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Le Monde Moderne - Directeurs de publication Alexis Poulin et Antoine de Decker

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10.05.2021 à 11:34

Tchad-France : éviter à tout prix un Rwanda bis

Le Monde Moderne

La situation est gravissime au Tchad. Ni paix, ni justice, ni démocratie, ni indépendance pour les quelques 15 millions de tchadiens abandonnés à leur triste sort dans ce pays grand comme 2 fois la France et où les divisions ne cessent d’alerter sur le risque d’une guerre civile. Ni la réélection truquée du Maréchal Président […]

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Texte intégral 3698 mots

La situation est gravissime au Tchad.

Ni paix, ni justice, ni démocratie, ni indépendance pour les quelques 15 millions de tchadiens abandonnés à leur triste sort dans ce pays grand comme 2 fois la France et où les divisions ne cessent d’alerter sur le risque d’une guerre civile. Ni la réélection truquée du Maréchal Président Idriss Déby Itno le 11 avril dernier, ni l’intronisation illégale de son fils adoptif, le général Mahamat Kaka Déby Itno, dans le cadre d’un coup d’Etat militaire soutenu par la France le 20 avril suivant, n’ont pu rassurer les observateurs internationaux inquiets des perspectives pour ce pays abîmée par plusieurs décennies de conflits, d’autoritarisme et d’ingérence néocoloniale.


Depuis son indépendance en 1960, le Tchad n’a jamais connu la démocratie.

Aucune élection présidentielle n’a été régulière depuis. L’actuel dirigeant a pris le pouvoir dès suites d’un coup d’Etat militaire illégal, comme son père l’avait fait avec le soutien de la DGSE en décembre 1990. Il est vrai que ce dernier chassait alors un précédent dictateur qui s’était lui même installé grâce à un autre coup d’Etat militaire… Ce dernier affichait une proximité trop proche avec les Américains et ne cachait nullement ses velléités d’une politique tchadienne autonome vis à vis de Paris. Inadmissible pour les stratèges français, notamment militaires, qui considéraient, à juste titre, le Tchad comme un lieu éminemment central pour la région et pour le sous-continent. A la frontière de la Libye via la bande contestée de Fezzan, du Soudan avec la zone ensanglantée du Darfour, de l’instable Centrafrique où plusieurs puissances se disputent l’influence et l’accès aux sous-sols, mais aussi du Niger et du Nigéria qui affrontent le terrorisme djihadiste à l’intérieur et près des frontières, le Tchad apparait clairement comme la plaque tournante majeure pour la sécurité de la région, déjà marquée par plusieurs événements historiques, de la chute de Kadhafi sous les bombardements de l’OTAN en 2011, au renversement de l’allié de la France le président centrafricain François Bozizé par les Sélékas en 2013, à la fin du régime dictatorial soudanais qui sévissait depuis Khartoum jusqu’en 2019, sans oublier le précédent malien plus à l’ouest et le soulèvement soutenu par l’armée contre le gouvernement d’IBK soutenu par la France, il s’agit pour Paris d’éviter que des nouveaux soubresauts n’affectent “la stabilité” indispensable pour la fameuse lutte contre le terrorisme, qualifiée récemment de nouvel Afghanistan pour la France et ses alliés.


La région du Sahel souffre en effet, en plus de l’anémie institutionnelle caractéristique dans cette zone et du sous-développement chronique qui classe plusieurs de ses pays parmi les plus pauvres de la planète, de l’assaut notable de plusieurs forces terroristes depuis moins d’une dizaine d’années. Boko Haram, l’Etat islamique et Al Qaida disposent d’une empreinte importante, que ce soit en nombres d’hommes, d’armements, de territoires et de financements. En contrôlant les trafics, en assurant une certaine protection locale contre l’insécurité permanente, en utilisant habilement la présence occidentale pour dénoncer les infidèles et leurs complices, ils parviennent à recruter parmi la jeunesse.

Dans ce contexte, la France a fait le choix de porter un soutien massif et quasiment unilatérale malgré un appui américain, européen et africain des plus relatifs. Ce sont les différentes missions connues, de Barkhane, au G5 Sahel, à la Minusma, dont le mandat non-offensif ne permet pas vraiment d’aller plus loin que la protection des civils. Le Tchad devait être le fer de lance du dispositif allié de la France, en tant que pays d’accueil du QG de Barkhane et de ses nombreux effectifs. C’est bien simple : la France n’a quasiment jamais quitté le Tchad depuis 1960. Près de 1000 soldats y sont encore aujourd’hui installé, dans les bases près de la capitale N’djamena, Abéché près du Soudan, ou encore Faya Largeau ou Zouar plus au nord. Cette présence permet de faire rayonner l’aviation française du Mali jusqu’à Djibouti, du sud libyen jusqu’en Centrafrique. Aussi la disparition brutale et mystérieuse de l’allié installé par la force en 1990 avait de quoi faire bondir plusieurs gardiens du temple de la Françafrique le mois dernier…


