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▸ les 10 dernières parutions

19.05.2026 à 18:00

Au Poste
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Les pionniers du web voulaient émanciper le monde. Lou, chercheur et auteur d’une anthologie inédite des manifestes numériques, revient sur cette histoire : comment les rêves de liberté ont fabriqué la surveillance, et ce qu’il reste à sauver.
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Au début des années 1990, le Web entendait tout changer. Changer la démocratie, la communication, changer les rapports de pouvoir.

Les hackers avaient leurs manifestes, les cyberféministes leurs slogans, les libristes leurs licences. Et puis les GAFAM ont construit leurs murs, les États leurs filets de surveillance, et l'IA générative a avalé le reste. Loup Cellard, chercheur à l'Université Paris-Saclay , publie «Promesses et utopies — Une anthologie des manifestes du Web» (éditions B42). Vingt-neuf textes, de John Perry Barlow à Legacy Russell, de Richard Stallman à un obscur Mini Rézo français, bien connu de nos services : une archéologie politique des rêves numériques, pour bon nombre traduits en Français pour la première fois. Utopies d'internet: on les enterre ou on les réarme?

19.05.2026 à 09:00

Au Poste
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Deux scientifiques, deux livres, un même constat : le réchauffement climatique n’est pas une fatalité --- c’est un choix. Celui de quelques-uns. Et il y a urgence à le nommer.
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LA RENCONTRE AVEC MAGALI REGHEZZA-ZITT ET NATHANAËL WALLENHORST

Géographe, ancienne membre du Haut Conseil pour le Climat, Magali Reghezza-Zitt vient de publier Bienvenue en 2055 dans un monde neutre en carbone. Nathanaël Wallenhorst, chercheur en sciences de l'environnement et membre de l'Anthropocene Working Group, a signé 2049, ce que le climat va faire à l'Europe. Ensemble, ils dressent un tableau scientifique et politique du réchauffement sans concession.

Sur les trajectoires, Reghezza-Zitt est précise: 1,5°C dès le début des années 2030, 2°C en 2050, 3,2°C à la fin du siècle si rien ne change --- soit 4°C pour la France. «À 4 degrés, on n'est plus du tout dans une logique d'adaptation, on est dans une logique de sélection, il va falloir trier.» Au-delà de 2°C, ce sont les processus naturels eux-mêmes qui s'emballent: permafrost, méthane, océans. Wallenhorst: «Le 3,2 d'ici 2100, c'est pas un état stable, c'est un moment dans un processus d'altération des fondements de notre civilisation.»

Sur la montée des eaux, il cite le village gallois de Fairbourne, dont la digue sera abandonnée en 2054: «Du jour au lendemain, ces gens ont perdu leur capital, ce qu'ils allaient transmettre à leurs enfants. Et ce sentiment communément partagé, c'était l'envie d'en découdre, l'impression d'être abandonné.»

Reghezza-Zitt pointe le double verrou: le changement climatique dégrade les ressources nécessaires pour se décarboner, tandis que la dépendance aux fossiles réduit la capacité d'adaptation. Les injustices sont documentées, les bénéfices de la transition captés par une minorité. «Il y a une indécence absolue à faire peser sur ceux qui sont le plus exposés la responsabilité de l'inaction.»

Sur le capitalisme, Wallenhorst est tranchant: l'accumulation infinie est incompatible avec les limites planétaires. «Un milliardaire, c'est un psychopathe.» Les deux invités convergent sur l'essentiel: le narratif de l'impuissance est une construction politique délibérée. Les partis nationalistes-populistes ont «totalement intégré le changement climatique» --- pour en faire une opportunité de darwinisme social. «Ces gens-là gagnent à tous les coups. Le retard pris préserve leurs intérêts, ils ont déjà préparé la bascule.» Face à quoi, Reghezza-Zitt conclut: «On ne peut pas baisser les bras. On ne peut pas.»

18.05.2026 à 18:00

Au Poste
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La France s’apprête à envoyer ses Bleus au Mondial --- celui de l'ère Trump. L’historien François da Rocha Carneiro rappelle ce qu’on oublie toujours : l'équipe de France n’a jamais été un terrain neutre, elle a toujours été un champ de bataille.
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Alors, non, on ne va pas recevoir Cherki, Hernandez ou Carnavinga. Ou alors, si, mais avec Charles Bilot, Michel Platini, Fred Aston, Marius Trésor et même Zinedine Zidane !

