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18.09.2022 à 19:37

Plus d’un tiers du Pakistan submergé par les eaux suite à des inondations apocalyptiques

La Rédaction Issues.fr

Les images satellites de l’Agence spatiale européenne (ESA) sont formelles : plus d’un tiers du Pakistan est actuellement sous les eaux. Les inondations apocalyptiques que vit le pays pourraient provoquer d’autres catastrophes en cascade. Le Pakistan sous les eaux après des inondations apocalyptiques Depuis huit semaines, des pluies torrentielles frappent le pays provoquant des inondations […]
Texte intégral (1287 mots)

Les images satellites de l’Agence spatiale européenne (ESA) sont formelles : plus d’un tiers du Pakistan est actuellement sous les eaux. Les inondations apocalyptiques que vit le pays pourraient provoquer d’autres catastrophes en cascade.

Le Pakistan sous les eaux après des inondations apocalyptiques

Depuis huit semaines, des pluies torrentielles frappent le pays provoquant des inondations meurtrières, un manque de nourriture et d’eau potable ainsi qu’un exode massif de réfugiés. Les inondations dites “apocalyptiques” ont détruit un million de maisons et environ 3 000 km de routes. Près de 500 000 personnes se trouvent dans des camps de déplacés, et beaucoup d’autres n’ont nulle part où aller.

Les pluies de la mousson sont dix fois plus importantes que d’habitude, ce qui provoque un débordement des lacs notamment l’Indus. Plus d’un millier de personnes sont déjà mortes.

“Tout n’est qu’un grand océan, il n’y a pas de terre ferme pour pomper l’eau”, a déclaré Sherry Rehman, Ministre du changement climatique du Pakistan, qualifiant la situation de “crise aux proportions inimaginables”.

Les autorités estiment que plus de 33 millions de Pakistanais, soit une personne sur sept, ont été touchés par ces inondations apocalyptiques.

“Littéralement, un tiers du Pakistan est sous l’eau en ce moment, ce qui a dépassé toutes les limites, que nous avons connues dans le passé”, a déclaré Mme Rehman à l’agence de presse AFP.

Les autorités pakistanaises ont averti qu’il pourrait s’écouler jusqu’à six mois avant que les eaux mortelles ne se retirent des zones les plus durement touchées du pays, alors que les craintes augmentent face à la menace posée par les maladies, notamment le choléra et la dengue.

LIRE AUSSI : Climat : les six catastrophes mondiales qui pourraient frapper la civilisation humaine

Les inondations apocalyptiques provoquent la faim et les maladies

L’eau a recouvert les millions d’hectares de culture et fait disparaître des centaines de milliers de têtes de bétail. Le Premier ministre Shehbaz Sharif a déclaré le 30 août que la population était confrontée à des pénuries alimentaires et que le prix des produits de base tels que les tomates et les oignons avait “monté en flèche”.

Pakistan inondations apocalyptiques
Une route immergée au milieu des eaux

Selon l’organisation caritative Action contre la faim, 27 millions de personnes dans le pays n’avaient pas accès à suffisamment de nourriture avant les inondations, et maintenant le risque de famine généralisée est encore plus imminent, a rapporté CNN.

“Notre priorité en ce moment est d’aider à sauver et à protéger des vies alors que les eaux continuent de monter. L’ampleur de ces inondations a causé un niveau de destruction choquant – les cultures ont été balayées et le bétail tué sur d’immenses étendues du pays, ce qui signifie que la faim va suivre”, a déclaré l’organisation humanitaire.

Pendant ce temps, les agences d’aide ont mis en garde contre une augmentation des maladies infectieuses, laissant des millions de personnes vulnérables aux maladies causées par ce que les Nations Unies ont appelé une “mousson aux stéroïdes”.

Depuis la mi-juin, au moins 400 enfants sont morts suite aux inondations apocalyptiques, tandis que des millions de personnes ont été déplacées, selon l’ Autorité nationale pakistanaise de gestion des catastrophes.

LIRE AUSSI : Pour cet ancien trader de la City, des banques « parient sur l’effondrement » de la planète

Le Pakistan pointe du doigt le réchauffement climatique provoqué par occidentaux

Les autorités pakistanaises ont déclaré mardi que le pays a connu une série d’événements météorologiques anormaux cette année. Quatre vagues de chaleur sont survenues immédiatement après l’hiver, ce qui a donné lieu à une année “sans printemps”. La chaleur a brûlé les cultures. Mais ces dernières semaines, certaines parties du pays ont connu des précipitations environ quatre fois supérieures à la moyenne sur 30 ans.

Le Premier Ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a annoncé que le pays fera prochainement un nouveau prêt au Fonds monétaire international, qui a approuvé la demande lundi et débloqué 1,1 milliard de dollars pour le pays.

Les autorités pakistanaises s’inquiètent du dérèglement climatique et pointent du doigt l’inaction des pays occidentaux qu’elles jugent responsables des événements météorologiques extrêmes.

“Nous voulons montrer cela au monde développé en particulier. La qualité de vie dont jouissent les Occidentaux aujourd’hui, quelqu’un en paie le prix dans le monde en développement”, a déclaré Ahsan Iqbal, ministre du Plan et du Développement.