Une succession dynastique illégale mais Paris doit assurer la survie du régime


L’élection d’avril 2021 devait redonner au Président Maréchal Déby la caution médiatique et institutionnelle pour aller chercher avec ce sixième mandat, près de quarante ans de règne sans partage au pouvoir. Son ethnie Zaghawa ultra minoritaire est guerrière et surarmée. Malgré les divisions internes, qui avait donné lieu au massacre de la famille de l’opposant Yaya Dillo en février dernier, un cousin du président qui s’était opposé à la Première Dame, le pays était tenu d’une main de fer par une poignée de personnes, essentiellement liés au président par le sang ou le mariage et partie prenante de la grande famille du Mouvement Patriotique du Salut, sorte de parti para-étatique édifié à la gloire du chef et de son clan. Cette emprise sécuritaire se traduit par une surveillance importante de sa population, notamment avec l’aide d’entreprises occidentales et israéliennes, par l’interdiction de s’assembler, de s’associer, de manifester, par la censure massive d’internet dénoncée par Reporters Sans Frontières, par une corruption institutionnalisé et dénoncée notamment par Transparency International. Le népotisme est manifeste, la famille Déby contrôle tous les postes du pouvoir, du renseignement à l’armée, des ministères aux organismes économiques indispensables, au premier chef la gestion des ressources pétrolifères. En effet, l’or noir a fait une apparition tardive dans ce pays surtout désertique, où c’était d’abord l’or rouge, le bétail, et l’agriculture qui prédominait, avec notamment le coton et la gomme arabique. L’exploitation récente de l’or, notamment dans la région rebelle du Tibesti mais aussi dans le Batha central, ajoute de la convoitise et du conflit dans un contexte qu’on peut qualifier de kleptocratie népotique et autocratique.


C’est là où la situation se complique. Parmi les trois pays les plus pauvres au monde selon son indice de développement (IDH), le Tchad était peut-être condamné à une certaine misère qui sert souvent des intérêts de violence et de domination. L’arrivée du pétrole au début des années 2000, sans que la France ne s’implique directement dans cette aventure, allait donner à voir l’écart phénoménale entre les ressources et les investissements pour le développement. Non content de profiter d’une opportunité en or pour enfin palier aux graves lacunes en termes de santé (espérance de vie autour de 57 ans, mortalité infantile record, aucune infrastructure moderne), d’éducation (analphabétisme généralisé, éducation supérieure extrêmement rare), le régime tchadien s’est décidé à prioriser deux objectifs : investir de manière disproportionnée dans sa propre sécurité, assurer sa pérennité financière via les détournements de fonds, les paradis fiscaux et des soupçons de financement illégal de la vie politique française.


Le pays consacrerait 30 à 40% de son PIB à son armée, sans compter l’appui logistique, militaire et de renseignement français. Parmi les milliards d’aide au développement reçus depuis 1990, seule une partie est arrivée à destination : 60% de l’aide française apparait dans les données au Tchad, 40% manquent à l’appel. 8,5% des aides finissent leur séjour dans les paradis fiscaux. Il n’est pas surprenant dès lors qu’on retrouve le régime tchadien dans les Panama Papers, avec pas moins de 10,7 milliards de dollars détournés.

Selon The Economist, ce régime compte parmi les 5 plus autoritaires au monde, au côté de la Syrie, de la Corée du Nord, de la Centrafrique et du Congo-Brazzaville. Armé, financé et soutenu politiquement par la France, sur des prétextes de stabilité régionale et de lutte contre le terrorisme, le Tchad est devenu comme notre monstre de Frankenstein, suffisamment pestiféré pour qu’on ne le mette pas trop à l’honneur, pas assez inutile pour qu’on ne cesse de tendre la main ou de fermer les yeux. Les frasques sont légions car fort de notre appui, le président Déby se sentait pousser des ailes… En 2008, suite à une attaque de rebelles que seule l’intervention décisive de l’armée française su arrêter, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel, le régime fait disparaitre son principal opposant, Ibni Oumar Mahamat Saleh. Les prisons secrètes gérées par l’Agence nationale de Sécurité regroupent des centaines, sinon des milliers de prisonniers, qui subissent des actes de tortures que dénoncent notamment Amnesty International. On ne compte plus les récits de viols, d’assassinats, de violence, menées par le régime contre sa propre population, et cela en toute connaissance de cause par Paris et depuis longtemps.


La goutte d’eau qui fait déborder le vase, dans un océan de malheur une oasis d’espoir…


Seulement, cela ne pouvait plus durer. Comble de l’aisance, le Président Déby se fait introniser Maréchal l’année dernière, rappel des Mobutu et compagnie, parés d’or et de soie quand 40% de la population peine à se nourrir selon la FOA de l’ONU. Les problèmes de sécurité s’accroissait, autre comble pour le pays le plus militarisé de la région et qui revendiquait d’être l’une des armées les plus puissantes de la région. Au Nord, le “problème rebelle” n’a jamais cessé, que ce soit ceux installés en Libye ou des rebelles autonomes de la zone du Tibesti qui protègent l’accès de leur terre et ressources contre les forces du gouvernement.

