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▸ les 10 dernières parutions

13.05.2026 à 18:00

Au Poste
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Dirigeant dans le plus grand établissement bancaire de la République démocratique du Congo (RD Congo) de 2012 à 2016, Jean-Jacques Lumumba est devenu l’un des lanceurs d’alerte les plus connus du continent africain.
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Après s’être exilé en Europe, il dévoile des milliers de documents qui trouvent les malversations au sein de son ancienne banque au profit de l’entourage du président Joseph Kabila. Les « Congo Hold Up » seront une déflagration pour le régime en place. Dix ans après, de retour dans son pays, le petit neveu de Patrice Lumumba, Premier ministre assassiné en 1961 au lendemain de l’indépendance, continue son combat contre la corruption en Afrique, alors que l'ancien président est aujourd'hui visé par des sanctions états-uniennes.

13.05.2026 à 09:00

Au Poste
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Le philosophe belgo-américain Michel Feher publie Redevenir Juif --- un livre explosif qui démonte le « pacte de blanchiment réciproque » liant institutions juives, gouvernements occidentaux et extrêmes droites, et appelle les Juifs de la diaspora à sortir d’une allégeance mortifère à Israël.
Texte intégral (815 mots)

La rencontre avec Michel Feher

Michel Feher, philosophe belgo-américain bien connu de nos services, cofondateur de Diagrammes.fr et fin obervateur de l'extrême droite contemporaine, est venu présenter son livre Redevenir Juif (La Découverte), une charge intellectuelle frontale contre le sionisme et le pacte qui le lie aux droites occidentales.

Sa thèse centrale: depuis quelques décennies, les Juifs occidentaux se sont vu proposer une «transaction inédite» --- ce qu'il appelle le pacte de blanchiment réciproque. En échange d'un soutien à Israël et de la validation du discours sur le «nouvel antisémitisme» venu des gauches, ils accèdent à la blanchité ordinaire, voire exemplaire. Un deal que Feher décortique avec ironie mordante, à la manière des Lettres persanes: «On leur offre un espèce de blanchiment racial, c'est-à-dire on devient des blancs ordinaires, voire des blancs exemplaires.»

Sur les origines du sionisme, Feher est sans ambiguïté: il y a, dit-il, «une démotion proprement antisémite du sionisme». La preuve? Herzl lui-même. Feher cite son État des Juifs: à cause de leur «absence de racines», les Juifs diasporiques seraient portés «ou bien à la spéculation financière ou bien à la subversion communiste» --- exactement les pires stéréotypes véhiculés par Henry Ford ou Maurice Barrès. Pour Feher, le sionisme n'a pas combattu ces clichés, il les a intériorisés pour transformer des intellectuels et commerçants en paysans-soldats: «Il s'agit effectivement de transformer des gens qui sont soit des banquiers soit des communistes en paysans-soldats capables à la fois de cultiver une terre, de défendre un pays.»

De là, pour Feher, une conséquence limpide: «En réalité, Israël est le pays le moins juif du monde, dans la mesure où il est le seul pays au monde qui s'est construit sur la détestation de la judéité diasporique.» Ce projet est un colonialisme de peuplement --- pas d'exploitation mais d'épuration: «On n'est pas là pour exploiter les Palestiniens, on est là pour chasser. Pour les expulser.»

Ce pacte de blanchiment s'est structuré en deux temps: en 1967, la guerre des Six Jours fabrique des «guerriers blancs exemplaires»; dans les années 70, la mémoire de la Shoah est réinterprétée de façon à faire du soutien à Israël «le devoir des pays occidentaux pour payer leur dette vis-à-vis des Juifs». Résultat pervers: l'antisémitisme traditionnel --- celui de Darmanin rendant hommage à Napoléon pour avoir «mis fin aux méfaits des usuriers juifs» --- devient excusable, tandis que le salut nazi d'Elon Musk est qualifié par l'Antidefamation League américaine de «geste maladroit dans un moment d'enthousiasme». «Et pourquoi ils font ça? Parce que par ailleurs, Elon Musk et Gérald Darmanin sont de farouches défenseurs du droit d'Israël à se défendre.»

Feher identifie trois postures possibles pour les Juifs diasporiques: payer le prix du blanchiment sans se plaindre, refuser au nom de principes (le «pas en notre nom»), ou tenter le ni-ni libéral --- position qu'il juge désormais intenable dans un Israël où 47% de la population juive approuvrait la guerre faite aux habitants de Gaza. «Le seul avantage du fascisme, c'est que ça force à choisir.»

