
16.04.2026 à 16:55
David Dufresne remonte à 1994 pour planter le décor: un studio parisien, CompuServe, une connexion payée en dollars, et ce bruit de modem qu'il décrit comme «le bruit de mes utopies». Il fait partie de la première génération du web francophone, marquée par le texte de Hakim Bey, Zone d'autonomie temporaire, qui voyait dans chaque coin du réseau un espace de liberté pirate, provisoire et radical. Avec quelques autres, dont Mona Chollet, il publie dès 1997 le Manifeste du web indépendant, alertant déjà contre «le danger du commerce» et les «messages publicitaires agressifs destinés à ficher».
Quand les Gilets jaunes descendent dans la rue en 2018 et que les journalistes, selon lui, «foutent rien sur la question des violences policières», il décide d'agir. Il lance Allô Place Beauvau sur Twitter, un travail de répertoire quotidien, jour après jour, de toutes les traces laissées sur les réseaux sociaux documentant les violences d'État. Il convoque des développeurs, des amis de la première heure, pour créer des «moulinettes» récupérant automatiquement ses tweets, les injectant dans une base de données, générant des infographies. Le projet s'impose dans le débat public, reconnu par l'ONU, le Conseil de l'Europe, le Parlement européen — «à défaut d'être reconnu par la France». Le film qui en découle, Un pays qui se tient sage, est sélectionné à Cannes.
Son manifeste numérique tient en une phrase lancée à la salle pleine de développeurs: «Codeuses, codeurs, ramenez-nous de la démocratie dans le code. Ne travaillez pas pour des gens qui nous réimposent le minitel.» Pour lui, le web n'a jamais dû être une télé: c'est l'hypertexte, la déconstruction, l'idée que chacun peut être émetteur et récepteur.
Au Poste naît en 2021 sur Twitch. Il y voit les zones d'autonomie temporaire revenue: le chat, l'interaction, l'immédiateté. Aujourd'hui, le média héberge toutes ses vidéos sur PeerTube depuis quatre ans, repousse les abonnements Twitch pour ne pas «donner la moitié à Jeff Bezos», et tourne avec une équipe de cinq à six personnes. Son modèle économique? Il le résume ainsi: «Il est inexistant. Eh ben c'est le meilleur!» Reconnu d'intérêt général, Au Poste fonctionne aux dons déductibles des impôts et à un abonnement qui démarre à deux euros.
Il convoque les ordonnances du Conseil national de la Résistance de mai 1944 pour poser le cadre: «La presse n'est pas un instrument de profit commercial mais un instrument de culture» et «La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs.»
16.04.2026 à 09:00
Historiquement les femmes ont été assignées dans les foyers aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, à tout ce qui permet donc la reproduction de la force de travail dont le capitalisme a besoin mais dont il refuse de se charger.
Historiquement aussi, un continuum s’est construit entre ses assignations genrées et la dévalorisation de ces mêmes taches lorsque quittant le foyer, elles étaient assurées par des salariées – surtout des femmes, quelques salariés aussi.
Historiquement enfin, les femmes, les féministes ont réfléchi à ses assignations, aux entraves qu’elles dressent contre l’émancipation des femmes, comme à la déqualification des métiers qui en découle. Elles ont réfléchi, cherché des solutions et se sont mobilisées en grève féministe.
L’historienne Fanny Gallot et le sociologue et économiste Hugo Harari-Kermadec ont pris à bras le corps la question de ce travail reproductif, démontrant, chiffrant sa centralité dans le capitalisme, dénonçant son invisibilisation et nous invitant à repenser la société, le travail à partir de tou.tes ces invisibilisées pourtant essentiel.les.
Rendez-vous le 16 avril à 9h du matin (donc après avoir préparé le petit dej, conduit les enfants à l’école et avant de faire un brin de ménage !) Au poste pour en parler et réinventer le monde ensemble pour renverser et le patriarcat, et le capitalisme.
Mathilde Larrère
15.04.2026 à 09:00
Entre essai et manifeste, Tsedek! revient sur sa généalogie, définit son engagement et se projette dans un programme de lutte.
Pour ce nouvel épisode d’Horizons XXI, Orient XXI reçoit Nicolas et Maïa, deux membres du collectif, la veille de l’examen de la loi portée par la députée Yadan pour discuter de l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et les guerres que mène Israël, et qui nous concernent tous et toutes.
14.04.2026 à 18:00
Celles et ceux-ci font face à un arsenal juridique sophistiqué et les visant de plus en plus précisément, le pouvoir législatif préférant répondre aux actions des militant.e.s par de nouvelles lois répressives plutôt que de s’attaquer à la catastrophe écologique.
