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06.05.2024 à 22:22

Etre juif et de gauche dans la France d’aujourd’hui

David Dufresne

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Simon Assoun est l'un des porte-paroles du collectif juif décolonial Tsedek. Arié Alimi, avocat, publie, lui, Juif, français, de gauche… dans le désordre (La Découverte).

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Texte intégral (1711 mots)

L’un comme l’autre sont du même bois et du même bord. Des divergences profondes les opposent néanmoins. Et elles nous parlent à toutes et tous. Cette rencontre #AuPoste n’est pas un duel, mais une confrontation d’idées et de positions.

De ce débat est née une proposition, que les deux ont illico accepté: monter un rendez vous régulier. On se revoit donc dans un mois.

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05.05.2024 à 10:30

Abrégé de littérature-molotov de Mačko Dràgàn [extraits]

Pauline Todesco

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Que peut la littérature ? Quelle place peut-elle avoir dans la construction de nos imaginaires subversifs ? Voilà les questions que se pose Mačko Dràgàn qui dans son « Abrégé de littérature-molotov » (sous-titré « ceci n’est pas un essai littéraire car je préfère le cinéma »), paru aux éditions terres de feu. Une histoire de ces écrits pop-subversifs aptes à nourrir nos luttes et à donner voix à l’humain comme au non-humain. « Il y a urgence, écrit-il, à désincarcérer nos imaginaires de la voiture capitaliste en flammes -et la regarder partir en cendre de l’extérieur, en dansant, et en l’irriguant de notre feu ».

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Texte intégral (10198 mots)

« Un livre extrêmement référencé, inattendu, percutant et mal élevé, et vraiment très drôle ». Lauren Malka, Livre Hebdo.

« Sa traversée ne retient de l’histoire littéraire que les chercheurs d’or, les avant-gardes, autant d’expressions auxquelles Mačko Dràgàn tâche de rendre leur sens, leur nudité, luttant contre toutes les récupérations, y compris les plus occultes et les plus perverses. L’exercice est difficile mais il y parvient, armé d’un savoir que nul académisme ne ternit, animé par un anarchisme vrai et salutaire, puisant dans la SF, le cinéma, redorant le blason de l’imaginaire, si souvent oublié et méprisé (notamment en France) ». En Attendant Nadeau .

« Un essai jubilatoire d’histoire littéraire qui alterne entre skuds ou punchlines bien sentis et une érudition pédagogue. À découvrir ! » Place des libraires . « Je n’ai pas fait d’études littéraires, mais j’ai à peu près tout pigé (enfin je crois) donc je pense que ça passe pour à peu près tout le monde pourvu que vous soyez de gauche » Senscritique

Extraits choisis, avec l’aimable autorisation des Editions Terre de feu
Dessin original de couverture : Olivier Garraud
Conception graphique : Charlotte Vinouze

Postface : Ludivine Bantigny

Introduction. La littérature me dégoûte…

 « Nous n’avons rien à voir avec la littérature. Mais nous sommes très capables, au besoin, de nous en servir comme tout le monde. » Manifeste surréaliste [1].

Vieux-Nice. Un matin d’hiver ensoleillé, à l’aube. Café chaud et clope au bec, le chat sur les genoux [2], tandis que résonne la chanson I know de Fiona Apple, je pianote sur le clavier de mon ordinateur. Je me suis engagé auprès de mon éditeur à livrer un essai littéraire, quelle idée à la con. Il est 8 heures, et j’ai encore la gueule de bois de la veille en même temps qu’une fabuleuse montée d’angoisse de la page blanche.

Je me lève, faisant grogner la pelucheuse masse féline, et saisis un livre dans ma bibliothèque, mon vieil exemplaire de l’Abrégé d’histoire de la littérature portative d’Enrique Vila-Matas, où j’ai surligné : « Il sera question, dans les pages qui suivent, de personnes qui auront risqué gros, sinon leur vie, du moins la folie, pour réaliser des œuvres qui toutes ont bravé, d’une façon ou d’une autre, la corne, la menace du taureau. […] Des écrivains, turcs à force de tabac et de café, héros gratuits et délirants de cette bataille perdue d’avance qu’est la vie, amoureux de l’écriture à condition d’en faire la plus drôle, mais aussi la plus radicale des expériences ». Fameux programme, ouais. Car c’est ça aussi, c’est ça surtout, ou c’est ce que devrait être, la littérature : « la plus drôle et la plus radicale des expériences ».

Mais de la littérature, je dois dire que je n’en lis plus trop, pourtant. Pourquoi ? Sans doute car je ne trouve plus grand-chose à mon goût, notamment dans le domaine français, même chez ceux qui se réclament d’une espèce de subversion. Édouard Louis m’énerve, avec son écriture proprette et sa façon de considérer que ce sont les classes prépas, les grandes écoles et la haute culture bourgeoise qui sauveront le prolétariat bête et méchant de toutes ses tares[3]. Je respecte les œuvres de Damasio, le slameur des cocktails de la petite intelligentsia rouge parisienne qui vend ses stages littéraires au tarif de deux ou trois Smic, mais je trouve son style enflé et prétentieux, du genre Deleuze qui aurait bouffé du Derrida – dans la même veine, je préfère largement Melmoth Furieux de Sabrina Calvo ou l’afro-SF de Michael Roch dans Tè Mawon. Et puis, on ne va pas se mentir : Philip K. Dick forever, K. Dick dont je me suis tapé l’intégrale quand j’étais pion-gardien de nuit en internat, j’y reviendrai un peu plus tard si j’arrive à ne serait-ce que commencer cet essai, bordel.

Mais pour être très honnête, je dois dire que la littérature en général me dégoûte. Ça dure depuis quelques années. Depuis une grosse dépression, une folie clinique, une longue et douloureuse hallucination, qui m’a laissé, moi qui avais passé toute ma jeunesse à lire, sans aucune ressource face à la perte d’envie d’exister. Je me suis senti trahi par la littérature. Comme Pepe Carvalho, héros de la série de romans policiers Vázquez Montalbán et grand brûleur de livres – il n’en lit plus, et crame un de ceux qu’il a lu auparavant, Conrad, Garcia Lorca et Flaubert exceptés, pour conclure chaque bon repas, dégoûté qu’ils ne lui aient pas assez appris à vivre.

… Je préfère le cinéma

Désormais, donc, en plus de ma binge-consommation quotidienne de vidéos YouTube, je regarde surtout des films. Mon top 2022, histoire de me situer : Nope, de Jordan Peele. Vesper, de Kristina Buozyte et Bruno Samper. Men, d’Alex Garland. 3000 ans à t’attendre, de George Miller. Triangle of Sadness, de Ruben Östlund, RRR de S.S. Rajamouli, Glass Onion, de Rian Johnson. Nanny, de la jeune réalisatrice Nikyatu Jusu, Anything evrywhere all at once, des Daniels, Decision to leave, de Park Chan-Wook. Pas ou peu de films français, en dehors de En Roue libre de Didier Barcelo, et Coupez ! de Hazanavicius. Scarlett Johansson n’a pas fait de film en 2022, que cette année soit maudite. Évidemment, en bon fan du Marvel Cinematic Universe et de Sam Raimi, j’ai adoré Dr. Strange in the multiverse of madness, et je n’ai pas boudé mon plaisir devant Wakanda Forever de Ryan Coogler. Côté série, je ne cache pas ma passion pour Arcane et AvatarLe Dernier maître de l’air, pas le long film chiant de James Cameron, qui n’a rien fait d’inoubliable depuis Terminator 2. Et je tiens Breaking bad et The Wire pour de purs chef-d’œuvre – le premier c’est Dumas qui rencontre Sergio Leone, et le deuxième c’est Balzac en mieux. 

Je suis, surtout, un grand amoureux de SF, principalement post-apo, comme l’indique sans doute suffisamment le fait que Les fils de l’homme de Alfonso Cuarón, Mad Max Fury road de George Miller et 28 jours plus tard de Danny Boyle comptent parmi mes films préférés – ou en tous les cas ceux que je revois toujours avec un plaisir intact. Car cette SF, comme l’a écrit Évelyne Pieiller dans un article pour le Diplo titré « Imaginaires de l’avenir », tisse des récits qui « permettent de métaphoriser les luttes sociales et politiques »[4]. Elle ajoute et conclut : « La SF […] met à nu le récit des dominants, entreprise permanente d’enjolivement des enjeux et des combats en cours. Ce n’est pas tout à fait rien… »

Et c’est bien ça que je reproche à une grande partie de la littérature contemporaine : ne pas réussir à atteindre ce que je retrouve, au-delà la SF, dans tout le cinéma de genre, comme celui des frères Coen. Ou de Tarantino, bien sûr. Ou de Carpenter, avec son élégance, sa fluidité – et son implacable subversion, son rejet absolu du « darwinisme social », de l’égoïsme, de l’inhumanité du capitalisme ; Carpenter qui affirmait : « Vous savez, pour les riches, les pauvres sont invisibles. Ils n’existent pas », et qui s’est employé dans nombre de ses films, avec brio, à mettre en lumière cet « invisible » qui traverse nos sociétés, souvent grâce aux outils de l’horreur et/ou du fantastique.

Le triomphe de la littérature inoffensive

Car revenons-en plus précisément au sujet qui nous (enfin, moi, pour le moment, car le chat s’en fout) occupe. Pourquoi est-ce que si peu d’auteurices actuels, même Virginie Despentes dont je trouve par ailleurs les tribunes, essais et diverses prises de position excellents, mais dont je déplore la facture bien trop classique des romans, me parlent si peu ? Pourquoi cet ennui quand je feuillette la plupart des bouquins qui s’entassent sur les étalages de nos librairies ? Eh bien, tout simplement car cette littérature me paraît bien… inoffensive. 

Le gigantesque poète et écrivain chilien Roberto Bolaño, dans sa conférence Les mythes de Chtulhu[5], parue l’année de sa mort en 2003, avait abordé frontalement, avec son acrimonie coutumière, ce sujet : « Il y a une question rhétorique à laquelle j’aimerais bien que quelqu’un m’apporte une réponse : pourquoi Pérez-Reverte ou Vázquez-Figueroa ou n’importe quel auteur à succès, disons par exemple Muñoz Molina ou ce jeune homme qui répond au sonore nom de De Prada, vendent-ils autant ? … Ils vendent et jouissent de la faveur du public parce que leurs histoires, on les comprend. C’est-à-dire : parce que les lecteurs, qui ne se trompent jamais, pas en tant que lecteurs, mais en tant que consommateurs, dans ce cas, de livres, comprennent parfaitement leurs romans ou leurs nouvelles. »

Il cite des exemples qui ne parleront pas forcément au public francophone. À la place des auteurs qu’il évoque, vous pourrez donc mettre des noms comme Marc Levy, Katherine Pancol, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Tatiana de Rosnay, Éric-Emmanuel Schmitt, Michel Houellebecq, Amélie Nothomb. Yann Moix, Jean Teulé, Frédéric Beigbeder, Christine Angot, et bien d’autres, sans compter la horde des anonymes qui encombrent nos rayons à chaque rentrée littéraire avant d’être promptement oubliés, et face auxquels des œuvres comme celle de Pierre Michon (écrit-il encore ?), Diaty Diallo ou, côté italien, d’Ascanio Celestini ou Josué Calaciura ne pèsent pas grand-chose, pas plus que les rappeuses et rappeurs de talent comme Casey ou mon pote Zippo, encore massivement déconsidérés dans le domaine littéraire, parce que, vous comprenez, c’est une « sous-culture d’analphabètes ». 

Écrire, faire coucou à la caméra, vendre. Écrire encore, et vendre, et se faire photographier devant sa jolie bibliothèque bien remplie avec tout Proust et des Pléiade. Et vendre. Soumis aux impératifs de la toute-puissante loi du marché, l’art ne recherche plus qu’à générer la plus-value la plus importante possible, notamment grâce aux possibilités offertes par la manne publicitaire. Les « consommateurs » sont quant à eux presque continûment maintenus sous contrôle par le biais de la télévision, de la radio, d’internet et des réseaux sociaux, devenus une sorte d’Éden du marketing. Ainsi, le consommateur pourra être guidé de façon toujours plus efficace vers ce qu’on voudra bien lui faire regarder, écouter – ou, dans le cas qui nous concerne, lire. Et peu de chances que ça l’oriente vers Milorad Pavić, un de mes écrivains Serbes préférés, qui écrit des romans sous forme de sabliers (on lit d’un côté, on arrive au milieu, puis on retourne le livre, ce qui fait deux romans pour le prix d’un avec une même fin), de dictionnaire, ou encore de partie de tarot. 

Bolaño, toujours lui, et toujours dans les Mythes de Chtulhu, déplore ainsi la mise au rencard des auteurs exigeants qui avaient pour particularité de ne pas s’être intégrés à la société, au pouvoir et au marché : « L’œuvre de Reinaldo Arenas est déjà perdue. Celle de Puig, celle de Copi, celle de Roberto Arlt. […] ». Il s’emporte, en conséquence, contre la perte d’une éthique critique et subversive de l’écrivain : « Nous vivons à l’époque de l’écrivain fonctionnaire […] Les écrivains actuels ne sont plus […] de petits messieurs prêts à foudroyer la respectabilité sociale et encore moins une poignée d’inadaptés, mais des individus issus de la classe moyenne et du prolétariat prêts à escalader l’Everest de la respectabilité, avides de respectabilité […]. Pour l’atteindre il leur faut beaucoup suer. Signer des livres, sourire, faire le pitre dans les émissions people, sourire beaucoup, surtout ne pas mordre la main qui leur donne à manger, assister à des foires du livre et répondre avec bonne volonté aux questions les plus crétines ». 

Avant de conclure : « Seuls nous intéressent le succès, l’argent, la respectabilité. Nous sommes la génération de la classe moyenne. » 

L’urgence d’une contre-offensive culturelle

Et pourtant, sans vouloir basculer dans la dramatisation à outrance, en ces heures de dévastation écocide à échelle planétaire et du grand retour d’une vilaine couleur brune autant dans les rues que dans les médias et assemblées élues, il y a aujourd’hui urgence d’une contre-offensive dans la guérilla culturelle. Comme l’a récemment affirmé le réalisateur Guillermo Del Toro, dont le Pinocchio, sorti en décembre 2022 sur Netflix, selon le vidéaste gaucho-marxiste Bolchegeek, est un éminent pantin subversif qui « résiste aux diktats des fascistes et de l’État, mais aussi de l’Église, de l’impérialisme guerrier et d’une industrie perverse et mercantile du divertissement » : « Le fascisme est là, dans le monde, en ce moment même. Mais il a l’air sympa, il porte un beau costume, il a un joli sourire, et personne ne le critique, mais ça reste le fascisme. À nous de trouver un autre moyen de secouer les gens pour qu’ils se réveillent un peu. Avec de l’horreur, des jeux vidéo, peu importe. C’est le but de l’art »[6] [7].

Et, donc, de la littérature. Car si le cinéma, la bédé, les jeux vidéo (il faudra que je parle de The last of us I & II), le travail d’une poignée de youtubeuses et youtubeurs, ou encore la musique peuvent contribuer à mener de front la lutte pour une culture subversive, insurrectionnelle, mais aussi propositionnelle, puisque donnant à voir la multiplicité des possibles désirables, il n’y a pas de raisons de penser que les romans et la poésie ne le puissent pas. Ainsi que l’a écrit cette chère Corinne Morel Darleux dans une tribune rédigée pour Libération, « tous les chemins sont opportuns, pourvu qu’ils aident à comprendre où se situent l’urgence et l’essentiel. Et pour cela, nous avons besoin d’aller regarder par-delà le réel et le déjà-là ; nous avons besoin d’imaginaire. Or cette capacité a été consciencieusement rabotée et arasée par les techniques du marketing de la dopamine, l’invasion des profits, des écrans et de la publicité […] Nous avons besoin de renforts de nature à débrider l’imaginaire et à briser les tabous, capables de nous donner à voir la variété des possibles […], de désincarcérer ces futurs inexplorés »[8].

Elle l’affirme : « La littérature peut venir à notre secours. Elle permet précisément d’expérimenter ce qui est impossible dans la réalité – qu’il s’agisse de dilater le temps, de créer une oasis libertaire, d’interroger la normalité ou de se mettre à l’abri dans une sauvagière ».

La littérature peut être un Molotov

Je rallume une clope, je me ressers un café, gratouille la tête du chat qui ronronne. Je pense que je suis en train de parvenir à raccrocher les wagons. Dilater le temps… Créer une oasis libertaire… Ouais, c’est ce que peut la littérature. Et elle peut brûler, aussi. Elle peut détruire puis reconstruire, saboter et remonter, et ce parfois plus efficacement que le cinéma, et sans devoir faire appel, comme ce dernier, à de parfois coûteux et polluants défis techniques.

La littérature peut ne pas être consensuelle, verbeuse et chiante. Elle peut prendre la forme d’une tranchée ou d’une barricade. D’une claque ou d’un cocktail Molotov. Elle l’a déjà fait, le fait encore, et le fera tant qu’il y aura des tarés, des marginales, des inadaptés, des invisibles, des domptrices de fauves intérieurs, des sauteurs à pieds joints dans l’abîme, des féminiSpunk indésirables, des vers-libreurs guérilleros caustiques, des plastiqueurs de parkings à étage et des pilleuses de supermarchés, mais aussi des auteurices plus dans les clous mais désireuses d’explorer les sentiers de traverse, pour nous conter des histoires, jusqu’au dernier feu de camp des derniers humains qui auront survécu à la toute fin de la fin du monde.

C’est donc de ça dont je vais parler. En archéologue des charniers de la lutte poétique et romanesque pour rendre ce monde moins triste, plus beau et moins con, aller à la rencontre de celles et ceux « dont Hermann Broch a pu dire : “ce ne sont pas de mauvais écrivains mais des délinquants” », pour citer à nouveau Vila-Matas. Et se demander à quoi a ressemblé, ressemble, ressemblerait, ressemblera une littérature populaire, expérimentale, subversive qui prenne en compte les enjeux et les outils du capitalisme contemporain et des sociétés postmodernes, pour le dire d’une façon qui me permette d’être invité sur France Cul.

Au cœur d’un capitalisme qui broie les voix dissonantes, empêche de voir au-delà de lui et uniformise tout produit culturel, y a-t-il encore la place pour des récits d’émancipation bien vénères ? Bien sûr, la réponse est oui. Mais à condition, sans doute, de procéder de la même façon que Fredric Jameson  dans son ouvrage The Political Unconscious, dans l’avant-propos duquel il est bien précisé que « ce livre affirme le primat de l’interprétation politique des textes littéraires. Il ne conçoit la perspective politique ni comme une méthode supplémentaire, ni comme l’auxiliaire optionnel des autres méthodes interprétatives qui ont aujourd’hui cours – psychanalytique ou mythocritique, stylistique, éthique, ou structurale –, mais au contraire comme l’horizon absolu de toute lecture et de toute interprétation. »[9]

Même chose ici. Et ceci étant dit, si vous êtes prêtes, prêts, resservez-vous un café, rallumez votre clope, lancez sur votre vieux lecteur CD, ou sur une quelconque plate-forme d’écoute, l’album éponyme de Rage Against the Machine ou du PJ Harvey, bande-son idéale pour les pages qui vont suivre, assurez-vous que votre chat est bien installé sur vos cuisses, et partons ensemble sur les traces de la littérature-molotov, la seule qui vaille. Et dont chaque instant résonne comme ce mot d’ordre de Killer Mike : « Everything I scribble is like an anarchist cookbook »[10].

Conclusion. Une infinité de voix qui brûlent

« La littérature peut ne pas être consensuelle, verbeuse et chiante. Elle peut prendre la forme d’une tranchée ou d’une barricade. D’une claque ou d’un cocktail Molotov », disais-je en introduction. Au terme de ce tour d’horizon des livres qui sont aussi des bombes, des surréalistes à Wendy Delorme, j’espère avoir montré que la pop-subversion insurrectionnelle, celle que j’aime tant dans le cinéma (Mad Max Fury Road mon amour), peut également s’épanouir dans l’écrit, dans des pages où brille la fureur incandescente d’une infinité de voix qui brûlent. 

Le temps de l’humanité semble compté, plus que jamais. Mais tout n’est pas perdu. Il y a donc urgence, aujourd’hui, à désincarcérer nos imaginaires de la voiture capitaliste en flammes – et la regarder partir en cendres de l’extérieur, en dansant, et en l’irriguant de notre feu.

L’exercice n’est pas facile, dans un système qui monétise toutes les colères et, comme l’ont formulé mes camarades de Mouais, Azar et Hakhimh, « a l’art de tout récupérer (y compris ce qui lutte encore), de gober tout ce qui traîne, le mastiquer, le digérer et en faire de la merde (qui, à l’issue de ce pénible traitement, ne se débat généralement plus) »[11]. Mais la littérature peut être, ou devenir à nouveau, un outil précieux de cette lutte pour nous ré-emparer de la poésie sauvage du quotidien ; pour explorer les voix et les voies d’autres futurs désirables.

Tuto : comment préparer une bonne littérature-molotov ?

Munissez-vous d’un vieux Bic ayant longuement traîné au fond de la poche de votre manteau, ou d’un ordinateur portable en fin de vie, et recouvert d’autocollants libertaires[12]. Attention : la littérature-Molotov ne brûlant que les dominant·es[13], vérifier au préalable que vous n’en êtes pas un·e, avant de tenter de la manipuler. Elle se prépare, dans mon cas, dans une petite chambre en coloc’ du Vieux-Nice, où le chat dort sur un clic-clac à moitié pété. Elle peut aussi se cuisiner dans les barres HLM, dans les vestiaires d’usines, au fond d’une salle de classe pas chauffée de banlieue, au comptoir d’un bar à potes, ou seul·e dans une forêt enneigée ; dans les rues à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, voire en manif, au milieu des gaz lacrymogènes, tandis que fusent les pavés et les insultes aux flics. 

Une fois bien en place, et de préférence en écoutant un bon album de punk, par exemple Robbin’ The Hood de Sublime, voici comment concocter l’engin incendiaire :

            1/ Ne jamais se fier au langage

Avez-vous lu le Tractatus logico-philosophicus[14] de Ludwig Wittgenstein  ? Si ce n’est pas le cas, vous devriez (sans vous donner d’ordre, bien évidemment). C’est en effet là que vous trouverez le principal ingrédient de la littérature-Molotov : la défiance envers le langage, légitime et nécessaire pour se pas se faire hypnotiser, comme Macron, par ses propres paroles en s’imaginant qu’elles disent quelque chose du réel.

Non. Les propositions par lesquelles nous prétendons représenter la réalité ne correspondent jamais à la structure véritable de cette réalité ; on ne peut parler que de très peu de choses et, nous dit Wittgenstein, « au sujet de ce dont on ne peut parler, on doit se taire. »[15] Il ajoute : « Ce qui s’exprime dans le langage, nous ne pouvons l’exprimer par le langage »[16] . La vie et le monde sont toujours plus vastes, et seule la « mystique », selon lui, permet de l’appréhender. Comme il le dit dans une phrase magnifique, « nous sentons que même si toutes les questions scientifiques possibles avaient reçu une réponse, nos problèmes de vie n’auraient pas encore été abordés »[17]. Le langage logique et scientifique, philosophique, est ici visé. Et, évidemment, le langage politique. Et celui des plateaux des chaînes d’info en continu. Et celui des managers. Et du celui du marketing. Enfin, vous avez compris l’idée.

Seul le « langage quotidien »[18] représente en fin de compte pour lui une utilisation légitime du langage. Et c’est donc de ce langage-là que la littérature-Molotov cherche à s’approcher. La parole qui bruisse sur les trottoirs. Sur les tables des PMU à l’aube, pour un café avant le chantier. Dans les ronds-points des Gilets Jaunes. Celles des apéros entre copaines. Celle du petit déjeuner au matin, après un baiser sur la bouche qui pue de l’être aimé, les yeux encore ensommeillés. Ou encore celle de mon poète préféré, Alberto Caeiro, le Gardeur de Troupeau de Pessoa, mon seul maître, pour lequel une fleur est une fleur, et rien qu’une fleur, et pour lequel « les guerres, le négoce et les navires qui ne laissent que des fumées dans l’air des hautes mers / … pèche[nt] contre cette vérité qu’a la fleur lorsqu’elle fleurit ».

            2/ Ajouter une bonne dose de queer

Dans un entretien qu’elle m’a gentiment accordé[19], Corinne Morel Darleux loue la construction de « remparts costauds à la destruction des écosystèmes », « lucides en termes de résistance au capitalisme » et « opérants en termes de préfiguration de “comment nous pourrions vivre” », dans le cadre d’une « bataille culturelle vive, queer dans l’âme, c’est à dire bizarre, déviante, inadaptée aux normes sociales que l’on veut défaire ».

Le queer : voici un autre ingrédient incontournable de la littérature-Molotov qui, comme le monstre de Frankenstein, bouleverse l’ordre moral en agrégeant des morceaux piochés ici et là, semant la panique au village.

Il s’agit fondamentalement d’un exercice périlleux d’écriture déviante. Car le queer – comme l’anarchisme – a trait à « tout ce qui contrarie le normal, le légitime, le dominant »[20]. Ainsi procèdent ces livres : en explorant les soubassements vermoulus, les parkings souterrains crasseux et les vestiaires empuantis du clinquant superficiel de nos sociétés capitalistes, mais aussi les « oasis libertaires » et autres ZAD de luttes et de fêtes sauvages, ils leur inoculent un venin corrosif qui, tout en détruisant l’institué, « l’évident », l’établi, nous donne des pistes de sortie du « cauchemar climatisé » (Miller). Ce faisant ils réhabilitent les pas-pareils, les cheloues, les freaks, les borderline, les lumpen, les hors-clous – toutes les victimes de la norme.

Et ainsi, peut-être, la chose écrite nous aidera à vaincre l’épidémie – la multiplication toxique de dominant·e·s qui pullulent au-dessus de nous, et nous dictent avec violence, à leur bon vouloir, les modalités de cette norme. Comme dans l’un des plus beaux textes de l’auteur Italien Ascanio Celestini, qui voit une bande de présidents encravatés ne pas trouver le cadavre pourri à l’origine de l’infection qui ravage le petit pays qu’ils dirigent, avant que le croque-mort n’apporte la solution : « “La cause de l’épidémie, c’est vous, messieurs les présidents, / Vous êtes morts et vous ne vous en êtes pas rendus compte”. /  Il enterra le président du conseil, Le président de la République et les présidents émérites, / Les présidents des conseils régionaux, généraux et municipaux, / Tout le conseil d’administration des présidents / Et les hiérarchies présidentielles de présidents de toute présidence / Jusqu’au tout dernier président / Dans le dernier recoin du petit pays. / Alors seulement, la contagion fut stoppée. »

            3/ Ne pas lésiner sur la sauce prolétaire

La littérature-Molotov est, doit être, une littérature prolétaire – un bien joli mot, hélas aujourd’hui trop peu utilisé. Loin du « bourgeois gaze » (« regard bourgeois », une expression reprenant la notion féministe de male gaze, « regard masculin ») qui caractérise malheureusement une bonne partie des productions culturelles actuelles, notamment dans notre pays – le cinéma « social » hexagonal ayant par exemple une lourde tendance à représenter les dominé·e·s comme « des prolos obèses et moustachus qui font la gueule dans une France grisâtre »[21] –, il s’agit de réellement donner à lire, à voir, à entendre les classes opprimées, celles et ceux dont la couleur, dont le « mauvais genre », dont les pratiques de vie quotidiennes font tache dans la carte postale avec filtre Instagram que tentent de nous vendre les gens qui nous exploitent.

Parce que pour nous libérer, pour réellement construire à petits ou grands frais de nouveaux imaginaires de l’émancipation, il va nous falloir cesser de nous regarder nous-mêmes avec les yeux, de nous dire nous-mêmes avec la langue, des bourgeois responsables de la mise en coupe réglée de nos existences – et de la destruction de nos écosystèmes.

