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01.08.2022 à 15:58

Les Uber Files et la corruption académique

Marc Chesney

Comment les grandes banques ont créé un corps professoral ex-nihilo, tout au service des intérêts des marchés dérégulés. Prof. Marc Chesney (intiatlement paru dans le Temps, le 19/07/22) Récemment les Uber Files ont révélé que des professeurs de finance ou d’économie, connus dans leur pays respectif, la France et l’Allemagne, avaient écrit en 2016 des […]

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Texte intégral (1064 mots)

Comment les grandes banques ont créé un corps professoral ex-nihilo, tout au service des intérêts des marchés dérégulés.

Prof. Marc Chesney (intiatlement paru dans le Temps, le 19/07/22)

Récemment les Uber Files ont révélé que des professeurs de finance ou d’économie, connus dans leur pays respectif, la France et l’Allemagne, avaient écrit en 2016 des rapports commandés par Uber, pour vanter les mérites de cette société en termes de supposés désenclavement des banlieues ou d’augmentation de la productivité. Mettre en avant les salaires des chauffeurs, de 20 euros par heure, sans d’ailleurs tenir compte des frais d’assurance et d’essence, alors que ces auteurs auraient perçu 100.000 euros chacun pour ce travail de lobbying, ne manque pas de piquant… et de cynisme. Plus généralement, il s’agissait de promouvoir l’ubérisation de l’économie, c’est-à-dire en réalité une précarisation accélérée des conditions de travail.

Le monde universitaire en économie et finance, feutré par excellence, joue ainsi un rôle essentiel dans la défense d’intérêts bien particuliers. Recevoir des compléments de salaire de grandes institutions, ou espérer y avoir accès, y incite. La presse fournit ponctuellement quelques exemples. Selon Le Monde Diplomatique de mai 2011, avant la crise financière de 2008, un professeur réputé de la London Business School, aurait ainsi été grassement rémunéré pour apparaître comme auteur d’un rapport vantant les prouesses du secteur financier en Islande. On connaît la suite, les trois grandes banques du pays ont fait faillite en quelques jours en 2008.

L’arbre qui cache la forêt

Ces exemples médiatisés sont l’arbre qui cache la forêt. Ils mettent en lumière un phénomène de corruption au sein du monde académique. Pour mieux comprendre et situer ce phénomène, il convient de remonter le temps pour remarquer que les premiers départements à part entière de finance, ont été créés dans les années 1980, 1990.

Auparavant, les quelques professeurs actifs dans ces domaines faisaient partie de départements d’économie ou de gestion. C’était l’époque où le néo-libéralisme, avec ses vagues de dérégulations et de privatisations, a commencé à jouer un rôle dominant. Les professeurs ayant une formation classique en économie ou en gestion ne pouvaient pas vraiment répondre aux nouvelles questions que se posaient dorénavant les institutions financières. Il s’agissait ni plus ni moins que de changer leur business model. La tâche classique des banques, qui consiste à générer un profit sur la base de la différence entre taux prêteurs et emprunteurs, était et est toujours une activité lente, pour ne pas dire ennuyeuse pour les nouvelles générations de banquiers. Les vagues de dérégulations et de privatisations, d’une part, et de progrès informatique, d’autre part, ont permis à d’autres activités d’émerger, sources de profits larges et rapides. La gestion des fusions et acquisitions ainsi que le développement d’immenses salles de marché, où étaient traités actions, obligations, produits dérivés… ont donné le jour respectivement à la finance d’entreprise et à celle de marché. Dans ce dernier cas, une formation initiale en mathématiques, physique ou informatique, devenait souvent plus utile qu’un diplôme en économie.

La finance casino s’est ainsi développée rapidement. Les grandes banques ont acquis une dimension internationale et sont devenues systémiques. C’est-à-dire qu’elles prennent des risques démesurés et bénéficient d’une aide de l’État, en cas de pertes trop importantes, le tout bien sûr au nom du libéralisme. Il fallait donc créer de toute pièce un corps professoral, qui forme les futurs spécialistes de ces deux domaines.

Les coûts de ces formations, initialement maintes fois supportés par le secteur privé: notamment les business schools, ont souvent été socialisés, dans le sens où ils ont été pris en charge par le contribuable, dans le cadre de formations universitaires. C’est ainsi par exemple, que des budgets publics sont aujourd’hui utilisés pour former les futures embauches de fonds spéculatifs, dont l’objectif prioritaire est de permettre à des individus déjà extrêmement riches, de le devenir encore plus… Un minimum de décence voudrait que ces coûts soient assumés par ces structures privées.

Mercenaires en col blanc

En poussant à la création de ce corps professoral, les grandes banques avaient aussi pour objectif de se draper, si nécessaire, dans les habits de la science. Par exemple, pouvoir justifier « scientifiquement », c’est-à-dire en se basant sur des publications « scientifiques », les rémunérations grotesques des directions de ces institutions, malgré des performances parfois catastrophiques, leur est particulièrement utile. Vouloir et le cas échéant pouvoir disposer de mercenaires académiques, qui s’expriment publiquement en faveur de ces institutions, ou simplement de laquais serviles, qui préfèrent se taire, devenait stratégique face à ceux qui osent critiquer ces rémunérations grotesques et plus généralement les dérives de la finance casino.