Côté américain, Feher voit une fissure inédite: Tucker Carlson et les néo-paléoconservateurs, héritiers de Pat Buchanan, refusent de payer pour les guerres d'Israël au nom d'«America First». MAGA se craquelle sur la question. Cette droite est «à la fois antisémite et antisioniste» --- et Feher y voit, paradoxalement, «un signal d'alarme» et une «clarification»: même pour les Juifs prêts à «sacrifier leur âme pour la blanchité», le bénéfice du deal n'est plus garanti.

Quant à Netanyahou, il a lui-même fourni le diagnostic en se revendiquant du modèle spartiate: non plus Athènes-Jérusalem, mais Sparte --- cette cité «totalement obsédée par sa destruction», prise entre «paranoïa de l'ennemi extérieur» et «angoisse de l'effondrement intérieur». «Il y a quelque chose de fondamentalement suicidaire dans cette manière de voir les choses, mais le fascisme est suicidaire.»

En réponse à tout cela, Feher défend la judéité diasporique --- sa fluidité, son cosmopolitisme, sa culture yiddish --- non comme un repli identitaire, mais comme contribution à l'antifascisme. Plutôt que de nier les clichés antisémites (cosmopolite, déraciné), il propose de les revendiquer: «C'est ce que nous devons nous efforcer d'être, parce que c'est notre contribution à la lutte antifasciste.» Redevenir le cauchemar des suprémacistes. Redevenir juif.

12.05.2026 à 18:00

Au Poste
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La culture est en guerre et peu de ses acteurs veulent le voir. Bolloré rachète, CNews radicalise, les élus RN épurent les médiathèques, les artistes se taisent par peur : Alexis Lévrier, Sophie Noël et Vincent Moiselin cartographient une offensive réactionnaire qui avance sous nos yeux.
Texte intégral (728 mots)

La rencontre avec Alexis Lévrier, Sophie Noël et Vincent Moiselin

L'émission s'ouvre sur une question simple: sommes-nous en guerre culturelle? Les trois invités divergent sur le mot, convergent sur le diagnostic.

Alexis Lévrier, historien des médias à l'université de Reims, raconte d'abord sa propre expérience. Après avoir défendu la rédaction du JDD en grève contre la reprise Bolloré, il a reçu des menaces de mort dans son casier universitaire, signées du «Comité 732» (coucou Charles Martel). En février 2025, au moment de la fin de C8, la machine s'emballe: CNews le jette en pâture, ses proches sont ciblés, son adresse postale circule. «Quand ça touche vos proches, il y a un truc qui se joue, qui est hyper fort, hyper intime.» Il insiste: des collègues spécialistes des médias ont arrêté d'intervenir publiquement. C'est l'effet Bolloré: non pas la présence massive dans les médias, mais «la censure qu'il produit dans des corps de métier, et notamment aujourd'hui à l'université, par la peur.»

Sur la nature de l'offensive, Lévrier décrit la stratégie Bolloré comme calquée sur le modèle Murdoch, en plus radical: concentration horizontale et verticale, presse, audiovisuel, cinéma, musique, distribution, publicité. Là où Murdoch laissait une relative indépendance au Wall Street Journal, Bolloré retourne l'identité de chaque titre racheté, du JDD à Paris Match. Sur CNews, il a réussi en 2021 à faire de la théorie du «grand remplacement» l'axe de toute la campagne présidentielle. «Il a modelé la campagne présidentielle. C'est une influence énorme.» Il avertit enfin sur l'antisémitisme: le renvoi d'Élisabeth Lévy de CNews pour avoir critiqué un article publié dans le JDD n'est pas un accident. Zemmour a servi à banaliser l'antidreyfusisme sur CNews. «L'ennemi de l'intérieur de cet extrême-droite, ce sera toujours les juifs.»

