
20.03.2026 à 09:00
"No pasaran" parce qu’on y parlera de la guerre d’Espagne de 1936, et que ce beau slogan vient de là.
Je recevrai Pierre Salmon et Mercedes Yusta Rodrigo, co-auteurices (avec François Godicheau) d’un livre qui sort en ce début mars sur la Guerre d’Espagne : (La guerre d’Espagne, 1936-1939. La démocratie assassinée aux éditions Tallandier). C’est qu’elle fête ses 90 ans cette guerre ! Et que les travaux récents permettent d’en savoir bien plus, de la comprendre mieux.
"No pasaran" aussi car c’est bien pour que le fascisme ne passe pas que des hommes et des femmes de toute l’Europe, du monde sont venus combattre en Espagne.
"No pasaran" enfin car la guerre civile est « un passé qui ne passe pas » comme on dit souvent. Aujourd’hui, en Espagne, les héritiers de Franco continuent de lui vouer un culte, les nouveaux partis d’extrême droite réécrivent l’histoire, quand une partie de la gauche se revendique toujours du passé antifasciste espagnol.
On parlera donc histoire, écriture de l’histoire, réécriture de l’histoire mais aussi lutte contre le fascisme hier et aujourd’hui, et c’est le 20 mars, Au poste, à 9 h.
Mathilde Larrère
Le livre La guerre d'Espagne, 1936-1939 — La démocratie assassinée est né d'un double constat: l'absence de synthèse récente en français et la publication d'un pamphlet révisionniste espagnol — «on s'est dit, il y a un gros souci quand même, parce que si les gens entrent dans une librairie et cherchent un livre sur la guerre d'Espagne et la seule chose récente qu'ils trouvent, c'est ça» (Yusta)
La République espagnole de 1931 n'est pas un échec mais un assassinat: «quand elle est proclamée en 31, on parle d'une révolution pacifique» (Yusta) — elle porte le droit de vote des femmes, 27 000 écoles, une réforme agraire, avant d'être sabotée de l'intérieur par une droite fascinée par le nazisme
La fascisation est un processus, pas un état: «ces partis, par leurs valeurs, par leur pratique aussi, créent une dynamique collective qui dépasse bien leurs rangs politiques» (Salmon)
Le coup d'État de 1936 est planifié dans la violence: Mola écrit dans ses instructions secrètes qu'«il faut que le coup soit extrêmement violent parce que l'ennemi est fort et bien organisé» (cité par Yusta)
Franco n'est pas l'architecte du putsch mais un opportuniste: «il combine une extrême prudence avec une ambition dévorante» (Yusta) — il capte le pouvoir grâce à l'appui décisif de l'aviation allemande et italienne
La non-intervention française est avant tout une peur de la «contagion révolutionnaire»: «dès le début du conflit, on ferme la frontière pyrénéenne et on parle d'un cordon sanitaire» (Salmon)
La violence n'est pas symétrique: «on est à peu près autour de 50 000 victimes des franquistes pendant la guerre», contre 150 000 en comptant l'après-guerre, face à «50 000 victimes des républicains» (Yusta)
La violence contre les femmes est systématique et genrée: le général Queipo de Llano dit à ses soldats «vous pouvez les violer, comme ça elles vont connaître qu'est-ce que c'est que les vrais hommes» (cité par Yusta)
La mémoire reste une plaie ouverte: «l'Espagne c'est le deuxième pays au monde avec le plus de fosses communes derrière le Cambodge» avec «environ 100 000 corps qui restent dans ces fosses communes» (Salmon)
Face à l'article du Figaro les qualifiant de «pamphlet antifa déguisé en livre d'histoire», Salmon répond: «que le Figaro magazine, par la plume de Jean Sévia, nous accuse d'être des idéologues, je dois admettre que ça nous a fait un petit peu sourire»
19.03.2026 à 18:00
Mais avant même sa diffusion, le film a créé une polémique : Arte l'a déprogrammé en urgence, sans explication, quelques jours après la mort du néonazi Quentin Deranque à Lyon. Le documentaire finira par être diffusé — mais l'épisode dit quelque chose sur les nerfs des chaînes publiques face au sujet.
