des mesures visant à renforcer la lutte contre la corruption, notamment en collaborant avec le Congrès pour garantir la transparence et le contrôle des affectations budgétaires.
Parmi les autres problèmes de longue date en matière de droits humains auxquels le président Lula devrait accorder la priorité figurent la violence de genre, les obstacles majeurs à l’accès à l’avortement, la violence à l’encontre des défenseurs des droits humains et de l’environnement, ainsi que le placement en institution des personnes en situation de handicap en raison de l’absence d’ t de services de soutien communautaires suffisants.
Certains incidents ont entaché la campagne électorale. Des organisations à but non lucratif ont recensé 134 cas de menaces et de violences à l’encontre de candidats et d’hommes politiques de divers partis au cours des 50 premiers jours de la campagne électorale.
Les médias brésiliens ont également rapporté que Meta, qui exploite Facebook, Instagram et WhatsApp, avait restreint certains contenus et fonctionnalités faisant la promotion de la candidature de Lula à l’approche du scrutin. Meta a déclaré avoir rencontré des problèmes techniques, mais a affirmé ne pas avoir favorisé un candidat par rapport à un autre. Le tribunal électoral brésilien a ordonné à Meta de prendre des mesures pour garantir l’égalité de traitement entre les candidats.
Le Conseil de surveillance de Meta — un organisme externe habilité à infirmer les décisions de modération de Meta et à fournir des orientations non contraignantes en matière de politique — a exprimé son inquiétude face aux défaillances récurrentes dans les « efforts de la société en faveur de l’intégrité électorale », citant la « défaillance » qui a nui à la campagne de Lula.
« Le président Lula, qui ne pourra plus se présenter aux élections en 2030, a l’occasion de marquer l’histoire de son pays en cherchant des solutions à des problèmes de longue date, afin de réaliser de vrais progrès dans la protection des droits et des libertés de tou·te·s les Brésilien·ne·s », a conclu César Muñoz.
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26.10.2026 à 15:26
« C’est comme si un tsunami avait frappé la ville », a déclaré un habitant qui est revenu à El Fasher, au Soudan, pour découvrir une ville détruite et en grande partie abandonnée après la prise de contrôle par les Forces de soutien rapide (FSR) en octobre 2025.
Pendant 18 mois, les FSR ont assiégé la ville, creusant une tranchée tout autour de celle-ci les derniers mois, forçant les habitants affamés à survivre en se nourrissant de fourrage pour animaux, jusqu’à ce que même celui-ci vienne à manquer.
Au cours des dernières semaines du siège, les FSR ont de plus en plus recouru à des drones pour prendre pour cible les soldats du gouvernement, les groupes armés alliés et les civils pris au piège dans une zone exiguë, faisant de nombreux mutilés et morts.
Pendant les derniers jours de l’offensive, les FSR ont commis de nombreux massacres. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme estime que plus de 6 000 personnes ont été tuées en seulement trois jours.
Les combattants des FSR ont également commis des violences sexuelles généralisées à l’encontre des femmes et des filles et se sont livrés à un vaste réseau d’enlèvements contre rançon, tuant celles et ceux qui ne pouvaient pas payer. Des milliers de civils pourraient encore croupir dans leurs cachots.
Des contractuels militaires privés colombiens, formés dans des bases militaires des Émirats arabes unis, ont été déployés aux côtés des FSR sur les lignes de front, où ils pilotaient des drones et maniaient l’artillerie. Les témoignages des survivants confirment que ces sous-traitants étaient présents lors de certaines des pires atrocités.
La mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a conclu que la campagne menée par les FSR présentait les « signes distinctifs d’un génocide », venant s’ajouter à un ensemble de preuves de plus en plus accablantes concernant les crimes graves commis par les FSR .
Les gouvernements n’ont pas agi pour empêcher ces atrocités. À la suite de ces événements, plusieurs gouvernements ont formé une coalition afin d’empêcher de nouvelles atrocités et de promouvoir la justice au Soudan ; ils doivent désormais agir conjointement pour répondre aux demandes des survivants, qui souhaitent que les responsables soient traduits en justice.