La littérature-Molotov se veut donc au plus proche des en-bas ; par les prolos, pour les prolos. Tel le premier et récent livre de Diaty Diallo, Deux secondes d’air qui brûle, roman-claque sur la violence policière dans les banlieues, évoquant le travail de l’ethnologue Alice Goffmann sur « l’art de fuir » du lumpen-prolétariat Noir de Philadelphie, et dédié à tous·tes les « humilié·es », « blessé·es », « mutilé·es », « violé·es » ; aux « incarcéré·es », aux « assassiné·es et téméraires emportés sur leurs deux-roues »[22]

Il ne s’agit pas de dire que tous·tes les auteur·ice·s dont j’ai parcouru les œuvres étaient issu·e·s des classes populaires, ni que cela soit une condition obligatoire, ni qu’on demande à celles et ceux qui ne le sont pas de faire semblant – sachant que «  paraître pauvre est un caprice que les riches aiment », comme l’a bien dit Casey. Mais il s’agit de faire le choix d’un vivre-prolo. Tel Roberto Bolaño et ses potes infrarréalistes, voyous proches du milieu des guérilleros, issu·s de la classe moyenne inférieure ou du prolétariat, volontairement marginalisé·s, et adeptes de pratiques sociales déviantes, au plus près des voleurs et des doguées. Déjenlo todo, nuevamente, leur manifeste, est un crachat à la gueule de la société, dans la plus pure tradition avant-gardiste s’étendant de la Gifle au goût public des futuristes Russes jusqu’au Déshonneur des poètes de Péret, en passant par les textes d’insultes du poète-boxeur Arthur Cravan: rejet du système marchand, du pouvoir, exaltation de la marginalité, de la poésie, de la vie libre, mépris insistant à l’égard d’un monde intellectuel et artistique prétentieux, appel à la révolution politique et sociale.

Dernier assaisonnement : dans un mode consumériste hyper-connecté qui achète la complicité de ses victimes en échange de cette saloperie de « quart d’heure de célébrité » de ce bouffon de Warhol, il nous importe de retrouver une éthique de la discrétion. La dignité, l’humilité de celle ou celui qui a connu ce que vivent les exploité·e·s et ne tient donc pas à reproduire les codes de la forfanterie bourgeoise. Fuir les cocktails. Refuser les mondanités. Ne pas venir poser ses fesses sur les plateaux télé pour sourire face à la caméra. Ne pas faire bonne figure. Entartrer BHL. Rester auprès des siens. Ne pas hésiter à « effacer sa signature »[23]. Demeurer, comme m’a formulé Achille Chavée, « un peau-rouge qui jamais ne marchera en file indienne »[24].

            4/ S’assurer que sa potion soit irrécupérable

Dans l’épisode Quinze Millions de mérites, la série britannique Black Mirror nous présente un monde futuriste dans lequel les prolos vivent parqué·e·s dans des tours, pédalant sur des vélos d’appartement afin de produire de l’électricité, collé·e·s à des écrans. Seule façon de s’en sortir : participer à un télé-crochet, qui permet ponctuellement d’échapper à cette triste condition. Le héros finit par parvenir à y participer, et en profite pour hurler sa haine de ce système, menaçant de se trancher la gorge avec un tesson d’écran. Le jury l’applaudit, adore la « performance », et lui propose sa propre émission, qu’il présentera en tenant son tesson sur la gorge. Et il accepte. Le système a gagné.

C’est pourquoi il existe une phase finale à la préparation de votre littérature-Molotov, indispensable pour que la mixture subversive soit opérante : être irrécupérables. Car c’est finalement la seule façon, face à un capitalisme capable de transformer n’importe quel rebelle enfiévré en un pantin soumis, de s’assurer que notre parole demeure corrosive : le refus de parvenir, et les coups de griffe sans pitié sur la main qui prétend nous nourrir. Comme un chat caractériel (un chat, quoi) fuyant les caresses forcées de ses « maîtres ». Lucio Bukowski, éminent rappeur, continuant ainsi à travailler discrètement comme bibliothécaire. Didier Wampas, chanteur du groupe éponyme, décidant de rester électricien à la RATP, faisant les 3×8 – il a pris sa retraite il y a peu. Et des auteurs comme Julien Gracq et Pierre Michon s’acharnant à demeurer bien loin des honneurs – le premier refusant même, pour la seule fois dans l’histoire du prix, le Goncourt. On ne peut récupérer qui, tel le ninja, maîtrise l’art de l’invisibilité.

Comme l’ont écrit les surréalistes dans un de leurs manifestes : « Nous faisons à la société cet avertissement solennel. Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun des faux pas de son esprit, nous ne la raterons pas ». Il faut être irréconciliables avec un monde qui nie tout ce qui est au cœur de la littérature-Molotov : magie du quotidien, sieste sous un vieux chêne, mélancolique café à l’aube, deux lèvres à la rencontre des deux autres lèvres qui leur font face, tendresses consenties sous des draps chauds, danses nocturnes autour d’un feu de joie.

La douleur est, parfois, infinie. La littérature peut nous apaiser, à défaut de nous sauver (« rien de ce qui est vivant ne peut être sauvé », a dit Bolaño). Se demandant « pourquoi écrire ? », l’écrivain-guérilléro Carlos Liscano, longtemps retenu en détention et torturé, répond ainsi : « Car jusqu’à quand peut-on en permanence ne pas se prendre au sérieux ? Parce que chaque matin on se réveille et on a besoin de forces pour se réinventer […]. Parce que même si rien ne vaut la peine on a besoin de soi-même. Parce que je suis encore vivant. Parce que je ne suis pas encore décidé à mourir ». Ce qui n’est pas la moindre des victoires obtenues face à ce qui nous broie.

Faire entendre toutes les voix silenciées : humaines…

Mais on n’écrit évidemment pas pour soi – enfin, pas que pour soi. On écrit pour donner à entendre quelque chose, pour donner voix à quelque chose, quelqu’un·e ; à une « âme », au sens ethnologique du terme, le souffle de vie qui habite toute chose pour les animistes. Écrire, c’est se faire porte-parole. « Les chefs-d’œuvre, écrit Virginia Woolf dans Une Chambre à soi, ne sont pas nés seuls et dans la solitude, ils sont le résultat de nombreuses années de pensées en commun, de pensées élaborées par l’esprit d’un peuple entier, de sorte que l’expérience de la masse se trouve derrière la voix d’un seul ».

Je voudrais donc, pour conclure, évoquer la littérature-Molotov à venir, celle de la fin du XXIème et du début du XXIIème siècles, et tous ces continents de la parole, encore inexplorés, ces voix encore en suspension dans nos imaginaires en friches, retenues par la chape du marketing généralisé qui aseptise nos façons de voir, dire et penser ce qui nous entoure.

Quand je dis : voix, je dis bien : toutes les voix. Les émanations écrites de « tout ce qui mérite vie » (Mahmoud Darwich). Humaines, mais aussi non-humaines.

Humaines, d’abord : il en reste encore tant à faire entendre, n’ayant pas encore pu pour le moment sortir du puits de l’oubli et du silence où elles avaient été plongées. Voix de femmes, bien sûr ; moitié de l’humanité encore massivement silenciée. Mais aussi, évidemment, voix de l’alphabet LGBTQQIP2SAAK+ (Lesbien·ne, Gay, Bi·e, Trans-, Queer, en Questionnement, Intersexe, Pansexuel·le, 2spirit -Bispirituel-, Androgyne, Asexuel·le, Kinky, etc. – je suis persuadé que vous ne connaissiez pas cet acronyme, rassurez-vous je l’ai découvert il y a quelques jours), qui n’ont accédé que depuis très récemment à la parole publique.

Cette littérature est déjà-là ; vaste, diffuse ; peu lue, cependant. BlueX en dresse une liste, sur une page du site senscritique[25]. On y retrouve La Sorcellerie Est un Sport de Combat. Les tribulations de lesbiennes hooligans face à un sorcier nazi, livre de fantasy de Lizzie Crowdagger sorti en 2020, et dont le titre me fait bien envie. Toxoplasma, de Sabrina Calvo. Ou encore Le classique Stone Butch Blues, de Leslie Feinberg – prolo communiste transgenre lesbienne butch hélas décédée en 2014 des suites de la maladie de Lyme –, paru en 1993, qui a l’air tout simplement génial mais je ne l’ai – shame – pas encore lu. 

Et n’oublions pas la parole des personnes en situation de handicap – dites handi·e en vocabulaire militant –, telle par exemple qu’elle nous apparaît dans un texte magnifique cité dans FéminiSpunk, de Christine Aventin : 

« Je lis dans la plupart de vos récits des gestes qui semblent innés, qui ne paraissent jamais ratés, des équilibres plutôt évidents ; comme une mécanique prédisposée à savoir utiliser suivant les désirs. Mes désirs ne permettent pas mes gestes, ils élaborent des alternatives, ils cherchent sans cesse des possibles, des technicités dont les modes d’emploi sont à écrire et réécrire. […] Je dis que cette gestuelle valide pose comme dysfonctionnels des corps comme le mien, et que la dysfonction vous appartient : mes défaillances ne sont que les failles de vos performances »[26].

Ceci, cette décortication du désir dominant et l’existence d’une multiplicité d’autres désirs, d’autres habitations du monde, de la parole divergente et de la chair qui produit cette parole, doit nous rassurer : nous aurons largement de quoi écrire du neuf  – jusqu’à la fin du monde. Qu’il serait bon de retarder un peu, ne serait-ce que pour avoir le temps de lire tout ça. 

… Et non-humaines

Et puis, il y a le non-humain. Tout ce qui bruisse ou non, qui nous entoure ou non, que nous connaissons ou non, mais qui héberge le souffle de vie. Arbres, herbes, plantes, animaux, jusqu’aux bactéries : et si donner à entendre leurs voix représentait la prochaine grande révolution littéraire – tout comme l’écologie fut la dernière révolution de la pensée politique ? Je pense à Wall-E, ce chef-d’œuvre dont toute la première partie parvient à nous émouvoir aux larmes (je suis sensible, certes) en mettant en scène un insecte et des robots muets….

Pour retrouver lien avec cette Terre, sans doute ainsi nous faudra-t-il apprendre, comme le faisaient les peuples dits « premiers », à mettre des mots sur le cosmos, à se connecter à cette voix plus vieille que nous, et qui nous survivra. Lynn Margulis, biologiste spécialiste de la symbiose : « Les preuves existent que [les humains] sont des recombinaisons de puissantes communautés bactériennes, qui ont une histoire vieille de plusieurs milliards d’années. Nous faisons partie d’un réseau dense qui remonte à la prise de possession de la Terre par les Bactéries. Les pouvoirs de notre intelligence et de notre technologie ne nous appartiennent pas en propre, ils appartiennent à toute la vie. Comme l’évolution laisse rarement de côté des attributs qui s’avèrent utiles, il est vraisemblable que nos pouvoirs, qui dérivent du microcosme, perdureront dans le microcosme. L’intelligence et la technologie, que l’humanité a couvées, sont en réalité la propriété du microcosme. Dans l’avenir, elles pourraient bien survivre à notre espèce sous des formes qui défient notre imagination limitée »[27].

Le penseur anarchiste Murray Bookchin, fortement inspiré par le mutualisme symbiotique de Kropotkine, penseur du « communalisme » (il écrit dès 1984 : « Les mouvements féministes, écologistes et communalistes doivent créer des communautés humaines décentralisées adaptées à leurs écosystèmes, … démocratiser les villages et les villes, les confédérer, et créer un contre-pouvoir face à l’État ») affirme de son côté, dans un essai consacré entre autres aux travaux de Margulis : « Le mutualisme, l’auto-organisation, la liberté et la subjectivité, rendus cohérents entre eux par les principes de l’écologie sociale – l’unité dans la diversité, la spontanéité, les relations non-hiérarchiques – sont donc des fins en soi. Mises à part les responsabilités qu’elles confèrent à notre espèce comme porte-parole auto-conscient de la nature(je souligne), ces qualités constituent littéralement notre définition »[28]

« Porte-parole auto-conscient » d’un cosmos où règne la loi de l’entraide : voici ce que seront les auteur·ice·s de la littérature-Molotov à venir. Donnant voix aux feuillages, aux jeunes pousses, au hululement de la chouette, au frémissement du plancton. Vous vous dites peut-être : « il est dingo celui-là ! » Je vous réponds que dans Mon nom est Rouge, incroyable roman de l’écrivain turc nobélisé Orhan Pamuk[29], on compte parmi la douzaine de personnages s’exprimant à la première personne des animaux, des objets, la Mort, le Diable, et bien sûr la couleur Rouge elle-même, protagoniste à part entière.

Les animaux du bois de quat’sous (avec toutes ces morts horribles ![30]), Silverwing (une saga jeunesse avec des chauve-souris, que j’ai lue quand j’étais gosse), Le Vent dans les saules, le fabuleux Fantastique Maître Renard… Ce ne sont pas les exemples d’œuvres ayant fait parler des animaux – quoique cela soit fait généralement de façon très anthropomorphisée – qui manquent, le meilleur restant néanmoins la nouvelle Poule écrit par une, de Cortázar, qui relate avec beaucoup de réalisme et une merveilleuse économie de moyen (quelques lignes), par la voix même d’une gallinacée, les projets de conquête du monde de son espèce. Ainsi que l’indispensable revue ludo-scientifique La Hulotte, avec laquelle j’ai grandi et qui m’a permis de connaître comme si je les avais réellement entendu me parler tous les petits animaux, et les fleurs, et les arbres, qui habitent les jardins, les maisons, les champs et les bois.

Il y a peu, j’ai eu la chance d’assister à une conférence de l’ethnologue Philippe Descola. Il nous a notamment rapporté que « Notre nourriture est faite d’âme », disent les chuars, peuple d’Amazonie, pour expliquer qu’ils et elles doivent se « purifier » du fait de manger de la viande. Oui : nous vivons entouré·e·s d’âmes. Pour certaines, nous les mangeons. À l’heure où une espèce massacre dans ses abattoirs des centaines de milliers de ces âmes sans voir la démesure absurde, l’hybris de cet appétit qui met en péril autant la survie de ce que nous dévorons que la nôtre, peut-être une littérature donnant à entendre l’infinité de voix qui peuplent le vivant sera-t-elle susceptible d’apporter une contribution utile aux débats contemporains sur l’antispécisme et le véganisme. 

Une poétique cyberpunk du tout-monde

Allez ; concluons. J’ai parlé à plusieurs reprises, dans cet essai, de « Tout-Monde » ; je n’oublie évidemment pas d’où vient le terme. Il est notamment réapparu il y a peu dans le débat public grâce à un roman « insurrectionnel », « cyberpunk » et « afro-futuriste » : Té Mawon, de Michael Roch, dont l’intrigue se déroule à Lanvil, mégapole caribéenne ultra-technologique, « havre pour tous les migrants du monde » ayant noyé dans le béton un tout-monde qu’il s’agit, pour les personnages, magouilleurs et fuyards, de retrouver en détruisant le système en place et en faisant sauter des barrières entre « l’anba » et « l’anwo ».

Roch définit ainsi l’afrofuturisme : « C’est imaginer un futur dans lequel l’homme noir et la femme noire sont émancipés et ne subissent plus d’oppression ou de discrimination systémiques ». Il précise : « Ce mouvement s’est en quelque sorte formé à partir d’une prophétie auto-réalisatrice : en observant la science-fiction dans les années 1960, on s’est rendu compte que ce qu’elle décrivait est devenu réalité quarante ans plus tard »[31]. La littérature peut donc agir le réel : autant le faire en le tordant vers l’émancipation, plutôt que la dystopie à la 1984.

Roch précise plus loin, à propos du Tout-Monde : « [c’est] une poétique de la Relation qu’Edouard Glissant a apporté au monde. Plus que de vivre ensemble, c’est une manière d’être ensemble, dans toutes nos diversités, de se mettre en relation, au contact des autres et en particulier de la marge, de ceux qui sont au bout de notre horizon … Le Tout-Monde constitue l’un des plus gros héritages philosophique et littéraire des Antilles ». Et de conclure : « Il demeure l’un des points essentiels à développer, par des essais mais aussi par la culture pop … »[32]

Retour en arrière. Quand, en janvier 2009, des grèves éclatent en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion, menées par le collectif Lyannaj Kont Pwofitasion, des écrivains et poètes, dont Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant, signent un Manifeste pour les « produits » de haute nécessité[33], introduit par cette citation capitale de Gilles Deleuze dans L’Image-temps : « Au moment où le maître, le colonisateur proclament “il n’y a pas de peuple ici”, le peuple qui manque est un devenir, il s’invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer. »

« Derrière le prosaïque du “pouvoir d’achat” ou du “panier de la ménagère“, peut-on lire dans le manifeste, se profile l’essentiel qui nous manque, et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). » Et d’écrire enfin : « Nous appelons à une haute politique, à un art politique qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté ».

C’est ceci, le Tout-Monde. Ceci, le programme de notre culture à venir, quoique partiellement déjà-là, de nos films, nos jeux vidéo, nos musiques, nos chorégraphies – et, pour ce qui nous occupe ici, notre littérature. La présentation par l’exemple fictionnel pop de ces « exemples de sociétés post-capitalistes capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrive dans l’horizontale plénitude du vivant »[34]. Un « art politique » pour ouvrir l’horizon des possibles, faire sauter le verrou des anfractuosités propices  – et exploser à la face du monde dominant la fureur dionysiaque de l’infinité de voix qui brûlent.

À l’heure où j’écris, Macron fait appel au 49.3 pour faire passer en force sa réforme des retraites. L’ordre capitaliste tente de nous mettre à genou, à rebours du zeitgest de l’époque – qui est de constater que ce temps du pétrole, de la violence, de la prédation et du fric doit prendre fin. La bataille, pour le moment, est donc – provisoirement- perdue. Mais rien n’est encore écrit. Les années à venir seront sans doute difficiles ; mais ceci, à en croire une citation d’Aimé Césaire ouvrant le Manifeste, « ne peut signifier qu’une chose : non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. »

Nice, hiver 2023


[1] Cité dans Maurice Nadeau, Histoire du Surréalisme, Points Seuil, Paris, 1964

[2] Ma chatte noire Kuti, 10 ans à mes côtés, indubitablement rondelette mais résolument choupie.

[3] Lire notamment sur ce point : Jérôme Meizoz, « Belle gueule d’Edouard ou dégoût de classe ? », COnTEXTES [Online], Prises de position, Online since 10 March 2014

[4] Elle cite dans le Monde Diplomatique un livre d’Alice Carabédian, Utopie radicale. Par-delà l’imaginaire des cabanes et des ruines, paru au Seuil en 2022. Et elle apprécie quant à elle les films Avatar et les romans de Damasio, ma foi.

[5] Roberto Bolaño, El Gaucho insufrible, Anagrama, Barcelona, 2003. Traduction en français du texte de Roberto Bolaño par Robert Amutio, Les mythes de Chtulhu, in Le gaucho insupportable, Christian Bourgois, 2004.

[6] Tiré de La vraie histoire de Pinocchio. POPulaire, la chronique pop de #Bolchegeek pour la chaîne YouTube du journal L’Humanité.

[7] Et sur ce point, lire évidemment : Ludivine Bantigny et Ugo Palheta, Face à la menace fasciste. Sortir de l’autoritarisme, Paris, Textuel, 2021.

[8] https://www.liberation.fr/plus/pallier-les-envies-de-fuite-desordonnee-20220727_N4UDUFVVHRBNPGPQHMLB5OE6U4/

[9] Cité par Perry Anderson, Les origines de la postmodernité, Les prairies ordinaires, Paris, 2010. L’ouvrage original, intitulé The origins of postmodernity, est paru à Londres en 1998

[10] Close your eyes, Run the Jewels (Killer Mike & EL-P) feat. Zach de la Rocha : « Tout ce que j’écris est tel un livre de recettes anarchistes », référence au manifeste de William Powell paru en 1971

[11] « Casseurses de cases : pour une position anar-queer », in revue Mouais n°37, mars 2023.

[12] Bon dans mon cas il y a aussi un de Picsou car je suis fan de Don Rosa.

[13] Je n’ai pas employé le point médian de tout mon essai. Je l’emploie ici, car d’une part je fais ce que je veux et, d’autre part, car il correspond aux nouvelles manières d’écrire dont il sera question ici.

[14] Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, trad. Gilles-Gaston Granger, Gallimard, 2001.

[15] Ludwig Wittgenstein, op. cit., (7)

[16] Op. cit. (5. 65)

[17] Op. cit. (6. 522)

[18] Op. cit. (5. 653)

[19] https://mouais.org/creer-des-desertions-fecondes-entretien-avec-corinne-morel-darleux/

[20] Halperlin, cité dans ce même article de Mouais utilisé précédemment. 

[21] https://www.frustrationmagazine.fr/cinema-bourgeois/

[22] Cf. https://www.en-attendant-nadeau.fr/2022/08/24/comme-ils-existent-diallo/

[23] Paul Nougé, Clarisse Juranville, René Henriquez, Bruxelles, 1927.

[24] Cité dans Le surréalisme Belge, revue Europe n°912, avril 2005.

[25] Liste non-exhaustive de livres écrit par des auteur.es trans et non-binaires, par BlueX : https://www.senscritique.com/liste/romans_ecrits_par_des_auteur_es_trans/2927636

[26] « Vos désirs sont-ils des échos ou des égos ? » article de Zig dans Tumult #3, cité dans FéminiSpunk de Christine Aventin, op. cit.

[27] Lynn Margulis & Dorion Sagan, Microcosmos, 4 milliards d’années de symbiose terrestre, éditions Wildproject.

[28] Murray Bookchin, Sociobiologie ou écologie sociale, ed. Atelier de création libertaire, Lyon.

[29] Également auteur de La Vie nouvelle, l’un des plus beaux livres au monde ; Ah, Djanan…

[30] Listées ici c’est affreux : https://www.allocine.fr/diaporamas/series/diaporama-1000008971/

[31] Entretien de Michael Roch avec la revue Ubsek & Rica, par Eva Cohen, mai 2022 .

[32] Ibid.

[33] Manifeste pour les « produits » de haute nécessité, éd. Galaad, 2009.

[34] Ibid.

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03.05.2024 à 12:38

Outreau, 20 ans. Outreau, l’enquête définitive

David Dufresne

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Vingt ans se sont écoulés depuis le procès de « l’affaire d’Outreau ». Fait sans précédent, à l’issue du procès en appel, Chirac, alors président, présente les « regrets et excuses » de l’État à douze des adultes longtemps incarcérés, finalement acquittés. L’affaire d’Outreau va diviser l’opinion en deux camps irréconciliables, et mis le feu aux médias (pyromanes).

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Texte intégral (1420 mots)

Yannick Bourg dit Jean Songe, frère de sang, revient sur l’affaire. Son enquête s’appuie sur l’examen minutieux des 20.000 pages du dossier d’instruction, des dossiers périphériques, d’autres pièces, parfois inédites, et sur les minutes du procès. Son livre permet de comprendre la complexité des faits, d’en rectifier certains, de déceler les incohérences et les failles de l’enquête, d’appréhender la souffrance des enfants victimes, mais aussi de mettre au jour nombre d’éléments jamais révélés auparavant. Il était temps.

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02.05.2024 à 12:29

Philippe Corcuff flingue les «tontons flingueurs» de la gauche

David Dufresne

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Avec Marlière Philippe, Corcuff Philippe publie ses Lettres ouvertes à Hollande, Macron, Mélenchon, Roussel, Ruffin, Onfray. Leur point de départ: alors que l'extrême droite progresse à grandes enjambées, la gauche souffrirait de son attente d'hommes providentiels qui prétendent lui offrir un nouvel avenir mais dont l’action, finalement, l’affaiblit.

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Texte intégral (1906 mots)

Dans leur essai, les Philippe exhortent la gauche à se réinventer une gauche d’émancipation, prête à faire le deuil du leader charismatique.

Philippe Marlière est professeur de science politique au University College de Londres.

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01.05.2024 à 22:22

1er mai. Dans le cortège.

David Dufresne

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Une nouvelle fois, #AuPoste a arpenté le bitume parisien. L'équipe a remonté le cortège, à la croisée des banderoles, des revendications, des pétards et des sourires, des quidams qui marchent, et des marcheurs qui cherchent la caméra.

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Texte intégral (1297 mots)

Quand, soudain, on a croisé Jesus de la Manche (c’est le nom qu’elle se donne). Magnifique SDF croisée en marge du cortège. Elle était la, avec sa tente, ses peintures, son fatras, sa vie, du muguet donné par des manifestants — et tant de cœur. « La vie c’est une transition » dit elle.

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30.04.2024 à 20:34

Corinne Masiero convoquée Au Poste

David Dufresne

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Bonheur total: l’immense Corinne Masiero, reine du «No culture, no Future» a fait savoir qu’elle acceptait la convocation Au Poste. Dans «Petites mains», qui soir aujourd'hui, elle y excelle en cheffe épuisée, le cœur sur la main, et l’obéissance, chevillée au même (cœur).

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Texte intégral (2102 mots)

Avec «Petites mains», Nessim Chikhaoui tient un film de lutte, doux, et tranchant, émouvant (aux larmes) et agile. Synthèse de femmes de chambre et de lutte (espagnole) dans un palace, et du Ibis des Batignolles, avec une Rachel Kéké en meneuse de femmes, «Petites mains» place le cinéma là où il se doit d’être: nous raconter la vie des autres, pour qu’elles entrent dans les notres. Nessim nous rejoindre durant l’émission.

Avec les deux, on a ri, et parlé. Parlé de Lucie Charles-Alfred, révélation totale, de Kool Shen, délégué CGTiste plus vrai que nature, et des Marie-Sohna Condé, Salimata Kamaté et Maïmouna et Mariama Gueye (en terrible gouvernante) qui illuminent le film.

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30.04.2024 à 11:28

Radicalisation islamiste: José Gutierrez-Privat, un philosophe enseignant en prison raconte

David Dufresne

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José Gutierrez-Privat, né à Lima (Pérou), est philosophe. Depuis huit ans, il arpente les QER (pour quartiers d’évaluation de la radicalisation), à la recherche de la pâte humaine, et de ses souvenirs enfouis, où le Sentier lumineux tua un de ses amis. En France, Gutierrez-Privat rencontre des condamnés pour des faits liés au terrorisme islamiste, il croise des suspects de radicalisation, il sonde les âmes. Et ne semble pas croire à la thèse du «djihadisme d'armosphère» chère à Gilles Kepel et aux chaines de simplification en continu.

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Texte intégral (1511 mots)

Qui sont ces hommes? Pourquoi ont-il agi, au nom de qui, de quoi? Comment faire émerger leur réflexion en ces lieux d’enfermement? Sans les juger, Gutierrez-Privat fait le pari de la réflexion. Professeur à Sciences-Po Paris, membre depuis 2015 du Centre d’études sur la radicalisation et leur traitements de l’Université Paris-Diderot, il vient de publier «La raison derrière les barreaux» (Grasset). José Gutierrez-Privat se rendait pour la première fois Au Poste. Et ce fut passionnant.

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28.04.2024 à 11:54

«A l’ombre d’Outreau» de Jean Songe. Le récit définitif. Extraits choisis.

jean songe

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Ce qui est devenue «L’affaire d’Outreau» est une des plus célèbres affaires pénales d’agressions sexuelles sur seize mineurs impliquant dix-sept adultes. «A l’ombre d’Outreau», qui sort ces jours ci au Seuil, est le résultat de plus de deux années d’investigation et de réflexion. Ce récit-enquête s’appuie sur l’examen minutieux du dossier d’instruction, de dossiers périphériques et de nombreuses autres pièces.