- Les réalisateurs présentent un double documentaire consacré au « terrorisme d’ultra-droite », une menace insuffisamment prise en compte dans le débat public
- Le film met en lumière une dynamique transnationale où « ce terrorisme d’ultra-droite d’un certaine maniere, paradoxalement, global et local »
- Les groupes étudiés ne sont plus isolés mais interconnectés : « tout ce beau monde se parle, communique »
- « Les réseaux sociaux qui a clairement décuplé la frappe de la charge de ce terrorisme d'Ultra-Droite »
- L’enquête explore différents écosystèmes, du dark web aux groupes militants structurés, révélant une galaxie idéologique cohérente
- Le documentaire s’inscrit dans une actualité tendue, marquée par des actes violents et une montée des radicalités
- La déprogrammation temporaire du film par Arte illustre la sensibilité politique du sujet et la tension autour de sa diffusion
- Les auteurs revendiquent une approche analytique visant à « démontrer » les connexions et les logiques internes de ces réseaux
- Le projet met en perspective des figures et événements récents, notamment liés à des attentats et idéologies suprémacistes
- L’ensemble du travail insiste sur un changement d’échelle : une menace désormais structurée, visible et amplifiée à l’échelle mondiale
19.03.2026 à 07:00
A semaine exceptionnelle, France Déter exceptionnelle ! Notre matinale du lundi devient quotidienne.
Comment terrasser les FN ? Surmonter les divisions à gauche (et le faut-il) ? A quoi jouent les gauches ?
18.03.2026 à 07:30
Au menu: les dernières négociations, la victoire de LFI à Saint-Denis (Aurélie Trouvé est députée pas loin), et la carte électorale telle qu'elle s'est révélée dimanche dernier. Vincent Tiberj est également l'auteur de «Citoyens qui viennent : comment le renouvellement générationnel transforme la politique en France (PPUF, 2017).»
17.03.2026 à 07:30
Hadrien Clouet pose le cadre du conflit stratégique à gauche: «on assiste à une lutte au sein de la gauche entre celles et ceux qui pensent qu’il est plus important de se rassembler pour battre la droite et l’extrême droite […] et celles et ceux, qui privilégient à l’inverse plutôt des positions que j’appellerais les positions de notables»
Il insiste sur les conséquences concrètes des choix politiques locaux «lorsqu’il y a une mairie de droite, ça veut dire que la cantine est plus chère pour les milieux précaires […] ça va dire que l’eau est privée»
Raquel Garrido alerte sur la progression de l’extrême droite «elle s’enracine […] il y a des scores qui font peur quand même»
Elle défend une union dynamique plutôt qu’un simple constat électoral «ce n’est pas parce que les listes unitaires ont été largement devant les listes autonomes […] qu’il faut en rester là et l’applaudir»
Elle souligne la pression populaire comme moteur politique «l’électorat de gauche est en fait en train de contraindre les listes de gauche à s’unir, c’est formidable»
Sandrine Rousseau dénonce une stratégie d’exclusion interne : «une partie de notre camp […] étaient déjà depuis des mois en boucle sur Jamais LFI, Mélenchon Bouh , Méchant, etc.»
Elle exprime une lassitude profonde face aux divisions «moi j’en ai vraiment marre de ça […] je ne supporte plus ça»
Elle recentre le débat sur l’objectif politique «on n’est pas là pour échanger sur le caractère des uns ou des autres […] on est là pour faire gagner la gauche et pour véritablement changer la vie des gens»
Elle critique durement certaines décisions locales, notamment à Marseille, le maire PS qui entend faire cavalier seul: «c’est absolument inadmissible […] ça met en danger toute la population de Marseille»
Elle met en garde contre les conséquences historiques des divisions «si Marseille passe au Rassemblement National […] ces gens auront une responsabilité historique […] j’espère bien qu’ils finiront dans les poubelles de l’histoire»
16.03.2026 à 07:00
Invité d’Au Poste au lendemain du premier tour des municipales, Antoine Léaument analyse les rapports de force à gauche et la montée de l’extrême droite. Le député de La France insoumise défend une stratégie d’unité autour d’un « pôle populaire » et critique les logiques d’appareil qui divisent la gauche. Cantine gratuite, prévention plutôt que répression, lutte antifasciste : il expose sa vision des politiques municipales et nationales. Face à la diabolisation de LFI, il appelle les forces progressistes à resserrer les rangs.
S'en suit un débat avec plusieurs représentants de la société civile pour analyser les résultats. Nos invités confrontent leurs analyses sur la progression de l’extrême droite, les stratégies d’union de la gauche et les enjeux locaux. Écologie, logement, mobilisation citoyenne et politiques municipales : les invités débattent des priorités et des rapports de force avant le second tour.
