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▸ les 10 dernières parutions

01.04.2026 à 09:00

Grève de la faim : arme des sans-droits, dernier recours des invisibles

Au Poste
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Des suffragettes aux nationalistes irlandais, de Ghandi à Thomas Brail : depuis des décennies et partout dans le monde, on proteste en refusant de s’alimenter.
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Comment la grève de la faim est-elle devenue un mode d’action politique ? Pourquoi est-elle mobilisée par des profils aussi variés ? Qu’est-ce qui la différencie d’autres formes de contestation ? Pour ce nouvel épisode de "Bouffe de là", Nora Bouazzouni reçoit Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique au département de sciences sociales de l'École normale supérieure rattachée au Centre Maurice Halbwachs, médaille d'argent du CNRS et autrice de "La grève de la faim" (Presses de Sciences Po, 2009).

31.03.2026 à 08:00

Liban : pourquoi Israël s’en va-t-en guerre

Au Poste
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Pour la énième fois, le Liban est en guerre. Depuis le 2 mars 2026, les bombardements israéliens ont tué plus de 1 100 personnes et déplacé un million d’habitants,soit un Libanais sur cinq. Pour comprendre ce qui se passe réellement, militairement, humanitairement, politiquement, et dans la durée nous recevons ce matin trois invités de premier choix.
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Le Hezbollah, que l'on disait anéanti après la guerre de 2024, a repris les armes. Le cessez-le-feu de novembre 2024 avait été violé des milliers de fois. L'État libanais, à peine reformé autour d'un nouveau président et d'un nouveau premier ministre, est pris en étau entre les injonctions de Washington et les bombes de Tel-Aviv. Médecins du Monde soigne sur le terrain avec 15 % de son budget habituel.

Pour en parler avec nous: Agnès Levallois, géopoliticienne et présidente de l'iReMMO, Jean-François Corty, médecin et président de Médecins du Monde, et Akhésa Moummi, docteure en études politiques qui a consacré sa thèse à l'école française au Liban comme laboratoire de la socialisation politique. Ensemble, ils nous aideront à comprendre non seulement ce qui brûle, mais pourquoi ça brûle depuis si longtemps.

30.03.2026 à 07:00

Retour sur l’affaire Deranque, François Piquemal (LFI Toulouse), la France malade de ses fichages et une BD punk

Au Poste
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Au menu ce lundi : le fichage généralisé en France condamné par l’Europe, l’affaire Quentin Déranque et ses zones d’ombre policières, la défaite électorale de la gauche à Toulouse et une bande dessinée plongeant dans les luttes sociales des années 80.
Texte intégral (1483 mots)

Noémie Levin, juriste à la Quadrature du Net, vient commenter l'arrêt historique rendu la semaine précédente par la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE), qui désavoue les pratiques de fichage français. L'affaire part d'un militant écolo arrêté lors d'une action d'Extinction Rébellion en 2020, à qui la police demande systématiquement empreintes, photo et code de téléphone pour alimenter le fichier TAJ (9 millions de photos) et le FAED (6,5 millions d'empreintes digitales). Il refuse. En France, ce refus constitue un délit autonome — et il est poursuivi pour ça.

La CJUE tranche: «collecter de façon systématique, comme c'est le cas en France, ce n'est pas proportionné.» Elle impose un critère de nécessité absolue que les pratiques françaises ne respectent pas. Elle exige aussi que les policiers motivent chaque collecte — ce que le gouvernement français avait tenté de bloquer en arguant que ce serait «une charge déraisonnable». La cour a balayé cet argument.

Noémie Levin pointe l'illégalité supplémentaire révélée par Disclose: depuis 2022, les téléphones NEO2 des policiers embarquent un module de reconnaissance faciale branché sur le TAJ. «L'État, le ministère, a créé l'illégalité. On donne un outil à des policiers qui n'est pas légal, évidemment qu'ils vont s'en servir.» Les chiffres sont vertigineux: près d'un million de consultations du TAJ associé à la reconnaissance faciale en 2024, soit 2 500 par jour — «or il n'y a pas 2 500 faits graves par jour.»

