
21.09.2026 à 07:00
Tristan Waleckx, rédacteur en chef de Complément d'enquête, raconte la scène du wagon-bar. Début avril, jour de la garde à vue de Rima Hassan, Laurent Nuñez, flanqué de Sébastien Lecornu, confirme devant des journalistes politiques une drogue qui n'existe pas. «Tout en haut, le ministre de l'Intérieur lui-même avait contribué à ce que la fuite de cette fausse information circule», celui-là même qui supervise l'enquête de l'IGPN et condamnait les fuites sur BFM. Briser le off? «Bah non, on ne balance pas nos sources.» Place Beauvau annule l'interview au dernier moment: «La caméra était déjà installée, la lumière, etc. Tout était prêt». Puis vient «un démenti du ministre qui n'en est pas vraiment un».
Anna Arzoumanov, chercheuse, autrice de Censure (Anamosa), se méfie du mot brandi pour clore tout débat: «Parce que la censure est toujours du mauvais côté.» Sur Adèle Haenel effacée du replay de La Grande Librairie, aucune hésitation: «cas de censure caractérisée», nourrie par «une sorte de prime à l'agitation». La grève contre Charles Sapin à France Inter? «quand on fait grève, on n'empêche pas la parole d'autrui». Elle démonte la métapolitique réactionnaire, qui cherche à «transformer chaque cas en enjeux civilisationnels», et ses relais inattendus: «des personnes qui ne sont pas convaincues à la cause de l'extrême droite, se mettent en fait à adopter ce vocabulaire».
20.09.2026 à 14:00
17.09.2026 à 19:00
Trente ans plus tard, la situation des personnes étrangères s’est encore dégradée. Les lois se succèdent, sans trêve, restreignant les droits, fabriquant toujours plus de sans-papiers, tandis que le racisme gagne du terrain. Mais les luttes des personnes étrangères et de celles et ceux qui les soutiennent ne datent pas d’hier. Elles s’inscrivent dans une histoire longue, faite de mobilisations, de solidarités, de victoires aussi bien que de moments difficiles. Pour raconter cette histoire, j’ai invité, jeudi 17 septembre à 19 heures, l’historienne Delphine Diaz, autrice de Nous sommes tous des enfants d’immigrés!, un livre consacré à ces luttes, qui paraît en cette rentrée. Nous parlerons des mobilisations, des soutiens, des modes d’action, des temps forts comme des temps durs. Une histoire pour comprendre d’où viennent ces combats. Et, peut-être, pour donner envie de les poursuivre.
17.09.2026 à 09:00
Sylvain Bourmeau, fondateur d'AOC, auteur de Ils ne sont pas d'extrême droite, ils font l'extrême droite (La Découverte), démonte la mécanique ordinaire des rédactions. Il ressort une phrase de Marc Bloch : si l'un dit que deux fois deux font quatre et l'autre cinq, n'allez pas conclure à quatre et demi. Voilà l'objectivité journalistique. «Faites l'expérience, écoutez la radio, regardez la télé, lisez les journaux avec ça en tête et essayez de repérer ce schéma. On le trouve partout, en fait.» Bolloré ? Un problème sérieux, pas tout le problème. Les clics, le freemium et l'audience en temps réel abîment tout autant : «Ce n'est pas la propriété qui les y contraint, ce sont les logiques économiques dans lesquelles ils sont pris.» Le débat sur le voile de la rentrée ? Il est parti d'un journaliste de BFM jouant l'adversaire face à Jean-Philippe Tanguy. Au Monde, il voit moins du macronisme qu'autre chose : «Il y a un légitimisme qui est incroyable, vraiment.» Côté producteurs de radio, la précarité est totale, «comme si j'avais eu un post doc de 10 mois chaque année renouvelé».