Les premiers étaient redescendus déjà en février 2019 où ils ne furent arrêté dans leur course vers la capitale que par la force de frappe des Mirage 2000 français, décision strictement présidentielle dès lors que notre grande démocratie inclut pas ou peu le parlement. Les seconds ont fait des éclats ces dernières années, notamment contre la tentative du gouvernement de confier les ressources aurifères à un consortium turco-qatari. Au sud-ouest c’est la menace terroriste de Boko Haram qui pesait au dessus des populations de la région des Lacs. Au Sud, il s’agit de surveiller la Centrafrique tumultueuse, souvent considéré comme zone d’influence de prédilection pour le régime tchadien. A l’intérieur, l’opposition se faisait sentir ponctuellement, à force de voir les élections repoussées (il n’y a pas eu d’élections législatives depuis 2011) ou le régime se radicaliser (suppression du poste de premier ministre, du conseil constitutionnel ou de la haute cour de justice). Plusieurs figures emblématiques semblaient recueillir une attention grandissante, que ce soit le vétéran ancien journaliste Sahel Kebzabo chef de l’UNDR, le jeune loup ancien banquier Succes Masra chef des Transformateurs, le militant des droits humains maintes fois arrêtés Mahamat Nour Ibedou ou encore le chef d’entreprise fortuné Abakar Adoum Manany qui a beaucoup gêné le régime par son activité sur les réseaux sociaux et son réseau. A ce moment, le Président Déby est un homme bientôt septuagénaire, notoirement malade et abonné aux allers retours parisiens pour se soigner. Il n’a pas encore d’héritiers désignés, ni de consensus sur sa succession, son bilan est à la fois un pillage sanguinaire, le meilleur allié des gouvernements français successifs dans la région et une absence totale de toute démocratisation.


Les conclusions du Second Forum National Inclusif en octobre 2020 ont encore alerté les observateurs sur le risque tchadien. Comme au Cameroun de Paul Biya et dans d’autres pays, ce Forum qui devait pacifier en démocratisant n’a su au final que maintenir, sinon mettre en colère, une population laissée pour compte, et qui s’apprêtait à affronter la crise sanitaire et ses effets économiques… Dans les mois qui précèdent l’élection présidentielle, beaucoup ont vécu avec déception la façade d’ouverture que proposait le régime. Ainsi de Succès Masra, qui souhaitait se présentait à l’élection mais n’en a pas eu le droit, de Saleh Kebzabo qui souhaitait se présenter à la tête d’une coalition mais accusa ses membres d’avoir été acheté pour l’écarter, ou encore de Mahamat Nour Ibedou qui participa aux nombreuses marches des samedi et pu constater chaque weekend les gaz, matraques, violences pour dissuader toute pression de la rue. Aussi lorsque l’information de la descente d’une importante colonne de rebelles survient le jour de l’annonce des résultats, c’est un mélange d’appréhension légitime et d’espoir qui embrasse la population tchadienne déjà rebelle. Chacun pouvait craindre ou espérer que cette colonne produirait ses effets comme l’ont montré les précédents de 2019, 2013, 2008 et 2006. Cependant nul ne pouvait imaginer qu’elle entraînerait le décès du chef de guerre Déby.

Même s’il apparait aujourd’hui qu’Idriss Déby n’est pas mort lors de combats contre les rebelles – et que c’est le récit officiel poussé par le régime et Paris – il est indéniable que c’est l’arrivée des rebelles qui a accéléré la chute de l’un des plus anciens chef d’Etat au Tchad. La France au premier chef a du composer en vitesse un plan de secours et rassurer son allié endeuillé qu’elle sera à ses côtés pour assurer la survie du régime. “Après avoir été pris de court au Mali, pas question de perdre le Tchad !”, les vieux réflexes coloniaux refont surface et Paris se retrouve à se dédire en moins d’un an : elle qui disait “pas de coup d’Etat militaire” suite à l’action des officiers maliens décide désormais de soutenir celui en marche au Tchad.


Accélération de l’Histoire et balbutiements franco-tchadiens 


L’annonce soviétique des résultats de la présidentielle a lieu alors que le président est déjà mort et que la population ignore cette nouvelle, il faut que tout soit bien millimétré. Aussi l’annonce du décès de Déby, glorieusement au combat selon la version officielle, est suivi le même jour par la constitution du Conseil Militaire de Transition, formé de 15 généraux dont 8 Zaghawas, à la tête duquel le jeune Kaka Déby, général à 37 ans, ancien chef de la DGSSIE, garde prétorienne de Déby et cœur de l’armée. Ce CMT si peu représentatif pose question au sein même des Zaghawas et de l’armée. plusieurs chefs s’exprimant pour mettre en question sa fondation et son existence. Qu’importe, Paris annonce l’arrivée du Président Macron en soutien aux obsèques, comme pour introniser son fils à la fois aux yeux de la communauté internationale mais aussi en interne. Celui qui a le soutien de Paris dispose à la fois de l’appui aérien et du savoir-faire de nos services. Ce n’est pas pour rien que l’on surnomme le Tchad l’Etat DGSE ! Sous l’autorité unique du Président Macron, l’aviation française fera de nombreuses sorties aériennes, pour le renseignement, 139 fois entre le 14 et le 20 avril contre 95 d’habitude, pour le transport également, 73 missions de ravitaillement, contre 50 en semaine normalement. Cela en dehors de tout régime légal, on parle d’un obscur accord, qui aurait revu en 2008, mais dont personne ne connait l’existence. Le ministère des Armées refuse de répondre aux questions : a-t-on fournit des armements supplémentaires cette semaine là ?