14.03.2026 à 14:30
Ce live de terrain, diffusé depuis la Place de la Nation jusqu'à la Place de la République, documente la marche annuelle contre le racisme, le fascisme et les violences d'État, mobilisant simultanément 102 villes à travers la France. À la tête du cortège, les familles de victimes de violences policières donnent le ton: «Nous sommes leurs premières victimes et nous le resterons tant que nous ne ferons rien, tant que ne serons pas ensemble, main dans la main, point levé, à lutter pour la vérité, pour la justice, pour le respect de nos droits et pour notre dignité.»
Xavier Mathieu, syndicaliste issu de la lutte des Conti, rappelle les fondements de l'engagement: «Le racisme il est là pour diviser, il est pour que les gens se bouffent la gueule et pensent à autre chose qu'à lutter. Et la méthode elle marche, elle a toujours marché.» Il conclut avec conviction: «C'est nous, c'est les convictions, c'est à l'intérieur de nous. C'est le cœur, c'est les tripes.»
Dominique Sopo, président de SOS Racisme, revient sur l'agression des militants de son association lors du meeting d'Eric Zemmour de Villepinte par un néonazi aujourd'hui employé comme gardien de l'île de Bolloré: «Cette distinction que l'on fait parfois entre une extrême droite violente et une extrême droite qui soi-disant serait devenue respectable, en fait ça n'existe pas. C'est un continuum, c'est le même camp.» Sopo appelle à la mobilisation: «Si on se mobilise, et bien non seulement l'extrême droite n'arrivera pas au pouvoir, mais que toute cette ambiance un peu de merde que l'on vit depuis plusieurs années, eh bien on pourra la combattre.»
La mère de Nahel, tué à bout portant par un policier, s'adresse à la foule avec une douleur brute, suite à la décision de la justice de requalifier les faits: «Ils ont tué une deuxième fois mon fils. Ils m'ont tué deux fois. Je ne sais pas quoi faire, mais je vous demande s'il vous plaît d'être présents.» Elle annonce une marche le 21 mars à Nanterre, au lieu même où son fils a été abattu.
La voix de la mère d'Idir Mederès, mort en détention en 2020, est lue par une militante du collectif Idir Espoir et Solidarité: «Lorsqu'un État protège le silence plutôt que la justice, c'est la confiance du peuple qui meurt. Nos enfants ne sont pas des dossiers, ils ne sont pas des statistiques.» Elle exige lucidité et courage collectif: «Il faut avoir le courage de dire les choses, que le racisme tue et qu'il se cache dans les institutions.»
Et au détour des rencontres, une magnifique chorégraphie de femmes en crinoline, figurant des USA qui tiennent en laisse les pays en deuil, un vieil homme qui tient une fière pancarte «Les 80'génaires emmerdent le RN», un policier qui subtilise (et se promène avec) une pancarte ACAB mais, aussi, quelques infiltrés du régime des Mollahs, cornaqués semble-t-il par l'Ambassade d'Iran, arborant des portraits de Khamenei. Stupeur dans les rangs des organisateurs, pris de court.
13.03.2026 à 08:00
À partir de son concept de « capitalisme d’état d’urgence », Godin analyse la dérive autoritaire du système et les contradictions qui l’habitent. Une discussion essentielle pour comprendre la logique profonde des crises contemporaines — et les moyens d’en sortir.
