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Le Monde Moderne - Directeurs de publication Alexis Poulin et Antoine de Decker

Accès libre selon éditions

03.08.2021 à 17:40

Un vaccin contre le monde d’après version Macron

Alexis Poulin

Il devient urgent de contrer l’hystérie provoquée volontairement par les lois d’exceptions liberticides et non sanitaires. Ces lois dangereuses, qui préfigurent un pass citoyen à la mode chinoise, sont voulues par le gouvernement, perdu dans la crise du covid, mais habile pour instrumentaliser l’épidémie à des fins politiques. De président de la République, Emmanuel Macron […]

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Texte intégral 1983 mots

Il devient urgent de contrer l’hystérie provoquée volontairement par les lois d’exceptions liberticides et non sanitaires. Ces lois dangereuses, qui préfigurent un pass citoyen à la mode chinoise, sont voulues par le gouvernement, perdu dans la crise du covid, mais habile pour instrumentaliser l’épidémie à des fins politiques. De président de la République, Emmanuel Macron est devenu le VRP des laboratoires américains et allemands.

Emmanuel Macron a choisit l’affrontement permanent avec les Français. Depuis son élection par défaut en 2017, il gouverne avec une équipe réduite de personnalités mises en examen et de fidèles. Sans parti, LREM étant devenu un nuage, loin des réalités du terrain, son mode de gouvernement est la violence, il l’a affirmé lors des manifestations des gilets jaunes, et la négation du débat démocratique.

Mais chut, il ne faut pas dire que nous sommes en dictature. Parce que nous en sommes encore loin effectivement. Tout comme nous sommes dorénavant loin de la démocratie libérale. Nous sommes ailleurs, dans un entre-monde, le macronistan, sorte d’absurdistan autoritaire, dont le roi serait un enfant capricieux vieux de 80 ans.

Seul, Emmanuel Macron incarne et centralise tous les pouvoirs, jusqu’au ridicule. Le voilà qui répond aux questions des Français sur le vaccin, en t-shirt sur Tik-Tok, peu après s’être mis en scène avec deux Youtubeurs. Sa cible est toujours la même : son fan club, et les plus jeunes, plus poreux à la propagande et non encore armés pour décrypter les grosses ficelles du racolage politique.

Heureux, à Brégançon, bunkérisé pour l’été, le temps de forcer les Français à la vaccination Pfizer ou Moderna, en mettant au point l’inefficace et clivant pass sanitaire.

Evidemment il est arrivé à ses fins avec ses annonces du 12 juillet, dignes d’un film dystopique. Le peuple atomisé, divisé, vit dans la peur, la peur du virus et pire encore, la peur de l’autre, le non vacciné, celui qui a été désigné comme le bouc-émissaire de cette politique du pire, par un apprenti autocrate, qui ne rate aucune recette du livre de la soumission et de la manipulation.

Aidé par des médias de milliardaires et des instituts de sondage payés pour faire de « bons » sondages, Emmanuel Macron peut entretenir l’illusion d’être un leader responsable face à la crise sanitaire. Il n’en est rien. Sa gestion calamiteuse a couté la vie à plus de 112 000 Français. Son projet ? Assurer une liquidation de l’Etat social par une dette abyssale, qui enchainera le peuple Français aux politiques d’austérité de la troïka, devenue virtuelle, mais bien réelle.

There is no alternative

« Les vaccins sont la seule solution » est devenu le nouveau « there is no alternative » dans la bouche de ces néolibéraux autoritaires, dont le seul but et de finir le travail commandé : réformes structurelles pour liquider les retraites et la république sociale, réformes pour financiariser tous les secteurs de la vie, de l’enseignement à la dépendance. Emmanuel Macron et son gouvernement piaffent d’impatience pour reprendre un bras de fer avec les partenaires sociaux dès la rentrée, en jouant sur le chantage à la dette covid et le sacrifice nécessaire “pour le bien du pays”.

L’horreur néolibérale est au bout du QR code (procédé inventé au Japon pour tracer les pièces détachées automobiles dans les années 90). Après lui, peu importe qui sera élu à la tête du pays, les marchés et les fonds réclameront le prix du sang pour assurer les profits et l’asservissement du pays, autrefois connu comme celui de la déclaration des droits de l’Homme.

Las, la mobilisation populaire contre le pass sanitaire, exceptionnelle, au cœur de l’été, montre une chose : le peuple, celui qui défile, celui qui gueule dans son coin, celui qui n’a pas sa place sur les plateaux des chaines d’infos en continu, le peuple n’en peut plus de l’enfant prodige des Fonds d’investissement et de sa politique de la violence.

Mais c’est un rouleau compresseur efficace. Nombreux sont les résignés, les dépressifs, les perdus, ceux qui pensent que c’est déjà trop tard, ceux qui pensent que le progrès, après tout, c’est bien de bosser jusqu’à la mort et de s’endetter à vie pour payer les études de leurs enfants. Le peuple, fracturé, divisé, rincé. C’était sans doute le projet.

Entre un peuple caricaturé, flatté par les politiciens opportunistes, moqué par les tenants du pouvoir, et une majorité silencieuse de résignés, capables de penser que l’avenir souhaitable pour leurs enfants serait une version made in Macron du Chili de Duque et Pinochet, la voie vers les futurs souhaitables semble bien fragile.

Evidemment, une idiotie inutile comme le pass sanitaire trouve des échos positifs chez les dominants et les médias de cour. La faillite est totale.

Inutile de faire des parallèles historiques douteux, l’histoire ni ne se répète, ni ne bégaie, mais les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Les causes ? Un virus, peut être créé par le génie humain dans sa volonté de toute puissance. Et puis ? La peur, une peur panique, une peur qui rend fou, une peur qui permet de créer d’abord un ennemi microscopique, puis de diviser toujours plus des populations mal informées, inquiètes et maintenues dans la peur. Comme l’a avoué sans le vouloir le Préfet de Guadeloupe, avant une allocution télévisée, « il faut prendre un ton grave et catastrophique » pour parler du virus.

Les effets ? Le miracle de la science. La foi en ce même génie humain. En quelques mois, grâce aux milliards d’argent public et aux autorisations express, les labos ont produit le produit miracle, le vaccin. Une guerre géopolitique du vaccin a débuté, entre corporations, lobbies et cabinets de conseil, et puis est venu le temps des contrats, signés à la va-vite, une seringue sur la tempe ! Il fallait ces précieux vaccins, le plus vite possible, pour relancer l’économie d’avant le plus vite possible !

Les labos étaient aux anges, leurs sérums en phase de tests faisaient des miracles, puis les variants du virus ont changé un peu la donne. Peu importe, c’est la loi de l’offre et de la demande, et les labos mènent la danse et donc choisissent les prix. La défaite du politique est totale : notre président qui pousse via des mesures anticonstitutionnelles à la vaccination de tous les Français dès 12 ans, se bat avec la même hargne contre le passage dans le domaine public des brevets vaccinaux.

La logique de ces fous du marché est d’acheter des doses à prix d’or aux labos et de les distribuer aux pays les plus pauvres. Radical. Imaginer un instant que la santé soit un bien commun de l’humanité, ce serait déjà un pas de trop vers le « Venezuelllaaaaaa », modèle fantasmé et honnis par les « progressistes ».