On voit bien que le soutien français a une nouvelle fois été décisif. Macron aurait peut-être réédité les frappes aériennes de 2019 si ces alliés européens ne lui avaient pas fait savoir leur désapprobation ferme. C’est que la géométrie variable française ne met pas seulement à mal nos valeurs mais aussi celles d’une UE beaucoup plus réservée que nous pour soutenir militairement des dictatures face à des rebelles. Le CMT a beau continuer de les appeler terroristes, personne n’est dupe de la distinction très claire, qui toujours a laissé craindre le risque d’un retour d’une guerre civile au Tchad. Malgré le sentiment national fort, la société reste très divisée, entre nord et sud, entre ethnies, entre proches du pouvoir et ceux qui le désapprouvent. Au sein même du pouvoir, l’action du CMT reste fragile, tout s’est fait si rapidement et dans un contexte déjà si instable. Lorsque le CMT a annoncé refuser la médiation et le dialogue avec les rebelles, la crainte s’est renforcée d’un risque de conflit ouvert sur le temps long. Les rebelles tendaient la main, mais la France a préféré soutenir les putschistes, qui aurait du laisser leur place au président de l’assemblée nationale selon la constitution. Lors de la première manifestation qu’ils ont eu à gérer, les militaires en treillis ont remplacé la police, près de 10 morts et des dizaines de blessés, des très jeunes et qui n’étaient pas armés…


Une responsabilité française accablante 


C’est dans ce sens qu’on peut dire clairement que Macron a du sang sur les mains.

Pas seulement celui des rebelles qui vivent par la glaive, mais de celui des jeunes qui sont majoritaires au Tchad (l’âge médian est de 15 ans) et qui n’ont connu que les Déby, sans aucune perspective pour eux. C’est la possibilité un jour d’une démocratie au Tchad que Macron a assassiné, en continuant à soutenir une ethnie surarmée et minoritaire. Les pratiques de népotisme et de corruption perdurent, la violence s’est déchaînée pour dissuader à tout jamais les Tchadiens de sortir de chez eux. Face au soutien français, les rebelles ne peuvent rien. La dictature va continuer et les secrets resteront enfouis quelques temps. En 2017, Alexandre Benalla avait fait plusieurs allers-retours pendant la campagne présidentielle au Tchad, on ne sait toujours pas ce qu’il y faisait mais plusieurs sources confirment cette première hypothèse : 6 millions d’euros auraient transité entre le Tchad et LREM. Dans le même temps, Marine Le Pen avait profité d’un voyage aux soldats au Tchad pour descendre plus au sud rencontrer le dictateur Déby. 3 mois plus tard elle signait un prêt inespéré dans la capitale voisine de Bangui, 8 millions d’euros pour pouvoir faire campagne. Le duo a fait son œuvre, on le retrouve encore aujourd’hui aux manettes pour assurer le statu quo et empêcher une véritable alternance politique en France.


Beaucoup de nos affaires domestiques se trament parfois à l’étranger, du fait de notre histoire et des pratiques qui persistent chez nos dirigeants. Le dictateur gabonais richissime Omar Bongo finançait notoirement tout le monde, gauche, droite, centre, jusqu’au Front National de Jean-Marie Le Pen. Manière de s’acheter une tranquillité, mieux, une influence. C’est cela qui fit dire à Antoine Glaser que la Françafrique était devenue une AfricaFrance, c’est à dire la mainmise de vieux dictateurs connaissant très bien nos rouages et sachant sur quelles valeurs miser pour s’assurer l’amitié fidèle du poulain accompli. C’est bien cela qu’il faut briser, pour nous et pour nos camarades africains qui en crèvent.

Au Rwanda, la France a eu l’immaturité, la candeur, la faiblesse, de soutenir et d’armer un gouvernement qui finalement participa à un génocide parmi les plus meurtriers du siècle. Il est à craindre qu’en continuant de soutenir aveuglément un régime sanguinaire et aux abois, nous n’armions les tueurs sans complexe d’une guerre civile que nous aurons accéléré.

Alain Juppé jeune ministre des affaires étrangères de l’époque, a présenté ses excuses. Le comble du cynisme serait d’attendre tranquillement celle de Macron dans 30 ou 40 ans.

Henri Agiar

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10.05.2021 à 10:38

La gauche peut y arriver !