Catherine Dorion, autrice de Le courage et la joie. Traverser la tempête fasciste sans perdre le nord, part du 20 janvier 2025, jour de l'investiture de Trump, et du silence qui s'abat autour d'elle : «Le déni était vraiment très tentant.» Elle lit le fascisme à travers la grille des violences conjugales : séduction, isolement, destruction des liens. Des grands médias, elle n'attend plus rien : «Mais j'ai plus d'espoir dans les grands médias, si on peut encore les appeler grands, pour moi ils sont assez petits.» Aux journalistes qui plient pour garder leur poste, elle demande ce qui leur fait croire «que vous allez être capable de résister quand la menace, ça va être d'aller en prison?» Sa réponse tient dans la tribu, ceux qui vous cacheraient si la police frappait. «Il faut à tout prix se demander par où le système me tient par les couilles.» Et, avec Havel et Anne Frank, elle fait de la joie une arme : «Ne l'oublions pas, sans le peuple, les fascistes ne sont rien.»
16.09.2026 à 09:00
Gaza est fermée aux journalistes étrangers. Alors Joe Sacco et Chris Hedges sont allés à Alexandrie écouter une trentaine de familles qui en étaient sorties. Réquiem pour Gaza (Futuropolis), dédié aux reporters gazaouis tués, pose le mot sans détour: «Oui, nous pensons que c'est un génocide». C'est le fruit d'une histoire longue, parce qu'«Israël est impuni depuis des années». La presse occidentale, elle, a détourné les yeux: «Où est la solidarité de la part de cette presse mainstream?» Le public a vu Gaza sur son téléphone. «Ça s'est passé au mépris de la presse».
Le livre s'ouvre sur une carte d'avant 2023, quand vivait là une société entière, «avec des gens qui essayaient de vivre la meilleure vie et qui, je dirais, se débrouillaient pas mal, et tout ça a disparu». Au cœur du récit, il y a Osama, psychologue clinicien, avec qui Sacco s'est lié. Au téléphone, quand le dessinateur l'appelle pour vérifier des détails, les souvenirs remontent, et parfois le silence s'installe: «Il me disait, je suis déprimé». Sur une même planche, ses neveux morts rejouent au foot. Parce qu'un mort est un nom et un million une statistique, Sacco dessine l'ordinaire, «une vie que tout le monde peut faire, de jouer avec ses neveux». Il dessine aussi la plage et les soldates de Tsahal qui rient d'une fillette apeurée: «Même leur exil se doit d'être difficile».
Et puis il y a Ruba, l'interprète. Quand une réfugiée palestinienne éclate en sanglots, Ruba va vers elle et la prend dans ses bras. Sacco et Hedges, eux, restent dans leur rôle. «Et la réalité arrive là, des fois les gens craquent». Le métier impose sa distance: «Effectivement, le stylo est un scalpel». Pas de gras, pas de chiffres abstraits, seulement l'intime: «C'est un combat contre l'oubli».
Puis, à un moment donné, on s'est mis à fredonner Louie, Louie des Kingsmen, originaires de Portland, Oregon, la ville de Sacco. Du pur Au Poste.
15.09.2026 à 19:00
Benoît Hamon, directeur général de l'ONG Singa et président d'E.S.S. France, dégaine un petit livre de combat, Accueillir toute la richesse du monde. Soixante-dix pages pour nous «armer». Point de départ : 28 lois sur l'immigration depuis 1980, la preuve que «le but, ce n'est pas de régler la question, c'est d'en parler et de continuer à alimenter la xénophobie».
La phrase de Rocard ? Démontée mot à mot. L'accueil de 100 000 Ukrainiens l'a montré : «Donc le fait de dire on ne peut pas est factuellement faux». Suivent les chiffres du ministère de l'Intérieur. Les Français voient deux fois plus d'immigrés qu'il n'y en a, le vote RN flambe là où les étrangers ne vivent pas, la surreprésentation carcérale tient au contrôle au faciès et aux peines plus lourdes, les homicides reculent.
Le modèle social comme aimant ? Les exilés quittent la France par la Manche, personne ne se livre à «une sorte de benchmarking du prix des antibiotiques ou du remboursement du doliprane». Reste que «nous avons perdu une bataille culturelle». D'où l'arme des retraites : sans cotisations étrangères, départ à 67 ou 68 ans. «Quiconque veut la remigration, d'ailleurs appelons-la la déportation», doit l'assumer. Car le ressort est ailleurs : «Les étrangers sont le bouc émissaire idéal pour maintenir le système tel qu'il est».