Les profits plutôt que les soins

De politique publique, nous n’aurons aucune, de pole public du médicament, nous n’aurons point, d’un plan de sauvetage des urgences et des soins, rien. Nous aurons droits aux carnets de commande initiés par les cabinets de conseil qui désormais président à nos destinées. Devant une telle indigence, une telle inutilité de l’échelon politique, il est aisé de comprendre pourquoi les citoyens n’utilisent plus vraiment leur droit de vote.

Hélas, quand nous serons tous en possession d’un précieux QR Code de classement citoyen, il sera trop tard pour aller manifester, le droit de manifestation sera lui aussi un souvenir effacé.

La politique de la vaccination n’a qu’un but : relancer l’économie « vite et fort » et peu importe si cette arme utile contre le covid ne suffit pas, dans la tête des fous du marché, c’est la seule solution de court terme possible, aux meilleurs prix offerts par le marché.

Cette incapacité à penser le long terme peut se comprendre en temps de crise, mais elle est amplifiée par la doxa du profit de court terme. Tout est pensé sous l’angle économique, les humains sont des rouages d’une machine économique dont le seul but est la croissance du profit (et sa captation par une caste de plus en plus radicalisée). Or la société n’est pas une « supply-chain », ni une usine à ciel ouvert. Peu importe les rêves antidémocratiques qui poussent dans les cerveaux étroits des néo-managers, la société, c’est d’abord la solidarité, la culture commune, le récit qu’on se fait de nos vies entrelacées. Quand lors du premier confinement, certains se prenaient à rêver le monde d’après, ils rêvaient d’un monde post-capitaliste de solidarité et de retour à l’humain. C’était sans compter sur les plans transhumanistes du Dr Klaus Schwab et des milliardaires, heureux de s’enrichir comme jamais dans l’histoire de l’humanité.

Pourquoi n’y a-t-il aucun débat possible sur les vaccins ?

Le vaccin est un choix personnel, c’est un produit à l’efficacité certaine mais non sans effets secondaires. Tout débat sur la vaccination est devenu inaudible. Et pourtant, peut-on avoir confiance en Pfizer, compte tenu du passé juridique lourd de cette entreprise ? Peut-on avoir confiance, quand et les labos et les pouvoirs publics organisent leur irresponsabilité pénale en cas de problème ? Peut-on avoir confiance en Moderna qui utilise de nombreux paradis fiscaux pour maximiser ses profits faramineux ? Concernant le gouvernement Macron, la réponse est évidente : nous savons déjà que nous ne pouvons avoir aucune confiance, tant les mensonges furent nombreux et répétés.

Alors, pour garder la tête froide, et une certaine logique, pourquoi ne pas demander des brevets publics, un encadrement légal, une de production pour toute la planète, avant de foncer dans un cauchemar issu des cabinets de conseil, dont les clients sont les labos, les multinationales et les gouvernements, parfois corrompus ? Pourquoi le secret des affaires est-il supérieur à l’intérêt général?

Pour éviter l’hystérie, il suffit d’argumenter. Pas de brûler des vaccinodromes ou des pharmacies, la colère, comme la peur, peuvent faire perdre la raison.

Et si l’argument ne suffit pas, alors un refus collectif du monde d’après, pensé par McKinsey et leurs amis passera sans doute par une grêve générale. Un monde sans humains, comme le rêve Klaus Schwab, un monde déserté, leur monde vide.

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22.07.2021 à 13:20

Nous ne sommes ni PRO ni ANTI VACCIN, mais pour le respect des libertés

Le Monde Moderne

Une centaine d’avocats ont souhaité réagir à l’annonce de la création d’un pass sanitaire et ont rédigé cette tribune, que nous publions ce jour sur Le Monde Moderne. À l’heure où l’urgence sanitaire est plus que jamais d’actualité et qu’il apparait plus que nécessaire  d’y apporter des solutions concrètes et efficaces, le gouvernement souhaite tendre […]

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Texte intégral 1765 mots

Une centaine d’avocats ont souhaité réagir à l’annonce de la création d’un pass sanitaire et ont rédigé cette tribune, que nous publions ce jour sur Le Monde Moderne.

À l’heure où l’urgence sanitaire est plus que jamais d’actualité et qu’il apparait plus que nécessaire  d’y apporter des solutions concrètes et efficaces, le gouvernement souhaite tendre à une  généralisation de la vaccination auprès de tous les Français1 et pour y parvenir a annoncé de :  

– rendre obligatoire le vaccin pour les professionnels en contact avec des personnes  vulnérables ;  

– obtenir la vaccination généralisée de la population par l’extension du PASS SANITAIRE à  plusieurs lieux accueillant du public (etc). 

Toutefois, cela ne peut se faire au détriment du respect de nos droits les plus fondamentaux que  sont, notamment, le droit au respect de la vie privée et familiale2, le droit à l’intégrité physique et  au principe d’inviolabilité du corps humain3, la liberté de conscience, la liberté d’aller-et-venir, le principe de non-discrimination entre les personnes, le droit au secret médical. 

En amont, il convient de connaître le réel statut juridique du vaccin COVID-19. 

Compte tenu de l’urgence sanitaire, ces vaccins bénéficient d’une Autorisation de Mise sur le  Marché (AMM) Conditionnelle renouvelable chaque année avec obligation pour les laboratoires de  produire des données complémentaires.  

En effet, le vaccin n’étant pas un produit de santé comme les autres et puisqu’il reste un  médicament soumis à un encadrement juridique strict4, il doit répondre à une exigence de sécurité qui passe par une surveillance à court mais aussi à long terme5, ainsi que par une évaluation régulière  des effets indésirables au regard des bénéfices attendus6.  

Ce n’est qu’une fois que le niveau de sécurité du vaccin, au regard de la balance bénéfice/risque sur  le court et sur long terme est obtenu, que l’AMM dite standard est délivrée.  

Or, concernant les vaccins COVID-19 « les données à long terme sur l’efficacité et la sécurité  n’étant pas disponible »7, la Commission Européenne n’a délivré que des AMM conditionnelles.  

C’est pourquoi et dans la mesure où la pharmacovigilance de ces vaccins aujourd’hui, ne permet  pas de s’assurer de la sécurité des vaccins sur le long terme, plus que jamais chacun devrait rester  LIBRE de consentir ou non de se faire vacciner. Le rendre obligatoire est par conséquent INCONCEVABLE. 

A ce titre, concernant l’obligation de recueillir le consentement de tout usager du système de santé,  notre corpus juridique bénéficie d’un socle solide passant du Code de Nuremberg à la Résolution  2361 (2021) adoptée le 27 janvier 2021 par l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe8.  

1 Site du gouvernement : https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus ; 

2 Article 8 CEDH ; 

3 Article 16-1 code civil ; 

4 L.5111-1 du Code de la santé publique et suivants ; 

5 Notamment sous la tutelle de l’ANSM au niveau national ; 

6 Dite : balance bénéfice/risque ; 

7 Site ANSM : https://ansm.sante.fr/dossiers-thematiques/covid-19-vaccins/covid-19-vaccins-autorises ;

8 Code de Nuremberg, loi bioéthique du 30 juillet 1994, article L521-1 du Code de justice administrative, article 35 du  Code de déontologie médicale, article 16-1 du Code civil et article L1111-4 du Code de la santé publique et  https://pace.coe.int/fr/files/29004/html ; 

À titre d’exemple, la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système  de santé, prévoit que le consentement à tout acte médical doit être libre et éclairé. 

➢ Libre, cela signifie que la personne doit manifester sa volonté à l’acte médical et  donc son accord non équivoque à l’atteinte à l’intégrité de son corps et cela sans  contrainte ni pression. 