Marius Roux

Pendant un an, j’ai contribué au média en ligne le Monde moderne et rédigé une dizaine d’articles qui ont été publiés sur son site Internet. J’ai quitté ce média en octobre dernier suite à des divergences. Récemment, je suis allé faire un tour sur le site du Monde moderne par curiosité et j’ai trouvé l’article […]

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Texte intégral 1774 mots

Pendant un an, j’ai contribué au média en ligne le Monde moderne et rédigé une dizaine d’articles qui ont été publiés sur son site Internet. J’ai quitté ce média en octobre dernier suite à des divergences. Récemment, je suis allé faire un tour sur le site du Monde moderne par curiosité et j’ai trouvé l’article « La gauche n’y arrivera pas »  rédigé suite à la réunion organisée le 17 avril dernier par Yannick Jadot entre les différents partis de gauche. Faisant référence à la gauche, je suis allé lire le papier. J’ai un peu tiqué à la lecture et je vais m’en expliquer ci-dessous.

Tout d’abord, je partage ce premier constat qui apparaît dès le début de l’article : « il faudra plus qu’une simple union pour convaincre les français las de 40 ans de libéralisme, d’européanisme béat et de soumission aux impératifs économiques du grand capital contraire aux intérêts du pays ». Effectivement, depuis plusieurs années, la gauche est incapable de produire un programme fort et neuf. Notre courant politique est en état de mort cérébrale et on cherche à le réanimer par tous les moyens. Les électrices et électeurs fuient notre camp et se réfugient soit dans l’abstention soit dans le vote frontiste. En effet, lorsque nous sommes aux responsabilités, la gauche a trop souvent déçu et n’a pas tenu ses promesses. Je ne vais pas revenir en détails sur le mandat de Lionel Jospin à Matignon qui a intensifié les privatisations entre 1997 et 2002 ou encore plus proche de nous, le quinquennat de François Hollande et ses différentes mesures libérales et autoritaires : CICE, pacte de responsabilité, Loi travail, 49-3 ou encore la déchéance de nationalité. Je suis bien d’accord que nous devons nous reprendre en main pour regagner la bataille culturelle dans le pays. Nos idées de progrès social, de transition écologique et de défense des communs sont primordiales. Celles-ci doivent être défendues partout et en tout temps.

Cependant, la suite m’a quelque peu déplu. L’auteur continue son déroulé sur l’incapacité de la gauche à produire un discours en phase avec le réel et pointe d’entrée de jeu la question européenne. Cette dernière fait incontestablement débat dans notre camp. Je le dis ici : il est bon et sain d’avoir des échanges. Ne pas débattre des choses qui fâchent ne nous permettront pas d’avancer et de proposer une alternative audible, crédible et lisible aux yeux des Françaises et Français. En effet, la plupart des partis de gauche (PS, EELV, PCF) ne proposent pas une refonte totale de l’Union européenne (UE) et de son fonctionnement. Ils souhaitent simplement une réorientation de ses priorités : une UE beaucoup plus sociale, écologique et humaniste. L’auteur vient à pointer du doigt la position de la France insoumise (LFI) sur l’UE : « Si la France Insoumise, à travers son programme « L’Avenir en commun », réclame une renégociation des traités, qui, si elle se voit refusée, change en une sortie pure et simple, force est de constater qu’elle se condamne déjà à se coucher, ou à sortir ». Pour rappel, voici les propositions avancées par LFI sur les traités européens : le plan A vise à proposer une refondation démocratique, sociale et écologique des traités européens par la négociation et le plan B est de sortir des traités actuels et s’allier avec les pays d’Europe du Sud pour en finir avec l’austérité et engager des politiques de bifurcation écologique et sociale. Une question demeure ici : pourquoi affirmer que LFI se condamnerait à « se coucher ou à sortir » sur les traités ? Je ne saisis clairement pas l’attaque visant LFI ici. Je vais être franc : pendant très longtemps et jusqu’à peu, j’ai eu du mal à comprendre la position de Jean-Luc Mélenchon sur la question européenne. J’étais un européiste convaincu qu’on pouvait modifier de l’intérieur le fonctionnement institutionnel de l’UE. Après quelques lectures et recherches sur le sujet, il s’avère que non et il est nécessaire d’opposer un rapport de force à cette organisation technocratique, gangrenée par les lobbies et éloignée des préoccupations des populations. Cela peut passer par une alliance avec les pays d’Europe du Sud qui ont souffert des politiques d’austérité imposées par la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) au début des années 2010.