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Texte intégral (6024 mots)

Il permet de comprendre enfin la complexité des faits et de révéler nombre d’éléments jamais signalés auparavant parmi lesquels : les liens du couple Delay/Badaoui, au centre de l’affaire, avec leurs familles respectives, l’existence d’un lien familial passé inaperçu entre deux des accusés, les mensonges répétés d’un des futurs acquittés, le silence étonnant sur la consommation de stupéfiants de certains incriminés, etc. «A l’ombre d’Outreau» (Don Quichotte/Le Seuil) lève le voile des illusions sur l’affaire. Son auteur, l’ami de toujours Jean Songe/Yannick Bourg, sera Au Poste le 3 mai.

Extraits.

L’histoire sordide de Jean-Michel et Jean-Louis Jourdain

« Le juge d’application des peines qui libérera les frères Jourdain n’est pas encore juge, il n’est peut-être même pas né. » Me Antoine Deguines (La Voix du Nord, 10 février 2017)

Outreau a déjà été exposée à la lumière livide des spots médiatiques en 1997. Le 12 février, quatre jeunes filles ont été enlevées, trois d’entre elles violées, la quatrième tabassée, puis toutes ont été tuées avant d’être ensevelies sous le sable de la plage de Sainte-Cécile, près du Touquet. 

Agées de seize à vingt ans, les victimes étaient les deux sœurs Ruffin, Audrey et Isabelle, et les deux sœurs Merlin, Peggy et Amélie. L’autopsie révélera du sable dans les poumons de Peggy, ce qui signifie qu’elle a été enterrée alors qu’elle était toujours vivante.

A la suite du décès de leur mère cinq mois avant leur disparition, Audrey et Isabelle, ainsi que Virginie et Vincent, habitaient chez leur tante, à Outreau. En compagnie de leur mère, Amélie et Peggy résidaient elles aussi à Outreau, à la Tour du Renard, dans l’immeuble des Merles. A coup sûr, elles connaissaient Thierry Delay et Myriam Badaoui, et leurs garçons. Un détail pas si anodin qui entrainera cette remarque de Roselyne Godard, après sa mise en examen dans l’affaire d’Outreau : « J’ai eu une deuxième avocate commise d’office, qui m’a dit avoir consulté mon dossier, et qui m’a dit qu’elle pensait que ce serait long parce qu’il y avait eu l’affaire Dutroux, et qu’en plus les deux jeunes filles assassinées au Portel résidaient dans cette même tour. Elle m’a dit : “ Vous irez certainement en détention, et ce sera long. “ » L’avocate ne se trompait pas, celle qu’on surnommera à tort “ la boulangère “ passera un an et quatre mois en détention provisoire.

Aujourd’hui, comme hier sans doute, dans les conditions normales de circulation, Outreau est à une dizaine de minutes en automobile de Boulogne-sur-Mer. Une partie de la rade portuaire boulonnaise abrite Le Portel où, après une soirée de carnaval ce fatal 12 février, quatre jeunes filles ont décidé de faire de l’auto-stop pour aller au bal d’Equihen-Plage, une pratique coutumière dans le coin, surtout pendant les festivités, et même à une heure très tardive. La dernière fois qu’elles ont été vues vivantes, dans leurs déguisements de mousquetaire, de marquise, de Pierrot et d’Indienne, c’est au café “ La Crebasse “, vers quatre heures du matin. Après, elles ont croisé la route du fourgon Peugeot J5 des ferrailleurs Jourdain. 

Jean-Michel a une tête carrée barrée d’une grosse moustache noire qui tombe aux commissures des lèvres, Jean-Louis a un très grand front et un long menton fuyant en pointe, des trognes pas tout à fait sorties d’un film de Wes Craven mais dignes de figurer dans “ Affreux, sales et méchants “ d’Ettore Scola (mais peut-être que les photos disponibles ne montrent pas leur meilleur profil), deux frères condamnés aux assises une dizaine d’années plus tôt (dans des affaires distinctes), puis libérés par anticipation, dans le respect des remises de peine en vigueur. « Ils sont sortis de prison dans le même état psychologique que lorsqu’ils y étaient entrés », dira Blandine Lejeune, l’avocate des familles des jeunes filles.

Plusieurs témoignages signalèrent un louche fourgon blanc, vite identifié dans le village de Dannes, lieu de résidence de la famille Jourdain, hostile à toute adaptation sociale. Quelques mois avant leurs nouveaux crimes, Jean-Michel, trente-cinq ans, et Jean-Louis, trente-sept ans, s’étaient installés à Etaples, douze kilomètres plus loin.

Je ne suis jamais rentrée, même dans la cour, j’ai toujours eu peur des Jourdain, dit la factrice dans un reportage TV de deux minutes.

Soumis à la poigne de fer de la matriarche Jeanine, soixante-seize ans, quatre adultes et cinq enfants ont vécu dans un piteux baraquement insalubre au sein d’un terrain vague jonché de ferrailles et d’ordures. Parfois des pneus brûlaient, la fumée épaississait la nuit. Personne n’appréciait leur comportement. Les Jourdain étaient frustes, dégénérés, cinglés, dangereux, des teignes irrécupérables. Jeanine avait eu neuf enfants d’un premier mariage, tous placés, tous oubliés. En secondes noces, elle accoucha anonymement de trois garçons et d’une fille, morte très jeune. Dès que Jean-Michel et Jean-Louis avaient été en âge de riposter aux coups du paternel, ils l’avaient laissé sur le carreau. Les fois où ils apparaissaient à l’école, ils faisaient régner la terreur. « Les trois garçons étaient très violents. Ils ne se mêlaient pas aux autres. Leur mère les a toujours soutenus dans le mal » dit Edith Maillard, la fille de l’ancien directeur d’école. Entre deux larcins, les violences, les frères étaient placés, mais toujours ils regagnaient le giron maternel, couvés par Jeanine. Jean-Michel s’imposa comme le chef de la tribu. Dans les années 80, jeune adulte disgracieux à l’intelligence limité, Jean-Louis a souffert de sa solitude affective et sexuelle, les jeunes femmes du village le repoussaient, Jeanine les insultait et enrageait : « Je suis obligée de me dévouer. » A l’époque, les femmes tremblaient d’effroi à Dannes, victimes d’agressions d’un homme masqué, entrainant les rondes des maris qui bossaient de nuit à la cimenterie. Jean-Louis est reconnu coupable d’attentats à la pudeur avec violence, incarcéré à deux reprises et finalement jugé aux assises pour un viol commis en 1988, sorti de prison en 1996. Un an plus tôt, Jean-Michel a lui aussi été libéré, après neuf années d’emprisonnement. Pourtant, non, il n’avait pas étranglé une de ses amies, Anita Dassonville, tout comme il n’avait pas violé une gamine de treize ans quand il était mineur. Face à la cour d’assises de Saint-Omer, il continuera de nier son implication dans la tragédie des quatre jeunes filles. Jean-Louis, lui, dira « Je reconnais ce que j’ai fait, mais pas ce que je n’ai pas fait. » Les deux frères ne cesseront pas de se renvoyer à la figure leurs versions changeantes des faits. 

L’affaire a eu un retentissement national, des marches silencieuses ont été organisées, la famille Jourdain a été relogée dans la crainte d’un lynchage, des âmes téméraires ont incendié leur baraquement, Yves Bonvoisin, le petit ami de la troisième sœur Ruffin, a dérivé pendant des heures dans les rues de Dannes, deux fusils sous les bras, ivre de douleur et de vengeance, déterminé à faire la peau aux membres de la famille Jourdain. Son père a réussi à l’en empêcher.

A Dannes, les enquêteurs ont constaté que le véhicule avait été repeint en bleu et ils ont découvert une boucle d’oreille et son fermoir, un bijou d’Audrey Ruffin, entrainant la garde à vue immédiate des deux frères. Jean-Michel ne lâcha rien, mais Jean-Louis se mit à table et guida l’équipe du commissaire Romuald Muller jusqu’aux corps enfouis dans la plage de Sainte-Cécile. L’enquête avait été bouclée en une dizaine de jours. En octobre 2000, les deux frères récidivistes étaient condamnés à la prison à perpétuité.

A leur propos, le mot “ monstre “ est souvent apparu dans les médias. Les monstres n’existent pas, pas plus que le mal absolu, ils sont le fruit de l’imagination de Lovecraft ou des facilités de l’esprit. Tout homme, même le pire barbare, mérite la reconnaissance de sa part d’humanité. Chez Jean-Michel, elle s’est manifestée après sa sortie de prison, pendant un stage de cariste dans un chantier-école à Etaples.

Il travaillait bien et avait les larmes aux yeux quand il parlait de son passé judiciaire, dit le maire, Marcel Guerville.

Jean-Louis avait une petite amie. Il avait demandé à être soigné pour ses obsessions sexuelles. Personne ne l’a entendu.

L’homme qui a résolu l’affaire des frères Jourdain, le commissaire Romuald Muller, était le responsable de la division criminelle du SRPJ de Lille. Plusieurs chefs de brigade étaient sous ses ordres. L’un d’eux, le commissaire François-Xavier Masson, participera à l’enquête d’Outreau. 

Le Nord-Pas-de-Calais est souvent associé à une réserve de dégénérés de tous poils, une idée répandue dans une partie de l’opinion publique et relayée dans une tribune du Stade de France lors de la finale de la Coupe de la Ligue de football opposant le PSG à Lens en 2008 (“ Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Cht’is “, la banderole d’une poignée de supporters ultras du PSG avait fait du tapage), ce que le commissaire Muller semblait confirmer : « Le Nord-Pas-de-Calais est malheureusement une région où les agressions sexuelles sont nombreuses (…) ». Les juges des enfants croulaient sous les dossiers, l’un d’eux en empilait six-cents, et quatre-cents avaient des forts relents d’abus sexuels. A Saint-Omer, siège de la Cour d’assises du Pas-de-Calais, 70% des crimes jugés étaient des viols, représentant cinquante à soixante dossiers annuels.

En 2009, Didier Beauvais, ex-président de la chambre d’instruction de la cour d’appel de Douai, aurait dit devant le Conseil Supérieur de la Magistrature : « Nous connaissons ces soirées habituelles, à Boulogne ou à Avesnes-sur-Helpe. Des soirées bière où on invite les voisins, on boit beaucoup, on joue aux cartes ou au jeu de l’oie, et où le gagnant peut choisir une petite fille, avec l’accord des parents. Là-bas, ce ne sont pas des psychologues qu’il faut envoyer, mais des sociologues ou des ethnologues. » Ces déclarations resteraient en travers de la gorge des élus du Nord et du Pas-de-Calais, le magistrat avait dépassé les bornes. Dans un communiqué de presse, Beauvais protestera « contre la reproduction inexacte des propos que j’ai tenus et qui, livrés de manière erronée, ont pu effectivement indigner les habitants du Nord-Pas-de-Calais (…) » Pour restituer le contexte régional, Beauvais avait pris comme exemple deux affaires terribles « dont l’une se situait dans le ressort du tribunal de grande instance d’Avesnes-sur-Helpe (jugement du 23 juin 2004, confirmé en appel le 9 février 2005) et qui faisait apparaître que des enfants avaient été agressés sexuellement par plusieurs adultes au cours de jeux initiés par ces derniers, les scènes ayant été filmées (…) Je conteste également avoir prétendu que des soirées de ce type étaient “ habituelles “. » 

Dans la France de 2019, la justice a instruit 6605 viols sur mineurs, 2066 auteurs présumés ont été poursuivis et 553 condamnés.

Les chiffres sont des trompe-l’œil (mais pas toujours). La criminalité à composante sexuelle n’a cessé d’augmenter partout. A Douai, les condamnations pour crime sexuel avaient été multiplié par 3,2 entre 1990 et 2003. En 2004, les services de police et de gendarmerie ont constaté que dans le total des agressions sexuelles et des viols, les mineurs composaient 45% des victimes dans le ressort de la cour d’appel de Paris, 63% pour l’ensemble de la France et 75,1% dans le ressort de la cour d’assises d’appel de Douai (le ressort est la partie du territoire national sur l’étendue duquel s’exerce la compétence d’une juridiction). Seulement on constate que dans le département du Nord les diverses structures sociales mises en place permettent de repérer mieux et plus vite dans la population, et surtout parmi sa frange la plus précaire, les mises en danger des enfants. C’est donc assez logique que les cas s’avèrent plus nombreux qu’ailleurs, où les dispositifs de protection sont plus lâches. Le maillage est plus serré dans le Nord. 

Et là où on sait chercher, on trouve, en général. 

Saint-Omer,
mardi 4 mai, vendredi 7 mai 2004 

Plus de trois ans et demi après la condamnation des frères Jourdain à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de peines de sûreté de vingt-deux et vingt ans, l’attention générale se tournait à nouveau vers une commune du Pas-de-Calais : sa sous-préfecture, Saint-Omer. Dans son tribunal allait débuter le procès de ce qui était devenu l’affaire d’Outreau. (Vous souvenez-vous qu’à la fin du premier trimestre 2004, l’événement le plus important sur le sol français est le second remaniement ministériel qui se produit dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin ? Dominique de Villepin prend la place de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur et ce dernier est nommé au ministère de l’Économie et des Finances.) 

À moins d’avoir passé vos dernières années sur la banquise au sud du Groenland pour observer la fonte des glaciers ou à méditer dans un ashram du Tibet pour consoler Gaïa, Outreau était devenu un nom familier, immédiatement rattaché aux faits horribles qui s’étaient déroulés dans le quartier de la Tour-du-Renard (et probablement au-delà et en Belgique). Outreau était synonyme de réseau pédocriminel. N’importe qui ou presque connaissait les grandes lignes de ce qui n’était plus un épouvantable fait divers ordinaire, couronné par la divulgation en janvier 2002 d’une lettre coup de poing du plus jeune des accusés révélant le viol et le meurtre d’une fillette  (instruction toujours en cours) et suscitant une curiosité et un émoi considérables dans les esprits (« l’affaire Dutroux à la française » comme on l’évoque parfois). L’affaire d’Outreau était régulièrement commentée sur les ondes, faisait la une de la presse et l’ouverture des journaux télévisés. L’affaire d’Outreau était dans l’œil des médias et de M. Tout-le-Monde mais aussi observée au sommet de l’État. 

Un œil de cyclope. 

La presse annonçait un procès qui défiait l’entendement : « La cour d’assises du Pas-de-Calais va plonger […] dans l’horreur absolue » (Le Monde), « L’abjection est à l’ordre du jour » (Le Figaro). 

La salle d’audience étant dans l’incapacité d’accueillir tous ceux qui souhaitaient assister au procès, une seconde salle d’une jauge d’environ soixante places permettrait de suivre les débats sur un écran géant. 

Sans que personne s’en offusque, les dix-sept accusés, entourés de leurs avocats respectifs, s’étaient tranquillement assis aux cinq premiers rangs, d’ordinaire dévolus au public. Une pléthore de journalistes, avides de sensations fortes, occupait l’essentiel de l’espace vacant. 

La matinée du mardi 4 mai fut consacrée à l’appel des témoins – plus de cent quarante –, au tirage au sort des jurés – six femmes et trois hommes – et à leur prestation de serment. 

Dans l’après-midi, les deux huissiers se relayèrent pour lire l’arrêt de renvoi de cent quarante-cinq pages. Cette lecture plongerait les jurés dans un abîme d’effroi stupéfait. 

Tout commence avec les révélations et les accusations de Kévin, Dimitri, Jonathan et Dylan Delay durant les mois consécutifs à la phrase de Jonathan qui mit le feu aux poudres à l’automne 20001 : « Tata, elles sont où, les cassettes porno ? » 

Une simple question, d’apparence anodine ou presque, si  elle ne sortait pas de la bouche d’un gosse de six ans, qui regarde la pile de cassettes vidéo posée devant la télévision. On imagine qu’il l’a prononcée d’un ton neutre, comme s’il avait souhaité un peu plus de cacao dans son bol de lait. Delphine Chamois se demande si elle a bien entendu. Jonathan n’a pas dit le nom de Walt Disney ou cité le titre de n’importe quel dessin animé qui aurait effacé l’expression d’ennui sur son visage. Qu’est-ce qui lui est passé par la tête ? Certes, il mange avec les doigts, porte encore des couches, son hygiène et son comportement laissent à désirer ; quand Jonathan accompagne Mme Chamois pendant les courses, celle-ci observe qu’il a des gestes choquants2, mais pas un instant elle n’aurait imaginé qu’il puisse réclamer une telle chose. À la lettre, Jonathan ne s’est peut-être pas exprimé dans ces termes, les propos d’un gosse de six ans ont parfois la consistance de la gelée à la framboise, ça glisse entre ses lèvres. Et puis il manque la saveur de l’oralité, la prononciation, cet accent du nord popularisé dans un film grand public à plus de 24 millions d’entrées. N’empêche que Delphine Chamois n’a pas compris de travers : visionner une vidéo pornographique ne dérangerait pas le gamin. 

Delphine Chamois est assistante maternelle, une « tata » (tous les enfants placés préfèrent ce vocable ; et le mari ou le conjoint est donc un tonton). Après la requête incongrue de Jonathan, elle est inquiète. Elle parle avec Fabienne Target, qui veille sur Dimitri et Dylan. Delphine Chamois a accueilli Jonathan à la fin février 2001. Le juge des enfants a ordonné son placement d’urgence ainsi que celui de Dimitri et de Dylan. Une audience en avril a maintenu les placements. Kévin, l’aîné, n’est plus concerné, hors du coup : âgé de dix ans, il vit chez Adèle Marque. Auparavant, il a bourlingué entre différentes familles d’accueil, quelques semaines ou quelques mois, au gré des humeurs de Myriam Badaoui, quand elle le réclame à cor et à cri ou aussi bien ne veut plus le voir. Ce manège dure depuis l’âge de ses deux ans. Lui, à la fin du mois de mai 2000, sans expliquer ses motifs, a refusé de remettre les pieds dans l’appartement familial lors des retrouvailles du week-end ou des vacances scolaires, plus question de revenir à la cité de la Tour-du-Renard, dans l’immeuble des Merles, cet antre de malheur, jamais. Ses trois frères ont quitté l’appartement le 25 février 2001. 

Ce jour-là, dans une crise aussi soudaine que fréquente, Thierry Delay a fondu un plomb, tout ce qui est passé entre ses mains a valdingué par la fenêtre du salon. La console de jeux, le téléphone, la friteuse, l’orgue électrique, et même le manteau de cuir, acquis avec l’héritage du grand-père paternel, suicidé la corde au cou. Les projectiles se sont écrasés cinq étages plus bas. Jonathan a failli y passer lui aussi. Son père l’a suspendu au garde-fou du balcon, à l’extérieur, les jambes dans le vide. La mère, sortie prendre l’air, l’a vu, a grimpé dare-dare l’escalier et sauvé le gosse3. Cette fois, le père a dépassé les bornes. Elle a eu peur, Myriam Badaoui. Elle téléphone au greffe du tribunal des enfants de Boulogne- sur-Mer : « Mon mari est devenu fou. Il a saccagé l’appartement et il est parti, mais les enfants sont en danger s’il revient dans cet état. » 

Aussitôt après avoir dénoncé le comportement anormal de son mari, Myriam demande aux services sociaux de placer ses trois garçons dans une famille d’accueil. Les services socio-éducatifs connaissent la triste situation familiale. Il ne se déroule guère plus d’une semaine sans qu’elle soit évoquée lors des réunions de service, le cas de Kévin posant beaucoup de problèmes. On pare au plus pressé, cherchant un foyer parmi les places disponibles dans un périmètre réduit en veillant à ne pas trop éloigner les frères les uns des autres. Dimitri et Dylan trouvent donc asile chez Fabienne Target, à Samer, petite ville où réside déjà Kévin. Les trois frères se retrouvent à une vingtaine de kilomètres du domicile familial. Jonathan, lui, ne quitte pas sa ville. Delphine Chamois vit à Outreau. 

C’est à elles, les tatas, que les frères Delay commencent à confier leurs malheurs. Elles sont rassurantes, gentilles, les tatas. Les garçons se sentent en confiance. « Tata » ou « nounou » sont donc les premières à écouter leurs confessions, qui peuvent surgir au détour d’une petite phrase. Elles hochent la tête, la secouent, mais elles n’interviennent pas, ou peu. Ces paroles spontanées, elles les transmettent le plus directement possible aux assistantes sociales, par téléphone ou lors d’une rencontre. Il en résulte une note, qui tient parfois en quelques lignes et tente de restituer la parole brute de l’enfant, sans chercher à lui donner du sens. Les tatas sont la chambre d’écho de la parole des enfants. Dimitri sera le plus prolixe. 

En novembre 2000, Dimitri se conduit d’une façon choquante à l’école : « Un après-midi, Dimitri a subitement baissé l’arrière de son jogging, a pris un crayon et se l’est enfoncé dans l’anus, puis l’a ressorti et a fait un grand geste du bras pour le faire sentir à son entourage », rapporte l’instituteur. Les assistantes sociales Sabine Joly et Monique Dumont rencontrent l’enfant, et c’est ensuite qu’il leur parle des vidéos porno et des actes sexuels à la maison. Sabine Joly conserve les dessins accompagnés de textes illustrant ses déclarations4. Dimitri lui confie que, le dernier dimanche d’hébergement, son père les a tapés « parce qu’on avait parlé des cassettes porno5 ». Il a huit ans. 

Le 28 novembre, deux jours après le fiasco d’une tentative de reprise de contact entre Kévin, Thierry Delay et Myriam Badaoui, accompagnés de Mme Delay, dans les locaux de l’ASE à Outreau, l’enfant, « très perturbé et déçu », lâche à sa tata Adèle : « Ma mère, c’est une putain, elle aime faire ça! 

– Faire quoi ? demande Adèle Marque.
– Tu ne sais pas tout », répond le garçon.
Alors Kévin vide son sac. Il lui parle des vidéos porno que sa mère regarde avec ses quatre fils à ses côtés avant d’appuyer sur stop et de faire «comme à la télé» avec son père. Il a assisté aux premiers ébats de ses parents le soir de noël de 1995 ou de 1996. Il s’en souvient bien, comme cadeau il avait reçu une cassette vidéo porno6. Pas sûr qu’elle était au pied du sapin, Delay et Badaoui goûtant peu les falbalas de fin d’année selon leur beau-frère : « Dans cette famille, la famille Delay en général, il n’y a pas de cadeaux, ni à noël, ni aux anniversaires. Entre adultes, c’était pareil7. » Cependant, une photo de noël 1998 montre les quatre frères exhibant fièrement leurs cadeaux8. 

Le 30 novembre, Dimitri et Jonathan soutiennent leurs accusations devant les assistantes sociales Sabine Joly et Monique Dumont à l’UTASS d’Outreau9. Un bon mois s’est déjà écoulé depuis qu’ils ont commencé à se livrer à leurs tatas. Dimitri ajoute qu’il a vu son père « mettre son devant dans le devant et le derrière » de sa mère. Ses deux frères approuvent ; et le plus jeune, Dylan, dit : « Ah oui, papa et maman faisaient l’amour ! » La note de cet entretien tombe sur le bureau de Claire Beugnet, responsable de l’ASE du secteur de Boulogne-sur-Mer. La machine s’ébroue. Transmis par la DEF, le signalement parvient au parquet de Boulogne-sur-Mer le 6 décembre 2000. Il ne concerne que Dimitri, Jonathan et Dylan Delay. Les attitudes des gamins et les révélations de Dimitri et de Jonathan font craindre qu’ils ne soient victimes d’agressions sexuelles et de viols commis par leurs parents. Claire Beugnet, au nom du président du conseil général, indique qu’une enquête judiciaire lui paraît nécessaire et demande au juge des enfants la suppression du droit d’hébergement accordé aux parents. Datées des 8 et 11 décembre, quatre notes supplémentaires sont enregistrées le 18 décembre. Dans l’une d’elles est cité Kévin et dans deux autres à nouveau Dimitri, toutes deux précisant les agressions sexuelles et les viols que la fratrie a subis. 

Ce 6 décembre, Kévin est entendu à son tour par une assis- tante sociale et une psychologue à l’UTASS. Il répète les pro- pos qu’il a tenus à sa tata le 28 novembre et laisse entendre que Thierry Delay l’a agressé sexuellement, comme ses frères Dimitri et Jonathan et sa demi-sœur, Marylou, qui vient passer une quinzaine de jours l’été dans l’appartement des Delay à la Tour-du-Renard10. 

Entre le 8 et le 11 décembre, chacun de son côté et devant des personnes différentes, Jonathan et Dimitri révèlent les viols dont la fratrie est victime11. Et puis arrive le 13 décembre12. Ce jour-là, Dimitri confie à Fabienne Target que lui et ses frères sont les objets sexuels non seulement de leurs parents mais aussi de personnes étrangères au cercle familial. Mme Target lui demande d’écrire leurs prénoms sur une feuille. L’enfant s’exécute et inscrit neuf prénoms. 

  • Lucien
  • David D.
  • Aurélie
  • Francirs
  • Julien
  • Michel
  • Frédérique
  • Entounis
  • Matieus

Le « mari de Monique » est la dixième personne qu’il dénonce.                

Mme Target lui faisant préciser l’identité de cet homme, Dimitri répond : « Thierry. » Ce prénom écrit de la main de la tata s’ajoute sur la liste13. 

L’enfant complète ses révélations dans les jours qui suivent. Des scènes terrifiantes. Il est question de manches de couteau et de fourchettes, d’une visite à l’hôpital parce que son « derrière saignait ». Pourtant, il minimise la responsabilité de son père : « Ce n’est pas de sa faute car à lui aussi son père lui faisait ça et […] sa mère l’enfermait dans les placards14. » 

Après ces révélations épouvantables, Fabienne Target conduit Dimitri au local de l’ASE. Devant les référentes, il se ferme comme une huître, il ne sait plus, il se met à dessiner. Mme Target se fait son interprète15. 

Le 18 décembre, Kévin raconte à sa psychologue qu’il a été violé par deux hommes et Dimitri et Jonathan par trois autres, deux femmes étaient présentes. Deux dessins illustrent les scènes dans le salon et la chambre aux loups peints de l’appartement familial. Au moment des faits, Kévin vivait chez une autre tata, Mme Potier, et Dylan n’était pas encore né (avant le 6 août 1996, donc)16. Lui avait six ans, Dimitri un peu moins de quatre et Jonathan deux. 

Le même mois, Jonathan continue de se confier à Delphine Chamois. Il cite des adultes, des hommes et des femmes, nommant Lucien, David Delplanque et sa femme. Il évoque les rapports sexuels entre adultes et des scènes semblables à celles décrites par Dimitri17 impliquant des enfants. 

Tous ces éléments figurent dans les notes des assistantes sociales Sabine Joly et Monique Dumont (ces notes assez fréquentes se feraient moins nombreuses quand les enfants seraient entendus par les policiers de la brigade des mineurs avant d’augmenter dès que ces auditions cesseraient). 

Jusqu’à l’automne 2000, personne, ni dans les écoles ni dans les différents organismes connaissant la situation familiale des Delay-Badaoui, n’a semblé soupçonner une implication des enfants dans les actes sexuels des parents. Des « violences, oui, mais on ne pensait pas du tout à des choses pareilles18 », dira Sabine Joly. 

Le 4 janvier 2001, le parquet reçoit de nouvelles notes de l’UTASS mentionnant des tierces personnes, présumées agresseurs sexuels en présence des Delay et contre rémunération. Aussitôt, le procureur de la République, Gérald Lesigne, demande l’ouverture d’une enquête préliminaire, confiée au capitaine Didier Wallet, chef de la brigade des mineurs au commissariat boulonnais, et au brigadier-chef Daniel Deledalle. Le couple Delay-Badaoui est suspecté d’attouchements sur leurs enfants Dimitri, Jonathan et Dylan. Kévin n’est pas cité dans le document transmis au commissariat de police. 

En l’absence du capitaine Wallet, le début de l’enquête est conduit par le brigadier-chef Deledalle. Mme Carré, substitut du procureur de la République, lui téléphone pour lui dire que le dossier sort de l’ordinaire, en raison de la nature des faits et du nombre possible d’agresseurs. 

