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▸ les 10 dernières parutions

25.06.2026 à 09:00

Au Poste
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Résister en mangeant, goûter les paysages, boire un coucher de soleil : comment l’art permet-il de raconter la nourriture autrement, de faire corps avec le vivant et les territoires ?

Des pâtes antifascistes italiennes aux estuaires du Rhône, de la cueillette politique à la recherche-action : pour ce nouvel épisode de "Bouffe de là", le dernier de la saison, Nora Bouazzouni reçoit l’auteure, metteuse en scène et artiste ethnoculinaire Floriane Facchini.

24.06.2026 à 20:00

Au Poste
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Dix ans qu’elle est membre de LFI, presqu’autant députée, et depuis quatre années secrétaire de l’association La France insoumise. C’est sa seconde convocation Au Poste. L’occasion de parler de la campagne pour la Présidentielle, du programme de son parti, de son organisation, de ses angles morts et de ses combats. Préparez thés et cafés glacés, il va faire chaud et ce sera bien !
Texte intégral (1018 mots)

La rencontre avec Mathilde Panot

  • L’entretien démarre sur un ton léger. David Dufresne plaisante d’emblée sur les réponses interminables de Jean-Luc Mélenchon et demande à Mathilde Panot si les réunions internes ressemblent à ses discours. Elle rit, défend son leader en expliquant qu’il prend le temps de construire son raisonnement et raconte qu’à La France insoumise, chaque réunion commence par une longue analyse politique. On comprend rapidement que personne ne gagnera son pari des réponses courtes. Cette complicité amusée va traverser tout l’entretien.

  • Très vite pourtant, le ton change. Au lendemain de la panthéonisation de Marc Bloch, Dufresne l’interroge sur la montée de l’extrême droite. Mathilde Panot répond sans détour. Elle raconte l’émotion ressentie au Panthéon, insiste sur le symbole que représente la Résistance et s’inquiète de voir les idées de l’extrême droite gagner du terrain jusque dans une partie de la gauche. Elle revient plusieurs fois sur ce qui constitue selon elle la ligne rouge absolue : «Il y a une question de tenir les principes (…) on ne cède rien face à l’extrême droite.» Dufresne la pousse alors sur le fatalisme qui semble gagner une partie du pays ; elle refuse précisément cette résignation.

  • Le questionnaire de Proust casse ensuite le rythme politique. À la question « Ce que je voudrais être », Mathilde Panot répond spontanément : «Une révolutionnaire.» Dufresne saute sur l’occasion : comment peut-on encore se dire révolutionnaire quand on préside un groupe parlementaire ? La séquence devient plus personnelle. Elle assume pleinement la stratégie de la « révolution par les urnes » tout en racontant ce qui l’a amenée à choisir cette voie plutôt qu’une autre, en évoquant notamment les expériences latino-américaines qui ont marqué la gauche insoumise.

  • L’un des passages les plus sincères arrive lorsqu'il s'agit de Grigny. Le sourire disparaît. Mathilde Panot raconte son départ de l’association où elle travaillait avant de créer les groupes d’action de La France insoumise. Les habitants lui avaient lancé une phrase qu’elle dit ne jamais avoir oubliée : «Nous oublie pas.» Elle poursuit en expliquant que c’est toujours pour eux qu’elle fait de la politique. Rappel de la grande pauvreté de la Grande Borne et Panot raconte les mères de famille qui avaient réussi, en occupant les halls d’immeubles avec les enfants, à faire reculer un point de deal. Le moment le plus intime de tout l’entretien.

  • À plusieurs reprises, David Dufresne refuse de laisser son invitée dérouler tranquillement le programme de La France insoumise. Lorsqu’elle détaille la Sixième République, il l’interrompt pour vérifier les délais, relit le programme, corrige certaines formulations et pointe les difficultés concrètes de mise en œuvre. Même jeu lorsque Panot développe les propositions économiques : il lui oppose François Mitterrand, François Hollande et leur confrontation avec la finance. Chaque fois, elle répond longuement, développe son raisonnement. L’émission déborde largement du temps prévu.

  • L’échange se tend lorsqu’ils abordent les médias. David Dufresne demande à Mathilde Panot si l’expression « médias de l’officialité » ne revient pas à mettre toute la presse dans le même sac. Puis il l’interroge sur les contradictions de La France insoumise concernant CNews, BFM ou X. Panot défend un rapport « conflictuel » avec certains médias mais refuse l’idée d’abandonner totalement ces espaces.