Dans de nombreuses universités publiques, et particulièrement en Suisse, les professeurs de finance, disposent, grâce au contribuable, de bons salaires. Il serait donc logique qu’au lieu de centrer leurs activités d’enseignement et de recherche sur les besoins du secteur financier, ils cherchent à promouvoir le bien commun et les intérêts du plus grand nombre, en analysant ces dérives et en proposant des solutions.

Une analyse critique du pouvoir exorbitant atteint par ce secteur et de l’ubérisation de l’économie est à l’ordre du jour.

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28.07.2022 à 12:22

Pour 15 minutes de défilé dans le désert, quand Yves Saint-Laurent montre la voie de la sobriété écologique.

Alexis Poulin

Dans le désert marocain d’Agafay, Kering a organisé un show hors normes pour le défilé de la nouvelle collection Yves Saint Laurent. Anthony Vaccarello, originaire de Belgique et directeur artistique de la maison Saint Laurent depuis 2016, a invité plus de 300 journalistes, TikTokers et célébrités dans le désert d’Agafay pour la mise en scène […]

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Texte intégral (1824 mots)

Dans le désert marocain d’Agafay, Kering a organisé un show hors normes pour le défilé de la nouvelle collection Yves Saint Laurent.

Anthony Vaccarello, originaire de Belgique et directeur artistique de la maison Saint Laurent depuis 2016, a invité plus de 300 journalistes, TikTokers et célébrités dans le désert d’Agafay pour la mise en scène de son nouveau défilé masculin.

À 45 mn de Marrakech, sous un soleil de plomb, Kering a loué un terrain, créé une route de 6 kilomètres pour accéder au site, avec arrosage quotidien, bâtiments éphémères, climatisations et espace VIP.

Sobriété oblige, de nombreuses climatisations ont été acheminées sur place.

C’est un studio hollywoodien digne d’un blockbuster qui a été conçu et réalisé par Bureau BETAK pour Yves Saint Laurent, sous la direction artistique de Anthony Vaccarello, avec une Stargate de 12 tonnes réalisée par l’artiste anglais Ed Devlin.

Sur le site du défilé, plusieurs bâtiments de 35 mètres, un bâtiment régie technique, un salon VIP, et d’autres bâtiments recouverts de panneaux miroirs pour les bureaux et collections.


Plus fou encore, la construction d’une piscine pour accueillir le catwalk. C’est 50 camions de 10m3 qui ont été nécessaire pour la remplir, selon les témoins, soit près de 500 m3 dans une région désertique.

Le risque d’assèchement des puits était réel et durant cette période, la canicule n’a pas épargné le Maroc, avec des températures moyennes de 45 à 47 degrés (55 degré sous le soleil). Pour monter ce décor, les techniciens marocains ont été mobilisés plus de 3 semaines et payés en moyenne15 euros par jour.

Le tournage a eu lieu le 15 juillet, et permis les 250 invités VIP présents, on retrouvait Catherine Deneuve et Aurélien Enthoven, le fils de Carla Bruni et Raphael Enthoven, qui défilait ce jour là pour YSL. Jets et vans affrétés du monde entier pour 15 minutes de show, dans le désert, c’est toute une conception par le luxe de l’éco responsabilité et de la sobriété.

Ce fut donc une réussite spectaculaire pour les organisateurs, adeptes de développement durable et soucieux de la planète.

On peut ainsi lire les objectifs climats de YSL sur le site de la marque de luxe :

« EN LIGNE AVEC LA STRATÉGIE DÉVELOPPEMENT DURABLE DE KERING POUR 2025, SAINT LAURENT SE DIRIGE VERS UNE RÉDUCTION DE 40 % DE L’INTENSITÉ DE L’EP&L RELATIVEMENT À LA CROISSANCE, EN PRENANT 2015 COMME ANNÉE DE RÉFÉRENCE. CET OBJECTIF NÉCESSITE DE PRENDRE DES MESURES SUR LA CHAÎNE D’APPROVISIONNEMENT, DE LA FERME À LA FABRICATION DU PRODUIT JUSQU’À SA MISE SUR LE MARCHÉ. EN OUTRE, SAINT LAURENT S’ENGAGE À ATTEINDRE ZÉRO ÉMISSIONS NETTES DE GAZ À EFFET DE SERRE D’ICI 2050. LA MAISON ATTEINT SES OBJECTIFS DE COMPENSATION CARBONE GRÂCE À DES PROJETS VÉRIFIÉS REDD+ QUI, EN PLUS DE PRÉSERVER LES FORÊTS ESSENTIELLES ET LA BIODIVERSITÉ, SOUTIENT LE DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS LOCALES. »

Idem pour le prestataire reconnu du luxe, Bureau Betak, organisateur de nombreux défilés et événements :

« En 2020, Bureau Betak avait annoncé sa volonté de s’engager pour une production plus responsable, recevant alors la norme ISO 20121. Cette « norme internationale a été élaborée pour promouvoir une consommation responsable et atténuer les effets négatifs sur les infrastructures et les services publics locaux ».

Toujours plus, pour souligner le caractère quasiment super écolo de cet événement, selon le magazine Vanity Fair : « Saint Laurent a déployé un important dispositif visant à limiter au maximum l’empreinte de l’événement, à commencer par la consultation d’experts locaux de la flore et de la faune, surtout les reptiles et les oiseaux. Le long des pistes parcourues pour emmener les invités sur le lieux du défilé, des systèmes de tuyaux spécifiques ont été mis en place pour permettre aux animaux, particulièrement ceux de milieux humides, de s’abriter. L’eau utilisée, non potable, servira ensuite à des projets d’irrigations dans le désert d’Agafay » 

Nous voilà rassurés.

