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11.04.2022 à 19:44

Concevoir l’inconcevable?

Marc Chesney

Le financement de la production d’armes de destruction massive doit cesser immédiatement ! article initialement publié dans Le Temps, 01.04.2022 Prof. Marc ChesneyUniversité de Zurich  L’agression menée par l’armée russe en Ukraine, et ses conséquences en termes de morts, de séparations de familles, de terribles souffrances, sont insupportables et bouleversantes. Si les guerres n’ont cessé […]

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Texte intégral (1166 mots)

Le financement de la production d’armes de destruction massive doit cesser immédiatement !

article initialement publié dans Le Temps, 01.04.2022


Prof. Marc Chesney
Université de Zurich

 

L’agression menée par l’armée russe en Ukraine, et ses conséquences en termes de morts, de séparations de familles, de terribles souffrances, sont insupportables et bouleversantes. Si les guerres n’ont cessé de roder de par le monde depuis 1945, y compris dans l’ex-Yougoslavie, il y a plus de 20 ans, l’Europe semblait relativement épargnée. La voici à nouveau confrontée à son spectre, elle où les deux conflits mondiaux ont commencé.


Les menaces nucléaires proférées par Vladimir Poutine, nous concernent tous. Le monde contemple l’abîme et nous voici amenés en conséquence à penser l’impensable, puis à dire l’indicible: simplement envisager ce qui devrait être d’emblée exclu par tout humain digne de ce nom, une guerre nucléaire qui mènerait à la disparition de quasiment toute forme de vie sur terre. C’est un véritable cri d’effroi qui nous traverse intérieurement et nous fait vaciller sur nous-mêmes.

Comment en sommes-nous arrivés là, à une société à l’apogée de ses capacités tant productives, que destructives, dont les membres risquent d’être finalement broyés par une machine dont ils ont été les rouages, à un système prédateur qui s’attaque à grande échelle au vivant, tout en l’utilisant dans le cadre de son (dys)fonctionnement quotidien, à un système fier de ses technologies, comme celle de l’intelligence artificielle, et qui brille par sa tragique pauvreté d’esprit, voire sa folie, tant meurtrière que des grandeurs?


Quel est l’avenir d’une «civilisation» dont la survie reposerait sur un équilibre de la terreur, intrinsèquement instable, comme cela saute aux yeux, et qui dépendrait ainsi du bon vouloir d’une caste ayant le pouvoir d’appuyer sur un bouton et d’en finir, ou de l’espoir d’éviter une erreur d’appréciation, un quiproquo? Laisser accroire que les pompiers pyromanes et les va-t-en-guerre sont uniquement situés à Moscou, est trompeur. Les bellicistes et fossoyeurs en tous genres, sont présents dans de nombreux pays. Les producteurs d’armes de destruction massive recrutent internationalement de nombreux scientifiques pour mener à bien leurs activités et sont financés par de grandes banques, qui se présentent comme durables et éthiques. Le cynisme est sans limite… 


Les bombes atomiques de l’OTAN, ne sont pas moins apocalyptiques que celles de la Russie. Une guerre nucléaire ne connaitrait que des perdants et la propagande nationaliste a déjà commencé de part et d’autre du rideau de feu, pour procéder à la mobilisation des esprits et préparer la population aux futurs sacrifices. Un naufrage dont témoignait déjà Roger Martin du Gard dans Les Thibault au sujet de la première guerre mondiale: «Jamais les forces du pouvoir n’ont imposé aux esprits une si totale abdication.» ou encore «Jamais l’humanité n’a connu un pareil envoûtement, un pareil aveuglement de l’intelligence!».
 
Des bataillons de laquais serviles sont à l’œuvre pour tenter de maintenir à flot un système corrompu et moribond qui promeut le mensonge au nom de la vérité, organise la servitude au nom de la liberté et qui risque de nous imposer la mort, au nom de la vie. 


