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29.05.2024 à 09:51

Face aux scandales de la privatisation, il est temps de reconquérir l'éducation publique

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Depuis près de dix ans, les organisations de la société civile tirent la sonnette d'alarme au sujet de la qualité de l'enseignement, des normes du travail et du respect de l'État de droit dans les écoles gérées par le mastodonte commercial Bridge International Academies. Dans les semaines à venir, le Compliance Advisor Ombudsman, le mécanisme indépendant chargé du traitement des plaintes et de la responsabilisation de la Société financière internationale (SFI) du Groupe de la Banque mondiale, publiera le (...)

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Depuis près de dix ans, les organisations de la société civile tirent la sonnette d'alarme au sujet de la qualité de l'enseignement, des normes du travail et du respect de l'État de droit dans les écoles gérées par le mastodonte commercial Bridge International Academies. Dans les semaines à venir, le Compliance Advisor Ombudsman, le mécanisme indépendant chargé du traitement des plaintes et de la responsabilisation de la Société financière internationale (SFI) du Groupe de la Banque mondiale, publiera le deuxième de ses deux rapports sur l'investissement de la SFI dans Bridge, qui a récemment fait l'objet d'une enquête à la suite d'allégations d'abus sexuels et physiques dans ses écoles au Kenya.

Les conclusions de ce deuxième rapport couvriront des questions telles que les normes de travail des enseignants ou le non-respect des réglementations nationales. Elles seront probablement le prolongement du premier document, extrêmement troublant, publié en mars 2024, qui révélait comment la SFI n'avait pas réussi à prévenir les dommages irrévocables, mais évitables causés aux élèves, provoquant « des dommages aigus et à long terme au développement physique, cognitif, social et émotionnel [des survivants], en plus des désavantages économiques dus à la perte de productivité, à l'invalidité et à la réduction de la qualité de la vie ». Les expériences atroces vécues par les enfants, les enseignants et leurs familles dans ces établissements ne doivent jamais être oubliées ni minimisées.

Point essentiel, cette expérience vécue dans des établissements soutenus par des fonds publics provenant de gouvernements et d'institutions du monde entier ramène la question du financement de l'éducation sur le devant de la scène.

Nous vivons une époque de crise permanente, marquée par un manque flagrant de financement de l'éducation ; selon les estimations les plus récentes, de l'ordre de 100 milliards de dollars US (91,92 milliards d'euros). Dans ce gouffre budgétaire, des campagnes de relations publiques bien financées, menées par des intérêts commerciaux, émergent, affirmant de manière convaincante que la privatisation de l'éducation résout des problèmes que les États ne peuvent pas résoudre.

La logique séduisante de Bridge International Academies et d'autres établissements scolaires commerciaux est qu'ils peuvent fournir un enseignement bon marché à grande échelle tout en apportant des bénéfices aux actionnaires. Pourtant, lorsque les États, les organismes de financement du développement, les investisseurs, les bailleurs de fonds et les intermédiaires suivent cette logique néolibérale et soutiennent l'enseignement privé — en particulier l'enseignement à but lucratif ou commercial —, ils en viennent à soutenir des acteurs ou des systèmes qui exacerbent souvent la ségrégation et la discrimination, érodent la gratuité de l'enseignement, édulcorent les programmes scolaires, ne respectent pas les normes de qualité minimales de base et réduisent le contrôle démocratique. Comme le montre le scandale de Bridge International Academies, ce soutien peut avoir pour conséquence que des fonds publics soutiennent des abus scandaleux.

En dépit des victoires remportées par les relations publiques des entreprises pour justifier leur rôle dans l'éducation, partout dans le monde, les gens souhaitent majoritairement une éducation publique. L'éducation publique est efficace, elle produit des résultats positifs et transformateurs, et ce, même lorsque les budgets sont limités. Plus fondamentalement, une éducation publique gratuite et de qualité est un droit humain, et les États ont le devoir et l'obligation de la fournir.

Comment reconquérir l'éducation publique en cinq étapes

Au cours du siècle dernier, le monde a pris des mesures sans précédent pour étendre l'éducation à un plus grand nombre de jeunes. À un moment crucial pour l'humanité, alors que les inégalités s'accroissent à mesure que l'inflation grimpe en flèche, que la dégradation de l'environnement s'accélère, que la démocratie et les régimes autocratiques s'opposent de plus en plus et que le tissu même de nombreuses sociétés s'étiole, l'éducation publique peut contribuer à créer un public averti, capable de relever ces défis planétaires.

Privatisation in Education and Human Rights Consortium (PEHRC), un réseau informel d'organisations nationales, régionales et mondiales et de particuliers, s'efforce de contrer l'expansion sans précédent des intérêts privés dans l'éducation sous l'angle des droits humains, tout en plaidant en faveur du droit à une éducation publique gratuite et de qualité.

Au cours de la dernière décennie, PEHRC s'est attaché à faire progresser la compréhension et la mise en œuvre du droit humain à une éducation publique gratuite, inclusive et de qualité pour tous, à s'opposer à la privatisation de l'éducation et à demander aux gouvernements et aux institutions de rendre compte de leurs obligations en matière de concrétisation du droit à l'éducation.

Le fruit de nos recherches, de nos actions de plaidoyer et de nos réussites en matière de responsabilisation nous permet de déterminer cinq mesures essentielles à prendre pour reconquérir l'éducation publique.

Premièrement, et peut-être plus simplement, nous devons privilégier le public. Tous les acteurs de l'éducation et tous les acteurs politiques doivent faire de l'offre d'une éducation de qualité, publique, inclusive et gratuite pour tous une priorité ; tout en soutenant davantage le secteur public en général. Cette approche répond aux vœux du public et respecte les obligations internationales en matière de droits humains.

Une priorisation judicieuse doit s'accompagner d'engagements significatifs en matière de dépenses. En deuxième lieu, l'éducation publique a besoin d'un financement public solide. Des normes et des cadres clairs guident les dépenses d'éducation publique, et les gouvernements du monde entier doivent atteindre le seuil minimum recommandé lors du Sommet sur la transformation de l'éducation (STE), à savoir allouer 6 % du PIB et 20 % des dépenses publiques à l'éducation pour garantir le droit à l'éducation, les droits du travail des enseignants ainsi que le bien-être de ces derniers. Ces normes et cadres doivent également prendre des mesures nationales et mondiales en faveur de la justice fiscale, de la réduction de la dette et de l'abandon des politiques d'austérité, comme le recommande l'appel à l'action sur le financement lancé par le STE.

Troisièmement, il est impératif que nous arrêtions de financer la privatisation de l'éducation. Les fonds publics doivent financer l'éducation publique, et les États, les institutions de financement du développement, les investisseurs, les bailleurs de fonds et les intermédiaires doivent revoir leurs portefeuilles d'investissement de toute urgence dans le sillage du scandale de Bridge, et ce, afin de garantir que leurs financements ne soutiennent pas l'éducation commerciale ou à but lucratif. Si leurs fonds sont investis dans Bridge ou dans d'autres entités commerciales, les investisseurs doivent se désengager et prendre des mesures pour remédier aux préjudices subis par les étudiants.

Quatrièmement, lorsque des acteurs privés dispensent l'éducation, ils doivent être efficacement encadrés par les États. Cet encadrement doit être rigoureux, notamment pour éviter les conflits d'intérêts qui surviennent souvent lorsque les acteurs privés façonnent les processus réglementaires qui régissent leurs activités. Les États doivent investir dans l'application des lois existantes et élaborer de nouvelles réglementations strictes pour protéger le droit à l'éducation.

En dernier lieu, pour contrer l'approche « business is best » qui a dominé la pensée politique pendant trop longtemps, nous devons changer le discours.

La privatisation de l'éducation est incompatible avec l'égalité. Nous ne devons pas accepter la vision de l'éducation comme un bien individuel au sein de systèmes inéquitables, où ceux qui sont nés dans des familles privilégiées en profitent aux dépens de ceux qui sont nés dans des familles à faibles revenus, et où les prestataires d'éducation privée engrangent des profits considérables au détriment d'une éducation universelle de haute qualité pour tous les apprenants.

En ce moment crucial pour l'humanité, nous nous devons de défendre l'éducation publique. C'est pour cette raison que nous avons lancé un mouvement de reconquête de l'éducation publique, soutenu à ce jour par près de 300 organisations et individus. Une éducation publique porteuse de transformation constitue notre meilleur outil pour éduquer nos populations, réduire les inégalités et construire un avenir dans lequel tous les membres de la société seront équipés pour faire face aux défis qui nous attendent.

Certes, la privatisation de l'éducation peut fonctionner pour un petit nombre, mais face à un avenir où les spectres du changement climatique, des conflits et du déclin démocratique se profilent à l'horizon, nous avons besoin d'une éducation publique qui fonctionne pour tous.


PEHRC est un réseau informel d'organisations et de particuliers ; les points de vue exposés dans cet article représentent une position majoritaire, mais ne reflètent pas la position de tous les membres.

27.05.2024 à 05:00

La campagne pour inciter les travailleurs du secteur public à faire de l'exercice va-t-elle ralentir la progression des maladies non transmissibles en Ouganda ?

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Il est 17 heures, par un vendredi soir frisquet. Dans la cour du ministère de la Santé, à Kampala, la capitale de l'Ouganda, de la musique retentit sur un haut-parleur mobile et quelques employés se rassemblent pour participer à leur cours hebdomadaire d'aérobic.
L'exercice de haute intensité, dispensé par un entraîneur de fitness, dure généralement un peu plus d'une heure. Une durée suffisante pour que les employés atteignent l'objectif recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) de 75 (...)

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Texte intégral (2217 mots)

Il est 17 heures, par un vendredi soir frisquet. Dans la cour du ministère de la Santé, à Kampala, la capitale de l'Ouganda, de la musique retentit sur un haut-parleur mobile et quelques employés se rassemblent pour participer à leur cours hebdomadaire d'aérobic.

L'exercice de haute intensité, dispensé par un entraîneur de fitness, dure généralement un peu plus d'une heure. Une durée suffisante pour que les employés atteignent l'objectif recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) de 75 minutes d'activité physique d'intensité soutenue ou de 150 minutes d'activité physique d'intensité modérée dont les adultes ont besoin chaque semaine pour rester en bonne santé.

Même s'il ne s'agit pas d'une activité obligatoire et que le nombre d'employés qui y prennent part fluctue d'une semaine à l'autre, la participation active de tous les employés est vivement encouragée, explique à Equal Times le Dr Gerald Mutungi, commissaire adjoint chargé de la prévention et du contrôle des maladies non transmissibles (MNT) au ministère de la Santé.

Le docteur Mutungi indique que l'objectif consiste à promouvoir une culture de l'activité physique régulière sur les lieux de travail, en vue d'améliorer la santé et le bien-être des travailleurs et, en fin de compte, contribuer à réduire les conséquences d'un mode de vie sédentaire.

« Les employés de bureau sont assis le plus clair de leur temps de travail. Sans exercice physique régulier, le risque de développer des maladies telles que l'obésité ou l'hypertension augmente », souligne Dr Mutungi.

C'est en 2018 que le gouvernement, par l'intermédiaire du ministère de la Santé, a lancé l'idée de la pratique d'une activité physique sur le lieu de travail. La même année, il lançait la première Journée nationale de l'activité physique, une campagne visant à attirer l'attention du public sur le fardeau croissant des MNT dans le pays.

L'initiative n'a pas pu décoller complètement en raison des perturbations causées par la pandémie de Covid-19, mais depuis deux ans, les employés du ministère de la Santé participent à des séances hebdomadaires d'exercices physiques.

Le gouvernement relance aujourd'hui l'initiative et l'étend à tous les travailleurs, en commençant par ceux du secteur public. Bien que les données sur le nombre réel de travailleurs du secteur public en Ouganda soient limitées, les estimations antérieures à la pandémie de Covid-19 évaluaient leur nombre à un peu moins de 60.000.

Dans une lettre publiée en mars à l'intention de tous les ministères, départements et agences, Lucy Nakyobe Mbonye, directrice de la fonction publique du pays et secrétaire du Cabinet, écrivait : « Par la présente, nous vous demandons de lancer une séance d'exercice physique hebdomadaire d'une durée de deux heures dans vos entités respectives aux fins de promouvoir la santé. Veuillez accorder à cette question l'attention qu'elle mérite, car elle contribuera à sauver la vie de votre personnel et à réduire la charge de la maladie. »

Bien que rapporté initialement comme un « ordre », il s'agissait en fait d'une « recommandation ». Les ministères ont également reçu pour instruction d'organiser ces séances d'exercice après la fermeture officielle des bureaux, à 17 heures, afin de ne pas perturber les horaires de travail quotidiens des employés et de ne pas engendrer un coût financier élevé.

« La plupart des activités physiques que nous préconisons, telles que le jogging ou la marche, n'entraînent aucun surcoût pour l'employeur. Le seul coût que l'employeur peut avoir à supporter est l'achat d'eau pour le personnel ou le recrutement d'un entraîneur et d'un système de musique pour l'aérobic », déclare le Dr Mutungi.

Les MNT : un facteur de risque majeur

Il est établi que l'inactivité physique est un facteur de risque majeur pour les personnes qui développent des MNT telles que le cancer, les maladies respiratoires chroniques, les affections cardiovasculaires, le diabète et les pathologies mentales.

Une enquête de 2014 sur les facteurs de risque des MNT en Ouganda (une enquête démographique et sanitaire plus récente datant de 2022 n'a pas encore été publiée dans son intégralité) révèle que 5 % des Ougandais sont physiquement inactifs, 20 % sont en surcharge pondérale ou obèses et 24,3 % des adultes ougandais affichent une pression artérielle élevée qui nécessite un traitement.

Traditionnellement, la plupart des Ougandais vivaient de l'agriculture, leur principale source de revenus, mais au cours des dernières décennies, un nombre croissant de personnes se sont installées dans les centres urbains, où le changement de mode de vie et les habitudes alimentaires composées d'aliments riches en sel, en sucre et en graisse contribuent à la sédentarité et à l'obésité.

« Les personnes vivant dans des zones urbaines sont davantage susceptibles d'être obèses que celles vivant dans des zones rurales. L'inactivité physique concerne principalement les travailleurs urbains, car, dans les zones rurales, l'activité physique dépasse les recommandations. C'est pourquoi nous avons décidé d'organiser des exercices de mise en forme pour les travailleurs, en particulier ceux des zones urbaines où l'inactivité physique est un problème majeur », explique le docteur Mutungi.

Selon l'enquête sur la population active nationale de 2021, les habitants des zones rurales pratiquent davantage l'agriculture de subsistance (48 %) que leurs homologues des zones urbaines qui occupent davantage des emplois formels (64 %).

La menace des MNT pour la santé ne concerne toutefois pas uniquement l'Ouganda. Selon l'OMS, les maladies associées à l'inactivité physique sont responsables de 41 millions de décès par an dans le monde.

Dans son Rapport sur la situation de l'activité physique en 2022, l'OMS estime que 500 millions de personnes souffriront de maladies cardiaques, d'obésité, de diabète ou d'autres MNT en raison de leur sédentarité entre 2020 et 2030, ce qui entraînera des coûts de traitement pouvant atteindre 27 milliards de dollars par an si les gouvernements ne prennent pas d'urgence des mesures pour encourager l'activité physique au sein de leur population.

Être physiquement actif permet de réduire l'absentéisme des employés pour cause de mauvaise santé et donc de réduire les dépenses liées aux coûts de traitement. En Ouganda, le coût économique de la prise en charge et du traitement des MNT telles que le diabète de type 2 dans les établissements de santé privés et publics, notamment, a été documenté dans cette étude réalisée en 2023 par le groupe de réflexion en matière de politiques, l'Economic Policy Research Centre. En 2022, par exemple, jusqu'à 2.200 milliards de shillings ougandais (environ 500 millions de dollars US ou 461 millions d'euros) ont été dépensés pour les médicaments, le traitement et la gestion des complications résultant du diabète de type 2, sachant que ce sont les ménages qui supportent la plus grande partie du fardeau financier.