  • La campagne présidentielle de 2027 apporte ensuite une respiration plus légère. Dufresne s’amuse avec les internautes qui imaginent déjà Mathilde Panot candidate à l’Élysée et la provoque : Jean-Luc Mélenchon finira bien par lui laisser la place. Elle éclate de rire avant de répondre immédiatement : «Certainement pas. Moi, j’aime beaucoup notre vieux.» La plaisanterie laisse rapidement place à une démonstration politique où elle détaille les premiers meetings, les 26 000 participants revendiqués à Saint-Denis, les soutiens d’Annie Ernaux ou d’Éric Vuillard et les centaines de milliers de signatures recueillies. Pour elle, la dynamique de 2027 n’a rien à voir avec celle de 2022.

  • L’un des moments les plus surprenants survient lorsque David Dufresne l’interroge sur la possibilité réelle d’appliquer un programme de rupture une fois au pouvoir. Plutôt que de promettre qu’un gouvernement pourra tout faire seul, Mathilde Panot prend le contre-pied et lance un appel aux futurs électeurs : «Ne nous laissez pas tranquilles quand nous serons au pouvoir. (…) Harcelez-nous.» Elle explique qu’un gouvernement de gauche ne pourra tenir face aux puissances économiques que si les mobilisations populaires continuent après l’élection.

  • En fin d’émission, la discussion quitte progressivement les affrontements politiques pour revenir à quelque chose de plus personnel. Interrogée sur « l’imaginaire de gauche », Mathilde Panot parle de littérature, de cinéma, de concerts, de maraudes associatives et de solidarité. Puis elle raconte combien le slogan «On va gagner !», entendu lors du meeting de Saint-Denis, l’a marquée davantage que les habituels appels à la résistance.

  • La dernière question agit presque comme une chute. Dufresne imagine Mathilde Panot présidente de la République et lui demande quelle serait sa toute première décision. Après près de deux heures consacrées aux institutions, à l’économie, aux médias et à la présidentielle, elle répond sans hésiter : «De toute urgence, sortir les gosses de la rue. (…) On a 3000 gosses à la rue, c’est une honte absolue.»

24.06.2026 à 09:00

Au Poste
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En matière d’écologie, l’idée qu’il faut « protéger la nature » est aujourd’hui dominante. Cette mission est dévolue à des grandes ONG comme le WWF, qui gèrent notamment des aires protégées, où les activités humaines sont souvent interdites pour préserver le sauvage.
Lire plus (107 mots)

Mais derrière ce vernis se cachent des exactions commises contre les peuples autochtones, spoliés de leurs terres. Car cette idée de protection de la nature est fondée sur le mythe d’une nature sauvage, héritée du colonialisme, et crée désormais un véritable apartheid vert dans les zones concernées.

Alors à quoi – et à qui – profite la protection de la nature ? On en parle avec Fiore Longo, anthropologue et directrice de Survival International France. Elle est l’autrice de Décolonisons la protection de la nature. Plaidoyer pour les peuples autochtones et l’environnement (2023)

23.06.2026 à 20:00

Au Poste
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La justice et les sanctions internationales peuvent-elles sauver le Soudan ?
Texte intégral (675 mots)

La guerre au Soudan vient d’entrer dans sa troisième année. Très peu traité dans les médias mainstream, le conflit a jeté sur les routes 15 millions de déplacés et généré la pire crise humanitaire au monde. Depuis quelques semaines, plusieurs collectifs tentent de porter devant la justice les responsables de cette crise : au Kenya, une plainte a été déposée contre dix responsables des Forces de soutien rapide (FSR), l’une des parties au conflit, quand plusieurs victimes ont déposé une requête auprès de la Haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères pour l’ouverture d’une enquête sur les liens entre les Émirats arabes unis, premier acheteur d’armes françaises, et les mêmes FSR, soupçonnés de crimes contre l’humanité.


La rencontre avec Zahra Suliman et Youssef Abdelrahman

Le Soudan est en guerre depuis avril 2023. Deux factions militaires s'affrontent: l'armée régulière d'Al-Burhan et les Forces de Soutien Rapide (FSR) du général Hémetti, déjà impliqué dans les massacres du Darfour sous Omar el-Béchir. Bilan: 150 000 morts, 15 millions de déplacés - le plus grand mouvement de population au monde - et une famine qui frappe des centaines de milliers de personnes dans des camps éparpillés à travers le pays.