➢ Éclairé, cela signifie d’avoir au préalable reçu une information loyale, claire,  appropriée, complète9et cela quel que soit le contexte d’urgence10, notamment sur  le fait que les données sur le long terme ne sont pas disponibles, sur les risques  fréquents ou graves normalement prévisibles en l’état des connaissances  scientifiques et des conséquences que ceux-ci pourraient entraîner. 

Aussi, rappelons que si seul le législateur peut rendre une vaccination obligatoire11, c’est à la double  condition que la maladie soit particulièrement bien connue par la médecine12 et comme le rappelle  le Conseil d’État que l’ingérence de la vaccination obligatoire dans les libertés individuelles se fasse  moyennant un contrôle de proportionnalité prenant acte de l’efficacité certaine des vaccins en  cause, au regard du caractère limité de leurs effets indésirables13, ce qui n’est pas le cas en l’espèce.  

Par ailleurs, obliger la présentation du PASS SANITAIRE, pour l’accès à de nombreuses activités de la vie quotidienne (notamment, se rendre à l’hôpital, dans un centre commercial pour faire ses  courses, à un spectacle ou au restaurant) c’est : 

– nous obliger à divulguer notre statut vaccinal et donc violer notre droit au secret médical ; 

– introduire de violentes discriminations entre vacciné.e.s et non vacciné.e.s, volontaires ou  non. Puisque ne l’oublions pas, certaines personnes ne peuvent pas ou n’ont pas le droit,  et cela pour de nombreuses raisons, de se faire vacciner ; 

– porter atteinte à la liberté de circulation ; 

– augmenter la fracture économique et sociale à l’égard des plus démunis.  

C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que, le 21 janvier dernier, l’Assemblée Parlementaire du  Conseil de l’Europe a demandé instamment aux États membres et à l’Union européenne « de  s’assurer que les citoyens et citoyennes sont informés que la vaccination n’est pas obligatoire et que personne ne subit  de pressions politiques, sociales ou autres pour se faire vacciner, s’il ou elle ne souhaite pas le faire personnellement » et « de veiller à ce que personne ne soit victime de discrimination pour ne pas avoir été vacciné, en raison de risques  potentiels pour la santé ou pour ne pas vouloir se faire vacciner ». 

Ainsi, pour tous ces motifs, nous ne pouvons pas accepter ce chantage déguisé du président de la  République justifié, à tort, par sa volonté de faire primer la protection de la santé collective au  détriment, en l’état des connaissances scientifiques, de la protection certaine de l’individu et de bon  nombre de nos libertés individuelles et collectives. 

9 L.1111-2 du Code de la santé publique ; 

10 CCNE avis du 21 décembre 2020 ; 

11 QPC n°458 du 20 mars 2015 ; 

12 CEDH 2 mars 2021 ; 

13 CE 6 mai 2019 n°419242.

AVOCATS SIGNATAIRES  

-Besma MAGHREBI Barreaux de PARIS et MARSEILLE,

-Stéphane MAUGENDRE Barreau de BOBIGNY, 

-Marine ROGE Barreau de PARIS, 

-Samir KAHOUL Barreau du VAL DE MARNE, 

-Flavie De MEERLEER Barreau de TOULOUSE, 

-Hadjar KHRIS-FERTIKH Barreau de PARIS,  

-Mélody OLIBE Barreau de PARIS, 

-Christine CLAUDE-MAYSONNADE Barreau de TARBES,

-Shirley DEROO Barreau de PARIS, 

-Agnès ASCENSIO Barreau de PARIS, 

-Helena BONDO Barreau des HAUTS-DE-SEINE, 

-Karine SHEBABO Barreau de PARIS, 

-Sophie MAZAS Barreau de MONTPELLIER, 

-Loreleï VITSE Barreau de DUNKERQUE, 

-Agnès TEISSEDRE du barreau de PARIS, 

-Julie MAIRE Barreau de PARIS, 

-Anaïs GALLANTI Barreau de PARIS, 

-Anne MILEO Barreau de PARIS, 

-Sarah SCALBERT Barreau de PARIS, 

-Anne LASSALLE du barreau de BOBIGNY, 

-Alima BOUMEDIENE THIÉRY Barreau du VAL D’OISE,

-Hicham ABDELMOUMEN Barreau de PARIS, 

-Marianne PIEROT Barreau de PARIS, 

-Marie Noëlle SPINELLA Barreau de PARIS, 

-Michael NEUMAN Barreau de PARIS, 

-Nadine REY Barreau de PARIS, 

-Sabrina BOUAOU Barreau de l’ESSONNE, 

-David LIBESKIND Barreau de PARIS, 

-Anna CHERIF HAUTECOEUR Barreau de PARIS, 

-Laura ROUSSEAU Barreau de PARIS,  

-Armide REY-QUESNEL Barreau de DUNKERQUE, 

-Corinna KERFANT Barreau de VERSAILLES, 

-Arnaud LIBAUDE Barreau de BOBIGNY, 

-Maria del pilar motote ARCE Barreau de PARIS,  

-Audrey AVRAMO-LECHAT Barreau de PARIS 

-Cynthia BYRAM Barreau de PARIS,  

-Sabrina ABDENNOUR Barreau des HAUTS-DE-SEINE,

-Laure LAYDEVANT barreau d’AIX EN PROVENCE 

-Lauriane BUNOMANO Barreau d’AIX EN PROVENCE

-Aline BRIOT Barreau de CHAMBERY,  

-Jean-Marc ANDRE ANCIEN BATONNIER Barreau de VERSAILLES, 

-Stéphanie TOURE-JENNI Barreau de BOBIGNY, 

-Valérie LEPAGE-ROUSSEL Barreau de PARIS, 

-Nathalie WOROCH Barreau BETHUNE, 

-Séverine MANNA Barreau de PARIS, 

-Fabien GRECH Barreau de NICE, 

-Sandra MACKAYA Barreau de MARSEILLE, 

-Stéphane SCHONER Barreau de BETHUNE,  

-Hugo BOUILLET Barreau de TOULOUSE, 

-Camille DIRE Barreau de NICE,  

-Pierre ROUANET Barreau de PARIS, 

-Mehdi BOUZAIDA Barreau de PARIS,  

-Dominique GANTELME Barreau de PARIS, 

-Norbert GRADSZTEJN Barreau de PARIS, 

-Hakima SLIMANE Barreau de PARIS,  

-Marine GRINSZTAJN Barreau de PARIS, 

-Sophia ALBERT-SALMERON Barreau d’AVIGNON.

(Liste non définitive)

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19.07.2021 à 17:04

« La France de Macron crie sur tous les toits que l’évasion fiscale est un scandale mais joue un rôle absolument double auprès du Conseil »

Léo Thiery

Le 1er Juin dernier, un accord multilatéral relatif à la transparence fiscale des multinationales était signé du côté des instances européennes. Jugées historique par la presse mainstream et la quasi-totalité du spectre politique, ces mesures sonnent en réalité comme un coup d’épée dans l’eau et un rendez-vous manqué avec l’Histoire pour les ONG et une […]

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Texte intégral 5521 mots

Le 1er Juin dernier, un accord multilatéral relatif à la transparence fiscale des multinationales était signé du côté des instances européennes. Jugées historique par la presse mainstream et la quasi-totalité du spectre politique, ces mesures sonnent en réalité comme un coup d’épée dans l’eau et un rendez-vous manqué avec l’Histoire pour les ONG et une part des élus de gauche. Manon Aubry – qui lutte et travaille sur les questions d’inégalités et de justice fiscale depuis désormais plus de 10 ans, anciennement chez Oxfam France et désormais depuis son siège de députée européenne LFI – s’est livrée pour Le Monde Moderne sur l’inconsistance de cet accord, l’opacité des négociations au sein de des arènes de l’UE et le rôle plus que trouble de l’État français qui, une nouvelle fois, s’est fait le porte-voix des lobbys patronaux lors des débats.