Ce n’est pas tant cette mini-attaque contre LFI qui me gêne ici. Ce qui m’a interpelé vivement est le contenu du 7ème paragraphe. Je ne reviens pas ici sur le constat dressé par l’auteur sur la gentrification de la gauche et de son électorat ou encore sur les propositions environnementales décrites comme « hors-sol » par rapport aux attentes des Françaises et Français. Il y aurait beaucoup à dire sur l’évolution de l’électorat de gauche et des mesures écologiques envisagées par les différents partis. En effet, au cœur de ce paragraphe, la question sociale est abordée sous l’angle de la politique économique. Selon le rédacteur, il faut « une véritable politique sociale placée sous le joug d’une réindustrialisation nécessaire du pays pour faire revenir la production, et donc l’emploi [..] ». Arrêtons-nous un instant sur cette première partie de la phrase. Nous sommes ici face à un mélange des termes et une clarification mérite d’être faite. Dans les années à venir, nous allons manquer d’emplois et non de travail. L’emploi va se raréfier du fait d’une part de la captation de la valeur ajoutée et d’autre part de la logique des profits distribués aux actionnaires. Cette logique capitaliste ne permet pas de créer d’emplois. Or, tout le monde, ou presque, a conscience que nous ne pouvons pas continuer avec ce modèle libéral qui nous mène dans le mur. La bifurcation écologique nous permettra d’appréhender différement le travail : création de nouveaux liens, de proximité et de solidarité locales. Nous pourrons partager le travail, réduire le temps de travail en allant progressivement vers la semaine de 32h afin de décupler l’emploi dans notre pays.

Par ailleurs, la seconde partie de la phrase est ambivalente : « (politique sociale) à laquelle s’additionne des impératifs sociaux de mixité sociale dans les zones urbaines et péri-urbaines, non pas seulement entre gens d’origines ethniques différentes, mais bien d’origines sociales différentes. Car ici réside à mon sens tout le désenchantement de la gauche : l’empêtrement dans un discours intersectionnel aux antipodes des valeurs universelles que promeut historiquement notre famille politique ». Le glissement est fatal. Pourquoi attaquer la gauche là-dessus ? A qui cela sert-il et à quoi cela sert-il ? Cela sert la droite, l’extrême-droite et tous les laïcards et identitaires en tout genre comme Manuel Valls, le Printemps Républicain ou encore Caroline Fourest qui signe des textes teintés d’islamophobie. J’avoue ici ne pas comprendre le lien entre d’un côté la nécessité de retrouver une véritable politique sociale pour le pays et le bien commun de toutes et tous et de l’autre s’en prendre aux discours intersectionnels qui auraient miné et dénaturé la gauche, ce que dit en substance l’auteur. Cela fait des semaines que le gouvernement est en boucle sur ces notions d’islamo-gauchisme, de réunions non mixtes et s’en donne à cœur joie pour nous traiter de tous les noms. L’extrême-droit sourit et applaudit des deux mains. Glisser dans cette thématique ne fait que rajouter de l’huile sur le feu et n’est pas bon ni pour la gauche ni pour le débat public. J’ai toujours considéré que toutes les luttes se valaient car celles-ci ne visent en réalité qu’un seul objectif : mettre fin au système capitaliste, productiviste, consumériste et patriarcal qui abîme notre démocratie, nos droits, notre vivre-ensemble et nos communs. Rien d’autre. Les luttes contre la violence sociale présente chaque jour, les violences policières, les violences faites aux femmes et aux enfants, contre les personnes exilées, les précaires ainsi que les violences commises à l’égard de la planète sont nécessaires et capitales. Il est temps de cesser ces attaques inutiles envers et au sein de notre camp ! En brandissant de tels propos, oui c’est sûr la gauche n’y arrivera pas. Or, je pense et l’affirme ici que la gauche peut y arriver. Combattre le libéralisme autoritaire et le fascisme identitaire présents médiatiquement est non seulement possible mais souhaitable. Des millions de personnes dans le pays refusent de céder au jeu cynique et mortifère entre droite extrême et extrême droite.

Rien n’est joué pour 2022. Personne ne peut dire quel sera le paysage politique dans un an et il faut prendre les étapes les unes après les autres. Cela commence par les élections régionales et départementales en juin prochain où il faut se mobiliser dans nos territoires respectifs !

Oui la gauche peut y arriver !

Nous avons plus de points d’accord que de désaccords au sein de notre camp.

Cette note de blog n’a pas vocation à attaquer  personnellement l’auteur mais plutôt de relever ses propos et le constat de la gauche qu’il dresse dans son article. J’estime que ceux-ci sont inopérants et nous plongent collectivement dans de longs et faux débats. Le temps est plutôt à la discussion et non à la friction.

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05.05.2021 à 14:26

Santé mentale en entreprise au temps du covid

Le Monde Moderne

Un article initialement publié sur le journal #Perspectives du cabinet Forhuman, notre partenaire média. Bimestriel gratuit, spécialisé dans la stratégie liée à la santé psychologique et la performance sociale au sein des entreprises. Pour en savoir plus  écrit Par Medhi Cohu, Docteur en psychologie sociale & ingénieur recherche chez Forhuman. Lorsque, fin 2019, nous entendions tous […]

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Texte intégral 726 mots


Un article initialement publié sur le journal #Perspectives du cabinet Forhuman, notre partenaire média. Bimestriel gratuit, spécialisé dans la stratégie liée à la santé psychologique et la performance sociale au sein des entreprises. Pour en savoir plus 

écrit Par Medhi Cohu, Docteur en psychologie sociale & ingénieur recherche chez Forhuman.