Pour Youssef Abdelrahman, avocat franco-soudanais et membre du collectif SUDFA, l'origine du conflit est précise: «Il y avait comme un accord, une charte qui avait été approuvée par l'ensemble des parties prenantes, avec parmi les points l'intégration de la milice dans l'armée régulière et l'arrêt de la détention directe de certaines sociétés d'État par la milice. La milice a souhaité que ce délai soit allongé. L'armée régulière refusait. Personne ne pouvait s'attendre à ce que ça s'explose de cette manière-là en pleine capitale.»

La guerre est aussi une guerre contre les femmes. Zahra Suliman, étudiante en sciences politiques et militante pour les droits des femmes, est sans détour: «Quand l'armée de soutien rapide a pris une ville, la première chose qu'ils ont faite, c'était de voler la femme.» Le viol est une arme. Les cas documentés ne représentent qu'une fraction de la réalité: la honte et l'absence de sécurité condamnent la grande majorité des victimes au silence. Dans le même temps, les femmes soudanaises organisent les cuisines solidaires, maintiennent l'éducation des enfants, travaillent dans les hôpitaux sous les bombes - certaines prennent les armes pour défendre leur quartier ou rejoindre l'armée régulière.

Au cœur du conflit: les ressources. Or, terres agricoles, gomme arabique - cette dernière achetée à plus de 80% par deux sociétés françaises, selon Abdelrahman. Les Émirats arabes unis, premiers exportateurs d'or mondial «alors qu'ils n'ont pas d'or», financent les FSR en échange de minerais extraits à marché noir, et fournissent des armes. La France, qui les qualifie de «partenaire stratégique» et leur a vendu 31 milliards d'armements, ferme les yeux: «L'intérêt économique est bien au-dessus d'une possible condamnation ou d'un arrêt des relations diplomatiques avec les émirats.»

Le traitement médiatique achève de rendre cette guerre invisible. Pour Abdelrahman, ce n'est pas un hasard: «On s'est rendu compte qu'il y avait des similitudes entre le traitement médiatique des conflits africains par rapport à d'autres conflits. Des biais racistes, conscients ou inconscients, qui permettent d'isoler ce conflit dans une case uniquement remplie d'un nombre de déplacés, d'un nombre de morts, assez déshumanisés.» Et Suliman d'enfoncer le clou: «Beaucoup de fois, ils ont justifié que c'était une guerre civile. Depuis 2003 jusqu'à aujourd'hui, c'est le même acteur de guerre. C'est le même Hémetti, le même régime.»

23.06.2026 à 09:00

Au Poste
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Zemmour invente des citations, Macron réhabilite Napoléon, Bardella convoque Jeanne d’Arc — tous pillent l’histoire pour en faire un bélier politique. Face à ce saccage organisé du passé, Jean-Christophe Piot, journaliste, podcasteur et auteur de Utiliser l’histoire (Hugo Publishing, 2026), tente de faire le ménage : trente-deux chapitres pour démontrer que nos élus mentent, simplifient et tordent les faits. Mais qui contrôle le contrôleur ?
Texte intégral (585 mots)

La rencontre avec Jean-Christophe Piot

Jean-Christophe Piot, journaliste, auteur et podcasteur («C'est plus compliqué que ça», 3 millions d'écoutes), vient présenter son livre Utiliser l'histoire --- comment les politiques manipulent le passé, 32 chapitres de démolition méthodique des falsifications historiques de la classe politique française et internationale.

D'emblée, il pose le cadre: le roman national n'est pas neutre, c'est «une vision de l'histoire comme ciment, presque comme ordre aux Français de respecter une certaine idée du passé de leur pays, qui est clairement positionnée aujourd'hui à droite». Construite au XIXe siècle en pleine Europe des nations, cette fiction d'une France éternelle «de 2000 ans» sert avant tout à légitimer l'exclusion. Il l'illustre par la Panthéonisation de Marc Bloch, récupérée par l'extrême droite malgré l'opposition de la famille: «Quand le même président qui fait rentrer Marc Bloch au Panthéon est le même qui célèbre les mérites de Philippe Pétain, qui a lui-même corrigé et signé le statut des Juifs, on est tellement dans un paradoxe permanent qu'il ne faut pas s'étonner que l'extrême droite se précipite.»