Le Pakistan qui compte 220 millions d’habitants est l’un des pays du monde les plus touchés par le dérèglement climatique pourtant il émet moins de 1 % des gaz à effets de serre qui réchauffent la planète. Les sécheresses et les inondations rythment désormais la vie du pays déjà fragilisé par une crise politique et économique. Les prochaines semaines pourraient voir apparaître la famine, des épidémies et des révoltes..

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16.09.2022 à 22:10

Le DG de JPMorgan Chase prévient que “quelque chose de pire” qu’une récession pourrait se produire

La Rédaction Issues.fr

Le directeur général de la plus grande banque des Etats-Unis, Jamie Dimon, a déclaré à des clients que l’économie américaine pourrait faire face à “quelque chose de pire” qu’une récession. Des propos qui rejoignent d’autres acteurs importants de la finance. 1. Les prévisions économiques du directeur de la plus grande banque des Etats-Unis Le directeur […]
Texte intégral (1939 mots)

Le directeur général de la plus grande banque des Etats-Unis, Jamie Dimon, a déclaré à des clients que l’économie américaine pourrait faire face à “quelque chose de pire” qu’une récession. Des propos qui rejoignent d’autres acteurs importants de la finance.

1. Les prévisions économiques du directeur de la plus grande banque des Etats-Unis

Le directeur général de JPMorgan Chase a indiqué, lors d’une conférence téléphonique avec des clients, que même si l’économie américaine est encore solide, des “orages étaient à venir”.

Jamie Dimon a expliqué qu’il ne voyait que 10% de chances de voir le ralentissement économique ne pas se transformer en récession, tout en avertissant de manière inquiétante qu’il y a 20 à 30 % de chances que “quelque chose de bien pire” ne se produise.

De nombreux éléments tels que la hausse des taux directeurs des banques centrales, les chocs énergétiques, la guerre en Ukraine ou encore les tensions avec la Chine font craindre une récession légère, avec un risque de 20 à 30 % que ce scénario se réalise, et le même pourcentage d’avoir une récession plus dure.

Pour les pourcentages restants… “peut-être quelque chose de pire”, a-t-il ajouté.

LIRE AUSSI : L’effondrement économique au Liban fait redécouvrir des métiers disparus

2. Colère et inflation après la pandémie de COVID-19

Le directeur de la plus grande banque des Etats-Unis insiste sur le fait qu’il est erroné de se fier à une prévision unique sur l’évolution de l’économie américaine, et indique qu’il y a de nombreuses raisons d’être pessimiste.

L’une des principales raisons, explique Jamie Dimon, est la baisse de confiance “à cause de l’inflation, des politiques partisanes et d’une grande partie de la colère laissée par le COVID-19”.

Au sujet de l’inflation, le Directeur Général de JPMorgan Chase est moins optimiste que la FED, qualifiant de “hautement improbable l’objectif de la ramener de 8 % à 4 % d’ici la fin de l’année.”

LIRE AUSSI : Krach boursier, inflation et récession : un tsunami économique en approche

3. Une récession potentielle alimente les débats aux Etats-Unis

Les acteurs financiers n’ont pas tous la même opinion quant au futur des marchés financiers mais la politique de hausse des taux directeurs par la Banque Fédéral Américaine pour faire baisser l’inflation fait craindre une crise économique.

David Salomon, directeur général de Goldman Sachs, l’autre grosse banque américaine, a également prévenu qu’une récession approchait et que l’inflation ne baisserait pas aussi vite que l’indique la FED.

De son côté, le directeur général de BlackRock, Larry Fink, a souhaité se montrer rassurant malgré les risques.

” Bien sûr qu’il y a un risque de récession. Et même si nous y entrons, elle sera assez légère”, a déclaré Fink dans l’émission Mad Money de Jim Cramer sur CNBC.

Mike Novogratz, PDG de Galaxy Investment Partners, qui se concentre sur les investissements dans la crypto-monnaie, a donné l’une des prédictions les plus pessimistes, déclarant à MarketWatch que les États-Unis se dirigeaient vers une “récession vraiment rapide”, concluant que “l’économie va s’effondrer”.

Le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, est également persuadé que l’économie mondiale se dirige vers une crise économique majeure.

“Si je devais parier, je dirais que cela pourrait être l’un des pires ralentissements que nous ayons vus dans l’histoire récente”, a déclaré le patron de Meta à ses employés dans une conférence téléphonique.

Ray Dalio, patron du plus grand hedge fund du monde, Bridgewater, s’attend à une inflation autour des 5% pour les prochaines années et une nouvelle chute de Wall Street de 20 %. Le fond spéculatif a averti les investisseurs sur la perspective d’un effondrement massif du marché et une grave récession.

« L’inflation va rester nettement au-dessus de ce que les gens et la FED souhaitent, les taux d’intérêt vont augmenter et les marchés baisser », a écrit Ray Dalio sur LinkedIn.

Le PDG de FedEx, Raj Subramaniam, a déclaré jeudi à Jim Cramer sur CNBC qu’il pense qu’une récession est imminente pour l’économie mondiale.

“Je le pense. Mais vous savez, ces chiffres, ils ne sont pas de très bon augure”, a déclaré Subramaniam en réponse à la question de Cramer qui demandait si l’économie allait “entrer en récession mondiale”.

LIRE AUSSI : Ray Dalio : « Le monde va changer de manière choquante au cours des cinq prochaines années »

4. L’Europe se prépare à l’effondrement économique

Si les américains s’interrogent sur une possible récession, en Europe, on se prépare à un effondrement de l’économie du continent.