Sophie Noël, sociologue, grande observatrice de l'édition, replace l'offensive dans le secteur du livre. Bolloré contrôle 39% du marché via Hachette, mais surtout la principale machine logistique de distribution: «même un éditeur qui ne dépend pas d'Hachette, comme Albin Michel, dépend d'Hachette pour sa distribution.» Elle signale la montée d'un deuxième acteur, Stérin, dont le projet Périclès vise le rachat de 300 librairies, en ciblant en priorité celles en difficulté financière. Le boycott est souhaitable mais presque impraticable: une libraire féministe engagée dans la campagne «Débordé Bolloré» a constaté que l'essentiel de son chiffre d'affaires passait malgré tout par Hachette. Sur la bataille des idées, Noël observe que la droite a lu Gramsci quand la gauche l'oubliait.

Vincent Moisselin, co-rapporteur d'un avis du Conseil économique, social et environnemental adopté à l'unanimité sur les atteintes à la liberté de création, dresse un catalogue d'entraves en expansion: saccages, annulations sous contrainte, cyber-harcèlement, vol et destruction de livres en médiathèque, interruptions de films, libres brûlés sur une plage à Brest en 2024. Il revient sur l'affaire du spectacle de Rebecca Chaillon à Avignon (2023), première interruption par la violence physique dans l'histoire du festival. Les élus RN, après une phase de «respectabilité» culturelle post-2020, passent désormais à la reprise en main directe: à Hénin-Beaumont, le directeur du Théâtre de l'Escapade est évincé via des manœuvres RH; à Vauvert, un maire nouvellement élu supprime du jour au lendemain la subvention d'un festival de jazz. Moisselin souligne que la censure dépasse les rangs de l'extrême droite: un élu socialiste a retiré une subvention à un festival dont le titre contenait le mot «clitoris». «À l'instant où on fait une nuance selon la couleur politique des attaques et des entraves, on rentre dans l'arbitraire.»

Sur les solutions, les trois convergent: une loi sur la concentration des médias adaptée au XXIe siècle (la loi de 1986 ne connaît pas le numérique, ne cible pas l'édition), l'introduction du droit d'agrément pour les rédactions, et le soutien aux médias indépendants. «83% des Français s'informent sans jamais payer l'information»: tant que ce chiffre ne bouge pas, Bolloré gagne.

12.05.2026 à 09:00

Au Poste
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Alors que Giorgia Meloni et son parti post-fasciste gouvernent le pays depuis 2022, le cinéma italien contemporain semble avoir rendu les armes. Pourtant, nombreux sont les cinéastes qui par le passé ont étudié à la loupe et pris le pouls d’une société italienne en proie à la manipulation des idées.
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Comment le 7ème art s’est-il emparé de la question de la résurgence du fascisme, et pourquoi s’est-il éteint à petit feu?

Pour ce premier épisode de Silence Plato, nous discuterons avec Matthieu Combe, doctorant en histoire du cinéma et enseignant à l’Université Paris 8, des contre-attaques cinématographiques menées par des réalisateurs engagés à la fois politiquement et formellement, de Francesco Rosi à Nanni Moretti en passant par Elio Petri.

De la « stratégie de la tension » des années 1970 à Silvio Berlusconi, monstre du pouvoir politico-médiatique, le matériau filmique est riche, les explorations esthétiques sans fin, les enjeux immenses. Nous analyserons certains de leurs films sur une période de 40 ans avant de finir sur une interrogation très actuelle : la renaissance d’un « cinéma de la résistance », tel que le proclamait Giuseppe De Santis, un des pionniers du néoréalisme italien, est-elle encore possible?

11.05.2026 à 18:00

Au Poste
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Mamdani, le « petit communiste » préféré de Trump : une plongée dans sa campagne, une foultitude de questions. La victoire du jeune maire de New York est-elle transposable ici ?
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La rencontre avec Tristan Cabello

Historien à Johns Hopkins et auteur de La victoire de Zohran Mamdani à New York, un laboratoire pour la gauche (Textuel), Tristan Cabello retrace depuis Harlem la trajectoire d'un phénomène politique qui bouscule la gauche mondiale.

Fils d'un anthropologue ougandais et d'une cinéaste, ex-rappeur en Ouganda, Mamdani se présente sous l'étiquette Democratic Socialists of America --- à la gauche du Parti démocrate --- et remporte la mairie de New York avec un programme simple: gel des loyers, transports gratuits, crèches universelles. Révolutionnaire aux États-Unis, ce programme serait vue ici comme social-démocrate. Deux mécanismes électoraux ont rendu la victoire possible: le vote préférentiel et un financement public multipliant par huit chaque don inférieur à 250 dollars.