Sur l'obsession romaine des hommes de droite --- Le Maire, Wauquiez, Musk, Zuckerberg --- Piot est implacable: «Laisser croire sincèrement que l'Empire romain s'est construit sur la bienveillance, à un moment il faut ouvrir un livre d'histoire. La conquête de la Gaule par Jules César, c'est quelque chose comme un million de morts à l'arme blanche.» Sur Wauquiez, major d'agrégation qui convoque Octave pour justifier l'homme fort: «Tout ce que dit Octave, c'est qu'il a rétabli la République, c'est même le grand sens de son testament.» Sur Musk qui appelle de ses voeux «un Sylla des temps modernes»: «Quand Musk dit ça, il dit: il nous faut un système de délation rémunérée et il nous faudra mettre à mort nos ennemis.»

La phrase de Sarkozy --- «vos ancêtres, ce sont les Gaulois» --- provoque l'une des sorties les plus tranchantes de l'entretien: «C'est d'une violence verbale et symbolique proprement ahurissante. Vous n'avez plus d'histoire, si vous venez chez nous, vous avez la nôtre, celle que moi je vous donne.» Sur le révisionnisme zemmourien concernant Vichy, Piot ne laisse rien passer: «Le statut des Juifs qui les fait citoyens de seconde zone, c'est un document corrigé de la main de Philippe Pétain. Ils ont survécu malgré le régime de Vichy, pas grâce à lui.» Il y voit un glissement de moins en moins dissimulé vers le négationnisme, rendu possible par la disparition des derniers témoins et par une gauche qui «a cru que le combat était gagné».

Interrogé sur ses propres limites --- la quasi-absence de la gauche dans son ouvrage --- Piot assume un biais mais rappelle une réalité structurelle: le récit identitaire est un récit de droite. Il critique en revanche Mélenchon, qui en célébrant maladroitement Saladin «a opposé une légende dorée à une légende noire, et a ouvert un boulevard à l'extrême droite». Sa conviction finale: «On ne peut pas lutter contre ces récits identitaires en utilisant les mêmes armes. C'est une erreur fondamentale.». Autrement dit: un Puy du Fou de gauche serait une hérésie.

22.06.2026 à 07:00

Au Poste
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Surveillance sans juge, presse sous perfusion publicitaire, dîner entre milliardaires et fascistes : ce lundi matin, Noémie Levain (La Quadrature du Net) et l’historienne Audrey Millet mettent à nu deux visages du même pouvoir --- l’un qui surveille, l’autre qui possède.
Lire plus (497 mots)

La rencontre avec Noémie Levain et Audrey Millet

Noémie Levain (juriste à La Quadrature du Net) vient décrypter la loi Ripost, défendue le jour même à l'Assemblée nationale par Laurent Nunez. Derrière l'affichage sécuritaire contre les free parties, elle pointe un dispositif méconnu mais autant redoutable: l'extension massive des lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation (LAPI). Ces boîtiers, déjà déployés sur les grands axes, centralisent depuis deux ans des millions de données de déplacement. La loi Ripost allonge leur durée de conservation et, surtout, ouvre une fenêtre d'un mois sans procédure judiciaire: «Il y a un mois open bar pour la police.» Le Sénat a ajouté en catimini une capacité d'analyse algorithmique sur ces données, dont le décret d'application ne sera pas rendu public: «On ne saura pas comment ça fonctionne.» Levain dénonce aussi l'élargissement aux infractions liées à l'aide aux migrants, qui vise directement les militants à la frontière. Sur la trajectoire générale, elle est sans ambiguïté: «C'est la police et la gendarmerie qui, littéralement, font leur loi.» Face à l'empilement législatif, elle dit chercher à déplacer l'énergie militante: informer, cartographier, outiller --- plutôt que supplier des parlementaires acquis d'avance à voter ces textes.