« Les MNT pèsent lourdement sur notre système de santé. La lutte contre ces maladies doit donc être le fruit d'un effort collectif et individuel. Si vous souffrez du diabète, vous ne pouvez pas être productif. Si vous souffrez d'hypertension, vous ne pouvez pas être productif », souligne Dr Mutungi.

L'avis des travailleurs

Jackie Namubiru, âgée de 34 ans, apprécie les activités physiques hebdomadaires organisées par le ministère de la Santé, où elle travaille dans le département des finances du Programme national étendu d'immunisation de l'Ouganda.

Comme elle l'explique, auparavant, ses horaires de travail ne lui laissaient pas suffisamment de temps pour pratiquer une activité physique en dehors de son travail. Désormais, elle est ravie de pouvoir pratiquer l'exercice physique dont elle a tant besoin dans le confort de son lieu de travail.

Elle ajoute en outre que cela n'interfère pas avec son emploi du temps, car les séances ont lieu une fois par semaine après les heures de travail officielles.

« Dans le cadre de notre travail, en particulier dans la finance, nous devons rester assis pendant de longues heures, ce qui entraîne de la fatigue et des tensions dans tout le corps. Les exercices hebdomadaires m'ont aidée à me détendre et à me sentir bien et légère. Je peux maintenant monter et descendre les escaliers sans m'essouffler », déclare Mme Namubiru.

Hormis la condition physique, elle ajoute : « L'activité physique a amélioré ma productivité, car je n'ai plus de sensation d'épuisement. Je peux désormais travailler plus longtemps sans me sentir fatigué. »

Faire en sorte que les travailleurs soient plus actifs physiquement est une initiative louable, déclare à Equal Times Musa Okello, président général de l'Organisation nationale des syndicats (NOTU). Néanmoins, M. Okello soutient que pour qu'une telle initiative soit couronnée de succès et ait un impact beaucoup plus important sur la santé des travailleurs et de la population en général, le gouvernement doit investir dans des infrastructures qui favorisent les activités physiques, telles que des allées piétonnes et des pistes cyclables.

« Les employeurs doivent également aménager les espaces de travail de manière à permettre aux employés de rester actifs. De nombreux lieux de travail ne disposent pas de l'espace nécessaire pour faire de l'exercice physique », constate M. Okello.

Le gouvernement déclare qu'il ne se contente pas de promouvoir un mode de vie actif dans ses efforts pour lutter contre les MNT. Des politiques favorisant une alimentation plus saine et une réduction de la consommation de sel, de tabac et d'alcool sont également des priorités essentielles, de même qu'une sensibilisation générale aux facteurs de risque des MNT.

Par exemple, une loi adoptée par le parlement en 2015, qui interdit de fumer sur les lieux de travail et dans d'autres lieux publics, a joué un rôle crucial dans la protection des personnes contre les dangers du tabagisme passif et dans l'amélioration de l'état de santé général des citoyens, selon le gouvernement.

Par ailleurs, le gouvernement espère que le projet de loi de 2023 sur le contrôle des boissons alcoolisées contribuera à réglementer la production, l'importation, la vente, la consommation et la publicité des boissons alcoolisées, tout en interdisant la vente de ces dernières aux personnes âgées de moins de 18 ans.

« Avec l'entrée en vigueur de ces lois, nous nous attendons à ce que moins de personnes aient accès à l'alcool ou aux produits à base de tabac. Ces interventions nous aideront à réduire de manière significative le fardeau des MNT dans le pays », explique Dr Mutungi.

Dans l'immédiat, le ministère de la Santé élabore des directives nationales en matière d'activité physique, qui présenteront les différents types d'activités physiques que les individus peuvent pratiquer en fonction de facteurs tels que l'âge ou l'état de santé.

« Une fois que nous aurons diffusé ces directives [à une date ultérieure, qui n'a pas encore été décidée], nous serons en mesure d'effectuer un suivi afin de déterminer quelles entités ont mis en place des actions liées à l'activité physique », ajoute-t-il.

22.05.2024 à 10:17

L'Union européenne face au son des « tambours de guerre »

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Nourris par l'hystérie belliciste évoquée par Edgar Morin dans son récent opuscule, De guerre en guerre : de 1914 à l'Ukraine (éd. L'Aube, 2024), il semblerait que nous soyons irrémédiablement condamnés à un scénario généralisé de conflictualité mondiale, comme si nous n'avions rien appris de tant d'erreurs commises après d'innombrables affrontements violents, intra-étatiques aussi bien qu'inter-étatiques.
Vu depuis l'Union européenne, le coin le plus prospère et le plus sûr de la planète, habité par des (...)

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Nourris par l'hystérie belliciste évoquée par Edgar Morin dans son récent opuscule, De guerre en guerre : de 1914 à l'Ukraine (éd. L'Aube, 2024), il semblerait que nous soyons irrémédiablement condamnés à un scénario généralisé de conflictualité mondiale, comme si nous n'avions rien appris de tant d'erreurs commises après d'innombrables affrontements violents, intra-étatiques aussi bien qu'inter-étatiques.

Vu depuis l'Union européenne, le coin le plus prospère et le plus sûr de la planète, habité par des populations post-héroïques qui tendent à considérer, à tort, que la guerre appartient au passé et que tous les désaccords peuvent être résolus par des moyens non violents, un tel pronostic vient altérer les fondements-mêmes de leur modèle post-impérial.

Un modèle qui repose essentiellement sur l'idée selon laquelle il existe des valeurs et des cadres éthiques universels, que l'interdépendance rend très improbable l'éclatement de la violence et qu'avec cela, et la réduction des écarts d'inégalité entre les personnes d'un même territoire, les piliers centraux qui mènent invariablement à un monde plus juste, plus sûr et plus durable sont en place.

Malheureusement, un ensemble de facteurs permettent d'expliquer l'inquiétude généralisée et le pessimisme ambiant face à l'avenir immédiat, remettant en cause ces hypothèses de départ de l'Europe des vingt-sept.

Parmi eux, il convient de citer tout d'abord l'effondrement de l'ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale. Un ordre prétendument fondé sur des règles et qui ne dispose pas d'une ONU qui soit à même de le gérer (en raison de la mauvaise foi de ses membres).

Cet ordre sert avant tout les intérêts des États-Unis et ne peut dissimuler le deux poids deux mesures avec lequel le comportement de certains de ses membres est jugé (la Russie et Israël n'étant qu'un exemple parmi tant d'autres).

L'absence d'une autorité mondiale réellement capable de contrôler le respect des règles du jeu par tous et de sanctionner ceux qui les enfreignent est aggravée par le fait que le leader mondial effectif, les États-Unis, n'est plus en mesure de remplir, même de manière inappropriée, le rôle de gendarme du monde. Cette réalité finit par attiser la tentation de ceux qui ambitionnent de prendre leur place – comme la Chine et la Russie – ou de ceux qui se sentent désormais plus critiques à l'égard du statu quo et plus libres de sortir des rangs – les pays du Sud.

Dans ces conditions, il n'est guère surprenant que nous nous trouvions déjà engagés dans une rivalité stratégique ouverte entre Washington et Pékin, qui entraîne de nombreux autres acteurs aux quatre coins du globe, tandis que les États-Unis cherchent coûte que coûte à maintenir leur hégémonie et que la Chine tente de prendre le relais le plus rapidement possible. Dans le même temps, l'absence d'un gendarme mondial effectif et le déclin de la puissance américaine incitent d'autres acteurs à explorer les possibilités qui s'offrent à eux de devenir des leaders régionaux ou de résoudre par eux-mêmes les problèmes non résolus avec leurs voisins. Il en résulte, comme on peut le constater dès aujourd'hui avec l'augmentation du niveau de violence, une recrudescence généralisée du recours à la force, qui vise pour l'essentiel à tirer parti du vide relatif existant sur le plan du pouvoir.

À cela s'ajoutent des réalités objectives telles que la négligence à l'égard de nombreux conflits soi-disant « oubliés » et l'augmentation du nombre de personnes souffrant de faim et de malnutrition chronique, qui remettent immanquablement en question la volonté politique consacrée par la devise des Nations Unies « ne laisser personne de côté ». Par ailleurs, au rythme actuel, il ne semble pas non plus possible d'atteindre les objectifs fixés dans le cadre du Programme 2030, dans la mesure où cela impliquerait davantage de personnes incapables de satisfaire leurs besoins les plus élémentaires, davantage de droits fondamentaux qui continueront d'être violés et davantage de retards dans la prise en charge de l'urgence climatique dans laquelle nous sommes plongés.

La conjonction de tous ces facteurs a fait de l'instabilité et de l'insécurité des caractéristiques intrinsèques du monde dans lequel nous vivons. Et comme une réponse quasi instinctive, nous nous retrouvons, comme pendant la guerre froide, avec un ordre du jour dominé avant tout par un parti pris militariste, voire belliciste, entretenu par ceux qui continuent à croire, malgré les preuves du contraire, que plus on possède d'armes, plus on est en sécurité.

La peur, la haine, la désinformation ... Et Vladimir Poutine

D'une part, il est évident que certains acteurs sont intéressés par la promotion et l'entretien de la peur et, par conséquent, par le militarisme comme réponse. Aux suspects habituels, les industries de la défense, il faut immédiatement ajouter tous ceux qui jouent le jeu du « pire c'est, mieux c'est », qu'il s'agisse de groupements non étatiques ou de gouvernements nationaux. On trouve également dans ce camp ceux qui, partant de positions ultranationalistes et populistes, entretiennent la haine et la désinformation, cherchant ainsi la rupture de la paix sociale et l'affrontement fratricide qui, à leurs yeux, contribue à diviser et à affaiblir les rivaux potentiels et, par conséquent, à faciliter la réalisation de leurs objectifs de pouvoir et de domination sur autrui.

Cependant, il est aussi vrai que tout ne s'explique pas par une peur fabriquée discursivement, et qu'il existe certaines réalités incontestables. Du point de vue de l'UE, l'une d'elles porte même un nom propre : la Russie.

L'agressivité dont fait étalage Vladimir Poutine, et pas seulement à l'égard de l'Ukraine, engendre une perception de menace directe parmi les 27 pays membres de l'Union européenne. La Russie veut être reconnue comme une puissance mondiale et se réserver sa propre sphère d'influence en Asie centrale et en Europe de l'Est, et tout indique qu'elle soit prête à le faire, par la force si nécessaire. Cette attitude menace l'ordre de sécurité continental, qui s'est également trouvé gravement déséquilibré par les décisions imprudentes prises ces dernières années par les États-Unis, à tel point qu'il n'est pas exclu que le conflit en Ukraine finisse par dégénérer en un conflit continental.

À cela s'ajoute la possibilité que Donald Trump redevienne le locataire de la Maison-Blanche et mette ses menaces à exécution – comme celle d'inciter la Russie à faire ce que bon lui semble aux alliés européens de l'OTAN qui ne respectent pas l'objectif de 2 % de leur PIB consacrés à la défense.

La confluence de ces variables suscite une inquiétude logique au sein de l'UE-27. Inquiétude qui est exacerbée par le fait que l'UE ne dispose toujours pas d'une voix propre sur la scène internationale, et encore moins des moyens de défendre ses propres intérêts, compte tenu de sa dépendance à l'égard des États-Unis.

Pour l'heure, la quasi-totalité des pays de l'UE-27 augmentent substantiellement leurs budgets de défense, sans pour autant lever les doutes quant à leur objectif ultime : l'autonomie stratégique ou le maintien de la subordination aux États-Unis et à l'OTAN. Ce qui semble néanmoins indéniable, c'est que la recherche d'un accord entre l'ensemble des Européens (y compris la Russie) en vue d'un rééquilibrage de l'architecture de sécurité continentale qui tienne compte des intérêts légitimes de tous les États continue d'être reléguée au second plan.

De même, la mise en pratique des idées avancées par le paradigme de la sécurité humaine – centré sur la satisfaction des besoins essentiels et le plein respect des droits fondamentaux de chaque être humain – en tant que complément nécessaire à la sécurité des États, paraît vouée à un avenir indéterminé.

Pour l'heure, la sécurité de l'État – la défense des frontières contre les menaces extérieures – semble prendre le pas sur la sécurité humaine, comme s'il était plus important de disposer des chars d'assaut les plus avancés que de garantir la paix sociale à l'intérieur de chaque pays.

21.05.2024 à 14:30

Le système Ryanair (documentaire)

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21.05.2024 à 10:04

Dans un contexte de violence généralisée, la liberté de la presse et la démocratie menacées au Mexique

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Si la tendance de ces dernières années se poursuit, il est à craindre que, d'ici le mois d'octobre, le nombre d'homicides ne franchisse la barre des 200.000 (à compter de décembre 2018, soit le début du mandat du gouvernement actuel), dans une escalade sans précédent de la violence criminelle. Noé Ramos Ferretiz, candidat à la mairie d'une ville du nord du Mexique, a été poignardé à mort le 19 avril 2024. Son meurtre porte à 28 le nombre de candidats assassinés au cours du processus électoral actuel, décrit (...)

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  • Si la tendance de ces dernières années se poursuit, il est à craindre que, d'ici le mois d'octobre, le nombre d'homicides ne franchisse la barre des 200.000 (à compter de décembre 2018, soit le début du mandat du gouvernement actuel), dans une escalade sans précédent de la violence criminelle.
  • Noé Ramos Ferretiz, candidat à la mairie d'une ville du nord du Mexique, a été poignardé à mort le 19 avril 2024. Son meurtre porte à 28 le nombre de candidats assassinés au cours du processus électoral actuel, décrit comme le plus violent de l'histoire.
  • Ciro Gomez Leyva, un éminent journaliste de radio et de télévision, a fait l'objet d'une tentative d'assassinat, mais a heureusement survécu. Il n'en a pas été de même pour les 44 autres journalistes assassinés au cours de ces cinq dernières années.

Ce sont là quelques instantanés des conditions de vie qui prévalent actuellement au Mexique et qui s'inscrivent dans le tragique bilan dressé par des consultants et des experts internationaux de l'état de la démocratie dans ce pays. Parmi les indicateurs pris en compte figurent l'État de droit, la liberté d'expression, mais aussi la qualité de la prestation de services tels que l'éducation et la santé.

À ce tableau s'ajoutent plus de 100.000 personnes disparues en quatre sexennats (40.000 rien qu'au cours des six dernières années), 50 millions de personnes dépourvues de couverture médicale, la militarisation croissante de la sécurité publique et des activités économiques, la vague de terreur criminelle qui domine de vastes régions du pays, une stratégie du gouvernement pour s'attaquer à la criminalité organisée qu'il a lui-même affublée du mot d'ordre « abrazos, no balazos » (littéralement « des embrassades et non de balles »), sans oublier le siège du pouvoir judiciaire et d'autres contre-pouvoirs au pouvoir exécutif. Et tout cela au cours des presque six années du gouvernement du président Andrés Manuel López Obrador.

Il en va de même pour la liberté d'expression, qui est bafouée pratiquement au quotidien par le président de la République.

« Il y a une vingtaine d'années déjà, Mary Robinson, alors Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, déclarait que la santé d'une démocratie se mesurait à l'aune de deux indicateurs très sensibles : le sort des journalistes et celui des défenseurs des droits humains. Or cela fait maintenant des années que ces deux indicateurs accusent une très forte dégradation au Mexique », a déclaré Emilio Álvarez Icaza, ancien secrétaire exécutif de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH), lors d'une interview accordée à Equal Times.

Carlos Ramírez, expert en risques politiques, met en garde : « Si le gouvernement se maintient en place à l'issue des élections mexicaines du 2 juin, nous assisterons à la fin de la démocratie mexicaine telle que nous la connaissions. Nous passerions alors à un système d'autoritarisme concurrentiel ou de démocratie de façade où un changement de gouvernement deviendrait impossible. »

Le Mexique, le troisième pays le plus dangereux du monde

Selon Freedom House, The Economist Intelligence Unit et l'International Institute for Democracy (IDEA), le Mexique échoue sur les principaux indicateurs de démocratie. En outre, plusieurs analystes interrogés par Equal Times mettent en garde contre le risque de voir le Mexique sombrer au statut d'État autocratique.