Puisque sera convoqué Au Poste François da Rocha Carneiro, auteur de nombreux livres sur l’histoire du foot en France et qui sort ce mois de mai Bleus, Histoire de l’équipe de France de Football depuis 1904 (Éditions du Détour).

Comment l’histoire peut se saisir du foot ? En parlant des hommes (surtout, peu de femmes, mais justement l’histoire peut expliquer pourquoi, comment, quand) qui jouent, entrainent, financent, regardent, adorent, détestent, commentent. En se demandant d’où ça vient, pourquoi ça s’est implanté, comment ça s’est professionnalisé ? En travaillant sur les représentations du foot, le mélange de fascination et de mépris social qu’il suscite. En travaillant sur les matchs oubliés comme ceux qui ont marqué la mémoire, les petits comme les grands clubs. En se demandant ce que le foot comme institution, comme culture dit de l’histoire (politique, sociale) d’un pays. C’est le rôle des historien.e.s de contextualiser les événements, quels qu’ils soient, fussent-ils des matchs de foot, et c’est ce que nous ferons en convoquant au Poste le lundi 18 mai, à 18 h, avec François da Rocha Carneiro.

18.05.2026 à 07:00

Au Poste
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Canal Plus vient de blacklister 600 professionnels du cinéma qui ont osé critiquer Bolloré. Ce matin au Poste : Marine Riou, du collectif Zapper Bolloré, et Alexandre Rouxel, qui a ressuscité Foucault en IA de gauche pour ne pas laisser ces outils à l’ennemi.
Texte intégral (717 mots)

La rencontre avec Marine Riou

Marine Riou, programmatrice de L'Écran à Saint-Denis et membre du collectif Zappé Bolloré, revient sur la tribune publiée dans Libération --- plus de 600 signataires, dont Juliette Binoche, Raymond Depardon, Arthur Harrari --- qui alerte sur la concentration verticale de Bolloré dans le cinéma français: production (StudioCanal), diffusion (Canal Plus) et maintenant les salles (rachat de 34% d'UGC en octobre 2025, avec option à 100% d'ici 2028). Ce dimanche, le PDG de Canal Plus Maxime Saada a répondu lors d'un brunch à Cannes en annonçant qu'il ne souhaitait plus travailler avec les signataires. Pour Riou, la réaction confirme tout: «Ces chiens de garde sont là pour le protéger instantanément. Et ces chiens de garde, c'est les fameuses digues dont tout le monde nous parle, comme s'il n'y avait pas de problème.»

Au Poste liste les ingérences documentées: selon Christophe Honoré, Bolloré a déclaré en comité de validation «pas de PD, pas de syndicalistes», éjectant deux films dont celui de Stéphane Brisé sur un syndicaliste. Selon Mediapart, tout investissement de plus d'un million d'euros doit être approuvé par le milliardaire. Des vétos auraient été opposés à un film sur la pédophilie dans l'Église, à une série sur Lourdes, à des films écologiques et syndicaux. En parallèle, Bolloré finance des productions comme Vaincre ou Mourir ou Sacré-Cœur --- «des films qui sont de l'ordre du prosélytisme religieux, de la réécriture de l'histoire.»

Face aux organisations professionnelles qui reprochent au collectif Zapper Bolloré de «crier avant d'avoir mal», Riou est tranchante: «On prend juste un tout petit peu d'avance et nous on considère que c'était déjà un peu tard en plus.» Sur l'avenir, elle appelle à rendre sa carte UGC, à soutenir les salles indépendantes, et à porter une loi anti-concentration à l'Assemblée: «Si d'ici là il y a un projet législatif qui est porté, peut-être que ça pourrait retarder l'acquisition complète d'UGC. Avant que lui décide de blacklister tout le monde.»