Elle révèle aussi que la police détourne le fichier TES (passeports et cartes d'identité), pourtant formellement interdit à usage policier, via des réquisitions pour identifier des suspects sur des images de vidéosurveillance. Sur le risque de détournement politique: «à partir du moment où la donnée existe, elle pourra être détournée. C'est pour ça qu'on lutte pour que ces fichiers n'existent même pas à la base.» Sur le piratage massif de fin 2024 — un hacker connecté trois semaines sur le portail Keops grâce à des mots de passe échangés entre policiers — elle note que «c'est hyper grave en termes de sécurité informatique» et que la réponse du ministère a été «très très timide.»

Elle déplore enfin le silence médiatique: «il y a un silence assourdissant de la part du ministère» et des journalistes, qu'elle attribue à «l'extrême droitisation de la manière dont on parle de ces sujets.»

Martin Méchin, avocat membre du collectif Colère Noire, défend l'un des neuf jeunes mis en examen pour la mort de Quentin Déranque à Lyon. Il pose d'emblée un principe de méthode contre le récit officiel: «la présentation simpliste, c'est la présentation dans laquelle la victime des faits est nécessairement irréprochable et dans laquelle les suspects sont forcément des extrémistes à soif de sang.»

Sur la qualification de meurtre retenue par le parquet, il est sans ambiguïté: «ces jeunes qui sont mis en examen n'ont jamais eu l'intention de tuer qui que ce soit.» L'objectif de la défense est double: éclairer le contexte et démontrer l'absence d'intention homicide.

Les révélations de BFM sur la présence des renseignements territoriaux pendant plus d'une heure avant les coups mortels le conduisent à pointer une contradiction majeure. Les agents prétendent n'avoir rien vu des deux minutes fatales. Il n'y croit pas: «comme par hasard, il manque le moment où il se passe des faits». L'argument de la non-intervention faute d'équipement ne tient pas davantage: «si un flic sort pour brandir sa carte et dire "Halte, police", tout le monde va se séparer comme une volée de moineaux.» Pourquoi n'ont-ils pas prévenu les dizaines de policiers de la BAC postés à proximité?

Sur la responsabilité de la chaîne hiérarchique, il affirme: «le procureur avait déjà connaissance de ces éléments quand il a fait sa conférence de presse», et dans un dossier d'une telle ampleur médiatique, «quelques semaines avant les municipales, on n'imagine pas que la hiérarchie n'ait pas été informée» jusqu'aux ministères. Il conclut depuis son rôle strict d'avocat: «si j'étais l'avocat de la famille de Quentin Déranque, je déposerais très rapidement une plainte pour non-assistance à personne en danger.»

Il termine en évoquant le collectif Colère Noire, mobilisé contre le projet de loi SURE de Gérald Darmanin: «ce n'est pas scandaleux pour les avocats, c'est scandaleux pour le justiciable et pour la manière dont la justice risque d'être rendue dans les années à venir.»

François Piquemal, député LFI de Toulouse, candidat à la mairie avec 46,1% des voix au second tour, livre une analyse méthodique de sa défaite face à Moudenc.

Il identifie d'abord un système de clientèle local «redoutable» que le maire sortant sait «surmobiliser entre les deux tours et faire déjouer les arithmétiques» depuis des décennies. S'y ajoute un déséquilibre financier colossal — environ 600 000 euros estimés pour Moudenc contre 200 000 pour lui — et une offensive médiatique documentée: «dans le second tour, juste sur une semaine, on avait eu à peu près 18 articles concernant la campagne et 14 qui étaient à charge contre nous.» Il cite notamment La Dépêche du Midi qui «a fait la campagne de M. Moudenc.»