Par ailleurs, le Mexique figure au 95e rang du classement Human Freedom Index 2023, (ne dépassant au niveau de la région que des voisins comme Haïti, le Nicaragua et le Venezuela), échouant dans les domaines de l'État de droit, de la sécurité et du système juridique, ainsi que de la liberté d'expression et de l'information.

Le Democracy Index 2023 publié par The Economist Intelligence Unit décrit le Mexique comme un régime hybride et explique le sens de cette définition en relevant que les élections peuvent être irrégulières et que les pressions exercées par le gouvernement sur les partis et les candidats de l'opposition peuvent être courantes. Par ailleurs, la corruption est très répandue et l'État de droit est faible. « Les journalistes font généralement l'objet de harcèlement et de pressions », est-il signalé dans le rapport, qui classe le Mexique au troisième rang des pays les plus dangereux du monde.

L'étude de l'International IDEA intitulée The Global State of Democracy 2023 – The New Checks and BalancesL'état de la démocratie dans le monde 2023 – Les nouveaux contre-pouvoirs ») est plus explicite : elle fait référence au soi-disant « plan B » de l'actuel président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, qui cherchait à réduire le financement de l'organisme électoral national au cours d'une année qui verra les élections les plus importantes de l'histoire du pays (en raison de la multiplicité des scrutins).

Elle souligne que ce « plan B » a mis à l'épreuve la résilience des contre-pouvoirs et leur rôle de garants d'élections crédibles. Le rapport attire en outre l'attention sur la mobilisation de la société pour défendre l'organe responsable des élections et pour empêcher les réformes voulues par le président.

De son côté, Carlos Ramírez, codirecteur de la société de conseil en risques politiques Integralia, pointe le clair-obscur de la démocratie mexicaine. Tout en reconnaissant qu'une partie de la société se sent représentée par le gouvernement, il estime que « les aspects négatifs » sont « nombreux ».

« Nous assistons à un recul majeur de l'État de droit. En termes d'efficacité, ce gouvernement a failli à la tâche sur de nombreux fronts, notamment dans l'éducation, la sécurité et la santé. Et bien qu'il ne s'agisse pas d'un gouvernement autoritaire dur, il présente indéniablement des lacunes considérables. »

Et de préciser : « Ce gouvernement va conclure son mandat avec 200.000 homicides. On peut donc difficilement affirmer qu'il a été couronné de succès, même s'il veut nous faire croire que ces tendances sont à la baisse. Il faut ajouter à cela un nombre très important de disparus » (111.000, selon les organisations de la société civile).

Sans parler de l'extorsion que des millions de Mexicains subissent au quotidien, de la mainmise du crime organisé dans diverses régions du pays et du fait que les Mexicains vivent tout simplement le cycle politique le plus violent de l'histoire du pays, selon M. Ramírez.

Les organisations Data Cívica et México Evalúa ont recensé plus de 850 assassinats de candidats ou de fonctionnaires depuis 2018. Cette violence vise, avant tout, à influencer les résultats électoraux, à protéger leurs activités, à confisquer une partie du budget et à influencer la nomination des fonctionnaires au niveau municipal.

Le cabinet de conseil en risques politiques Integralia a signalé que dans 15 États – sur 32 – le risque d'ingérence des narcotrafiquants dans les processus électoraux est élevé, voire très élevé.

Pas plus tard que le 17 avril dernier, des transporteurs et des chefs d'entreprise ont signalé que la criminalité organisée avait étendu son emprise sur les activités économiques et qu'elle contrôlait désormais les flux de marchandises à travers les villes d'au moins 10 des 32 États du pays. Dans les zones rurales, les narcotrafiquants décident des cultures et des volumes distribués et prélèvent une part des ventes.

Cumul des pouvoirs

Le président mexicain n'aime pas que ses décisions soient contestées, et encore moins remises en cause par d'autres instances de l'État mexicain. Ainsi, il a soumis au Congrès un ensemble de propositions de réforme constitutionnelle afin que, par exemple, les membres de la Cour suprême de justice soient élus au suffrage universel, au même titre que les membres des autorités électorales, et que les organes autonomes créés pour faire contrepoids au pouvoir soient supprimés.

Le président mexicain entretient une confrontation constante avec la présidente de la Cour suprême, Norma Piña, une situation qui a été critiquée par le département d'État des États-Unis dans son rapport sur les droits humains de cette année.

Le 25 avril, le Congrès a approuvé une réforme juridique visant à éliminer la possibilité pour les juges de prononcer des suspensions avec effet général lorsque des recours d'amparo sont déposés. Cette décision est intervenue après que plusieurs décisions du président ont été contestées au moyen de ce mécanisme de requête de contrôle en constitutionnalité. L'amparo constitue le principal recours juridique contre les violations des droits humains.

« Une régression est également observée du fait de la militarisation du pays. Celle-ci représente un risque énorme non seulement en termes de sécurité publique, mais aussi parce que les forces armées se sont vu confier de nombreuses responsabilités au détriment des autorités civiles », a déclaré Emilio Álvarez Icaza.

Cinq années de persécution des journalistes par la présidence

Ciro Gómez Leyva est un journaliste important au Mexique. Il est l'animateur de la matinale radio la plus écoutée du pays. Il dirige et anime également un programme d'information sur une chaîne de télévision. Le 15 décembre 2022, il a été victime d'une tentative d'assassinat alors qu'il quittait les studios. Il a survécu parce que sa camionnette était blindée. Son nom vient désormais grossir la liste déjà longue de journalistes ou médias qui sont attaqués chaque année au Mexique.

En 2023, l'organisation Artículo 19 a recensé 561 agressions dont l'État mexicain est resté le principal responsable, avec 287 cas de violence documentés (51,16 % du total). Selon un rapport sur la violence contre la presse intitulé Violencia contra la Prensa en México en 2023, ¿cambio o continuidad, « au Mexique, en moyenne, un journaliste ou un média fait l'objet d'une agression toutes les 16 heures ». Depuis 2019, 44 journalistes ont été assassinés.

M. Gómez Leyva affirme qu'il ne possède aucune preuve lui permettant d'affirmer que l'agression dont il a été victime a été orchestrée par les « pouvoirs en place » au Mexique. Il reconnait toutefois que la présidence de la République se livre chaque matin à des diatribes contre la presse lors de la conférence de presse quotidienne animée par nul autre que le président mexicain lui-même.

« D'après mon expérience ou celle des groupes [de médias] avec lesquels je travaille, je dirais que nous sommes confrontés à une hostilité constante, incessante. Cela fait cinq ans et demi que les attaques de toutes sortes se succèdent, à commencer par la diffamation », confie-t-il.

« Nous avons été harcelés, menacés, persécutés, y compris sur le plan fiscal ; nous avons été lynchés par le pouvoir et j'ai l'impression que ce lynchage aurait suscité un accueil favorable s'il s'était poursuivi dans la rue. Il s'agit d'une agression systématique de la part des pouvoirs en place », a-t-il déclaré.

Quoi qu'il en soit, « au cours de ces mêmes cinq années et demie, nous avons su faire notre travail. Et nous nous trouvons dans une position comparable, voire meilleure [en termes d'audience et de diffusion des informations] que lorsque ce gouvernement est entré en fonction », souligne-t-il. Sans vouloir se poser en victime, M. Gómez Leyva reconnaît avoir vécu une confrontation très forte « avec d'énormes avantages pour ceux qui détiennent le pouvoir en raison de leur capacité de pression, d'intimidation et d'action ».

Le harcèlement opéré par le président n'est pas passé inaperçu auprès des organisations internationales de défense des journalistes.

« Le président López Obrador et d'autres figures influentes de l'appareil d'État ont adopté une rhétorique aussi violente que stigmatisante à l'égard des journalistes, les accusant régulièrement de soutenir l'opposition », a déclaré Reporters sans frontières à l'occasion de la publication du Classement mondial de la liberté de la presse 2023. Le Mexique se classe actuellement au 121e rang mondial en termes de liberté de la presse.

Les attaques lancées depuis « La mañanera », la conférence de presse matinale quotidienne du président, se sont multipliées sous la rubrique « Les menteurs de la semaine », qui cherche à discréditer les journalistes critiques.

Le rapporteur de la Commission interaméricaine des droits de l'homme pour la liberté d'expression, Pedro Vaca, a exhorté l'État mexicain à reconsidérer le maintien de cette rubrique, estimant qu'elle était susceptible de porter atteinte aux garanties d'un débat libre et éclairé, selon le journal Proceso. Cette pratique a également été condamnée par les États-Unis dans leur rapport annuel sur les droits humains.

Le président López Obrador s'est servi de sa tribune télévisée matinale pour exposer les détails personnels d'un correspondant du New York Times qui avait publié un article où il était question d'argent versé aux fils du président par des trafiquants de drogue dans le contexte de la campagne électorale de 2018.

Le bureau de la fondation SPIN Taller de Comunicación Polític a recense les mentions faites par M. López Obrador à des journalistes : au 6 mars, Carlos Loret, Ciro Gómez Leyva et Joaquín López Dóriga avaient fait l'objet de 590, 272 et 240 mentions négatives respectivement. Le journaliste Raymundo Riva Palacio a précisé que dans les 35 jours qui ont suivi la publication de ces chiffres, « Loret a fait l'objet de 42 nouvelles attaques et diffamations, Gómez Leyva de 32 et López Dóriga de 17 ».

Sans pouvoir nommer le journaliste concerné, M. Álvarez Icaza, de la CIDH, affirme avoir une connaissance de première main de la façon dont la vie a changé pour l'une des personnes contre lesquelles M. López Obrador vitupère depuis sa tribune matinale. Désormais, il ne peut plus se rendre au supermarché sans être attaqué par des partisans du président, tandis que sa femme et ses enfants sont contraints de se déplacer dans des véhicules blindés.

16.05.2024 à 05:00

Alors qu'une invasion terrestre totale de Rafah semble imminente, un infirmier gazaoui relate le calvaire vécu par sa famille

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[Note de la rédaction : À la suite des attaques du Hamas du 7 octobre, dans lesquelles plus de 1.100 Israéliens ont été tués, les Palestiniens vivant dans les régions du nord et du centre de Gaza ont reçu l'ordre de l'armée israélienne de fuir vers le sud pour se mettre à l'abri. Au cours des sept mois qui ont suivi, plus de 34.000 Palestiniens – dont plus de 14.500 enfants – ont été tués dans la riposte de l'armée israélienne. À l'heure qu'il est, on estime que 1,4 million des 2,3 millions de personnes (...)

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[Note de la rédaction : À la suite des attaques du Hamas du 7 octobre, dans lesquelles plus de 1.100 Israéliens ont été tués, les Palestiniens vivant dans les régions du nord et du centre de Gaza ont reçu l'ordre de l'armée israélienne de fuir vers le sud pour se mettre à l'abri. Au cours des sept mois qui ont suivi, plus de 34.000 Palestiniens – dont plus de 14.500 enfants – ont été tués dans la riposte de l'armée israélienne. À l'heure qu'il est, on estime que 1,4 million des 2,3 millions de personnes vivant à Gaza ont trouvé refuge – dans des conditions inhumaines et sous les bombardements israéliens incessants – dans la ville de Rafah, située à l'extrême sud de la bande de Gaza. Alors que la frontière avec l'Égypte – dernière voie d'accès possible pour l'acheminement de l'aide humanitaire et du carburant ainsi que pour les évacuations médicales – est pratiquement fermée depuis le 7 mai et que les chars israéliens se massent en prévision d'une invasion militaire totale de la dernière « zone sûre » de Gaza, la population fait face à une « catastrophe humanitaire », selon les termes du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres. C'est dans ce contexte que Muayed Alqirem, un infirmier et auxiliaire paramédical de 23 ans, relate ici le calvaire que lui-même et sa famille ont vécu en tentant de survivre à Gaza au cours des sept derniers mois.]

Le soir du 7 octobre 2023 [ndlr : le Hamas a lancé son attaque le matin, et la riposte militaire israélienne a commencé quasi immédiatement], mes parents, ma sœur, son mari, leurs deux enfants et moi-même avons reçu un ordre d'évacuation de l'armée israélienne nous enjoignant de quitter notre domicile situé dans le complexe Al-Maqousi Towers, dans le nord de la bande de Gaza. Cette nuit-là, alors que les bombes pleuvaient tout autour de nous, la plupart de nos voisins ont fui, mais nous étions l'une des rares familles à rester. Néanmoins, quand les bombardements ont fait voler en éclats nos fenêtres, nous savions qu'il fallait partir. Pour survivre, nous avons marché quatre heures durant dans le chaos le plus complet jusqu'au camp de réfugiés d'Al-Shati, à Gaza, à environ quatre kilomètres de là. Nous avons juste emporté l'essentiel, pensant que nous ne partions pas pour longtemps.

Nous nous sommes installés chez des membres de notre famille, à Al-Shati, mais c'était tout aussi terrifiant. Fin octobre, nous avons donc déménagé à nouveau, cette fois en direction de la ville de Khan Younès, dans le sud, en empruntant la route de Wadi Gaza, où nous avions un autre appartement. C'est là que nous avons appris la terrible nouvelle, que notre immeuble avait été bombardé. Notre appartement nous avait coûté l'équivalent de 80.000 USD ; nous n'avions même pas fini de le payer.

Ma vie avant la guerre apparaît aujourd'hui comme un conte de fées. Après avoir obtenu mon diplôme en soins infirmiers à l'université d'Al-Esraa en 2021, je suivais une formation et faisais du bénévolat à l'hôpital pour enfants de Rantissi, dans le nord de la bande de Gaza. Je travaillais en plus comme entraîneur personnel et coach en alimentation dans un centre de remise en forme, qui était comme ma deuxième maison. Ma mère aimait me voir dans ma tenue de travail bleue et ma blouse blanche. Chaque matin, avant que je n'aille à la salle de sport, nous prenions notre petit-déjeuner à base de gruau d'avoine, d'œufs et de fruits. Aujourd'hui, nous nous nourrissons de produits en conserve et j'ai perdu beaucoup de poids.

Je rêvais alors de poursuivre mes études et de pouvoir un jour acheter ma propre voiture. Aujourd'hui, je rêve d'une bonne nuit de sommeil, d'un repas régulier et que ma famille soit en sécurité.

La vie à Khan Younès était une succession de moments calmes soudainement interrompus par des montées de violence. Il ne nous restait presque rien et nous étions entourés de bâtiments en ruine, détruits par les bombardements. Trouver de l'eau était une lutte sans trêve, parfois rendue impossible des jours durant – incroyablement, un seul verre pouvait coûter jusqu'à 30 USD. La nourriture était tout aussi rare et nous ne pouvions pas compter sur les livraisons d'aide. Au-dessus de nous, le bourdonnement incessant des quadcoptères qui larguaient des obus dont les éclats atteignaient des personnes qui ne cherchaient qu'à trouver un endroit sûr où s'abriter.

L'horreur à Khan Younès

Durant cette période où je travaillais pour le croissant rouge palestinien, j'ai vu des choses que l'on ne saurait décrire par des mots. Je me souviens qu'un vendredi de novembre, un groupe d'une dizaine de personnes a été bombardé à un carrefour situé près de notre siège, dans le quartier al-Amal de Khan Younès. Je venais de passer par là quelques minutes avant l'attaque, et je me suis donc précipité sur les lieux. Ce que j'ai vu, c'était l'horreur absolue. J'ai aidé qui je pouvais, mais j'ai fini par ramasser des parties de corps et les enterrer.

Lorsque l'invasion terrestre de Khan Younès a eu lieu vers le 18 janvier, je faisais mon service dans un hôpital de campagne de l'International Medical Corps à Rafah. C'est ainsi que je me suis retrouvé séparé de ma famille pendant près d'un mois, ce qui a été un véritable calvaire pour nous tous. À Khan Younès, les bombardements ont été ininterrompus et ont frappé de plein fouet l'est et le centre de la ville. Ma famille était bloquée dans la zone ouest, juste à côté du bâtiment du Croissant-Rouge. Puis, un beau jour, c'est toute la zone qui s'est retrouvée complètement coupée. Personne ne pouvait sortir sans y risquer sa vie. Pourtant, l'armée israélienne avait donné l'ordre d'évacuer. Certains ont tenté de s'échapper par les ruelles, bravant les balles et les bombes. C'est un miracle que l'on ait pu s'en sortir vivant. Au milieu de tout ça, mon cousin a disparu et, quelques jours plus tard, le fils de mon autre tante a été tué par balle dans des tirs croisés. Leurs corps sont restés là, car personne ne pouvait parvenir jusqu'à eux pour leur donner une sépulture digne de ce nom.