Jeux Olympiques hors budget, stades climatisés au Qatar, combien de kilomètres en jet pour 15 minutes de défilé dans le désert? Décidément, pour les membres hors-sol du 0,1%, la sobriété énergétique est un songe, racheté par la communication et le green washing assumé. La sobriété énergétique, un truc de pauvres !

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28.07.2022 à 11:42

Le rapport de l’Office Parlementaire sur les effets indésirables : une étape nécessaire mais très insuffisante de la fin du déni

Le Monde Moderne

Nous avons lu pour vous les 80 pages du pre-rapport sur les effets indésirables des vaccins Covid 19. Il est très intéressant mais assez difficile à résumer.Ce travail, mené par Cédric Villani comporte beaucoup d’aspects positifs : Il admet l’insuffisance du suivi des effets indésirables et confirme que seulement 5 & 10 % des effets sont […]

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Texte intégral (1741 mots)

Nous avons lu pour vous les 80 pages du pre-rapport sur les effets indésirables des vaccins Covid 19. Il est très intéressant mais assez difficile à résumer.
Ce travail, mené par Cédric Villani comporte beaucoup d’aspects positifs :

  • Il admet l’insuffisance du suivi des effets indésirables et confirme que seulement 5 & 10 % des effets sont rapportés. Il admet la difficulté de rapporter, la réticence des professionnels.
  • Il admet que la balance bénéfice risque n’est pas de la science mais juste un avis d’experts informel sans aucune base scientifique dure.
  • Il admet les très nombreux effets secondaires, anormalement nombreux – décrits comme 4 à 6 fois supérieurs à la normale (laquelle ?) – en particulier pour les jeunes.
  • Il admet beaucoup d’erreurs des autorités.


C’est donc une bonne étape dans la sortie du déni.

Toutefois, il présente de nombreuses faiblesses que j’ai regroupées en 3 catégories : sous-estimation, déni et oubli. Le défaut de ce rapport est de partir d’un axiome : la vaccination est bonne et améliorer les process permettra de réduire ses effets secondaires et d’améliorer l’acceptation des populations. Cet axiome imprègne tout le texte.


Ainsi toute la partie sur les mesures à prendre en termes d’organisation et de transparence n’a qu’un seul but : que la population cesse d’avoir peur du vaccin et se vaccine. Les pages 49 à 70 y sont consacrées, plus d’1/4 du texte quand les myocardites sont expédiées en moins d’une page. À se demander si le sujet du rapport était bien les effets secondaires.

La sous estimation

Le rapport déclare explicitement qu’il ne va pas se prononcer sur les estimations des rapports bénéfices risques, tout en reconnaissant qu’ils ne sont pas basés sur la science mais sur l’évaluation informelle par des comités d’experts. Nous nous devons de signaler aux auteurs du rapport qu’il existe une littérature abondante sur l’incapacité des comités d’experts à trouver les bonnes solutions ou les bons résultats. Il serait grand temps d’établir une méthode formelle et standardisée. Lors de rapport d’enquêtes sur d’autres accidents, c’est généralement ce qu’on fait. L’industrie aéronautique est un vrai modèle.

Au lieu de cela le rapport se noie, par exemple p34 et 35, dans des phrases alambiquées sur la difficulté de faire des calculs. Il présente toutefois page 36 des graphiques semblant démontrer que la vaccination a un effet négatif en dessous de 40 ans mais en soulignant que les calculs, c’est compliqué et que donc, on va se garder de conclure.


Puis page 39 il fait une liste effarante des effets secondaires des vaccins, mais sans les quantifier ou les commenter. Il repart ensuite sur les effets secondaires les plus discutés en admettant leur existence mais en réduisant leur impact, en ne rappelant pas la sous estimation de la pharmacovigilance et en se gardant bien de rappeler le problème de l’âge. On peut toutefois espérer que ce travail mette en évidence pour les décideurs que la vaccination systématique est absurde.


Le rapport, au début et à la fin, se félicite des performances françaises dans le suivi des effets secondaires, tout simplement parce qu’il est un peu meilleur que celui de certains autres pays. Il insiste particulièrement sur la nécessité d’améliorer celle-ci en reconnaissant par exemple page 19 que les essais cliniques menés ne peuvent de toute façon pas détecter les effets secondaires. Mais alors pourquoi diable les autorités persistent elles à dire que la vaccination est sans risque !


Il admet aussi, mais sans faire aucun commentaire ou calcul, que c’est le manque de vaccins Pfizer qui a conduit l’Angleterre à continuer de vacciner avec AstraZenenca des populations dont on savait qu’elles étaient sans risque covid mais à risque d’effets secondaires. Des scandales sont évacués en une phrase, sans générer la moindre proposition d’amélioration.


Je ne vais pas vous fatiguer des formules kafkaïennes ou des lapalissades du rapport, simplement en citer une triste mais savoureuse : « Une non-reconnaissance des effets indésirables qui peut avoir des conséquences à l’échelle individuelle »
Tu m’étonnes !

Le déni

Le rapport fait preuve d’une vraie rigueur en évoquant beaucoup de sujets polémiques.
Il cite par exemple le cas des narcolepsies pour le vaccin H1N1 (p19). Il indique ces narcolepsies sont apparues immédiatement et qu’on peut donc faire confiance aux vaccins dont les incidents sont ainsi rapidement connus. Mais les experts soulignent dans le même paragraphe que les autorités ont mis des années à le reconnaître et que 10 ans après, les indemnisations ne sont toujours pas là. Le déni de l’évidence ne pourrait être plus apparent.


