25.03.2025 à 11:46
L’acte de naissance officiel de Tom de Pekin - sans accent, l’artiste y tient - est la parution en 2000 de Rêve au Cul aux éditions CBO. Ce petit opuscule sérigraphié détourne en mode pornogay les grands principes de la propagande Maoïste. D’autres publications dans la même veine érotico-ludique suivront, avec notamment Tom de Savoie ou le très prisé Des Godes et des couleurs. Conçus à partir de collages retravaillés sur ordinateur, ces livres fondateurs seront déclinés par la suite sous forme de courts-métrages animés, ils enchanteront de nombreux festivals internationaux tout au long des années 2000. La sortie en 2011 du livre Haldernablou chez United Dead Artists dévoile une facette plus intimiste de sa production. Ce recueil de dessins illustrant une pièce de jeunesse d'Alfred Jarry ouvre de nouvelles perspectives pour Tom de Pekin, qui abandonne Photoshop pour la mine de plomb et la gouache. Tourné en prise de vues réelles le film Haldernablou Quadriflore poursuit l’exploration de ce texte de 1894, l’une des premières œuvres théâtrales francophone à évoquer sans détour le désir homosexuel.
En 2013, Tom de Pekin illustre l’affiche controversée du film d'Alain Guiraudie L'inconnu du Lac. La même année paraît Le lac sombre, toujours aux éditions United Dead Artists. Cette envoûtante suite de dessins met en scène des hommes nus – mais toujours cagoulés – jouant avec leurs corps au sein d’une obscure nature. Elle pose les bases de l’univers que l’artiste va développer par la suite. Au fil des séries, le noir et blanc s’estompe peu à peu, il laisse place à palette de couleurs enflammée que l’on retrouve désormais dans ses peintures sur papier. L'exposition Où vont les fleurs du temps qui passe ? programmée en 2021 par la galerie Arts Factory marque 20 ans de collaboration commune. Elle est suivie par deux rétrospectives à l'Hôtel Goüin de Tours en 2023 - sur un commissariat de Fred Morin - et au Musée des Arts Précieux Paul-Dupuy de Toulouse en 2024, dans le cadre du Nouveau Printemps curaté par Alain Guiraudie.
Tom de pekin - "vers la pointe du diable", île de la réunion - gouache sur papier, 70x100 cm, 2024
A l’occasion de l’expo , lancement du second titre de la collection p.c.v. / petits • carnets • variés
livret 20 pages couleurs, format : 21 x 15 cm - tirage limité à 300 exemplaires signés et numérotés par tom de pekin
éditions arts factory - 12 euros => cliquez-ici pour réserver votre exemplaire ! à cette occasion lancement du second titre de la collection p.c.v. / petits • carnets • variés
livret 20 pages couleurs, format : 21 x 15 cm - tirage limité à 300 exemplaires signés et numérotés par tom de pekin
éditions arts factory - 12 euros => cliquez-ici pour réserver votre exemplaire !
John Paul Jeaunze le 31/03/2025
Tom de Pekin - JUSTE LE CIEL, LES CHEMINS, LES LACS ... -> 03/05/2025
Arts Factory 27, rue de Charonne 75011 paris
Tom de pekin - "jardin des archives, mémoires des sexualités", Marseille - gouache, 40x50 cm, 2023
25.03.2025 à 10:07
Harold Cousins (1916, États-Unis - 1992, Belgique) Roi des musiciens
« Paris noir » est une plongée vibrante dans un Paris cosmopolite, lieu de résistance et de création, qui a donné naissance à une grande variété de pratiques, allant de la prise de conscience identitaire à la recherche de langages plastiques transculturels. Des abstractions internationales aux abstractions afro-atlantiques, en passant par le surréalisme et la figuration libre, cette traversée historique dévoile l’importance des artistes afro-descendants dans la redéfinition des modernismes et post-modernismes.
Quatre installations produites spécifiquement pour « Paris noir » par Valérie John, Nathalie Leroy-Fiévée, Jay Ramier et Shuck One, rythment le parcours en portant des regards contemporains sur cette mémoire. Au centre de l’exposition, une matrice circulaire reprend le motif de l’Atlantique noir, océan devenu disque, métonymie de la Caraïbe et du « Tout-Monde », selon la formule du poète martiniquais, Édouard Glissant comme métaphore de l’espace parisien. Attentive aux circulations, aux réseaux comme aux liens d’amitié, l’exposition prend la forme d’une cartographie vivante et souvent inédite de Paris.