Entretien écrit et réalisé par Léo Thiery, le 11 Juin 2021

Le cœur du malaise c’est que jusqu’ici, ni vous eurodéputée, ni le fisc, ni la justice, ni les ONG, ni aucune autre institution de ce pays, ne peuvent observer un droit de regard sur la fiscalité des géants économiques comme ceux du CAC 40. C’est le black out complet concernant les profits engrangés et les revenus imposables par l’État sur ces entreprises.

Depuis peu, l’administration fiscale, et par extension Bruno Le Maire, peuvent en réalité avoir un droit de regard sur ces chiffres, puisque les informations fiscales de ces entreprises sont maintenant échangées entre les pays. Cependant, ces informations restent une énorme boîte noire, puisqu’elles ne sont pas publiques ce qui veut dire que nous, citoyens, moi eurodéputée, vous journaliste, en bref le grand public ne peut exercer son droit de regard et son droit de pression citoyenne pour que ces entreprises rendent des comptes et payent leur juste part d’impôt. Aujourd’hui, les seuls chiffres qui sortent sont des fuites et font scandale. Récemment c’était une filiale de Microsoft qui a enregistré 315 Milliards d’euros de bénéfices en Irlande mais mais n’a payé aucun euro d’impôt et le tout sans un seul employé enregistré sur le sol irlandais. En réalité, nous avons eu accès à ces chiffres seulement parce qu’il y a eu des fuites, mais aujourd’hui on n’a pas cette image systématique qui nous permettrait de mettre au jour les montages d’évasion fiscale des multinationales.

Pour lutter contre l’opacité de ce système, il y a un outil qui est présenté et mis sur la table depuis une dizaine d’années, déjà en vue de contraindre les entreprises à la transparence, c’est ce qu’on appelle le Reporting pays par pays public.

Sans être trop technique, comment fonctionne le reporting et en quoi cet outil peut-il contraindre les entreprises à adopter de meilleures pratiques fiscales dans les pays où ils engrangent des bénéfices ?

Le principe est assez simple, c’est de demander aux entreprises de publier des informations sur leurs activités pays par pays : leurs bénéfices, leur chiffre d’affaires, leur nombre d’employés… dans le but de connaître leur activité dans chacun des pays et ainsi de déterminer la part d’impôt qui est due. C’est grâce à cet outil que nous pourrons vérifier l’adéquation entre ce qu’une entreprise a payé comme impôt et l’activité qu’elle a. Cela permettrait par exemple de porter au su et au vu de tous, le fait que des grandes entreprises comme Amazon vont avoir une vraie activité en France mais en réalité une part d’impôt payée, ridicule, comparée aux bénéfices réels engrangés par l’entreprise sur le sol français. C’est une forme de droit de regard publique, indispensable quand on pense que ça fait des décennies que ces multinationales se jouent des règles fiscales et s’arrangent pour payer quasiment 0€ d’impôts. La conséquence de tout ça c’est qu’à la fin c’est nous contribuables qui payons la facture. 

Parce que, qu’est ce qui se passe quand une entreprise ne paye pas sa juste part d’impôt ? D’une part, vous avez des recettes en baisse dans les caisses de l’État et donc derrière ce sont des coupes dans les services publiques comme on a pu le voir ces dernières années par exemple dans les hôpitaux. D’autre part, ces pertes fiscales sont aussi en partie compensées par une augmentation des impôts injustes pour la majorité des Français avec la TVA ou la CSG majoritairement payés par les plus précaires. 

Par le passé, des prises de position multilatérales au sein de l’Union européenne ont permis de mettre en place des mesures solides, s’attaquant notamment au secret bancaire. Des outils qui vous avaient d’ailleurs permis de publier dans le cadre d’un rapport Oxfam France des chiffres très intéressants, sur la part de bénéfices enregistrés par les grandes banques européennes dans les paradis fiscaux – plus d’un quart chaque année. 

Ces avancées sont-elles encourageantes pour la suite selon vous ?

Oui, cette transparence fiscale existe déjà dans le secteur bancaire depuis une directive européenne qui date de 2015. Cet outil a largement prouvé l’utilité de ces données, puisque ça nous a par exemple permis d’observer que les grandes banques enregistrent plus d’un quart de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux tout en embauchant sur place seulement 8% de leurs employés. On a pu prouver que les banques françaises comme la BNP Paribas enregistrait plus de 300 millions de bénéfices dans les îles Caïmans, avec évidemment 0 impôt payé. Donc on a pu démontrer l’utilité concrète de cet outil tout en voyant bien que ça n’a pas pour autant précipité la chute irréversible du secteur bancaire, bien au contraire. La question est donc simple, si on peut le faire pour les banques, il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir le faire pour les autres grandes entreprises. 

Le dossier de la transparence en politique ne date pas d’aujourd’hui et avant d’en débattre de nouveau à l’échelle de l’UE, le dossier est déjà passé plusieurs fois entre les mains des parlementaires français. Si on s’intéresse au phénomène de l’évasion fiscale dans son ensemble, on se dit que la transparence fiscale des multinationales n’est qu’un premier pas vers une intervention efficace et coordonnée des états membres à l’encontre de ce système, pourtant ça fait plus de 8 ans que ce dossier bloque et est malmené dans ce qui prend des allures de chemin de croix législatif. 

Comment l’expliquer ?

Vous avez raison. Pour tout vous dire, quand je suis arrivée à Oxfam en 2014, la transparence était mon tout premier dossier. Ce qui est assez symbolique, c’est que quand on m’a briefée sur le poste que j’allais prendre, une collègue m’a dit « le reporting par pays publique vraiment c’est la mesure prioritaire, qu’on peut remporter dans les prochaines années », c’était déjà à ce moment là, le sujet le plus important. Nous sommes maintenant en 2021 et ça fait 8 années que nous en sommes toujours à batailler pour gagner une véritable transparence fiscale des multinationales alors que comme vous le disiez, ce n’est que le premier pas. Parce que ces mesures de transparence ne changent absolument rien aux sanctions, aux  règles dans les paradis fiscaux et pour finir rien non plus sur comment changer en profondeur ce système fiscal, c’est juste donner à voir. Malheureusement, je me dis que si on met autant de temps, c’est-à-dire presque 10 ans pour ne même pas donner à voir les montages fiscaux des grandes entreprises, vous imaginez le temps qu’il faudra pour mettre un terme à l’évasion fiscale des multinationales. Les actionnaires de ces grands groupes peuvent continuer à se frotter les mains en toute impunité. 

Quand le conseil constitutionnel censure en 2016 l’article sur la transparence fiscale des grandes entreprises dans le cadre de la loi Sapin 2 sous Hollande, les Sages invoquent une atteinte manifeste à la liberté d’entreprendre. Pourtant selon sa propre jurisprudence, cette liberté peut-être revue si l’intérêt collectif l’exige. 

Une décision faussement juridique selon vous ?