Dès lors, les actions de désobéissance civile, même non-violentes, font l’objet d’une surveillance accrue, et de mesures punitives systématiques : gardes à vue, perquisitions, contrôles judiciaires, assignation à résidence, amendes... C'est ainsi que ces militant.e.s se retrouvent de plus en plus devant les tribunaux.
Dans un État qui glisse vers l’autoritarisme, les écolos sont également victimes des attaques contre les libertés associatives et d’expression, comme la loi séparatisme. Prenant le prétexte du "terrorisme" ou de "l'islamisme", ces mesure liberticides touchent finalement les activistes.
Un rouleau compresseur qui abîme et décourage les militant.e.s, face auquel ils et elles s’organisent pour se protéger, se défendre... et obtiennent parfois des victoires devant les tribunaux.
Nous en parlerons avec nos deux invitées.
Emilie Petit est journaliste à 20 minutes et autrice de Militants écologistes sous haute surveillance. Quand l’activisme climatique est mis en péril (Editions du Nid-de-pied, 2025).
Nicolas Batista est militant au sein de la legal team de Rouen et chercheur indépendant sur la répression policière.
Hélène Assekour
14.04.2026 à 09:00
Son argument central: invoquer l'état de droit face à l'offensive autoritaire, c'est une posture «vouée à l'impuissance». La justice n'est pas un espace neutre mais un outil de gestion du rapport de force entre les classes.
Elle retrace sa génération politique --- celle de Rémi Fraisse, des premières manifestations interdites de solidarité à Gaza en 2014, de l'état d'urgence, des 49.3 sous un Parti socialiste qu'elle qualifie d'«autoritaire». Depuis dix ans, «il y a eu à minima une loi répressive par an». La réponse qu'elle critique à gauche, c'est celle de «supplier le régime qu'il respecte ses propres règles». Sur la Ve République: «La plus grande arnaque du siècle, c'est de nous faire croire que le conseil constitutionnel était le garant des libertés alors que ça n'a jamais été ça.»
Face à la contradiction de plaider devant des institutions qu'on juge illégitimes, elle oppose une troisième voie entre adaptation totale et boycott. Le boycott «abandonne les masses à leurs illusions». Elle cite le Comité Adama comme modèle: transformer une affaire individuelle en mobilisation politique. Sa référence tutélaire reste Vergès et sa formule: «Dans un procès de connivence, il n'y a qu'une volonté de vaincre, celle de l'accusation. Dans un procès de rupture, il y en a deux.»
En acte, elle pratique la «défense massive» à Bobigny — des dizaines de nullités soulevées, plusieurs avocats pour un même prévenu en comparution immédiate — pour «utiliser tous les droits qui sont formellement accordés aux personnes» et ne sont jamais utilisés faute de temps.
À la question rituelle sur ce qu'on a fait pendant 1h26, elle répond simplement: «On s'est préparé à avoir moins peur de l'État.»
13.04.2026 à 07:00
Valentin: Le méga canal Seine-Nord-Europe
107 km de voie d'eau artificielle pour relier Paris aux ports du Benelux: Valentin des Soulèvements de la Terre démonte méthodiquement le «chantier du siècle». Le coût a explosé de 3,5 à 7,3 milliards selon la Cour des Comptes, hors ponts, hors mise au gabarit de l'Oise, hors ports francs. L'argument écologique ne tient pas: «En réalité il va y avoir une augmentation par exemple il y aura 45 000 camions plus de trafic annuel.» Le vrai bénéficiaire? Le fret routier et les céréaliers, au détriment du ferroviaire. Derrière le projet, l'ego présidentiel de Xavier Bertrand. «Le méga canal ne tient qu'à un fil, notamment financièrement.»
Arthur Sarradin: Beyrouth et les prisons syriennes
Vingt-cinq ans, lauréat du Prix du livre du journalisme pour Le Nom des Ombres (Le Seuil), Arthur Sarradin parle en direct d'une ville épuisée: plus de 2020 morts au Liban depuis le 2 mars, un quart de la population déplacée. «On a un peu l'impression de s'enfoncer en strates.» Sur la Syrie, il raconte Saydnaya, ses prisonniers sans voix ni prénom, et l'impossibilité des formats courts face à l'horreur: «il n'y a aucun journal, aucune radio, aucune télé qui peut diffuser trois heures de témoignages, mais un livre le peut.»