Dans Les Derniers jours de l’humanité, publié en 1918, Karl Kraus faisait déjà allusion à «ces années durant lesquelles des personnages d’opérette ont joué la tragédie de l’humanité.» Plus d’un siècle après, cette phrase demeure toujours d’actualité, tant sont nombreux les responsables politiques dépassés par des événements qu’ils ont contribué à créer.
 
Les contremaîtres à penser tiennent le haut du pavé. Après avoir associé la chute du mur de Berlin à la fin de l’histoire, c’est-à-dire à une victoire définitive de la supposée économie de marché et à la paix qui devait en résulter, ils continuent à sévir aujourd’hui en entretenant la confusion. Selon eux, la globalisation de l’économie et le commerce international devraient préserver la paix. L’histoire démontre le contraire. La première guerre mondiale a éclaté alors que l’économie connaissait sa première globalisation. Depuis la fin de la guerre froide, les accords de libre-échange se sont multipliés avec un commerce mondial, y compris des armes et de la peur, en forte progression. La paix n’est manifestement pas au rendez-vous. Quant aux sanctions économiques maintenant imposées à la Russie, et surtout supportées par les populations, pas seulement de ce pays, dans quelle mesure vont-elles vraiment affaiblir le régime? Pourquoi seraient-elles plus efficaces, que celles mises en place contre l’Irak ou la Libye à l’époque? Cette question n’a manifestement pas retenu l’attention des dirigeants occidentaux.
 
Risquer de sacrifier le genre humain sur l’autel de la nation et pour des intérêts qui ne sont pas les siens, est criminel. Les deux cents millions de morts dus aux multiples guerres pendant un siècle depuis 1914 et leurs familles, demandent des comptes. Citons à nouveau Karl Kraus: «Au secours, les tués! Assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui, par ambition démesurée, ont ordonné que des cœurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs! Revenez! Demandez-leur ce qu’ils ont fait de vous! Ce qu’ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! Cadavres en armes, formez les rangs et hantez leur sommeil. Avancez! Avance, cher partisan de l’esprit, et réclame-leur ta chère tête! Avance pour leur dire que tu ne veux plus jamais te laisser utiliser pour ça!»


Pour que l’inconcevable ne se produise pas, pour que les armes de destruction massive ne soient jamais employées, les physiciens et les informaticiens qui concourent à leur développement et à leur possible activation, se doivent de cesser tous types d’activités dans ce domaine. C’est leur responsabilité morale vis-à-vis du genre humain.


Les grands établissements financiers, entre autres suisses, qui investissent dans la production d’armes de destruction massive doivent être identifiés et arrêter ces activités criminelles.


Cet article est destiné à circuler et à être traduit.

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05.04.2022 à 14:22

L’échec de la non-campagne d’Emmanuel Macron

zakaria arab

En ce samedi 2 avril 2022 se tenait le seul et unique meeting de campagne d’Emmanuel Macron, président sortant après un quinquennat que l’on peut qualifier de tumultueux. Pour autant, si l’exercice devait témoigner de la ferveur des partisans de la majorité présidentielle pour la reconduction du candidat à la tête de l’Etat, force est […]

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Texte intégral (1476 mots)

En ce samedi 2 avril 2022 se tenait le seul et unique meeting de campagne d’Emmanuel Macron, président sortant après un quinquennat que l’on peut qualifier de tumultueux. Pour autant, si l’exercice devait témoigner de la ferveur des partisans de la majorité présidentielle pour la reconduction du candidat à la tête de l’Etat, force est de constater que l’exercice s’est conclu sur une note amère, entre un discours qui n’a laissé personne de dupe, et une guerre des images en défaveur des organisateurs.

Depuis son entrée en campagne début mars, Emmanuel Macron tente de se frayer un chemin vers la réélection en jouant un exercice d’équilibriste inédit : profitant du contexte belliqueux entre l’Ukraine et la Russie pour faire valoir une stature d’Etat que n’aurait pas ses concurrents, le président-candidat raréfie sa présence médiatique et ses meetings, envoyant sa cour à sa place tenir des réunions publiques pour répandre la bonne parole dans les quatre coins de l’Hexagone.