La rencontre avec Alexandre Rouxel

Alexandre Rouxel, membre du collectif Distributed Gallery, présente Foukenstein, une intelligence artificielle qui parle avec la voix clonée de Michel Foucault, alignée politiquement à gauche, antifasciste, critique des institutions. L'outil repose sur environ deux heures et demie d'enregistrements audio de Foucault, découpés en fragments, transcrits, puis utilisés pour entraîner un modèle de synthèse vocale par itérations successives. Le résultat est branché sur Mistral --- «le ChatGPT français, mais en un peu moins puissant» --- avec une persona définie par le collectif: «tu es Michel Foucault, tu as une grille de lecture foucaldienne du monde contemporain, tu es antifasciste, tu défends les minorités.» Interrogé sur la police, Foukenstein répond: «Vouloir réformer la police, c'est comme vouloir humaniser un marteau. L'outil est fait pour frapper et il frappe toujours les mêmes têtes.»

Rouxel défend une position que la gauche rejette souvent: ne pas fuir les outils techniques, mais s'en emparer. «Ne pas utiliser l'outil, c'est aussi s'exposer à la possibilité de ne pas le comprendre vraiment.» Il observe que les premiers à «désaligner» les grands modèles de langage ont été les libertariens et l'extrême droite américaine sur 4chan, au nom de la «liberté d'expression» --- c'est-à-dire pour produire des discours «sexistes, racistes, xénophobes, fascistes». Il montre une capture d'écran d'une IA de droite: «Mes positions sont ancrées dans la défense de l'héritage européen et chrétien, la préservation des frontières et des identités nationales.» Face à ça, l'ambition du collectif est double: démontrer qu'une IA critique est possible, et, à terme, construire une IA militante alimentée par des textes théoriques choisis, des manuels syndicaux, des savoirs juridiques pratiques, des récits d'échecs de luttes. «Si la bataille est en train de se jouer sur la couche de l'IA, peut-être qu'il faut aller s'y battre un peu.»

13.05.2026 à 18:00

Au Poste
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Dirigeant dans le plus grand établissement bancaire de la République démocratique du Congo (RD Congo) de 2012 à 2016, Jean-Jacques Lumumba est devenu l’un des lanceurs d’alerte les plus connus du continent africain.
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Après s’être exilé en Europe, il dévoile des milliers de documents qui trouvent les malversations au sein de son ancienne banque au profit de l’entourage du président Joseph Kabila. Les « Congo Hold Up » seront une déflagration pour le régime en place. Dix ans après, de retour dans son pays, le petit neveu de Patrice Lumumba, Premier ministre assassiné en 1961 au lendemain de l’indépendance, continue son combat contre la corruption en Afrique, alors que l'ancien président est aujourd'hui visé par des sanctions états-uniennes.

13.05.2026 à 09:00

Au Poste
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Le philosophe belgo-américain Michel Feher publie Redevenir Juif --- un livre explosif qui démonte le « pacte de blanchiment réciproque » liant institutions juives, gouvernements occidentaux et extrêmes droites, et appelle les Juifs de la diaspora à sortir d’une allégeance mortifère à Israël.
Texte intégral (815 mots)

La rencontre avec Michel Feher

Michel Feher, philosophe belgo-américain bien connu de nos services, cofondateur de Diagrammes.fr et fin obervateur de l'extrême droite contemporaine, est venu présenter son livre Redevenir Juif (La Découverte), une charge intellectuelle frontale contre le sionisme et le pacte qui le lie aux droites occidentales.

Sa thèse centrale: depuis quelques décennies, les Juifs occidentaux se sont vu proposer une «transaction inédite» --- ce qu'il appelle le pacte de blanchiment réciproque. En échange d'un soutien à Israël et de la validation du discours sur le «nouvel antisémitisme» venu des gauches, ils accèdent à la blanchité ordinaire, voire exemplaire. Un deal que Feher décortique avec ironie mordante, à la manière des Lettres persanes: «On leur offre un espèce de blanchiment racial, c'est-à-dire on devient des blancs ordinaires, voire des blancs exemplaires.»