Yohanna Brette: Les Filles du DC10 face au procès Sarkozy
Sa mère est morte dans l'attentat du DC10 en 1989. Aujourd'hui pupille de la Nation, Yohanna Brette est partie civile dans le procès Sarkozy: pour obtenir des fonds libyens, l'ancien président aurait promis de réétudier le sort de Sénoussi, le commanditaire de l'attentat. Le livre de Sarkozy, qui ose comparer la démarche des victimes à sa propre diplomatie, a provoqué la stupeur: «On est tombé de notre chaise, parce que c'est un ensemble de mensonges.» En audience, Sarkozy «regardait le plafond» pour éviter leur regard. «Il faut être né avant la honte pour oser dire des choses comme ça.»
07.04.2026 à 09:00
Jean-Louis Chalanset, avocat au barreau de Paris depuis 1980, a repris le dossier Georges Ibrahim Abdallah en 2013 après le décès de Jacques Vergès. Il est l'homme qui a finalement obtenu, après des décennies d'acharnement judiciaire, la libération de son client en juillet 2025 --- après 40 ans et 10 mois de détention, faisant de lui le plus vieux prisonnier politique d'Europe. Reçu au Poste la veille de la sortie du documentaire de Pierre Carles consacré à cette affaire, Chalanset retrace avec précision les mécanismes d'une détention hors norme.
L'affaire commence en 1984 : Abdallah, militant libanais marxiste, membre des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL), est arrêté à Lyon pour détention de faux papiers avant que l'on découvre des armes liées à des assassinats de diplomates américains et israéliens. Il est condamné non pour meurtre mais pour complicité, à la perpétuité --- alors que le procureur n'avait requis que dix ans. C'est le début d'une mécanique judiciaire : «De façon inopportune, on a découvert des armes qui ont servi à l'assassinat de diplomates israéliens et américains. Les preuves ont été apportées par les États-Unis par l'intermédiaire de l'avocat qu'ils avaient choisi. La CIA a produit les preuves au procès et il y a eu des pressions américaines tout au long de la procédure pour que Georges Abdallah soit condamné à perpétuité.»
Le rôle des États-Unis est central dans toute l'affaire. Chalanset révèle l'ampleur des ingérences directes : «L'avant dernière fois que j'ai plaidé, il y avait encore une lettre du gouvernement des États-Unis d'Amérique transmise par leur avocat au juge en disant "ne le libérez pas". Ce sont des pressions et la lâcheté des dirigeants français qui ont toujours refusé de froisser les intérêts américains.»
Chalanset décrit aussi le mensonge d'État de 1986, quand Paris est frappé par une vague d'attentats : les ministres Pasqua et Pandraud ont laissé circuler la fausse piste d'une implication de la famille Abdallah, reprise sans vérification par l'ensemble des médias. Chalanset est catégorique : «C'est un mensonge d'État propagé et repris notamment par le Monde et tous les autres journaux qui ont repris en cœur sans aucune vérification.» Il va plus loin sur Pandraud : «Il a même dit un jour au directeur de la CIA, "vous voulez abattre Abdallah, il n'y a aucun souci, si vous le voulez, on le libère et on vous dit où il est."»
La libération, finalement obtenue le 25 juillet 2025, se fait dans des conditions rocambolesques : sept voitures du RAID et le préfet viennent chercher Abdallah à 3 heures du matin pour l'emmener dans un avion militaire vers Beyrouth. Quant à la décision de la Cour de cassation du 1er avril 2026 annulant cette libération conditionnelle pour vice de procédure, Chalanset la balaie : «C'était une hypocrisie totale, c'est un formalisme. Lorsque les bombes américaines font des morts au Liban, la Cour de cassation ne trouve rien de mieux que de dire qu'il ne doit pas être libéré.»
Il conclut avec sérénité: «Je suis optimiste. Ça serait amusant de plaider devant la Cour pour dire, comment voulez-vous, il a été libéré, il est parti, et vous voulez quoi? Qu'il revienne en France pour faire une semi-liberté? C'est ridicule.»
01.04.2026 à 09:00
Comment la grève de la faim est-elle devenue un mode d’action politique ? Pourquoi est-elle mobilisée par des profils aussi variés ? Qu’est-ce qui la différencie d’autres formes de contestation ? Pour ce nouvel épisode de "Bouffe de là", Nora Bouazzouni reçoit Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique au département de sciences sociales de l'École normale supérieure rattachée au Centre Maurice Halbwachs, médaille d'argent du CNRS et autrice de "La grève de la faim" (Presses de Sciences Po, 2009).