Un an plus tard, le commandant des FSR Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », n’a même pas fait l’objet de sanctions – à l’exception d’une mesure prise précédemment par l’administration du président Biden – malgré les crimes commis par ses combattants. Le Global Security Services Group (GSSG), la société basée aux Émirats arabes unis qui aurait engagé les combattants colombiens, n’a pas été sanctionnée, et les Émirats arabes unis ne sont pas non plus tenus pour responsables de leur soutien militaire aux FSR, bien que cela constitue une violation de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU au Darfour.
Au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis font pression pour une extension à l’ensemble du pays de l’embargo sur les armes. Or, le régime actuel de l’ONU en matière d’armes et de sanctions n’a été renouvelé que pour quelques mois, et la publication du dernier rapport de son groupe d’experts a été reportée.
Contrairement aux tsunamis, les horreurs d’El Fasher auraient pu être évitées. Un an après, les acteurs internationaux devraient veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais, prendre des mesures audacieuses pour protéger les civils et demander des comptes aux responsables.
22.10.2026 à 20:47
(Bruxelles, le 22 octobre 2026) – Le 22 octobre, le Parlement européen a décerné le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses responsables.
Philippe Dam, directeur du plaidoyer de Human Rights Watch auprès de l’UE, a salué ce choix :
« En décernant le prix Sakharov à la Cour pénale internationale, le Parlement européen reconnaît le rôle essentiel qu’elle joue pour les victimes des crimes les plus graves à travers le monde, alors même qu’elle subit des attaques sans précédent de la part de l’administration Trump et d’autres gouvernements. Ce prix devrait inciter les États membres de la CPI à défendre la Cour ; la Commission européenne devrait d’urgence activer la “clause de blocage” de l’UE, afin de protéger la Cour et les personnes qui soutiennent son travail, contre les effets des sanctions américaines. »
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22.10.2026 à 18:36
Au Tadjikistan, un tribunal a condamné Asadullo Boboev, un activiste de l’opposition expulsé d’Allemagne en juin dernier, à 17 ans de prison. Human Rights Watch et d’autres organisations avaient précédemment averti les autorités allemandes que des activistes comme Asadullo Boboev risquaient de subir des mauvais traitements et de faire l’objet de poursuites pénales pour des motifs politiques, s’ils étaient renvoyés au Tadjikistan.
Âgé de 54 ans, Asadullo Boboev vivait en Allemagne avec sa famille depuis 2017. Il était impliqué dans le mouvement « Réformes et développement du Tadjikistan », un groupe d’opposition critique à l’égard du gouvernement du président Emomali Rahmon. Le 21 septembre, un tribunal tadjik l’a reconnu coupable d’accusions dont « extrémisme via Internet » en vertu de trois articles du code pénal, selon les médias. Les autorités tadjikes n’ont publié aucune information sur cette affaire.
Asadullo Boboev, qui a été expulsé d’Allemagne le 20 juin, avait précédemment déclaré aux médias que les autorités tadjikes avaient ouvert une procédure pénale pour extrémisme à son encontre en raison de publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités tadjikes. Il a indiqué que le tribunal allemand lui avait donné jusqu’au 1er juillet pour prouver l’existence d’une telle procédure, mais qu’il avait été expulsé avant cette date limite.
Asadullo Boboev et son fils Muhammad, un adulte, ont été expulsés vers Douchanbé. Asadullo a été placé en détention dès son arrivée.
Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne expulse un citoyen tadjik, malgré les inquiétudes exprimées par des organisations de défense des droits humains. Trois autres activistes de l’opposition expulsés d’Allemagne depuis 2023 ont également été emprisonnés après leur retour au Tadjikistan. Abdullohi Shamsiddin, Bilol Qurbonaliev et Dilmurod Ergashev ont été condamnés respectivement à 7, 10 et 8 ans de prison, sur la base d’accusations apparemment fallacieuses.
Le droit international interdit le refoulement, c'est-à-dire le renvoi de toute personne vers un pays où elle court un risque réel de préjudice irréparable en raison de violations graves des droits humains. Bien que le gouvernement allemand se soit engagé à lutter contre la répression transnationale exercée par divers gouvernements, d'importantes lacunes subsistent dans la mise en œuvre de cet engagement.