C’est clairement ça. Pour faire un peu d’Histoire, et c’est ça qui est important d’avoir en tête, on avait beaucoup bataillé pour cette mesure dans le cadre des projets de loi finance. À l’époque, d’ailleurs, ça avait fait scandale car la mesure avait été préalablement adoptée une première fois avant une seconde délibération forcée en pleine nuit qui a conduit à l’abandon pur et simple des amendements dans le texte définitif. C’est vous dire à quel point les forces réactionnaires étaient mobilisées, y compris dans le camp de F. Hollande, pour bloquer cette mesure, avec à l’époque un certain Emmanuel Macron qui officiait à Bercy. Ensuite, on s’était en effet battu dans le cadre de la loi Sapin 2 en effet, on avait réussi à faire adopter une mesure qui n’était pas parfaite mais qui mettait au moins la France en position de pionnier en la matière à l’échelle européenne. Ensuite, les lobbys, le MEDEF et l’AFEP ayant perdu la bataille démocratique et parlementaire, on a alors engagé la bataille juridique dans l’océan d’opacité qu’est le Conseil Constitutionnel. Ce sont eux qui ont défendu l’incompatibilité du reporting pays par pays public, avec la liberté d’entreprendre et ce, alors même que le principe de lutte contre l’évasion fiscale avait été protégé dans la jurisprudence du Conseil Constitutionnel et considéré comme supérieur. C’était donc clairement un énorme retour en arrière sur le plan de la jurisprudence du CC qui peut s’avérer très dangereux car ça veut dire que l’argument de la sacro-sainte liberté d’entreprendre pourrait être ressorti à toutes les sauces plus tard sur les questions de mesures anti-évasion fiscale. C’était également un énorme retour en arrière démocratique parce que  ces mesures avaient été votées préalablement par les députés suite à une forte attente citoyenne. C’est donc un scandale qui a complètement brisé la dynamique dans laquelle nous étions à l’époque et le fruit d’années de luttes.

Vous aviez également mené la bataille sur le front européen depuis votre poste chez Oxfam. Petite victoire à l’époque avec en première lecture l’adoption d’un texte comprenant une mesure relative à la transparence fiscale des multinationales. C’était en 2017, ensuite le dossier a été bloqué pendant presque 5 ans par le conseil des États-membres. Quand on n’est pas spécialiste des rouages politiques européens, on a un peu de mal à comprendre. 

Comment un tel sujet a-t-il pu être purement et simplement retiré des débats si longtemps sur la seule volonté de quelques représentants du personnel bureaucratique européen ?

Parce que le conseil a énormément de pouvoir, comparé au parlement. Quand on a réussi à faire voter la mesure au parlement européen en 2017, j’étais à l’extérieur du bâtiment le jour du vote car nous avions mené une action pour mettre la pression sur les députés. À l’époque, on pensait naïvement que le dossier allait aller très vite mais ce qui s’est passé au Conseil, c’est qu’il y a eu une bataille sur la base juridique du dossier. Le débat consistait à déterminer si c’était un dossier de nature fiscale et qui donc nécessitait l’unanimité des États-membres (ce qui est quasiment impossible quand on connaît la position de certains États sur la transparence), ou bien un dossier de droit des affaires et donc à ce moment-là, il suffisait de la majorité qualifiée. Finalement au bout de cinq ans, c’est la présidence portugaise du Conseil qui a remis le sujet sur la table en réunissant une majorité qualifiée autour, mais il ne faut quand même pas oublier les abonnés absents durant toutes ces années de bataille et notamment la France. La France de Macron qui crie sur tous les toits que l’évasion fiscale est un scandale mais qui a joué un rôle absolument double auprès du Conseil, en ne faisant jamais rien pour débloquer le dossier et le remettre au goût du jour, tout au contraire en essayant même sur la dernière ligne droite de le tuer. 

La réouverture de ce dossier a laissé place aux fameuses négociations en trilogue entre la commission, le conseil et le parlement européen, pour tenter d’arriver à un accord commun sur cette directive. Vous avez alors ironisé sur les réseaux sociaux en vous étonnant qu’un projet de loi relatif à la notion de transparence soit discuté et débattu dans de telles conditions d’opacité. 

Le schéma de fonctionnement finalement peu démocratique des instances européennes préjuge t-il de l’orientation idéologique de ses directives ? 

C’est sûr que quand vous n’avez aucun compte à rendre sur la manière dont vous menez ces négociations, vous êtes plus prompts à affaiblir les textes puisque personne ne pourra vous tenir pour responsable, ni ne peut faire pression sur vous. Pour la jeune eurodéputée que je suis, c’était surréaliste et j’ai eu cet instinct citoyen de me dire : « Non mais attends, on est en train de négocier un texte sur la transparence fiscale des multinationales et ces mêmes négociations se déroulent à huis clos sans que personne n’ait à rendre de compte ? ». Dans ces négociations à huis clos, il y avait les représentants du Parlement européen, qui ont pour les plus grands groupes de députés, accédé sans sourciller aux requêtes du Conseil qui consistait à affaiblir et vider progressivement le texte de sa substance. 

Finalement le mardi 1er Juin, un accord – jugé historique par la presse industrielle – est trouvé à Bruxelles sur le reporting pays par pays. L’UE annonce aussitôt à l’AFP vouloir en faire le fer de lance de la lutte contre l’évasion fiscale en Europe. Attac et d’autres ONG dénoncent alors une mesure inutile et un rendez-vous raté avec l’Histoire. 

De votre côté vous parlez d’un accord au rabais, qui n’est pas à la hauteur de la tâche qui reste à accomplir. 

Au niveau du contenu avant d’évoquer le rôle du MEDEF, photographie incomplète, clause de sauvegarde de 5 ans… Qu’est ce qui pose problème ?

Pour bien comprendre l’objectif de la mesure c’est d’avoir toutes les informations sur l’activité des entreprises multinationales, pour tous les pays où elles sont présentes. Si on n’a pas cette photographie complète alors on n’est pas capable de détecter les flux artificiels de bénéfices et les montages d’évasion fiscale. Ce qui s’est passé en réalité, c’est que l’accord a abouti à une photographie complètement tronquée puisque ne sont concernés que 20% des États dans le monde, à savoir les pays membres de l’UE et les pays de la liste noire des paradis fiscaux (liste elle-même hautement ridicule au niveau européen, puisqu’elle ne comporte que 12 États et exclue des paradis fiscaux notoires comme la Suisse, les Îles Caïmans, Singapour, Jersey, Guernesey, les Bermudes…ndlr). Finalement, nous avons donc une transparence partielle qui exclut 80% des États dans le monde. Ensuite on a vu s’ajouter au texte, ce qu’on appelle une clause de sauvegarde de 5 années qui permet aux entreprises de se soustraire à la loi, même une fois celle-ci passée et ce pour une durée de cinq années. Donc de deux choses l’une, nous aurons donc avec cette mesure des informations très partielles et très tardives à la fois. Ce n’est certainement pas ce que j’appelle un outil efficace pour lutter contre l’évasion fiscale et il y aura encore tellement de moyens et d’endroits pour les entreprises où cacher leurs actifs, que globalement, elles n’ont pas trop à s’inquiéter avec un tel texte. 

On y vient, le sujet le plus brûlant de cet accord, celui qui commence à faire énormément parler, c’est bien le compte rendu de l’avis français sur ce projet de loi européen lors des négociations. En effet, selon un article de nos confrères de Contexte confirmant plusieurs rumeurs préalables, la position de la France sur cette directive aurait été tout simplement co-rédigée par le MEDEF – évidemment hostile au reporting par pays. Cet article révèle, preuves à l’appui, que des passages entiers de l’avis français sur cette directive étaient littéralement copiés collés sur des notes transmises en interne par le syndicat des patrons, alors juge et partie dans cette affaire. Un véritable scandale pour les ONG engagées sur le sujet qui ont immédiatement réagi à travers un communiqué cinglant intitulé “la France se fait le porte parole du MEDEF”. 