31.03.2026 à 08:00
Le Hezbollah, que l'on disait anéanti après la guerre de 2024, a repris les armes. Le cessez-le-feu de novembre 2024 avait été violé des milliers de fois. L'État libanais, à peine reformé autour d'un nouveau président et d'un nouveau premier ministre, est pris en étau entre les injonctions de Washington et les bombes de Tel-Aviv. Médecins du Monde soigne sur le terrain avec 15 % de son budget habituel.
Pour en parler avec nous: Agnès Levallois, géopoliticienne et présidente de l'iReMMO, Jean-François Corty, médecin et président de Médecins du Monde, et Akhésa Moummi, docteure en études politiques qui a consacré sa thèse à l'école française au Liban comme laboratoire de la socialisation politique. Ensemble, ils nous aideront à comprendre non seulement ce qui brûle, mais pourquoi ça brûle depuis si longtemps.
30.03.2026 à 07:00
Noémie Levin, juriste à la Quadrature du Net, vient commenter l'arrêt historique rendu la semaine précédente par la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE), qui désavoue les pratiques de fichage français. L'affaire part d'un militant écolo arrêté lors d'une action d'Extinction Rébellion en 2020, à qui la police demande systématiquement empreintes, photo et code de téléphone pour alimenter le fichier TAJ (9 millions de photos) et le FAED (6,5 millions d'empreintes digitales). Il refuse. En France, ce refus constitue un délit autonome — et il est poursuivi pour ça.
La CJUE tranche: «collecter de façon systématique, comme c'est le cas en France, ce n'est pas proportionné.» Elle impose un critère de nécessité absolue que les pratiques françaises ne respectent pas. Elle exige aussi que les policiers motivent chaque collecte — ce que le gouvernement français avait tenté de bloquer en arguant que ce serait «une charge déraisonnable». La cour a balayé cet argument.
Noémie Levin pointe l'illégalité supplémentaire révélée par Disclose: depuis 2022, les téléphones NEO2 des policiers embarquent un module de reconnaissance faciale branché sur le TAJ. «L'État, le ministère, a créé l'illégalité. On donne un outil à des policiers qui n'est pas légal, évidemment qu'ils vont s'en servir.» Les chiffres sont vertigineux: près d'un million de consultations du TAJ associé à la reconnaissance faciale en 2024, soit 2 500 par jour — «or il n'y a pas 2 500 faits graves par jour.»
Elle révèle aussi que la police détourne le fichier TES (passeports et cartes d'identité), pourtant formellement interdit à usage policier, via des réquisitions pour identifier des suspects sur des images de vidéosurveillance. Sur le risque de détournement politique: «à partir du moment où la donnée existe, elle pourra être détournée. C'est pour ça qu'on lutte pour que ces fichiers n'existent même pas à la base.» Sur le piratage massif de fin 2024 — un hacker connecté trois semaines sur le portail Keops grâce à des mots de passe échangés entre policiers — elle note que «c'est hyper grave en termes de sécurité informatique» et que la réponse du ministère a été «très très timide.»
Elle déplore enfin le silence médiatique: «il y a un silence assourdissant de la part du ministère» et des journalistes, qu'elle attribue à «l'extrême droitisation de la manière dont on parle de ces sujets.»
Martin Méchin, avocat membre du collectif Colère Noire, défend l'un des neuf jeunes mis en examen pour la mort de Quentin Déranque à Lyon. Il pose d'emblée un principe de méthode contre le récit officiel: «la présentation simpliste, c'est la présentation dans laquelle la victime des faits est nécessairement irréprochable et dans laquelle les suspects sont forcément des extrémistes à soif de sang.»
Sur la qualification de meurtre retenue par le parquet, il est sans ambiguïté: «ces jeunes qui sont mis en examen n'ont jamais eu l'intention de tuer qui que ce soit.» L'objectif de la défense est double: éclairer le contexte et démontrer l'absence d'intention homicide.
Les révélations de BFM sur la présence des renseignements territoriaux pendant plus d'une heure avant les coups mortels le conduisent à pointer une contradiction majeure. Les agents prétendent n'avoir rien vu des deux minutes fatales. Il n'y croit pas: «comme par hasard, il manque le moment où il se passe des faits». L'argument de la non-intervention faute d'équipement ne tient pas davantage: «si un flic sort pour brandir sa carte et dire "Halte, police", tout le monde va se séparer comme une volée de moineaux.» Pourquoi n'ont-ils pas prévenu les dizaines de policiers de la BAC postés à proximité?