La révélation centrale porte sur les ingérences numériques étrangères. Le 19 février, l'ANSSI alerte le mouvement Insoumis: une page Facebook diffamatoire — l'accusant de pédocriminalité — et des sites divulguant ses données personnelles circulent. Selon le Canard Enchaîné, une société proche de l'extrême droite israélienne en serait à l'origine. La veille du second tour, des publicités islamophobes sont diffusées sur des sites régionaux. Piquemal relie les points: «si c'est avéré que c'était une société proche de l'extrême droite israélienne, ça veut dire qu'elle a essayé d'influer sur l'élection toulousaine, et ce n'est pas un hasard vu les trois cibles» — lui-même, David Guiraud et Sébastien Delogu, tous trois connus pour leurs positions sur Gaza.

Sur la fracture socialiste, il ne mâche pas ses mots: «il y a une partie du Parti Socialiste qui tristement préfère faire des jeux politiciens et faire gagner la droite, voire l'extrême droite, plutôt que de s'allier avec la France Insoumise.» Il entre néanmoins au conseil municipal avec huit élus et souligne l'espoir: «si on nous avait dit qu'on allait finir en tête de la gauche, qu'on allait faire 78 000 voix, c'est à dire plus que la NUPES en 2022, on aurait eu du mal à y croire.»

Lionel Chouin, scénariste et dessinateur, présente Bleu de Chauffe, sa bande dessinée parue en février aux éditions Glenat, plongée dans l'année 1983 entre luttes ouvrières, punk rock et montée du fascisme.

Le récit suit Karima, jeune punkette dont le père est militant syndical dans l'industrie automobile, au cœur des grandes grèves menées par les ouvriers immigrés qui «sont passés d'une revendication d'ouvriers à un désir de reconnaissance absolue.» Cet espoir immense sera rapidement réprimé par les syndicats-maison. «J'ai voulu qu'au travers du père de Karima, on sente vraiment cet espoir immense» porté par ces luttes.

Chouin ancre son récit sur une citation réelle et glaçante de Pierre Mauroy, Premier ministre socialiste, accusant en 1983 les travailleurs immigrés en grève d'être «agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises.» Pour lui, «cette phrase montre à quel point ça a pu être un détonateur incroyable» et «a une résonance incroyable au travers de ce qu'on a pu entendre ces dernières années.»

La BD intègre aussi la première percée électorale du Front National à Dreux en 1983 avec 16,7% pour Jean-Pierre Stirbois, et l'affrontement entre skinheads et antifas, dans une palette graphique entièrement en bleu, blanc, rouge et noir. «Tous les personnages de cette histoire sont en confrontation permanente» — une contrainte colorée assumée dès le départ. Il conclut sur l'anecdote la plus émouvante de la fabrication: le chanteur des Béruriers Noirs François leur a personnellement accordé les droits de reproduire les paroles du morceau Petit Agité après avoir lu l'album.

26.03.2026 à 17:30

Sainte-Soline, 3 ans plus tard : « c’est un crime politique de guerre »

Au Poste
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Trois ans après Sainte-Soline, les blessés n’ont toujours pas obtenu justice, les gendarmes courent toujours, et la Coordination Rurale jette des œufs sur les manifestants — pendant que l'État escorte les tracteurs. Au Poste s’est délocalisé à Melle pour cette émission fleuve. Où l’on a ri, pleuré, et pris des forces.
Texte intégral (1004 mots)

C'est depuis Melle, dans les Deux-Sèvres, qu'Au Poste a tenu cette émission spéciale pour les trois ans de la manifestation de Sainte-Soline du 25 mars 2023. Autour de la table : le porte-voix de Bassines Non Merci Julien Le Guet, la chercheuse en sciences de la Terre Anne Morwen Pastier, le réalisateur Benoît Delépine, le journaliste et documentariste Antoine Chao, Najet de la LegalTeam, et Michael — gilet jaune devenu militant écologiste, grièvement blessé ce jour-là.

Michael, qui a reçu un projectile dans la gorge à Sainte-Soline 2, a passé dix jours dans le coma et six mois en rééducation. Il raconte avoir financé lui-même sa convalescence grâce à une cagnotte citoyenne de 7 000 euros, «parce que le gouvernement m'a laissé complètement tomber». Sa plainte a été classée sans suite. Il continue : «Je ne vais pas laisser ça comme ça.»