Le brigadier-chef Deledalle, seul, se débrouille avec les moyens du bord, qui sont très insuffisants. 

Le 19 janvier 2001, Dimitri ne se limite plus à une liste de dix adultes. Pour quatre d’entre eux, le nom ne laisse planer aucun doute, ce sont des familiers du quartier de la Tour-du-Renard : David Delplanque et sa compagne Aurélie Grenon, Thierry Dausque et Lucien qui « fait des bruits bizarres ». Le prénommé François de la liste, lui, n’est pas cité (ou est-ce Francis, l’écriture maladroite ne permet pas de trancher), mais un second François (Seguin) l’est, ainsi que « Michel qui vend du pain ». Tous ces adultes ont versé de l’argent au couple Delay. Les enfants victimes de ces adultes sont lui et ses frères, sa demi-sœur Marylou, ainsi qu’Éléonore et Jérôme Delplanque. Dimitri atteste de l’utilisation d’une caméra19. 

L’enquête préliminaire dure un mois, sans que le parquet précise les investigations à mener ni leurs délais d’exécution. Malgré l’ampleur que prend l’affaire, le dispositif policier est réduit au minimum, les ressources indigentes : l’immeuble des Merles n’est pas mis sous surveillance, il n’est procédé à aucune filature ni à aucune écoute téléphonique (plusieurs mois s’écouleront avant les premières écoutes de divers suspects). Et, comme le soulignera Me Jacqueline Leduc-Novi, le « terrain était complètement miné20 ». Elle ajoutera : « Pour qu’une enquête de police ait des chances d’aboutir, les investigations doivent être menées dans les premiers temps, et pas après. Après, les gens s’organisent, ils savent qu’il y a enquête, ils s’évaporent dans la nature, et c’est fini21. » 

Entre les premières révélations des frères Delay à la fin du mois d’octobre 2000 et la mise en garde à vue de leurs parents le 20 février 2001, il s’écoule la bagatelle de quatre mois. La réactivité n’a pas été le point fort dans les prémices du dossier. 

Myriam Badaoui elle-même s’en fait l’écho dans une lettre au juge des enfants Tamion datée du 9 février 200122. Après avoir téléphoné aux services sociaux pour demander des nouvelles de ses enfants, elle s’étonne de la lenteur de la procédure (après avoir dénoncé l’attitude de Dimitri, « C’est pas en inventant des choses grave que cela va arranger les choses ») : « nous avons toujours pas reçu de nouvelles de l’enquête qui aurait dû avoir lieu, cela va faire 2 mois et 10 jours23. » 

Le 21 décembre 2000, le juge des enfants Tamion a rendu une ordonnance de suspension des droits de visite et d’hébergement par les parents Delay. Sa décision mentionne « les agressions sexuelles dont [les enfants] auraient été les témoins ou les victimes dans le cadre familial parental ». En date du 28 décembre, le juge Tamion en a informé la DEF et le par- quet. Cette notification, il l’a envoyée aussi à un troisième destinataire. Délivrée en recommandé avec accusé de réception, elle a livré des informations capitales sur les faits reprochés aux principaux mis en cause, le couple Delay-Badaoui. 

On pourrait s’exclamer : Bon sang, mais quelle mouche a piqué le juge des enfants ? Comme signal d’alarme, difficile de faire mieux que d’envoyer au couple Delay-Badaoui un courrier en recommandé avec accusé de réception. Ils n’étaient pas débiles : en lisant le contenu de la notification, très officiellement et noir sur blanc, ils apprenaient qu’une enquête pénale était diligentée par le parquet. Et ils étaient avertis des soupçons graves de nature sexuelle qui pesaient sur eux. Pas besoin de sortir de l’école de la magistrature ni de la cuisse de Jupiter pour comprendre de quoi il retournait. Fin décembre 2000, près de deux mois avant leur garde à vue, Thierry Delay et Myriam Badaoui savaient qu’ils étaient dans le collimateur des gendarmes ou des policiers alors que l’enquête n’avait pas encore débuté. Ainsi était laissée « la possibilité aux époux Delay […] de faire disparaître des élé- ments matériels à charge et de se concerter avec d’éventuels coauteurs ou complices », comme le stipulera dans ses conclusions le rapport de l’IGSJ. 

Erick Tamion expliquera aux membres de la commission parlementaire avoir repoussé l’échéance de sa décision de sus- pension d’hébergement afin de ne pas alerter les Delay, mais, fin décembre, il était contraint de la leur notifier, et la procédure l’obligeait à mentionner les faits reprochés justifiant son ordonnance. 

Hélas ! avec cette lettre du juge Tamion livrant des informations essentielles au couple Delay-Badaoui, le ver est dans le fruit dès les balbutiements de ce qui n’est pas encore l’affaire d’Outreau. 

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24.04.2024 à 11:57

Ovidie (Manifesto!)

David Dufresne

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Il y a (au moins) trois bonnes raisons d'inviter Ovidie. 1, parce que captivant est son documentaire sur Valerie Solanas, ultra féministe ultra radicale (Solanas tira sur Warhol, et publia Scum Manifesto - SCUM pour Society for Cutting Up Men, l’association pour tailler les hommes en pièces). 2, parce qu'elle publie aujourd'hui un nouvel essai : Assise, debout, couchée ! Et 3, parce qu'elle est lauréate internationale Emmy Awards pour sa série Des gens bien ordinaires 2023.

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/O/
Texte intégral (6024 mots)

La rencontre en quelques mots

Son dernier documentaire, disponible sur Arte, raconte l’histoire de Valérie Solanas, l’autrice du manifeste féministe le plus radical de l’histoire des féminismes aka SCUM Manifesto. « Un texte écrit dans les années 60, qu’elle ne définit pas comme féministe et qui a longtemps été considéré comme misandre. Le fait d’avoir tiré sur Andy Warhol, a été pour elle une sorte de happening qui a permis de faire découvrir au monde son texte et sa pensée. » Pourtant, derrière l’aspect jusqu’au boutiste de ses paroles et de son action, Ovidie, rend compte de l’histoire dramatique de cette femme, se revendiquant ouvertement lesbienne et de la genèse de ses écrits, sans pour autant en faire une “héroïne”. 

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Dans son texte, elle aborde des sujets importants encore méconnus à l’époque : « c’est-à-dire qu’elle parle de la PMA, avant l’heure et puis surtout elle fait une critique du système patriarcal sans employer le terme patriarcal, puisqu’on ne l’emploie pas à ce moment-là, mais sa critique est toujours valable. ». Au-delà de l’actualité des propos de l’autrice du manifeste, ce qui intéresse Ovidie, c’est de montrer le caractère novateur de sa pensée, Valérie Solanas ayant été une femme brillante sur le plan académique, sans pouvoir jouir d’une véritable reconnaissance.

On ne disait pas aux petites filles “méfie toi des hommes”. On disait “prends le chien”. Et de fait, j’ai pris le chien toute ma vie.

Ovidie

Assise, debout, couchée

Ovidie nous parle ensuite de son dernier livre : Assise, debout, couchée ! (JC Lattès)paru en ce jour, et qui relate son lien particulier aux chiens : « Des marqueurs biographiques de mon existence » selon son expression. Elle propose une relecture féministe de l’histoire des chiens, un texte qui explique comment femmes et chiens ont, très tôt, été assignés au foyer et aux basses besognes.

Je me suis rendu compte que dans la lutte animale et en particulier la lutte qui concerne les canidés, la plupart des militants étaient en réalité des militantes. Les femmes et les chiens ont ceci en commun qu’ils sont victimes des canons de beauté variables au cours de l’histoire et des cultures. Le chien n’est pas uniquement un compagnon, ni même un chien outil, il est également un chien objet. Il est donc logique que femme objet et chien objet fassent route commune.

Ovidie

A partir de sa relation avec ses 3 chiens et plus particulièrement Raziel « qui a été le chien de ma vie », son ancien compagnon de route, que ce soit sur les tournages de films ou encore au quotidien, elle révèle le rôle réconfortant de sa présence et comme garde du corps, notamment à une certaine période de sa vie : « Raziel, à ce moment là, c’était le seul être sur terre à m’aimer sans aucun jugement, sans aucune morale. ». Elle évoque également le deuil suite à la perte de son animal, en parlant du cas de Mabrouk, la mascotte de l’émission 30 millions d’amis.

Pour terminer, l’autrice revient tour à tour sur l’usage des mots, de l’insulte chienne, et sa réappropriation par certains mouvements militants, puis au lien entre les mouvements féministes du XIXème siècle et les mouvement antivivisectionnistes, et enfin, au rapport des punks aux chiens avec le travail du sociologue Christophe Blanchard.

    Après de nombreux documentaires, livres et podcast, Ovidie poursuit son travail pour soutenir le débat. D’une part en offrant une vision nuancée sur l’oeuvre de Valérie Solanas, une figure « encombrante » du féminisme, mais dont la réflexion accompagne la réalisatrice depuis son premier livre : Porno manifesto jusqu’à son précédent ouvrage : La chair est triste hélas, comme un clin d’oeil à cette ancienne militante. D’autre part, en proposant dans son dernier livre, un témoignage du lien intime qui relie la femme aux chiens, tel le reflet personnel d’un vécu partagé ; une analyse féministe mêlant histoire, sociologie, politique et linguistique.

    Trois questions clés

    De quoi traite le documentaire d’Ovidie ?

    Qu’est-ce qui a poussé l’Américaine Valerie Solanas à écrire un manifeste prônant l’éradication des hommes et à vouloir tuer Andy Warhol ? Retour sur une vie violentée, matrice d’une prose féministe radicale. 

    Qui est Ovidie ?

    Ovidie est une réalisatrice, journaliste, autrice et actrice française.

    Que contient l’ouvrage Assise, debout, couchée !

    Prenant pour point de départ sa propre relation aux chiens, Ovidie questionne leur place dans la société à travers un prisme qui ouvre le regard, notamment sur les liens entre domesticité des femmes et des chiens.

    Ovidie Manifesto [AuPoste]
    Retranscription: Rolland Grosso  Trint 
    24 avril 2024

    David Dufresne [00:00:13] Elle est là, Elle est là. 

    David Dufresne [00:00:15] 

    Ovidie. Ah oui, alors j’ai oublié de te dire, j’ai oublié de te dire ça, c’est le tchat, ça c’est le tchat auquel tu peux répondre. Ok, n’hésite pas quand je te pose des questions qui s’éternisent, qui sont très longues, tu me fais chier. 

    David Dufresne [00:00:35] Ma chère Ovidie bonjour, bonjour. Quels sont ces badges? 

    [00:00:39] Je vois les cassettes. 

    Ovidie[00:00:41] Écoute, je suis désespérée. Parce que mes badges préférés qui normalement sont sur cette poche là sont tombés. Je pense que je les ai fait tomber avec la honte de mon sac. Mais de ce côté là, il y avait. La vie est trop courte pour s’épiler la chatte. Il y avait un badge. 

    David Dufresne [00:00:55] Le Doc. 

    Ovidie[00:00:56] De Bordeaux parce que j’adore les docs de Bordeaux et il y avait un badge. Alors ça, ça m’embête beaucoup de l’avoir perdue. C’était un pin’s avec Laïka, tu sais, la chienne sacrifiée au nom de la science prolétarienne. Et donc de ce côté là, j’ai un utérus Superman. J’ai un badge de Gary Newman dont je suis très très fan. 

    David Dufresne [00:01:15] Et puis. On demande qui est cette Gary. 

    Speaker 1[00:01:17] Gary Gagarine? Gary Newman, c’était un peu un pionnier de la Synth Pop à la fin des années 70, qui existe toujours d’ailleurs, qui fait toujours des concerts. Mais voilà, c’est un peu un pionnier voix de la pop synthétique. Et puis voilà, j’ai une cassette. 

    David Dufresne [00:01:33

    ] Ok, alors je ne t’ai pas dit d’en mélanger aux invités. Alors il y a deux coussins. S’il vous gêne, vous pouvez retourner celui ci. Est ce que ça te gêne? 200 Punk attaque la police. 

    Speaker 2 [00:01:44] Je trouve. 

    Speaker 1 [00:01:44] Ça golri. 

    David Dufresne [00:01:46] Très bien. 

    Speaker 3 [00:01:48] Comment vas. 

    David Dufresne [00:01:48] Tu, ma chère Ovidie, puisque c’est la première fois qu’on se voit en chair et en. 

    Ovidie [00:01:53] C’est la première fois que je suis convoquée au poste. Mais la dernière fois, on avait fait ça à distance. 

    Ovidie [00:01:59] Est ce que c’était parce que c’était une période Covid ou je ne sais plus? 

    David Dufresne [00:02:02] C’est très bien pourquoi, puisque tu m’as engueulé en disant Ah ouais, maintenant un studio, tu vas parler. 

    Ovidie[00:02:07] Deux, J’ai dit que tu t’es embourgeoisé. 

    David Dufresne [00:02:10] Et voilà les donatrices, les donateurs. Arrêtez de filer du pognon car Ovidie vous dit Ouais, qu’est ce que c’est que ça? Vous voyez où ça passe? Franchement.  Qu’est ce que tu penses de ce studio? 

    Ovidie [00:02:20]

     Bah ma foi, écoute ce petit. 

    David Dufresne [00:02:22] Camaïeu orangé comme. 

    Ovidie [00:02:24] Ça, il me plaît. 

    David Dufresne [00:02:25]

     Bien. C’est chouette. 

    David Dufresne [00:02:26]

     Pas trop cheap. 

    David Dufresne [00:02:28]

     Bon non. Sinon pourquoi cette inquiète ta déco, t’inquiète

    Non  pas du tout, pas du tout. 

    David Dufresne [00:02:35] 

    Mais tout à l’heure. Et si je vais te dire pourquoi, c’est parce que tout à l’heure je me suis dit Bon, Ovidie elle, elle fait des documentaires qui sont très, très léchés, on va en parler puisque tu es là pour le documentaire et pour le bouquin, mais je vais faire un petite présentation et avec plusieurs caméras, etc. Et je me suis dit ah oui mais attends, qu’est ce qu’elle va penser de ce studio qui fait de bric et de broc que j’aime d’amour? 

    David Dufresne [00:02:57] 

    Mais voilà. Non, non. 

    Ovidie [00:02:59] 

    Non, notre bien, on est très bien. J’ai pas de retour donc je vois pas ce que vous voyez, vous. 

    David Dufresne [00:03:04] Ah non, je peux même. Pas en juger. Parce qu’en fait, voilà, c’est ça qu’il faut. Ici, c’est ici, là voilà. 

    Ovidie [00:03:10] Mais écoute, ce orange ressort très bien. 

    David Dufresne [00:03:12] Alors normalement, à un moment donné, je vais faire, je vais. Ah, bien évidemment, elle ne marche pas. 

    Ovidie [00:03:16] Aujourd’hui, mais tu sais que ça, c’est la nénette en déco avec ce petit poste. De télé orangé que tu as du chiner  où. 

    David Dufresne [00:03:26] Anaïs il vient de. Il vient du Canada. Il vient de Chicoutimi à l’époque où je vivais avant toi, qui a fait un film et d’ailleurs. 

    Ovidie [00:03:36] On s’était parlé là. 

    David Dufresne [00:03:37] Voilà, c’est pour ça que ce film m’avait en partie parlé parce que je me souviens plus du titre Excuse moi. 

    Ovidie [00:03:43] 36 C’était le procès du 36, ce viol au 36 quai des Orfèvres. 

    Ovidie [00:03:52] On ne peut pas dire ce viol car tu sais qu’ils ont été acquittés. Donc on ne peut pas dire ce viol, on n’a pas le droit. 

    David Dufresne [00:03:56] Euh oui, c’est vrai, qu’est ce qu’on dit alors? Un film sur une affaire qui en est une quand même? 

    Ovidie [00:04:03] Un film sur. Un procès retentissant opposant. 

    Ovidie [00:04:07] Une mini soixantaine, qui était donc une touriste canadienne qui avait accusé deux policiers de la Berri de l’avoir violée dans les locaux du 36 quai des Orfèvres, et suite à de multiples rebondissements judiciaires, ils ont d’abord été condamnés. Ils ont pris sept ans lors du premier procès et ils ont été acquittés en appel. 

    David Dufresne [00:04:27] Il y a au moins trois bonnes raisons d’inviter Ovidie, Une parce que son captivant et son documentaire sur Valérie Solanas, ultra féministe ultra radicale, Solanas tira sur Warhol et publia Scum Manifesto Scum pour Society for Men, l’Association pour tailler les hommes en pièce deux, documentaire qui est actuellement sur Arte. On va en parler deux parce que Ovidie publie à la fin du mois Assise, debout, couché aujourd’hui. 

    Ovidie [00:04:59] On est le 24 avril aujourd’hui. Ben oui, c’est ça aujourd’hui, il sort aujourd’hui. 

    David Dufresne [00:05:03] Et c’est ta première interview. 

    David Dufresne [00:05:05] Fabio, c’est toi, c’est aujourd’hui. Ce matin là, potron minet. 

    David Dufresne [00:05:09] Donc pas trop belle et j’aime bien. J’aime beaucoup cette expression. Donc tu publies aujourd’hui même ce matin. 

    David Dufresne [00:05:16] Il est en train d’arriver chez les libraires et il est déjà là chez la Tess, un essai sur les chiens, meilleurs amis de la femme, dernier rempart contre les autres chiens, c’est à dire les mecs étroits. Si j’ai bien lu le bouquin. Et trois parce que Ovidie, lauréate internationale Emmy Awards pour sa série Des gens bien ordinaires 2023, c’est quand même incroyable. 

    Ovidie [00:05:38] Si c’est vrai, je peux continuer à parader. Je crois que c’est comme Miss France. 

    David Dufresne [00:05:41] Les droits pendant un an de frimer avec ça. 

    David Dufresne [00:05:44] Ton délire? 

    Ovidie [00:05:45] Oui, oui, c’est fou. Non, je m’y attendais pas du tout. Vraiment? Je m’imaginais pas récupérer un gagner un Emmy Awards. Je savais même pas que j’étais en lice. 

    David Dufresne [00:05:53] Déjà, je ne savais. 

    Ovidie [00:05:54] Pas que potentiellement, je pouvais gagner quoi que ce soit et. Et ouais, non, non, c’est fou. Et c’était quand? C’était fin novembre, donc je peux jusqu’à fin novembre. Moi je dis c’est une année, une année Miss France. Pendant un an, je peux dire Ouais, je. 

    David Dufresne [00:06:08] Te voilà Miss France. 

    Ovidie [00:06:11] J’avais vraiment l’impression d’avoir amené la Coupe du monde. Tu vois, dans l’avion, là, en rentrant de New York, avec le prix Ce, vraiment, je ramenais la coupe au pays. On était les seuls Français à avoir gagné quelque chose et vraiment il y avait cette sensation là. 

    David Dufresne [00:06:24] Et depuis, les chaînes s’arrachent les projets. Deauville dit Comment ça non? 

    Ovidie [00:06:30] Mais non, pas tant que ça. Tu vois, il y a pas eu d’avant. Après on propose pas plus, pas moins de trucs qu’avant. Après moi je suis, je suis pas. Je suis un animal sauvage aussi. Et c’est pas forcément les producteurs. Ils peuvent pas forcément m’attraper facilement parce que je suis bien, je suis déjà, je suis, soit je suis en train de bosser, soit je suis chez moi dans ma campagne avec mes chiens. Donc je suis un peu un animal sauvage. Donc non, je ne vais pas dans les dîners en ville, je ne suis pas mondaine, donc ça ne m’arrive pas d’avoir des périodes comme ça qui me tape sur l’épaule. 

    David Dufresne [00:06:59] Ah formidable, on a un projet à vous proposer. 

    Ovidie [00:07:01] Des sports pas trop par contre. 

    Ovidie [00:07:05] Moi je bosse pas mal. 

    David Dufresne [00:07:07] Pauline, avec qui je prépare les émissions, m’a annoncé plein de projets, que ce que t’es en train de vivre, qui sont annoncés, qui sont en route, c’est du délire. 

    Ovidie [00:07:17] Bah je bosse pas mal. 

    Ovidie [00:07:24] Non mais c’est vrai, En plus je bosse pas mal. Je pense que c’est un truc de peur du vide, tu vois. Mais après je fais pas beaucoup la fête. D’ailleurs je fais pas du tout la fête, je bois pas, je me drogue pas, je perd pas beaucoup de temps quoi. Et je pas que j’ai mes amis, je mes clebs, j’ai ma famille, je ma fille. Mais sinon j’ai du temps pour bosser en fait. Puis vu que ça m’intéresse ce que je fais, j’ai quand même ce luxe incroyable que de pouvoir vivre de ce que je fais en fait. Donc ça faut rappeler quand même que c’est une chance. 

     David Dufresne [00:08:02] Tu bosses beaucoup et tu bosses bien. Et d’ailleurs moi je vais essayer de mieux bosser, Je vais recadrer une caméra, celle ci. En fait, il y a ces deux qui nous filment, enfin qui te filment. Il y a celle ci qui fait le plan général et puis celle là qui me filme. Petit timbre poste. 

    Ovidie [00:08:18] En trois quarts dos. 

    David Dufresne [00:08:19] Mon oreille et voilà ton épaule. Voilà, on commence par le film si tu veux bien, et ensuite le bouquin de Valérie Solanas. Donc le documentaire qui est sur sur Arte, est ce que tu veux? Est ce que tu veux résumer sa vie? Ou sinon je raconte les notes que j’ai mais c’est mieux que ce soit toi, non? 

    Ovidie [00:08:40] Écoute comme comme tu veux bien. Valérie Solanas C’est une autrice déjà. C’est l’autrice du manifeste féministe le plus radical de l’histoire des féminismes. C’est l’autrice du SCUM Manifesto, qui est un manifeste qu’elle ne définit pas comme féministe et se définit pas comme féministe à l’époque. C’est un manifeste qu’elle écrit dans les années 60 et qui a longtemps été considéré comme misandre. Parce que bon, petit détail de l’histoire dans ce manifeste là, elle prône l’éradication de la moitié de la planète, c’est à dire l’éradication des hommes. voilà, c’est ambiance. Mais si on fait abstraction de ça, c’est un texte qui était visionnaire et dans lequel elle avait déjà tout imaginé. C’est à dire elle parle. De la PMA. Avant l’heure et puis surtout elle fait une critique du système patriarcal sans employer le terme patriarcal, puisque donc on n’emploie pas ce moment là, mais elle fait une critique du système patriarcal qui est toujours valable. Et c’est ce qui fait que Valérie Solanas, aujourd’hui, elle est étudiante en fac, elle est rééditée, etc etc. Donc c’est une autrice radicale, mais en fait, Valérie Solanas, elle a été surtout connue aux États-Unis pour un fait divers c’est la femme qui, un jour est entrée dans les locaux de la Factory et a tirer dans le tas, à tirer sur Andy Warhol, le laissant pour pour mort ce qu’il est techniquement mort, cliniquement mort pendant pendant quelques minutes, un quart d’heure je crois, ou quelque chose comme ça. Et depuis il est ressuscité d’entre les morts et ce qui a permis d’assoir sa mythologie christique par la suite. Et après, il est mort bien des années après. Mais donc, Valérie Solanas, c’est la femme connue pour ça. À l’origine, c’est la femme d’un fait d’Eve, c’est celle qui a tiré sur Andy Warhol. Et le fait d’avoir tiré sur Andy Warhol a permis de faire découvrir au monde son texte qui était le Manifesto. En fait, c’était un coup de pub. C’était le retour, le quart d’heure de célébrité renvoy

    é en pleine face d’Andy Warhol. Et elle s’est servie de ce happening. On va dire qu’elle a imaginé comme telle pour pouvoir promouvoir son texte Le Manifesto. 

    David Dufresne [00:10:51] Tu retournes sur les sur les lieux du crime. Tu retournes donc à New York principalement, mais pas uniquement. Tu vas aussi filmer les différentes maisons qu’elle a, qu’elle a pu habiter parce que elle a une vie absolument horrible puisque les filles mères à l’âge de treize quatorze ans. 

    Ovidie [00:11:09] Je crois, elle accouche d’un premier bébé à l’âge de quatorze ans, bébé qui sera élevé toute sa vie comme étant sa sœur, c’est à dire tout le monde, la famille, les voisins, tout le monde. L’ensemble du monde qui entoure Valérie Solanas se comportera comme si ce bébé était la sœur de Valérie Solanas et c’est cette enfant ne découvrira qu’elle est la fille de Valérie Solanas qu’une fois adulte. Bien, bien plus tard. Donc ça, c’est une première grossesse et on suppose que c’était son propre père qui était le géniteur de cette affaire. Donc elle a été inceste très tôt. A seize ans, elle tombe enceinte pour la seconde fois a priori d’un marin de passage qui lui même est marié avec des enfants auxquels elle a accouché. Un deuxième bébé, un petit, un garçon cette fois ci, qu’elle vend contre la promesse. Contre des frais d’inscription à l’université, tout simplement. C’est à dire? Elle échange. En fait, je dis elle vend. Mais oui, c’est ça. Elle échange ce bébé, euh, elle va le vend. Un couple de yuppies en fait, qui lui font la promesse de payer ses études, ce qu’ils font pour de vrai. Elle s’inscrit après l’université du Maryland. Elle fait des études de psychologie, de philosophie et à un moment de biologie aussi. Et puis le problème, c’est que dans cette Amérique des années 50, on autorise les femmes à faire des études un an, deux ans, trois ans, mais pas au delà. Et à partir du moment où on arrive dans les classes beaucoup plus hautes, eh bien tous les programmes de recherche, les bourses ne sont attribuées qu’aux hommes et donc à des gentiment poussés vers la sortie. Mais donc, c’est une femme qui part de la galère intégrale, mais qui est une femme très brillante et on le remarque dès le départ. 

    David Dufresne [00:12:51] Voilà. Et à la fac, elle est elle est lesbienne. Oui, c’est ça, l’important c’est que tu retrouves des photos, ces photos. Américaines sont extraordinaires ou ta, ta ta ta ta, tout le monde en toge et compagnie. Et puis elle, elle déparer. Pas avec l’époque d’aujourd’hui, je veux dire en terme de gueule, alors qu’à l’époque on voit bien qu’elle est complètement à part, entourée de mecs, Elle a les cheveux courts. 

    Ovidie [00:13:21] C’est une petite. Bouche si petite bouche. Avant leur petite bouche avec ses chemises à carreaux, des cheveux très courts entourée de filles qui sont habillées comme dans grises, et elles dénotent dès les années 50. Cela dit. Les images de ces femmes en robe. Si, si aussi. Je sais pas si c’est ton image, je dis ça, tu vois. J’essaie pas. 

    David Dufresne [00:13:46] Mais je sais bien. Je sais. Je rigole. Non, non mais. 

    Ovidie [00:13:50] C’est vrai que dans les années 50 se revendiquait ouvertement lesbienne dans l’armée. Déjà dans les années 50 tout court. Mais dans l’Amérique des années 50, c’est quand même s’exposer à être mise en marge de la société quoi. Enfin, je veux dire ça c’est sûr que ça et c’est ce qu’elle fait. Et après, à partir de 1960, elle part à New York où elle découvre un tout autre monde. Elle découvre le village, elle découvre des artistes, elle découvre d’autres camarades de blues avec qui elle partage des piaule ou parc, ou avec qui parfois elle dort directement sur des toits d’immeuble. Et voilà. Et elle rencontre Candice Darling, qui était une icône transgenre à l’époque, qui traînait avec toute la clique Warhol. Et c’est par Candice Darling qu’elle va prendre contact pour la première fois avec Andy Warhol, avec qui elle va collaborer pendant quelque temps. Elle va participer à certains films réalisés par Paul Morrissey et produit par Warhol. Euh, elle va être un peu exploitée. Ils vont la payer. 20 $. 20 $ le film. ce qui est quand même pas très lourd. Et toutes les filles étaient visiblement payées 20 $. Les autres zicos le reliant était payé 20 $ aussi. 