L’Allemagne a continué à renvoyer des ressortissants tadjiks vers leurs pays, bien que ces renvois livrent des détracteurs du gouvernement directement aux mains des services de sécurité répressifs qu’ils avaient fui, dans plusieurs cas.
Les tribunaux et les autorités allemandes chargées de l’immigration ne devraient pas expulser sans autre forme de procès des dissidents vers le Tadjikistan. Les autorités allemandes devraient expliquer pourquoi Asadullo Boboev a été expulsé malgré les avertissements concrets concernant de graves risques en matière de droits humains ; elles devraient aussi faire pression sur le Tadjikistan pour qu’il divulgue des informations sur sa condamnation et sur le traitement qu’il subit, et veiller à ce qu’il ait accès à un avocat indépendant.
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22.10.2026 à 15:53
(Nairobi) – L’obligation des autorités ougandaises de mener une enquête efficace sur le meurtre violent d’un dissident rwandais implique d’examiner tous les éléments de preuve qui indiquent un possible meurtre à caractère politique, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les autorités ougandaises devraient garantir une enquête rapide, impartiale et crédible qui permette de traduire les responsables en justice.
Le corps du sergent-major Robert Kabera, chanteur et ancien membre des Forces rwandaises de défense ayant ouvertement critiqué le gouvernement rwandais, a été retrouvé le 17 octobre 2026 dans le village de Luwala, près de Kampala, où il faisait construire une maison. Il avait fui le Rwanda en novembre 2020 et avait demandé l’asile en Ouganda, en raison de persécutions politiques. Il avait signalé à plusieurs reprises à Human Rights Watch qu’il avait été menacé et agressé en Ouganda. Lors d’un entretien avec Human Rights Watch en septembre 2022, Robert Kabera avait déclaré : « Ils vont me tuer. Ils savent où je suis… Je mourrai avant d’avoir fini ma réinstallation [dans un pays tiers]. »
« Il ressortait clairement de nos conversations que Robert Kabera savait que ses critiques à l’égard du gouvernement rwandais faisaient de lui une cible et qu’il craignait pour sa vie », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les autorités ougandaises devraient enquêter sur tous les motifs possibles de ce meurtre et prendre des mesures immédiates pour protéger les dissidents et les réfugiés rwandais présents dans le pays. »
Le corps de Robert Kabera a été retrouvé décapité et portant d’autres blessures, selon le témoignage d’un proche et d’après une photographie et trois vidéos analysées par Human Rights Watch. Une photographie publiée par un média local le 18 octobre montre le corps nu décapité de Robert Kabera, avec du sang sur le sol autour de lui, dans une zone boisée. La police a annoncé que Robert Kabera avait été retrouvé mort dans une plantation d’eucalyptus le 17 octobre.
Des témoins ont fourni trois vidéos montrant le corps de Robert Kabera transféré d’un véhicule sur un chariot dans un hôpital. Un expert médico-légal a indiqué à Human Rights Watch qu’il était probable que Robert Kabera ait été mutilé après sa mort et que la position anormale de ses épaules visible sur les images et les marques de ligature sur ses poignets suggèrent que ses mains étaient liées dans le dos lorsqu’il est mort. D’après un document consulté par Human Rights Watch, la police ougandaise a demandé un examen médical post-mortem, dont les résultats ne sont pas encore disponibles.
Il existe de nombreuses raisons de considérer la mort de Robert Kabera comme suspecte, a déclaré Human Rights Watch, et notamment le fait qu’il était un détracteur virulent du gouvernement rwandais. Dans une vidéo publiée sur YouTube quelques jours avant sa mort, intitulée « Tuez-nous si vous voulez », il évoquait les crimes présumés du parti rwandais au pouvoir, ainsi que les menaces et les persécutions dont il avait fait l’objet depuis qu’il avait fui vers l’Ouganda.