Il cite également le process de validation d’un vaccin, nous signale que c’est l’ANSM française qui a évalué le vaccin Pfizer avec les suédois pour l’Europe – c’est une combination de pays très classique dans le médical pour obtenir une validation en Europe. Mais il n’indique pas quelles étapes n’ont pas été faites dans le cas du vaccin covid. Aucun commentaire sur l’absence d’essais animaux et l’absence de certaines toxicologies dont les cardiaques. J’aurais pensé que le rapport indiquerait comment les futurs vaccins ARNs éviteraient les risques cardiaques et circulatoire…

Bien que le rapport indique que seulement 5 % des effets sont rapportés et que certains médecins ont carrément refusé de les rapporter, il semble se féliciter de la faible occurrence de certains événements – les myocardites par exemple – sans rappeler que ces chiffres sont sujets à caution.

Page 27 il regrette le désengagement des industriels du suivi des effets secondaires. Quel niveau de naïveté ou de déni faut-il pour s’étonner du faible empressement des industriels à démolir le produit le plus lucratif de l’histoire?

Page 38, deux phrases extraordinaires de déni : le rapport dit que le vaccin est si peu efficace à éviter la contamination qu’on ne considère comme un échec vaccinal qu’une contamination débouchant sur une forme grave. Tous les chiffres qu’on nous présente sont faussés, toujours dans le même sens. J’espère vraiment que ce document, aussi insuffisant soit-il, va aider les décideurs dans leur marche vers la vérité.
Encore plus étonnant est la seconde phrase : l’inflammation chronique des personnes à risque réduit d’efficacité du vaccin ! On croit rêver, mais à quoi sert-il ? La phrase restera sans développement, sans évaluation et sans conséquence.

Le rapport semble critiquer le pass tout en admettant qu’il a permis d’augmenter – de façon peu constitutionnelle – le taux de vaccination. Il oublie tout simplement que beaucoup d’effets secondaires ont été dus au fait que beaucoup de gens ayant des contre-indications ont été forcés de prendre un traitement inadapté. Les rapporteurs n’arrivent pas à percevoir les conséquences de leur axiome du « bon vaccin ». Toute la chaîne de sécurité est rendue inopérante par la certitude des opérateurs que le vaccin est forcément bon pour tout le monde et que ceux qui n’en veulent pas sont forcément des égoïstes fraudeurs pas bien malins.
La partie sur l’indemnisation est encore plus dans le déni. Les auteurs s’étonnent du faible nombre de demandes, tout en constatant que le fait que les gens ne savent souvent pas par quoi ils ont été vaccinés et ne disposent pas de documentation semble poser un problème.

L’oubli

Il est surprenant que Pfizer n’ait pas été interrogé. Que la procédure de renouvellement de la licence des vaccins n’ait pas été interrogée. Ceux-ci doivent être renouvellés au bout de 12 mois sur la base de nouveaux rapports de l’industriel. Qu’en a-t-il été ?

L’impact des variants n’est pas analysée et tout juste citée. L’apparition de variants sur lesquels le vaccin n’a qu’assez peu d’efficacité ne change rien à l’analyse du rapport. Il n’y a aucune quantification, aucune citation des derniers chiffres assez peu favorables à la vaccination.
On croirait lire en fait un rapport sur un vaccin ARN pour le cancer du pancréas. Le risque extrêmement élevé de décès, le volume de population vacciné beaucoup plus faible et l’absence de variant rendraient le rapport beaucoup moins criticable.


Les termes ARN et variants apparaissent moins de 10 fois dans tout le document. Le document se refuse à envisager par exemple la thèse des anticorps facilitants qui semble pourtant expliquer pourquoi nous conservons une quantité très importante de cas bien supérieure à celle des pays peu vaccinés.

Notre conclusion rappelera l’introduction : un bon pas en avant vers la constatation de la vérité et une politique sanitaire plus adaptée et moins totalitaire. Je salue l’honnêteté intellectuelle et scientifique du président de la commission. Mais mieux aurait pu être fait, en particulier en matière de recommandations.

Eric Lemaire

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28.07.2022 à 11:24

Cutewashing et rapt sémiotique

Le Monde Moderne

Autant avant il y a eu quelques années de TerenceMalickwashing avec les banques et l’imagerie écolo autant il y a eu le ukulelewashing avec cette petite mélodie bien dégueu pour vendre des assurances autant il y a aussi le socialwashing d’un cynisme vertigineux (vu le niveau éthique des deux enseignes) de Lidl et Mc Do […]

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Texte intégral (1394 mots)


Autant avant il y a eu quelques années de TerenceMalickwashing avec les banques et l’imagerie écolo autant il y a eu le ukulelewashing avec cette petite mélodie bien dégueu pour vendre des assurances autant il y a aussi le socialwashing d’un cynisme vertigineux (vu le niveau éthique des deux enseignes) de Lidl et Mc Do autant se présente aujourd’hui une nouvelle peau de banane sémiotique pour nous soucieuses d’un peu de dignité vis-à-vis des plus démunis, qu’encore une fois nous laissons (collectivement) délibérément choir, j’ai nommé le cutewashing.