    David Dufresne [00:15:02] Parce que ce que tu montre très bien c’est le côté détestable de Warhol. Après Gauguin n’étant que dans les contrats, dans les, dans les dans les as, ce n’est pas du tout le gars, l’image qu’on en a, si on gratte un peu tout de suite, ça sort. Mais l’image qu’on a, c’est le le génie de New York. Alors qu’en fait, le mec, a priori, et c’est ce qu’elle lui reproche, c’est quand elle lui envoie un premier manuscrit, il lui répond pas et elle lui en veut parce qu’il est incapable de le lui renvoyer. Et elle se rend compte, si j’ai bien compris ton film qui est vraiment super, qui est actuellement sur Arte. En fait, elle est en train de se dire il est en train de me piquer toutes mes idées. En fait, ces idées, on va en parler du manifeste ou en tout cas qu’elle est en train de développer. 

    Ovidie [00:15:54] Ben oui, parce qu’il tourne. C’est une période où il fait beaucoup de films, il produit beaucoup de films réalisés par lui, soit réalisé par Morrissey. Et effectivement, il y a un film par exemple, qui s’appelle Women in Revolt, qui est une caricature des propos féministes de Valérie Solanas, où on voit des femmes qui s’arrachent les cheveux en disant j’en ai marre des hommes. Enfin voilà, de façon un peu ridicule et. Et elle comprend en fait que le temps qu’elle passe avec lui, c’est du temps qu’il prend pour femme pour s’inspirer d’elle, lui piquer toutes ses idées quoi. En gros, c’est la sensation qu’elle a. Et moi, ce que je trouvais intéressant, c’était de s’attaquer un peu à la statue du Commandeur. Parce que Warhol, il est. Moins bien fait. 

    Ovidie [00:16:35] Intouchable. Et il y a un des intervenants qui s’appelle Ben Moréas, qui était un des amis de de Valérie Solanas à l’époque, qui était rentré dans le Pentagone et qui après a vécu en cavale pendant 40 ans face à un anarchiste qui a vraiment un parcours extraordinaire et et qui lui me disait que Franco, devant la caméra, moi je l’ai connu. Il était comme s’il était comme ça, il était détestable. Ça ne justifie pas de se faire tirer dessus. Attention, c’est pas ce que je suis en train de raconter. Parce que quelque part, Warhol, c’était pas le pire des masculinistes de la terre. C’est à dire il était antipathique sur bien des points, mais il méritait peut être pas de se prendre. Alors trois balles. 

    David Dufresne [00:17:14] Trois balles, trois balles. 

    David Dufresne [00:17:16] Trois balles. Alors il y a des gars autour de lui qui se prennent aussi. Des balles perdues. 

    Ovidie [00:17:20] Il y en a. Ouais, Mario Amaïa qui se prend une balle. 

    David Dufresne [00:17:23] Et qui. T’a fait rire. Donc maintenant, tu sais, c’est pas ça. C’est la réaction de. Mario Amaïa qui pour le coup y était pour rien. Il n’avait jamais rencontré Valérie Nasse de sa vie. Il était de passage à New York. Vraiment, il se prend une bastos pour rien et je souris parce que ce n’était pas très grave cette balle là.  

    David Dufresne [00:17:40] Et il s’est plaint auprès de ses amis parce qu’il avait un costume tout neuf et. 

    Ovidie [00:17:44] Il s’est plaint auprès de ses amis. 

    David Dufresne [00:17:45] En disant Mais j’avais un costume tout à fait ruiné. Mon costume a ruiné mon costume, ce costume blanc, ce costume blanc. C’est ça que je trouve. 

    Ovidie [00:17:52] Que je trouve marrant. En revanche, non, Warhol, c’est beaucoup plus grave. Il reste l’opération dure, je sais plus 5 h, quelque chose comme ça. Et il meurt cliniquement pendant que quelque chose comme quinze. Enfin, je suppose. Quelques minutes. 

    David Dufresne [00:18:06] Oui, et d’ailleurs je ne sais pas s’il y a un lien, mais quand on le voit après les tirs, c’est quand il ressuscite d’une certaine manière. En fait, il a le visage marqué qu’on lui connaît alors qu’il l’a moins avant. Donc je me suis demandé si ce visage très dur et presque euh oui, enfin pas refait, mais presque si c’était lié à l’accident ou pas. 

    Ovidie [00:18:34] Déjà son corps est couvert de cicatrices. Après ça, oui, il portera un corset jusqu’à la fin de sa vie, donc il conservera des séquelles de cette affaire jusqu’au bout. Et tout ceux qui l’ont connu à l’époque ont dit qu’il y a eu un avant et un après. Sans compter que Valérie Solanas Après et même après. Même après le son, j’allais dire le procès. Mais il n’y a pas eu de procès, même après son hospitalisation, puisqu’elle sera internée après l’attaque de la Factory. Même quand elle. Quand elle va ressortir de HP quelques années plus tard, elle continuera à le harceler, à passer en bas de chez lui en criant. 

    David Dufresne [00:19:10] Il y aura le Big bang bang! Donc elle lâche pas. Donc je peux comprendre. Je me mets à la place de Warhol, je peux comprendre. 

    Ovidie [00:19:19] Que voilà, que ma santé mentale soit pas au top. Et effectivement, ils disent qu’il y a eu un avant et un après et et ils étaient déjà un peu dans les bondieuseries avant. Mais là il est vraiment à vie, Il est tombé du côté Ah, il a viré très mystique, après quoi. 

    David Dufresne [00:19:35] Il était déjà. 

    Ovidie [00:19:38] Chrétien. Il est catho ou je sais pas catho son catho mais mi catho je crois bien et et bon, il est, il s’est réfugié de plus en plus là dedans quoi. 

    David Dufresne [00:19:53] Sentiers Battants nous précise que les coups tirés sur Andy Warhol lui transperce le poumon, la rate, l’estomac, le foie et l’œsophage. 

    Ovidie [00:20:01] Absolument. 

    David Dufresne [00:20:02] Ici, on n’est pas chez les cons, c’est écrit sur le coussin. Y a un détail, c’est qu’elle laisse quelque chose. Elle, elle, elle tire, il tombe, il s’écroule, il est mort. Et elle laisse quelque chose dans l’appartement. Enfin, dans l’atelier de Warhol. Et après elle, elle se rend finalement au premier policier venu. Elle dit Voilà, j’ai tiré sur Warhol. Pour elle, c’est un geste, un coup de pub artistique, genre Les quinze minutes de gloire. Ben tiens, je vais me les. Je vais me les prendre en plus, comme tu me pique mes idées. L’idée de roman veux tu dire? Est ce qu’elle laisse ou est ce qu’on laisse la surprise? 

    Ovidie [00:20:41] Alors la légende dit qu’elle laisse une serviette hygiénique au sol et qu’elle s’en va et elle se rend. Ça, c’est pas raconté dans le film. Et elle se rend donc au premier policier qu’elle croise. Et ce policier a un nom absolument de drag queen. Ça m’a fait hurlé de rire. Je crois qu’il s’appelle Chi, mais un truc comme ça. Je faut que je vérifie, il faut que je vérifie. Mais c’est vraiment un nom de drag queen, C’est fou. Et donc elle se rend et il y a des images au moment de son arrestation et. Et elle arrive à obtenir finalement ce qu’elle attendait, c’est à dire de l’attention médiatique, non pas pour elle en tant qu’individu, c’est pas pour elle. C’est pas dans un égotrip qu’elle veut tout à coup être connue, mais ce qu’elle veut c’est faire connaître le SCUM, faire connaître le texte, mais faire connaître l’organisation. Alors ce qui est intéressant avec le SCUM, c’est que c’est une organisation, c’est une lutte armée sans troupes quoi. C’est à dire elle est toute seule dans ce cas, elle essaie d’organiser des réunions, des personnes qui viennent à ces réunions du squat qui est censé être un mouvement insurrectionnel quoi. En gros, les personnes qui viennent, ce sont soit des mecs super soumis qui veulent pas lécher des pieds ou qu’on leur marche dessus. 

    David Dufresne [00:21:55] Voilà, donc. 

    Ovidie [00:21:55] Il y a des mecs soumis qui viennent en disant ah ouais, t’as raison, on est des merdes, nous les hommes, on est des merdes et ou alors des femmes qui finalement comme elles sont traumatisées, ont vécu des violences sexuelles etc. Donc c’est un peu ça le combo des réunions du SCUM. Donc en fait, elle, elle était persuadée que son texte allait déchaîner, finalement allait provoquer un mouvement insurrectionnel. Et en fait elle se retrouve toute seule avec son SCUM. Et c’est suite à ça, je pense qu’elle a voulu faire connaître, faire connaître son texte. Après je dis c’est une lutte armée sans troupes, mais d’un autre côté, je ne suis pas sûre qu’elle ait jamais vraiment voulu faire partie d’un mouvement puisque à partir du moment où elle tire sur Andy Warhol, il y a un certain nombre de féministes de l’époque, de féministes qui deviendront des icônes du féminisme radical, je pense à intégrer cette quinzaine ou à Florence Kennedy qui deviendra son avocate, qui était aussi avocate des Black Panthers et tout ça. Il y a pas mal de féministes. Qui ça? Qui s’approche d’elle? Sauf qu’elle ne se définit pas comme féministe. Ce qu’elle dénonce, c’est le patriarcat et. En tant que système, mais elle se définit pas comme féministe. Elle prend un peu pour des rigolos. Elle dit bon, en gros, il n’y a que moi qui passe à l’action. Elles sont là, mais j’en ai rien à foutre de leur mouvement et c’est ce qui fait qu’on ne peut la rattacher à aucun mouvement, aucun mouvement, ni politique, ni rien, aucun mouvement, même anarchiste. Rien. Elle fricote avec Ben Maurras qui est anarchiste. Mais. Mais finalement, est ce qu’elle décrit une forme d’anarchisme quand elle dit quand elle prône le sabotage? Mais elle ne veut pas, elle, faire partie d’aucun mouvement féministe, ça ne l’intéresse pas et elle est même assez désagréable avec elle. Je pense à Tigresse Atkinson, qui donc l’a soutenue et est allée la voir plusieurs fois en hôpital psychiatrique, hôpital psychiatrique 

    où elle subi des violences, des horreurs ou elle subit une hystérectomie non consentie. Il faut voir la violence du truc. Et bien elle est tigresse à l’envoi, elle l’envoie balader, l’envoie chier très très clairement, elle est agressive à la menace et c’est ce qui fait que ça fait le ménage autour d’elle en fait. C’est à dire il y a plein de femmes autour d’elle qui disent c’est bon, on en a marre de se faire agresser, donc c’est pas un personnage lisse. Moi je n’en fais pas une héroïne absolue de Valérie Solanas, elle continuera à harceler d’autres personnes après, donc je n’en fais pas une héroïne absolue. Mais en revanche, je trouve que sa vie est tellement folle et son texte mérite tellement d’être lu que voilà. C’est pour ça que j’ai eu envie de faire ce film. 

    David Dufresne [00:24:25] Absolument. Parce que le film, évidemment, il est porté par le manifeste Scum Manifesto. Si c’est pas un film sur un fait divers, c’est beaucoup plus que beaucoup plus que ça. Est ce que justement y aurait une ou deux phrases du Scum Manifesto que tu connais très par cœur, auquel tu penserais à chaque fois que tu prends le métro ou je ne sais quoi? Espèce de truc qui guiderait ta vie. 

    Ovidie [00:24:48] Alors je ne sais pas si ça guide ma vie, mais il y a un passage que j’aime beaucoup, que j’avais mis en ouverture, en citation, en ouverture, citation d’ouverture d’un de mes livres qui s’appelait La chère Stella et elle commence en disant il faut être, il faut avoir sacrément baisé pour devenir anti baise. Et ça c’est une citation que j’aime beaucoup. De tout ce que Manifesto a dit, je ne me rappelle plus exactement si il faut avoir beaucoup baisé pour devenir anti baise et elle dit que les fils en sont revenus quoi en gros et qu’elles ont tout fait je crois dit le suisse. Bite suce con. Elles ont tout fait maintenant elles veulent du nouveau. Et voilà, J’aime beaucoup ce passage. 

    David Dufresne [00:25:27] Mais qu’est ce que. Parce que ce passage, il est dans ton film évidemment. Et on laisse les gens découvrir le dispositif du film puisque le texte est constamment appelé dans le film. Mais cette phrase qu’est ce que, qu’est ce que, qu’est ce qu’un mec doit entendre quand il entend ça? Et qu’est ce qu’une femme doit entendre quand elle entend ça? Et la phrase exacte c’est il faut avoir beaucoup baisé pour devenir anti baise. 

    David Dufresne [00:25:53] Oui, c’est ça, c’est ça. 

    Ovidie [00:25:56] Bah déjà ce qu’il faut savoir c’est qu’elle n’était pas. Elle n’était pas dans un. Comment dire? Sans entrer dans une morale ou je sais pas quoi en fait. Valérie Solanas, elle se revendique lesbienne. Elle, elle est travailleuse du sexe. Un temps, à New York, elle arrive à gagner sa vie, à survivre. Je dirais plutôt c’est un meilleur terme comme ça, en se prostituant. Donc elle n’est pas dans une condamnation morale des choses qui touchent à la sexualité, en revanche. C’est pour ça qu’elle dit il faut avoir beaucoup baisé pour devenir anti baise, c’est à dire après avoir fait tout le tour de la question et avoir connu les hommes dans ce qu’ils ont de plus odieux on va dire. 

    David Dufresne [00:26:34] Euh ben voilà. 

    Ovidie [00:26:37] Pasta Soit en gros, moi c’est comme ça que j’interprète comme un appel à soit un lesbianisme politique, soit tout simplement à faire une grève du sexe. 

    David Dufresne [00:26:48] Voilà. Le film. Évidemment, il a ceci de merveilleux, c’est que dans les années 60 comme aujourd’hui d’ailleurs, tout est filmé aux États-Unis, c’est à dire l’arrestation est quasiment filmée. En tout cas, il y a le flic qui. Qui sont sortis tout droit d’un polar en noir et blanc qui dit Voilà, elle a été arrêtée pour ça, qui répond à la presse? Elle, on la voit, Oui, en état d’arrestation. Donc il y a toutes ces images comme ça qui sont, qui sont captées. C’est déjà du direct. Toi, tu. Et puis très vite, tu mets des images du Chelsea, hôtel fameux hôtel new yorkais qui est en train de renaître de ses cendres. A mon avis, version Beaubourg. 

    Ovidie [00:27:37] Qui devient un hôtel chicos. 

    David Dufresne [00:27:38] C’est ça. Mais c’est l’hôtel new new-yorkais par excellence où on a Sid Vicious a tué sa femme. Bien, très bien. Mais il y a eu aussi tout un tas d’écrivains qui ont échoué là, parce qu’en fait c’était plus un abri, etc. Et donc, au début de ton film, je vois des images Super huit et je me dis mais c’est magnifique, Mais. 

    David Dufresne [00:27:59] Comment elle a fait? Après je après. Après je vois. Dans des bled paumé sa maison, puis après son truc. Je me dis mais là là. Ah ouais d’accord. ] Donc à l’époque il était allé filmer sa maison, etc. Et puis petit à petit, je me dis mais en fait, Ovidie est. Une petite maline. 

    C’est une petite maligne malhonnête. C’est comment? Ça m’a fait un filtre. Instagram qu’elle me fout là? Alors c’est quoi un filtre Instagram? 

    David Dufresne [00:28:30] Alors c’est quoi? C’est quoi cette fois ci? 

    Ovidie [00:28:32] Les trois quarts du film? On est en super huit. On a pris un super huit, Carrément. 

    David Dufresne [00:28:37] Ah oui, oui, oui, on n’a pas fait. 

    Ovidie [00:28:39] Moi j’aurais cru que c’était Netflix. 

    David Dufresne [00:28:42] Ou quoi. Hein? Je t’en ai voulu à la fin, mais je suis hyper heureux que ce soit. 

    En super huit maintenant. 

    Ovidie [00:28:47] Mais c’est un super huit donc. 

    Ovidie [00:28:49] Il nous Manque du matériel d’archive. Qu’est ce que la vie de Valérie Solanas et peut documenter? 

    David Dufresne [00:28:56] Ben oui, oui, bien sûr! 

    Ovidie [00:28:58] Et pour tout te dire, je crois vraiment qu’on est les premiers à avoir fait un documentaire sur Valérie Swann parce que je n’en ai pas trouvé d’autres. Aux États-Unis, y a rien. Il y a une biographe qui a écrit un livre Voilà sur la vie de Valérie Solanas. 

    David Dufresne [00:29:09] Qui donc? Qui est dans ton film exactement? 

    Ovidie [00:29:12] Brian Phase, qui a écrit donc un livre sur Valérie Solana et il y avait eu un film de Marie Arwen aussi, tu sais, qui était la réalisatrice d’American Psycho qui, dans les années 90 avait sorti un film sur une fiction. Mais en docs, on est vraiment les premiers et là bas, elle est vraiment complètement oubliée. Solanas Donc ça n’a pas été évident de retrouver toutes ces archives là dont tu parlais tout à l’heure, mais il nous manque évidemment du matériel d’archives. Je me suis dit Qu’à cela ne tienne, on va recréer notre propre matériel d’archives qu’on va mélanger aux vraies archives et donc tout le film, c’est ça. C’est un mélange des archives que nous avons recréé et qu’on a mélangé, mais pour que ça fasse vrai et pas que ça fasse genre un filtre. 

    David Dufresne [00:29:54] Instagram comme tu disais tout à l’heure, c’est ça. 

    Ovidie [00:29:57] Que tout le monde fait un peu ça maintenant, on met un espèce de faux filtre à la con. Nous, on a vraiment tourné en Super huit, on est bien. 

    David Dufresne [00:30:03] C’est génial alors c’est génial! 

    David Dufresne [00:30:05] Mais bien sûr que non! 

    Ovidie [00:30:07] Mais c’était hyper angoissant parce que on est parti à deux avec Lionel. Il y a quelqu’un qui sait qui est mon chef OP. Ouais, de plein d’autres projets aussi. Et on est parti avec une toute petite caméra super huit et on les amenait régulièrement au labo. On n’a rien doublé en vidéo, on a rien doublé. À un moment, on était dans l’avion du retour, on venait de tourner pendant dix jours comme ça, tout en super huit. On s’est dit mais. Est ce qu’on a bien fait parce. Qu’on n’avait pas vu l’ombre d’une image. Donc, et c’est vrai que le Super huit est aléatoire. Enfin je veux dire, on peut cramer une pelloche, on peut peut être détériorer un peu. Enfin, il peut y avoir plein de problèmes avec le Super huit. Et nous on est rentrés en France en disant ok, bah maintenant on va attendre que tout soit développé, que le labo nous renvoie, numérise tout ça aussi, nous renvoie ça par disque dur, par je sais plus comment et. Et oui, il y avait une.Main jusqu’au bout. 

    Ovidie [00:30:56] Je ne sais pas. Il a fallu quand même trois semaines avant de recevoir tous les rushes et pendant trois semaines, on a balisé. On s’est dit mais c’est parce que c’est inutilisable tout ce qu’on a fait. Mais oui, non, c’est un risque de partir juste avec la caméra Super huit. 

    David Dufresne [00:31:08] Mais écoute, je suis très heureux d’avoir vu un film tourné en Super huit, ça me plaît beaucoup. 

    Ovidie [00:31:15] Il n’y a que les interviews, bien sûr, qui sont tournées en vidéo. 

    David Dufresne [00:31:17] Bien sûr, bien sûr, bien sûr. 

    Ovidie [00:31:18] Histoire de sons, de plein de choses quoi. 

    David Dufresne [00:31:20] Alors je laisse découvrir qui parle. Parce que c’est assez, C’est assez. D’abord, il y a des yeux qui parlent et comment les gens parlent. Il y a des gens qui sont âgés évidemment, qui ont connu, mais bon, c’est assez rigolo. Il y a une ironie de l’histoire dans les témoignages que tu peux retrouver, mais je laisse les uns et les autres découvrir tout ça. Finalement donc, le manifeste va sortir. Il y a le méchant dans l’histoire qui est un éditeur français, mais passons, mais qui est quand même assez bon aujourd’hui. Toi tu dis, tu nous as dit tout à l’heure en fait, c’est une des figures les plus radicales, si ce n’est la plus radicale du féminisme. Et dans le même temps, tu nous dis mais en fait, elle ne se considérait pas comme féministe. 

    David Dufresne [00:32:02] C’est vrai. Est ce qu’il y a pas un malentendu? Euh. Il est 9 h 30. Je sais que c’est une question. 

    Ovidie [00:32:12] Est ce qu’il y a un malentendu? Je pense qu’il y a eu un malentendu, ne serait ce que dans son interprétation, c’est à dire pendant très longtemps. Je crois qu’on a cru que les deux textes de Valérie Solanas Manifesto et Horace dans Ton cul, qui est une pièce de théâtre, s’appellent Dans ton cul. On a cru que c’était une espèce de pantalonnade, on a cru que c’était drôle. Je pense que c’est là où est le malentendu, c’est qu’il y a beaucoup, beaucoup d’euphémismes.  Moi y compris en fait, jusqu’à ce que je commence à travailler sur ce film. Pour moi, elle poussait le truc tellement à l’extrême que c’en était drôle. Enfin, il y a des passages qui sont vraiment de l’ordre de la jubilation ou quoi. Quand on lit ça, on rigole, on ne peut pas s’empêcher de rigoler parce que c’est tellement violent et tellement de mauvaise fois aussi, par moments, je me dis enfin voilà, c’est pas possible. Et non, en fait elle était premier degré et moi c’est ça que j’ai trouvé intéressant en bossant sur ce film. En fait, je me suis dit mais on s’est planté depuis le départ, elle était full premier degré en fait dès le départ elle était pas et elle faisait pas gaffe. C’était pas un trait d’humour et. Ça j’ai joué. 

    Ovidie [00:33:15] Et quand elle prône l’éradication des hommes, moi je pensais que c’était un symbole, que c’était tuer symboliquement le patriarcat, l’hétérosexualité, etc. 

    David Dufresne [00:33:23] Et donc quand j’ai posé la question à ces deux amis. 

    Ovidie [00:33:26] Jérémiah, Newton et ben Montréal, j’irais bien. Newton me dit non, non, c’est pas un symbole. 

    David Dufresne [00:33:30] C’est pas un symbole. Elle les détestés mais pour de bonnes raisons. Pour des symboles, je les ai trouvés super drôles. 

    Ovidie [00:33:36] Et il y a son camarade Ben mourir qui qui raconte que qui traînait souvent ensemble et qui un jour il lui a dit mais Valérie, on traîne tout le temps ensemble, on fait des actions, des manifs ensemble. Et tu veux éradiquer les anneaux? Ça veut dire tu veux me tuer moi aussi? Elle réfléchit comme ça, Elle dit J’y avais pas pensé, mais tu seras le dernier mec qu’on tuera. 

    David Dufresne [00:33:57] Ouais, c’est très drôle. 

    Ovidie [00:33:58] Mais en fait, tout ça pour dire, maintenant, elle est totalement au premier degré. Pour moi le malentendu il est là, c’est que c’est pas juste un texte drôle genre misandrie comique, C’est vraiment elle y croit parce.Sophie. Après d’un autre côté, elle y croit, mais il faut quand même pas oublier tout ce qu’on s’est dit tout à l’heure. Elle a été en SST des plus jeune âge à seize ans, elle a deux grossesses non désirées, elle est travaille comme travailleuse du sexe donc avec toute la violence qui va avec. Elle est multi traumatisé. Bien sûr, sa vie est une accumulation de traumatismes quand même. 

    David Dufresne [00:34:30] Bien sûr, bien sûr. Et si, si, j’ai bien compris. En fait, il y a 25 ans, tu publies ton manifeste Oui. 

    Ovidie [00:34:39] Du porno manifesto. 

    David Dufresne [00:34:40] Ouais. 

    David Dufresne [00:34:41] Qui est qui évoque, je crois, le Scott Manifesto? En tout cas, tu as, tu as, tu as ça en tête ou pas du tout? 

    Ovidie [00:34:48] Bah le titre petit, voilà, le titre c’était. Je ne sais pas si on peut dire ça, un hommage, mais c’était à minima un détournement on va dire. Bien sûr. Mais ce qui est marrant, c’est qu’à l’époque où je choisis ce titre Porno Manifesto donc je sais pas, ça devait être en 2001 ou quelque chose comme ça. Je crois encore moi, que c’est de l’ordre de la blague. Lorsque le Scum Manifesto je. 

    David Dufresne [00:35:11] Crois comme c’est ça parce que je l’ai pas. 

    Ovidie [00:35:13] C’est. Je crois que c’est Lauren Bastide qui avait cette cette formule qui disait C’est la grand tante encombrante dans les repas de famille, on sait pas avec qui on ne veut pas s’asseoir à côté d’elle. Il y a un truc un peu comme ça avec Valérie So La nation, elle est un peu embêtante, c’est le caillou dans la chaussure du féminisme quand même. Parce que ce qu’elle dit du côté des féministes qui disent mais non, il faut ou on ne peut avancer qu’avec des hommes, etc. Bah elle est là et dès le départ en fait, c’est ce que racontent les féministes de l’époque. Ce que raconte Tigresse Atkinson a dit dès le départ il y a une scission en deux au sein du mouvement du féminisme entre celles qui sont prêtes à défendre Valérie Solanas. Mais oui, il faut défendre des actions violentes et celles qui disent non, non, non, non, non, non, Il faut que le féminisme, au contraire, il soit plus respectable, audible auprès du plus grand nombre, etc. C’est un débat militant, vieux comme une histoire du militantisme, en fait. 

    David Dufresne [00:36:07] Mais est ce que l’idée. 

    Ovidie [00:36:08] Déclinable à plein d’autres, puis à d’autres niveaux, on peut parler de ça pour l’antispécisme, pour l’anticapitalisme. Pour plein de choses. 

    David Dufresne [00:36:15] Mais que veux tu qu’on retienne d’elle à travers ton film? Est ce que tu as envie que les gens en suite se précipitent sur ton manifeste? Tu voudrais qu’on retienne d’elle quoi par rapport à ses idées, j’entends. 

    Ovidie [00:36:29] Par rapport à ses idées? 

    David Dufresne [00:36:30] Ouais. 

    Ovidie [00:36:31] Moi je trouve que ce qu’elle dit sur la destruction du système et tout ça, je trouve que c’est toujours, toujours valable. Qu’est ce qu’on retient d’elle? Si tu veux, j’ai un peu le même rapport à la nasse qu’un mec comme Théodore Kaczynski par exemple. C’est à dire on est un peu emmerdé par des passages à l’acte qu’on n’approuve pas. Enfin, moi perso j’approuve pas Unabomber, mais qui est Solanas comme telle qu’elle s’inscrit, y laissent derrière eux des textes qui eux sont rationnels, c’est à dire des personnalités qui dans les deux cas, ont. Ont de graves problèmes psychiatriques et elle souffrait quand même de paranoïa schizophrénique. Je crois que c’est ça le diagnostic Kavinsky. On sait aussi et l’un comme l’autre, ils ont laissé des textes importants. Manifesto Kinski y laisse la société industrielle et son avenir. Mais. Le problème, c’est que dans leur passage à l’acte. Moi en tout cas, je n’approuve ni l’un ni l’autre. Et je me dis c’est pareil ou c’est ce qu’on a dit tout à l’heure. C’est bien de s’attaquer à la statue du Commandeur, mais il y avait pire que lui pour se prendre une balle quand même. En fait, c’est pas le pire des masculinistes de la Terre. C’était pas le plus sexy de la terre, ce n’était pas c’est pas la pire pourriture. C’était même potentiellement ce qu’on appellerait aujourd’hui un homme allié. 