Un proche a expliqué à Human Rights Watch qu’un homme parlant kinyarwanda, qui s’était présenté comme un opposant politique ayant besoin d’aide, s’était rendu sur le chantier avec Robert Kabera dans l’après-midi du 16 octobre. « [Kabera] m’a appelé vers 23 heures, et après cela, il n’a plus répondu au téléphone », a raconté le proche. « L’homme avec qui il était m’a donné un faux numéro pour l’appeler. Le lendemain, lorsque je n’ai pas réussi à joindre [Kabera], j’ai appelé ce numéro sans succès. »
Le 23 novembre 2020, un communiqué de presse du département des poursuites militaires des Forces rwandaises de défense a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de Robert Kabera pour des « allégations de viol », et a affirmé que le crime avait été commis le 21 novembre 2020, soit deux jours après la date à laquelle Robert Kabera a indiqué avoir quitté le pays.
Dans un courrier adressé à Human Rights Watch en mai 2023, l’inspecteur général de la police ougandaise a confirmé que Robert Kabera avait obtenu l’asile en Ouganda sur la base de ses allégations de persécution politique, qu’il bénéficiait d’une protection supplémentaire de la part de la police et des forces de sécurité, et qu’il se trouvait dans les dernières étapes de sa réinstallation dans un pays tiers.
Robert Kabera a fait l’objet d’une arrestation et de multiples agressions physiques en Ouganda. Le 16 mai 2022, des dizaines de policiers et de militaires ougandais ont arrêté Robert Kabera à son domicile temporaire à Kampala, apparemment pour des accusations de trafic d’armes. « Ils allaient m’emmener pour me livrer au Rwanda comme un cadeau », a-t-il expliqué à Human Rights Watch en 2022. Il a finalement été placé en garde à vue. Robert Kabera a raconté que des agents de police ougandais l’ont battu et lui ont fracturé la cheville. Un témoin qui l’a vu après sa libération a confirmé cette blessure.
Robert Kabera a constaté, au cours de sa détention, la présence de responsables rwandais au poste de police, dont certains travaillent au haut-commissariat de Kampala. Robert Kabera a été libéré sous caution le 20 mai et a déménagé vers un nouvel endroit en Ouganda. Le mandat d’arrêt à son encontre a ensuite été annulé et son dossier a été classé.
À la fin du mois de juillet 2022, un groupe de jeunes hommes l’a agressé et lui a pris son téléphone. « Je ne pouvais pas me battre parce que j’étais toujours blessé suite au passage à tabac en détention », a-t-il raconté à Human Rights Watch. « Les hommes ont dit en kinyarwanda : “Nous savons où tu habites. Nous te ramènerons à la maison, tu vas voir.” » Robert Kabera a signalé l’incident à la police le 1er août 2022.
En octobre 2023, trois hommes l’ont agressé et lui ont dit : « Tu mens ; même si tu pars en Amérique, nous te retrouverons et nous te tuerons », d’après ses déclarations aux autorités, qui figurent dans un rapport consulté par Human Rights Watch.
Les autorités rwandaises ont ouvertement – et apparemment aussi en privé – inclus le nom de Robert Kabera dans les demandes d’expulsion d’opposants au gouvernement connus vers le Rwanda, déposées auprès des autorités ougandaises. Dans un communiqué de la police du 14 septembre 2021 examiné par Human Rights Watch et rédigé en réponse à une demande de protection, un fonctionnaire de la ville de Kampala a déclaré que Robert Kabera « a besoin d’une protection, car nous ne pouvons pas lui fournir la sécurité nécessaire », parce que « son pays fait publier des articles dans les journaux indiquant qu’il forme des terroristes (rebelles) ». Le fonctionnaire a demandé à l’agence des Nations Unies pour les réfugiés et au Norwegian Refugee Council de prendre des mesures pour assurer sa sécurité. Robert Kabera a été cité à plusieurs reprises dans des publications en ligne concernant des opposants en Ouganda qui critiquaient le gouvernement rwandais.
Il est tragique que, malgré les nombreux avertissements et la reconnaissance officielle par les forces de sécurité ougandaises et les Nations Unies des risques qu’il courait, Robert Kabera soit resté en Ouganda, exposé à des menaces et à des attaques, a déploré Human Rights Watch.