Sur la responsabilité de la chaîne hiérarchique, il affirme: «le procureur avait déjà connaissance de ces éléments quand il a fait sa conférence de presse», et dans un dossier d'une telle ampleur médiatique, «quelques semaines avant les municipales, on n'imagine pas que la hiérarchie n'ait pas été informée» jusqu'aux ministères. Il conclut depuis son rôle strict d'avocat: «si j'étais l'avocat de la famille de Quentin Déranque, je déposerais très rapidement une plainte pour non-assistance à personne en danger.»
Il termine en évoquant le collectif Colère Noire, mobilisé contre le projet de loi SURE de Gérald Darmanin: «ce n'est pas scandaleux pour les avocats, c'est scandaleux pour le justiciable et pour la manière dont la justice risque d'être rendue dans les années à venir.»
François Piquemal, député LFI de Toulouse, candidat à la mairie avec 46,1% des voix au second tour, livre une analyse méthodique de sa défaite face à Moudenc.
Il identifie d'abord un système de clientèle local «redoutable» que le maire sortant sait «surmobiliser entre les deux tours et faire déjouer les arithmétiques» depuis des décennies. S'y ajoute un déséquilibre financier colossal — environ 600 000 euros estimés pour Moudenc contre 200 000 pour lui — et une offensive médiatique documentée: «dans le second tour, juste sur une semaine, on avait eu à peu près 18 articles concernant la campagne et 14 qui étaient à charge contre nous.» Il cite notamment La Dépêche du Midi qui «a fait la campagne de M. Moudenc.»
La révélation centrale porte sur les ingérences numériques étrangères. Le 19 février, l'ANSSI alerte le mouvement Insoumis: une page Facebook diffamatoire — l'accusant de pédocriminalité — et des sites divulguant ses données personnelles circulent. Selon le Canard Enchaîné, une société proche de l'extrême droite israélienne en serait à l'origine. La veille du second tour, des publicités islamophobes sont diffusées sur des sites régionaux. Piquemal relie les points: «si c'est avéré que c'était une société proche de l'extrême droite israélienne, ça veut dire qu'elle a essayé d'influer sur l'élection toulousaine, et ce n'est pas un hasard vu les trois cibles» — lui-même, David Guiraud et Sébastien Delogu, tous trois connus pour leurs positions sur Gaza.
Sur la fracture socialiste, il ne mâche pas ses mots: «il y a une partie du Parti Socialiste qui tristement préfère faire des jeux politiciens et faire gagner la droite, voire l'extrême droite, plutôt que de s'allier avec la France Insoumise.» Il entre néanmoins au conseil municipal avec huit élus et souligne l'espoir: «si on nous avait dit qu'on allait finir en tête de la gauche, qu'on allait faire 78 000 voix, c'est à dire plus que la NUPES en 2022, on aurait eu du mal à y croire.»
Lionel Chouin, scénariste et dessinateur, présente Bleu de Chauffe, sa bande dessinée parue en février aux éditions Glenat, plongée dans l'année 1983 entre luttes ouvrières, punk rock et montée du fascisme.
Le récit suit Karima, jeune punkette dont le père est militant syndical dans l'industrie automobile, au cœur des grandes grèves menées par les ouvriers immigrés qui «sont passés d'une revendication d'ouvriers à un désir de reconnaissance absolue.» Cet espoir immense sera rapidement réprimé par les syndicats-maison. «J'ai voulu qu'au travers du père de Karima, on sente vraiment cet espoir immense» porté par ces luttes.
Chouin ancre son récit sur une citation réelle et glaçante de Pierre Mauroy, Premier ministre socialiste, accusant en 1983 les travailleurs immigrés en grève d'être «agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec les réalités sociales françaises.» Pour lui, «cette phrase montre à quel point ça a pu être un détonateur incroyable» et «a une résonance incroyable au travers de ce qu'on a pu entendre ces dernières années.»
La BD intègre aussi la première percée électorale du Front National à Dreux en 1983 avec 16,7% pour Jean-Pierre Stirbois, et l'affrontement entre skinheads et antifas, dans une palette graphique entièrement en bleu, blanc, rouge et noir. «Tous les personnages de cette histoire sont en confrontation permanente» — une contrainte colorée assumée dès le départ. Il conclut sur l'anecdote la plus émouvante de la fabrication: le chanteur des Béruriers Noirs François leur a personnellement accordé les droits de reproduire les paroles du morceau Petit Agité après avoir lu l'album.