Sur la police, Mamdani crée un département de sécurité communautaire financé sur le budget policier. «Dans les faits, il définance la police pour refinancer le peuple». Sur Gaza, il n'a jamais esquivé: après la défaite de Kamala Harris, il est allé comprendre pourquoi des électeurs avaient basculé vers Trump. Réponse: le coût de la vie.

Après un règne de 100 jours, les crèches universelles sont financées, les bus gratuits entrent au budget, le gel des loyers sera voté en juin. La relation avec Trump est assumée: Mamdani lui a dit dans le bureau ovale qu'il était «un président fasciste» --- et en est ressorti avec des garanties sur les fonds fédéraux. Trois leçons pour la gauche mondiale: un programme ancré dans la vie réelle, la mobilisation de ceux qui ne votaient plus, et la clarté sur les sujets internationaux. «Il faut toujours se rappeler que Zohran a fait campagne contre le Parti démocrate».

11.05.2026 à 07:00

Au Poste
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Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.
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Nos invité·es :

- A 7h30: Alexis Baudelin (avocat). Jeudi, il était à l’audience de référé-liberté pour soutenir la requête de la contre-manifestation antifasciste et a assisté à l’audience de référé-liberté du C9M. Il nous racontera les coulisses et le rôle, semble-t-il, de l’enquête d’Au Poste publiée la semaine dernière.

- A 8h10: Julien Le guet (Bassines non merci). Le porte-parole du mouvement contre les mégabassines reviendra sur sa condamnation à six mois de prison ferme, peine aménagée en assignation à résidence avec bracelet électronique. Il était jugé par la cour d’appel de Poitiers pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violence », « menace de dégradation », « vol d’une pelle à grains » et « dégradation légère par inscription [un tag] », dans le cadre des manifestations contre contre les mégabassines d’octobre 2022 à Sainte-Soline. Le choc est grand, la colère plus encore.

"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.

Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!

05.05.2026 à 18:00

Au Poste
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C’est un jeu des 7 familles, avec quelques subtilités supplémentaires. Chaque carte présente un faf avec sa catégorie, son type et ses familles. Seulement voilà : « Fachorama » a fortement déplu à certains syndicats de police, jusqu’au ministre de l’intérieur même. Ce soir, on joue avec l’un des concepteurs du jeu.
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Sorti discrètement début novembre 2025, ce petit jeu de cartes satirique a réussi un exploit improbable : déclencher une tempête politique et faire paniquer jusqu'à la Place Beauvau. Les concepteurs du jeu sont les membres du collectif antifasciste La Horde, bien connu de nos services, déjà auteur de "Antifa : Le Jeu" sorti en 2022 et déjà chez Libertalia.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a déposé plainte pour "diffamation envers une administration publique" après la commercialisation du jeu. Objet du courroux ministériel: la carte "flic raciste de la BAC". Sortira-t-elle ce soir en direct ?

04.05.2026 à 07:00

Au Poste
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Nazis dans Paris, free party réprimée, empire Bolloré --- la matinale d’Au Poste fait le tour d’un pays sous pression, avec Oshka des Antifas du 20e, Frédéric Hocquard, ex-Monsieur Nuit de Paris, et la sociologue Gisèle Sapiro.
Texte intégral (545 mots)

La rencontre avec Oshka (Antifas du 20e), Frédéric Hocquard et Gisèle Sapiro

La matinale s'ouvre sur l'urgence antifasciste. Oshka, co-organisatrice du rassemblement «Pas de nazis dans Paris», rappelle le contexte: chaque année, le comité du 9 mai défile à Paris, la préfecture laisse faire, et ce sont les contre-manifestations antifascistes qui risquent l'interdiction. Elle résume la logique de leur mobilisation sur trois jours --- village antifasciste le 8 mai, manifestation le 9, commémoration de l'abolition de l'esclavage le 10: «Ce qu'on attend, c'est de vraiment reprendre la rue à l'extrême-droite et casser leur confiance pour les affaiblir.» Elle défend un antifascisme de masse plutôt que d'éclat: «L'antifascisme qui sera victorieux, c'est un antifascisme de masse.» Sur la question de la sécurité pour les primo-manifestants, elle rassure: «On va faire en sorte que ce ne sera pas une manifestation plus dangereuse qu'une autre.»