Le Rwanda et l’Ouganda sont tous deux des États parties à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi qu’au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui imposent l’obligation de garantir le droit à la vie (articles 4 et 6 respectivement). Ces traités prévoient une interdiction absolue de la privation arbitraire de la vie et une obligation stricte de mener une enquête indépendante, impartiale, rapide, transparente et approfondie sur les décès suspects, permettant d’établir les faits et d’identifier les responsables. Le fait de ne pas mener une telle enquête constitue en soi une violation du droit à la vie.
Dans un rapport de 2023, Human Rights Watch a montré que les autorités rwandaises et leurs intermédiaires utilisent la violence, les mécanismes judiciaires et l’intimidation pour faire taire les critiques émises par les Rwandais vivant dans le monde entier. Human Rights Watch a documenté des dizaines de meurtres, d’enlèvements ou de tentatives d’enlèvement, de disparitions forcées et d’agressions physiques visant des Rwandais installés à l’étranger.
L’Ouganda et les autres pays d’accueil devraient protéger les réfugiés et les demandeurs d’asile rwandais, renforcer la sécurité des personnes qui font état de menaces ou de violences, et mener des enquêtes approfondies sur tous les incidents signalés afin de garantir la responsabilisation.
Les agences des Nations Unies devraient renforcer les programmes existants de réinstallation des réfugiés en incluant des ressources pour faire face à la menace d’abus extraterritoriaux contre les réfugiés par des agents ou des mandataires des gouvernements des pays d’origine connus pour pratiquer de tels abus, y compris le Rwanda.
« Le meurtre violent de Robert Kabera rappelle la gravité des risques auxquels sont confrontés les réfugiés rwandais », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements et les institutions régionales et internationales devraient demander des comptes au Rwanda pour ses violations des droits humains sur son territoire et à l’étranger. »
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Articles
RFI . Jeune Afrique
France 24 (vidéo)
AfricaRadio
22.10.2026 à 11:01
Le parlement non élu du Burkina Faso a adopté à l’unanimité un nouveau code pénal qui rétablit la peine de mort pour haute trahison, terrorisme, actes d’espionnage, parricide et importation de produits périmés ou prohibés. Le pays avait aboli la peine de mort pour les crimes de droit commun en 2018, tandis que sa dernière exécution judiciaire connue remonte à 1988.
Le rétablissement de la peine capitale envoie un message effrayant aux détracteurs de la junte et risque de devenir un outil supplémentaire de répression de la dissidence. Depuis le coup d’État militaire de septembre 2022, la junte burkinabè n’a cessé de démanteler les droits civiques et politiques. Les autorités ont interdit des médias, suspendu des syndicats et des organisations de la société civile, aboli le multipartisme et soumis les détracteurs à des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des conscriptions illégales et des actes de torture.
Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu la décision de rétablir la peine de mort, en la qualifiant de mesure nécessaire pour lutter contre le terrorisme. Il a déclaré que les groupes armés exploitaient la clémence de l’ancienne loi en promettant à leurs nouvelles recrues qu’elles ne risqueraient pas plus que la réclusion à perpétuité si elles étaient reconnues coupables d’actes terroristes.
Human Rights Watch s’oppose à toute forme de peine capitale en raison de sa cruauté inhérente. Les lacunes du système judiciaire burkinabè ne feront qu’exacerber l’injustice découlant des condamnations à mort. Toutes les affaires liées au terrorisme sont traitées par le Pôle judiciaire spécialisé dans la répression des actes de terrorisme, créée en 2017. En avril, Human Rights Watch a constaté que la lenteur des enquêtes menées par ce tribunal spécial ainsi que de graves manquements procéduraux portaient atteinte au droit des prévenus à un procès équitable.
Un jour, un ancien juge de la cour antiterroriste m’avait expliqué que les juges maintenaient parfois des suspects en détention malgré l’insuffisance de preuves, craignant que l’armée ne les exécute sommairement s’ils étaient remis en liberté. Il avait décrit ce dilemme en ces termes : « Il vaut mieux violer le droit à la liberté pour préserver leur droit à la vie. » Avec le retour de la peine de mort, même ce sombre calcul pourrait ne plus tenir la route.