Lorsque, fin 2019, nous entendions tous parler de l’apparition d’un virus inconnu dans un pays lointain, qui aurait pu prédire, que plus d’un an après, la COVID-19 aurait autant impacté nos vies ?

La réceptivité comme nouvelle indicateur

Plus de 2,7 millions de morts dans le monde, plus de 100 000 en France, et après trois confinements généralisés, cette crise sanitaire s’est transformée en une crise sociale et professionnelle. Dès 2020 et la fin du premier confinement, le cabinet Forhuman était préoccupé par les conséquences de cette crise et du confinement ainsi que les répercussions du télétravail sur le bien-être et la santé des salarié∙e∙s. Une enquête menée auprès de 3000 salarié∙e∙s entre mai et août 2020 a permis d’étudier et de mettre en évidence certaines conséquences de cette crise d’un point de vue organisationnel. Entre autres, cette enquête montre que beaucoup de travailleurs et travailleuses souffrent psychologiquement de cette crise, tant du point de vue professionnel que personnel. De plus, cette étude donne un angle inédit sur comment appréhender cette crise en prenant en compte trois facteurs que sont les risques perçus, les besoins des employé∙e∙s et de l’entreprise, ainsi que leur réceptivité.

Des études croisées

Les résultats obtenus complètent d’autres études et sondages mettant également en évidence l’impact négatif de cette crise. Parmi celles-ci, une étude de Robert et Vandenberghe publiée en mars 2021 dans la revue de Psychologie du Travail et des Organisations montre que l’anxiété générée par la crise impacte négativement certains facteurs organisationnels tels que l’épuisement et l’habilitation psychologique sans pour autant impacter négativement l’engagement professionnel de l’employé. Un sondage mené par IFOP montre qu’en mars 2021, 30 % des français disent ne pas avoir le moral et 47 % d’entre eux jugent difficilement supportable leur vie actuelle sur le plan psychologique. Cette enquête met également en avant l’augmentation de certains troubles psychologiques tels que l’anxiété (40%, + 4 points en 4 mois), les troubles du sommeil (46%, + 2 points en 4 mois) ou encore les états dépressifs (22%, + 6 points en 4 mois). Une étude menée pour France Inter donne des résultats similaires : 36 % des salariés disent souffrir de dépression.               

Une situation complexe avec des pistes de réflexions

Ces différentes données sont malheureusement très proches de celles obtenues par le cabinet Forhuman un an plus tôt. Elles montrent non seulement à quel point l’étude menée par Forhuman est, plus que jamais, d’actualité afin d’appréhender cette crise, toujours présente, mais aussi que c’est maintenant que nous devons agir. Cette enquête fait un constat alarmant de la situation dans laquelle nous nous trouvons mais, également, donne des pistes de réflexion sur comment la dépasser.

>> Télécharger gratuitement l’enquête complète « Santé Mentale : les enseignements de la crise sanitaire en entreprise »

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02.05.2021 à 20:46

Non, les Brigades Rouges n’ont jamais été des partisans qui luttaient contre le fascisme.

Eva Morletto

Dans une tribune parue dans Libération ces jours-ci, encore une fois un groupe d’intellectuels français bien fourni invite à respecter la doctrine Mitterrand et à s’opposer à l’extradition des membres des Brigades Rouges. J’ai vraiment envie de me demander, si Agnès B, Annie Ernaux ou Nicolas Bouchaud, parmi les signataires, ont tous lu attentivement les […]

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Texte intégral 1242 mots

Dans une tribune parue dans Libération ces jours-ci, encore une fois un groupe d’intellectuels français bien fourni invite à respecter la doctrine Mitterrand et à s’opposer à l’extradition des membres des Brigades Rouges.

J’ai vraiment envie de me demander, si Agnès B, Annie Ernaux ou Nicolas Bouchaud, parmi les signataires, ont tous lu attentivement les documents en Italien relatifs à l’assassinat d’Andrea Campagna, simple policier qui faisait son boulot? Ou ceux qui font état des personnes restées sur un fauteuil roulant à cause des balles plantées dans le dos? Ou sur les avocats et juges massacrés, car « éléments du système »?

Je me le demande, car je ne m’explique pas comment cette tribune, si compatissante envers des terroristes, puisse être si indifférente envers la douleur des victimes.

Agnès B. est-elle devenue experte en années de plomb entre le dessin d’un tricot en cachemire et un apéritif mondain?

Les juges Italiens ne sont-ils pas dignes?

Très bien.  

Alors on va faire comme ça.

Allons-y , Libérons les Abdeslam et tous les terroristes islamistes, on va les accueillir en Italie s’ils promettent de ne plus tuer. Ils écriront des polars et ils enseigneront à l’université. Car au fond, si la France n’avait pas occupé moitié de l ‘Afrique avec une politique avide pour s’accaparer les ressources en arrosant les dictateurs locaux au détriment du peuple, et bien peut être que la doctrine islamiste aurait eu moins de chance de se développer, n’est-ce pas?