Najet, de la LegalTeam des Soulèvements de la Terre, détaille les procédures judiciaires en cours. Quatre blessés — Serge, Michael, Alix et Olivier — se sont constitués partie civile auprès d'un juge d'instruction après que le procureur de Rennes a classé sans suite leurs plaintes initiales, au motif que les images ne permettaient pas d'identifier les tireurs. Elle pointe l'absurde : les enquêteurs de l'IGGN avaient connaissance depuis deux ans de tirs illégaux, mais l'article 40 du Code civil — qui oblige les fonctionnaires à signaler les infractions — n'a pas été appliqué.

Julien Le Guet revient sur l'ampleur du dispositif déployé ce jour-là : 9 hélicoptères, deux blindés, et des quads expérimentés pour la première fois sur le terrain, spécialement entraînés à Saint-Astier en Dordogne. «À 300 mètres, il n'y a aucune discrimination dans les tirs. On ne peut pas parler de légitime défense, c'est de la barbarie. C'est la barbarie institutionnalisée.» Il souligne que le tireur qui a blessé Serge est identifié, mais toujours libre. Concernant Darmanin — ministre de l'Intérieur au moment des faits, aujourd'hui garde des Sceaux —, il rappelle qu'une plainte signée par 1312 personnes pour mensonge sous serment devant une commission parlementaire est restée sans réponse depuis deux ans.

Antoine Chao, présent parmi les 30 000 manifestants ce jour-là, confie avoir compris «à posteriori» l'ampleur de la violence à laquelle il avait échappé. «Quand ces images sont sorties, on a vu ce qui se tramait derrière les cordons de gendarmes. Plus que la violence, l'acharnement meurtrier qui se tramait derrière.» Il revient sur son spectacle radiosonique qu'il co-présente avec Cécile Gersaillon, retraçant l'histoire de sa famille — son grand-père commandant des transmissions de l'armée républicaine espagnole, condamné à mort par Franco sur les ondes — jusqu'à la dissolution de Macron.

Anne Morwen Pastier dresse un tableau précis de la gestion de l'eau, qu'elle qualifie de «millefeuilles» opaque conçu pour que personne n'y comprenne rien. Elle pointe deux biais majeurs du système : l'infiltration des parlements de l'eau par des intérêts privés — élus irrigants, industriels du drainage — et le fait qu'en dernier ressort, c'est le préfet qui décide de tout. Elle révèle l'existence d'études scientifiques (les HMUC) dont les recommandations, finalisées depuis deux ans, n'ont toujours pas été intégrées à la réglementation.

Sur la qualité de l'eau, elle détaille comment des captages pollués aux métabolites du chlorothalonil (fongicide interdit en 2020) ont conduit à changer les usines de traitement à Poitiers — financées par les consommateurs, pas par les pollueurs. Elle rappelle qu'il faudrait 150 ans pour que les nappes retrouvent des taux naturels si toute pollution cessait immédiatement.

Julien Le Guet formule la solution de fond : «Si demain on arrête le maïs, il n'y a plus de problème d'eau en France quasi instantanément.» Il décrit un projet de reconversion agricole financé par les 76 millions d'euros actuellement prévus pour les bassines des Deux Sèvres: sortir les éleveurs laitiers de la dépendance au maïs-ensilage, gourmand en eua, rémunérer le lait à juste titre, restaurer les prairies — qui représentaient 70% du bassin de la Sèvre il y a 50 ans, contre 17% aujourd'hui.

La montée en puissance de la Coordination Rurale est longuement évoquée. Le porte parole de Bassine Non Merci décrit l'assaut du 17 décembre à Melle — 70 tracteurs escortés par les forces de l'ordre, déversant des déchets dont de l'amiante devant une école maternelle — sous l'œil complice du préfet. Anne Morwen Pastier raconte avoir reçu des œufs lancés en tir tendu à Poitiers la veille. «On sent que là, ils veulent nous défoncer physiquement, pour le dire clairement.» Julien Le Guet conclut : «Des gens d'extrême droite prennent la confiance et les rues et font l'intimidation avec la complicité des autorités. Ça fait naître un sentiment d'immunité qui, à terme, peut vraiment générer des comportements extrêmement accidentogènes.»