Faire marche arrière sur la question de la peine de mort va à l’encontre d’un mouvement international plus large en faveur de son abolition. L’Assemblée générale des Nations unies et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ont exhorté les États à instaurer des moratoires sur les exécutions, à restreindre le champ d’application de la peine capitale et à réduire progressivement le nombre d’infractions passibles de la peine de mort, en vue de son abolition définitive.
Le rétablissement de la peine de mort ne résoudra pas la crise sécuritaire que traverse le Burkina Faso. Dans un système déjà entaché de graves manquements aux garanties procédurales, la peine de mort ne fait qu’accroître le risque d’injustice irréversible.
22.10.2026 à 06:00
(Nairobi) – Les forces armées maliennes et leur allié, l’Africa Corps contrôlé par la Russie, ont commis de nouvelles atrocités contre des civils dans le centre du Mali dans un contexte de reprise des combats, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Le 16 septembre 2026, une frappe de drone manifestement menée par l’armée contre le village de Guélédié, dans la région de Mopti, a tué huit civils et en a blessé au moins six autres. Entre mai et août, les forces de l’armée malienne et de l’Africa Corps ont détenu, dans des conditions inhumaines, de nombreux prisonniers dans un conteneur métallique sur une base militaire à Sévaré, dans la région de Mopti ; plusieurs d’entre eux y ont été violemment battus et torturés, notamment par des chocs électriques et des simulacres de noyade.
« Les civils sont les premiers touchés par l’incapacité de la junte malienne à contrôler ses forces et ses alliés, responsables d’abus », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Ces dernières atrocités impliquent l’armée malienne ainsi que l’Africa Corps contrôlé par la Russie, et pour lequel les autorités russes devraient également rendre des comptes. »
L’offensive de l’armée malienne intervient après des attaques coordonnées lancées à travers le Mali par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) lié à Al-Qaïda et le Front de libération de l’Azawad (FLA) à la fin du mois d’avril. Les forces maliennes et leur allié, l’Africa Corps, ont tué des civils, dont de nombreux enfants, et détruit des biens civils et des établissements de santé lors de frappes aériennes et d’autres attaques.
Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes entre août et septembre, dont 3 témoins à Guélédié, 4 anciens détenus à la base militaire de Sévaré et 8 membres d’organisations non gouvernementales. Human Rights Watch a adressé des courriers aux ministres de la Défense malien et russe au début du mois d’octobre, mais n’a reçu aucune réponse.
Guélédié
Le 16 septembre, vers 10 heures du matin, un drone apparemment militaire a largué une munition sur des civils à la périphérie du village de Guélédié, tuant huit hommes âgés de 25 à 40 ans, et blessant six autres hommes. Les villageois s’étaient rassemblés autour d’un arbre, où un homme proposait un accès Internet payant via Starlink. Des habitants ont indiqué que les combattants du GSIM utilisaient souvent ce service pour soutenir leurs opérations.
Des témoins ont expliqué qu’un drone avait survolé le village pendant environ une heure avant de larguer sa munition, ce qui suggère que la zone était surveillée. « Le drone est passé au-dessus du village vers 9 heures du matin et est revenu au moins quatre fois », a déclaré un homme de 40 ans. « Il était blanc et avait de longues ailes minces et droites. Il virevoltait, disparaissait et revenait. » Cette description correspond largement aux drones de grande taille dont l’utilisation par le gouvernement malien est avérée.
Des témoins ont déclaré que le GSIM disposait d’une base à Guélédié et que plus de 100 combattants de ce groupe armé étaient présents dans le village au moment de la frappe, même si aucun combattant du GSIM ne figurait parmi les victimes. Ils ont également indiqué que des combattants du GSIM avaient averti la population locale par WhatsApp de la possibilité d’une frappe de drone sur le site de l’accès à Starlink, avant de quitter la zone avec de nombreux civils. Des témoins ont expliqué que seuls 14 civils étaient restés sur le site, pour continuer à utiliser la connexion, lorsque le drone a largué sa munition.