L’entretien s’ouvre sur la thèse centrale du livre : le capitalisme n’est pas simplement confronté à une succession de crises, il constitue lui-même la matrice de ces crises. L’invité résume cette idée par une formule claire : « le capitalisme n’est pas en crise mais qui est le… Crise »
Romaric Godin critique la théorie de la « polycrise », qui décrit une multiplication de crises indépendantes. Selon lui, cette approche empêche de comprendre la racine commune du chaos contemporain. Il explique que « la poly crise c’est cette multiplication de crises indépendantes les unes les autres » mais qu’elle évacue la question centrale de leur origine
Pour lui, cette vision mène à une politique dominante : la résilience. Or il estime que cette notion sert surtout à maintenir l’ordre existant. Il affirme ainsi : « la résiliance, en fait, c’est une vision complètement conservatrice »
L’économiste propose au contraire de chercher la source des crises dans la logique d’accumulation du capital. Il explique vouloir « trouver un point de départ de ce chaos » qui, selon lui, réside dans « l’accumulation du capital »
Il souligne que le capitalisme ne se limite pas à un système économique mais constitue une organisation globale de la société : « le capitalisme c’était pas uniqument un élément économique, c’et aussi une organisation sociale, c’ét aussi un rapport à la nature, cet aussi un rapport à l’individu »
Face aux limites de la croissance, le capital intensifie la pression pour maintenir ses profits. Godin explique que la difficulté pour les capitalistes est « de continuer en fait à gagner toujours plus, avec un système économique qui produit… de moins en moins de croissance »
Cette pression produit une dynamique destructrice. Il insiste sur le fait que le système devient « plus destructeur pour tout le reste en fait, pour le monde du travail, pour les individus, pour des sociétés, pour la nature »
Il décrit alors ce qu’il appelle le « capitalisme d’état d’urgence », dans lequel la logique du capital tend à se débarrasser des contraintes démocratiques. Selon lui, le système « va durcir son comportement, notamment en se débarrassant de ce qui l’ennuie le plus, qui sont les formes démocratiques libérales »
Godin insiste également sur la nature du capitalisme, qu’il décrit comme une dynamique impersonnelle : « le capitalisme… c’est un système qui est impersonnel et aveuble »
Enfin, l’entretien se conclut sur la possibilité de sortir de cette logique. Pour lui, la solution ne peut être technique mais politique et sociale : « la seule solution pour sortir du chaos dans lequel on est en train de s’enfoncer, c’est de quitter l’attraction du capital et donc de changer de mode de production »
12.03.2026 à 18:00
Richard Werly, éditorialiste international au quotidien suisse Blick, publie un essai au titre évocateur : « Cette Amérique qui nous déteste ». Comprendre : nous, Européens. C’est le livre d’un amoureux déçu. Le récit proposé par cet habitué des postes de correspondants de par le monde pour la presse suisse mais également française (il a travaillé pour Libé) ne se limite pas à une analyse personnelle. Il est construit à partir d’un reportage au long cours, façon road trip à l’américaine justement.
À l’automne 2025, Werly a effectué un long voyage en camping-car – « à haut de pare-brise », note-t-il – des rives du lac Michigan frontalier du Canada aux « Keys » tropicales de Floride. De ce voyage, le reporter en est revenu avec une conviction : « J’ai achevé les 4000 miles de route, entre Chicago et Mar-a-Lago, sur un constat amer. Les États-Unis ne sont plus du tout le pays que ma génération, née à la fin des années 1960, avait appris à aimer et à respecter, quelles que soient ses défaillances ou ses erreurs (et elles furent aussi nombreuses que douloureuses). Ce passé américain est révolu ».
Car Werly en partant à la rencontre de l’Amérique MAGA (Make America Great Again) pense que celle-ci est tout autant le symptôme que la cause d’une transformation plus profonde de la société américaine. Et ce qu’il en ressort, c’est la détestation d’une bonne partie de cette Amérique pour la culture européenne et sa politique : « Cette Amérique qui nous déteste est une formule qui, sous ma plume, regroupe pêle-mêle, le rejet de l’Union européenne, l’animosité envers des pays habitués à “profiter” des États-Unis et de leur garantie militaire, la détestation de sociétés européennes trop sécularisées, métissées et en déclin démographique, et l’impression viscérale que nous ne sommes plus, de ce côté-ci de l ‘Atlantique, dignes de confiance».
Avec Richard Werly, on va donc parler de cette Amérique qui décide de repartir à la guerre au Moyen-Orient alors que Trump s’est fait élire sur un programme « isolationniste », mais aussi de ce trumpisme qui influence le débat politique et les médias en Europe même.
Marc Endeweld.
11.03.2026 à 09:00
Nassira El Moaddem est journaliste à Arrêt sur Images et ancienne directrice du Bondy Blog. Elle publie chez Stock Main basse sur la ville, 504 pages d'enquête sur la prise de pouvoir de Thierry Méniens au Blanc-Ménil depuis 2014 : clientélisme, harcèlement d'agents, liens avec l'extrême droite — et un cadre municipal poussé au suicide. «La mémoire de ce cadre de la ville est salie par la municipalité. On salit sa mémoire. On va mentir sur les raisons qui auraient poussé ce cadre à se suicider.»
Elle décrit un système de domination totale : «C'est vous êtes avec moi ou vous êtes contre moi. Et si vous êtes contre moi, on vous rend la vie dure, au point où on vous écrase et vous êtes mis de côté.» Au cœur de l'enquête : 20 000 euros versés à une association fantôme liée à Sarah Knafo, dont l'argent aurait pu financer la campagne présidentielle d'Éric Zemmour. «Cette association est bidon!» Elle élargit enfin le propos : «On a parlé d'un angle mort», celui de la surpuissance des maires, élus pour sept ans sans aucun contre-pouvoir possible.