Audrey Millet, historienne, signe la première biographie de Bernard Arnault depuis 23 ans: «Bernard Arnault, son univers impitoyable» (La tribu). Le livre a failli ne jamais paraître: dès l'envoi du contradictoire à LVMH, l'appartement de son éditrice a été visité, des pressions ont été exercées sur l'éditeur, et le livre a disparu des Relais H: «Tout est fait pour que le livre ne paraisse pas.» Millet retrace une ascension fondée non sur l'innovation mais sur la prédation: rachat de l'empire Boussac avec 940 millions d'aides publiques, promesses d'emplois non tenues, prise de contrôle de LVMH par trahison successive des deux fondateurs. La Fondation Louis Vuitton? Financée à 65% par l'État, soit 528 millions d'euros de réduction d'impôts. Sur le contrôle des médias, elle est précise: Arnault possède Les Échos, Le Parisien, Challenges, et lorsqu'il n'est pas propriétaire, il est le premier annonceur --- 160 millions d'euros par an. Il a interdit à ses cadres de parler à sept médias indépendants, qualifiant cette directive de simple «question de business»: «Il met le couteau sous la gorge.» Le point culminant du livre: un dîner le 7 avril 2026 au restaurant Drouant entre Arnault, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le lendemain, Paris Match --- propriété de LVMH --- publie en couverture Le Pen et Bardella en «futur couple présidentiel». «Les digues ont sauté ce jour-là», conclut Millet. Pour elle, Arnault et Bolloré partagent le même horizon: «Ils veulent ce qui est possible sauf la gauche.»

17.06.2026 à 09:00

Au Poste
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Handicapée, avocate, militante, Elisa Rojas signe un plaidoyer implaccable contre la loi d’aide à mourir dans la dignité. Pour l’autrice de Pour mourir, tapez 1 (Détour), la loi ne ne serait rien d’autre que de la nécropolitique. Loin des considérations catho-réacs, Elisa nous met face à nos contradictions : notre soif d’autodétermination de nos corps doit elle se faire sur l’autel du validisme ?
Lire plus (277 mots)

La rencontre avec Elisa Rojas

Avocate et militante antivalidiste, autrice de « Pour mourir, tapez 1 » (Editions du Détour), Elisa Rojas décortique la proposition de loi sur l'aide à mourir, qu'elle examine sous l'angle du validisme, ce système d'oppression qui fait des personnes valides « la norme, l'idéale à atteindre ». Elle rappelle que les lois Claeys-Leonetti existent déjà et qu'« on laisse mourir pour le moment, mais on ne provoque pas la mort »: ce texte, lui, « ce serait le basculement vers le fait de provoquer la mort ».

Elle dénonce le flou volontaire du texte : « pronostic vital engagé » sans échéance, « phase avancée » sans consensus médical. Pour elle, la comparaison avec la victoire de l'autodétermination des corps, symbolisée par l'IVG, est fallacieuse : « expliquez-moi qui meurt au moment d'un IVG ?».

Elisa établit un parallèle historique glaçant avec l'opération T4 sous le nazisme, soulignant que « le vent du fascisme souffle très très très fort sur nos têtes ».

Elle accuse une partie de la gauche, LFI et EELV en tête, de trahison : « c'est une trahison totale de toutes les valeurs de la gauche ». Et de lancer, à l'adresse des parlementaires hésitants : « est-ce que demain, vous arriverez à vous regarder dans une glace? ».

Sur le volet financier, elle pointe une « aubaine » budgétaire pendant que la moitié des malades n'ont pas accès aux soins palliatifs. Épuisée par deux ans de combat face à « un mur médiatique », elle invite les parlementaires à suivre l'exemple écossais, où le texte a été rejeté.

15.06.2026 à 07:00

Au Poste
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Un syndicaliste piégé par la DGSI sur numéro prépayé désactivé, une loi contre les violences sexuelles mise au placard jusqu'à la mort d’une enfant : France Déter reçoit ce matin deux invités qui, chacun à leur façon, instruisent le procès d’un État qui sait très bien choisir ses cibles.
Texte intégral (722 mots)

Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.

La rencontre avec Tayeb Khouira et Céline Thiébault-Martinez

Tayeb Khouira: secrétaire national de Solidaires, ancien porte-parole de Sud-Aérien est agent de piste à Roissy-Charles-de-Gaulle, il raconte une convocation qui ressemble à tout sauf à ce qu'on lui avait annoncé. Le 20 janvier 2024, un samedi à 18h, un numéro inconnu l'appelle: le commissariat du Blanc-Mesnil veut lui parler. Il se présente, se fait fouiller, monte au premier étage. Deux agents lui posent leur première question: vous savez pourquoi vous êtes là? Il répond: le vol d'un carte bancaire dont il est victime. Réponse: «Ah non, c'est une histoire plus grave.» Ce qu'on lui reproche: «glorifier le Hamas» et inciter ses collègues à «tout faire exploser sur l'aéroport». S'enchaînent deux heures de questions sur son militantisme, son soutien à la Palestine, et --- révélateur --- quelle mosquée il fréquente et s'il envoie de l'argent à l'étranger. Aucun PV, aucun droit notifié, aucun avocat. En sortant, il rappelle le numéro: désactivé.