La stratégie est simple : ne pas mener campagne pour signer un contrat de reconduction tacite avec les électeurs. Faisant valoir une présomption de compétences, les français devraient voter pour Emmanuel Macron car il a montré qu’il était capable de tenir la barque même en temps de crise, étant donné la succession de vents contraires qui ont bousculé la maison France durant ces cinq dernières années. Cumulé à un glissement programmatique vers la droite, non sans avoir pris le pouls du pays avant, Emmanuel Macron est arrivé en campagne prêt à survoler les débats et concurrents pour mieux conserver son fauteuil élyséen.

Cependant, si les français pouvaient être attirés par l’élan de fraîcheur qu’incarnait Emmanuel Macron en 2017, vantant les mérites d’un nouveau monde politique à bâtir et arguant la promesse de faire de la politique autrement en réunissant le meilleur de la droite et de la gauche, le meeting qui s’est tenu à La Défense Arena ce samedi 2 avril 2022 montre que le président sortant n’a pas compris les enjeux d’une campagne pour sa réélection. Les cinq années passées au pouvoir après avoir obtenu la confiance des français sur un récit nécessitent précisément la construction d’un nouveau récit personnel et commun avec les concitoyens. Or Emmanuel Macron, se rendant compte de l’impossibilité de défendre un tel bilan, en inadéquation totale avec les promesses formulées cinq ans auparavant, tente de faire revivre la campagne de 2017. Ici réside toute son erreur.

Tout d’abord, sur la promesse d’un nouveau monde, il est rapidement visible que l’exercice du pouvoir durant ce quinquennat n’a rien à envier à ce qui a pu se faire de pire avant lui. Barbouzes, dissimulation derrière son immunité présidentielle, refus de pratiquer la moralisation politique pourtant promise, rien ne change fondamentalement, si ce n’est la façade qui a subi un léger vernissage. Léger car la promesse du nouveau monde ne peut se tenir avec des anciens ministres qui exerçaient leurs fonctions pendant que je mordais les barreaux de mon lit : Jean-Pierre Raffarin, Jean-Pierre Chevènement, et certains plus récents comme Manuel Valls voire l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. Cela montre une incapacité à renouveler la scène politique, quand ce n’est pas du cynisme pur.

De plus, cette agglomération de soutiens venus de toutes parts atteste d’une volonté de ces soutiens de manger à tous les râteliers, en plus de montrer l’absence d’ossature idéologique d’Emmanuel Macron. Comment relier autour de soi des gens qui ont passé des années à se mener la guerre dans les médias et dans les hémicycles des Palais Bourbon et de Luxembourg ? Ce n’est pas sérieux. D’autant quand le reproche principal qui peut être formulé est de proposer tout et son contraire et de ne jamais allier le discours aux actes et inversement. Emmanuel Macron est un opportuniste entouré de gens qui lui ressemblent, et cela le prouve encore.

Car le discours tenu n’est pas en reste. Après avoir proposer des mesures abjectes comme l’apprentissage à partir de 12 ans ou le conditionnement du RSA à 15-20h d’activités, et avoir fait voter la baisse de 5€ des APL quelques temps seulement après avoir promulguer la réforme de l’ISF en IFI, le président sortant s’est plu à citer le slogan du Nouveau Parti Anticapitaliste « nos vies valent mieux que leurs profits ». Si le «en même temps» pouvait fonctionner en 2017, puisqu’Emmanuel Macron restait un inconnu pour une majorité des français, les cinq ans aux manettes ont permis de cerner le personnage. De comprendre ce qui dictait sa politique et les mesures qu’il prit. Retenter le coup pour la réélection montre toute la médiocrité du personnage et de ses équipes : les français ne souffrent ni d’amnésie, ni de troubles masochistes. Ils ne sont pas si naïfs quant à la véritable nature du projet macroniste, loin du progrès social vanté pourtant dans son discours de campagne de La Défense Arena. Reste à déterminer si ce jeu d’équilibriste est quelque chose auquel il croit fermement (ce qui serait un argument suffisant à l’évincer dès le premier tour tant cet aveuglément est dangereux pour l’avenir), ou une preuve de son cynisme (ce qui justifierait également une éviction prématurée).