Sur les origines du sionisme, Feher est sans ambiguïté: il y a, dit-il, «une démotion proprement antisémite du sionisme». La preuve? Herzl lui-même. Feher cite son État des Juifs: à cause de leur «absence de racines», les Juifs diasporiques seraient portés «ou bien à la spéculation financière ou bien à la subversion communiste» --- exactement les pires stéréotypes véhiculés par Henry Ford ou Maurice Barrès. Pour Feher, le sionisme n'a pas combattu ces clichés, il les a intériorisés pour transformer des intellectuels et commerçants en paysans-soldats: «Il s'agit effectivement de transformer des gens qui sont soit des banquiers soit des communistes en paysans-soldats capables à la fois de cultiver une terre, de défendre un pays.»

De là, pour Feher, une conséquence limpide: «En réalité, Israël est le pays le moins juif du monde, dans la mesure où il est le seul pays au monde qui s'est construit sur la détestation de la judéité diasporique.» Ce projet est un colonialisme de peuplement --- pas d'exploitation mais d'épuration: «On n'est pas là pour exploiter les Palestiniens, on est là pour chasser. Pour les expulser.»

Ce pacte de blanchiment s'est structuré en deux temps: en 1967, la guerre des Six Jours fabrique des «guerriers blancs exemplaires»; dans les années 70, la mémoire de la Shoah est réinterprétée de façon à faire du soutien à Israël «le devoir des pays occidentaux pour payer leur dette vis-à-vis des Juifs». Résultat pervers: l'antisémitisme traditionnel --- celui de Darmanin rendant hommage à Napoléon pour avoir «mis fin aux méfaits des usuriers juifs» --- devient excusable, tandis que le salut nazi d'Elon Musk est qualifié par l'Antidefamation League américaine de «geste maladroit dans un moment d'enthousiasme». «Et pourquoi ils font ça? Parce que par ailleurs, Elon Musk et Gérald Darmanin sont de farouches défenseurs du droit d'Israël à se défendre.»

Feher identifie trois postures possibles pour les Juifs diasporiques: payer le prix du blanchiment sans se plaindre, refuser au nom de principes (le «pas en notre nom»), ou tenter le ni-ni libéral --- position qu'il juge désormais intenable dans un Israël où 47% de la population juive approuvrait la guerre faite aux habitants de Gaza. «Le seul avantage du fascisme, c'est que ça force à choisir.»

Côté américain, Feher voit une fissure inédite: Tucker Carlson et les néo-paléoconservateurs, héritiers de Pat Buchanan, refusent de payer pour les guerres d'Israël au nom d'«America First». MAGA se craquelle sur la question. Cette droite est «à la fois antisémite et antisioniste» --- et Feher y voit, paradoxalement, «un signal d'alarme» et une «clarification»: même pour les Juifs prêts à «sacrifier leur âme pour la blanchité», le bénéfice du deal n'est plus garanti.

Quant à Netanyahou, il a lui-même fourni le diagnostic en se revendiquant du modèle spartiate: non plus Athènes-Jérusalem, mais Sparte --- cette cité «totalement obsédée par sa destruction», prise entre «paranoïa de l'ennemi extérieur» et «angoisse de l'effondrement intérieur». «Il y a quelque chose de fondamentalement suicidaire dans cette manière de voir les choses, mais le fascisme est suicidaire.»

En réponse à tout cela, Feher défend la judéité diasporique --- sa fluidité, son cosmopolitisme, sa culture yiddish --- non comme un repli identitaire, mais comme contribution à l'antifascisme. Plutôt que de nier les clichés antisémites (cosmopolite, déraciné), il propose de les revendiquer: «C'est ce que nous devons nous efforcer d'être, parce que c'est notre contribution à la lutte antifasciste.» Redevenir le cauchemar des suprémacistes. Redevenir juif.

12.05.2026 à 18:00

Au Poste
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La culture est en guerre et peu de ses acteurs veulent le voir. Bolloré rachète, CNews radicalise, les élus RN épurent les médiathèques, les artistes se taisent par peur : Alexis Lévrier, Sophie Noël et Vincent Moiselin cartographient une offensive réactionnaire qui avance sous nos yeux.
Texte intégral (728 mots)

La rencontre avec Alexis Lévrier, Sophie Noël et Vincent Moisselin

L'émission s'ouvre sur une question simple: sommes-nous en guerre culturelle? Les trois invités divergent sur le mot, convergent sur le diagnostic.