Autant Philippe Katerine est le plus cool monument français depuis Gainsbourg et Daho autant l’ours Paddington est d’une coolness irrésistible pour nous les ravies de la crèche autant leurs deux dernières apparitions se manifestent dans le cadre de la plus cynique matrice (le bon marché, lvmh) et d’une pathétique survivance de l’ordre kolonial (le jubiley) = de facto utiliser de telles armes de mignonceté massive non pour explicitement opprimer la majorité mais en surface pour adoucir les mœurs. La violence sociale sans borne imposée par les sécessionnistes du CAC 40 alliée aux vestiges de l’ordre esclavagiste variante anglicane, tout ce qui au fond rend impossibles les conditions de quelque chose de mignon, qui commence nécessairement par s’assurer que tout le monde a au moins un couvert, un toit, un hôpital et une école, condition non négociable. There is such a thing as society.

Le bon marché est coutumier du fait. Montrer une exposition punk en 2019 quand on appartient au groupe de celui qui pourrait acheter des villes et pèse plus que certains états, dissocier à ce point le fond de la forme est d’une grande malhonnêteté sémiotique et s’avère une maladroite et pathétique appropriation. Un peu comme mon père qui n’écoute que du jazz (à papa certes) dans sa triste audi grise en sortant des horreurs sur les étrangers dans la rue et en répétant bêtement tous les arguments « valeur travail macht frei » alors que l’ensemble des valeurs portées par cette école est exactement inverse. Y’a discrépance là, papa.


J’en ai un peu marre de toujours faire ma moraliste alors qu’en fait je veux juste rigoler, mais on rigolerait plus si tant de nos congénères n’étaient pas réduits à la mendicité nan ? Encore une fois sans trop faire ma connasse marxisante personne ne peut contester que cet état de fait soit lié à un problème de répartition en non de disponibilité on est bien d’accord ? Il ne s’agit pas de faire des miracles il s’agit juste, de façon réaliste et pragmatique, de partager à peine plus. Mais nan t’inquiète camarade dominant.e garde ta merco et tes patek philippe (même si pour de vrai, ça n’a rien de chic) si ça t’amuse mais pourquoi posséder et exploiter 5 immeubles par exemple ? Est-ce que 2 ou 3 ne suffiraient pas ? Ce ne serait pas la misère je t’assure ! Le problème ce n’est même plus trop la domination bourgeoise (c’est qu’ils sont fragilisé.es aussi les pauvres ( :))))))), c’est la prédation des 1%. Concrètement, les 500 plus grandes fortunes françaises ont augmenté de 5% pour dépasser les 1 000 milliards d’euros en 2022 donc l’équivalent des deux tiers du budget d’un État d’environ 67 813 396 âmes. Sinon ça va les gars la conscience ? Oui oui je sais c’est un peu plus complexe que ça mais le rapport d’échelle reste éloquent. Comparé à Bernard Arnaud, Louis XIV était un indigent.


Cerise sur le gateau : le tout récent NFT de T’Choupi, personnage plutôt cool par ailleurs. Déjà que l’esthétique dominante dans ce format est une vilaine resucée pop futuriste digitale de 1992, là c’est un peu comme un vieux monsieur en imperméable qui propose des bonbons aux enfants à la sortie d’une école, on peine à avoir confiance. Là ce serait plus “viens petit, tu vas voir la spéculation c’est super”.  En vente : 2.022 NFT « inédits » (égal une virgule changée ici ou là pour attester d’une unicité) à 250 euros, sauf qu’esthétiquement ça a autant d’avenir que les barbes rectangulaires. Plus 30 NFT « premium » à 1.000 euros pour les plus futés, destination le metavers, le minitel de la semaine dernière. Stanislas Mako, PDG de la plateforme Kalart : ”On s’adresse à ceux qui ont grandi avec, plutôt qu’aux enfants. Les internautes qui s’élèvent contre les NFT T’Choupi s’élèvent en fait contre l’image des NFT en général, sur laquelle ils ont des préjugés.” Ouais c’est ça on n’a rien compris. LOL 

Le NFT de Cronenberg avec son calcul rénal à $30.000 on sait pas trop quoi dire (en même temps vu sa filmo il a un peu tous les droits), à la limite c’est tellement débile pourquoi pas mais quand est-ce que quelqu’un met grâcieusement en ligne un NFT avec la tête d’Orlinski sculptée en merde de chien ? Xavier Veilhan tu aurais deux minutes ? Les protagonistes sont souvent tellement nuls qu’au moins on rit grâce à eux, et ça c’est notre cadeau. 


Un peu comme la très satisfaisante Black 3.0 “the world’s blackest black acrylic paint” que l’artiste britannique Stuart Semple commercialise €30,95 depuis le 3 février 2017 pour ridiculiser le Vantablack (nanocubes de carbone absorbant 99 % de lumière) dont Anish Kapoor a acquis l’exclusivité quelques mois avant. Etre Robin des Bois est à portée de main. Outre les fluos, le chrome-miroir, le “Black Mirror” ou l’Incredibly Kleinish Blue tout aussi accessibles aux sans-dents, Stuart Semple demande à chaque visiteur du site de confirmer qu’il n’est pas Anish Kapoor, c’est hilarant. « Nous nous souvenons tous des enfants à l’école qui ne partageaient pas leurs crayons de couleur, mais ils se sont ensuite retrouvés seuls sans amis. C’est cool, Anish peut avoir son noir. Mais le reste d’entre nous jouera avec l’arc-en-ciel ». A la niche Anish.