Frédéric Hocquard, ancien adjoint à la vie nocturne de Paris et délégué général de Bourges 2028, intervient sur la free party géante qui vient de se tenir dans sa région --- entre 17 000 et 40 000 participants sur un terrain militaire désaffecté. Il salue le déroulement pacifique mais dénonce la proposition de loi adoptée par les députés le 10 avril, qui prévoit jusqu'à 6 mois de prison pour les organisateurs: «C'est ça l'échelle du délit et la graduation des délits qu'on veut renvoyer comme image dans ce pays? C'est franchement grave.» Pour lui, criminaliser ne résoudra rien: «On n'empêche pas les gens de danser.» Il appelle au contraire à mettre des terrains à disposition, comme cela s'est fait dans les années 2000. Sur le fond politique, il identifie deux ressorts à la répression: «La première chose qu'elle dit, c'est qu'il y a une vraie pression de l'extrême droite.» Et sur ce que la fête représente: «Je défends la fête comme objet social et comme objet d'émancipation.»

Gisèle Sapiro, directrice d'étude à l'EHESS, décortique les grandes manœuvres de Vincent Bolloré dans l'édition. Elle pose d'emblée la distinction centrale: le licenciement d'Olivier Nora chez Grasset n'est pas une décision économique mais idéologique --- Nora avait refusé de publier un auteur catholique réactionnaire proche du RN. «Il applique des méthodes capitalistes pour obtenir des objectifs idéologiques au mépris de l'autonomie éditoriale.» Elle replace cette offensive dans une histoire longue de la concentration éditoriale: standardisation de la production, pression sur la rentabilité titre par titre, disparition de la péréquation qui permettait de financer des œuvres risquées. «Est-ce que Beckett serait publié aujourd'hui?» demande-t-elle. Sur la spécificité de Bolloré par rapport à ses prédécesseurs: «C'est une véritable machine de guerre de propagande qui est entre ses mains.» Et à ceux qui accusent la gauche de vouloir contrôler la pensée: «Ça me fait rire, parce que si les idées de gauche étaient dominantes, on n'en serait pas là quand même.»

29.04.2026 à 18:00

Au Poste
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La journaliste Ania Nussbaum est comme tous ses confrères qui bossent pour des grandes agences de presse : incroyablement précise, pugnace, et en même temps, très discrète. Son nom n’est pas connu, et pourtant cela fait sept ans qu’elle suit le président Macron au plus près pour l’agence américaine Bloomberg. C’est mon invitée pour ce nouveau numéro de la « boîte noire ».
Texte intégral (525 mots)

Cette française qui a bossé par le passé pour le Wall Street Journal et le Financial Times, après des débuts aux Dernières Nouvelles d’Alsace a pris le risque de prendre la plume sous son seul nom, en publiant aux éditions du Seuil un livre sur son travail comme journaliste « accréditée » à l’Élysée. Livre qui parle autant du fonctionnement interne du « Château », que de l’info « H24 », des coulisses de la macronie, des basculements géopolitiques du monde, et bien sûr d’Emmanuel Macron, « véritable héros de roman », écrit-elle en tout fin de livre.

À ce titre, elle relate également les coulisses de nombreux voyages diplomatiques auxquels elle a participé pour Bloomberg, mais tire également le bilan de deux quinquennats Macron, souvent avec lucidité, et toujours avec un pointe d’ironie. Bien loin des traditionnels livres de journalisme politique, Ania nous embarque au plus près de son sujet, tout en y injectant une saine distance. Finalement, alors qu’elle le côtoie presque tous les jours, Macron ne lui a pas accordé d’entretien en tête-à-tête pour ce livre : « Peut-être est-ce mieux ainsi. On veut toujours être au plus près de son sujet pour mieux l’observer. Mais pas trop près non plus, pour rester libre. D’ailleurs, à en croire certains, il m’aurait envoutée », écrit-elle. Ses collègues français pourraient dire qu’elle a le privilège de « l’accès », et pourtant sa pratique ressemble bien davantage au journalisme à l’anglo-américaine : les faits jusqu’au bout, même s’ils gênent le pouvoir.