Alexis Lévrier, historien des médias à l'université de Reims, raconte d'abord sa propre expérience. Après avoir défendu la rédaction du JDD en grève contre la reprise Bolloré, il a reçu des menaces de mort dans son casier universitaire, signées du «Comité 732» (coucou Charles Martel). En février 2025, au moment de la fin de C8, la machine s'emballe: CNews le jette en pâture, ses proches sont ciblés, son adresse postale circule. «Quand ça touche vos proches, il y a un truc qui se joue, qui est hyper fort, hyper intime.» Il insiste: des collègues spécialistes des médias ont arrêté d'intervenir publiquement. C'est l'effet Bolloré: non pas la présence massive dans les médias, mais «la censure qu'il produit dans des corps de métier, et notamment aujourd'hui à l'université, par la peur.»

Sur la nature de l'offensive, Lévrier décrit la stratégie Bolloré comme calquée sur le modèle Murdoch, en plus radical: concentration horizontale et verticale, presse, audiovisuel, cinéma, musique, distribution, publicité. Là où Murdoch laissait une relative indépendance au Wall Street Journal, Bolloré retourne l'identité de chaque titre racheté, du JDD à Paris Match. Sur CNews, il a réussi en 2021 à faire de la théorie du «grand remplacement» l'axe de toute la campagne présidentielle. «Il a modelé la campagne présidentielle. C'est une influence énorme.» Il avertit enfin sur l'antisémitisme: le renvoi d'Élisabeth Lévy de CNews pour avoir critiqué un article publié dans le JDD n'est pas un accident. Zemmour a servi à banaliser l'antidreyfusisme sur CNews. «L'ennemi de l'intérieur de cet extrême-droite, ce sera toujours les juifs.»

Sophie Noël, sociologue, grande observatrice de l'édition, replace l'offensive dans le secteur du livre. Bolloré contrôle 39% du marché via Hachette, mais surtout la principale machine logistique de distribution: «même un éditeur qui ne dépend pas d'Hachette, comme Albin Michel, dépend d'Hachette pour sa distribution.» Elle signale la montée d'un deuxième acteur, Stérin, dont le projet Périclès vise le rachat de 300 librairies, en ciblant en priorité celles en difficulté financière. Le boycott est souhaitable mais presque impraticable: une libraire féministe engagée dans la campagne «Débordé Bolloré» a constaté que l'essentiel de son chiffre d'affaires passait malgré tout par Hachette. Sur la bataille des idées, Noël observe que la droite a lu Gramsci quand la gauche l'oubliait.

Vincent Moisselin, co-rapporteur d'un avis du Conseil économique, social et environnemental adopté à l'unanimité sur les atteintes à la liberté de création, dresse un catalogue d'entraves en expansion: saccages, annulations sous contrainte, cyber-harcèlement, vol et destruction de livres en médiathèque, interruptions de films, libres brûlés sur une plage à Brest en 2024. Il revient sur l'affaire du spectacle de Rebecca Chaillon à Avignon (2023), première interruption par la violence physique dans l'histoire du festival. Les élus RN, après une phase de «respectabilité» culturelle post-2020, passent désormais à la reprise en main directe: à Hénin-Beaumont, le directeur du Théâtre de l'Escapade est évincé via des manœuvres RH; à Vauvert, un maire nouvellement élu supprime du jour au lendemain la subvention d'un festival de jazz. Moisselin souligne que la censure dépasse les rangs de l'extrême droite: un élu socialiste a retiré une subvention à un festival dont le titre contenait le mot «clitoris». «À l'instant où on fait une nuance selon la couleur politique des attaques et des entraves, on rentre dans l'arbitraire.»

Sur les solutions, les trois convergent: une loi sur la concentration des médias adaptée au XXIe siècle (la loi de 1986 ne connaît pas le numérique, ne cible pas l'édition), l'introduction du droit d'agrément pour les rédactions, et le soutien aux médias indépendants. «83% des Français s'informent sans jamais payer l'information»: tant que ce chiffre ne bouge pas, Bolloré gagne.