1. La crise énergétique pèse sur l’économie européenne

L’Allemagne, première puissance économique de l’Union Européenne, vit déjà sous rationnement énergétique depuis la guerre en Ukraine. Les entreprises comme les foyers payent des factures d’énergie mirobolantes fragilisant le tissu social comme économique.

« Si la crise énergétique s’aggrave, une récession semble probable pour l’hiver prochain », avait ainsi estimé le chef de la Bundesbank.

La France devrait suivre son voisin dès 2023. Les petites entreprises (TPE/PME), qui produisent chaque année à peu près 1/3 du chiffre d’affaires total des entreprises françaises, sont déjà en difficulté pour payer les factures d’électricité. L'”électricité”, dont une très grande partie est produite nationalement grâce au nucléaire, s’échange selon les désidératas du marché européen de l’énergie. L’électricité est indexée sur les prix du gaz et les financiers anticipent déjà un déséquilibre offre-demande au cours de l’hiver. Les coûts de livraison pour début 2023 ont culminé à 1 100 euros le mégawattheure fin août pour la France, très loin des 50 euros en temps normal.

Autant dire que les grandes puissances économiques européennes ne pourront pas longtemps tenir face à la concurrence asiatique ou américaine, l’une achète au rabais chez les russes et l’autre est autosuffisante. Les prix des produits étant corrélés au prix de l’énergie, les prix s’envolent à l’export comme dans les supermarchés. Malgré les tentatives de la Banque Centrale Européenne, l’inflation continue de grimper, grapillant toujours un peu plus les budgets des ménages.

Au Royaume-Uni, les produits de première nécessité se retrouvent protéger par des antivols ou des boîtes en plexiglass suite à la montée des “vols pour manger”. Une situation inédite qui démontre la paupérisation des populations en Europe alors que l’inflation atteint des records partout.

LIRE AUSSI : Un courrier secret de l’administration Biden aux raffineurs exige la limitation des exportations de carburant

2. Les pénuries d’énergie coup fatal pour l’économie ?

Le coup fatal pourrait venir des pénuries de gaz et d’électricité qui risquent d’entrainer la fermeture de nombreuses usines. Face au manque d’énergie, les entreprises européennes ont déjà reçu l’ordre de baisser leur consommation énergétique.

Les gouvernement européens ont déjà fait savoir aux patrons que les premières victimes de la crise énergétique seraient les entreprises. Avant d’envisager toute coupure d’électricité ou de gaz pour les particuliers, les autorités seront forcées de stopper la production des usines notamment pendant les heures de pointe.

Certaines associations d’entreprises évoquent déjà la possibilité de faire travailler leurs employés la nuit pour éviter un chômage partiel voire même des faillites en cascade. L’hiver pourrait bien être long et terrible pour l’économie de nombreux pays qui verront le chômage exploser.

LIRE AUSSI : La Suisse se prépare à un « risque concret de pénurie de gaz à l’échelle européenne »

Et contrairement à la période pandémique où les Etats s’étaient endettés sur les marchés pour éviter une crise sociale, emprunter aujourd’hui est bien plus compliqué à cause de la hausse des taux directeurs orchestrée par les banques centrales. Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances, avait récemment déclaré que “le temps de l’argent gratuit était fini, nous sommes entrés dans une nouvelle ère”.

Cette nouvelle ère semble bien celle de la précarisation généralisée des populations. Les gouvernants n’ont plus que le mot sobriété à la bouche pour ne pas dire “cure d’austérité”. La vraie sobriété, celle proposée notamment par feu Pierre Rabhi n’a jamais été contrainte. Aujourd’hui cette sobriété ressemble davantage à une décroissance forcée voire.. un effondrement économique historique.

Est-ce que les populations européennes sont prêtes à un tel scénario ? Sont-elles même informées sur l’hiver dévastateur que nous pourrions vivre ? Surement pas, le Iphone 14 sorti ce jour est déjà en rupture de stock ! Un signe de plus que notre société de consommation continue de tourner à plein régime même si elle laisse chaque jour un peu plus de monde sur le trottoir..

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12.09.2022 à 10:47

“Revendiquons le droit à la désobéissance” de Me Vincent Brengarth et Jérôme Hourdeaux, faut-il se battre pour nos libertés ?

La Rédaction Issues.fr

“Nous avons perdu l’habitude de nous battre pour nos libertés” affirment les deux auteurs de l’ouvrage “Revendiquons le droit à la désobéissance“, Me Vincent Brengarth et le journaliste Jérôme Hourdeaux. En lisant cette phrase, on repense aux derniers événements dans l’actualité, à l’omniprésence d’une forme de musèlement politique, médiatique et judicaire qui s’évertue davantage à […]
Texte intégral (1848 mots)

“Nous avons perdu l’habitude de nous battre pour nos libertés” affirment les deux auteurs de l’ouvrage “Revendiquons le droit à la désobéissance“, Me Vincent Brengarth et le journaliste Jérôme Hourdeaux. En lisant cette phrase, on repense aux derniers événements dans l’actualité, à l’omniprésence d’une forme de musèlement politique, médiatique et judicaire qui s’évertue davantage à contrevenir à notre liberté qu’à créer le cadre de son expression ou de notre bien-être. Il y a aussi tous ces petits riens, ces aménagements de lois, de nouvelles mesures ou ces consultants en chiffres qui font ployer, doucement, notre propension à être libre. Petit à petit, on perd du lest, miettes par miettes, nous sommes grignotés.