Outre le danger mortel des bombes et des tirs croisés, les snipers étaient impitoyables, abattant tout le monde sans distinction, comme la fois où ils ont abattu notre voisin à l'intérieur même de sa maison. Après huit longs jours de siège, l'armée israélienne a une nouvelle fois donné l'ordre d'évacuer la « zone sûre ». Il ne restait plus que ma famille et une autre personne. Craignant ce qui pourrait leur arriver s'ils restaient, ils ont tout juste pris quelques affaires et se sont précipités vers le seul refuge auquel ils pouvaient penser : le bâtiment du Croissant-Rouge palestinien, situé à environ 300 mètres de là. Ce court trajet s'est avéré un véritable cauchemar. Les rues étaient jonchées de cadavres, au milieu desquels les chats fouillaient les restes.

Assiégés

Terrées dans le bâtiment du Croissant-Rouge palestinien, ma famille tout comme des milliers d'autres personnes se trouvaient assiégées de toutes parts par les blindés et les soldats israéliens. Prévu pour accueillir environ 2.000 personnes, l'immeuble croulait sous une foule de 8.000 personnes déplacées, toutes entassées dans des conditions indicibles. Le simple fait de sortir chercher de la nourriture ou de s'approcher d'une fenêtre pouvait vous valoir d'être abattu par des snipers.

Les choses ont encore empiré à partir du huitième jour, lorsque l'eau est venue à manquer à la suite d'une coupure de courant. C'est alors que l'armée a lancé par haut-parleurs un avertissement comme quoi rester signifiait mourir de faim ou de soif. Les gens ont eu suffisamment peur pour prendre la décision difficile de partir, même s'ils n'avaient nulle part où aller et aucune idée de ce qu'ils devraient affronter à l'extérieur.

En quittant le bâtiment, ils ont vu partout des véhicules de l'armée et des soldats. Ils ont pris la direction du quartier d'Al-Hallabat par groupes de cinq, en avançant aussi prudemment qu'ils pouvaient. La transition a été tendue : des arrestations aléatoires ont eu lieu, et certaines personnes ont subi des interrogatoires, ont été forcées de se dévêtir ou ont même été placées en détention. Mon demi-frère Moataz a été emmené, mais a heureusement été libéré peu de temps après. Trois de mes cousins n'ont pas été aussi chanceux : deux d'entre eux ont finalement été libérés au bout d'un mois, mais le troisième est toujours porté disparu, et nous ignorons où il se trouve et ce qui est advenu de lui.

Plus tard, ma famille m'a raconté que c'est dans la peur et la panique qu'ils se sont frayé un chemin à travers les ruines du quartier d'Al-Hallabat. Les rues étaient recouvertes d'eaux d'égout et parsemées de cadavres en décomposition. Ils ont emporté ce qu'ils pouvaient, se déplaçant tant bien que mal sur un terrain jonché d'éboulis. Ce jour-là, ils se sont rendus à Al-Mawasi, une friche désolée en bordure de mer, dépourvue de tout service. À la nuit tombée, ils apprenaient une autre nouvelle bouleversante : notre appartement de Khan Younès avait également été détruit à l'issue d'un raid aérien.

Retrouvailles à Rafah – mais où aller pour être en sécurité ?

Enfin, à la mi-février, j'ai retrouvé ma famille à Rafah. Nous y sommes depuis lors, et nous nous préparons désormais à une nouvelle invasion terrestre, alors même que nous nous trouvons au beau milieu d'une crise, aux côtés d'un million et demi d'autres personnes déplacées. La rupture des infrastructures et la pollution ont entraîné la propagation de maladies partout. Les rares fois où l'on peut tomber sur des aliments sains, ils sont absolument hors de prix.

Gaza est devenue invivable, et sa réhabilitation pourrait prendre des années, si tant est qu'elle ait lieu. Il se peut que nous soyons à nouveau amenés à déménager, mais où aller ?

Ma famille a enduré tant de souffrances. En perdant nos foyers, nous avons également perdu nos souvenirs et des années de dur labeur. La vie telle que nous la connaissions ici a été rayée pour de bon. Tout ce que nous voyons devant nous, c'est l'incertitude et la peur.

Nous n'avions jamais souhaité quitter Gaza, tout ce dont nous rêvions, c'était d'une vie paisible ici même. Mais à présent, la réalité nous oblige à chercher asile ailleurs. Or, même cela n'est que pure chimère, car il faut compter 7.000 USD par personne pour franchir la frontière de Rafah vers l'Égypte. Ce n'est tout simplement pas à la portée d'une famille de sept personnes.

Un proche installé aux États-Unis m'a aidé à créer une page GoFundMe dans l'espoir que nous puissions collecter suffisamment de fonds pour couvrir nos frais de voyage et commencer une nouvelle vie en lieu sûr. J'ai été témoin d'horreurs que je suis incapable de décrire. Ce que j'ai partagé ici n'est que la partie émergée de l'iceberg.


Ce témoignage à la première personne a été recueilli en collaboration avec Egab.

15.05.2024 à 08:59

Les citoyens européens veulent une Europe plus sociale – les négociations de branche sont la clé pour y parvenir

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Les élections européennes du 9 juin 2024 s'annoncent controversées, alors que la montée en puissance de l'extrême droite risque d'entraîner une polarisation accrue du Parlement européen. Pourtant, contrairement à l'arithmétique parlementaire, les priorités des électeurs européens sont on ne peut plus claires : selon un sondage Eurobaromètre, près de 88 % des citoyens de l'UE attachent de l'importance à une Europe plus sociale, avec en tête de leurs préoccupations la gestion de la crise du coût de la vie et (...)

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Les élections européennes du 9 juin 2024 s'annoncent controversées, alors que la montée en puissance de l'extrême droite risque d'entraîner une polarisation accrue du Parlement européen. Pourtant, contrairement à l'arithmétique parlementaire, les priorités des électeurs européens sont on ne peut plus claires : selon un sondage Eurobaromètre, près de 88 % des citoyens de l'UE attachent de l'importance à une Europe plus sociale, avec en tête de leurs préoccupations la gestion de la crise du coût de la vie et l'augmentation des bas salaires. L'Union européenne dispose heureusement d'un instrument puissant pour faire de ce projet une réalité.

Avec la directive européenne relative à des salaires minimaux adéquats adoptée en 2022, l'UE a fixé comme objectif une couverture de négociation collective de 80 % dans tous les pays membres de l'UE. Cette mesure est susceptible d'inverser la tendance baissière de la couverture dans l'ensemble de l'UE et de rétablir une société plus égalitaire, plus juste et plus stable. Au cours de la prochaine année, de nombreux pays membres de l'UE seront tenus, non seulement, de transposer la directive dans leur législation nationale, mais aussi de formuler une stratégie pour atteindre l'objectif fixé.

Ainsi, en 2024, les négociations collectives occuperont l'esprit de nombreux fonctionnaires, décideurs politiques et partenaires sociaux.

À l'approche de la date butoir pour la transposition de la directive européenne sur le salaire minimum dans la législation nationale, en novembre, la pression va croissant. Les pays membres seront appelés à formuler des propositions solides et efficaces sur la manière de promouvoir les négociations collectives.

À cet égard, l'article 4 de la directive est particulièrement intéressant. Cet article donne mandat à tous les pays, indépendamment du cadre de négociation collective en vigueur, de « favoriser la constitution et le renforcement des capacités des partenaires sociaux à s'engager dans des négociations collectives en vue de la fixation des salaires, en particulier au niveau sectoriel ou interprofessionnel ».

La négociation collective est une bonne chose, la négociation de branche en est une meilleure

Pourquoi un tel accent mis sur la négociation de branche ? La réponse est à chercher dans les multiples avantages qu'elle présente, et ce tant pour les travailleurs et la société que pour les entreprises. De nombreuses études ont mis en évidence les bénéfices de la négociation collective en général, en tant que pierre angulaire de la démocratie au travail, garantissant des salaires équitables, favorisant des environnements de travail sains et réduisant la rotation des effectifs.

Pour les travailleurs, les négociations de branche étendent les protections au-delà des entreprises individuelles pour englober des secteurs entiers, garantissant par-là même l'égalité de rémunération et un plancher minimum de droits, quelle que soit la taille de l'entreprise. La démocratie au travail ne devrait pas se limiter aux personnes travaillant pour de grands employeurs. Elle favorise l'inclusion, en veillant à ce que tous les travailleurs partagent les fruits de la négociation collective.

Indépendamment de l'entreprise, les négociations de branche garantissent que tous les travailleurs bénéficient d'un même plancher de droits et de conditions de travail.

Les entreprises en bénéficient tout autant. D'un point de vue économique, la négociation multi-employeurs « sort les salaires de la concurrence ». Plutôt que le nivellement par le bas des salaires, elle privilégie la concurrence basée sur l'efficacité, l'innovation et la qualité. Une telle approche contribue non seulement à la stabilité économique, mais s'avère de surcroît bénéfique pour les employeurs en favorisant l'émergence d'une main-d'œuvre qualifiée et motivée.

La société dans son ensemble y gagne également, dans la mesure où la négociation sectorielle est associée, dans l'ensemble, à des niveaux plus élevés d'égalité, qu'elle contribue à répandre la démocratie et qu'elle conduit à la stabilité économique. Les pays dotés de cadres de négociation collective solides sont systématiquement mieux classés dans l'Indice de développement humain, soulignant par-là les avantages sociétaux plus larges de la négociation sectorielle.

Le retour de la négociation de branche

La plupart des pays dotés de systèmes de négociation collective de branche solides ont mis ceux-ci en place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais cela signifie-t-il pour autant qu'il soit impossible de développer de tels systèmes à l'heure actuelle ?

Loin s'en faut. Les négociations de branche continuent de susciter beaucoup d'intérêt et de donner lieu à de nombreuses expériences. Des systèmes totalement novateurs ont notamment été mis au point dans plusieurs pays récemment. En Nouvelle-Zélande et en Australie, par exemple, les systèmes de rémunération équitable (fair-pay) ont permis de mettre en place un dispositif de négociation sectorielle facilité par les pouvoirs publics. Plus près de nous, en Europe, la Roumanie a autorisé les négociations sectorielles. Au Royaume-Uni, le parti travailliste, donné vainqueur probable aux prochaines élections, a d'ores et déjà annoncé qu'il réinstaurerait la négociation de branche dans certains secteurs.

Les fonctionnaires européens chargés de promouvoir les négociations collectives n'ont pas besoin de chercher bien loin pour trouver des idées. UNI Europa, le syndicat européen des travailleurs des services, a invité des experts de 20 pays européens à dresser un rapport de synthèse reprenant les meilleures idées. Ce rapport met en évidence une multitude de leviers et de domaines politiques sur lesquels les décideurs politiques peuvent (et doivent) agir pour renforcer les partenaires sociaux, la négociation des conventions collectives ainsi que leur efficacité. Il s'agit également de savoir comment la politique est à même de créer une culture et un contexte dans lesquels la négociation collective constitue un acquis et non une exception.

Il n'y a donc pas d'excuse. Les conclusions de l'enquête nous montrent qu'une Europe plus sociale représente une priorité pour les citoyens. La directive européenne sur le salaire minimum offre une opportunité et les faits montrent que la négociation collective et la négociation de branche sont salutaires pour nos sociétés. À présent, il nous faut la volonté politique de relier les pointillés et de joindre l'acte à la parole.

14.05.2024 à 05:30

L'Europe joue plus qu'il n'y paraît dans des élections assombries par l'extrême droite

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Moins de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et à peine trois générations plus tard, l'Union européenne, dont l'idéal qui lui a donné naissance était qu'une telle chose ne se reproduirait plus jamais, aborde ses dixièmes élections au Parlement européen avec des partis d'extrême droite qui bénéficient d'un soutien croissant, évènement sans précédent dans l'histoire de la politique européenne.
Dans six pays, dont quatre sont des membres fondateurs de l'UE, les partis d'extrême droite sont déjà en tête (...)

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Moins de 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et à peine trois générations plus tard, l'Union européenne, dont l'idéal qui lui a donné naissance était qu'une telle chose ne se reproduirait plus jamais, aborde ses dixièmes élections au Parlement européen avec des partis d'extrême droite qui bénéficient d'un soutien croissant, évènement sans précédent dans l'histoire de la politique européenne.

Dans six pays, dont quatre sont des membres fondateurs de l'UE, les partis d'extrême droite sont déjà en tête des sondages, de la Lettonie (avec 8,1 % des intentions de vote) aux Pays-Bas (22,4 %), en passant par l'Italie (27,2 %), la Belgique (27,4 %), l'Autriche (28,2 %) et la France (30,7 %). Dans huit autres pays, la droite radicale figure parmi le trio de tête des sondages (en Allemagne, en Bulgarie, en Espagne, en Finlande, en Pologne, au Portugal, en Roumanie et en Suède). En outre, elle gouvernait encore la Pologne il y a quelques mois, mais fait désormais partie des gouvernements finlandais, hongrois, italien et letton et apporte un soutien parlementaire essentiel au cabinet conservateur suédois.

Les sondages de juin prévoient une victoire du centre droit au Parlement européen, mais les partis populistes, anti-immigration et proches des partis fascistes recueillent un soutien dans les urnes qui pourrait compromettre la prise de décisions sur les grands défis des années à venir, de la guerre en Ukraine au changement climatique, en passant par la désinformation et l'intelligence artificielle.

Partout où l'extrême droite est au pouvoir, des retours en arrière sont observés en matière de droits sociaux, d'éducation et de mémoire historique, tandis que son obsession de l'immigration et la normalisation de ses positions démagogiques fragilisent les piliers démocratiques du continent.

La foi même dans les institutions européennes a été érodée par une décennie de coupes sociales, de chômage, d'inflation et de précarité, suite aux mesures d'austérité adoptées dans la plupart des pays de l'UE face à la crise de la dette depuis 2009. Elle a également été affectée ces dernières années par l'impact économique de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la normalisation de l'extrême droite dans le débat public et la diffusion galopante de la désinformation. En définitive, la plus grande réussite de l'extrême droite a été de semer sa propre controverse autour de l'identité des Européens (« blancs et chrétiens »), et d'exploiter ce mécontentement conjoncturel pour le canaliser contre l'immigration tous azimuts.

« L'inquiétude suscitée par les migrants (non européens et non “blancs”) est en fait le principal moteur du vote d'extrême droite », déclare à Equal Times Kai Arzheimer, professeur de sciences politiques à l'université de Mayence, qui étudie ce phénomène depuis trois décennies et qui est l'un des plus grands experts européens du sujet. « Au cours des cinq ou six dernières décennies, et surtout au cours des deux dernières, pratiquement toutes les sociétés européennes sont devenues beaucoup plus diverses sur le plan ethnique et culturel, et ce changement rapide génère certains niveaux d'anxiété qui n'ont pas grand-chose à voir avec les conséquences économiques de l'immigration, dont la plupart des études montrent qu'elle est immensément bénéfique ».

L'immigration, explique-t-il, est une thématique « asymétrique », car elle préoccupe beaucoup plus les électeurs anti-immigration que les électeurs pro-immigration, avec la complication que « l'extrême droite “est maîtresse” de cette question, un peu comme les partis verts “sont maîtres” des thématiques environnementales ». Par conséquent, les formations de centre droit ou de centre gauche qui durcissent leur position sur l'immigration dans l'espoir d'attirer des voix « ne finissent que par faire en sorte que cette question reste une priorité dans le débat public, ce qui tend à favoriser l'extrême droite ».