Le gouvernement joue-t-il un double jeu dangereux depuis le départ dans ces négociations ? 

Je le crois, et c’est la terrible preuve du double rôle qu’a joué la France et le ministère de l’économie et des finances dans ces négociations. On peut même finir par se demander si Bercy n’a pas directement fusionné avec le MEDEF dans ces conditions. Quand vous avez un État qui copie colle sa position sur celle du principal lobby patronal, qui n’a strictement aucun intérêt à ce que la transparence fiscale se mette en place, alors c’est un problème et un scandale démocratique majeur. Si nous n’avions pas eu accès à ce document, nous n’aurions sans doute jamais pu le prouver alors qu’on savait bien depuis le début que la France freinait des quatre fers dans les négociations. Pour moi, qui depuis le début ai travaillé sur ce texte, ce n’est même pas une surprise car il y a un écart gigantesque entre ce que dit la France dans la sphère publique et médiatique et ce qu’elle fait dans les négociations européennes. D’ailleurs c’est assez commun pour la France, elle le fait sur cette question mais elle le fait également sur le taux minimum d’imposition des entreprises et sur tellement d’autres questions que finalement on est habitué à ce que la France dise des choses en publique et fasse tout l’inverse en privé, sous l’influence des lobbys qui vraisemblablement, ont pris le pouvoir à la place du gouvernement. 

Contraint de réagir suite aux révélations de ces fameuses lignes rouges rédigées par le MEDEF dans l’avis de la France, Bercy a adopté une ligne de défense lunaire : le ministère de l’économie reconnaît avoir utilisé “un document créé au départ par le MEDEF”, mais n’y voit pas de problème car celui-ci a été “profondément remanié par le ministère”. 

La collusion décomplexée voire assumée, qui règne entre le gouvernement français et le syndicat des patrons du CAC 40 dans cette affaire interroge. 

Est-ce le symptôme d’un système politique obéissant de plus en plus aux logiques de marché des grands groupes et de leurs agents d’influence ?

D’abord un mot sur la réponse du gouvernement : ce qu’ils disent est proprement faux, puisque si on regarde les lignes rouges du conseil des États-membres à la fin des négociations, elles rejoignent en tout point celles du MEDEF. Si vous prenez le document de positionnement du MEDEF, l’avis de la France et le texte final, les mêmes lignes rouges sont reprises systématiquement. Elles sont reprises pour le nombre de pays concernés, sur la clause de sauvegarde, les informations incluses… Bref, le MEDEF a eu gain de cause sur toute la ligne et si ce n’est pas la France qui a porté sa position, alors qui d’autre ? Personne ne peut croire le gouvernement là-dessus, d’une part. 

Ensuite pour répondre à votre question, de façon plus générale, vous savez, j’ai expérimenté tellement de fois l’échec des batailles qu’on a menées – que ce soit à Oxfam ou bien maintenant à Bruxelles – parce que du début à la fin, ce sont toujours les intérêts des multinationales qui priment sur l’intérêt collectif et les biens communs. Oui je pense qu’on a un problème démocratique plus large : qui fait la loi aujourd’hui en France et en Europe ? Est-ce les citoyens, ce qui est le sens même de la démocratie, ou est-ce que ce sont les grandes multinationales qui visiblement ont pris le pouvoir à notre place ?

Le phénomène du lobbying est tout sauf nouveau, on comptait d’ailleurs déjà 260 agents lobbyistes sur la place de Washington en 1946. Seulement voilà, le petit problème, c’est qu’entre temps ils se sont un peu multipliés de partout. En 2019, l’ONG International Transparancy recensait, rien qu’à Bruxelles, pas moins de 37 300 agents impliqués dans des activités de lobbying pour tenter d’avoir une influence auprès des décideurs et fonctionnaires de l’UE (source : International Transparency / Le Monde). 

Vous qui aviez un œil avisé sur les questions de lobbying et de corruption bien avant votre entrée au Parlement européen, est-ce que vous avez ressenti cette main mise et cette contamination des lobbys au sein des murs lors de votre arrivée ?

Oui et d’ailleurs je m’en amuse dans une petite émission dans laquelle je rends compte de l’actualité du Parlement européen, on y a intégré un espace intitulé « le coin des lobbys », dans lequel je fais une sélection des meilleurs courriers que je reçois. En réalité, sur TOUS les sujets, vous trouvez des lobbyistes hyper-actifs qui tentent d’influencer les votes des parlementaires et ce n’est pas pour rien que Bruxelles est la deuxième place forte des lobbys dans le monde derrière Washington. Ils ne s’y trompent pas car Bruxelles est l’échelon européen décidant de points très importants, dans la régulation de nos vies, même si on ne s’en aperçoit pas forcément. On tente évidemment d’incarner un contre-lobby citoyen au parlement mais nous sommes bien seuls. Quand je vois à quel point, quotidiennement, on peut retrouver des affaires de collusion, avec parfois des rapporteurs du parlement sur certains textes qui sont en même temps impliqués dans des entreprises concernées par les directives européennes, je suis consternée. Mais aussi par exemple quand la commission européenne donne à BlackRock le soin de formuler des critères environnementaux pour la finance durable alors que BR est le premier bénéficiaire de ce type de dispositifs… Bref des conflits d’intérêts du matin au soir, parsemés d’influences des lobbys qui font qu’en réalité on casse la démocratie. À cet égard, on pourrait donner raison à ceux qui n’y croient plus et qui ne veulent plus y participer mais à mon sens, c’est tout l’inverse qu’il faut faire car c’est par la force du nombre que l’on pourra se battre. 

C’est intéressant parce que quand on y regarde de plus près, on se rend compte qu’à l’image de l’évasion fiscale, ces activités ne sont absolument pas encadrées ni contraintes. Il y a eu un vague registre obligatoire des lobbyistes assez flou, qui a timidement été mis en place par Junker sous la pression des ONG en 2014, on a dû attendre 2016 pour commencer à négocier puis finalement les travaux ont été suspendus en 2018. En cause, les membres du Conseil de l’UE, qui refusent tout engagement contraignant, le Parlement, qui traîne des pieds, et la Commission, qui refuse tout amendement de sa proposition initiale. 

Cette configuration politique chaotique fait largement écho à l’accord qui nous intéresse aujourd’hui sur la transparence fiscale, alors on peut légitimement se poser la question : tout est fait pour que rien ne soit fait finalement sur certains dossiers, au sein des arènes de l’UE ?

Déjà, il faut plus qu’un simple registre des lobbys. On en revient à la question de la transparence, car je suis convaincue que si les débats avaient été publics, et s’ ils avaient dû assumer les positions qu’ils ont tenues, alors ils n’auraient peut-être pas osé suivre à ce point la position des lobbys. Ça veut dire repenser complètement le schéma des institutions européennes qui a pris comme habitude et comme fait acquis de travailler dans une bulle coupée de la réalité. L’enjeu pour moi, c’est de casser les murs qui existent entre les institutions européennes et la vraie vie. Évidemment ça passe par réguler les lobbys, plus de transparence, des sanctions indispensables et fortes sur les conflits d’intérêts, ça passe aussi par une autorité éthique indépendante extérieure chargée de la régulation des conflits d’intérêts et du suivi dans la mise en place de la transparence au niveau européen. Bref, c’est refonder la maison européenne de la cave au grenier pour garantir un véritable contrôle citoyen et s’assurer qu’à aucun moment il ne puisse y avoir d’influence extérieure.