    Appelait ça les hommes auxiliaires. Aujourd’hui, on appellerait ça un homme allié ou un homme déconstruit. J’en sais rien, mais il serait plutôt dans ce camp là, du côté des hommes alliés aujourd’hui. Donc ce n’était pas la fin. Et pour eux et pour Unabomber, c’était pareil. Il y a des gens qui sont morts qui méritaient pas, genre une secrétaire dans telle fac parce que c’est elle qui a ouvert le machin. Enfin si c’est pareil, c’est ils sont emmerdants. Je pense que je pense que sous la masse de caillou dans la chaussure, le féminisme Kaczynski c’est le caillou, le caillou dans la chaussure de je ne sais pas comment on peut appeler ça du survivalisme avant l’heure de. L’éco terrorisme avant l’heure ou de je sais pas comment, je sais pas dans quoi il faut le classer d’ailleurs. 

    David Dufresne [00:38:39] C’est compliqué Unabomber, c’est compliqué. Vas y, prends du café, je t’ai mis de l’eau aussi si tu as besoin de médocs. 

    Ovidie [00:38:47] C’est des gens qui ont écrit des choses qui par endroits sont sensées. Le problème c’est que le passage à l’acte l’est beaucoup moins. Quoi? 

    David Dufresne [00:38:57] Dans les milieux féministes que tu fréquentes et dont tu fais partie, et pas qu’un peu. La question de la violence qui est soulevée par Solanas, elle est évoquée ou pas du tout dans. Dans le féminisme actuel féminisme. Est ce que c’est une éventualité? 

    Ovidie [00:39:26] Il y a de, comment dire, de l’activisme. Avec des actions qui ne sont pas loin de la prop ou d’une forme d’activisme. Il y a des activistes féministes qui sont de plus en plus. Je ne suis pas sûr qu’on parle ou qu’on puisse parler de violence à proprement parler. Là, je cherche qui parmi les activistes pourrait avoir des actions coup de poing? Oui, des actions violentes, c’est à dire au point de s’en prendre physiquement à d’autres personnes hommes. 

    David Dufresne [00:40:01] Il y a des engagements physiques. Où il y a des. plus connus, c’est les Femen. 

    Ovidie [00:40:05] Oui, c’est vrai. Il y a eu, il y a eu effectivement les Femen. On peut, on peut leur accorder ça. Moi, ce n’était pas ma tasse de thé, en effet. Mais on peut leur accorder ça, c’est qu’effectivement il y a eu un engagement physique. 

    David Dufresne [00:40:15] Voilà. Kiki Au tout départ en tout cas en Russie d’ailleurs, qui les exposait sérieusement à la répression. Mais il n’y a pas d’attaque aux personnes et ça n’est pas évoqué. Il n’y a pas des fanzines qui parlent de ça, il n’y a pas des émissions qui parlent de ça. Ce n’est pas. 

    Ovidie [00:40:36] Certainement que du côté des Anashka féministes, il doit y avoir, il doit y avoir ça. Mais. Même du côté des anars café mise que je connais. Il n’y a pas ça en revendication. De toute façon, je pense que ce n’est pas trop le moment ni la période. C’est comme ceux exposés. Pas mal de. C’est un peu casse gueule quoi. 

    David Dufresne [00:41:06] Ah oui, c’est s’exposer à beaucoup, beaucoup d’emmerdes. 

    Ovidie [00:41:10] De surveillance, de. 

    David Dufresne [00:41:11] Plein de choses quoi. Donc? Elle n’est pas. 

    Ovidie [00:41:14] Mais non, effectivement, c’est pas. Si, si, je dois réfléchir. Par exemple, ce n’est pas forcément dans l’ADN des féminismes de passer, de basculer du côté de la violence. Je réfléchis, je réfléchis, je réfléchis même à des mouvements où il y a eu pas mal de femmes. Je pense à la libération animale où il y a quand même eu pas mal proportionnellement par rapport aux autres. 

    David Dufresne [00:41:40] On va en parler après. Vers ton livre. Ben on en parlera après. Mais même là. 

    Ovidie [00:41:47] Dans la lutte de la cause animale par exemple, l’un des préceptes de la LF, c’était de dire qu’on ne s’attaquait, on ne faisait mal à aucun animal, y compris l’animal humain. Donc ce truc de. Après je dis peut être des conneries. 

    David Dufresne [00:42:01] Non, non, il y en a. Il y a sanssévirina qui te demande pourquoi? Pourquoi attendre? 

    Ovidie [00:42:07] J’ai pas envie de rouvrir. 

    David Dufresne [00:42:09] Sur les femens. T’as pas envie. 

    Ovidie [00:42:10] J’ai pas envie de rouvrir ce tiroir là parce que j’avais émis des réserves à l’époque, mais c’était il y a dix ans déjà. Je crois qu’il faut être sur. En 2013 y avait, je vais vraiment résumer, mais il y a eu. Deux choses. Moi qui m’avait un peu heurtée à l’époque, c’était leurs positions radicales contre le travail du sexe. Moi je dis ok, on a le droit de ne pas être d’accord et tout ça. Mais je me souviens par exemple était intervenu dans un salon qui est un salon d’érotisme. Ok, très bien. Action Publique est arrivé dans un salon de l’érotisme, pas de souci. Mais il y avait Quand elles sont arrivées, il y avait une liseuse qui était sur la grande scène qui faisait son show, qui était déjà quasiment nue, en talons hauts, etc. Ils ont grimpé sur la scène, pourquoi pas? Sauf que cette nana qui est en situation de vulnérabilité, qui était nue, etc. Elles l’ont poussée. Il y avait quand même le vide de la scène derrière. Et là je me suis dit on ne s’attaque pas physiquement à une autre femme, encore -1 femme qui est nue en talons. De quoi on ne s’attaque pas physiquement. Donc ça, c’était un truc. Ça faisait partie des choses qui m’avait choqué à l’époque. Et puis il y avait quelques petits discours que je trouvais un peu islamophobe qui moi m’avaient, m’avait heurtée. Voilà. Mais voilà, c’est une vieille histoire. Je sais pas ce qui reste aujourd’hui du mouvement Femen. Pour être très clair, il y avait des genres dans ce mouvement là que je trouvais très chouettes, comme Eloïse Bouton, etc. Il y a quelques Françaises qui ont fait partie de ce mouvement là et qui continuaient à avoir des activités militantes et que je respecte. Voilà, je sais qu’il y en a qui en sont revenus, mais je ne sais pas où en est Movember aujourd’hui. 

    David Dufresne [00:43:51] Et est il possible de mobiliser des stratégies violentes? Est ce que là on parle du film et de son en retirer? Ces sommes sommes le nerf qui pose cette question Est il possible de mobiliser des stratégies violentes sans retomber dans des travers virilistes? 

    Ovidie [00:44:05] Ah mais ça c’est une super question! 

    David Dufresne [00:44:07] On n’est pas franchement et on a pas chez les cons

    Ovidie [00:44:10] Non mais c’est vrai, c’est vrai, c’est une super question! C’est une super question. J’ai pas la réponse mais effectivement c’est vrai que c’est une super question et ça explique peut être justement que ce ne soit pas forcément ce que je disais tout à l’heure dans l’ADN des féminismes de passer à cette action violente ou en tout cas qui s’attaque physiquement. Et c’est et aussi c’est pas dans l’ADN de la lutte animale. Non plus. Voilà. Donc effectivement, est ce qu’on peut passer du côté de. Ben moi j’en ai vu pas mal de camarades ou d’anciens camarades qui avaient été fascinés par ce truc et je me posais la question. Je me disais est ce que c’est est ce que c’est presque kink? C’est sexuel, peut être même un truc un peu viriliste, la dégaine d’Alex Castanier en fait, je sais. Non mais c’est une vraie super question. 

    David Dufresne [00:45:04] A propos de Castanier, je fais une association d’idées. Est ce que tu as vu le film de Christine Angot? 

    Ovidie [00:45:10] Non, je n’ai pas vu. 

    David Dufresne [00:45:12] Ah, il faut aller voir. 

    Ovidie [00:45:13] Oui, je sais qu’il faut que j’aille le voir. Bien sûr. 

    David Dufresne [00:45:15] Une famille ou de la famille, Une famille. Parce que justement, il y a, il y a un moment de violence de deux femmes, pas lesquelles. Ils en viennent quasiment aux mains et ai je pensais à ça par rapport à la question? Non. Il faut vraiment aller voir ce film. C’est un film qui est puissant et très très puissant sur sur l’inceste et le silence des de la famille. Alors j’ai l’impression que Pauline ne remonte pas les questions. En tout cas je les ai pas, alors je suis désolée, j’essaie de les prendre au débotté. Cyprine te demande Penses tu que la radicalité peut elle exister sans une forme de dogmatisme? De la pensée? 

    Ovidie [00:45:54] De quoi, de quoi? J’ai pas entendu le début. 

    David Dufresne [00:45:56] Alors Cyprine 666 Le chiffre du diable. Penses tu, ma chère, dit que la radicalité peut exister sans une certaine forme de dogmatisme de la pensée. 

    Ovidie [00:46:14] C’est encore. 

    David Dufresne [00:46:15] C’est encore plus emmerdant comme question que quand je dis emmerdant. 

    Ovidie [00:46:20] C’est encore plus difficile à répondre parce que c’est des vieilles questions, des vieux débats et on en a pas forcément. J’ai pas forcément de position tranchée là dessus. J’ai tendance à penser qu’effectivement on a du mal à échapper à un certain dogmatisme à partir du moment. Et d’un autre côté. C’est compliqué parce que d’un autre côté, on n’est pas là pour être tiède non plus. C’est compliqué. C’est pour ça que j’aime bien finalement je crois, le personnage de Solanas. C’est comme disait alors c’est venu par une lutte armée sans troupes. Elle est dans une certaine radicalité, mais mais elle est toute seule aussi, ne crée pas un mouvement avec elle. 

    David Dufresne [00:47:06] Elle essaie quand même de créer des dogmes, des règles, du SCUM. 

    Ovidie [00:47:10] Mais finalement, elle échoue. Mais l’a t elle vraiment voulu? Et. Le meilleur moyen d’échapper à ce dogmatisme, c’est d’être. 

    David Dufresne [00:47:21] C’est d’être tout seul ou toute seule. Je crois que c’est ça. 

    David Dufresne [00:47:26] Le danger dans les féminismes d’aujourd’hui. Tu nous où tu nous inviterai à les regarder, nous à dire qui a regardé quoi. 

    Ovidie [00:47:35] C’est vrai qu’en ce moment on redécouvre aussi beaucoup de textes. Soit tout le monde redit, tout le monde, plein de gens redit Stig par exemple, parce qu’il y a une vraie remise en question du système hétérosexuel système hétérosexuel. C’est pas juste l’attirance d’un homme, d’une femme. C’est vraiment en tant que en tant que système politique pratiquement. Donc il y a une grosse remise en question de tout ça. Et moi j’observe ça avec intérêt. Alors, on va dire parce que moi je suis, je suis un peu concerné, je suis un peu dedans. Mais tout ce qui est rejet de la sexualité ou de l’hétérosexualité, je trouve que c’est vachement intéressant. Il se passe un truc. Ça n’avait pas été remis en question à ce point jusqu’à présent. Vraiment, il n’y a pas eu de vraie réflexion là dessus. Je reviens à la citation tout à l’heure de Valérie Solanas, soit avoir beaucoup baisé pour devenir anti baise. Il se passe quelque chose de cet ordre là qui n’est pas de l’ordre de la morale, qui n’est pas Allez, on fait tous ceinture pour faire plaisir au petit Jésus. En fait, il y a un truc qui est vraiment une volonté de se sortir d’un système. Et parce que c’est un job à temps plein d’être une femme six cisgenre hétéro en fait. Donc il y a la volonté de se sortir de ça. Ça, c’est, je dirais, c’est dans c’est un homme, c’est dans l’air du temps et je trouve ça vraiment intéressant. 

    David Dufresne [00:48:55] Donc ça, c’est dans le courant de pensée, on va dire. Et sinon, dans les les groupes, dans les comptes à suivre, dans les les réunions, se rendre, euh. 

    David Dufresne [00:49:08] Bon. 

    Ovidie [00:49:09] En ce moment c’est pas ça qui manque je pense. Il y a plein de gens, plein de femmes, je peux en citer plein qui agissent à des niveaux complètement à des niveaux divers on va dire, mais qui sont efficaces, c’est à dire mis tout, sans mauvais jeu de mots, mis tout ça nous il. 

    David Dufresne [00:49:24] Était pas mal, il était pas mal. 

    David Dufresne [00:49:26] Et tout cela mis ensemble. 

    Ovidie [00:49:30] Ça créé finalement. Mais même si, même si voilà, il y a plein de féminismes différentes, tout cela en ce moment crée quand même un mouvement. 

    David Dufresne [00:49:40] Un mouvement. 

    Ovidie [00:49:42] Un mouvement. Mais même si ce sont par exemple des gens qui n’ont rien à voir, je trouve par exemple que ce que le travail que fait Andréa Bescond et ce qu’a fait Judith Gode Reich en l’espace de trois mois, je trouve ça très fort en fait. Par exemple, on peut dire il y en a qui vont dire Oui mais Judith c’était je m’intéresse au féminisme, on s’en fout en fait, on s’en fout. Même si elle avait commencé avant hier à s’intéresser aux questions féministes, ce serait déjà ça n’enlèverait pas l’importance de ce qu’elle est en train de faire. En l’espace de trois mois, elle se retrouve convoquée, auditionnée, pas convoquée devant le Sénat. Je veux dire. Sa parole porte. Elle arrive un peu grâce à elle quand même. Qui est arrivée cette cette nouvelle règle maintenant qui impose aux mineurs d’être accompagnés sur les tournages? Il se passe un truc. Je veux dire, on était resté quand même. Il n’y avait pas eu de vraie mine. Tout du cinéma avant. Avant Judith, quelque part. Enfin, je veux dire, on décernait des Césars à Polanski il y a trois ans, Quoi encore? Donc ça prouve bien que nous, on avait pas pris acte de tout ça. Et donc pour moi, il peut y avoir des personnes qui ne sont pas forcément des personnalités les plus radicales du féminisme et qui sont extrêmement importantes en ce moment pour ce qu’elles sont en train d’accomplir. Et je pense à Judith et Andréa Bescond était là avant elle. Mais c’est intéressant aussi ce que fait ce que fait Andréa. Et en fait, si on prend des petits bouts partout de ce que chacune fait sans forcément être d’accord sur l’ensemble de ce que la personne défend, parce qu’encore une fois il y a une multiplicité de féminismes. Et puis nous on est championnes des guerres de chapelles. Diviser pour mieux régner, ça c’est clair que nous, on en est les premières victimes. Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de guerres, de chapelles. Mais comme dans tout mouvement politique radical en fin de compte et. 

    David Dufresne [00:51:24] Il y en a pas un peu plus. 

    Ovidie [00:51:25] De guerres, de chapelles? 

    David Dufresne [00:51:26] Je suis quand même frappé de la violence verbale qu’il peut y avoir entre les groupes, entre les. Alors que l’horizon est quand même le même. Enfin je veux dire, voilà, c’est le féminisme on va dire. Je suis quand même Ouais. 

    Ovidie [00:51:44] Ouais, c’est même un peu. C’est un peu fatigant, C’est un peu épuisant parce que cette énergie là, déjà, on se fait attaquer par tous les masculinistes de la Terre. Et cette violence, on la subit quand même. Soit il y en a qui la subissent même juste physiquement, parce qu’il y en a qui se font emmerder jusque chez elle quand même. C’est. Les masculinistes pour organiser des raids y sont quand même aussi champions. Du jour au lendemain, on peut se retrouver bombardé. O.K. Je trouve que cette énergie qu’on dépense à se tirer dans les pattes, c’est une autre. Je pense que c’est l’énergie qu’on devrait canaliser. Contre, je ne sais pas, l’ennemi, vrai, quoi. Et bon, Mais ça, c’est valable encore une fois pour toutes les luttes. Mais moi, ce que j’essaie de faire, c’est de ne pas émettre. Ça fait des années que je m’efforce de faire ça à Disco Fin. Oser faire ça aussi. Je ne dis plus de mal d’une autre féministe, c’est à dire parfois même je me sais, mais ça m’est déjà arrivé de me faire alpaguer sur les réseaux sociaux par des féministes qui ne défendent pas les mêmes choses que moi, qui peuvent par exemple des féministes abolitionnistes qui vont m’agresser en me traitant de proxo ou je ne sais pas quoi. En gros, ce que je vais dire, c’est qu’il faut défendre les droits des travailleuses du sexe par exemple dans la proxos. 

    David Dufresne [00:53:05] Euh je, je. 

    Ovidie [00:53:08] J’ai pas envie moi, de cette énergie là, je l’ai pas, je n’ai pas le temps, j’ai pas l’envie d’aller me battre contre d’autres féministes. Donc à partir du moment où il n’y a pas de vraies attaques dangereuses ad hominem me concernant ou de je, je réponds pas et j’ai pas envie de gaspiller cette énergie en disant ah oui mais moi je suis pas d’accord. Je vais vous expliquer pourquoi j’suis pas d’accord. C’est pour ça que tout à l’heure j’ai eu un peu une réaction de zouave. J’ai pas envie de rentrer dans le débat de pourquoi les Femen c’est pas ma tasse de thé. J’ai des faits. Je me souviens, il y a dix ans, j’ai écrit un article Pourquoi c’était pas ma tasse de thé? Et après je l’ai un peu regretté. Non pas pour ce que j’avais écrit parce que j’étais raccord avec ce que j’avais écrit, mais parce que je me suis dit merde, cet article, finalement, il vient donner raison à plein de gens de droite en gros, qui avaient envie de taper sur les Femen. Et je me suis dit voilà, j’ai pas envie de servir ça. 

    David Dufresne [00:53:57] Est ce que. Est ce qu’il y a dans le monde politique qu’on arrive à ton livre qui sort en ce moment même, qui est en train d’être fait. 

    David Dufresne [00:54:03] Maintenant. 

    David Dufresne [00:54:03] Ce matin, qui est en train d’être acheminé par les livreurs et les livreuse dans les. Dans les boutiques? Dans les chez les libraires. Est ce qu’il y a une traduction politique? J’entends par là un parti politique du féminisme qui porte ce combat là ou pas? Est ce que tu trouves que là aussi il y a une évolution? Est ce qu’il y a des partis politiques qui ont pris ça à bras le corps ou ça reste un peu dans. 

    Ovidie [00:54:30] Excuse moi, je n’ai pas compris. 

    David Dufresne [00:54:32] La question c’est est ce qu’il y a des. Est ce qu’il y a des partis politiques. 

    Ovidie [00:54:36] Des partis politiques, des. 

    David Dufresne [00:54:37] Partis politiques, des organisations politiques qui selon toi, sont plus à la pointe que d’autres sur les questions de féminisme ou ça reste du folklore, ou ça reste à la marge? Oui, ta ta ta moue en dit long. 

    Ovidie [00:54:52] Ce n’est pas ça. C’est qu’après il va y avoir des des projets de loi qui vont être portés par des individus. Il va y avoir des personnes dans telle ou telle. Je ne suis pas dans la France insoumise. Va y avoir telle personne qui va tenir un discours important à un moment sur la dessus, puis après il va y avoir du côté des Verts, va y avoir, je sais pas Sandrine Rousseau, mais mais il y a aucun parti ni aucune personnalité politique, en tout cas de mon côté. C’est à dire il m’arrive d’être ponctuellement d’accord avec des personnalités des femmes politiques sur certains points précis, ce qui m’empêchera pas d’être en désaccord sur d’autres en fait. Par exemple, ça, ça m’arrive aussi de me dire euh, voilà, de me dire ah bah tiens, telle personne a défendu l’allongement du délai de l’IVG, ok, super, Mais à côté de ça, cette personne là et abolitionniste. Non, pas super pour moi d’après moi. Donc voilà en fait. Mais y a personne, je n’ai pas d’icône en me disant ah ouais, je la suivrais à la vie à la mort et je vote pour elle, promis juré! D’ailleurs, j’ai décidé que je voterai pas et que je votais pas jusqu’à présent. Et je sais pas ce qui m’a pris de voter ces derniers temps, mais donc non, y a personne. Je reviens à ma position de base qui est de ne pas voter et donc les personnes que je suivrais à la vie à la mort. 

    David Dufresne [00:56:09] GG pourquoi tu votes pas? 

    Ovidie [00:56:12] Lorsque je pense que sur un vieux principe, un Archos quoi. Tu vois, je pense que. 

    David Dufresne [00:56:19] De ne pas voter. 

    Ovidie [00:56:20] Ou de ne pas voter, de ne pas croire, de ne pas trop y croire. J’ai j’ai voté là. 

    David Dufresne [00:56:28] Je. 

    Ovidie [00:56:29] Sais, c’est dur. Dernières élections ces dernières années, j’ai voté et après je me suis dit mais t’es vraiment trop conne! Et puis puis voilà, J’ai perdu foi, j’ai reperdu, vraiment. Je ne l’ai pas eu longtemps. La fois où on s’est posé la question avec mon camarade Tancrède Ramonet qui est vraiment un ami très très très très proche et avec qui voilà, on a beaucoup, beaucoup de discussions, qui est, qui avait réalisé, écrit, réalisé. Voilà les quatre tomes de l’histoire de l’anarchisme. 

    David Dufresne [00:56:56] Il est venu, il est venu, ils ont parlé. On a même diffusé le quatrième tome et tout. 

    David Dufresne [00:57:00] Va super bien. 

    Ovidie [00:57:02] Avec Tancrède, on a eu plein de discussions et par exemple, aux dernières élections, on s’est beaucoup posé la question de tiens, on vote, on vote pas. Jusqu’à présent, on votait pas trop. Est ce que là on y va quand même? Et puis voilà. Donc je dis je suis pas complètement. 

    David Dufresne [00:57:21] Mais non, je. 

    Ovidie [00:57:23] Réponds pour dire il  n y’a personne que j’ai envie de suivre ponctuellement sur certains projets, peut être même sur certaines lois, en fait, certaines lois précises. Parfois ça peut m’arriver de dire c’est une bonne idée. 

    David Dufresne [00:57:33] Voilà. Dernière question avant d’aborder le livre sur les partis de gauche, est ce que tu considères qu’il. Louables leurs efforts sur les violences sexistes et sexuelles où ils sont surtout. Chez les comités internes. 

    David Dufresne [00:57:51] Ce que ça te choque? 

    Ovidie [00:57:53] Si je te dis je choquer tout le monde, je m’en fous. Me sens pas concerné. 

    David Dufresne [00:58:01] Mais je sais pas si c’est une réponse. 

    Ovidie [00:58:05] Je t’avoue que je suis ça de très loin. Moi, je ne fais partie d’aucun mouvement. Et d’aucun parti. Donc leur tambouille interne, de comment ils gèrent ces histoires de harcèlement, violences sexuelles, etc. Euh. J’ai pas envie de dire à huit tel parti ou tel groupe c’est extraordinaire comment ils gèrent la situation à tel machin, C’est vraiment pas bien. Moi si j’étais à leur place, je ferais comme ça. Je t’avoue que ça m’intéresse pas beaucoup, vraiment. Quand je vois passer un article comme ça, tu vois, je regarde. Et puis aussi, il y a un côté un peu. Voici aussi de ça. Il faut se méfier de ça quand on est là en train de lire. Bref, faut aussi se méfier de soi même. 

    David Dufresne [00:58:51] Si je disais euh. 

    Ovidie [00:58:54] Mais non, je. J’avoue que je suis pas très intéressée par par ça. 

    David Dufresne [00:58:59] Je considère pas que ça puisse être un marqueur. 

    Ovidie [00:59:02] Je m’en fous, c’est inutile. Je ne dis pas que c’est inutile et chaque groupe met en place des choses et tant mieux. Et à mon avis, il y a des choses qui sont très imparfaites, mais. C’est pas que c’est inutile, mais je dirais que je ne me sens pas concerné. 

    David Dufresne [00:59:18] Alors je ne sais pas ce que dit ce que dit le chat par rapport par rapport à ça, mais bon, on va passer au livre si tu veux bien. Assise, debout, couchée, et j’ai envie de faire. 

    David Dufresne [00:59:34] Un truc que tu. 

    David Dufresne [00:59:34] Fais. Je vois bien un bébé phoque qui dit c’est clair, c’est. 

    Ovidie [00:59:36] Des ordres sa part mais. 

    David Dufresne [00:59:37] Chut! En fait. 

    Ovidie [00:59:39] Je suis choquée parce que je ne vais pas, parce que je ne vais pas voter. Il y en a qui disent les bourgeois, ils vont voter eux. Et je vois même pas, Je vois même plus, je vois même plus pour qui j’aurais même pu. Quoi, pour qui, pour qui? 

    David Dufresne [00:59:52] Voter et voter contre? Contre les fachos par exemple. 

    David Dufresne [00:59:59] J’ai vu. 

    Ovidie [00:59:59] J’ai fait barrage deux fois. 

    David Dufresne [01:00:02] Et là tu ferais plus barrage. 

    Ovidie [01:00:08] On s’en reparlera quand on quand on sera de nouveau confronté à la situation. Parce qu’on va l’être en face. On y va. Euh Champion si. L’envie. Même si ça me fait très peur. Mais. J’ai plus envie. Mais après ça veut dire je ne faut pas croire. Ce n’est pas une position de loin comme ça, ça aura des répercussions, comme plein de gens. Comme on sera très nombreux à avoir des répercussions famille, moi ça aura vraiment des répercussions graves et concrètes sur ma vie. Et on va oublier quand même que je travaille essentiellement pour le service public. 

    David Dufresne [01:00:46] Que sera de service public en 2027? C’est ça? C’est 2027. Premier changement au prochain changement de gouvernement. 

    David Dufresne [01:00:55] C’est un peu plus que ça ces changements de présidence. 

    Ovidie [01:00:57] Le changement de. 

    David Dufresne [01:00:57] Présidence, ça c’est acquis, c’est acquis. Puisque Macron aujourd’hui. 

    David Dufresne [01:01:01] Ne peut pas. 

    David Dufresne [01:01:02] Se présenter deux fois. Pour ceux que la question intéresse, hier soir, on a fini par ses petits yeux. Il y avait ici sur le Sur le canapé où tu es, il y avait trois trois personnes, deux journalistes et une chercheuse autour d’un livre qui paraît le 1ᵉʳ mai sur les nouveaux réseaux de l’extrême droite. Et comment, comment la jeune garde identitaire, la génération identitaire, etc. Depuis dix ans, travaille à l’avènement du fascisme. Moi, je l’appelle comme ça et c’était une émission absolument passionnante. Voilà qui sera, qui sera qui était en direct hier et qu’on mettra en ligne dans la dans la journée. Nicolas Massol et Marino Magal. Absolument. Merci Euryale qui est toujours là, assise, debout ou couchée. Ma chère, ma chère Ovidie, j’aimerais donc ton livre qui sort à l’instant même. Il est 10 h, les magasins ouvrent. Ça y est. 

    David Dufresne [01:02:00] J’aimerais rouvre. C’est bon. 

    David Dufresne [01:02:02] J’aimerais te demander quel est le passage dans Mince? J’aimerais te demander si tu es d’accord de faire ce que tu fais à la à la personne qui donne sa voix dans ton film? Qui qui lit des textes dans le film dont on vient de parler, Tu donnes le texte et tu lui dis vas y, parle un peu avec mépris. Je te demande pas de parler avec mépris, mais serais tu d’accord pour lire une petite page de ton livre? La page 31, c’est de là. Et puis quelques lignes après. 

    Ovidie [01:02:37] Leur attends, c’était quoi la page 30? 

    David Dufresne [01:02:40] Je te donne le livre. 

    David Dufresne [01:02:41] Je te donne le livre. 

    Ovidie [01:02:42] Sur les canons de beauté. 

    David Dufresne [01:02:44] Voilà. 

    Ovidie [01:02:46] Ce que je replace dans le contexte. 

    David Dufresne [01:02:48] Vas y, tu es chez toi. 