Malgré tout, le bilan de trois ans de lutte est loin loin d'être nul : aucun nouveau chantier de bassine lancé en 2025, financements publics gelés, quatre bassines déclarées illégales, une quarantaine annulée dans le bassin du Clain, AXA qui se retire définitivement de l'assurance des mégabassines. «Lutter, résister, ça paye», résume Julien Le Guet. Un procès l'attend le 11 mai à Poitiers pour l'organisation de Sainte-Soline 2.

Enfin Benoît Delépine est venu en voisin et en tant que militant : son fils était présent à Sainte-Soline. Il présente son film Animal Totem, tourné en Picardie, refusé par le CNC à cause d'une scène que le cinéaste tenait absolument à conserver. Tourné dans un format ultra-large inédit, le film sera projeté en plein air cet été sur les décombres de l'usine d'enrobés chimiques que Delépine a contribué à faire reculer en Charente.

25.03.2026 à 18:00

Handiféminisme : penser le féminisme à l’aune du validisme

Au Poste
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“Ne suis-je pas une femme ?” En 1851, l’abolitionniste afro-américaine Sojourner Truth dénonçait ainsi l’invisibilisation des femmes noires par les féministes blanches.
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Cent-soixante dix ans plus tard, dans son billet de blog “Je ne suis pas une femme like you”, la militante Céline Extenso vilipendait en écho le féminisme valide: “Le validisme, ça n’est pas seulement l’inaccessibilité des luttes, réunions, manifestations. C’est aussi notre absence totale de vos théories.”Femme et handie, femme handie ou handie femme? Comment ces oppressions croisées se manifestent-elles et pourquoi le handicap reste-t-il un angle mort des luttes féministes?

Pour aborder les méconnues feminist disability studies et crip studies, Nora Bouazzouni reçoit dans ce nouvel épisode de “Qui va faire la vaisselle?” les sociologues Célia Bouchet (CNRS/Cnam, Sciences Po) et Mathéa Boudinet (Cnam), spécialistes des inégalités sociales sous l’angle du handicap et du genre, coordinatrices du recueil “La théorie féministe au défi du handicap” et Céline Extenso, militante antivalidisme et cofondatrice du collectif handiféministe Les Dévalideuses

25.03.2026 à 08:00

« La catastrophe commence par des mots » : Plenel contre l’obscurantisme

Au Poste
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Alors que les démocraties vacillent partout dans le monde, Edwy Plenel, vient défendre un livre-pamphlet incisif : voter ne suffit plus — il faut réinventer la politique par le bas, avant qu’il ne soit trop tard. Une causerie sans fard où il revient sur sa carrière, ses prises de position, à l’heure où des dirigeants élus, partout dans le monde, s’attaquent systématiquement aux contre-pouvoirs.
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La rencontre avec Edwy Plenel


Sa thèse est limpide : «Un bulletin de vote, dans un an, ne suffira pas à nous protéger de ces vents mauvais.» Le co-fondateur de Médiapart dresse un parallèle entre Trump, Poutine, Netanyahou et Orbán : «Ce qui est en jeu, c'est un écosystème complexe qui mobilise la société. La démocratie, c'est une presse libre, c'est une justice indépendante, c'est le droit de manifester.»

Sur le présidentialisme français, Plenel est sans concession : «On ne peut pas confier notre destin à une seule personne.» Il revient sur l'héritage mitterrandien («Mitterrand a dévitalisé les partis de gauche, les a convertis à l'État, à la politique professionnelle») et sur la dissolution ratée de 2024, occasion manquée pour le NFP de construire un rapport de force dans la société plutôt que d'attendre un «entretien d'embauche à l'Élysée».

Sur Mélenchon et l'antisémitisme, Plenel est sans complaisance : «Je ne dis pas que LFI est antisémite. Je dis qu'un leader politique dit une connerie.» Quant à l'indépendance de Mediapart, il la défend avec une formule qui résume tout : «L'amitié n'est pas une protection.»