Est-ce que Philippe Katerine, T’Choupi et Paddington ne pourraient pas faire un opéra rock pour la semaine de 20 heures pour toutes et tous ? Contre l’évasion fiscale ? Ou au moins pour Oxfam ? On aurait envie que nos icônes et nos doudous fassent un move pour le mignon du signifié, pas juste du signifiant. Pas de sermon, merveilleux Philippe, pas de morale, je voulais seulement partager ce doute avec toi, même si tu ne me liras pas et quoi qu’il en soit, saches que je t’aime.


Dominique Browne

Un jour peut-être :

Diamant et prédation : pourquoi les super-riches tiennent-ils comme valeur indépassable deux pierres incarnant à ce point l’exploitation de la Nature et de « l’Humain » ?

Hymnes de foot : pourquoi les supporters ont adopté deux groupes ultra-pédés comme Queen et Pet Shop Boys ? Alors les chéries, on refoule un truc ?

fondation vuitton, bourse du commerce : les nouvelles Indulgences. Vider les lieux ? (ou collectiviser ? ☺)))))))) Rendre l’argent ? Plutôt crever que d’y foutre les pieds. Non vous n’aurez pas de majuscules, vils coquins.

Ps : ce texte est dédié à la mémoire de Denis Quélard, âme du Pop In, bar indie souvent drôle et refuge de toutes les brindilles, victime du cancer mais aussi du harcèlement de la préfecture. On ne t’oublie pas doudou, tu seras toujours dans nos cœurs, on continue le combat.

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11.04.2022 à 19:44

Concevoir l’inconcevable?

Marc Chesney

Le financement de la production d’armes de destruction massive doit cesser immédiatement ! article initialement publié dans Le Temps, 01.04.2022 Prof. Marc ChesneyUniversité de Zurich  L’agression menée par l’armée russe en Ukraine, et ses conséquences en termes de morts, de séparations de familles, de terribles souffrances, sont insupportables et bouleversantes. Si les guerres n’ont cessé […]

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Texte intégral (1168 mots)

Le financement de la production d’armes de destruction massive doit cesser immédiatement !

article initialement publié dans Le Temps, 01.04.2022


Prof. Marc Chesney
Université de Zurich

 

L’agression menée par l’armée russe en Ukraine, et ses conséquences en termes de morts, de séparations de familles, de terribles souffrances, sont insupportables et bouleversantes. Si les guerres n’ont cessé de roder de par le monde depuis 1945, y compris dans l’ex-Yougoslavie, il y a plus de 20 ans, l’Europe semblait relativement épargnée. La voici à nouveau confrontée à son spectre, elle où les deux conflits mondiaux ont commencé.


Les menaces nucléaires proférées par Vladimir Poutine, nous concernent tous. Le monde contemple l’abîme et nous voici amenés en conséquence à penser l’impensable, puis à dire l’indicible: simplement envisager ce qui devrait être d’emblée exclu par tout humain digne de ce nom, une guerre nucléaire qui mènerait à la disparition de quasiment toute forme de vie sur terre. C’est un véritable cri d’effroi qui nous traverse intérieurement et nous fait vaciller sur nous-mêmes.

Comment en sommes-nous arrivés là, à une société à l’apogée de ses capacités tant productives, que destructives, dont les membres risquent d’être finalement broyés par une machine dont ils ont été les rouages, à un système prédateur qui s’attaque à grande échelle au vivant, tout en l’utilisant dans le cadre de son (dys)fonctionnement quotidien, à un système fier de ses technologies, comme celle de l’intelligence artificielle, et qui brille par sa tragique pauvreté d’esprit, voire sa folie, tant meurtrière que des grandeurs?


Quel est l’avenir d’une «civilisation» dont la survie reposerait sur un équilibre de la terreur, intrinsèquement instable, comme cela saute aux yeux, et qui dépendrait ainsi du bon vouloir d’une caste ayant le pouvoir d’appuyer sur un bouton et d’en finir, ou de l’espoir d’éviter une erreur d’appréciation, un quiproquo? Laisser accroire que les pompiers pyromanes et les va-t-en-guerre sont uniquement situés à Moscou, est trompeur. Les bellicistes et fossoyeurs en tous genres, sont présents dans de nombreux pays. Les producteurs d’armes de destruction massive recrutent internationalement de nombreux scientifiques pour mener à bien leurs activités et sont financés par de grandes banques, qui se présentent comme durables et éthiques. Le cynisme est sans limite… 


Les bombes atomiques de l’OTAN, ne sont pas moins apocalyptiques que celles de la Russie. Une guerre nucléaire ne connaitrait que des perdants et la propagande nationaliste a déjà commencé de part et d’autre du rideau de feu, pour procéder à la mobilisation des esprits et préparer la population aux futurs sacrifices. Un naufrage dont témoignait déjà Roger Martin du Gard dans Les Thibault au sujet de la première guerre mondiale: «Jamais les forces du pouvoir n’ont imposé aux esprits une si totale abdication.» ou encore «Jamais l’humanité n’a connu un pareil envoûtement, un pareil aveuglement de l’intelligence!».
 
Des bataillons de laquais serviles sont à l’œuvre pour tenter de maintenir à flot un système corrompu et moribond qui promeut le mensonge au nom de la vérité, organise la servitude au nom de la liberté et qui risque de nous imposer la mort, au nom de la vie. 