Quant à la « normalisation de l'extrême droite par les partis de centre droit (et parfois de centre gauche), elle a commencé dans les années 1990 en Autriche, en Italie, aux Pays-Bas et en Scandinavie », rappelle-t-il, bien qu'au-delà des coalitions intéressées, « dans certains cas, ils se sont même inspirés de (voire ont tout simplement émulé) l'extrême droite et sont devenus de “grands partis radicalisés” (tels que les conservateurs britanniques ou l'ÖVP autrichien de Sebastian Kurz) ». Le problème, selon lui, est qu'« une fois que le génie est sorti de la lampe, il est très difficile d'inverser cette normalisation », de sorte que « le maintien d'un cordon sanitaire autour de l'extrême droite nécessite toujours la bonne volonté du centre droit, ou du moins sa certitude qu'à long terme, celui-ci se portera mieux s'il contribue à l'endiguer ».

En ce sens, la mémoire des sociétés européennes qui ont vécu des décennies de dictature influence la façon dont les grands partis et les partisans de l'extrême droite eux-mêmes réagissent. « Le comportement des élites est crucial pour la mobilisation de l'extrême droite », ajoute M. Arzheimer, comme le montrent les exemples du FPÖ autrichien dans les années 1990 ou de l'actuel AfD allemand, tandis que les cas de Vox (Espagne) et de Chega (Portugal) « démontrent que l'effet vaccinal ne dure pas indéfiniment ».

Ultralibéralisme et xénophobie dans le paradis nordique

En Europe du Nord, l'extrême droite est présente depuis longtemps dans la vie politique du Danemark et de la Norvège, mais elle s'est étendue plus récemment à la Finlande et à la Suède. « L'extrême droite s'impose également dans les pays nordiques : des pays qui figurent en tête des indices de bonheur dans le monde, qui sont parmi les premières démocraties parlementaires au suffrage universel, avec un niveau de confiance élevé parmi leurs citoyens », a déclaré à Equal Times Pekka Ristelä, responsable des affaires internationales de la Centrale syndicale finlandaise SAK.

Le Parti des Finlandais, un parti radical, gouverne en coalition avec les conservateurs depuis 2023, où il a obtenu 20,1 % des voix, et dirige un ministère des Finances « très agressif à l'égard des syndicats », des syndicats qui ont joué un rôle « absolument essentiel » dans la lutte contre les coupes sociales ces dernières années, « avec plusieurs vagues de grèves politiques ». Les partisans d'extrême droite les qualifient de « mafia » pour les délégitimer, explique M. Ristelä, même si les syndicats conservent « le soutien de plus de 50 % de la population » en raison de « leurs prises de position et de leurs grèves », il estime qu'il est nécessaire d'améliorer le dialogue politique et idéologique avec leur base.

Pendant ce temps, à Stockholm, le parti populiste Démocrates de Suède (SD), cofondé par un ancien de la Waffen-SS nazie, est le principal allié du gouvernement conservateur depuis 2022. Il bénéficie déjà du soutien d'un Suédois sur cinq, bien que le stratège de la confédération syndicale nationale LO, Johan Ulvenlöv, déclare à Equal Times que les syndicats et les sociaux-démocrates les font reculer parmi les travailleurs, en raison de la manière dont ils répondent à leurs préoccupations sur des questions telles que les soins de santé, la criminalité, la nationalisation des services publics, les infrastructures et l'éducation.

« Cela produit un impact plus important [sur le soutien aux sociaux-démocrates] que les manifestations », souligne-t-il, car « si les syndicats font bien leur travail, ils auront davantage de membres, ce qui renforcera la démocratie et créera une résistance face à l'extrême droite ».

Cette approche a également fonctionné pendant un certain temps en Allemagne. « L'héritage du nazisme, l'ineptie et l'obsession pour le passé des politiciens d'extrême droite ont facilité leur ostracisation », explique le politologue M. Arzheimer, mais tout a changé avec l'arrivée du parti xénophobe Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti xénophobe « qui est passé en quelques années d'un euroscepticisme modéré à une extrême droite classique, et qui se dirige à présent vers l'extrémisme traditionnel de l'extrême droite ».

Les manifestations antifascistes en Allemagne, un exemple pour l'Europe ?

Dans le pays qui a le mieux su affronter son passé (dont la dictature nazie a été responsable de la mort d'au moins 18 millions de civils européens), l'AfD a vu ses intentions de vote augmenter légèrement dans les sondages du mois d'avril, pour atteindre 16,3 %. Et ce, malgré le récent scandale qui a éclaboussé sa tête de liste aux élections, l'eurodéputé Maximilian Krah, accusé d'avoir accepté des pots-de-vin de la Chine et de la Russie pour influencer ses activités à Bruxelles, bien que ses partisans considèrent que l'affaire est un coup monté visant à le discréditer. Tout cela, notamment, quelques mois seulement après la révélation que des membres de l'AfD avaient participé, plusieurs mois auparavant, à un complot international d'extrême droite visant à mettre en œuvre un « plan directeur » de « remigration » prévoyant l'expulsion d'Allemagne de résidents d'origine étrangère dans le pays, y compris de citoyens détenteurs de passeports allemands, et ce, sur la base de critères racistes.

La réponse de la société civile a donné lieu à l'un des moments symboliques les plus forts de la politique européenne de ces dernières années. Des dizaines de milliers d'Allemands sont descendus dans la rue au cours des week-ends suivants pour manifester mutuellement le rejet des positions de l'AfD, en défense de la démocratie allemande et des valeurs d'intégration et de respect des droits humains qu'elle est censée représenter.

Dans la ville de Bonn, quelque 30.000 personnes se sont rassemblées derrière la devise « Nie Wieder ist Jetz ! » (« Plus jamais ça, c'est maintenant ! »), avec des slogans sur leurs bannières tels que « Nazis dehors » et « La haine n'est pas une opinion ». Puis, soudain, à la fin de la manifestation, la foule s'est mise à chanter l'Ode à la joie de Ludwig van Beethoven, un passage de sa Neuvième symphonie, sur des vers de Schiller, qui célèbre la joie fraternelle entre les êtres humains, et que des milliers de voix ont spontanément entonné dans la ville natale du génie de Bonn. Cette musique, l'une des plus grandes contributions de la culture allemande à l'humanité, qui célébrait précisément les 200 ans de sa création le 7 mai, est l'hymne de l'Union européenne depuis 1972, ce qui confère à ce moment un symbolisme exaltant pour de nombreux démocrates européens tant en Allemagne qu'ailleurs.

« Je suis quelque peu optimiste, sans pour autant être trop naïf, mais seulement 20 à 25 % de nos concitoyens ont perdu confiance dans le gouvernement », déclare à Equal Times Reiner Hoffmann, qui présidait il y a quelques années encore la Confédération allemande des syndicats (DGB) et qui est aujourd'hui vice-président de la fondation Friedrich-Ebert-Stiftung (FES), la doyenne des institutions allemandes d'études politiques.

« La confiance peut se perdre très rapidement, et pour la regagner, il faut du temps et que les gens voient et sentent qu'il y du changement », explique-t-il.

« Au début, j'étais un peu sceptique au sujet de ces énormes manifestations de 100.000 personnes, car combien de temps peut-on les faire durer ? Vous ne pouvez pas organiser des rassemblements de masse tous les deux week-ends, donc, de nombreuses autres choses doivent se produire, en particulier au niveau local », où l'extrême droite est particulièrement présente, « et à l'automne, des élections sont également prévues dans trois Länder allemands [Saxe, Thuringe et Brandebourg], où l'AfD est assez forte ».

M. Hoffmann rappelle que l'extrême droite allemande a des relents de violence (la tête de liste socialiste, Matthias Ecke, a lui-même été hospitalisé il y a quelques jours après avoir été agressé alors qu'il collait des affiches électorales à Dresde, dans l'un des quelque 2.800 délits contre des politiciens allemands enregistrés depuis le début de l'année). Selon lui, une partie du soutien dont jouit l'AfD provient du sentiment d'incertitude des citoyens. De nombreuses questions, telles que les politiques de durabilité environnementale, sont perçues « comme une menace et non comme une opportunité », en raison d'une mauvaise communication de la part du gouvernement, déplore-t-il, qui n'a pas réussi à expliquer aux Allemands en quoi la « transition verte » affecterait leur porte-monnaie. En face, on trouve un parti, l'AfD, qui nie le changement climatique, rejette l'immigration qui a été accueillie si chaleureusement par la société allemande en 2015 et exploite les problèmes logistiques qui ont surgi au niveau local pour l'intégration des réfugiés.

Les gouvernements et les syndicats « n'ont pas été assez sensibles pour s'attaquer à ces problèmes, qui étaient réels », indique M. Hoffmann. « Les citoyens ne sont pas opposés à l'immigration en soi, mais l'AfD a réussi à modifier le discours, et nous sommes passés d'une intégration sociale inclusive à une solidarité exclusive, c'est-à-dire uniquement solidaire avec nos chômeurs, qui souffrent de l'augmentation du coût de la vie : ils ont utilisé les personnes les plus vulnérables de notre société pour les dresser contre les immigrants, et nous n'avons jamais contré ce débat, dans lequel les syndicats ne sont pas montrés à la hauteur. »

En fait, M. Arzheimer reconnaît que, historiquement, la participation syndicale et l'éducation ont été des facteurs d'exclusion du vote d'extrême droite dans toute l'Europe, et « bien que cet effet se soit peut-être affaibli et que les syndicats aient leurs propres problèmes, je pense que les syndicats et leurs réseaux sont indispensables à une réponse efficace de la société civile face à l'extrême droite ».

Les manifestations en Allemagne « ont été très importantes, car elles ont nuancé les récits populistes et envoyé un message très fort aux grands partis », ajoute-t-il, rappelant que plusieurs études en France et en Italie indiquent que le fait de manifester contre l'extrême droite, même quelques semaines avant une élection, réduit souvent de plusieurs points les intentions de vote. Pour M. Hoffmann, il s'agit d'un « signal d'alarme », mais il reste encore beaucoup à faire au niveau municipal, régional et des syndicats pour éviter que la situation ne se dégrade davantage. Si nous n'en prenons pas soin, a-t-il averti, « rien ne garantit que l'Union européenne durera éternellement ».

« Répétitions du cas hongrois » : potentiellement des bâtons dans les roues de toutes parts

Pour Elena Ventura, coordinatrice de plusieurs projets d'étude sur l'extrême droite pour le Carnegie Endowment en Europe, les manifestations ne se sont pour l'instant pas étendues à d'autres pays, et semblent donc « très spécifiques à l'Allemagne », où il existe « un grand sentiment de honte collective à cause de l'Holocauste », contrairement à l'Italie ou à l'Espagne, où émerge une « nostalgie » radicale, plus explicite, de Mussolini et Franco.

Quoi qu'il en soit, elle partage l'avis de M. Hoffmann : l'extrême droite est très habile à tisser des liens avec ses partisans lors des élections locales, dans la rue et sur Internet, et en général, les grands partis doivent beaucoup s'améliorer dans ces domaines, ainsi que dans leur discours et leur message, puisqu'« ils n'expliquent pas à la population comment l'immigration est utile » pour leur pays.

En attendant, les populistes radicaux s'expriment de manière simpliste et directe, mais qui « les connecte très bien à leurs électeurs, et ils utilisent très bien les réseaux sociaux, même s'ils les orientent de façons qui devraient être illégales, telles que la désinformation ». La plupart des Européens ne sont pas nécessairement conscients des enjeux de ces élections, prévient Mme Ventura, mais il est probable qu'un Parlement européen beaucoup plus divisé et inefficace émergera, avec de nouveaux bâtons dans les roues de son fonctionnement comme des « répétitions du cas hongrois ». Malgré le gouvernement de Giorgia Meloni, il est possible que l'Italie ne se comporte pas de la sorte, mais il est probable que cela se produise dès cet été avec des pays tels que la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et « sûrement, la France ».

07.05.2024 à 05:30

Comment la guerre en Ukraine a bouleversé le monde syndical et la vie des travailleurs

Inès Gil

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« Depuis la première agression russe, nous sommes aux côtés des travailleurs ». Sur l'écran de son ordinateur, Yevgen Drapiatyi, vice-président de la Fédération des Syndicats d'Ukraine (Федерація професійних спілок України, en ukrainien, connu sous l'acronyme FPU), fait défiler les images de la Révolution de Maïdan. « Dès février 2014, la Russie voulait nous garder dans son giron, les Ukrainiens ont refusé. La fédération a activement soutenu les manifestants. Après cela, il y a eu l'invasion de la Crimée par les Russes, et la guerre (...)

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« Depuis la première agression russe, nous sommes aux côtés des travailleurs ». Sur l'écran de son ordinateur, Yevgen Drapiatyi, vice-président de la Fédération des Syndicats d'Ukraine (Федерація професійних спілок України, en ukrainien, connu sous l'acronyme FPU), fait défiler les images de la Révolution de Maïdan. « Dès février 2014, la Russie voulait nous garder dans son giron, les Ukrainiens ont refusé. La fédération a activement soutenu les manifestants. Après cela, il y a eu l'invasion de la Crimée par les Russes, et la guerre du Donbass a commencé. Depuis, nous soutenons les travailleurs victimes des agressions russes et suite à l'invasion de février 2022, nous avons redoublé d'efforts ».

Situé en plein cœur de Kiev, sur la place Maïdan, le bâtiment massif de l'organisation, coloré d'un beige sobre, rappelle l'ère soviétique. La fédération a été fondée en 1990, un an avant l'indépendance de l'Ukraine. Dans son bureau, garni d'objets à l'effigie du poète ukrainien Taras Shevchenko, Yevgen Drapiatyi porte un pull orné d'un trident, symbole du nationalisme ukrainien, qui rappelle que le patriotisme traverse le monde syndical qui se mobilise pour le pays et ses habitants. « Nous avons créé des points d'accueil pour les déplacés de guerre dans l'ouest de l'Ukraine. Jusqu'à aujourd'hui, nous leur apportons un soutien à Lviv, Rivne, Dnipro et Zaporijia ».

En parallèle, la FPU distribue une aide financière aux familles des travailleurs syndiqués qui ont été blessés ou tués sur le front. Pour répondre aux besoins immenses des adhérents, la FPU a bénéficié d'une aide financière d'organisations syndicales solidaires, à hauteur de « 127 millions de hryvnia (environ 3 millions d'euros) en 2022 », et « 72 millions de hryvnia (environ 1,7 millions d'euros) en 2023 », selon la FPU. « Nos camarades à l'étranger se sont aussi mobilisés et nous soutiennent depuis le début de l'invasion. Sans eux, on ne s'en sortirait pas », affirme encore Yevgen Drapiatyi.

Depuis le 24 février 2022, de nombreux syndicats ukrainiens ont bénéficié, comme la FPU, du soutien de syndicats internationauxet européens à travers des collectes de fonds et des dons humanitaires. À l'occasion du deuxième anniversaire de l'entrée en guerre, la FPU a rappelé la nécessité vitale de continuer ce soutien, dans une appel conjoint avec la Confédération des syndicats libres d'Ukraine (конфедерація вільних профспілок україни en ukrainien, connu sous l'acronyme KVPU).

Car la guerre a en effet lourdement affecté tout le monde syndical. Avant février 2022, la FPU, qui chapeaute une quarantaine de syndicats répartis selon les secteurs, regroupait près de 3,5 millions de membres dans les territoires non-occupés.

« Mais avec les blessés, les populations déplacées, les Ukrainiens enlevés ou tués par l'armée russe, la fermeture des entreprises à l'est et la mobilisation de 10% de nos membres par l'armée ukrainienne, nous avons perdu des milliers d'adhérents. Sans compter les bâtiments de nos sections locales détruits par les missiles russes, comme à Kharkiv. Cela nous empêche de fonctionner normalement. »

Quand Equal Times rencontre en février dernier, Mykhaïlo Volynets, le président de la KVPU, celui-ci est alors particulièrement préoccupé par la situation des mineurs de la ville de Myrnograd, située dans l'oblast de Donetsk. La veille, une frappe russe a endommagé les infrastructures industrielles, empêchant des dizaines de travailleurs de sortir de la mine.

« Certains sont des membres du Syndicat indépendant des mineurs ukrainiens [Незалежна профспілка гірників України, NPGU] rattaché à la KVPU. En tant que représentants des travailleurs, nous devons suivre leur situation, la documenter, les soutenir sur le plan physique et psychologique, et apporter une aide pour réparer les dégâts causés par le bombardement », explique-t-il après avoir interrompu l'interview pour accepter un appel téléphonique. « Notre représentant local vient de m'informer qu'ils sont tous sortis, il n'y a pas eu de victime », indique-t-il, sourire aux lèvres. Depuis le début de l'invasion russe, 1.300 travailleurs membres de la KVPU ont été victimes des frappes russes. Parmi eux, 400 ont été tués, selon la Confédération.