S’appuyant sur des exemples évocateurs, notamment celui de l’état d’urgence sanitaire né du COVID, et dénonçant une “illusoire course à la sécurité”, les deux auteurs font une majestueuse démonstration des dysfonctionnements d’un système à bout de souffle cherchant des échappatoires autoritaires et législatives pour tenir bon.

Revendiquons le droit à la désobéissance

L’ouvrage démontre que les postulats servant notre système démocratique sont en crise : les mesures d’exception accompagnent l’hyperprésidentialisme et le concept de sécurité a supplanté celui de sûreté. “Revendiquons le droit à la désobéissance” ravive notre motivation à défendre ce qui nous reste d’intime et ce qui n’a jamais eu pour vocation à être disséquée, séquencée, agrégée et contrôlée : notre vie privée.

Snowden disait : “Lorsque vous dites “je me moque du droit à la vie privée car je n’ai rien à cacher” ce n’est pas différent que si vous disiez “je me moque de la liberté d’expression car je n’ai rien à dire ou de la liberté de presse car je n’ai rien à écrire”.

La dynamique du livre participe à impliquer le lecteur. Il va crescendo en prise de conscience. Il commence par poser les jalons nécessaires à la compréhension de la réalité de terrain actuelle tant législative et juridique qu’historique, pour finalement apprivoiser une vision plus globale du contrôle et du “management” des populations dans le monde à travers une “société sécuritaire”.

manifestation

Le militant, ce criminel

En lisant “Revendiquons le droit à la désobéissance”, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec un roman que j’avais lu récemment, celui d’Erri de Luca “Impossible”. L’histoire raconte un ancien militant, ayant été condamné de plusieurs années de prison puis libéré après la fin de sa peine. Il est questionné par un juge après la mort d’un de ses anciens compagnons de lutte qui l’avait dénoncé quelques décennies auparavant. On y découvre les sentiments et le vécu d’un militant, cette figure complexe que la justice souhaiterait simplifier et catégoriser, typifier. Le livre questionne la place des idéaux et de la vérité.

Ce sont les réflexions que j’ai retrouvées avec l’ouvrage de Me Vincent Brengarth et Jérôme Hourdeaux autour de la figure du militant, individu désormais discrédité voire criminalisé. Pour preuve les manifestations des Gilets Jaunes pour lesquelles d’ailleurs l’IGPN a refusé d’employer le terme de “violences policières”. Les auteurs expliquent que durant cette période la légitimité démocratique avait été remise en cause donc l’autorité sous laquelle les policiers intervenaient n’était pas totale, offrant ainsi le choix aux policiers. Et ils ont choisi…

Les actions de désobéissance civile se multiplient et subissent des peines lourdes pas forcément corrélées avec les préjudices causés. De plus en plus de journalistes, d’humanitaires ou d’avocats sont aussi concernés par cette répression de la pluralité des opinions.

“Le droit pénal se voit attribuer une fonction parfaitement dévoyée, consistant à réprimer des comportements en ce qu’ils contreviennent à la politique gouvernementale”.

Un postulat démocratique de plus en plus trompeur

La séparation des pouvoirs devrait être le garant de notre démocratie et de son fonctionnement égalitaire et juste. Or, dans les faits, les auteurs font remarquer les lourds manquements à ce principe. Par exemple, les mesures d’exception tendent à devenir la norme. Le pouvoir exécutif semble s’imposer au détriment du pouvoir législatif.

Systématiquement, la liberté est traitée comme une variable d’ajustement sans la réduction de laquelle il serait impossible de mettre en place des politiques efficaces.

“Revendiquons le droit à la désobéissance” est parsemé d’exemples qui montrent que l’indépendance totale n’est pas en vigueur, et l’est de moins en moins. Qu’il s’agisse de la justice ou de la place des contre-pouvoirs, l’exécutif gagne du terrain.

Un tournant autoritaire : la France, au pays du fichage et de la surveillance

Ces signes de fragilité de la démocratie ne sont pas anodins, ils sont orchestrés sur fond de volonté de contrôle de la population. Les deux auteurs reviennent sur l’histoire de la surveillance en France, pionnière dans le fichage policier avec la célèbre figure d’Adolphe Bertillon qui invente l’anthropométrie judiciaire. Le fichage soulève des problématiques éthiques évidentes et ne peut que comporter une finalité incertaine.

Aujourd’hui, la France suit le modèle des Etats-Unis qui ont instauré une politique du chiffre, sacralisant les statistiques et fixant des objectifs comme l’on pourrait le faire dans n’importe quelle entreprise. Le livre dénonce la diffusion du “benchmarking” au sein de la police nationale et de la “culture de la performance”. Le chiffre au détriment de la qualité du service et de l’humain, d’autant que la sécurité n’est pas plus assurée qu’auparavant.

manifestation 2

Invasion du numérique, l’illusion d’une sécurité fantasmée

L’accroissement de la surveillance est permis par le développement du numérique sous-tendu par une logique capitaliste. Car nous ne pouvons faire mine de nous en étonner, nos comportements et nos choix sont comptabilisés et même orientés à longueur de journée sur les réseaux sociaux et autres services en ligne. Nous sommes d’ores et déjà sous surveillance, dans un “capitalisme de surveillance”‘. Nous sommes devenus, pour les grosses sociétés, les GAFAM, de la “matière première” en termes de données. Les deux auteurs soulèvent la question cruciale qui turlupine les différents services de police : pourquoi ces entreprises peuvent avoir accès à des données qui leur sont refusés alors que, eux, en feraient un usage pour la sécurité ?