Prononcer les termes «solidarité» et «bienveillance» ne fait pas oublier les mutilés des Gilets Jaunes, le gazage des personnels soignants en grève, ou les queues alimentaires des étudiants.

Celui qui a justifié des mesures toutes aussi anti-sociales les unes que les autres par l’absence d’argent magique ne peut se plaire à répéter le même discours après avoir arrosé d’argent les cabinets de conseils et les entreprises pendant son quinquennat, ni demander aux français de consentir à des efforts au niveau du portefeuille. Qui plus est en maquillant cela sous un veule verbiage qui tente de cacher cette gabegie d’argent sous le terme de «rogrès social» et de «solidarité». Il est temps pour lui désormais d’assumer pleinement la politique qu’il mène et souhaite continuer de mener. La politique manquait de morale pour lui en 2017, elle manque d’honneur sous sa présidence. Un honneur qui consiste à prendre ses responsabilités et à assumer ses manquements et errements.

Le vernissage sociétal de son bilan par quelques mesurettes ne cache en rien la monstruosité du travail de sape des conquêtes sociales menées depuis des décennies désormais. L’exhibition de poids lourds des majorités passées ne transforme pas l’abyssale nullité des poids lourds de l’actuelle. Prononcer les termes «solidarité» et «bienveillance» ne fait pas oublier les mutilés des Gilets Jaunes, le gazage des personnels soignants en grève, ou les queues alimentaires des étudiants. Tenter de ne pas faire campagne pour des raisons de guerre en Ukraine ne permet pas de se substituer au débat démocratique que les français et autres candidats méritent. La succession de crises n’exclue pas d’assumer sa responsabilité dans la mise en œuvre d’un agenda législatif « politiquement abject ».

L’apoplexie dans laquelle se trouve la politique française aujourd’hui ne doit pas nous faire rejeter l’idée d’un sursaut collectif face à cette quintessence du vide. Si Emmanuel Macron prouve encore une fois qu’il n’a que faire des français, privilégiant son destin personnel à l’intérêt général que la fonction somme pourtant de prioriser, il peut néanmoins servir cet intérêt. Il peut être le fossoyeur d’une Ve République léthargique, qu’il a contribué à tuer en exploitant toutes les limites permises par les réformes qui ont tué son essence même. Le 10 avril, les Français vont peut être enfin sanctionner ce petit Président pour qui le costume était définitivement trop grand, et préserver une nouvelle fois notre modèle social de ce dangereux liquidateur.

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05.04.2022 à 14:05

LES NEUF SALOPARDS de Tristan-Edern Vaquette

Le Monde Moderne

Ma lecture imparfaite par Lenny Sulak LES NEUF SALOPARDS de Tristan-Edern Vaquette, Du poignon productions. Sur fond de guerre ukraino-soviétique post-Covid, leitmotiv principal du grand rassemblement derrière un Manu MacKinsey en phase d’être réélu, pour le malheur et pour le pire… Me revoilà ! Pour ceux qui me suivent un peu, mon dernier article traitait d’un […]

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Texte intégral (1791 mots)

Ma lecture imparfaite par Lenny Sulak

LES NEUF SALOPARDS de Tristan-Edern Vaquette, Du poignon productions.

Sur fond de guerre ukraino-soviétique post-Covid, leitmotiv principal du grand rassemblement derrière un Manu MacKinsey en phase d’être réélu, pour le malheur et pour le pire… Me revoilà ! Pour ceux qui me suivent un peu, mon dernier article traitait d’un pavé sur le système judiciaire. Le livre d’Ernest Pardo détaillait les rouages de la république et de ses textes de lois de manière exhaustive. Alors, pour rester dans l’esprit vindicatif, j’ai choisi une œuvre hybride signée Tristan-Edern Vaquette ; un texte à la croisée des genres, un essai, un témoignage mais aussi un pamphlet. Tout un programme ! Voici Les Neuf Salopards de Vaquette.