Ce n'était pas des agents du commissariat qui l'interrogeaient mais ceux de la DGSI. Les caméras de surveillance ont prouvé sa présence. L'IGPN, saisie, s'est dessaisie. La DGSI a mené sa propre enquête sur elle-même. Lors d'une seconde convocation, une agente lâche: «Même nous, on n'a pas accès au dossier. C'est classé secret défense. Ça vient de très haut, et quelqu'un de très bien placé vous en veut.» Dans les dépositions récupérées après le classement de sa plainte, les agents évoquent «une alerte sur un attentat imminent» le jour même. Tayeb Khouira démonte: «On n'appelle pas quelqu'un qui doit commettre un attentat à 18 heures.» Aucun badge bloqué, aucun collègue interrogé à Roissy. Pour lui, le mobile est politique: figure des blocages de l'aéroport pendant la réforme des retraites, soutien affiché à la Palestine, à l'approche des JO. «C'était un cocktail de répression syndicale, c'était de la barbouillerie tout simplement.» Avec Solidaires et la Ligue des droits de l'homme, il saisit le tribunal administratif pour engager la responsabilité de l'État.

Céline Thiebault-Martinez: députée PS de Seine-et-Marne, elle, a déposé le 2 décembre 2025 une proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles transpartisane, portée avec des élus communistes, écologistes et du bloc central, adossée aux associations féministes et enfantistes, la loi a dormi. L'affaire Lyhanna l'a ressortie du tiroir: elle sera discutée à partir du 15 juillet --- mais pas sous la forme voulue par ses auteurs, Lecornu ayant choisi un véhicule législatif plus étroit.

Thiébault-Martinez commence par les chiffres: 160 000 enfants victimes de VSS par an, un toutes les trois minutes. 270 000 femmes victimes de violences conjugales en 2023, en hausse de 10%. 94% des plaintes pour viol classées sans suite. 1% des violeurs punis. Elle dénonce le «pointillisme législatif» des gouvernements successifs --- des petites lois qui ne font pas système face à des violences qui, elles, font système. Sa proposition: une juridiction spécialisée sur le modèle espagnol, des magistrats et policiers formés au psychotrauma, la fin des alternatives aux poursuites pour VSS, une aide juridictionnelle sans conditions de ressources, la prescription glissante étendue aux majeurs. Sur Macron qui a dit que ce n'est pas une question de moyens: «Le budget a augmenté, mais qu'en a-t-on fait? On a surtout construit des places de prison.» Sur les 70 000 plaintes que Darmanin promet de réexaminer: «Cette annonce en elle-même n'a pas de sens parce qu'on ne sait pas à quoi elle sert en réalité.»

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!

09.06.2026 à 20:00

Au Poste
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Trois heures, dix invités, un seul nom : Bolloré. De Grasset à Cannes en passant par CNews, la Bollo Night a réuni la « dream team de la riposte » pour nommer les mécanismes d’un empire et tracer les voies du démantèlement.
Texte intégral (800 mots)

La rencontre avec Sarah Legrain, Laurent Binet, Nicolas Norrito, Anaïs Massola, Arié Alimi, Marine Rio, Joseph Paris, Christophe Cognet, François Bonnet et Thibaut Bruttin

Premier plateau -- L'édition

Laurent Binet (auteur Grasset) revient sur la déflagration du printemps : le licenciement d'Olivier Nora, directeur de Grasset depuis 25 ans, après son refus de publier un texte d'extrême droite. «Ce premier soir, 130 auteurs qui claquent la porte d'une maison d'édition en une seule fois -- c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu, je crois, dans le monde.» Il reconnaît la critique de la naïveté antérieure : «Ça s'est pas passé il y a trois ans, ça se passe maintenant, c'est tout.»

Nicolas Norrito (éditions Libertalia) assume une franchise plus abrasive : «Ça fait des années qu'on vous dit de partir. L'avantage avec Bolloré, c'est qu'il avance franchement. Il n'y a pas de masque. C'est de l'extrême droite, c'est la croisade d'extrême droite.» Il souligne la concentration verticale : Hachette contrôle l'édition, la diffusion, la distribution et les points de vente (relais) depuis un siècle et demi, «le nerf de la guerre». Et reconnait que ses librairies dépendent d'Hachette, distributeur capable de livrer les livres plus vite que son ombre.