In fine, l’homme devient l’instrument d’algorithmes qui l’invitent à la prudence. Les smart cities deviennent des safe cities alors même que l’efficacité des nouvelles technologies n’est pas forcément prouvée ou laissent craindre de nombreux abus notamment autour de la reconnaissance faciale.

La célèbre mathématicienne Cathy O’Neil déclare : “Les algorithmes ne prédisent pas le futur, ils codifient le passé”.

D’autres réflexions sont à découvrir dans ce livre comme le concept d'”ennemi” pour construire une pensée de la justice ou l’exemple des broken windows afin de mieux comprendre la surenchère policière. Il est un appel à l’éveil des consciences et un rappel de notre humanité.

Nous devons nous rééduquer à la saveur de la liberté, à celle de l’intimité.

Estelle Gautier
Journaliste à Issues.fr

A LIRE AUSSI : “L’énergie du déni de Vincent Mignerot, ou comment ouvrir les yeux sur l’illusion de la transition énergétique”

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08.09.2022 à 11:08

Les supermarchés britanniques installent des antivols sur les aliments pour contrer la hausse des “vols pour manger”

La Rédaction Issues.fr

Les supermarchés britanniques renforcent leur sécurité et ajoutent des antivols sur les aliments suite à une augmentation considérable du vol à l’étalage. L’inflation dans le pays explose et fait craindre une précarisation massive. Les supermarchés britanniques signalent une explosion des vols pour manger Les responsables des plus grands supermarchés du Royaume-Uni signalent une augmentation massive […]
Texte intégral (1896 mots)

Les supermarchés britanniques renforcent leur sécurité et ajoutent des antivols sur les aliments suite à une augmentation considérable du vol à l’étalage. L’inflation dans le pays explose et fait craindre une précarisation massive.

Les supermarchés britanniques signalent une explosion des vols pour manger

Les responsables des plus grands supermarchés du Royaume-Uni signalent une augmentation massive du vol de produits de première nécessité. Face à l’inflation, les anglais sont de plus en plus nombreux à recourir au vol pour pouvoir manger.

“Voler pour manger est la preuve que nous avons besoin de solutions politiques pour que le recours au crime ne devienne pas un moyen courant d’obtenir les produits de base”, explique le sociologue spécialisé en pauvreté alimentaire, Sinéad Furey.

Lors d’un interview chez Times Radio, le président des supermarchés Tesco, John Allan, a indiqué que de nombreux clients n’avaient “littéralement plus d’argent” et qu’ils sont obligés de voler pour survivre. Il a également fait part de ses inquiétudes face à l’amplification du phénomène.

“Je ne sympathise pas avec les gens qui volent à l’étalage, mais je peux comprendre que des gens désespérés prennent des mesures désespérées, parfois quand vous savez, ils n’ont littéralement plus d’argent.”

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Des antivols sur les aliments de première nécessité comme le lait de bébé

Le vol à l’étalage a pris une telle dimension que les magasins ont décidé d’augmenter le nombre d’agents de sécurité dans les magasins. Tesco, Asda ou encore Aldi mettent sur certains produits de première nécessité des antivols.

Ces dernières semaines des internautes britanniques ont publié des vidéos et photos sur les réseaux sociaux. Des aliments, tels que le fromage, sont rangés dans des boîtes en plexiglas avec un antivol. Des dispositifs d’habitude réservés aux produits onéreux.

Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques inflation crise énergétique vol pour manger précarisation
Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques

La vidéo ci-dessous a été vue plus de 5,7 millions de fois par les utilisateurs de Tiktok. Le compte @amberrosegarcia a filmé le rayon fromage où le cheddar était enfermé dans une boîte contre le vol.

@amberrosegarcia When the cost of living goes up… #tesco #costofliving ♬ original sound – user9758730075555

D’autres produits sont également dans des boîtes comme les côtelettes d’agneau dans un autre magasin. A Tesco, des antivols ont été fixés sur le lait pour bébé et d’autres articles pour se nourrir. C’est le cas notamment de la viande qui devient hors de prix pour de nombreux foyers britanniques.

Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques inflation crise énergétique vol pour manger précarisation
Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques

Idem à Asda, autre supermarché très connu en Angleterre, où le miel est protégé par un antivol comme le montre cette photo prise par un client.

Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques inflation crise énergétique vol pour manger précarisation
Des antivols sur les aliments dans les supermarchés britanniques

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Inflation et prix de l’énergie : les britanniques luttent contre la faim

De plus en plus de britanniques luttent contre la faim. Qu’ils soient retraités, chômeurs, mère isolée ou étudiants, nombreux sont ceux qui ont dû modifier leur plan de vie pour survivre.

Un média anglais évoque le cas de Fatou, jeune maman divorcé de 36 ans, qui élève son fils Ali seule en banlieue de Londres. La jeune femme avoue sauter des repas et vivre sous les factures d’énergie qui ont doublé.

« Bien sûr, je manque des repas. Je m’y suis habituée. Si je mange une banane le matin, elle me durera toute la journée jusqu’au dîner. Tant qu’Ali a de la nourriture, je vais bien.