Dans les territoires occupés désormais par la Russie, qui correspondent à 20% de l'Ukraine, les syndicats ne peuvent plus s'entretenir avec leurs adhérents. « Nous tentons de maintenir un contact, mais c'est dangereux, Moscou fait pression pour qu'ils rejoignent les syndicats russes », déplore Yevgen Drapiatyi. Les travailleurs de ces régions font également face à des violations de leurs droits, comme le dénonçait une enquête de l'Organisation internationale du travail, en mai 2023.

À quelques kilomètres, dans les bureaux de la Fédération des syndicats des travailleurs des petites et moyennes entreprises (PME) (федерація профспілок працівників малого та середнього підприємництва україни, en ukrainien), le président, Roi Viacheslav, s'alarme pour la sécurité de ses adhérents. « Avant la guerre, nous comptions au moins 150.000 membres. Aujourd'hui, ils sont seulement 100.000. Face aux attaques russes, les employés des petites et moyennes entreprises sont plus vulnérables que les travailleurs des grosses usines, ils ne bénéficient pas toujours d'une protection sur leur lieu de travail. »

Dans le contexte de guerre de haute intensité, la question sécuritaire est devenue une priorité pour les salariés. Régulièrement, les adhérents de la Fédération des syndicats des travailleurs des PME réclament des formations aux premiers secours en cas d'attaque de missile sur leur lieu de travail. Certains souhaitent aussi être orientés pour « obtenir un soutien psychologique », affirme Roi Viacheslav. « Aider les travailleurs à faire face à la guerre est aujourd'hui le cœur de nos activités, car nous ne pouvons plus jouer notre rôle d'acteur du dialogue social, comme c'était le cas avant l'invasion. Les lois adoptées ces deux dernières années en Ukraine retirent leurs prérogatives traditionnelles aux syndicats. »

Des nouvelles législations menacent les droits des travailleurs

Depuis le début de l'invasion russe, la Rada (le nom du parlement ukrainien) a adopté une succession de lois qui fragilisent gravement le droit du travail. Les textes votés immédiatement après l'invasion ont contraint le pays à s'adapter au contexte nouveau de guerre : la loi martiale interdit toute manifestation, mais elle n'a pas vocation à durer une fois les combats terminés.

En revanche, les lois votées à l'été 2022 pourraient installer les salariés ukrainiens dans une précarité durable. Un premier texte controversé a introduit les contrats dits « zéro heure », qui ne garantissent aucune sécurité d'emploi ni de salaire. S'en est suivi la loi 5371, qui soustrait les salariés des entreprises de moins de 250 employés de la couverture des accords collectifs. À cela s'ajoute, l'augmentation de la durée légale du travail dans les secteurs stratégiques et la facilitation des retards de paiement des salaires et des ruptures de contrat. « Cette loi est en contradiction avec les Conventions 87 et 158 de l'Organisation internationale du Travail », dénonce Mykhaïlo Volynets.

« Avant, pour changer les termes d'un contrat de travail, les employeurs avaient pour obligation d'entamer des négociations avec le syndicat. Mais maintenant, ils peuvent faire ce qu'ils veulent. C'est un terrible recul », affirme Roi Viachesla.

Le responsable syndical arbore un pin's représentant le drapeau européen. Selon lui, ces lois « dictées par le patronat ukrainien dont les intérêts sont portés par le pouvoir » nuisent aux chances de l'Ukraine d'entrer dans l'Union Européenne, « depuis plusieurs années, l'Ukraine a fait beaucoup de progrès dans de nombreux domaines pour s'adapter aux normes européennes. Mais maintenant, à l'heure où les Ukrainiens ont plus que jamais soif d'Europe, c'est le rétropédalage. Cette législation est en désaccord total avec les exigences européennes en matière de protection du droit du travail. » En témoignent ainsi les menaces pesant sur le droit de grève, et qui pourrait être limité par amendement législatif.

Selon Denys Gorbach, chercheur associé au Centre d'études européennes et de politique comparée de Sciences Po qui travaille sur la situation socio-économique en Ukraine, les partisans d'une ligne ultralibérale profitent du contexte de guerre pour fragiliser le droit du travail, « les lois votées à l'été 2022 ne sont pas limitées par un cadre temporel, elles ont vocation à se maintenir après la fin de la guerre. Elles sont le reflet d'une vision néo-libérale portée par Volodymyr Zelensky et son parti Serviteur du peuple depuis son arrivée à la présidence en 2019. Ces néo-libéraux s'appuient sur des arguments fallacieux, affirmant que le code du travail est soviétique, et qu'il doit être totalement remodelé. Certes, le code du travail date de 1971, mais il a connu des modifications considérables pendant des décennies pour s'adapter à la modernité, notamment après l'indépendance de l'Ukraine. »

Plus préoccupant encore, d'après les Confédérations européenne et internationale, « les dirigeants syndicaux font l'objet de différentes enquêtes, de campagnes de diffamation et d'intimidation, tandis que les locaux syndicaux sont visités par des représentants de l'État, que les documents syndicaux sont examinés, que les représentants syndicaux sont convoqués à des interrogatoires. Cela distrait et rend difficile, voire impossible, le travail de fond que mènent les syndicats ».

La priorité de la guerre

Depuis deux ans, la situation de guerre a affecté tous les pans de l'économie nationale, détruisant des millions d'emplois, et notamment les secteurs métallurgique et minier, principalement concentrés à l'est. Dans la cité industrielle de Kryvyi Rih, à 70 kilomètres du front, ArcelorMittal représente un des derniers piliers de l'économie régionale.

À l'entrée du complexe industriel, une immense affiche envahit l'espace. Elle représente une fillette entourée par un soldat et un métallurgiste, avec l'inscription en ukrainien : « Ensemble jusqu'à la victoire ». Implanté depuis l'époque soviétique à Kryvyi Rih, le groupe sidérurgique est le premier producteur d'acier de la ville. « Un tiers des revenus de Kryvyi Rih proviennent des taxes payées par ArcelorMittal », affirme avec fierté Volodymyr Haidash, responsable de la communication auprès de l'entreprise. « En aidant l'économie locale, l'entreprise participe à l'effort de guerre. »

Dans un hangar, un groupe d'ouvriers surveille le passage de l'acier laminé à chaud. Une épaisse fumée se dégage des machines. Elle s'échappe par un trou formé dans le toit après une attaque russe sur le site en décembre dernier.

« Malgré le danger, nous travaillons dur, nous contribuons à faire entrer l'argent dans les caisses de l'État et d'ArcelorMittal », affirme Oleksandr, un ouvrier métallurgiste, « donc il faudrait que nos salaires suivent l'inflation, car nous n'arrivons plus à vivre décemment ».

Le syndicat de la métallurgie et des mineurs, dont les bureaux se trouvent dans l'enceinte d'ArcelorMittal depuis les années 1930, a entamé des négociations pour augmenter les salaires, affirme sa présidente, Natalya Mariniuk : « Ils n'ont pas été augmentés depuis deux ans, alors que l'inflation a explosé de plus de 35% après l'invasion russe. » Le syndicat souhaite également obtenir un treizième mois de salaire en bonus, qui avait été « supprimé unilatéralement en 2023 par ArcelorMittal. » La présidente du syndicat de la métallurgie et des mineurs semble optimiste, « mais il faut se méfier », affirme Mykhaïlo Volynets, « les syndicats héritiers de l'époque soviétique sont proches du pouvoir, ils prétendent qu'il existe encore un dialogue social en Ukraine ».

Lors d'un sommet qui a eu lieu le 23 avril dernier, à Lublin, en Pologne, cette question de la restauration du dialogue social a été abordée par les syndicats ukrainiens et leurs homologues européens, tout comme le rôle des syndicats dans les discussions sur l'avenir et la reconstruction du pays. Le soutien international se poursuit ainsi dans les échanges que peuvent avoir les acteurs syndicaux avec les responsables politiques d'Ukraine et de l'UE.

Selon le président de la KVPU, l'amélioration des conditions de travail en Ukraine passe par « la fin de l'agression russe, l'adhésion à l'Union Européenne et le vote par la Rada de nouvelles lois respectueuses des droits des travailleurs ».

01.05.2024 à 05:00

Rappelons-nous, en cette journée internationale du travail 2024, qu'il n'y a pas de démocratie sans syndicats

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L'année 2024 est décrite comme une « super année électorale » historique, et pour cause : près de quatre milliards de personnes se rendront aux urnes dans plus de 40 pays. Pourtant, si nous examinons l'état de la démocratie dans le monde, a fortiori à l'aune des droits syndicaux, nous constatons qu'elle est gravement malade et qu'elle a besoin de soins urgents. Le mouvement syndical international est le plus grand mouvement social au monde. Nous constituons un maillon essentiel de tout système (...)

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Texte intégral (1575 mots)

L'année 2024 est décrite comme une « super année électorale » historique, et pour cause : près de quatre milliards de personnes se rendront aux urnes dans plus de 40 pays. Pourtant, si nous examinons l'état de la démocratie dans le monde, a fortiori à l'aune des droits syndicaux, nous constatons qu'elle est gravement malade et qu'elle a besoin de soins urgents. Le mouvement syndical international est le plus grand mouvement social au monde. Nous constituons un maillon essentiel de tout système démocratique qui se veut efficace, et nous possédons les valeurs démocratiques et l'expérience nécessaires pour prendre position « Pour la démocratie ».

La détérioration de la démocratie est évidente. Son affaiblissement peut être observé dans toutes les régions du monde. Chaque année depuis 2018, plus de pays connaissent un recul net plutôt qu'une amélioration des processus démocratiques, selon le rapport 2023 Global State of Democracy de l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (International Institute for Democracy and Electoral Assistance, IDEA), basé à Stockholm.

Le classement annuel des démocraties (Democracy Index) établi par The Economist Intelligence Unit a attribué au monde une note globale de 5,22 en 2023, contre 5,29 en 2022, à mesure que les guerres et les conflits aggravent les tendances antidémocratiques négatives existantes. Selon cette enquête, si 45,5 % de la population mondiale vit dans une forme de démocratie, seuls 7,8 % des personnes, soit moins d'une sur dix, vivent dans une « démocratie complète », et 39,4 % vivent sous un régime autoritaire.

Cette tendance antidémocratique va de pair avec des attaques antisyndicales à l'échelle mondiale. L'Indice des droits dans le monde 2023 préparé par la Confédération syndicale internationale (CSI) montre que les violations des normes fondamentales ont atteint des niveaux inédits : 87 % des pays ont violé le droit de grève, tandis que 79 % ont violé le droit de négociation collective. L'Indice CSI a suivi l'aggravation de ces chiffres sur une période de dix ans.

Cette hausse notable des atteintes aux droits syndicaux s'est doublée d'une augmentation parallèle des inégalités économiques et de l'insécurité.

Dans les pays où le taux de syndicalisation et la portée des conventions collectives sont élevés, les richesses et le pouvoir sont répartis plus équitablement et la confiance des citoyens dans la démocratie est plus grande.

En 2023, l'Institut V-Dem a identifié la Norvège – où le taux de syndicalisation atteint 49 % et la couverture des conventions collectives 72,5 % – comme la démocratie la plus délibérative et la plus égalitaire au monde. Toutefois, les chercheurs ont également relevé que « le taux de syndicalisation a diminué dans l'ensemble des pays développés et que, dans la plupart des pays, l'avantage salarial lié à la syndicalisation a, lui aussi, reculé ».

Par ailleurs, l'essor de nouvelles formes de fascisme, de nationalisme, de populisme et de xénophobie se serait vu conforté par les politiques d'austérité du capitalisme. Selon une étude de 2022 qui portait sur 200 élections en Europe, les politiques d'austérité auraient, en effet, entraîné « une augmentation significative de la part de voix remportées par des partis extrêmes, une baisse de la participation électorale et une augmentation de la fragmentation politique ». Au lieu de conduire à des économies plus fortes à même de soutenir un État social plus inclusif, les profits ont été privatisés et les pertes socialisées.

Cela revient à trahir la confiance de l'électorat. L'histoire nous montre que les travailleurs recherchent invariablement des alternatives qui promettent de répondre à leurs besoins et que les populistes exploitent cette situation pour remporter les élections et ensuite démanteler les éléments de la démocratie qui leur ont permis d'accéder au pouvoir.

Aucune région du monde n'est épargnée par cette recrudescence des forces antidémocratiques, et ce, alors que nous assistons à une convergence de crises mondiales. Les conflits armés se multiplient, l'urgence climatique s'accélère, la crise de la dette ne peut plus être ignorée et la croissance non régulée des technologies pose d'énormes risques sociaux.

Il est temps de se mobiliser « Pour la démocratie »

Pour contrer ces tendances, nous avons besoin d'un mouvement véritablement démocratique qui dépasse les frontières et rassemble tous les groupes sociaux, un mouvement qui ait le pouvoir et la responsabilité de modifier l'équilibre des pouvoirs sur chaque lieu de travail, dans chaque pays et dans chaque institution mondiale. Ce mouvement, nous l'incarnons, car la démocratie est le projet des travailleurs.

Il est temps que nous, syndicalistes, assumions notre rôle en tant qu'acteurs, combattants et défenseurs des valeurs démocratiques que nous exerçons chaque jour.

C'est pourquoi la CSI a lancé la campagne « Pour la démocratie », qui vise à défendre les fondements de la démocratie sur trois fronts cruciaux : au travail, au niveau national et au niveau mondial.

– Pour la démocratie au travail : sachant qu'il n'y a pas de démocratie sans syndicats, nous affirmons notre droit à la liberté syndicale, à la syndicalisation et à la grève. Nous revendiquons des négociations collectives et un dialogue social, un traitement égal pour tous les travailleurs, un pouvoir égal dans les décisions qui ont un impact sur notre santé, notre sécurité, notre environnement et nos perspectives d'emploi, la fin de la violence et du harcèlement sur le lieu de travail, ainsi que la démocratie et la représentation au sein de nos structures syndicales.

– Pour la démocratie au niveau sociétal et national : nous revendiquons le droit de manifester et la liberté d'expression. La liberté de la presse joue un rôle essentiel en ce sens. Aussi, devons-nous défendre le rôle des journalistes qui, dans le cadre de démocraties fortes, doivent dénoncer les injustices et sensibiliser l'opinion publique, à l'abri de toutes attaques et persécutions. Nous revendiquons une véritable égalité des genres, des systèmes fiscaux justes, qui soient à même de financer la protection sociale universelle, ainsi qu'une transition juste qui soutienne tous les travailleurs. Nous résistons aux idéologies haineuses d'extrême droite et à la mainmise des entreprises sur l'élaboration des politiques nationales.

– Pour la démocratie au niveau mondial : nous demandons la réforme des structures économiques internationales en vue de la création de systèmes inclusifs qui accordent la priorité au bien-être public, aux droits humains et aux normes du travail plutôt qu'au profit privé. Nous demandons la protection et la promotion d'un multilatéralisme démocratique représentatif et d'une coopération mondiale équitable pour parvenir à la paix universelle et à la sécurité commune.

Au cœur de la campagne « Pour la démocratie » se trouve un nouveau contrat social ; une économie mondiale repensée, centrée sur les voix des travailleurs et fondée sur les piliers de l'emploi, des droits, des salaires, de la protection sociale, de l'égalité et de l'inclusion, pour faire face à la convergence des crises mondiales. Seule une approche démocratique et participative qui permette aux travailleurs d'influer sur leur avenir pourra déboucher sur un nouveau contrat social, et seul un nouveau contrat social permettra de reconstruire durablement la démocratie.

En ce premier mai, nous devons rendre hommage à tout ce que les syndicats ont fait pour la démocratie par le passé et exploiter le pouvoir collectif des syndicats pour défendre et reconstruire la démocratie aujourd'hui et à l'avenir. La campagne « Pour la démocratie » est un appel lancé aux travailleurs, aux syndicats et à leurs alliés dans le monde entier pour qu'ils se mobilisent en faveur d'un changement démocratique.