Programme de gauche : régularisation des sans-papiers, regroupement familial, fin du «misérable deal» du Touquet. Hollande et son soutien au pacte asile et immigration ? «Tout ça est incompatible, je le dis, avec un projet de gauche». Au fond, un capitalisme prédateur, Bolloré, Musk, et «le réflexe sécessionniste des élites». Mais «il n'y a pas de fatalité à ce que ce soit l'extrême droite en 2027».
14.09.2026 à 07:00
Deux invités, une seule question: qui a le droit de tirer, et qui répond de ses balles.
Issam El Khalfaoui, père de Souheil, tué par un tir policier à Marseille en 2021, annonce les marches des 19 et 20 septembre contre la loi surnommée «permis de tuer». Plus de 70 villes, plus Genève, Montréal, Bruxelles. Depuis 2017, rappelle-t-il, on compte plus de 35 morts sur les seuls refus d'obtempérer, et un alinéa prévoit qu'«un policier après sommation peut tirer sur une personne qui est en fuite». La pétition de 730 000 signatures a été classée à la hâte: «c'est juste pour essayer de nous museler». Il raconte l'Assemblée du 7 juillet, où les familles endeuillées ont été prises à partie: «On s'est fait insulter, traités de racailles». Et rappelle que le texte arrive quand la justice commençait enfin à condamner: «il commençait à y avoir des brèches dans le système d'impunité des policiers». Sur Laurent Nunez, il ne s'embarrasse pas: «moi je dis que c'est un menteur, il ment et il peut m'attaquer pour une diffamation». Son propre dossier, lui, dort toujours.
Thomas Portes, député LFI et président de l'Observatoire de l'extrême droite, arrive du procès Aramburu, qu'il chronique chaque jour. Ce qu'il y voit tient en une phrase: «dans ce pays, l'extrême droite extra-parlementaire, elle est organisée, elle est armée, elle passe à l'action et elle tue». Il démonte la thèse de la rixe avinée, qu'il juge «indigne de faire croire que ce qui s'est passé serait l'histoire d'une bagarre alcoolisée qui a dégénéré». Chargeurs vidés à bout portant, brassards police et plaques de la BAC retrouvés aux domiciles: «si ce n'est pour mener des opérations illégales et se faire passer pour des policiers». L'armée, alertée dès 2011 sur Loïk Le Priol, l'a pourtant gardé commando: «l'Armée savait très bien qui il était». Et le contrôle judiciaire, lui, s'est évaporé: «vous avez deux néonazis qui se baladent dans la nature».
11.09.2026 à 09:00
Dégradation de l’offre de soins, fermetures des petites maternités, précarité et difficultés socio-économiques des mères, marchandisation de la périnatalité, hiérarchies médicales, technicisation à outrance… Comment en est-on arrivé là ? Comment prendre soin autrement ? Et comment rétablir la confiance avec des soignant·es elleux aussi en souffrance ? Pour penser une maternité anticapitaliste, émancipatrice et juste, Nora Bouazzouni reçoit dans ce nouvel épisode de « Qui va faire la vaisselle » Clélia Gasquet-Blanchard, autrice de Faire naître. Ce que le capitalisme fait à la maternité, maîtresse de conférences HDR en géographie au Laboratoire ESO Rennes, École des hautes études en santé publique et directrice d’un réseau de santé Solipam qui accompagne, en Île-de-France, la prise en charge de femmes enceintes en situation de grande précarité.