Qui a dit qu’on ne pouvait pas faire de la grande littérature avec l’écriture inclusive ? Tristan-Edern Vaquette vient prouver le contraire avec son dernier texte qu’il dédie à une femme ; une victime du système judiciaire dont l’histoire personnelle a touché l’auteur lors de son expérience en tant que juré aux assises. Car c’est de cela dont il est question, de l’expérience de Vaquette appelé à être juré d’assises sur plusieurs affaires. En prenant la forme du témoignage personnel, Vaquette vulgarise le déroulement d’un procès et explique les phases de l’audience ainsi que l’enjeu de chacune d’entre elles. Le système judiciaire nous apparaît alors comme un leurre dont il ne subsiste qu’une justice des classes amorales et inégalitaires ; les institutions judiciaires froides et profondément inhumaines ne s’acharnant qu’à la préservation de leur microsystème et de la hiérarchisation des justiciables en fonction leur statut socioéconomique et de leur réussite. Comme cette femme à qui Vaquette dédie son livre et qui s’est vue condamnée à la place d’un hôpital incapable d’assumer ses négligences et son implication avérée dans la mort d’un homme. À travers ces différentes affaires, et par le biais de digressions corrosives qui marquent définitivement le style de Vaquette comme sarcastique et délicieusement insolent, le texte met en exergue la désillusion ambiante qui trône dans les procès d’assises et qui n’est que le résultat d’une justice biaisée, aux bienfaits limités et survendus. Faisant fi des risques qu’il encourt à partager son expérience, Vaquette joue avec les lois comme un virtuose de la tralouide afin de nous infiltrer dans le saint des saints : le huis clos des délibérations. Prestidigitateur littéraire qui escroque les mots pour en tirer le sens qui lui permettra la divulgation, Vaquette se positionne toujours invariablement sur le fil du rasoir entre ce qu’il est autorisé à laisser transpirer et ce qu’il ne peut que suggérer sous peine d’incarcération et d’une grosse amende. L’auteur a fait de son expérience au service de la justice, un exercice citoyen au service de la collectivité prenant la forme d’un témoignage espion.

Pour terminer, une mention très spéciale concernant la déclaration d’Émile Henry aux jurés des assises de la Seine, datant du 28 avril 1894, que l’auteur retranscrit dans son intégralité à la fin du livre. Absolument intemporelle et terriblement d’actualité, d’une parfaite justesse et profondément humaine ; elle se place en complète opposition avec le système judiciaire que nous dépeint Vaquette, un sourire narquois en coin. « Elle est belle votre République lyncheuse de martyrs-cassos, broyeuse de vies déjà saccagées… »
 

Un extrait

Pour se le procurer : http://www.crevez-tous.com/vpc/index.html

Entrevue avec Tristan-Edern Vaquette

Quels sont les écrivains qui ont marqué votre parcours littéraire ?

Jeune, mes quatre fantastiques étaient Balzac, Bernanos, Sade et Bloy.
J’imagine que j’ai dû emprunter à Balzac la dimension politique et sociale ; à Bernanos, l’amour de la musique de la langue (une langue et une musique complexes) ; à Sade, l’alternance (très présente dans tous mes projets) entre des espaces narratifs et/ou drolatiques et des passages plus « intellectuels » façon « Je vous explique le pourquoi du comment de la scène précédente » ; et à Bloy, le caractère irrécupérable (et le côté amphigourique, probablement…).
Mais c’est le roman Les Misérables (à mon sens le plus grand qui soit) qui m’a servi d’horizon pour mon dernier roman (Du champagne, un cadavre et des putes). En particulier, le côté j’assume la dimension romanesque (quitte à tomber dans le feuilleton interminable et/ou dans le mélo) ET, en même temps – même pas peur ! –, je fais une digression de cent pages sur l’état des couvents en France, les batailles napoléoniennes ou l’histoire de l’argot.