La démocratie n'est pas seulement un idéal politique, mais une réalité vécue que les travailleurs sont les mieux à même de définir, de défendre et de faire avancer.

26.04.2024 à 05:00

Face au dérèglement climatique, la santé des travailleurs à l'épreuve de nouveaux dangers

Mathilde Dorcadie, Apolline Guillerot-Malick

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Sous un soleil à son zénith, transportant d'un côté une lourde glacière et de l'autre, un mini-barbecue, Edimar Santiago arpente la plage Vermelha de Rio de Janeiro de long en large, répétant en boucle une saynète connue sur le bout des doigts : poser son fardeau réfrigéré, en sortir des saucisses ou brochettes au fromage, les faire griller en un temps record, encaisser les plagistes, puis reprendre sa route. « La plage, c'est bien pour ceux qui viennent profiter et se détendre », lance le travailleur (...)

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Texte intégral (2710 mots)

Sous un soleil à son zénith, transportant d'un côté une lourde glacière et de l'autre, un mini-barbecue, Edimar Santiago arpente la plage Vermelha de Rio de Janeiro de long en large, répétant en boucle une saynète connue sur le bout des doigts : poser son fardeau réfrigéré, en sortir des saucisses ou brochettes au fromage, les faire griller en un temps record, encaisser les plagistes, puis reprendre sa route. « La plage, c'est bien pour ceux qui viennent profiter et se détendre », lance le travailleur indépendant de 23 ans. « Mais pour nous les vendeurs ambulants qui venons pour nous survivre, c'est dur. Le sable est brûlant et on porte des charges lourdes ».

Si le Brésil est habitué aux fortes chaleurs, certains jours de l'année, les conditions de travail à l'extérieur deviennent de plus en plus souvent insupportables. En mars dernier, la température ressentie a atteint le pic de 62,3°C à Rio de Janeiro, du jamais-vu dans l'histoire des relevés de l'Institut de météorologie brésilien. Le pays enregistre désormais plus de 50 journées par an où le thermomètre dépasse les 40°C. Comme ailleurs dans le monde, l'année 2023 y a été la plus chaude jamais enregistrée. Et tous ces épisodes caniculaires affectent directement la santé des travailleurs.

L'exposition prolongée aux fortes chaleurs augmente en effet les risques d'accident vasculaire-cérébral et favorise le « stress thermique », c'est-à-dire, une situation dans laquelle le corps humain se retrouve dans l'incapacité de réguler sa température. Celui-ci peut se caractériser par un épuisement général, des crampes musculaires, vertiges, évanouissements, maux de têtes, nausées et vomissements. En 2019, l'Organisation internationale du travail prévenait dans un rapport sur le sujet : « D'ici à 2030, l'équivalent de plus de 2% du nombre total d'heures de travail dans le monde devrait être perdu chaque année, soit parce qu'il fait trop chaud pour travailler, soit parce que les travailleurs doivent travailler à un rythme plus lent. […] Les pertes financières cumulées dues au stress thermique devraient atteindre 2 400 milliards de dollars US ».

Selon une étude de l'Université fédérale de Rio de Janeiro, 38 millions de Brésiliens (sur 215 millions) en souffrent près de 25 jours par an. Et d'après le ministère public brésilien du Travail, les professions les plus à risques — outre les vendeurs ambulants — sont les éboueurs, les chauffeurs de bus et de camions, les manutentionnaires, les agents de sécurité, les employés de supermarché et de chaînes de production, les travailleurs agricoles et ceux travaillant sur les chantiers de construction.

« Les chantiers sont déjà des lieux dangereux en temps normal, mais la chaleur extrême décuple le danger. Les travailleurs peuvent s'évanouir ou être pris de vertiges à chaque instant, lâcher leur marteau sur la tête d'un de leurs collègues, s'évanouir au volant d'une machine ou d'un marteau-piqueur », expose Ricardo Nogueira.

Ce représentant du Syndicat des travailleurs des industries de la construction civile (Sintraconst) de Rio de Janeiro et technicien en sécurité au travail fustige également le non-respect par les entreprises de la loi brésilienne votée en 2022 prévoyant « des temps de pause permettant la récupération thermique dans les activités exercées dans des lieux ouverts ». « Parfois, les ouvriers doivent aller à l'encontre des ordres de leurs supérieurs, qui les traitent de fainéants et de faibles quand ils prennent une pause pour s'hydrater », dénonce-t-il.

Sans pour autant avoir pu communiquer à Equal Times des données chiffrées, le ministère public du Travail brésilien a relevé une « augmentation des dénonciations relatives à l'exposition à une chaleur excessive » en 2023, selon Cirlene Luiza Zimmermann, de la Coordination pour la défense de l'environnement du travail et de la santé des travailleurs (CODEMAT), s'appuyant notamment sur des données collectées dans l'état de São Paulo. « Les plaintes font état de déshydratation, de malaises, de vertiges, d'évanouissements, de maux de tête et d'épuisement physique », affirme-t-elle. Dans certaines situations, le risque peut même se révéler mortel avec une réponse extrême du corps : arrêts cardiaques soudain ou syncopes avec complications.

Cancers de la peau et maladies infectieuses

Le changement climatique peut impliquer, dans certaines régions, un plus grand nombre de jours d'ensoleillement. Or, la surexposition aux rayons ultraviolets du soleil peut être responsable d'une maladie ophtalmologique fréquente chez les pêcheurs, le ptérygion, qui se caractérise par une croissance anormale de tissu sur le blanc de l'œil, mais surtout, des maladies cutanées. « Soixante-dix pour cent des gens qui travaillent en étant directement exposés au soleil, développent des cancers de la peau », affirme Antonio Oscar Junior, géographe spécialiste des changements climatiques et professeur à l'Institut de géographie de l'Université d'Etat de Rio de Janeiro.

Ton monotone de celle rompue à la vente de barbes à papa et tee-shirt rose peinant à protéger ses bras des rayons, Cione Ribeiro a bien conscience des risques qu'elle encourt en travaillant sur la plage Vermelha. « Ici, tout le monde finit par contracter un cancer de la peau. J'ai peur d'en attraper un, mais j'ai bien besoin de travailler », relate la sexagénaire.

« Plusieurs de mes collègues ne se protègent pas et se plaignent de problèmes de peau. Ils ont le corps blessé par le soleil. Du jour au lendemain, je ne les revois plus. Ils disparaissent », renchérit son collègue Elias Vieira Gonçalves, vendeur ambulant depuis 1997.

Leur situation est d'autant plus précaire qu'en tant que travailleurs indépendants, ils reposent sur leurs propres deniers pour se procurer de la crème solaire. « Parfois, j'en utilise, mais en ce moment, je n'en ai plus. Quand je me retrouve à sec, je n'ai pas de quoi en acheter », déplore Edimar Santiago, le vendeur de brochettes.

L'augmentation de la température et de l'humidité favorise la prolifération de moustiques, vecteurs de maladies infectieuses, comme la dengue. « Actuellement la cinquième cause d'arrêt de travail au Brésil », selon Antonio Oscar Junior. En février dernier, la ville de Rio de Janeiro s'est déclarée en état d'urgence sanitaire en raison d'une épidémie de dengue, plus intense et plus précoce que les années précédentes. Selon le ministère de la Santé, le Brésil a déjà enregistré 2,5 millions de cas (dont une centaine mortels) au premier trimestre 2024.

Si cette maladie n'est pas directement considérée comme « professionnelle », certains lieux de travail, comme les exploitations agricoles ou les chantiers, exposent plus que d'autres les travailleurs à des contaminations. « Dans le secteur de la construction par exemple, il existe un très grand potentiel de développement de moustiques », ajoute le géographe. La fièvre peut durer jusqu'à une semaine, incapacitant les travailleurs pour plusieurs jours. Une situation problématique pour celles et ceux qui travaillent de manière informelle et qui ne disposent pas de couverture santé.

Depuis plusieurs années, les syndicats sectoriels brésiliens sont très engagés dans les actions d'information et de prévention des travailleurs. « La campagne vise à sensibiliser la population, en plus d'encourager la vaccination, mais aussi d'informer contre les ‘fake news' », expliquait Mauri Bezerra dos Santos Filho, vice-président de la Confédération nationale des travailleurs en sécurité sociale (CNTSS/CUT), à Brasilia le 22 février devant le Conseil national de Santé, préoccupé par la propagation d'une autre forme d'épidémie sur les réseaux sociaux : la désinformation.

Événements climatiques extrêmes

Le 28 avril est la date choisie par l'Organisation internationale du travail (OIT) pour promouvoir annuellement la prévention des accidents et les maladies professionnels et commémorer la mémoire des travailleurs morts ou blessés au travail. Cette année, l'OIT a choisi de mettre l'accent sur les effets néfastes et durables du changement climatique sur la sécurité et la santé au travail, en produisant un rapport complet sur le sujet, et publié le 22 avril dernier.

Parmi les impacts, les experts listent, à la suite de ceux précédemment évoqués, les phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et les incendies de forêt, qui devraient augmenter en nombre, en gravité et en intensité. Ces dernières années, ces catastrophes sont de plus en plus présentes dans l'actualité brésilienne : cyclone meurtrier dans le sud, feux infernaux dans le Pantanal ou le Cerrado, pluies torrentielles et glissements de terrain près de São Paulo, etc.

Au Brésil, comme ailleurs, les travailleurs d'urgence et de secours sont ainsi amenés à se retrouver plus souvent en première ligne, augmentant ainsi pour eux les risques de blessures et de décès. La santé des pompiers peut également être affectée par les risques cancérigènes liés aux fumées ; celle du personnel de secours peut être touchée par des pollutions chimiques ou biologiques (liées aux rejets d'égouts) provoquées par les inondations.

Par ailleurs, ces événements intenses et dangereux peuvent aussi causer des syndromes de stress post-traumatiques (SSPT) chez cette catégorie de travailleurs.

« Nous reconnaissons qu'il s'est agi d'une saison sans précédent et que les pompiers forestiers peuvent être confrontés à des problèmes allant du traumatisme à l'isolement, en passant par le manque de soutien social et l'épuisement physique et émotionnel », affirme ainsi Melissa Story, coordinatrice d'Alberta Wildfire, en septembre 2023, dans un reportage pour le média canadien The Narwhal, sur les soldats du feu en première ligne face aux méga-feux qui ont ravagé les forêts du Canada l'année dernière.

Ceci est un aspect souvent oublié et peu étudié : les aléas climatiques, outre les impacts physiques, affectent de plus en plus la santé mentale des travailleurs. Les températures extrêmes, en affectant l'humeur, augmentent le risque de suicide et ont un impact sur le bien-être des personnes ayant déjà des problèmes de santé mentale. La détresse associée aux bouleversements climatiques et environnementaux, en cours ou anticipés, qui affectent les moyens de subsistance et la cohésion sociale de communautés, peut être à l'origine d'anxiété climatique ( ou « solastalgie »).

Discriminations socioéconomiques et racistes

Comme en atteste la situation particulièrement à risque du secteur de la construction, les maladies liées aux effets du réchauffement climatique sont le reflet de discriminations socioéconomiques. « La majorité des travailleurs de bureau ont accès à de la climatisation et à un environnement à 21 degrés, alors que les travailleurs sur les chantiers sont exposés à des températures avoisinant les 50 degrés : c'est complètement surréaliste ! », s'exclame le représentant syndical Ricardo Nogueira, avant de poursuivre : « La climatisation dans les bureaux est nécessaire pour empêcher le matériel informatique de ‘crasher', alors les entreprises sont plus préoccupées par leur équipement électrique que par leurs travailleurs. Là où il y a un ordinateur, il y aura toujours de la climatisation. En revanche, quand les ouvriers du bâtiment vont déjeuner au réfectoire, il y aura tout au plus un ventilateur. »

Et comme l'ajoute l'universitaire Antonio Oscar Junior : « Ces travailleurs en bas de la pyramide sont aussi ceux exposés à la chaleur une fois rentrés chez eux. La plupart du temps, leurs maisons ne sont pas climatisées. Ils subissent donc potentiellement du stress thermique 24 heures sur 24. Biologiquement parlant, le corps ne peut pas tenir ».

Au Brésil, pays héritier d'un passé esclavagiste, cette discrimination revêt également une dimension raciale. « Quelle est la population qui travaille principalement dans le secteur de la construction, dans les usines et comme chauffeur de bus ? Ce sont les hommes noirs », avance Antonio Oscar Junior.

« Ils sont donc beaucoup plus exposés que les blancs aux effets du changement climatique. Cela relève d'une injustice climatique, mais aussi d'un racisme environnemental. »

Sur la plage Vermelha, rares sont les vendeurs ambulants qui ont déjà consulté un médecin du travail. Le cas d'Edimar Santiago est représentatif. « Il y a deux mois, il faisait si chaud, qu'après une journée à travailler au soleil, j'ai eu une brûlure au visage. Ça a fini par disparaître au fil des jours. Je ne suis pas allé voir de médecin. Je n'ai pas le temps… sauf quand il pleut », se justifie cet habitant de la favela Complexo do Alemão à Rio de Janeiro.

Selon Antonio Oscar Junior, mettre en place des politiques de santé publique nécessiterait de « générer des données adéquates ». Or, le chercheur a observé une sous-déclaration des décès dus à des maladies liées aux effets climatiques. « Les médecins du travail ne sont pas préparés à ce type de diagnostiques. Ils ne mettent pas en cause les températures élevées », explique-t-il. « Dans les dossiers médicaux des travailleurs, les conséquences du réchauffement climatique finissent donc par être occultées. »

Cirlene Luiza Zimmermann relève pour sa part : « Les programmes de santé et de sécurité au travail doivent être mis à jour pour intégrer les questions liées aux changements climatiques, en fournissant des lignes directrices précises pour faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes, en prévoyant la mise en œuvre de systèmes d'alerte précoce et la promotion d'une culture organisationnelle qui accorde la priorité à la sécurité et au bien-être des travailleurs dans toutes les conditions météorologiques. »

24.04.2024 à 09:11

Le pacte européen sur la migration et l'asile : une nouvelle occasion manquée

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Toute personne imaginant que le nouveau pacte sur la migration et l'asile de l'Union européenne renforcera la solidarité entre les États membres, ou avec les personnes fuyant la faim ou les conflits, ne connaît pas le sens du mot. La Confédération européenne des syndicats (CES) s'est toujours opposée à cet ensemble de mesures et continuera à faire campagne pour en limiter les pires impacts.
Ce pacte signifie que davantage de personnes, de familles et d'enfants fuyant la guerre, l'extrême pauvreté et, (...)

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Texte intégral (1886 mots)

Toute personne imaginant que le nouveau pacte sur la migration et l'asile de l'Union européenne renforcera la solidarité entre les États membres, ou avec les personnes fuyant la faim ou les conflits, ne connaît pas le sens du mot. La Confédération européenne des syndicats (CES) s'est toujours opposée à cet ensemble de mesures et continuera à faire campagne pour en limiter les pires impacts.

Ce pacte signifie que davantage de personnes, de familles et d'enfants fuyant la guerre, l'extrême pauvreté et, de plus en plus, les catastrophes climatiques, seront désormais traités comme des prisonniers par les pays européens qui se targuent si souvent d'être les plus respectueux des droits humains et des libertés. Voilà un exemple classique de deux poids, deux mesures, qui trahit l'obligation morale et légale de l'UE de respecter le droit à la protection internationale. Il mènera inévitablement à davantage de violations des droits fondamentaux, à des refoulements illégaux, à des détentions (y compris d'enfants) et à des renvois vers des pays dangereux.

En l'absence de voies d'accès sûres et régulières, les personnes à la recherche de sécurité ou de meilleurs moyens de subsistance sont contraintes d'emprunter des itinéraires de plus en plus dangereux, ce qui a fait de 2023 l'année la plus meurtrière jamais enregistrée depuis 2015. Rien qu'en Méditerranée, plus de 2.500 personnes sont mortes ou ont disparu l'année dernière, un chiffre qui ne représente que la partie émergée de l'iceberg. Le pacte n'aborde pas cette question et continue au contraire à renforcer la « forteresse Europe ».