“Parfois, je me sens poussée à l’extrême”, a-t-elle déclaré, “si ce n’était pas pour mon fils, je pourrais faire quelque chose de stupide, comme essayer de me suicider”. 

La jeune maman, qui enchaîne deux boulots, déclare ne pas pouvoir acheter du carburant et se retrouve à devoir choisir entre aller au boulot ou déposer son enfant à l’école.

“J’ai dit à l’école qu’il était malade parce que j’étais gênée de leur dire la vraie raison”, a-t-elle déclaré.

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Inflation, prix de l’énergie et rigueur : la situation n’est pas prête de s’améliorer au Royaume-Uni

La pandémie de COVID-19, les politiques des banques centrales américaines et européennes, la relance économique mondiale et enfin la guerre en Ukraine ont provoqué une crise mondiale majeure. De nombreux pays connaissent d’importantes manifestations voire des révolutions comme au Sri Lanka, où le pays s’est effondré.

Au Royaume-Uni, l’inflation a atteint un nombre à deux chiffres le mois dernier et devrait atteindre 13% plus tard cette année. Les prix des produits de tous les jours comme le lait, le beurre, les chips et l’huile ont augmenté à leurs plus hauts niveaux depuis 2008, selon les sombres statistiques du British Retail Consortium.

L’intensification des mesures de sécurité dans les magasins n’assurera pas la survie d’une population toujours plus pauvre qui devrait voir sa facture d’électricité augmenter de 80% d’ici octobre. Des manifestations ont d’ailleurs éclaté à ce sujet dans le pays et les participants assurent qu’ils ne payeront pas leurs factures d’énergie.

Selon les économistes de Goldman Sachs, l’inflation pourrait atteindre 20% l’année prochaine si les prix du gaz continuent de monter en flèche. Cette situation deviendrait rapidement intenable pour la successeur de Boris Johnson, Liz Truss, qui est souvent comparée à la célèbre “Dame de fer”, Margaret Thatcher.

LIRE AUSSI : Les milieux financiers se préparent à des crises sociales de grande ampleur en Europe

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06.09.2022 à 12:59

Les gènes des méduses immortelles inspirent scientifiques et milliardaires pour une vie éternelle

La Rédaction Issues.fr

En comparant l’ADN de deux espèces de méduses similaires, des scientifiques ont trouvé les gènes qui pourraient arrêter et inverser le vieillissement chez les méduses immortelles. Une découverte qui pourrait relancer les travaux sur le ralentissement du vieillissement humain. Des méduses immortelles inspirent les scientifiques Une nouvelle étude publiée fin août 2022 a montré que […]
Texte intégral (1055 mots)

En comparant l’ADN de deux espèces de méduses similaires, des scientifiques ont trouvé les gènes qui pourraient arrêter et inverser le vieillissement chez les méduses immortelles. Une découverte qui pourrait relancer les travaux sur le ralentissement du vieillissement humain.

Des méduses immortelles inspirent les scientifiques

Une nouvelle étude publiée fin août 2022 a montré que les méduses immortelles possèdent des gènes qui protègent et réparent l’ADN en double exemplaire.

Les méduses commencent leur vie sous forme de larves à la dérive. Elles finissent par se fixer au fond de la mer et se développent en polypes ressemblant à des germes. Ces habitants du fond marin se clonent, formant des colonies sédentaires empilées les unes sur les autres qui aboutissent à la formation de méduses en forme de parapluie qui nagent librement.

Les méduses immortelles (Turritopsis dohrnii) peuvent inverser leur cycle de vie. Lorsque les temps sont durs, par exemple dans des environnements hostiles ou après une blessure, elles transforment leur corps en kystes amorphes, se rattachent au fond de la mer et régressent en polypes. Elles peuvent recommencer le cycle indéfiniment pour éviter la mort par vieillesse.

La génétique des méduses immortelles

Pour découvrir comment les méduses immortelles évitent le vieillissement, Maria Pascual-Torner, de l’université d’Oviedo en Espagne, et ses collègues ont séquencé leur génome – l’ensemble de ses instructions génétiques – et l’ont comparé à celui de la méduse pourpre (Turritopsis rubra), une espèce apparentée mais mortelle.

Ils ont découvert que la méduse immortelle possédait deux fois plus de copies de gènes associés à la réparation et à la protection de l’ADN. Ces copies pouvaient produire de plus grandes quantités de protéines protectrices et réparatrices. Les méduses présentaient également des mutations uniques qui retardaient la division cellulaire et empêchaient la détérioration des télomères, les capuchons protecteurs des chromosomes.

Ensuite, pour déterminer avec précision comment les méduses immortelles se transforment en polypes, les scientifiques ont examiné quels gènes étaient actifs pendant cette métamorphose inverse. Ils ont découvert que les gelées réduisaient au silence les gènes de développement qui ramènent les cellules à un état primordial et activaient d’autres gènes qui permettent aux cellules naissantes de se respécialiser une fois qu’une nouvelle méduse a bourgeonné. Selon Pascual-Torner, ces modifications génétiques protègent l’animal de l’usure du temps.

Les méduses immortelles pour l’immortalité humaine ?

Maria Pia Miglietta, de l’université A&M du Texas à Galveston, fait toutefois remarquer que la méduse pourpre peut également rajeunir, mais pas aussi souvent que T. dohrnii. Selon elle, leur comparaison pourrait révéler des différences dans le degré d’immortalité plutôt que la clé de l’immortalité elle-même.