10.09.2026 à 19:00
Deux livres violets, deux enquêtes, un seul canapé. Irène Despontin Lefèvre a suivi Nous Toutes de l'intérieur entre 2018 et 2021 : boucles WhatsApp, chartes graphiques, kits militants. Verdict : un collectif qui se rêve horizontal et s'organise comme un parti-plateforme, où «il y a plutôt une hiérarchie» et «un manque de démocratie en interne». Le prix du succès, c'est le lissage : «on en dit moins parce qu'on veut être repris par les médias dits traditionnels», jusqu'à ce que «ça déplace finalement la cause initiale». Reste, selon une militante rencontrée, «la formule de la militante qui ne fait pas peur aux hommes», un féminisme «qui a l'intérêt de circuler, mais à quel coût !». Dix ans plus tard, le backlash a repris les outils : des collectifs identitaires ont «dévoyé la question des violences pour stigmatiser certaines masculinités issues de l'immigration des quartiers populaires».
Pierre Brasseur, lui, a interrogé une quarantaine de créateurs et créatrices d'OnlyFans, plus une douzaine de clients. La promesse d'émancipation tient trois minutes : «la plupart des personnes que j'ai pu rencontrer gagnent peu», et «La facilité, c'est vraiment l'argument marketing principal». La plateforme ne répare rien, elle réplique : «le fait d'être blanc ou pas blanc, joue beaucoup». Derrière, des managers qu'il décrit comme l'équivalent de proxénètes, et des clients très seuls, «plus des masculinistes que des féministes». Le capitalisme du désir avance masqué : «ce n'est pas écrit sur le site à l'entrée, on va vous dominer ici».
08.09.2026 à 09:00
Nouveau studio, régie en panne, plateau à la dérive: l'émission commence par un aveu de bordel. Ça tombe bien. Emmanuel Marre revendique le désordre, «on essaie de nous aussi de ne pas cacher, de ne pas enlever le bordel sur le plateau», et Swann Arlaud, la veille, s'est improvisé ouvreur dans une salle bondée, «un moment de grande joie et de partage». Il commence l'entretien muet, sur la défensive: «là c'est au poste, je me méfie. On sait que les mots peuvent se retourner contre nous».
Septembre 1940. Un ingénieur de 49 ans débarque à Vichy sans un sou, un traité pétainiste sous le bras. Henri Marre, arrière-grand-père du réalisateur, devenu théoricien politique après la défaite. Le livre existait vraiment, micro-édité, réédité en 54 chez le premier éditeur de Céline, et jamais lu: «aucun des exemplaires que j'ai vu n'a jamais été ouvert». Le film sert de coupe-papier. Dessous: «il y a eu toute une mémoire fantôme de la collaboration en France», dont «les racines reprennent».
Pas de monstres à l'écran. Des notes de frais, des télégrammes corrigés au ruban, un calcul de volume d'essence pour un convoi. Vichy comme science de gestion. «On a beau toujours faire des tableurs Excel, en fait la vie elle rentre jamais dans les tableurs Excel», dit Marre, pour qui «la rationalisation est un mirage et un dangereux mirage». Le mirage broie: «le management produit du désordre». De Pétain, on ne verra qu'un képi. La question est ailleurs: pourquoi «un système qui a besoin de tenir sur un grand chef à casquette»?
Arlaud a joué sans texte, sans éclairage, avec une Bolex qu'il faut chauffer dix minutes: «il n'y a pas de sacralisation de ce qu'on va filmer», et «parfois on pense que ça tourne mais ce n'est que de la chauffe». Son Henri: «une sorte de raté très ambitieux». Convaincu ou arriviste? «Je ne crois pas avoir tout à fait la réponse.» Sur le plateau, les prises avaient des noms: conformiste, paumée. Et «parfois on avait des prises macronistes».
Le film se tourne comme il pense. Trocadéro, tournage interdit, l'équipe bluffe le vigile: «on est étudiant dans une école cinéma». La Maison du Peuple et la CGT accueillent le tournage sans rien demander, le film leur fera un don. «Ça serait quand même emmerdant si on veut dénoncer un système politique que le tournage applique les principes», dit Marre, avant de nuancer: «il faut pas être plus pur que la pureté».
Fin d'émission, Dufresne exhibe la cafetière du studio, jumelle de celle du film. Moi président? Marre refuse la question: «je n'aime pas les chefs». Arlaud tranche: «La sixième république, justice sociale, écologie.»