« L’explosion était assourdissante – vraiment très forte », a raconté un villageois de 30 ans. « J’ai vu une fumée noire très épaisse surgir de la zone de connexion à Starlink. »
Un professionnel de santé âgé de 52 ans a indiqué s’être rendu sur les lieux environ une heure plus tard et avoir trouvé six hommes morts et sept blessés « avec des brûlures sur le corps », dont l’un est décédé sur place. Il a ajouté qu’il a appelé le commandant de la base militaire de Ténenkou et lui a dit qu’il emmènerait les blessés au Centre de santé de référence de Ténenkou. « [N]on seulement il a refusé catégoriquement que nous les évacuions », a relaté le professionnel de santé, « mais il m’a aussi ordonné de ne pas leur porter secours. Pour lui, c’étaient des combattants du GSIM, et il m’a dit que le drone n’aurait pas pu cibler des civils. »
Les blessés ont finalement été évacués. Dans un communiqué du 24 septembre, Médecins Sans Frontières (MSF) a indiqué que son personnel dans le centre de santé avait soigné quatre personnes « gravement blessées » présentant des « brûlures sur tout le corps », et qu’une personne était « décédée peu de temps après son arrivée ».
Human Rights Watch a vérifié une vidéo partagée par des témoins et montrant les conséquences de la frappe, et l’a géolocalisée dans une zone à environ 600 mètres au nord-est du centre du village. On y voit les corps de trois hommes, deux sous un arbre calciné et brisé, et un dans un étang voisin. Deux motos brûlées et un panneau solaire détruit sont également visibles.
Dans un communiqué du 17 septembre, le chef d’état-major des Forces armées maliennes a déclaré que le 16 septembre, des unités militaires avaient « repéré, au nord-est de Guélédié, région de Mopti, des éléments terroristes dissimulés sous couvert végétal », disposant de « matériels de guerre et de moyens de communication satellitaire », avant de les « neutralis[er] » et de détruire leur équipement.
La junte malienne recourt de plus en plus souvent à des frappes aériennes contre les groupes armés. Human Rights Watch, d’autres organisations de défense des droits humains et plusieurs médias et organisations menant des investigations ont documenté des frappes aériennes qui ont tué des civils.
Sévaré
L’armée malienne et l’Africa Corps ont placé des centaines de civils en détention lors d’opérations de contre-insurrection à travers le Mali, et ont détenu illégalement de nombreuses personnes dans des bases militaires. Human Rights Watch, d’autres groupes de défense des droits humains et les médias ont documenté des actes de torture dans plusieurs bases.
Le 7 mai, des soldats et des combattants d’Africa Corps ont arrêté un civil de 30 ans à son domicile à Guirowel, un village situé dans une zone contrôlée par le GSIM dans la région de Mopti. Le 4 juillet, ils ont arrêté trois étudiants coraniques, âgés de 32, 37 et 40 ans, dans le village de Thy, dans la région de Mopti, après une attaque du GSIM contre une position militaire dans ce village.
Les quatre hommes ont raconté plus tard que les forces les avaient emmenés à la base militaire Hamadoun Bocary Barry de Sévaré, où ils ont été détenus au secret dans un conteneur d’expédition d’environ 20 mètres de long, sans fenêtres, ni toilettes, ni installations sanitaires, dans une chaleur extrême et sans ventilation, aux côtés de dizaines d’autres personnes. Les hommes ont décrit qu’ils recevaient une petite quantité de nourriture de mauvaise qualité une fois par jour, qu’on leur refusait les soins médicaux nécessaires et qu’ils subissaient des violences verbales.
« Nous recevions un petit morceau de pain et parfois des haricots, ainsi qu’une demi-bouteille d’eau une fois par jour », a raconté l’homme de 32 ans. « La chaleur était insupportable.Le premier jour, nous étions 27, mais au fil des jours, nous avons dépassé les 70 personnes. Nous faisions nos besoins dans un seau, qui était toujours plein et se déversait sur le sol. Ils ne le vidaient pas. »
Les hommes ont déclaré avoir identifié les soldats maliens grâce à leurs uniformes et aux langues qu’ils parlaient, notamment le français, le bambara et le peul. Ils ont indiqué que les combattants de l’Africa Corps avaient « la peau claire » et parlaient une langue étrangère qu’ils ne comprenaient pas.