Il n'aidera certainement pas les travailleurs. Encore plus d'argent sera gaspillé pour construire la forteresse Europe à un moment où l'UE s'apprête à introduire de nouvelles règles fiscales qui imposeraient des réductions des dépenses sociales et climatiques dans le cadre de l'austérité 2.0.

La régularisation du statut de l'immigration aiderait plus que toute autre mesure les travailleurs, tant migrants que locaux, en empêchant les employeurs d'exploiter les travailleurs migrants en situation irrégulière pour réduire les salaires.

Le fait de priver les travailleurs migrants sans papiers et les demandeurs de protection de leurs droits humains ne profite qu'aux employeurs qui les utilisent comme main-d'œuvre bon marché, parfois dans des conditions choquantes, créant ainsi des divisions entre les travailleurs et faisant baisser les salaires et les normes pour tous.

Tous les travailleurs doivent être traités sur un pied d'égalité

La CES demande que les demandeurs d'asile aient le droit de travailler dans tous les États membres. Les syndicats et les employeurs doivent travailler ensemble pour garantir des conditions d'emploi décentes, élément essentiel pour renforcer la solidarité entre les travailleurs et l'égalité des chances et de traitement pour tous.

La CES a démontré que l'accès au travail dans des conditions égales et la capacité à faire valoir ses droits en matière d'emploi sont essentiels à l'obtention des droits fondamentaux, y compris la citoyenneté. La CES soutient ses membres pour organiser tous les travailleurs migrants, y compris les demandeurs d'asile, les réfugiés et les personnes sans papiers, et leur permettre, à travers l'adhésion à un syndicat, de participer à la négociation collective et à l'action commune. Tous les travailleurs, quel que soit leur statut d'immigration ou leur nationalité, doivent être traités sur un pied d'égalité, dans le respect de leurs droits humains universels.

Dans le cadre de son partenariat européen pour l'intégration, la Commission européenne a reconnu le rôle clé que jouent les syndicats dans l'intégration du marché du travail. La CES s'est engagée à continuer à faire campagne pour que tous les migrants et réfugiés aient le droit de travailler, de participer aux négociations collectives, d'intégrer le marché du travail sur la base du principe de l'égalité de traitement et d'accéder aux services et à la protection sociale.

Au lieu d'ériger des murs dans une vaine tentative de dissuader des personnes désespérées, l'UE devrait proposer des canaux réguliers pour la migration de la main-d'œuvre afin de permettre aux migrants de vivre et de travailler, avec un système commun et bien financé pour les accueillir et les intégrer dans les sociétés d'accueil.

La Commission l'a reconnu, la migration est — et a été tout au long de l'histoire de l'humanité — une réalité, et avec la multiplication des conflits et des phénomènes météorologiques extrêmes, le nombre de personnes cherchant refuge en Europe ne fera qu'augmenter.

En 2022, la Commission européenne a fait état de quelque 1,08 million de citoyens non européens en situation irrégulière dans l'UE, soit une augmentation de 59 % par rapport à 2021. Mais ce chiffre est sans aucun doute sous-estimé, les chiffres réels atteignant plusieurs millions. Les femmes sans papiers, en particulier, n'ont aucun droit à la protection contre la violence de genre en vertu de la législation européenne et risquent d'être expulsées si elles cherchent à obtenir justice. Selon la Plateforme de coopération internationale sur les migrants sans papiers (PICUM), des dizaines de milliers de femmes en Europe voient leur statut d'immigrée passer avant leurs besoins en tant que victimes.

L'UE a « externalisé » ses responsabilités vers des pays tiers où les migrants n'ont aucune garantie que leurs droits seront respectés. La CES a condamné cette politique. Elle a protesté, par exemple, auprès de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, contre le récent partenariat UE-Tunisie conclu avec un gouvernement qui a réprimé les syndicats, les migrants et la société civile. Pourtant, des accords similaires avec la Mauritanie et l'Égypte devraient bientôt être conclus avec le Maroc et la Libye.

Loin de garantir la solidarité européenne, les gouvernements seront libres de choisir les mesures à appliquer, et des États comme la Hongrie et la Pologne ont déjà exprimé leur réticence en la matière. Les États membres pourront se soustraire à des garanties essentielles s'ils affirment qu'un pays tiers pousse des gens vers leurs frontières (ce que l'on a appelé « l'instrumentalisation de la migration »). Même le cadre de l'UE pour la réinstallation, annoncé en grande pompe, est volontaire et ne contribuera guère à alléger la pression qui pèse sur les pays en première ligne d'arrivée des réfugiés. Et les États membres auront une excuse pour négliger leurs obligations légales en vertu d'accords internationaux tels que la Convention de Genève de 1951.

Le pacte a pour objectif de consolider la forteresse Europe en renforçant massivement les capacités de Frontex, l'agence des frontières et des garde-côtes européens, en refoulant ou en détenant les arrivants sans tenir compte de leurs demandes de résidence valables (par exemple pour des raisons médicales ou de regroupement familial). Les personnes qui font appel peuvent être expulsées dans l'attente d'une décision. Il encouragera les refoulements cruels et illégaux qui se produisent déjà. Il menace les opérations humanitaires de recherche et de sauvetage qui permettent de sauver des vies en mer, ce qui va à l'encontre du droit maritime international. La surveillance sera renforcée, par la collecte forcée des données biométriques et des empreintes digitales des migrants, sans grand respect pour les droits humains.

Un appel en faveur d'une approche politique qui promeut les droits humains universels

La CES condamne les politiciens et les partis populistes qui, pour leurs propres intérêts, attisent le racisme, la haine et la xénophobie, en rejetant sur les migrants et les demandeurs d'asile la responsabilité des problèmes que leurs politiques sont incapables de résoudre. Ce sont ces attitudes qui ont formé le cadre permettant au pacte d'obtenir un soutien, et les mesures proposées peuvent exacerber la discrimination et la suspicion à l'égard des migrants, renforçant potentiellement l'extrême droite en Europe.

Au début du mois, la veille du vote d'approbation du Parlement européen, 161 organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, Amnesty International, Oxfam et PICUM, ont mis en garde contre l'adoption de ce pacte « honteux ». Selon Save the Children, il aboutira à la détention et à la criminalisation de familles et d'enfants, qui pourront être expulsés sans représentation légale ni recours.

La migration vers l'Europe pourrait faire l'objet d'une gestion empreinte de compassion et de respect des droits humains universels. La « crise des migrants » ne devrait pas du tout en être une. Mais ce pacte n'apporte pas le leadership courageux qui s'avère nécessaire. La CES réitère son appel en faveur d'une approche politique qui promeut les droits humains universels, prévient la souffrance et l'exploitation tout en favorisant une véritable solidarité et une responsabilité partagée.

19.04.2024 à 04:00

Jean Bonald G. Fatal, Jacques Belzin : « En Haïti, pour régler de manière concrète et définitive l'insécurité, il faut résoudre le problème du chômage et donner de l'emploi »

Frédéric Thomas

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Depuis le 29 février 2024, Haïti est en proie à une nouvelle vague de violence orchestrée par les bandes armées. Le Premier ministre, Ariel Henry, en voyage à l'étranger et dans l'incapacité de rentrer dans le pays, puis lâché par Washington qui le soutenait à bout de bras jusque-là, a annoncé sa démission le 11 mars.
Sous l'égide de la Communauté des Caraïbes (Caricom), un Conseil présidentiel de sept membres (et de deux observateurs) – issus des partis politiques, du secteur privé et de la société civile –, (...)

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Texte intégral (1619 mots)

Depuis le 29 février 2024, Haïti est en proie à une nouvelle vague de violence orchestrée par les bandes armées. Le Premier ministre, Ariel Henry, en voyage à l'étranger et dans l'incapacité de rentrer dans le pays, puis lâché par Washington qui le soutenait à bout de bras jusque-là, a annoncé sa démission le 11 mars.

Sous l'égide de la Communauté des Caraïbes (Caricom), un Conseil présidentiel de sept membres (et de deux observateurs) – issus des partis politiques, du secteur privé et de la société civile –, a été mis en place. Il devra nommer un Premier ministre par intérim et organiser une phase transitoire en vue d'organiser des élections. La communauté internationale et singulièrement les États-Unis appellent ainsi à organiser dans l'urgence une transition qu'ils ont obstinément rejetée alors qu'elle était au cœur du projet de l'Accord de Montana, signé le 30 août 2021, réunissant un large éventail d'acteurs de la société civile, dont les syndicats.

Quelle analyse les syndicats haïtiens font-ils de la crise actuelle et du Conseil présidentiel ? Comment voient-ils le rôle des acteurs internationaux et de la mission multinationale armée sollicitée par Ariel Henry, autorisée en octobre 2023 par l'ONU, et qui devrait se déployer sous autorité kényane ?

Jacques Belzin, président de la Confédération des travailleurs haïtiens (CTH) et Jean Bonald G. Fatal, président de la Confédération des travailleurs et travailleuses des secteurs public et privé (CTSP) ont donné un entretien à Equal Times.

Comment arrivez-vous à travailler dans la situation actuelle ?

Jean Bonald G. Fatal : Personnellement, je ne peux pas travailler. Je travaille comme fonctionnaire, mais beaucoup de bâtiments de l'État sont occupés par les gangs ou ont été brûlés par eux. D'autres sont fermés par peur des incendies et des pillages. D'autres encore sont occupés par des gens qui ont dû fuir leurs maisons à cause de la violence. Pratiquement tout le monde est terré chez soi. Il n'y a, à Port-au-Prince, aucune possibilité d'organiser des réunions présentielles, alors nous faisons des réunions virtuelles.

Jacques Belzin : On est bloqué chez soi, mais, en tant que responsable d'une organisation syndicale, on est obligé de travailler, d'assumer sa responsabilité, de porter les revendications des travailleurs. Il faut préciser cependant que le problème de l'insécurité frappe tout particulièrement Port-au-Prince, qui est occupé à plus de 90% par les gangs armés ; les autres départements du pays fonctionnent, les gens travaillent et on doit les accompagner.

Comment analysez-vous la situation et la mise en place, facilitée par la Caricom, de ce Conseil présidentiel qui aurait la charge d'assurer la transition ?

J.B.G.F. : Nous sommes dans une crise, conçue, nourrie par la communauté internationale, et celle-ci continue dans les mêmes erreurs. Ainsi, la Caricom a invité comme acteurs pour discuter de la crise les mêmes personnes qui ont provoqué cette crise. Par exemple, les employeurs, parmi lesquels ceux qui avaient signé l'accord du 21 décembre 2022 de l'ex-premier ministre, Ariel Henry. Ils sont présents alors que le secteur formel ne représente qu'entre 8 et 12% de l'économie et que les syndicats, qui représentent les travailleurs et travailleuses tant de l'économie formelle qu'informelle, n'ont pas été invité à la table de négociation !

Exclusion des syndicats, mais aussi des femmes. Dans ce conseil de neuf personnes, il y a huit hommes et une seule femme. Et une femme désignée à la toute dernière minute, à la suite du retrait d'un homme, qui est observatrice ; elle n'aura aucun droit de vote. Ceux qui vont décider seront sept hommes.

J.B. : Le dossier Haïti est maintenant entre les mains de la Caricom. Nous lui avons adressé une correspondance pour demander l'intégration des représentants des travailleurs et travailleuses à la table des négociations. On pourrait dire que le secteur syndical se fait représenter indirectement à travers Fritz Jean qui a été désigné comme le représentant de l'Accord de Montana dont nous faisons partie, mais la CTH et la CTSP ont demandé de participer directement aux négociations.

C'est aussi que l'accord de Montana est en partie dénaturé. Des partis politiques traditionnels l'ont intégré, puis se sont retirés. D'autres ont même rejoints Ariel Henri pour affaiblir cet accord. Les politiques ne pensent qu'à leurs intérêts politiciens et dénaturent l'objectif de cet accord qui est d'engager « une transition de rupture ». Il faut que la société civile organisée arrive – ce n'est pas encore le cas – à instituer une masse critique qui fasse levier pour constituer un pouvoir de transition.

Vous ne mettez guère d'espoir dans le Conseil présidentiel ?

J.B.G.F. : C'est une montagne qui va accoucher d'une fourmi. Haïti a fait plusieurs expériences de ce mode de gouvernance, sans résultat ; cela a, à chaque fois, échoué.

J.B. : En 1986, après le départ de Duvalier, on a eu une sorte de conseil présidentiel ; cela n'a pas donné de résultats. Je ne veux pas être prophète de malheur ni un oiseau de mauvais augure, mais il y a peu de chance pour que ce Conseil présidentiel remplisse la mission pour laquelle il a été créé. Est-ce que les choses vont évoluer ?

Qu'en est-il de la perspective de la mission multinationale armée ?

J.B.G.F. : C'est une mauvaise blague. En-dehors du problème de légitimité d'une intervention internationale, cette force n'a aucune capacité pour résoudre la crise. Si on voulait vraiment aider Haïti, il faudrait soutenir les forces armées et policières haïtiennes, leur donner des équipements et des armes. Le problème, ce n'est pas la police en tant que tel, mais sa gouvernance ; les politiques qui prennent les décisions et fixent les grandes lignes de la stratégie de la police.

J.B. : Il faut une force pour contrecarrer les actions de ces bandits - je parlerais même de « terroristes », car les actes qu'ils commettent sont de nature terroriste. Sans cela, il n'y aura pas de paix. La police nationale est là, mais, il faut le dire, elle est gangstérisée. On doit quand même réformer ses structures pour la renforcer. Il faut d'abord attendre l'installation du Conseil présidentiel. Mais pour que le Conseil soit installé, il faut un dégel de la situation sécuritaire. On est dans un cercle vicieux.

En tant qu'organisations syndicales, avez-vous des propositions pour sortir de cette crise ?

J.B.G.F. : En-dehors des gangs, le problème, c'est le chômage. Plusieurs milliers de jeunes font partie des bandes armées car ils n'ont aucun espoir. L'espoir est mort. Nous voulons éradiquer les gangs, mais on ne peut pas le faire uniquement avec les armes. Il faut attaquer le problème à ses racines. Le problème des armes est ponctuel, mais pour régler de manière concrète et définitive l'insécurité, il faut résoudre le problème du chômage et donner de l'emploi, ainsi que d'autres perspectives à la jeunesse haïtienne.

J.B. : Le chantier économique est prioritaire. Il ne peut pas y avoir de paix sans une économie qui fonctionne. Nous vivons dans un pays centralisé où tout se trouve à Port-au-Prince, où la douane est vandalisée, où nous avons perdu plus de 26.000 emplois dans le secteur textile et où l'État n'arrive même pas à payer ses fonctionnaires. Il faut mettre sur pied une commission économique multisectorielle et que l'État et les bailleurs renforcent l'économie nationale.

Quel rôle peuvent jouer les acteurs internationaux ?

J.B.G.F. : On parle de l'Ukraine, de Gaza, alors que notre situation est tout aussi grave. On voudrait que la Confédération syndicale internationale (CSI) soit plus exigeante envers l'OIT, Organisation internationale du travail, qui a aussi été créée pour empêcher ce type de crimes contre la population. On compte sur les syndicats pour soulever la conscience internationale sur ce qui se passe en Haïti car nous vivons dans un pays où les gangs tuent, pillent, violent en toute impunité. Il faut un réveil national et international.

J.B. : Il faut que cesse l'hypocrisie de la communauté internationale. Elle a contribué à créer une situation et nous sommes en train d'en payer les conséquences. En ma qualité d'Haïtien, je ne demande pas à la communauté internationale de venir régler la crise à notre place, mais elle a une grande responsabilité. D'ailleurs, d'où proviennent les armes des gangs ?

Pourquoi les États-Unis donnent tant d'argent à Israël pour écraser la Palestine et rien ou si peu pour renforcer notre police, alors que nous sommes leurs voisins, à moins de deux heures de vol ? Et il faut que l'Europe ne se laisse pas entraîner par les États-Unis, que les citoyens européens sachent qu'on a besoin de leur solidarité.

17.04.2024 à 10:13

Rencontre avec Yaya Coulibali, marionnettiste malien menacé par des djihadistes

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