Dans Les Derniers jours de l’humanité, publié en 1918, Karl Kraus faisait déjà allusion à «ces années durant lesquelles des personnages d’opérette ont joué la tragédie de l’humanité.» Plus d’un siècle après, cette phrase demeure toujours d’actualité, tant sont nombreux les responsables politiques dépassés par des événements qu’ils ont contribué à créer.
 
Les contremaîtres à penser tiennent le haut du pavé. Après avoir associé la chute du mur de Berlin à la fin de l’histoire, c’est-à-dire à une victoire définitive de la supposée économie de marché et à la paix qui devait en résulter, ils continuent à sévir aujourd’hui en entretenant la confusion. Selon eux, la globalisation de l’économie et le commerce international devraient préserver la paix. L’histoire démontre le contraire. La première guerre mondiale a éclaté alors que l’économie connaissait sa première globalisation. Depuis la fin de la guerre froide, les accords de libre-échange se sont multipliés avec un commerce mondial, y compris des armes et de la peur, en forte progression. La paix n’est manifestement pas au rendez-vous. Quant aux sanctions économiques maintenant imposées à la Russie, et surtout supportées par les populations, pas seulement de ce pays, dans quelle mesure vont-elles vraiment affaiblir le régime? Pourquoi seraient-elles plus efficaces, que celles mises en place contre l’Irak ou la Libye à l’époque? Cette question n’a manifestement pas retenu l’attention des dirigeants occidentaux.
 
Risquer de sacrifier le genre humain sur l’autel de la nation et pour des intérêts qui ne sont pas les siens, est criminel. Les deux cents millions de morts dus aux multiples guerres pendant un siècle depuis 1914 et leurs familles, demandent des comptes. Citons à nouveau Karl Kraus: «Au secours, les tués! Assistez-moi, que je ne sois pas obligé de vivre parmi des hommes qui, par ambition démesurée, ont ordonné que des cœurs cessent de battre, que des mères aient des cheveux blancs! Revenez! Demandez-leur ce qu’ils ont fait de vous! Ce qu’ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! Cadavres en armes, formez les rangs et hantez leur sommeil. Avancez! Avance, cher partisan de l’esprit, et réclame-leur ta chère tête! Avance pour leur dire que tu ne veux plus jamais te laisser utiliser pour ça!»


Pour que l’inconcevable ne se produise pas, pour que les armes de destruction massive ne soient jamais employées, les physiciens et les informaticiens qui concourent à leur développement et à leur possible activation, se doivent de cesser tous types d’activités dans ce domaine. C’est leur responsabilité morale vis-à-vis du genre humain.


Les grands établissements financiers, entre autres suisses, qui investissent dans la production d’armes de destruction massive doivent être identifiés et arrêter ces activités criminelles.


Cet article est destiné à circuler et à être traduit.

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05.04.2022 à 14:22

L’échec de la non-campagne d’Emmanuel Macron

zakaria arab

En ce samedi 2 avril 2022 se tenait le seul et unique meeting de campagne d’Emmanuel Macron, président sortant après un quinquennat que l’on peut qualifier de tumultueux. Pour autant, si l’exercice devait témoigner de la ferveur des partisans de la majorité présidentielle pour la reconduction du candidat à la tête de l’Etat, force est […]

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Texte intégral (1478 mots)

En ce samedi 2 avril 2022 se tenait le seul et unique meeting de campagne d’Emmanuel Macron, président sortant après un quinquennat que l’on peut qualifier de tumultueux. Pour autant, si l’exercice devait témoigner de la ferveur des partisans de la majorité présidentielle pour la reconduction du candidat à la tête de l’Etat, force est de constater que l’exercice s’est conclu sur une note amère, entre un discours qui n’a laissé personne de dupe, et une guerre des images en défaveur des organisateurs.

Depuis son entrée en campagne début mars, Emmanuel Macron tente de se frayer un chemin vers la réélection en jouant un exercice d’équilibriste inédit : profitant du contexte belliqueux entre l’Ukraine et la Russie pour faire valoir une stature d’Etat que n’aurait pas ses concurrents, le président-candidat raréfie sa présence médiatique et ses meetings, envoyant sa cour à sa place tenir des réunions publiques pour répandre la bonne parole dans les quatre coins de l’Hexagone.

La stratégie est simple : ne pas mener campagne pour signer un contrat de reconduction tacite avec les électeurs. Faisant valoir une présomption de compétences, les français devraient voter pour Emmanuel Macron car il a montré qu’il était capable de tenir la barque même en temps de crise, étant donné la succession de vents contraires qui ont bousculé la maison France durant ces cinq dernières années. Cumulé à un glissement programmatique vers la droite, non sans avoir pris le pouls du pays avant, Emmanuel Macron est arrivé en campagne prêt à survoler les débats et concurrents pour mieux conserver son fauteuil élyséen.

Cependant, si les français pouvaient être attirés par l’élan de fraîcheur qu’incarnait Emmanuel Macron en 2017, vantant les mérites d’un nouveau monde politique à bâtir et arguant la promesse de faire de la politique autrement en réunissant le meilleur de la droite et de la gauche, le meeting qui s’est tenu à La Défense Arena ce samedi 2 avril 2022 montre que le président sortant n’a pas compris les enjeux d’une campagne pour sa réélection. Les cinq années passées au pouvoir après avoir obtenu la confiance des français sur un récit nécessitent précisément la construction d’un nouveau récit personnel et commun avec les concitoyens. Or Emmanuel Macron, se rendant compte de l’impossibilité de défendre un tel bilan, en inadéquation totale avec les promesses formulées cinq ans auparavant, tente de faire revivre la campagne de 2017. Ici réside toute son erreur.