    Ovidie [01:02:51] Juste avant, il y a une petite critique des éleveurs que. Qui sont que j’appelle des Frankenstein, fiers d’avoir créé une créature vivante mais presque non viable. Je pense aux races du type carlin Cavalier King Charles, dont le cerveau ne laisse pas suffisamment de la boîte crânienne, ne laisse pas de suffisamment de place pour que le cerveau se développe. Plein de chiens qui ont des. Des problèmes. Voilà qui se dit quand on regarde la carrière des chihuahuas ou des cavaliers King Charles en suffocation, on voit bien quand même que c’est des manipulations génétiques quand même pas très heureuses. Et je parle donc de mon bouledogue anglais. Et voilà. Bon bref. 

    David Dufresne [01:03:37] Donc, parce qu’effectivement j’ai. 

    Ovidie [01:03:39] Vu que leur seule fonction, la seule fonction, voilà, ce sont. Ben vas y. 

    David Dufresne [01:03:44] Parce que j’ai la. Je relance pour ceux qui sont arrivés en cours de route. Il s’agit d’un livre Assis, debout, couché. C’est une déclaration d’amour aux chiens et aux chiens qui t ont accompagnés et qui t’accompagnent. On va rentrer dans les détails et c’est pour ça que. 

    David Dufresne [01:04:01] C’est une. 

    Ovidie [01:04:01] Relecture féministe de l’histoire des chiens, on va dire quelque part, et c’est un texte qui explique comment femmes et chiens ont très tôt été assignés au foyer aux basses besognes. Ils ont développé un lien très, très particulier et qui sont les premières victimes aussi des violences, violences intrafamiliales, etc. Et donc là, ici, il est question de critères de beauté. Les femmes et les chiens ont ceci en commun qu’ils sont victimes des canons de beauté variables au cours de l’histoire et des cultures. Mais avec cette constante qui consiste à prendre contrôle de ces corps et de les faire souffrir. On toilette le chien comme on va chez le coiffeur, on est celui des yeux et on nettoie les plis de la peau à l’acide borique. Comment se fait un peeling? On hydrate la truffe avec de la vaseline comme on se tartine une tartine d’une crème anti-rides. Le matin, on coupe les oreilles en pointe comme on rabote un nez aquilin, on raccourcit la queue des chiots comme on pose des prothèses mammaires. Femmes et chiens sont les seuls êtres à qui on fait subir de la chirurgie esthétique. Les stylistes leur créent des manteaux et autres vêtements pour les chiens comme pour les femmes. L’apparence prime sur le bien être et la beauté. Et là, je saute le passage que tu as sélectionné. Je termine par cette phrase. Le chien n’est pas uniquement un compagnon, ni même un chien outil, il est également un chien objet. Il est donc logique que femme objet et chien objet fassent route commune. 

    David Dufresne [01:05:26] Pas mal, pas mal, pas mal du tout. Le bouquin est à l’image du passage que tu viens de lire, c’est à dire qu’il lit comme toujours avec tes bouquins. Il est enlevé, Il. Est péchu. Donc tu dis revisiter l’histoire des chiens ou les relations avec les chiens sous la lumière. Le joug féministe? Bon, ça veut dire quoi exactement? 

    Ovidie [01:05:56] Déjà, c’est parti d’un constat Déjà, je me suis rendu compte, on en a très brièvement parlé tout à l’heure, mais je me suis rendu compte que dans la lutte animale et en particulier la lutte qui concerne les canidés, la plupart des militants étaient en réalité des militantes. Ça dépend des pays. Il y a des statuts qui diffèrent, mais on va dire, ça va de 68 % à 80 % en fonction des différents pays, on va dire à la louche, il y a 60 10 % des militants de la défense des chiens on va dire, qui sont qui sont des femmes. Les refuges, ils sont portés globalement à bout de bras par les femmes et même dans des groupes plus radicaux. Dans l’histoire du Front libération animale par exemple, on a aussi. 

    David Dufresne [01:06:37] Je me doutais que t’allais en parler par la page, c’est page 89 et arriver le point se fait pas, mais faites moi confiance. Page 89 L’animal Liberation front à la rescousse des Beagle

    Ovidie [01:06:49]  des Beagle de laboratoire. Et ça c’est quelque chose qu’on sait pas. Les gens, ils ne savent pas forcément. Mais encore aujourd’hui, en France, au moment où on se parle en France, il y a des fermes à chiens, des fermes à Beagle qui sont des chiens particulièrement dociles et qui ont été sélectionnés pour eux pour se laisser faire. En fait, lors de ces expérimentations là, il y a des fermes à Beagle qui produisent genre 4000 chiots par an et qui sont revendus aux laboratoires. Donc pour les expérimentations, c’est un truc qui a encore cours. Il y a plein de gens qui pensent que ça y est, c’est fini tous ces trucs là. Mais non, en France il y a ça. Et à un moment je parle de l’usine Marshall bio devant laquelle il y avait eu un rassemblement de militants qui et qui continue à produire. Voilà des beagles dociles qui se laissent faire. Et il y a des associations qui recueillent après ces beagles, qui essaient de les réinsérer dans la vie normale parce que ce sont des chiots qui n’ont jamais vu autre chose que du carrelage et des cages. Et il y a des assos comme ça qui Typekit, qui les réintroduisent et qui les réadapte pour pour une future adoption et avoir une fin de vie correcte et bon bref, tout ça pour dire que la défense des chiens c’est quand même une lutte qui est portée vraiment essentiellement, majoritairement, pas essentiellement parce qu’il y a quand même des hommes, mais majoritairement par des femmes. Et je suis parti aussi d’un autre constat, c’est que dans les violences intrafamiliales, les deux étaient corrélés, c’est à dire on frappe sa femme, ses enfants, on frappe son chien. J’ai plus la stat exactement précise en tête mais je sais plus. Mais en gros il y a beaucoup, beaucoup beaucoup beaucoup plus de risques de voir son chien frappé, battu, maltraité quand on est soi même frappé et battu, maltraité. 

    David Dufresne [01:08:37] Dès la page treize, tu. Tu nous préviens depuis la nuit des temps, le chien a ceci en commun avec les femmes qu’il est intrinsèquement condamné à la domesticité et aux basses besognes. Clébard et. 

    Ovidie [01:08:52] Sale chienne. 

    David Dufresne [01:08:53] Sont les premières victimes. C’est bien toi qui a écrit l’idée? 

    David Dufresne [01:08:56] C’est pas son épouse, il y a aucun doute. 

    David Dufresne [01:08:59] Aucun. Ce sont les premières victimes. 

    David Dufresne [01:09:00] Je ne vois pas qui d’autre aurait eu espèce d’idée improbable de faire un truc sur le féminisme et. 

    David Dufresne [01:09:05] Absolument. 

    David Dufresne [01:09:07] Sont les premières victimes du patriarcat et ont développé au fil de l’histoire de l’humanité une relation unique. Car le capitalisme s’est fondé sur une double exploitation celle des animaux et celle du corps des femmes. Donc ça, c’est quand même une idée qui revient souvent dans le livre que tu irrigue, que tu développes. Et si si tu en parles des débuts, c’est que c’est ça le propos en fait. 

    Ovidie [01:09:28] C’est ça le propos. Et et ça, c’est quelque chose qui a été, qui a été compris très tôt du côté des féministes, dès la fin du XIXᵉ siècle, puisque c’est à ce moment là que naissent les premiers mouvements vivisection manifeste. Et ces mouvements là sont portés par des femmes féministes dont, par exemple Louise Michel. Louise Michel fait partie de ces femmes de lettres anti vivisection inGeNistes de l’époque. Et pourquoi est ce qu’à ce moment là les féministes ou ce qui se nomme pas forcément comme tel toujours. Mais voilà pourquoi les femmes dans la lutte à ce moment là, s’intéressent à la vivisection. C’est parce que la vivisection concerne les chiens, ça c’est une chose, mais concerne aussi le corps des femmes. On est en pleine période où on considère que les femmes sont biologiquement inférieures et où on fait et on mène des expérimentations sur elles. On connaît par exemple l’histoire de l’inventeur du spéculum qui a fait subir je ne sais plus combien de dizaines de d’opérations si on n’en a pas eu 30 sur Anarkia ou Winnicott. 

    David Dufresne [01:10:32] Oh mince, j’aime. 

    Ovidie [01:10:34] Pas être imprécise comme ça. Enfin bref, c’est une période. 

    David Dufresne [01:10:37] Je pense qu’on va nous dire Ouais. 

    Ovidie [01:10:39] Anashka ouais Wanko. 

    David Dufresne [01:10:41] Onee je suis désolée, j’aime pas, j’aime pas ça. 

    Ovidie [01:10:46] Mais en France également. Et donc si les femmes défendent les chiens contre les expérimentations à ce moment là, c’est parce qu’elles savent qu’elles sont les suivantes sur la liste. En fin de compte. 

    David Dufresne [01:10:58] Becca X nous cite Ah mince, t’es passée Marguerite Yourcenar? Attends, je vais essayer de retrouver la citation. 

    Ovidie [01:11:06] Westcott Merci. 

    David Dufresne [01:11:08] Merci. Est ce que toi. 

    David Dufresne [01:11:12] À la lettre? Ah, ça y est, Des questions arrivent. 

    David Dufresne [01:11:16] Mince. Bon, j’essaierai de te retrouver ça tout à l’heure. Alors dans ce que tu dis, dans ce que j’ai lu, évidemment. J’ai joué là dessus, il y a, il y a aussi l’aspect connotation sexuelle, insulte sale, chienne, etc. Est ce que tu veux que tu développes? Est ce que tu peux en dire deux mots sachant qu’il y a déjà des gens qui disent ça y est, c’est le prochain livre que je lis. Voilà, donc ta source est vendue. Donc voilà, c’est juste pour le plaisir qu’on discute maintenant. 

    Ovidie [01:11:47] Écoute, oui, il insulte sale chienne. C’est une insulte qui est quand même très intéressante en fait. Parce que qu’est ce que ça raconte? Bon, c’est une insulte sexiste, mais qu’est ce que ça raconte ça? Raconte la chienne. C’est un être qui échappe à toute tutelle masculine puisque des chiennes, elles peuvent enchaîner des gestations jusqu’à très tardivement, elles ont pas de mal attitré à part éventuellement leur mâle de référence, le Maître. Mais donc on va dire la chienne c’est celle qui qui couche, qui se donne à l’autre sans respect de soi, qui se donne à une multiplicité d’homme et qui n’appartient à personne. Ce qui est intéressant, c’est que le terme chien, il est dénué de connotation sexuelle ou éventuellement quand on parle des mecs en chiens ou qu’on parle de chiens de la casse. Mais ce n’est pas pour la même raison. Un chien c’est pas celui qui couche trop la chienne, elle couche trop. Le chien, c’est pas celui qui couche trop, c’est celui qui en chien et qui en manque et qui est un crevard et qui justement ne couche pas. Donc c’est intéressant quand même ce cette cette insulte. La chienne couche trop et le chien pas assez. En fait c’est moi. Je trouve que c’est une insulte intéressante et c’est intéressant aussi de voir comment cette insulte là, elle a été appropriée ou réappropriée par certains mouvements militants. Pas beaucoup dans la langue française, pas des masses, mais c’est une insulte bitch. Bien sûr, on retrouve dans certains mouvements féministes, mais qu’on retrouve aussi beaucoup dans Mouvements LGBTQ. Ton regard neutre. 

    David Dufresne [01:13:17] Ça veut dire le retournement de stigmatiser ce fait dans certaines langues, mais pas en français. 

    Ovidie [01:13:22] Pas beaucoup en France, pas énormément, pas énormément. À part vraiment sous sa forme anglo saxonne qu’on utilise dans la langue française quoi. Genre je sais pas si on regarde le drag race par exemple. 

    David Dufresne [01:13:36] Dans les loges, elles vont. 

    Ovidie [01:13:37] S’invectiver en se traitant de bitch bitch. 

    David Dufresne [01:13:40] Bitch. 

    Ovidie [01:13:42] Mais pas trop chienne, C’est à dire il y a des insultes qu’on a réussi à s’approprier comme salope. Très clairement, dans les mouvements féministes, le terme salope aussi s’est manifesté 343 salopes. Le terme salope ou des ou des insultes du genre gouine qu’on a réussi à s’approprier aussi. Mais chienne, pas tant que ça. Un peu, mais pas tant que ça. 

    David Dufresne [01:14:04] Enfin, le manifeste des 345 salopes. 

    David Dufresne [01:14:08] 145 Non, 43. Qu’est ce qu’on a en précise aussi un soupçon Westcott. 

    David Dufresne [01:14:15] Dans mes notes. Mais en fait, en fait, c’est Hara-Kiri ou Charlie Hebdo qui qui dénomme le manifeste comme ça. Parce qu’au départ, c’est le manifeste des femmes qui ont avorté ici. Le manifeste des salopes 345 salopes, c’est Hara-Kiri ou Charlie Hebdo. 

    Ovidie [01:14:33] Mais tu m’accorderas quand même que le terme salope depuis a été tout comme flotte aux états anglo saxonne le terme salope. Il a quand même été réapproprié, enfin approuvé par les mouvements féministes depuis. 

    David Dufresne [01:14:44] Alors page 28, j’apprends un mot. 

    David Dufresne [01:14:47] À. 

    David Dufresne [01:14:47] Ocytocine je.Connais pas moi, ce machin hormone de l’amour et de l’empathie. 

    Ovidie [01:14:54] 

    Oui, c’est ce qu’on dit, Oui, mais même l’ocytocine à son plus bas Tu n’as pas d’enfant? 

    David Dufresne [01:15:01] 

    Ah si, madame trois. 

    Ovidie [01:15:03] Eh bien justement, il n’y a pas eu de perfusion d’ocytocine. En général, il y a un peu de perfusion d’ocytocine pour dilater le col. 

    David Dufresne [01:15:11] 

    Je sais Pas.  Pourtant j’étais là mais. Pour bosser? 

    David Dufresne [01:15:17] 

    Mais. Mais effectivement. 

    Ovidie [01:15:19] 

    C’est une hormone qu’on dit hormone de l’attachement parce que c’est une hormone qu’on sécrète. Par exemple, tu vois.Tu viens tout juste d’accoucher, on te pose le bébé là. 

    L’ocytocine sécrète de l’ocytocine à bloc pour pouvoir créer ce truc d’attachement. Et normalement, merveille de la nature, C’est comme ça que c’est censé se passer. Après, ça ne se passe pas toujours comme ça. 

    David Dufresne [01:15:38] 

    Et donc tu dis qu’il est prouvé que lorsqu’un chien et sa maîtresse se regardent  dans les yeux, leur taux d’ocytocine, hormone de l’amour et de l’empathie donc, augmente de 30 %. 

    Ovidie [01:15:49] 

    Ouais, y paraît. Moi je trouve ça, je trouve ça génial. Et c’est vrai que pour avoir eu de nombreux chiens et de nombreux chiots aussi, c’est vrai, moi je suis pas loin de la montée de lait quand je les prends dans mes bras comme ça. 

    Je sens qu’il y a. Je ne suis pas loin de la montée de lait quoi qu’il se passe un truc du point de vue attachement comme ça. Il paraît. . oui, moi j’ai envie d’y croire. 

    David Dufresne [01:16:16] T’as envie d’y croire. Parce qu’il y en a. Notamment pour un chien. Euh. Un bouledogue anglais si j’ai bien compris, qui s’appelait. 

    Ovidie [01:16:23] 

    Raziel. 

    David Dufresne [01:16:25] 

    Est ce que tu peux nous en dire quelques mots, sachant qu’il y en a des pages? 

    Ovidie [01:16:28] 

    Oui oui, L’amour. 

    David Dufresne [01:16:30] 

    Raziel. 

    Ovidie [01:16:31]

     Grande déclaration d’amour à Raziel qui a été le chien de ma vie. J’ai plein de chiens, J’en ai trois. Au moment où on se parle d’âges divers. Des très vieux, des plus jeunes. Raziel, c’est ça a été le chien de ma vie. Mais surtout, ce que je raconte dans le livre, c’est C’est la mort de Raziel et c’est un jeu qui date maintenant d’il y a onze ans et dont je me suis jamais vraiment complètement remise. Et je trouve que le deuil canin, ça tombe vraiment dans un impensé euh je. Il n’y a pas de prise en charge qui vaille vraiment et pas de prise en charge réelle au moment du deuil canin, on retourne bosser directement après, on a pas de congé d’un ou deux jours pour s’en remettre. Moi j’ai été dévastée et j’ai été dévastée pendant super longtemps et en même temps que Raziel était malade, ça a été un long cancer, un long pour un chien, un cancer, la maladie. Je ne sais pas si traîner pendant un an était un an d’enfer. Et moi j’ai fait un malaise cardiaque cette année là parce que je pense que la maladie de Raziel m’a littéralement brisé le cœur. J’avais aucune raison de faire un malaise cardiaque. J’étais en bonne santé, végétarienne, j’étais sportive à ce moment là. Il y avait zéro raison pour que je fasse un malaise cardiaque. Je pense juste que j’étais en telle fusion avec ce clébard que mon corps il s’est dit ben si meurs, je meurs avec parce que je. C’est comme ça que je l’analyse a posteriori en tout cas. Et je trouve vraiment que le deuil canin est pas assez pris au sérieux en fait. Et on a presque honte de le dire. Et je pense que pour un homme c’est encore plus compliqué pour une fois. Pour une fois je vais dire pour les mecs c’est plus compliqué parce que je pense qu’il y a quelque chose d’un peu de dévirilisation dans le fait de pleurer comme une fillette la mort de son chien. En fait, je pense que je pense que c’est pas forcément bien compris. Et moi j’ai eu des réactions autour de moi. Enfin moi j’étais dévastée quoi. Vraiment. Et j’ai eu des réactions qui

     m’ont vraiment étonné. Je me souviens, je bossais avec une une, j’avais une coterie sur un documentaire et quand en cours je lui ai dit voilà que était mort et que j’étais très mal à dire je comprends. Moi je me souviens quand j’ai dû vendre ma Fiat de 500, c’était mon objet totémique et j’étais très très sage. Dis, mais on pas parle, je te parle pas d’un objet, je te parle de mon meilleur pote là en fait. Et et Far West, il y a ça, vraiment. Il y a plein de gens qui ne comprennent pas la souffrance que c’est. Et il y a un mec que je trouvais intéressant pour ça. C’était je sais pas si tu te rappelles, je pense qu’on doit avoir vaguement le même âge, donc si tu devais être petit aussi. Quand on était petit, il y avait 30 millions d’amis. Mabrouk mabrouk. 

    David Dufresne [01:19:10] 

    Mabrouk. Tu sais, j’avais complètement oublié. Mabrouk, moi j’avais suivi. T’en parles donc, 30 millions d’amis où Jean-Pierre Hutin raconte l’affaire Jean-Pierre Hutin. 

    Ovidie [01:19:19] 

    Ben Mabrouk, c’était une grande star canine de 30 millions d’amis. C’était le chien parfait, c’était encore plus malin que Rintintin. Enfin bon, bref. Et donc Mabrouk meurt. Et là, c’est deuil national. Mais vraiment, deuil national, c’est annoncé au JT de 13 h, là tu. 

    David Dufresne [01:19:34]

     Racontes Yves Mourousi. 

    David Dufresne [01:19:35]

     Yves Mourousi a dit Puis je vous annonce la. Mort de Mabrouk. En une du journal. En ouverture du journal. 

     De TF1. 

    Ovidie [01:19:43] 

    Et il y a eu un hommage du Monde. S’il n’y a pas Thierry Le Luron aussi qui a fait un hommage à Mabrouk. 

    David Dufresne 

    [01:19:48] Tu dis oui. 

    Ovidie [01:19:49] 

    Et c’était. C’était dingue. Et après pendant des années, je sais pas si tu te souviens, mais pendant des années, en ouverture de 30 millions d’amis alors qu’ils avaient changé de mascotte mascotte suivante, c’était Junior. Mais en ouverture, il y avait des images de Mabrouk. C’était le premier truc qu’on voyait dans des images d’un chien mort. Et ça a duré des années. Et Jean-Pierre Hutin, il avait écrit un livre à l’époque s’appelait Mabrouk, chien d’une vie et dans lequel il osait dire. Oui, il avait fait une dépression suite à la mort de son chien et déjà aujourd’hui on passe un peu pour un con quand on dit ça. Mais faut replacer dans le contexte 82 ou 84. Je ne sais plus en quelle année que je crois ce 84 qui est sorti de livre en 84 pour un homme dire à la télévision dire je ne m’en remets pas et quelque part comparer ça avec la mort de sa mère et tout ça. Donc il y a plein de gens qui étaient choqué. Comment ça on compare ça à la mort de sa mère? Mais le fait de dire je ne m’en remets pas, j’ai fait une dépression, c’était hyper courageux parce qu’à l’époque le chien était vraiment considéré comme et n’était même pas considéré comme un objet doué de sensibilité quoi. C’était vraiment un être doué de sensibilité, C’était vraiment un objet dur. 

    David Dufresne [01:20:51]

     Le chat demande si si on peut faire le parallèle avec les chats ou pas du tout, c’est pas. 

    David Dufresne [01:20:56] 

    Le sujet, c’est un sujet. 

    David Dufresne [01:20:58] 

    Essayé. Il y a la team chat qui attrape ma veste. Ah je l’attendais celle là! J’en sais rien. Ouais, c’est un chat Jean-Jacques Georges Marchais qui est un enfant non désiré. 

    David Dufresne [01:21:13]

     Georges Marchais. 

    Ovidie [01:21:14] 

    Ouais, ça fait genre je marchais sur. 

    David Dufresne [01:21:15]

     Ah ouais, donc toi, ça te va quand même une époque Yves Mourousi? Georges Marchais. J’ai pas du tout dit ça. Tu vieillis avant. 

    Ovidie [01:21:24] 

    L’heure. Non, non. Georges Marchais à lui, c’est moi. 

    Ovidie [01:21:31] 

    J’aime pas les chats. C’est pas que j’aime pas les chats, c’est qu’ils m’indiffèrent. 

    David Dufresne [01:21:34] J

    ‘jai des amis, le chat, j’ai des amis. 

    David Dufresne [01:21:37] 

    J’ai un ami chat. J’ai un enfant non. 

    Ovidie [01:21:39]

     Désiré qui est un chat et qui En fait, quand je me suis installé à la campagne, ce chat qui était un chaton qui n’avait même pas la paix qu’il devait avoir, je sais pas, deux semaines, un truc comme ça avait été abandonné dans la cabane wiki par sa daronne, sa grosse daronne qui m’a donc laissé le. 

    David Dufresne [01:21:54]

     Petit et je l’ai amené chez le vétérinaire. J’ai dit j’ai ça dans mon jardin, qu’est ce que je fais? 

    Ovidie [01:21:59] 

    Ça faisait 24 h que j’ai ça. Qu’est ce que je fais? Et ils m’ont filé tes biberons quoi. Et donc je me suis retrouvé à donner le. 

    David Dufresne [01:22:06]

     Biberon au chat. J’étais là. Mais putain, j’aime pas les chatons, Je peux te regarder, T’es tout mignon quand je dis tu sais que je t’aime pas ou te déteste. Et puis au final c’est mon chat et j’aime mon chat. Mais franchement, ce que je veux. 

    Ovidie [01:22:18] 

    Vraiment, c’est pas ce qui m’intéresse le plus. Après c’est mon. 

    David Dufresne [01:22:21] Chat, j’aime mon chat quoi. 

    David Dufresne [01:22:22] 

    Bon là je peux dire que ça, ça se déchire. Donc dans le château, on te dit Pierre Thibaut. 

     Médite, dit Georges. L’Afrique molle pour petit chat te dis Bon, voilà. 

    David Dufresne [01:22:33] 

    David est heureux. Georges Marchais chez moi, là dessus, c’est le plus heureux de tous. 

    David Dufresne [01:22:38]

     Moi, c’est pareil pour les chiens,  Alors, qu’est ce que je voulais dire? Alors oui, Christophe Blanchard, juste pour situer le petit passage que. J’adore, Christophe Blanchard. Christophe Blanchard, c’est un anthropologue et maître chien et il a fait sa thèse sur les punks.  Chiens et ce que je trouve.Être le meilleur sujet de la terre. 

     En lisant les travaux de Christophe Blanchard, donc écrit page 58, je ne peux m’empêcher d’établir un parallèle entre les punks à chiens et les putains. L’attachement aux chiens y est très similaire chez le punk à chien comme chez la travailleuse du sexe, le chien et le compagnon d’infortune. Le seul soutien fidèle dans cette mise en marge de la société, c’est un paria, un compagnon dissuasif, une source de réconfort. Une famille aussi. 

    Ovidie [01:23:27] 

    Mais bien sûr, c’est parce que le chien ne juge pas. Il nous aime d’un amour inconditionnel. Et ce que relève Christophe Blanchard, c’est que globalement, les punks chiens s’occupent plutôt bien de leur chien et ils ont des repères généalogiques en fait, c’est à dire par exemple leur chien. 

    David Dufresne [01:23:43] 

    Boostés, ils savent que. C’est le fils de foufouille qui est qui habite à. Rennes et de Django. 

    Ovidie [01:23:51] 

    Qui habite à Troyes. Et il y a toute une lignée, toute une dynastie de punk à chien. C’est deux chiens de. 

    David Dufresne [01:23:58] 

    Punk plus deux chiens punk, on va dire des choses comme ça. 

    Ovidie [01:24:01] Et moi ce que j’avais trouvé hyper intéressant dans ce que disait Blanchard, c’est qu’il faisait le parallèle entre les punk à chien et les cyno techniciens. Et il disait que dans ces deux catégories de la population. C’était des personnes qui se faisaient tatouer leur chien. Alors tatouer leur chien, ce n’est pas forcément dire tatouer la tête de leur chien, mais tatouer quelque chose qui rappelle le chien, le nom du chien, quelque chose en rapport, en rapport avec leur clébard. Et moi, en lisant ces textes là, je me suis dit mais bordel, mais j’ai un. Tatouage de de race moi, j’ai. Des numéros de tatouage. 

    David Dufresne [01:24:37] 

    Oui Alain. 

    David Dufresne [01:24:38] 

    Mais c’est comme dans le livre, tu dis qu’il faut enlever la chaussette. 

    David Dufresne [01:24:41]

     Pour qu’on le voit. C’est ce que tu écris. 

    David Dufresne [01:24:43] 

    Pour baisser la. Chaussette pour pour le voir. Et c’est un truc qu’ont en commun donc les punks, chiens et les sino techniciens. Et je me suis dit c’est marrant parce que finalement c’est. 

    David Dufresne [01:24:53] 

    Quoi les signes aux techniciens? 

    Ovidie [01:24:55]

     Ce sont les maîtres aux chiens quoi! 

    David Dufresne [01:24:57] 

    Mais ça fait plus chic de dire aussi nos techniciens. 

    Ovidie [01:24:59] 

    Moi je reprends le terme de madame. Enfin! 

    David Dufresne [01:25:04] 

    Bon, je reprends les termes que Blanchard utilise dans ce texte. 

    David Dufresne [01:25:08]

     Mais je vais te dire. Ce que j’ai ressenti quand j’ai tourné la page et que j’ai vu cette expression de punk cochonne, c’est parfois le voilà! Et je me suis dit Ah non, parce que pour moi, il y a, il y a dans cette dénomination, il y a un mépris énorme. Je le prends comme ça. Je veux dire, c’est une insulte en réalité. Punk à chien, Oui. 

    Ovidie [01:25:33] 

    Mais c’est ce qu’on disait tout à l’heure aussi. C’est ça la récupération de l’insulte et comment on se l’approprie. Et tout ça parce que il y a des punk à chien qui s’auto désignent comme un gars, comme un gaillard. 

    David Dufresne [01:25:43]

     Bien sûr, bien sûr. Alors il y a mIRC. 

    Ovidie [01:25:48] 

    Et pour le coup, il y a vraiment zéro mépris de la part de Blanchard dans ses travaux. Pour les punk Irish, ça c’est clair. Il passe du temps avec eux, même encore aujourd’hui. 