Est-ce qu’un seul intellectuel italien s’est permis d’écrire une tribune pour ça? Non.

Et pourquoi? Parce que, comme disait Andreotti face à Eugenio Scalfari qui l’interviewait « les choses sont un peu plus compliquées que ça ».

Jusqu’où l’horreur peut-elle être considérée “violence politique”?

Les Brigades Rouges seraient « en exil »?!

Non, désolée, ça s’appelle une cavale.  

Ces terroristes n’ont pas combattu une féroce dictature, mais un état démocratique, avec ses magouilles, certes, mais démocratique.

Les comparer aux résistants de la guerre, aux héros en exil,  est juste honteux.

Non, ils n’étaient pas les montoneros argentins contre le général Videla et ses sbires, coupables d’avoir torturés et massacrés de milliers de jeunes, balancés en mer par des hélicoptères, restés desaparecidos à jamais.

Non, Cesare Battisti n’était pas George Orwell qui combattait le franquisme dans les files des Républicains espagnols. Il était un minable braqueur de banque, fini en taule, et c’est en taule qu’il a rencontré les idéologues qui lui ont bourré le crâne d’une idéologie qui a servi de jolie cape pour ses instincts meurtriers.

Et non, les Brigades Rouges n’étaient pas non plus des partisans qui se battaient contre le fascisme.

Et d’ailleurs, une petite histoire, rien que pour vous.

Fulvio Croce, avocat président du barreau de Turin dans les années 70, fut abattu comme un chien devant son bureau, rue Perrone à Turin, dans une sombre journée de pluie, le 28 avril 1977, par les Brigades Rouges.

Sa faute?

Avoir pris la responsabilité de s’occuper de leur défense, commis d’office, tout en sachant qu’il risquait de mourir pour ça. Dans le procès en cours au tribunal de Turin, les « brigatisti » avaient promis de tuer les avocats qui auraient voulu les défendre. Il n’y avait donc pas exactement  la queue pour les assister juridiquement. Fulvio Croce prît ce risque.

Mais Croce n’était pas seulement un avocat courageux. Il avait été Médaillé d’Or de la Valeur Civil (équivalent de la légion d’honneur en France) pendant la guerre. Il était alors le chef d’une brigade partisane. Il était antifasciste et avait combattu au péril de sa vie le régime de Mussolini.

Les Brigades Rouges l’ont tué.

Ou alors on peut parler d’Andrea Campagna.

Vous avez lu « le Peintre des batailles » d’Arturo Perez Reverte? Vous devriez. Il parle d’un ex soldat serbe qui pendant la guerre des Balkans avait été pris en photo par hasard par un reporter étranger. Cette photo avait fait de lui un symbole de la guerre. Il n’était plus un soldat serbe parmi les autres. Il était « l’ennemi serbe ». Pour cela, sa famille fut massacrée. C’est une histoire poignante.

Andrea Campagna, dans la réalité, a vécu une historie similaire. Il était un simple carabiniere de vingt ans, qui allait se marier. Il n’était pas violent, il ne militait pour rien, il n’avait tué personne. Un photographe de presse l’immortalisa le jour de l’arrestation d’un membre de Brigades Rouges. Sur le cliché, Andrea Campagna se trouvait à coté de l’homme menotté. Cette photo signa sa condamnation à mort.

Un assassinat revendiqué par les Brigades Rouges.

Vous qui signez, vous êtes certainement aussi au courant des liens entre vos héros romantiques et la mafia de Totò Riina et de Pippo Calò, et de toute la bande de Corleone, notamment dans l’assassinat du préfet Alberto Dalla Chiesa, grand protagoniste de la lutte contre les Brigades Rouges et contre la mafia.

Au passage, lui aussi était un héros de la Résistance italienne anti-fasciste.

Dans cette tribune qui dégouline d’empathie envers ces criminels, vous soulignez la douleur d’être “loin de leur pays”.

Moi aussi je suis loin de mon pays, ainsi que des milliers de jeunes Italiens diplômés et honnêtes qui ne peuvent pas trouver du travail là-bas. Vous allez écrire une tribune pour nous aussi?

Ces gens n’avaient rien d’héroïque, bien souvent ils étaient des fils de bourgeois gâtés et exaltés, ou plus souvent -comme cela fut le cas pour Cesare Battisti – des délinquants communs.

Votre tribune est une apologie indécente, un « J’accuse” pathétique et aveugle contre un ennemi imaginé -l’état Italien – qui dans ces années là a réussi malgré tout à imposer d’importantes avancées sociales et à faire de l’Italie un Etat moderne.

Vous qui signez, vous justifiez et approuvez l’image de cet homme massacré retrouvé couvert de sang dans le coffre d’une voiture, le 9 mai 1978.

Il s’appelait Aldo Moro.

Il n’était pas un atroce dictateur, comme ceux que la Françafrique arrose, il était le Premier Ministre d’un état démocratique ami de la France, qui mériterait plus de respect.

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