Néanmoins, Mme Pascual-Torner estime que les gènes identifiés pourraient être pertinents pour le vieillissement humain. Ils pourraient inspirer la médecine régénérative ou donner un aperçu des maladies liées à l’âge comme le cancer et la neurodégénérescence.

“La prochaine étape consistera à explorer ces variantes génétiques chez la souris ou chez l’homme”, ajoute-t-elle.

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Les milliardaires investissent des millions pour obtenir l’immortalité

Ces dernières années, les milliardaires de la Sillicon Valley ont investi des millions de dollars dans plusieurs startup qui travaillent sur la reprogrammation cellulaire. L’idée est de permettre à l’être humain de vivre jusqu’à 500 ans dans les prochaines décennies, estime un haut responsable de Google.

Le plus célèbre des laboratoires s’appelle Altos Labs. Il travaille sur le rajeunissement des cellules en leur ajoutant certaines protéines pour les “rebooster”. Le but est d’inverser le processus du vieillissement des cellules afin d’éviter les maladies liées à l’âge et notamment la dégénération du cerveau.

Derrière ce laboratoire figure le chercheur japonais lauréat du Prix Nobel de médecine en 2012, Shinya Yamanaka et la deuxième plus grande fortune du monde Jeff Bezos. Ce dernier a annoncé que la start up avait réussi à lever plus de trois milliards de dollars de financement pour son lancement. Le rêve transhumaniste est peut-être à portée de main..

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02.09.2022 à 18:00

Placement d’enfants : “la moitié devrait être évitée” selon l’avocat Pierre Verdier

La Rédaction Issues.fr

Certains enfants n’ont pas la chance de grandir au sein de leur famille. Pour diverses raisons, ils sont confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. Bien que le placement d’enfants soit justifié par le souci du bien-être de ces mineurs, d’autres mesures pourraient aider les familles à retrouver un équilibre. De même, les conditions de placement […]
Texte intégral (2150 mots)

Certains enfants n’ont pas la chance de grandir au sein de leur famille. Pour diverses raisons, ils sont confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance. Bien que le placement d’enfants soit justifié par le souci du bien-être de ces mineurs, d’autres mesures pourraient aider les familles à retrouver un équilibre. De même, les conditions de placement sont à surveiller. Un enfant n’est pas un dossier à classer.

Audrey Poussines a interviewé l’avocat Pierre Verdier, spécialiste du droit de la famille et de l’enfant, afin de faire la lumière sur les rouages judiciaires des placements d’enfants en France.

Vous êtes avocat dans quel domaine ?

Je suis avocat dans le domaine du droit des personnes : adoptions, divorces, filiations, autorité parentale.


Vous n’avez pas toujours été avocat ?

Non, psychologue de première formation. J’ai été inspecteur de l’Aide Sociale à l’Enfance puis directeur de la DDASS de la Moselle. C’est à ma prise de retraite que j’ai soutenu une thèse de droit. Par la suite, je suis rentré au barreau de Paris, le plus important de France : 28000 avocats y sont rattachés soit près de 40 pour cent des avocats de France.


 Quel est le rôle du juge et de l’avocat dans des affaires de placements judiciaires ?

En tant qu’avocat, je suis là pour conseiller, assister et représenter les parents ou les enfants. L’avocat n’est pas obligatoire dans ces procédures. Et pourtant un avocat est indispensable selon moi car les juges sont plus à l’écoute quand il y a un avocat en face d’eux. Je soutiens généralement des dossiers face à un juge des enfants ou à un juge des affaires familiales. Un juge des enfants exerce dans le domaine de la protection des enfants notamment pour les affaires de maltraitance. Le juge a plutôt le rôle d’arbitre.

Avez vous en tant qu’avocat ressenti une pression concernant vos choix ?

 Non, je n’ai jamais ressenti de pression de qui que ce soit, peut être parce que je suis connu et qu’en raison de mon âge, je suis plus respecté.
 

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Maître Pierre Verdier sur le placement d’enfants en France


Trouvez-vous qu’il y ait des placements abusifs ? 

Il y a en France un nombre très important de placements d’enfants abusifs. J’affirme que la moitié des placements devraient être évités. Il n’y a pas de prise en compte de la parole de l’enfant alors que la loi dit bien que l’enfant est capable de discernement et doit être entendu. Il est toujours important de voir comment l’enfant va se comporter avec ses parents pour voir si tout se passe bien. Il y a un gros problème dans la région parisienne. Quand on ne peut obtenir un retour immédiat, ou qu’il n’est pas justifié, je préfère trouver un compromis comme demander des actions éducatives en milieu ouvert ou des droits de visites.

En Europe, la France est le pays qui place le plus! On reproche trop aux parents de faux problèmes. Les parents qui vont avoir des enfants handicapés sont plus enclins à subir des placements abusif c’est pour ça, qu’il y a une sur représentation d’enfants handicapés à l’ASE. Je trouve que la toute puissance administrative nuit à la protection de l’enfance.


A quelles occasions place-t-on un enfant de manière judiciaire ?

Normalement, on place un enfant quand il est maltraité (physiquement ou moralement) ou que les conditions de son éducation et de son développement sont gravement compromises. Mais on voit tout de suite la part de subjectif dans ces appréciations.


Est-ce vrai que le tribunal pour enfants est un huis clos où les jugements s’effectuent en privé ?