Un mot sur le G7 Finances qui s’est tenu le week-end dernier à Londres. Depuis, une semaine les réactions sont quasiment unanimes pour saluer l’accord “historique” sur un impôt mondial minimum de 15% sur les entreprises et une meilleure répartition des recettes fiscales provenant des multinationales. Bruno Le Maire s’en est publiquement réjoui, en annonçant que la France avait obtenu ”gain de cause”, ce qui, factuellement, est un mensonge étant donné que la France militait pour un taux inférieur à celui décidé. 

Vous êtes spécialiste du sujet : cet accord sur une taxation (taux d’imposition mondial minimum) internationale des entreprises est-il si révolutionnaire ?

Pas du tout, et ce sont les mêmes mécanismes qui sont à l’œuvre. Ils savent qu’il y a une attente citoyenne forte, ils savent qu’ils sont au pied du mur et qu’il faut agir, donc ce qu’ils font, c’est prendre la mesure, le concept et le vider de son sens durant les négociations. Ils donnent l’illusion qu’ils agissent. Avec ce taux d’imposition minimum, ils actent quand même la victoire culturelle qui est la nôtre, puisqu’on se bat pour ce taux depuis dix ans et très souvent, c’était dans le désert, sauf qu’en le fixant à 15%, ils vident la mesure de son sens. 15% c’est extrêmement bas, c’est à peine plus que l’Irlande qui est à 12,5% (paradis fiscal notoire ndlr). Il y a seulement 5 États de l’OCDE qui ont un taux inférieur à 15%, ce qui en pratique pourrait même harmoniser le taux vers le bas  A l’inverse, si, comme le recommandait Joe Bien, on avait fixé le taux à 21%, on aurait récupéré 4 fois plus d’argent qu’avec un taux à 15%. Et même 10 fois plus (près de 40 milliards d’euros) avec 30%. Un taux qui correspond à ce qui était largement pratiqué jusque récemment : en l’espace de vingt ans, l’impôt sur les sociétés a été divisé par deux.

Un parallèle historique pour conclure cet entretien. Si on s’intéresse à la mise en place des prémisses du droit fiscal international, à l’aube des années 20, il y a tout juste un siècle, on s’aperçoit que sous la pression de certaines grandes puissances économique, la SDN avait été contrainte d’enterrer sans ménagement, les pourparlers multilatéraux quant à la mise en place d’une régulation fiscale internationale. À l’époque, la question sera illico presto mis au placard des débats pendant plus d’une décennie jusqu’en 1936. Par rapport à tout ce qui vient d’être dit dans cet entretien, on a le sentiment que l’histoire se répète et que rien n’a vraiment changé du côté des partisans d’une intervention contre la finance offshore. 

La lutte contre l’évasion fiscale, en s’attaquant au nerf sans doute le plus sensible et le plus à vif du système capitaliste qui n’est autre que le principe d’accumulation des richesses, est-elle la bataille la plus sans issue sur le plan de la conquête politique moderne ?

Je ne serais pas aussi pessimiste en disant que c’est une bataille sans issue. C’est une bataille cruciale, car si on veut s’attaquer aux inégalités – qui à mon sens est le principal enjeu de notre siècle avec le réchauffement climatique -, alors il faut l’avènement d’un système fiscal progressif et il faut fermer cette parenthèse de l’Histoire dans laquelle on est, qui se caractérise par une multiplication des cadeaux fiscaux aux privilégiés. Puisque vous parliez d’Histoire, moi j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on est un peu dans l’Ancien Régime, où on a une poignée d’individus qui bénéficient d’avantages pendant qu’une majorité de la population paye pour cette bande de privilégiés. L’Histoire a su prouver qu’on pouvait renverser cette situation, on a su le faire en 1789, et je pense que c’est ce dont on a besoin aujourd’hui, alors ça peut-être une révolution démocratique dans les urnes, qui ensuite se traduira par une révolution fiscale. Je suis dès lors persuadée qu’avec une prise de conscience et une prise en charge collective de ces enjeux, nous pouvons y arriver. 

  • Par Léo Thiery, journaliste pour Le Monde Moderne.

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13.07.2021 à 11:57

12 juillet 2021 : l’autoritarisme en marche

zakaria arab

            Sans en venir à crier à la dictature, cette « Adresse aux français » du 12 juillet 2021 marque un tournant dans la présidence d’Emmanuel Macron. Alors que le pays est ébranlé par une crise sanitaire sans précédent dans notre histoire moderne, le président, dans une allocution télévisée d’une durée avoisinant les trente minutes, a profité […]

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Texte intégral 1938 mots

            Sans en venir à crier à la dictature, cette « Adresse aux français » du 12 juillet 2021 marque un tournant dans la présidence d’Emmanuel Macron. Alors que le pays est ébranlé par une crise sanitaire sans précédent dans notre histoire moderne, le président, dans une allocution télévisée d’une durée avoisinant les trente minutes, a profité de cet instant médiatique permis par la résurgence du virus, aidé de son variant Delta, pour dresser sa feuille de route d’ici aux prochaines élections (voire plus loin).

            Découpée en trois chapitres, cette allocution fut surtout l’occasion pour Emmanuel Macron d’asseoir sa volonté de diriger ce pays d’une main de fer, la pandémie ayant bon dos pour installer un passe sanitaire visant à s’assurer de la vaccination de chacun. Paradoxal pour celui qui s’était toujours fait le chantre de la liberté individuelle. Qu’en est-il du choix de chacun ? Qu’en est-il de la responsabilité individuelle face à laquelle il aime tant placer ses concitoyens ? En souscrivant à tel système, les français acceptent de réduire un peu plus leurs libertés, combat que cette majorité mène à l’avant-garde, en atteste son agenda législatif déroulé depuis 2017. Sans chercher à rejeter la faute sur quelconques complotistes ou anti-vaccins, cet élargissement du passe sanitaire n’est que le fruit d’une volonté liberticide dont notre locataire de l’Elysée ne s’est jamais caché.

            Pourtant, à creuser dans leurs déclarations depuis le début de la crise, jamais le Président ni ses ministres ne s’étaient déclarés favorables à une vaccination, au contraire. Nombreuses de leurs déclarations télévisées allaient dans le sens inverse, préférant justement mettre les français face à leurs responsabilités individuelles. Tel revirement ne peut être le fruit du hasard. Ce n’est que la suite cohérente des tentatives de museler internautes, journalistes et autres. Sans crier à la dictature, cette action politique, celle de la menace sur sa population, n’est pas celle d’un fonctionnement démocratique sain. Si ce gouvernement n’était pas adepte de la contradiction, du revirement et de la veste flip-flap, nul doute que les français se seraient rués dans les centres de vaccination à l’ouverture de ceux-ci. Quand on tourne la tête vers nos voisins outre-Atlantique, on se rend compte qu’une parole publique libérée de tout volte-face, de tout mensonge tel que celui que nous eûmes sur les masques, permet une sortie de crise plus rapide et un lien de confiance mieux établi entre Administration et administrés. Et cela sans forcément passer par une mesure aussi discriminatoire, liberticide et dont l’efficacité reste à prouver. En rejetant le passe sanitaire, et en prenant la décision d’ouvrir le pays à « la vie d’avant » à compter le 19 juillet, le gouvernement britannique démontre qu’il comprend mieux l’épidémie que notre Président, pourtant capable d’être agrégé d’épidémiologie selon certains : le taux d’incidence n’est plus le facteur déterminant pour choisir les mesures à mettre en place. Avec le vaccin, qui ne nous empêche pas d’être porteur mais protège des formes graves, les hôpitaux ne connaîtront plus les moments d’effroi des précédentes vagues. Désormais, l’immunité collective permises par le vaccin et les infections ayant déjà eu lieu permettent de retrouver ce parfum de vie qui précédait 2020, et ce sans mettre en place un quelconque passe sanitaire, ni en menaçant ses concitoyens de leur interdire de vivre s’ils ne se faisaient pas vacciner. Il suffit simplement de placer ses concitoyens face à leur responsabilité individuelle.