Pour l'avenir, Plenel emprunte à son ami Édouard Glissant sa boussole : «Agis en ton lieu, mais pense avec le monde.» La résistance démocratique ne viendra pas d'un sauveur présidentiel mais de la mobilisation collective (syndicats, presse indépendante, comités de base) pour «remplir la coquille» que les forces autoritaires s'emploient à vider.

24.03.2026 à 18:00

« C’est le scénario parfait pour le RN » : la (non ?) percée municipale décryptée

Au Poste
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Élections municipales 2026 : le RN progresse, mais sans tsunami. Ce soir au Poste, quatre chercheurs de première catégorie sur l’extrême droite passent les résultats au scalpel — implantation, « brebis geuleuses » (comme dit le tchat), mémoire ouvrière, Bolloré et abstention. La science politique n’a pas chômé.
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La rencontre avec Marion Jacquet-Vaillant, Émilien Houard-Vial, Sylvain Crépon et Nicolas Lebourg

Les quatre chercheurs s'accordent d'emblée sur un point: les municipales ne sont pas des élections nationales déguisées. Sylvain Crépon, Maître de conférences en science politique à la Faculté de droit, économie et sciences sociales de l'Université de Tours, rappelle que «ce ne sont pas des élections nationales et à chaque fois, on en fait un peu un test des élections nationales, alors que ce n'est pas du tout les mêmes logiques, les mêmes ressorts». Le bilan chiffré reste néanmoins éloquent: 57 mairies remportées dans les communes de plus de 3 500 habitants contre 9 en 2020, et 3 121 conseillers municipaux élus contre 827.

Sur la stratégie du RN, Sylvain Crépon livre une analyse contre-intuitive: un «raz-de-marée» aurait été dangereux pour le parti, faute d'équipes formées. «Une petite soixantaine de villes, ça va permettre une implantation, ça va permettre d'avoir des cadres qui se forment de plus en plus, mais pas trop vite.» Concernant les bastions réélus dès le premier tour (Briois à 78%, Ménard à 65%, Aliot à 51%), il pointe la «prime au sortant» et la gestion délibérément dé-idéologisée: «consigne donnée aujourd'hui de faire une gestion la moins idéologisée possible... montrer que nous sommes des maires qui faisons une gestion en bon père de famille».

Marion Jacquet-Vaillant, Maîtresse de conférences en science politique à l'Université Paris-Panthéon-Assas, apporte des données statistiques précises: «le RN gagne 7 fois mieux en duel qu'en quadrangulaire» et «gagne mieux contre la gauche» — ce qui traduit une asymétrie du front républicain: «la gauche est beaucoup plus prête à donner son vote à la droite pour contrer le Rassemblement national, que la droite n'est prête à donner son vote à gauche».

Émilien Houard-Vial, chercheur au CESDIP souligne la porosité croissante entre droite et extrême droite, notant que sur les questions régaliennes, «les Républicains aujourd'hui n'ont plus énormément de différences avec le RN». Il dénonce également un effet systémique médiatique, où CNews fonctionne comme «un distributeur de capital médiatique» offrant tribune à la frange la plus radicale de la droite, même si l'influence directe sur le vote reste difficile à mesurer empiriquement.

Sur la question des «brebis galeuses», surnommées «brebis gueuleuses» par et dans le chat, l'historien Nicolas Lebourg tranche: «Ce qui fait la vraie continuité, c'est le programme... la préférence nationale et l'idée de faire exploser en vol la constitution de la cinquième République». Sylvain Crépon enfonce le clou: «ceux d'en haut, finalement, ils ne sont pas inquiétés dans le parti politique... tout le monde sait, tout le monde connaît dans le haut de l'appareil qu'il y a des gens qui ont eu tel ou tel passé sulfureux».