Anaïs Massola (syndicat de la librairie française) pointe la récurrence du problème : «Notre richesse est notre écurie d'auteurs» -- un vocabulaire qu'elle juge «particulièrement étrange» et révélateur d'un système de dépendance structurel.

Sarah Legrain (députée LFI, rapporteure de la future loi anti-concentration si LFI venait à prendre le pouvoir) formule le diagnostic politique : «Bolloré incarne l'alliance de l'ultralibéralisme et de l'extrême droite réactionnaire.» Sur les subventions publiques : «90% du marché du livre sont détenus par 10 groupes. Quatre d'entre eux contrôlent 70% du marché et 80% de la distribution. Si, en plus, c'est eux qui captent les aides publiques aux livres, là il y a un sujet.»

Deuxième plateau -- Le cinéma

Marine Rio (collectif Zappé Bolloré, programmatrice) explique l'origine de la tribune Cannes : «On a utilisé ce dernier festival avant l'élection présidentielle de 2027 en se disant que c'était peut-être le dernier festival de Cannes sans l'extrême droite au pouvoir.» Elle révèle que Jean-Pascal Zadi n'a jamais retiré sa signature de la tribune : «Cette information vient du JDD. Aucun autre journaliste n'est allé vérifier en appelant Jean-Pascal Zadi. C'était un mensonge.»

Arié Alimi (avocat, CGT Spectacle, Ligue des droits de l'homme) détaille la procédure judiciaire contre Canal+ pour discrimination : «À partir du moment où [le directeur de C+] Saada dit "on ne travaillera plus avec ces gens-là", la discrimination est déjà en œuvre. Il n'a même pas besoin de faire quoi que ce soit. Il suffit qu'il l'ait dit.» Il exhorte : «On ne peut pas lutter contre Bolloré et aller sur CNews nourrir la bête.»

Joseph Paris (SRF) prévient d'un glissement : après la déclaration de Saada sur les signataires, ce dernier a franchi un cran supplémentaire en annonçant des clauses pénalisant «les porteurs de projet dont la parole aurait porté préjudice à Canal Plus» -- soit l'ensemble des cinéastes. «Ce n'est plus simplement les signataires. C'est une modalité précise de mise en œuvre d'un contrôle sur leurs paroles.»

Sur la logique Bolloré dans le cinéma, Arié Alimi tranche : «Il veut acheter des vecteurs de la culture, les vider de leur substance et en faire des véhicules, des armes de guerre idéologiques. C'est disparaître maintenant ou disparaître à petit feu. Il n'y a pas d'alternative.»

Troisième plateau -- Les médias

François Bonnet (Fonds pour une Presse Libre) résume le danger en une phrase : «Le danger, il est immédiat. C'est l'installation en France d'un régime autoritaire, xénophobe, fondé sur l'inégalité.»

Thibaut Bruttin (RSF) détaille la stratégie de Bolloré/CNews : faire du pluralisme une neutralité mathématique, contourner les obligations de la loi de 1986 en invitant uniquement des journalistes d'extrême droite, des think-tanks idéologiquement marqués, tout en ciblant systématiquement des journalistes dans des campagnes hebdomadaires de harcèlement à l'antenne. Une décision de l'Arcom sur le pluralisme de CNews est imminente : «Si on gagne, on va s'en prendre plein la poire. Si on perd, aussi.»

Une folle soirée en partenariat avec Césure

09.06.2026 à 08:00

Au Poste
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La prison selon Sarkozy : mensonges, privilèges, 100 000 lecteurs. La prison selon l’OIP : 88 000 oubliés.
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Nicolas Sarkozy a passé 20 jours à la prison de la Santé, en a tiré un livre vendu à 100 000 exemplaires, et s'est offert une tribune nationale sur ce que c'est qu'être détenu en France. Laélia Véron, linguiste et enseignante en milieu carcéral depuis dix ans, et Julien Fischmeister, de l'OIP, qui reçoit 4 500 témoignages de détenus chaque année, publient la réponse : Ce que Sarkozy n'a pas dit sur la prison. Il ne s'agit pas seulement de corriger des contre-vérités sur la taille d'une cellule , mais de savoir qui a le droit de parler de la prison en France, et pour quoi faire.

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