Trois des hommes ont expliqué que des soldats maliens et des combattants de l’Africa Corps les avaient torturés à plusieurs reprises dans une pièce d’un bâtiment situé près de l’entrée de la base, le long de la route principale de Sévaré, de sorte qu’ils pouvaient entendre les bruits de la circulation. La pièce comportait un lit métallique, un baril rempli d’eau, une table et des fils électriques sur le sol. C’est là que les hommes ont décrit avoir été torturés et interrogés pour leur faire avouer une prétendue association avec le GSIM.
L’habitant de Guirowel a déclaré que des membres de l’armée malienne et de l’Africa Corps l’avaient torturé à deux reprises, chaque fois pendant environ deux heures. « J’ai failli perdre la vie lorsque deux militaires russes m’ont noyé dans une barrique d’eau », a-t-il raconté. « Chaque fois que je perdais connaissance, on me réanimait avec une décharge électrique et on me noyait encore. Ils m’ont brulé les fesses avec du plastique brûlé, et ils allumaient aussi un chiffon sur mon dos. Ils m’ont forcé à donner des informations sur le GSIM et à admettre que j’étais un combattant. »
L’homme de 37 ans a raconté qu’un soldat malien l’avait attaché à un lit et lui avait demandé : « Dis-nous tout ou nous te tuerons. » Puis « les coups ont commencé à pleuvoir sur mes fesses et sur mon dos. “Parle !”, m’ont-ils dit. [Un] soldat m’a étranglé et m’a cogné la tête contre le lit. Je ne me souviens de rien après ça. »
L’homme de 40 ans a décrit que des soldats lui avaient attaché les pieds à un lit et avaient menacé de le tuer s’il ne divulguait pas d’informations sur les combattants du GSIM. « On m’a frappé sur les fesses, on a mis le feu à mon dos », a-t-il expliqué. « Un soldat a attrapé mon sexe et y a appliqué du courant électrique », tandis qu’un autre « versait de l’eau sur mon dos et me frappait ».
Les hommes ont indiqué que plusieurs détenus étaient morts dans le conteneur à la suite de tortures. « Quand un détenu était sur le point de mourir, nous donnons des coups à la porte pour alerter les gardes », a raconté l’homme de 40 ans. « Ils nous disaient de ne les informer que lorsqu’une personne était morte. Ils n’avaient aucune pitié. Huit personnes sont mortes pendant ma détention. »
Les militaires ont libéré les trois hommes de Thy le 20 juillet et l’homme de Guirowel le 6 août. Des membres de leur famille auraient payé aux militaires 1,8 million de francs CFA (3 000 dollars US) pour les trois hommes de Thy et 1 million de francs CFA (1 800 dollars US) pour l’homme de Guirowel afin d’obtenir leur libération.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont soumises au droit international humanitaire, notamment à l’article 3 commun et au protocole II aux Conventions de Genève de 1949, ainsi qu’au droit de la guerre coutumier. Les parties doivent prendre toutes les précautions possibles avant une attaque, notamment en vérifiant que la cible est un objectif militaire. Les attaques qui n’ont pas d’objectif militaire ou qui ne font pas de distinction entre les civils et les militaires sont des attaques indiscriminées illégales.
Toute personne privée de liberté doit être traitée avec humanité en toutes circonstances et protégée contre le meurtre, la torture et les traitements cruels, humiliants et dégradants. Le fait de refuser des soins médicaux aux blessés ou aux détenus peut constituer un crime de guerre. Les individus qui commettent des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle ou qui sont impliqués au titre de la responsabilité de commandement peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
En mars, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a renouvelé le mandat de l’Expert indépendant sur le Mali, afin d’évaluer la situation des droits humains et d’aider les autorités nationales à promouvoir les droits humains et l’État de droit.
« Ces abus récents devraient servir de triste rappel pour inciter les gouvernements préoccupés et les institutions internationales à faire pression sur les autorités maliennes, afin qu’elles mènent des enquêtes crédibles sur les abus commis par l’armée et traduisent les responsables en justice », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU devrait renforcer sa surveillance de la situation au Mali, et prendre des mesures pour empêcher de nouveaux abus. »
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