Une cartographie artistique transnationale
Dès les années 1950, des artistes afro-américains et caribéens explorent à Paris de nouvelles formes d’abstraction (Ed Clark, Beauford Delaney, Guido Llinás), tandis que des artistes du continent esquissent les premiers modernismes panafricains (Paul Ahyi, Skunder Boghossian, Christian Lattier, Demas Nwoko). De nouveaux mouvements artistiques infusent à Paris, tels que celui du groupe Fwomaje (Martinique) ou le Vohou-vohou (Côte d’Ivoire). L’exposition fait également place aux premières mouvances post-coloniales dans les années 1990, marquées par l’affirmation de la notion de métissage en France.
Un hommage à la scène afro-descendante à Paris
Après la Seconde Guerre mondiale, Paris devient un centre intellectuel où convergent des figures comme James Baldwin, Suzanne et Aimé Césaire ou encore Léopold Sédar Senghor qui y posent les fondations d’un avenir post et décolonial. L’exposition capte l’effervescence culturelle et politique de cette période, au cœur des luttes pour l’indépendance et des droits civiques aux États-Unis, en offrant une plongée unique dans les expressions plastiques de la négritude, du panafricanisme et des mouvements transatlantiques.
Un parcours entre utopie et émancipation
Le parcours de l’exposition retrace un demi-siècle de luttes pour l’émancipation, des indépendances africaines à la chute de l’apartheid, en passant par les combats contre le racisme en France. « Paris noir » souligne la puissance esthétique et la force politique des artistes qui, à travers leurs créations, ont contesté les récits dominants et réinventé un universalisme « des différences » dans un monde post-colonial. Cette toile de fond politique sert de contexte, et parfois de contour direct, à certaines pratiques artistiques. En parallèle ou en contrepoint, se déploient dans l’exposition des expérimentations plastiques souvent solitaires, mais qui trouvent dans le parcours des communautés esthétiques.
Reconnu à la fois comme espace majeur de formation artistique classique et comme centre d’expérimentation, Paris bénéficie d’une attractivité exceptionnelle pour les créateurs, qu’ils soient de passage ou résidents. La ville fonctionne comme un carrefour de rencontres et un point de circulation - notamment vers l’Afrique - propice à l’affirmation de trajectoires transnationales.
Une programmation culturelle ambitieuse
L’exposition est accompagnée d’une riche programmation culturelle à Paris et à l’international. Des conférences, des publications et l’acquisition d’œuvres par le Musée national d’art moderne, ainsi que d’archives au sein de la Bibliothèque Kandinsky, grâce au fonds « Paris noir », contribuent à renforcer la visibilité des artistes noirs. Ces initiatives permettent également de constituer une archive durable de la culture artistique et militante anticoloniale dans une institution nationale.
Gérard Sekoto, Self-Portrait [Autoportrait], 1947, huile sur carton, 45,7 × 35,6 cm The Kilbourn Collection © Estate of Gerard Sekoto/Adagp, Paris, 2025, Photo © Jacopo Salvi
En quoi la « présence noire » à Paris a-t-elle influencé l’évolution des modernismes et post- modernismes artistiques ?
A.K : Les présences noires et afro-descendantes à Paris ont largement contribué à enrichir
les vocabulaires et les iconographies modernes, et à les investir dans un même temps d'une dimension critique. Certains théoriciens qualifient ces artistes par exemple d'agents doubles, qui acquièrent à Paris les outils de la modernité pour pouvoir non seulement s'y inscrire mais aussi la contester, dans une période décisive d'autonomisation politique. Dans son œuvre La ronde-A qui le tour réalisée en 1970, l’artiste sénégalais Iba N’Diaye utilise par exemple l’iconographie classique des animaux écorchés pour représenter la fête musulmane du Tabaski, célébrée au Sénégal, tout en interrogeant le processus de décolonisation en Afrique.
Si l'on pense à la contribution africaine-américaine à l'histoire de l'abstraction à Paris, elle est essentielle du point de vue des innovations plastiques qu'elle génère chez un artiste comme l'américain Ed Clark qui y met en place son 'grand balayage' (tableaux brossés à l'aide d'un balai). Elle permet aussi d'affirmer l'origine afro-atlantique de l'expressionnisme abstrait via la culture
et les procédés du jazz, sensibles dans les collages d'artistes comme Romare Bearden ou Sam Middleton.