            Plutôt que ce dialogue apaisé, le gouvernement a préféré mettre en face à face pro-vax et anti-vax, s’assurant d’une certaine « légitimité » dans la mise en place de cette mesure liberticide, enterrant de la sorte secret médical et liberté de choisir. Cette criminalisation des indécis, population majoritaire dans les sceptiques de la vaccination, ne fait qu’accentuer la défiance vis-à-vis des vaccins. Désormais, par l’usage de la menace, le gouvernement a gagné sur les deux plans : le consentement des pro-vax à voir l’accès à différents lieux règlementés par des QR codes ; ainsi que l’assurance que les plus sceptiques se fassent vacciner dans les deux mois qui arrivent.

            Toutefois, le pire se situe dans l’instauration de cette mesure dès l’âge de 12 ans. En faisant passer cette mesure comme quelque chose de normal, sans que les plus jeunes puissent s’interroger sur la pertinence de telle mesure, le gouvernement acquiert la docilité d’une frange de la population à vivre sous ce type de mesures, au prétexte d’un impératif sanitaire qui reste encore à démontrer. Les plus jeunes touchés par la mesure consentiront aisément à la mesure, se disant que dictés par la nécessité de freiner l’épidémie, il est normal de sacrifier des libertés. Or tel raisonnement, s’il est inscrit de la sorte dans de si jeunes esprits, peut se reproduire à l’infini sur pléthores de situations « tendues ». C’est ainsi que l’on s’habitue à vivre dans des sociétés où liberté fait place à sécurité, les deux étant par nature antinomiques, le second principe appelant à sacrifier le premier.

            Mais si le volet sanitaire était le plus attendu de l’allocution du Président de la République, il ne constituait en réalité qu’un tiers de son temps de parole.

Par la suite, Emmanuel Macron a voulu dresser un cap, insister sur le plan de relance et les réformes qui allaient suivre, comme si ces deux éléments suffisaient à faire miroiter un retour à la vie normale. S’agissant du plan de relance, le chef de l’Etat s’est gargarisé de recevoir 40 milliards d’euros de la Commission européenne, omettant les 80 milliards que la France donna en guise de contribution au fond de relance européen. Si clarté et franchise étaient les maîtres mots de tout politique, nul doute que ce qui passe pour une annonce salutaire deviendrait un scandale public. Ce plan de relance, d’ores et déjà mis en place, et dont le déploiement se poursuivra sur le reste de l’année 2021 ainsi qu’en 2022, est soumis à des conditions par la Commission européenne, dont celle d’engager des réformes structurelles, et plus précisément celles recommandées en 2019 et 2020.

            C’est sans surprise que l’on retrouve parmi celles-ci les réformes des retraites et de l’assurance-chômage, futures responsables d’un déclassement social de nos compatriotes les plus démunis, délaissés par un système qui n’est là que pour favoriser les plus puissants. Ces deux réformes, qu’Emmanuel Macron a promis d’engager « dès que l’épidémie sera sous contrôle » pour la première et au 1er octobre pour la seconde, ne feront que précipiter l’appauvrissement de concitoyens déjà frappés en plein fouet par la crise. Si le « quoi qu’il en coûte » était nécessaire lorsque le pays était cadenassé, il le sera d’autant plus lorsque les premiers effets des confinements successifs se feront ressentir sur notre économie.

            S’agissant de la réforme des retraites, le président a justifié sa mesure (un impératif de Bruxelles) par le besoin de justice et d’égalité, les 42 régimes spéciaux étant pour lui vecteurs d’inégalité et d’injustice. Cette affirmation étant fausse, les régimes spéciaux s’adaptant selon les différentes conditions d’exercices de l’emploi, certains prenant par exemple en compte la pénibilité de l’emploi, il oublie pourtant honteusement avoir maintenu certains régimes spéciaux dans sa réforme, à commencer par celui des policiers. Est-ce ici une volonté de s’assurer d’avoir à ses côtés un bras armé ? Certainement, mais se désengager de la sorte de sa promesse de supprimer TOUS les régimes spéciaux pour ensuite le cacher le temps que les français l’oublie n’est pas un comportement digne ; il est celui d’un bonisseur.

            Concernant la réforme de l’assurance-chômage, celle-ci fut déjà retoquée par le Conseil d’Etat, arguant que ce n’était ni le moment, ni la façon pour le faire, exigeant du gouvernement qu’il se remette au travail plus sérieusement. En s’efforçant de la mettre en place coûte que coûte, le président trace la voie pour son second mandat : il sera le Président de la droite la plus extrême que nous ayons connu jusqu’ici. Économiquement, socialement : tout est bon pour mettre tout le monde au travail, quelque soit la qualité du contrat proposé. La dette, qu’il a lui-même explosé, ne se remboursera pas à l’aide de ceux qui s’accaparent le plus de richesses, mais bien par ceux qui souffrent déjà de leur misère.

            Par cette feuille de route, par cette priorisation des mesures mises sur le grill législatif, le chef d’Etat et son gouvernement nous montre qu’en dépit des épreuves que nous venons de traverser, le social ne sera jamais une priorité, quand bien même des citoyens furent laissés sur le carreau par cette crise sanitaire. Aucune main ne leur sera tendue, aucune perche ne leur sera offerte. Même s’il souhaite faire croire à des possibilités d’emplois par une supposée réindustrialisation de la France, cette dernière est inimaginable en raison de nos engagements européens et de la politique qu’il mène depuis sa nomination en tant que Ministre de l’Economie en 2014, commencée par la controversée vente d’Alstom. Tout cet argumentaire sur un revirement souverainiste de sa politique, présenté pour un horizon 2022 (voire 2030 si on suit l’annonce de son plan d’investissement), fait peine à croire tant il est aux antipodes de la politique menée depuis 7 ans maintenant.

            Par cette allocution, Emmanuel Macron a dressé un cap. Celui de la menace, de l’autoritarisme, de l’incitation forcée, mais aussi celui de la misère pour ceux qui ont le moins, de l’opulence pour ceux qui se gavent, des privilèges et du conflit de classe. En sacrifiant liberté plus que de raison ; en déroulant un agenda aux allures de courses contre ceux que Hugo appelait les Misérables ; en faisant miroiter monts et merveilles sans ne croire un mot à ce qu’il raconte, le président dresse un portrait peu flatteur de sa politique à venir. A deux jours du 14 juillet, Macron nous présente son anti-1789. A moins d’un an de la présidentielle, il vient de nous présenter sa ligne pour la campagne : l’anti-liberté, l’anti-égalité, l’anti-fraternité.

Face à cet anti-République, les Français devront faire front.

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