Bien évidemment, dans sa pratique quotidienne, tout un tas de coulisses lui sont interdits. C’est aussi pour cela qu’elle a décidé de se poser pour écrire ce livre et enquêter avec davantage de temps. Au risque de déplaire : car Ania Nussbaum est toujours « accréditée » à l’Élysée. « Mais dans ce régime centré autour du président, personne d’autre que lui en France n’avait autant de leviers pour enrayer cette dynamique [la montée de l’extrême droite et la « trumpisation » de la politique, ndlr]. Et peu y auront autant contribué. La dramatisation permanente, les dénis de démocratie, la perte de sens de la parole politique auxquels il a présidé l’en rendent d’autant plus comptable. Il n’a pas su tendre la main quand il le fallait, ni saisir celles qu’on lui tendait », juge-t-elle. Justement, en début de premier quinquennat, Emmanuel Macron avait expliqué qu’il comptait interrompre le jeu de la connivence avec les journalistes (ce qu’il n’a pas fait avec certains…) et qu’il attendait que ces derniers travaillent avant tout. C’est ce que fait Ania Nussbaum justement. Et à travers cette « boîte noire », on va également lui demander comment elle fait pour travailler embarquée dans la machine élyséenne.

Marc Endeweld

28.04.2026 à 18:00

Au Poste
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Peut-on être féministe et contre la prison ? Elsa Deck Marsault, militante queer et autrice du remarquable La violence en spectacle, féminisme, état punitif et figure de victime (La Fabrique) retourne le couteau dans la plaie. A ses yeux, le « féminisme dominant » fait le jeu de l'État, et les victimes en payent le prix.
Texte intégral (594 mots)

La rencontre avec Elsa Deck Marsault

L'autrice revient au Poste pour défendre une thèse qui dérange autant à droite qu'à gauche du féminisme: le recours massif à la prison et à la police, loin de protéger les femmes, renforce les logiques d'oppression que le mouvement entend combattre.

Point de départ du livre: le procès des violeurs de Mazan et les militantes qui scandent «un viol est un viol, 20 ans pour chacun». Pour Deck Marsault, cette posture illustre l'«idéalisme punitif» --- la croyance que plus de peines, plus de policiers, plus de places en prison aboutiront à l'éradication des violences sexistes et sexuelles. Or c'est précisément ce mirage que l'État vend depuis les années 70.

Elsa Deck Marsault retrace la généalogie de ce qu'elle nomme le féminisme carcéral: dans les années 70, le mouvement féministe révolutionnaire était abolitionniste, critiquant la prison au même titre que la famille patriarcale. Des féministes se rendaient aux procès pour demander la relaxe des violeurs, au nom du constat que «condamner ce violeur-là en particulier ne changera rien au problème du patriarcat». Ce féminisme a été progressivement évincé à la fin des années 70 par un féminisme réformiste qui s'est allié à l'État --- alliance scellée par la loi Veil, puis solidifiée par le tournant néolibéral des années 80.

A propos de MeToo, elle nuance sans disqualifier: c'est d'abord un «événement médiatique» qui a été repris comme événement féministe --- ce qui a modélisé la suite. Elle reconnaît que les années 2010 ont constitué «un moment de prise de conscience collective majeure» sur le caractère social des violences, mais appelle à «faire un bilan pragmatique» des retombées concrètes: MeToo a solidifié, selon elle, le féminisme carcéral en orientant le mouvement vers la dénonciation individuelle et la demande de sanctions.

La figure de la «victime idéale» --- innocente, passive, en demande de protection étatique --- est au cœur de sa critique. «C'est une figure au nom de laquelle s'organise le féminisme, mais qui en fait correspond à très peu de personnes.» Cette figure est précaire: elle peut être accordée puis retirée, et la porosité entre victime et criminel est historiquement documentée. Se placer comme mouvement de victimes revient à confier à l'État la définition même de qui mérite d'être protégé.

Face aux critiques d'idéalisme, elle répond: «Ce qui est très concret, c'est comment on peut s'organiser pour faire face nous-mêmes à nos propres violences sans les remettre dans les mains des magistrats, des procureurs qui en fait sont très mal formés pour y faire face et ne seront jamais nos alliés dans cette lutte.» Elle présente le collectif Fracas --- sept militantes accompagnant individus et collectifs en situation de crise dans une logique de justice transformatrice, née aux États-Unis dans des communautés racisées précaires qui ne pouvaient pas faire appel à la police sans risquer d'y ajouter de la violence. Pour Deck Marsault, la conclusion est politique: «On ne peut pas décorréler la prise en charge des violences sexuelles des problématiques autour de justice sociale» --- logement, santé, éducation, revenus. Et dans la bataille culturelle actuelle, «l'antipunitivisme est un antifascisme».

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