12.05.2026 à 09:00

Au Poste
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Alors que Giorgia Meloni et son parti post-fasciste gouvernent le pays depuis 2022, le cinéma italien contemporain semble avoir rendu les armes. Pourtant, nombreux sont les cinéastes qui par le passé ont étudié à la loupe et pris le pouls d’une société italienne en proie à la manipulation des idées.
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Comment le 7ème art s’est-il emparé de la question de la résurgence du fascisme, et pourquoi s’est-il éteint à petit feu?

Pour ce premier épisode de Silence Plato, nous discuterons avec Matthieu Combe, doctorant en histoire du cinéma et enseignant à l’Université Paris 8, des contre-attaques cinématographiques menées par des réalisateurs engagés à la fois politiquement et formellement, de Francesco Rosi à Nanni Moretti en passant par Elio Petri.

De la « stratégie de la tension » des années 1970 à Silvio Berlusconi, monstre du pouvoir politico-médiatique, le matériau filmique est riche, les explorations esthétiques sans fin, les enjeux immenses. Nous analyserons certains de leurs films sur une période de 40 ans avant de finir sur une interrogation très actuelle : la renaissance d’un « cinéma de la résistance », tel que le proclamait Giuseppe De Santis, un des pionniers du néoréalisme italien, est-elle encore possible?

11.05.2026 à 18:00

Au Poste
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Mamdani, le « petit communiste » préféré de Trump : une plongée dans sa campagne, une foultitude de questions. La victoire du jeune maire de New York est-elle transposable ici ?
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La rencontre avec Tristan Cabello

Historien à Johns Hopkins et auteur de La victoire de Zohran Mamdani à New York, un laboratoire pour la gauche (Textuel), Tristan Cabello retrace depuis Harlem la trajectoire d'un phénomène politique qui bouscule la gauche mondiale.

Fils d'un anthropologue ougandais et d'une cinéaste, ex-rappeur en Ouganda, Mamdani se présente sous l'étiquette Democratic Socialists of America --- à la gauche du Parti démocrate --- et remporte la mairie de New York avec un programme simple: gel des loyers, transports gratuits, crèches universelles. Révolutionnaire aux États-Unis, ce programme serait vue ici comme social-démocrate. Deux mécanismes électoraux ont rendu la victoire possible: le vote préférentiel et un financement public multipliant par huit chaque don inférieur à 250 dollars.

Sur la police, Mamdani crée un département de sécurité communautaire financé sur le budget policier. «Dans les faits, il définance la police pour refinancer le peuple». Sur Gaza, il n'a jamais esquivé: après la défaite de Kamala Harris, il est allé comprendre pourquoi des électeurs avaient basculé vers Trump. Réponse: le coût de la vie.

Après un règne de 100 jours, les crèches universelles sont financées, les bus gratuits entrent au budget, le gel des loyers sera voté en juin. La relation avec Trump est assumée: Mamdani lui a dit dans le bureau ovale qu'il était «un président fasciste» --- et en est ressorti avec des garanties sur les fonds fédéraux. Trois leçons pour la gauche mondiale: un programme ancré dans la vie réelle, la mobilisation de ceux qui ne votaient plus, et la clarté sur les sujets internationaux. «Il faut toujours se rappeler que Zohran a fait campagne contre le Parti démocrate».

11.05.2026 à 07:00

Au Poste
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Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.
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Nos invité·es :

- A 7h30: Alexis Baudelin (avocat). Jeudi, il était à l’audience de référé-liberté pour soutenir la requête de la contre-manifestation antifasciste et a assisté à l’audience de référé-liberté du C9M. Il nous racontera les coulisses et le rôle, semble-t-il, de l’enquête d’Au Poste publiée la semaine dernière.

- A 8h10: Julien Le guet (Bassines non merci). Le porte-parole du mouvement contre les mégabassines reviendra sur sa condamnation à six mois de prison ferme, peine aménagée en assignation à résidence avec bracelet électronique. Il était jugé par la cour d’appel de Poitiers pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violence », « menace de dégradation », « vol d’une pelle à grains » et « dégradation légère par inscription [un tag] », dans le cadre des manifestations contre contre les mégabassines d’octobre 2022 à Sainte-Soline. Le choc est grand, la colère plus encore.

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!

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