Oui, c’est toujours sans public (on dit “en chambre du conseil”). En plus, l’avocat n’est pas obligatoire dans les procédures d’assistance éducative, aussi beaucoup se présentent seuls, sans assistance et se font rétamer sans rien y comprendre soit pour des raisons financières, soit parce qu’ils estiment n’avoir rien à se reprocher.


Que préconisez-vous plutôt que des placements ?

Je préconise une progression dans leur prise en charge et ceci en plusieurs étapes : accorder des droits de visites, hébergements, vacances puis retour définitif, pourquoi pas. Les familles peuvent voir de plus en plus leurs enfants encadrés par l’ASE, si c’est possible.


Pouvez-vous m’en dire plus sur les procédures d’assistance éducative ?

Il y en a environ 130 000 enfants confiés à l’ASE par voie d’assistance éducative. L’assistance éducative ce n’est pas les placements seulement, c’est aussi les actions éducatives à domicile. L’appel est possible et très fréquent, mais outre de longs délais c’est généralement inutile. 


Quels procès en lien avec la protection de l’enfance vous ont le plus marqué ?

Je me souviens de placements qu’on a pu éviter, ou plus souvent des restitutions d’enfants qu’on a réussi à obtenir. Je pense à certains retours d’enfants à l’audience et à l’énorme joie des enfants et des parents. J’ai accompagné aussi des situations d’abandon et d’adoption qui étaient plus douloureuses.


 Quelle a été l’évolution de la loi concernant la protection de l’enfance depuis la création de l’ASE au milieu des années 80 ?

On enregistre de très gros progrès dans les textes de loi depuis 1984. En 1984 une loi sur les droits des familles dans leurs rapports avec les services de l’aide à l’enfance institue le droit d’être informé, d’être entendu, d’être assisté (par un avocat ou autre personne) de faire appel des décisions. C’est surement la grande avancée de ces dernières années. En 2002, il y a l’instauration de relations contractuelles (projet pour l’enfant, signature de contrat de séjour). Jusqu’en 2002, les familles ne pouvaient alors pas consulter les dossiers les concernant, maintenant c’est possible avant l’audience. L’avocat peut aussi demander les copies car les avoir permet de prendre son temps, de bien éplucher le dossier et de pouvoir en discuter. En 2017, il y a de nouvelles avancées pour adapter le statut juridique de l’enfant à ses besoins. Il y a quelques affaires qui ont marqué la protection de l’enfance : l’affaire MARINA, une enfant morte maltraitée par sa famille après plusieurs signalements.


 Ces changements ont été plutôt bénéfiques pour le milieu de la protection de l’enfance ?

En théorie oui, mais en fait très peu, car les lois ne sont pas appliquées.

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Interview de Maître Pierre Verdier sur le placement d’enfants en France


 Que pensez vous du fait que certaines familles victimes de placement abusifs parlent d’un business du social ?

On entend souvent dire que les placements rapportent (100 à 200 euros par jour et par enfant). C’est plus complexe, car ils rapportent aux établissements d’accueil, gérés par des associations, mais ils coutent aux départements qui paient les prix de journée.


Auprès de quels publics intervenez-vous ?

En raison de mes expériences passées, j’interviens surtout pour des familles qui veulent récupérer leur enfant. Le placement a pu parfois être justifié, mais ne l’est plus car la situation a évolué. J’interviens aussi pour des enfants : récemment, je me suis chargée du cas d’une adolescente de bientôt 17 ans qui s’estime maltraitée et qui a demandé le placement. Elle a obtenu, avec notre aide, un accueil en foyer. J’encadre aussi des demandes de délégation d’autorité parentale ou d’adoption de mineurs non accompagnés (MNA) : il s’agit d’enfants étrangers arrivés en France par des filières diverses.


Y a-t-il un manque de professionnalisme de la part de l’ASE comme le soulignent les
familles ?

Plus que le manque de professionnalisme, il faut remettre en cause l’éclatement des décisions. On ne sait pas qui décide dans cette nébuleuse et personne n’est responsable. L’ASE dit « c’est le juge », le juge motive ses décisions « vu le rapport de l’ASE ». Il faudrait introduire un peu d’humanité dans ce fonctionnement administratif.


Plusieurs familles ont recours à des enregistrements comme moyen de preuve au pénal, est-ce légal ?

Certains usagers enregistrent les conversations ou auditions avec les services sociaux à titre de preuves. Le code pénal (art 226-1) punit le fait d’enregistrer une personne sans son consentement, le code spécifie que cet enregistrement est interdit lorsqu’il est effectué dans un lieu privé et s’agissant de paroles prononcées à titre privé et confidentiel. Je ne recommande pas cette pratique, qui est discourtoise et une marque de défiance, mais je la comprends. J’accompagne des familles qui l’ont fait et cela a permis de changer d’éducateur.

Vous avez publié un livre sur la maltraitance que subissent les enfants. Qu’avez vous dénoncé principalement ?

Vers 1980, j’ai publié « L’Enfant en miettes ». Ce livre a formé des centaines de travailleurs sociaux. Il dénonce les comportements trop bureaucratiques de l’ASE et la souffrances provoquées par ces placements. Ce livre est sans cesse réédité : dernière édition 2020 aux éditions Dunod. J’ai dénoncé le manque d’écoute des enfants et des parents et les placements
itératifs.

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