L'exposition permet aussi de relire l'histoire du surréalisme comme outil de décolonisation. C'est sensible notamment dans le dialogue fécond entre Wifredo Lam et Aimé Césaire. Les toiles de Lam de la fin des années 1940 lui permettent de reprendre la main sur les paysages caribéens marqués par l'exploitation coloniale, comme sur les syncrétismes religieux issus de l'esclavage. On y voit aussi l'imaginaire fantomatique du Passage du milieu habiter l'œuvre d'artistes proches de Lam à l'époque comme l'éthiopien Skunder Boghossian. Dans les peintures du cubain Guido Llinas, on décèle également la survivance d'écritures afro-atlantiques sous forme de signes, qui étaient également utilisés par les mouvements Lettriste ou CoBrA.
Beauford Delaney (1901, États-Unis - 1979, France) James Baldwin
Dernière grande expo avant le ripollinage nécessaire de Beaubourg, Paris Noir en 2025 se dévoile dans un contexte politique ahurissant qui, parle d’effort de guerre, de plus travailler et de moins toucher pour cela - comme disait Boris Vian “ Faut que les gros puissent engraisser … “, en même temps, on coupe les aides à la Culture et la Ministre concernée ( par un procès pour avoir fait la pie chez Ghosn) prône un retour à la musique folkorique et que dire alors de Richard Ferrand nommé au Conseil Constitutionnel pour absoudre Marine le Pen des ses escroqueries européennes. Quel entregent ! On voudrait nous faire vivre bol à raie qu’on ne procéderait pas autrement … Mais bon, comprendre mieux le passé permet d’éviter les mêmes erreurs, alors profitons de cet espace pour remettre en perspective l’apport de la culture black dans le paysage d’ici . Et tout son intérêt, avec Echos, est de se démultiplier dans de nombreux lieux exogènes à Beaubourg, dont voici la cartographie en lien.
Bob Thompson (1937, Etats-unis d'Amérique - 1966, Açores, Madère) The Struggle
Jean-Paul Makossa, le 31/03/2025, reportage photo Pascal Therme
Paris noir Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000 -> 30 juin 2025
Centre Pompidou Galerie 1, niveau 6 Place Georges-Pompidou 75004 Paris
24.03.2025 à 11:14
Alors que le « wild style » s’impose dans le graffiti pour décomposer des langages alternatifs et communautaires, pour donner un flow aux lettres statiques, RAMMELLZEE y voit une renaissance de la pratique des enluminures médiévales permettant à sa génération de reprendre le pouvoir sur les langages corrompus. Dans son traité publié en 1979, à lire comme un manifeste poétique, RAMMELLZEE déploie ses réflexions sur le langage et développe deux théories qui guideront ses recherches. Avec ce qu’il nomme le « Gothic Futurism » et l’«Ikonoklast Panzerism », RAMMELLZEE affirme qu’il est un descendant des moines du Moyen-Âge et se donne pour mission d’armer les lettres pour élaborer un langage métaphysique guerrier, contre les oppressions des mots et des signes. Pour déconstruire le langage, pour détruire les lettres existantes et leurs dominations, il faut en armer d’autres : ainsi l’ornement devient armement. Une démarche qui rejoint l’afro-futurisme de Sun Ra avec lequel il jammera aux débuts des 80‘s.
Au début des années 1980, RAMMELLZEE déploie ses recherches pour ampliffier son rapport au monde et manipule désormais le dessin, la peinture, la sculpture, la performance et la musique. Il déjoue les codes virilistes de la scène rap en développant une identité fluidifiée par un travail de costumes et de manipulation de sa voix avec un vocodeur. Il collabore notamment avec le Rock Steady Crew en tant que Maître de Cérémonie, et développe une intonation nasale, signature vocale qualifiée de « gangsta duck » qui aura une influence certaine sur les Beastie Boys, Cypress Hill ou encore MF Doom. En 1981, il est invité à figurer dans le film Wild Style de Charlie Ahearn. En 1982, il participe au New York City Rap Tour, première tournée mondiale des pionniers du hip hop américain, et passe par Londres et Paris. En 1983, Jean-Michel Basquiat produit son vinyle Beat Bop et signe le visuel de ce projet inspiré notamment par Madonna. A cette époque, RAMMELLZEE bouleverse la scène new yorkaise et inspire sa génération, en témoigne l’un des tableaux les plus célèbres de son ami et concurrent Basquiat, titré Hollywood Africans (1983), figurant les portraits de RAMMELLZEE, Basquiat et Toxic.