Tout d’abord, sur la promesse d’un nouveau monde, il est rapidement visible que l’exercice du pouvoir durant ce quinquennat n’a rien à envier à ce qui a pu se faire de pire avant lui. Barbouzes, dissimulation derrière son immunité présidentielle, refus de pratiquer la moralisation politique pourtant promise, rien ne change fondamentalement, si ce n’est la façade qui a subi un léger vernissage. Léger car la promesse du nouveau monde ne peut se tenir avec des anciens ministres qui exerçaient leurs fonctions pendant que je mordais les barreaux de mon lit : Jean-Pierre Raffarin, Jean-Pierre Chevènement, et certains plus récents comme Manuel Valls voire l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. Cela montre une incapacité à renouveler la scène politique, quand ce n’est pas du cynisme pur.

De plus, cette agglomération de soutiens venus de toutes parts atteste d’une volonté de ces soutiens de manger à tous les râteliers, en plus de montrer l’absence d’ossature idéologique d’Emmanuel Macron. Comment relier autour de soi des gens qui ont passé des années à se mener la guerre dans les médias et dans les hémicycles des Palais Bourbon et de Luxembourg ? Ce n’est pas sérieux. D’autant quand le reproche principal qui peut être formulé est de proposer tout et son contraire et de ne jamais allier le discours aux actes et inversement. Emmanuel Macron est un opportuniste entouré de gens qui lui ressemblent, et cela le prouve encore.

Car le discours tenu n’est pas en reste. Après avoir proposer des mesures abjectes comme l’apprentissage à partir de 12 ans ou le conditionnement du RSA à 15-20h d’activités, et avoir fait voter la baisse de 5€ des APL quelques temps seulement après avoir promulguer la réforme de l’ISF en IFI, le président sortant s’est plu à citer le slogan du Nouveau Parti Anticapitaliste « nos vies valent mieux que leurs profits ». Si le «en même temps» pouvait fonctionner en 2017, puisqu’Emmanuel Macron restait un inconnu pour une majorité des français, les cinq ans aux manettes ont permis de cerner le personnage. De comprendre ce qui dictait sa politique et les mesures qu’il prit. Retenter le coup pour la réélection montre toute la médiocrité du personnage et de ses équipes : les français ne souffrent ni d’amnésie, ni de troubles masochistes. Ils ne sont pas si naïfs quant à la véritable nature du projet macroniste, loin du progrès social vanté pourtant dans son discours de campagne de La Défense Arena. Reste à déterminer si ce jeu d’équilibriste est quelque chose auquel il croit fermement (ce qui serait un argument suffisant à l’évincer dès le premier tour tant cet aveuglément est dangereux pour l’avenir), ou une preuve de son cynisme (ce qui justifierait également une éviction prématurée).

Prononcer les termes «solidarité» et «bienveillance» ne fait pas oublier les mutilés des Gilets Jaunes, le gazage des personnels soignants en grève, ou les queues alimentaires des étudiants.

Celui qui a justifié des mesures toutes aussi anti-sociales les unes que les autres par l’absence d’argent magique ne peut se plaire à répéter le même discours après avoir arrosé d’argent les cabinets de conseils et les entreprises pendant son quinquennat, ni demander aux français de consentir à des efforts au niveau du portefeuille. Qui plus est en maquillant cela sous un veule verbiage qui tente de cacher cette gabegie d’argent sous le terme de «rogrès social» et de «solidarité». Il est temps pour lui désormais d’assumer pleinement la politique qu’il mène et souhaite continuer de mener. La politique manquait de morale pour lui en 2017, elle manque d’honneur sous sa présidence. Un honneur qui consiste à prendre ses responsabilités et à assumer ses manquements et errements.

Le vernissage sociétal de son bilan par quelques mesurettes ne cache en rien la monstruosité du travail de sape des conquêtes sociales menées depuis des décennies désormais. L’exhibition de poids lourds des majorités passées ne transforme pas l’abyssale nullité des poids lourds de l’actuelle. Prononcer les termes «solidarité» et «bienveillance» ne fait pas oublier les mutilés des Gilets Jaunes, le gazage des personnels soignants en grève, ou les queues alimentaires des étudiants. Tenter de ne pas faire campagne pour des raisons de guerre en Ukraine ne permet pas de se substituer au débat démocratique que les français et autres candidats méritent. La succession de crises n’exclue pas d’assumer sa responsabilité dans la mise en œuvre d’un agenda législatif « politiquement abject ».

L’apoplexie dans laquelle se trouve la politique française aujourd’hui ne doit pas nous faire rejeter l’idée d’un sursaut collectif face à cette quintessence du vide. Si Emmanuel Macron prouve encore une fois qu’il n’a que faire des français, privilégiant son destin personnel à l’intérêt général que la fonction somme pourtant de prioriser, il peut néanmoins servir cet intérêt. Il peut être le fossoyeur d’une Ve République léthargique, qu’il a contribué à tuer en exploitant toutes les limites permises par les réformes qui ont tué son essence même. Le 10 avril, les Français vont peut être enfin sanctionner ce petit Président pour qui le costume était définitivement trop grand, et préserver une nouvelle fois notre modèle social de ce dangereux liquidateur.

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