2- À quel moment avez-vous décidé/su que vous deviendriez écrivain ?


À vingt-trois ans, en sortant de mes études, j’ai dû/pu choisir entre trois voies : chercheur en physique théorique, chanteur de rock’n’roll et écrivain. La première assez vite écartée (j’y aurais gagné plus de confort mais je ne me serais jamais senti ni pleinement accompli ni vraiment à ma place), restaient les deux autres qui (rétrospectivement à juste titre) me semblaient deux facettes (parmi d’autres, la scène par exemple) d’un même objet. J’ai tenu alors ce raisonnement (qui, de nouveau, ne me semble pas aberrant avec le recul) : chanteur de rock’n’roll, c’est un métier de jeune, tu ne vas pas te lancer là-dedans à cinquante ans, alors qu’à l’inverse, écrivain est moins incompatible avec le cacochyme : patience !, tu feras ça plus tard.
Et ce n’est qu’à trente ans, lorsque j’ai écrit mon premier roman, que je suis passé du fantasme à la réalité.


3- Avez-vous eu des nouvelles de cette femme (celle qui a été accusée d’homicide), à la suite du procès ?


Il y a quelques semaines, elle a publié un court retour (très positif !) sur un site de critiques de lecteurs. Ça a illuminé ma journée ! C’est comme si ça donnait un sens à mon travail et mon parcours de vie. On écrit pour la gloire, les filles (ou les garçons, bien sûr), la fortune, la postérité, le public en général, l’accomplissement personnel avant tout, etc., mais aussi pour certaines personnes précises à chaque fois – c’est follement enthousiasmant lorsqu’elles apprécient le geste (et blessant dans le cas contraire).
C’est la seule nouvelle que j’ai eue d’elle mais, d’un point de vue purement égoïste, c’était une belle nouvelle.


4- Comment avez-vous géré l’après procès ? Assister tout en étant impuissant, à ce lynchage de classes, on n’en sort pas indemne ?


Je discutais de ça un jour, autour d’une bouteille de grand vin, avec un de mes rares collègues que je respecte, et il m’a glissé avec un regard espiègle mais de façon avant tout sérieuse : « Il ne faut pas le dire aux autres, mais l’art est thérapeutique… » Je pense que c’est une des raisons qui m’ont fait écrire ce livre : si j’étais resté à ruminer cette expérience, je crois qu’il m’aurait fallu longtemps pour la digérer. Mais comme j’ai pu rapidement l’évacuer par l’écriture, ça ne m’a pas trop longtemps bouffé de l’intérieur. Je pense même que c’est ça qui explique le ton « drolatique » de ce bouquin. L’humour (dans la vie en général) sert souvent à désamorcer les choses que, autrement, on vivrait mal. Et me foutre de la gueule des magistrats et de la justice, faire preuve envers eux d’irrévérence, ça a été une manière de leur refuser – symboliquement et psychologiquement du moins – le pouvoir qu’ils ont eu sur nous tous (et sur les accusés avant tout bien sûr) pendant ces quinze jours.


5- La question que je pose à tous ceux qui se prêtent au jeu… quelles sont les imperfections qui vous attirent le plus ?


Ce que les psychiatres appellent les maladies mentales et, le grand public, la folie. Les petites poitrines (chez les femmes, pas du tout chez les hommes). Les visages à la serpe façon El Greco (chez les deux sexes). L’orgueil (mais pas l’ego, surtout pas l’ego). L’exigence (oui, oui, c’est perçu comme une imperfection chez la plupart…). L’intelligence (idem…). L’intransigeance. Et j’en oublie (forcément).

Plus de livres sur https://lespapiersmacules.wordpress.com/les-papiers-macules/

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