    David Dufresne [01:25:57] 

    Alors question tu vas t’énerver de me dire que j’ai un mépris? Puisqu’on parlait de mépris des chiens, leur dépendance affective a quelque chose de méprisable. Madame Ovidie. 

    Ovidie [01:26:09] 

    Méprisable, Je trouve le. Terme fort. Je ne sais pas, ça dépasse mon entendement, mais faut pas. Effectivement, faut pas avoir de cerveau si tu sais pas pour vous quoi. 

    Ovidie [01:26:24] Ben non, non justement, il est dans un dévouement inconditionnel, c’est clair. Le chien, le chien et il meurt, il meurt pour pour sa maîtresse. Il part au combat s’il le faut bien sûr. C’est pour le coup vraiment à la vie, à la mort. Mais oui, Non, c’est sûr que. Sans mépris, il est quand même fort. 

    Je voudrais. Que briser quelqu’un qui. Nous aime. Créature du Seigneur page 123. Je suis protestante. 

     Je dis pas souvent mais Ouais bah voilà. Et ils étudient. J’ai été baptisée à l’Église réformée de France à l’âge de 27 ans. Je n’en parle jamais parce que ce n’est pas compris par mon entourage ni mes amis. 

    Fasciné par ce qu’on appelle le Jésus politique. Persuadé que les évangiles étaient des textes libertaires, je me suis tardivement découvert une sympathie pour cet anarchiste badass entouré de femmes et de rebuts. Si je devais résumer ma pensée, disons que je suis anarcho chrétienne à la façon de l’historien du droit et théologien théologien protestant Jacques Ellul. Alors là, tu m’as séché. 

    As tu pensais pas que j’étais une lectrice de Jacques Ellul? 

    David Dufresne [01:27:43]

     Alors pas du. Tout. Si ça si ça si! Non mais qu’est ce que c’est que ces conneries anarcho chrétiennes? 

    Ovidie [01:27:49] 

    C’est pas des conneries. 

    David Dufresne [01:27:51]

     Regardez donc! En fait, il. Faut lire Ellul pour pour penser, pour éventuellement ça. Mais j’ai pas forcément envie de rentrer dans un truc parce qu’en plus ces gens y sont pas et ne font même pas la différence entre entre cathos et protestants. Non mais je l’ai lu exprès pour pour dire qu’il y a ce genre de surprise parce qu’en fait. 

    Ovidie [01:28:14] 

    Après il y a quand même un passage que je trouve vraiment golri justement, c’est lutter et c’est ces petits chiens en boucles d’or et serties de pierres précieuses qui nous attendent au paradis. C’est surtout pour ce passage là en fait que je l’ai mis. C’est qu’il y a quand même quelque chose de très drôle, le réformateur qu’on imagine pas forcément super fun. Il avait donc plus tard avait une passion pour les loulous de Poméranie et et il disait que au paradis que le chien était le plus grand don de Dieu fait à l’homme. Euh non. Oui, c’est ça le plus grand don de Dieu fait à l’homme et et que voilà qui nous attend et qu’au paradis il y a des petits chiens. Attends! Est ce que tu. Tu as la formule précise sous le nez des boucles d’or et des yeux en pierres précieuses? 

    Moi, j’étais pliée de rire. 

    David Dufresne [01:29:06]

     Pour faire simple, taire adoré des clébards. Tac tac tac, Vas t’en, je te laisse, je te laisse retrouver. C’est dans ces parages là de toute façon. 

    Ovidie [01:29:14] 

    Explosé de rire. 

    David Dufresne [01:29:16] 

    Il y a Fabre, Nel je crois, qui dit anarco chrétienne. J’adore. 

    Ovidie [01:29:21] 

    Bon voilà, merci. 

    David Dufresne [01:29:22] 

    On est. Dedans, mais de là à la battre en. Duel, on doit être deux. Voilà ce matin et voilà, j’ai trouvé le second dans ces. 

    Propos de table. Donc Luthor affirme que dans le royaume du ciel, il y aura des chiens et les autres animaux. Il dit Et c’est là où ça devient vraiment marrant, Dieu créera de nouveaux toutous, de nouveaux petits chiens dont la peau sera d’or, les poils et des boucles en pierres précieuses. Ça c’est un truc que j’ai découvert en lisant Chien de Marc à 10 h et. Mes journées. 

    Ovidie [01:29:55]

     Rient pendant je pense 1 h de cette histoire. J’imaginais lutter qui a pu se faner, image qu’on a de la terre à son. 

    David Dufresne [01:30:01] 

    Gré, pas super fun. Je l’imaginais en train de kiffer comme ça à écrire. Oui. 

    Ovidie [01:30:06] 

    Les yeux en pierres précieuses, des poils, les poils, les boucles en pierre précieuse. La peau sera d’or comme nous quoi. 

      Donc ça sort. Non mais pourquoi j’ai lu ça? Parce que ça m’a fait marrer et je me suis étiré. Ça va, ça va nous réveiller tous. Voilà. Mais parce qu’en fait, dans le livre, tu distille quelques quelques informations sur toi, sur comment tu vis aujourd’hui. Et aussi, puisque tu en parles, je peux, je peux le faire. Ta première carrière on va dire. Et ce qu’elle avait suscité d’incompréhension, voire de colère, de rejet, de rejet, de rejet, voilà, notamment de mémoire, je dis de ta famille qui qui avait peur d’être rejeté à son tour. Il y a aussi quelque chose à laquelle moi je n’avais pas pensé, c’est que ce que tu dis, c’est qu’au moment où tu es actrice. Il n’y a pas les sites comme aujourd’hui et que tu n’inscrit pas dans ce que tu es. Ce que tu fais comme actrice porno, tu ne l’inscris pas dans la durée en fait, et tu es rattrapée par par la technique, par le commerce, etc. Qu’est ce que caisse? Qu’est ce que ça fait d’être prisonnière de ça? Pour des intérêts qui ne sont pas les tiens à ce que j’imagine que tu touches rien. Ah oui non, ça  c’est sûr. Et je n’avais pas signé pour ça. Effectivement, j’étais bien loin d’imaginer que 25 ans plus tard, il y aurait encore des vidéos qui circuleraient. J’aurais pu imaginer qu’il y aurait encore eu quelques vidéos chez les collectionneurs vintage quoi, on va dire. Je pensais pas que 25 ans plus tard, il y allait encore y avoir ça en accès libre auprès n’importe qui. Mais cette mise en marge, elle a été immédiate immédiatement. Et c’est vrai que je parle de Raziel. C’est un chien que j’ai eu à ce moment là. Rasage des U en 2001 2001. Ça faisait deux ans que j’étais à ce moment là, tout simplement. Et ma vie était vraiment un cauchemar. C’est à dire? Il y avait eu un rejet de ma famille, tu l’as dit, mais il y a eu. On m’a aussi poussé vers la sortie à la fac. Il y a eu un rejet de mes amis militants aussi. Tout ce que je pouvais faire était rapporté à une sorte de Politburo. On était et on considérait que j’étais une traîtresse ou quoi en fait. Anticapitaliste mais surtout traîtresse à cause de anti-sexiste et. Et je me suis retrouvé dans un isolement. Vraiment, faut être clair, J’étais. J’étais vraiment très très très isolée. Et les gens qui. J’étais juge. Je suis venu m’installer à Paris parce que la vie en province était vraiment trop compliquée, parce qu’il y avait des mecs qui me suivaient jusque chez moi ou qui m’insultaient dans la rue ou qui m’insultaient dans les couloirs de la fac. Et. Et je pense que quand je suis arrivée à Paris, les jambes fréquentaient pas forcément pour de bonnes raisons. C’est à dire il y avait ceux qui me rejetaient, mais il y avait ceux aussi qui étaient fasciné parce que j’étais un peu une espèce des types du cul du moment quoi. Et je pense que ce n’était pas une bonne raison pour eux. Me voilà en bas des gens s’approcher de moi pour une image publique pas forcément liée à la sexualité, mais juste le fait de passer à la télé. C’était suffisant à l’époque pour attirer des gens quoi. Tout simplement. Et c’est à ce moment  là que j’ai eu besoin justement de quelqu’un qui puisse me défendre. Déjà des érotomanes qui pouvaient me suivre dans la rue ou me. Harceler, ou voilà. 

    Ovidie [01:33:34] 

    Ce jusque chez moi qui puisse me défendre, donc physiquement, mais qui puisse surtout m’aimer de façon inconditionnelle sans me juger. Et finalement, Raziel, à ce moment là, c’était le seul être sur terre à m’aimer sans aucun jugement, sans aucune morale. Et c’est ce qu’il a fait toute sa vie en m’accompagnant jusqu’à l’âge de douze ans. Et c’est aussi ça ou je dis des chiens dont je parle dans ce texte sont des marqueurs biographiques de mon existence. Ils correspondent à des moments entiers de mon existence. Et Graziani correspond à toute cette période là. Et c’est celui, C’est le seul qui m’a jamais lâché en fin de compte. Il faisait le tri. Il était marrant Raziel, parce que c’est lui qui faisait le quand il sentait pas un mec qui me le faisait comprendre et je trouve que c’était bien. C’était un bon, c’était une bonne boussole pour ça. 

    David Dufresne [01:34:28

     C’est ce que tu racontes dans le livre et tu racontes aussi. Et là je vois que Master Symétrie, Tom, Thomas, etc. Tes goûts et sons sont effarés par par ton témoignage évidemment. Et tu racontes. J’ignorais tout à fait ça, qu’à un moment donné il y a des tournées dans des dans des boîtes, dans des clubs trucs un peu érotiques, etc. Et qu’en fait c’est glauque ici. Est ce que ce que tu ce que tu racontes et ton ton chien est avec toi pour pour me défendre? 

    Ovidie [01:34:59]

     J’avais mon chien et un marteau dans le sac comme ça que je partais faire les choses en boitant. Il faut quand même replacer dans le contexte. C’était une période un peu vraiment une période un peu dure. Vers 2002 2003, signé à un moment où moi j’étais déjà plus actrice. Parce qu’en fait, finalement, quand on regarde sur l’échelle d’une vie, ça a duré très peu de temps. Sa durée de fin 99 où j’ai fait un film en 99, j’ai fait le plus gros des films en 2000 2001, puis après voilà quoi. Et j’étais réal et j’étais déjà publié. Je crois que le Porno Manifesto c’est 2001, donc j’étais déjà publié mais je pouvais pas en vivre et donc le seul truc que je pouvais faire pour vivre c’était des show en boîte. Donc c’était des show en discothèques en province où tu passes à trois ou 4 h du matin quand tout le monde est fin saoul et tu fais une espèce de strip tease amélioré quoi, On va dire strip tease un peu plus spectaculaire quoi, on va dire. Et moi je faisais des trucs un peu avec du feu, en voilà. Et Et c’était horrible. Et c’était hyper dangereux ou quoi? C’était surtout hyper dangereux parce que t’es jamais à l’abri. Je me souviens, j’avais des collègues déjà hyper souvent de pas être payés ou à la fin on dit bah non, tu t’en vas et on ne paye pas. Et puis il y a surtout plein de filles qui ont été agressées sexuellement, voire violées. Donc c’était c’était une mise en danger au. 

    David Dufresne [01:36:15] 

    Prétexte que de toute façon pas on était bonne. En face, il. Y a. Le mépris absolu. Un peu, un peu ça quoi. Et. Et donc c’était hyper hyper tendu. Et je me souviens, j’avais peur et je partais avec à écraser un marteau. Ouais ouais, c’est un peu. 

    Ovidie [01:36:35] Et donc Razel, il a été, il a été tout ça. Il a été mon pote. Mon père c’était un bouledogue, mais il était au dessus du Standard. C’est un Jacky que j’aurais jamais pu confirmer. Il faisait 35 kilos, il était très musclé et il avait une très grosse mâchoire et tout ça. Et il ressemblait plus à ce qu’on appelle un bouledogue américain en fin de compte. Enfin, il était un peu plus haut, il était mastoc, mais il était un peu plus haut. Bref, il était très beau. Et. Et c’est vrai que. Voilà. Et c’est vrai que quand il est mort, il y a eu J’ai une perte d’identité, j’ose le dire. Et c’est ce qui fait d’ailleurs aujourd’hui que je ne sais pas s’il y en a qui me suivent sur Instagram et tout ça. Mon compte c’est Raziel, c’est à dire ma boite mail. C’est où? Zef? A J’veux dire, c’est Raziel. Raziel est resté longtemps sur ma boîte aux lettres physiques aussi, où je me faisais envoyer mes courriers au nom de Raziel. C’était parce que moi je me définissais aussi en tant que. Humaine ou. Maîtresse de Raziel. C’est à dire, il faisait partie de mon identité aussi. Tout comme souvent, on dit c’est l’inverse. Le chien, son identité, c’est son humain de référence, c’est le chien machin. Moi, j’étais l’humaine de Raziel. 

    David Dufresne [01:37:53] 

    Une dernière question qui t’est adressée par le par le tchat. Il est 10 h 38, Est ce que ça va être plein de rendez vous promo là aujourd’hui? Tu sais, 100 Séverine à nouveau, qui te demande as tu lu derrière la baie la baignoire de Colette Audry? Deuil de sa chienne? 

    Ovidie [01:38:14] 

    Non, c’est non. Non mais du coup, j’aimerais bien en savoir plus. 

    David Dufresne [01:38:18]

     Alors je ne sais pas si Sanseverino est encore là. Voilà. Est ce que tu as lu? Donc derrière la baignoire de Colette Audry a eu Dr. Dr I. Et elle parle du deuil de sa mere 

    David Dufresne [01:38:31] 

    Absolument. Visiblement, c’est ça. Je ne sais pas si Sanseverino est encore là. Voilà. Le don de l’instant est donné par erreur. Il y a eu Colette Audry a été militante féministe. Je la connais pas eu toute sa tête, quelque chose? 

    Ovidie [01:38:48] 

    Non, je la connais pas. 

    David Dufresne [01:38:53] 

    Voilà, voilà une découverte de découvrir. Ultime question qui est une question rituelle qu’est ce que nous avons fait là pendant 1 h 40 au poste? 

    Ovidie [01:39:05] 

    Ma mère n’était pas préparée à cette question là. Qu’est ce que tu entends par Qu’est ce que nous avons fait? Déjà, on a commencé par boire un café. Qu’est ce qu’on a fait? Ben je ne sais pas. On a parlé féminisme et chien qui sont quand même les deux sujets que je préfère dans la vie. 

    David Dufresne [01:39:30] 

    Très bien. C’est ta réponse. C’est ta réponse. Est ce que tu sais. 

    Ovidie [01:39:34] 

    Ce que je ne sais pas? C’est un peu diverti. C’est rien de bon matin? 

    David Dufresne [01:39:38] 

    Peut être. 

    David Dufresne [01:39:40] 

    Est ce Est ce que. Ça me vient comme ça? Est ce que ton amour des chiens, c’est si t’as eu ta méfiance, on va dire des hommes? Est ce qu’il y a quelque chose de pendulaire par rapport à ça ou pas? 

    Ovidie [01:39:54] 

    Il y a certainement un truc qui a un rapport avec ça, puisque le livre s’ouvre sur un moment où j’ai dix ans et où je pars toute seule sur les routes de campagne. Et voilà où je peux pédaler toute seule pendant des heures sur des petits, les petits chemins de campagne. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, il n’y a personne qui laisserait son gamin ou sa gamine seule sur les routes de campagne, avec un vélo, sans téléphone portable, sans balise GPS, sans mouchard. Et moi, je partais seul sur les routes de campagne. Et à l’époque, on ne disait pas aux enfants Attention, il y a des pédophiles. Pendant qu’on employait, il n’y avait pas encore eu les scandales Dutroux, Fourniret, Emile, Louis et tout ça. Et on ne disait pas aux enfants. 

    David Dufresne [01:40:33]

     Il y avait une expression consacrée. 

    Ovidie [01:40:35]

     On ne disait pas aux petites filles méfie toi des hommes. On disait prends le chien. Et Et de fait, j’ai pris le chien toute ma vie. Prend le chien. C’est une façon de te dire prends le chien qui puisse te défendre au cas où tu serais attaqué par. Par un homme. Il faut être clair. C’est ça que ça veut dire prend le chien. Et donc, de fait, je prenais chien avec moi. J’avais un chien qui faisait 60 kilos, qui était en montagne des Pyrénées, un corniaud montagne des Pyrénées. Faire un très très très grosse bête et j’avais pas peur. Et c’est vrai que toute ma vie j’ai eu des chiens aussi pour me défendre, pas des j’ai pas eu des malinois, des chiens spécifiquement dressés pour la défense. Je n’ai jamais dressé aucun chien à la défense, mais je me suis toujours parti du principe qu’avec eux je partais pas seul au combat, quoi que j’étais toujours accompagné. Et aujourd’hui j’en ai trois, dont une qui est misandre, qui déteste. 

    David Dufresne [01:41:26] 

    Les mecs stériles et qui est un peu souple. 

    Ovidie [01:41:30] 

    Et qui a un gros stock de Bordeaux. Donc c’est pareil, elle est très grosse, très impressionnante et. Et oui, et. 

     L’autre s’appelle Solanas. C’est ça, à peu près d’accord et et non Et donc j’ai jamais peur quand elle est là, quand je suis avec elle, j’ai. Jamais peur, jamais peur d’entrer, de pénétrer la forêt en ayant peur du loup. Je me dis voilà. 

     Et prends le chien. Tu le dis, Basset, tu racontes. Quand à dix ans, en 1990, de mémoire. Mais tu dis en fait à l’âge adulte ce que l’on voit, les gens, les femmes qui font du jogging sont accompagnées, prennent le chien et pas les hommes beaucoup moins. 

    Moi je vis en département rural et les femmes que je croise qui font de la marche nordique ou qui courent en forêt ou en général ont toujours un clébard avec elles. Elles prennent le chien, tout comme moi. J’ai vraiment toujours pris en compte ce que je suis, ce que je racontais pour Haziel, quand on allait en show en boîte, je prenais le chien. Il y a ce truc de prends le chien, prends le chien pour pour pouvoir te défendre et ne pas affronter seule la violence masculine. 

    David Dufresne [01:42:38] 

     Je te pose une question. Après je te laisse. Tu m’as vu de temps en temps faire des petits trucs. Bon en fait c’est ce qu’on appelle des marqueurs. Et donc j’envoie ça à Pauline avec qui je travaille et avec Pauline. Après on va faire des vidéoclips, des clips vidéoclips ou Des clips. Vidéo pour dire ben voilà, Ovidie est venue. Voilà ce qu’elle a dit, etc. Est ce que, entre autres clips, y aura des clips sur Solanas, etc. Est ce que par exemple de prendre le clip sur ce que t’as raconté, qui a visiblement beaucoup touché, qui m’a touché sur tes tournées dans les boîtes? Est ce que c’est plus facile de faire ça? Est ce qu’il vaut mieux pas le faire? Est ce que t’as pas envie ou est ce que tu penses qu’on peut le faire en sachant que c’est sorti du contexte? Ça dure une minute 30. 

    Ovidie [01:43:28]

     Non, c’est ok pour moi. Je pense que là où je peux me faire le plus emmerder, c’est ce que j’ai dit tout à l’heure en disant que je vous ai pas lâché à tout le monde qui va attraper ma veste pour me dire mais non, faut voter non. 

    David Dufresne [01:43:38] 

    Mais là là, c’est vraiment une connerie à raconter, donc je ne veux. Pas la corriger, je vais pas la répercuter hein. Ah c’est dur à. Me culpabiliser. 

     Ovidie [01:43:50] 

    Je poserai la question au dernier moment, mais je ne vois vraiment pas pour qui voter. Bon bref. 

    David Dufresne [01:43:54] 

    Merde, je blague. 

     Ovidie [01:44:00] 

     Mais pas mets pas ce passage. 

    Là, parce que sinon, j’en ai pour 1000 ans de gens qui disent mais non, il faut voter euh. Bon, si tu peux éviter de garder les passages où on parle de violence parce que j’ai pas envie d’être fiché si je le suis pas. 

    Si je pouvais éviter. 

    David Dufresne [01:44:18]

     C’est un vrai truc, c’est qu’il y a vraiment des questions. Ouais, ça a l’air con comme ça. Mais des questions? Bah tu connais ça, toi, en tant que réalisatrice? Il y a des questions éthiques, C’est à dire tu te dis Ah bah oui, si je prends ce passage là, je sais que je vais avoir 200 retweets, mais je vais peut être mettre l’invité dans la source. Et c’est pas c’est pas l’idée. 

    David Dufresne [01:44:38] 

    A la rigueur, le truc le plus. Le plus simple, c’est peut être de montrer tout simplement quoi. De montrer à l’invité. 

    De montrer le passage, oui, que de montrer le passage au juste.Pour le zéro. 

    Ovidie [01:44:50] 

    Attention, je vais avoir 3 milliards de galères. Parce qu’en fait c’est ça qui est compliqué aussi, c’est anticiper. Après tout, tout ce qui va se passer sur les réseaux sociaux, tout ce qu’on va se prendre dans la poire ou pas. Voilà. 

    David Dufresne [01:45:03] 

    On y touche. On est tous fichés S ici, tu te dis Dark Bob. Oui, mais il y a des Il y a des chances. Merci beaucoup. Il y a une lecture à la Maison de la poésie à Paris. 

    Ovidie [01:45:17] 

    On fait vendredi soir une lecture musicale d’Assise Debout couché à la Maison de la Poésie. 

    David Dufresne [01:45:22] 

    C’est sûr que ça veut dire quoi? Ça veut dire quoi un spectacle? 

    Ovidie [01:45:27] 

    Euh non. Je l’avais déjà fait l’année dernière avec la chère et triste, hélas. En fait, je lis des extraits du livre et je suis accompagnée par un musicien aux machines qui a plein de bidouilles qui font. Bip bip bip. 

    Ovidie [01:45:38] 

    Et des synthés et des choses comme ça. Et voilà, on est deux, on est deux sur scène. J’aurais voulu si si j’habitais à Paris, je pense que j’aurais pris des chiens avec moi. Mais là, malheureusement, ils vont rester à la campagne et je pense qu’ils seront mieux là bas. Et voilà. 

    David Dufresne [01:45:52] 

    Il y a eu plein de messages d’amour pendant qu’on se posait la question rituelle Je vous. Je vous déconseille de faire des clips sur les chats. 

    David Dufresne [01:46:03] 

    Ha oui, quand tu parles des chats. Oui, oui, ça c’est ça. 

    Non mais ça c’est dans mes projets en fait. Vraiment, je ne tiens pas à faire de clip sur les chats. 

    David Dufresne [01:46:11]

     Enfin non, merci. Ovidie Merci. David nous dit un divertissement divertissement d’une qualité exceptionnelle. Hâte de lire le livre Ovidie. Merci de partager votre énorme et si précieux. Oh putain, ça va trop vite! Et si je vais le lire. 

    Ovidie [01:46:27] 

    Ici, Précieux travail. 

    David Dufresne [01:46:28] 

    Et si précieux travail! Merci pour votre talent et vive les chiens de maître Belle. Merci, merci, merci, merci, merci! Super interview te dis je en verite, merci beaucoup etc. Voilà, ça n’arrête pas. Le livre il est là. Mais tu vois par exemple la question que je posais à l’instant sur sur le clip, je me la suis aussi posée pour le titre de l’émission. Parce que si je mets Ovidie assise, debout, couchée. Comme c’est toi qui signe, il n’y a pas de problème. Mais si moi je le mets, je joue sur une ambiguïté. 

    Ovidie [01:47:05] 

    Un oui, oui, c’est vrai, oui. 

    David Dufresne [01:47:06]

     Donc j’ai mis Ovidie Manifesto,  

    Ovidie [01:47:09] 

    Ok, ça marche. Non, si c’est bien. Non mais c’est vrai, tu as raison. La raison, c’est vrai que c’est pas la même chose quand on sait comme tout à l’heure avec les insultes et rien. 

    David Dufresne [01:47:17]

     Que toi tu me dises que tu l’écris. Ce n’est pas la même chose. Voilà, c’est ça, on est d’accord. 

    C’est une adaptation se définissant comme gouine, c’est ok si toi tu dis ah ouais mais toi t’es gouine, tu vois comme salope c’est la même chose. Bonne réflexion. Oui Queen Ovidie merci. Oh Lola, merci, c’était dense, il faudra réécouter mes Roland. Ah mais bien sûr Roland, Voyons d’autres façons. Roland est ce qu’il sort? Son grand kiff en ce moment, c’est de retranscrire les émissions. Je le soupçonne de vouloir l’écouter et rien que pour ça, ouaf ouaf te dis! Eh bien voilà. 

    Ovidie

    Comment? Je sais pas, je trouve ça suspect moi, quelqu’un qui retranscrit tout. Tu t’es pas dit que. Je sais pas. Peut être que non. Euh. C’est pas une idée qui t’a traversé l’esprit comme ça, d’un coup? Quelqu’un qui t’est drôlement retranscrit? 

    David Dufresne [01:48:10] I

    Inspector? Roland Tu peux nous dire pour qui tu bosses? Mais oui, bien sûr,  Roland, c’est FT. Enfin je crois, je crois. L’homme et la femme si tu veux. Moi je suis très très. Ah ouais, toi tu penses mes amis, c’est des flics, mais tu te fous de ma gueule? OVIDIE Mais c’est quoi ce bordel? Mais c’est honteux de dire des choses pareilles! 

    Ovidie [01:48:31] 

    Oh la. Vache! Je ne comprends pas les questions! 

    Super bon les amis, Je fais une petite pause, le temps de raccompagner Ovidie et je vous. Je vous reviens dans quelques instants pour pour débriefer, pour vous raconter la suite des événements. 

    Voilà, Merci à tout de suite. Alors attention, parce qu’on va encore nous entendre quelques instants et je reviens

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    23.04.2024 à 21:07

    Enquête au cœur de la jeunesse identitaire

    David Dufresne

    img

    Pour ce second numéro d'Extrêmorama, notre thème central est la jeunesse «identitaire», combien de divisions ? Bardella, Marechal, Lejeune, Knafo, Rigault, Gentillet: depuis leur adolescence, ils partagent des soirées, des réunions, des lieux de socialisation.

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    Texte intégral (1940 mots)

    «Nous sommes aux portes du pouvoir» clame Bardella. Qui, comme les autres, croit dur comme fer qu’ils travailleront un jour tous ensemble. On évoquera aussi ce qui se passe en Italie, des liens entre les fachos FR et l’étranger.

    Autour de Nicolas Lebourg sera présent le duo de choc Marylou Magal, de l’Express, et Nicolas Massol, qu’on lit dans Libération, notamment via l’excellente newsletter Frontal. Les deux signent une enquête costaude L’extrême droite, nouvelle génération chez la maison Denoël (parution ce mois ci). Également de la partie: Marion Jacquet-Vaillant, docteure en science politique et maître de conférences à l’Université Paris Panthéon Assas, qui a réalisé sa thèse sur le mouvement identitaire français. Ses recherches portent sur la question de la violence politique et d’autre part, sur les évolutions de l’extrême droite dans le champ électoral.

    Extrêmorama est un nouveau rendez-vous régulier #AuPoste. Il est co-animé par Nicolas Lebourg, historien bien bien réputé des extrêmes droites, et bien bien connu de nos services. Un club de la presse focus sur les fascismes, et qui va réunir les meilleurs chercheurs et chercheuses, journalistes, historiennes et historiens de France et de Navarre.

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    Crée en 2021, #AuPoste pose un regard critique sur le monde, puisant dans l'histoire, les sciences sociales, les actions et réflexions engagées. L'émission traque les coups de boutoir fait, comme jamais depuis 50 ans, aux libertés individuelles et fondamentales. Vigie autant qu'aiguillon, #AuPoste nourrit le débat public sur les libertés publiques. En nous aidant, vous le renforcez à votre tour.

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