24.03.2026 à 08:00

Nos élu·es nous ressemblent-ils ? avec Marie-Hélène Bacqué et Nadia Chahboune

Au Poste
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En Seine-Saint-Denis, les élu·es municipaux sont ils représentatifs de la population ?
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Au sortir des élections municipales, qui ont vu notamment l'élection d’Aly Diouara à La Courneuve et de Bally Bagayoko à Saint-Denis – victime dans la foulée d'une charge raciste dans de nombreux médias –, quelle est la place pour les élu·es racisé·es ? Quel est leur parcours et les motifs de leur engagement ? Quelles sont les difficultés auxquelles ils et elles se confrontent ? L'ouvrage Élus des banlieues populaires (éditions PUF) tente de répondre à ces questions. Pour en parler, nous recevons l'une des autrices, la chercheuse Marie-Hélène Bacqué, et Nadia Chahboune, fraîchement élue sur la liste d'Aly Diouara à La Courneuve.
Michael Pauron

23.03.2026 à 07:00

Municipales 2026 : on scrute le second tour avec Vincent Tiberj (politiste) et Hadrien Clouet (LFI)

Au Poste
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Après un second tour des municipales 2026 marqué par des défaites douloureuses à Toulouse et Limoges, et une progression inquiétante du RN dans les villes moyennes, Hadrien Clouet, député LFI de Haute-Garonne, et Vincent Tiberj, politiste, décortiquent les rapports de force, les trahisons internes et les batailles à venir avant la présidentielle de 2027.
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La rencontre avec Hadrien Clouet et Vincent Tiberj

Hadrien Clouet analyse d'abord la défaite toulousaine comme le résultat d'une coalition inédite: «C'est le Bloc Bourgeois, mais encore plus élargi parce que ici, le Bloc Bourgeois a reçu l'appui décisif de l'extrême droite, c'est-à-dire le militantisme actif aux côtés du Bloc bourgeois, des militants de la droite radicale, RN, Reconquête, qui ont fait campagne pour Jean-Luc Moudenc, de manière très active.» Il dénonce également une campagne de désinformation orchestrée par les grands intérêts économiques locaux: «C'était une campagne à base de "Airbus va quitter Toulouse, tous nos commerces vont s'effondrer", on est à deux doigts de vous expliquer que l'Armée Rouge est arrivée par les Pyrénées.» Sur les responsabilités internes à la gauche, il pointe du doigt «Carole Delga, François Hollande, Raphaël Glucksmann, pour citer le trio de l'enfer», estimant qu'«une partie de la droite socialiste préfère en fait donner la métropole à la droite qu'aux socialistes». Il va plus loin sur la dérive idéologique du PS: «Le PS, finalement, traite des mesures à caractère raciste comme toute autre mesure. Il n'y a pas finalement de rupture morale dans les mesures d'économie budgétaire qui sont concentrées sur une certaine partie de la population.»

Vincent Tiberj apporte une lecture plus structurelle, rappelant que le mode de scrutin crée des effets d'amplification trompeurs — nombre de villes se jouant à quelques milliers de voix — et que la carte du «divers» recouvre l'essentiel des communes françaises. Il souligne l'inquiétante normalisation de la fusion droite-extrême droite dans les électorats: «À mesure qu'on se rapproche du temps présent, tu constates à la fois des tentations par en haut, des fusions par en bas et c'est ça le truc le plus important.» Sur la question de l'antisémitisme instrumentalisé, il décrit une bataille épistémique: «On est aujourd'hui dans un vrai conflit autour de comment on appréhende la question des discriminations, des racismes, des préjugés», et dénonce une tentative de «définir une manière d'appréhender l'antisémitisme qui serait compatible avec la droite et l'extrême-droite.»

Les deux invités s'accordent sur l'urgence de la mobilisation populaire hors des seules échéances électorales, et sur la nécessité de construire un discours de rupture crédible avant 2027.

20.03.2026 à 09:00

La démocratie assassinée : ce que la guerre d’Espagne nous dit du fascisme d’aujourd’hui

Au Poste
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La guerre d’Espagne, 90 ans après, reste une blessure ouverte : entre fosses communes jamais exhumées, révisionnisme en plein essor et montée des extrêmes droites européennes, les historiens Mercedes Yusta et Pierre Salmon rappellent avec force que cette démocratie n’a pas échoué — elle a été assassinée.
Texte intégral (699 mots)

"No pasaran" parce qu’on y parlera de la guerre d’Espagne de 1936, et que ce beau slogan vient de là.