RAMMELLZEE s’affirme dans sa complexité et son envie de faire œuvre totale. Il participe à de nombreuses expositions, des États-Unis à Italie en passant par les Pays-Bas, et collabore avec les galeristes Barbara Braathen, Joe La Placa, Yaki Kornblit, Lidia Carrieri, Annina Nosei, Suzanne Geiss et d’autres… Les critiques Edit deAk, Sylvère Lotringer, Greg Tate et Franco Berardi écrivent sur son travail qui évite toute transparence et simplification. Une œuvre désormais souvent éclairée en lumière noire aussi politique que poétique.
RAMMELLZEE apparait dans le film Stranger Than Paradise de son ami Jim Jarmusch qui était fasciné par sa manière de penser et de créer par écho, en répétitions de gestes, de formes, de matières, de sonorités, de rythmes. Longtemps retiré dans ce qu’il nommait sa « Battlestation », lieu de vie, laboratoire expérimental en retrait et limité d’accès sauf pour les ami·e·s proches et celles et ceux qui lui ramenaient sa boisson favorite (la bière Olde English800, du nom de la typographie inspirée des manuscrits médiévaux), RAMMELLZEE meurt dans une profonde indifférence du monde de l’art en 2010. Son œuvre a depuis été exposée au Redbull Center à New York, à la galerie Deitch, au MoMA, a été récemment célébrée par le créateur Virgil Abloh et a fait l’objet d’une monographie publiée par Rizzoli.
Conçue conjointement par le Palais de Tokyo et le Capc Musée d’art contemporain de Bordeaux, l’exposition « ALPHABETA SIGMA », pensée en deux mouvements, regarde le travail de l’artiste américain RAMMELLZEE (1960-2010) par les substances qui le composent. Sans vouloir prendre la forme de la rétrospective ou prétendre à l’exhaustivité, elle s’engouffre dans les méandres d’une pratique tentaculaire qui se manifeste aussi bien par l’écriture théorique et poétique, la peinture, la sculpture, la musique, la performance, le cinéma, les costumes et les bijoux… Autant d’éléments fluorescents dans la lumière noire, qui participaient à l’entreprise de guerre menée par RAMMZELLZEE contre le langage et sa violence. Une guerre qui se jouait aussi bien sur les murs des galeries d’art que dans l’espace, public ou cosmique.
L’exposition du Palais de Tokyo se focalise sur les surfaces sensibles du travail de RAMMELLZEE, tandis que celle du Capc tentera d’en faire la radiographie. La Face A porte donc notamment son attention sur les matières qui font le travail de l’artiste (l’écriture, la peinture, le spray, la résine, la lumière noire et les textiles) ainsi que ses motifs fondateurs (la lettre, la flèche et le masque) permettant à l’artiste de faire de l’ornement un armement (l’artiste utilisait le terme d’armamentation).
« MILITARY FUNCTION RAMM*ELEVATION*Z MILITARY FUNCTION FORMATION RAMM*SIGMA*LL*Z*SIGMA, SIGMA (E) THE FIRST SUMMATION OPERATOR FIRST L – LONGITUDE SECOND L – LATITUDE Z – Z-BAR E E – SUMMATION » - l’équation de l’œuvre de Rammelzee
A peu près ahuri de tout ce que j’ai lu sur la démarche de Rammelzee qui, œuvrant à déployer son travail l‘approche de toutes les manières qui lui viennent à l’esprit -se voit traiter par la critique d’artiste allant complexifiant son travail d’étape en étape. Un peu comme si l’émergence d’une culture construite de toutes pièces , à un moment donné, se devait d’en donner des clés. On pense au David Lynch narquois “ Pourquoi s’obstiner à vouloir donner un sens à l’art, quand on s’avère incapable d’en donner un à sa vie. “ Après avoir vu l’expo au Palais de Tokyo, on en se pose qu’une question le CAPC de bordeaux va-t-il organiser des voyages pour les visites de la fac B de l’expo, à suivre bientôt. Narquois un jour , fan de hip hop le reste du temps … Allez-y, c’est magistral, insolite, prenant et ouvert .
Jean-Pierre Simard, le 24/03/2025 avec reportage photo de Pascal Therme
Ramellzee ALPHABETA SIGMA (Face A) - > 11/05/2025
Palais de Tokyo 13, avenue du Président Wilson 75116 Paris