Je recevrai Pierre Salmon et Mercedes Yusta Rodrigo, co-auteurices (avec François Godicheau) d’un livre qui sort en ce début mars sur la Guerre d’Espagne : (La guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée aux éditions Tallandier). C’est qu’elle fête ses 90 ans cette guerre ! Et que les travaux récents permettent d’en savoir bien plus, de la comprendre mieux.

"No pasaran" aussi car c’est bien pour que le fascisme ne passe pas que des hommes et des femmes de toute l’Europe, du monde sont venus combattre en Espagne.

"No pasaran" enfin car la guerre civile est « un passé qui ne passe pas » comme on dit souvent. Aujourd’hui, en Espagne, les héritiers de Franco continuent de lui vouer un culte, les nouveaux partis d’extrême droite réécrivent l’histoire, quand une partie de la gauche se revendique toujours du passé antifasciste espagnol.
On parlera donc histoire, écriture de l’histoire, réécriture de l’histoire mais aussi lutte contre le fascisme hier et aujourd’hui, et c’est le 20 mars, Au poste, à 9 h.
Mathilde Larrère

La rencontre avec Mercedes Yusta Rodrigo et Pierre Salmon

  • Le livre La guerre d'Espagne, 1936-1939 — La démocratie assassinée est né d'un double constat: l'absence de synthèse récente en français et la publication d'un pamphlet révisionniste espagnol — «on s'est dit, il y a un gros souci quand même, parce que si les gens entrent dans une librairie et cherchent un livre sur la guerre d'Espagne et la seule chose récente qu'ils trouvent, c'est ça» (Yusta)

  • La République espagnole de 1931 n'est pas un échec mais un assassinat: «quand elle est proclamée en 31, on parle d'une révolution pacifique» (Yusta) — elle porte le droit de vote des femmes, 27 000 écoles, une réforme agraire, avant d'être sabotée de l'intérieur par une droite fascinée par le nazisme

  • La fascisation est un processus, pas un état: «ces partis, par leurs valeurs, par leur pratique aussi, créent une dynamique collective qui dépasse bien leurs rangs politiques» (Salmon)

  • Le coup d'État de 1936 est planifié dans la violence: Mola écrit dans ses instructions secrètes qu'«il faut que le coup soit extrêmement violent parce que l'ennemi est fort et bien organisé» (cité par Yusta)

  • Franco n'est pas l'architecte du putsch mais un opportuniste: «il combine une extrême prudence avec une ambition dévorante» (Yusta) — il capte le pouvoir grâce à l'appui décisif de l'aviation allemande et italienne

  • La non-intervention française est avant tout une peur de la «contagion révolutionnaire»: «dès le début du conflit, on ferme la frontière pyrénéenne et on parle d'un cordon sanitaire» (Salmon)

  • La violence n'est pas symétrique: «on est à peu près autour de 50 000 victimes des franquistes pendant la guerre», contre 150 000 en comptant l'après-guerre, face à «50 000 victimes des républicains» (Yusta)

  • La violence contre les femmes est systématique et genrée: le général Queipo de Llano dit à ses soldats «vous pouvez les violer, comme ça elles vont connaître qu'est-ce que c'est que les vrais hommes» (cité par Yusta)

  • La mémoire reste une plaie ouverte: «l'Espagne c'est le deuxième pays au monde avec le plus de fosses communes derrière le Cambodge» avec «environ 100 000 corps qui restent dans ces fosses communes» (Salmon)

  • Face à l'article du Figaro les qualifiant de «pamphlet antifa déguisé en livre d'histoire», Salmon répond: «que le Figaro magazine, par la plume de Jean Sévia, nous accuse d'être des idéologues, je dois admettre que ça nous a fait un petit peu sourire»

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