02.02.2026 à 05:00
01.02.2026 à 20:45
Depuis plusieurs mois, les archives privées du milliardaire américain Jeffrey Epstein sont publiées par le ministère de la Justice des Etats-Unis. Une nouvelle salve de documents (consultables ici) ont été déclassifiés ce 31 janvier : mails, SMS… La correspondance du milliardaire, tristement célèbre pour avoir organisé sur son île des orgies pédocriminelles, des actes de torture, etc. De nombreux acteurs du monde des affaires, de la politique (dont Donald Trump) et de la culture trempent dans cette sinistre affaire.
À côté des innombrables (« un millier ») de victimes d’agressions sexuelles, de maltraitances, de torture, de meurtre et de trafic d’être humains, Epstein utilisait son influence sur la vie économique et politique de son pays, mais aussi à l’étranger, y compris en France. Parmi les milliers de noms échangés, deux attirent l’attention : « National Front » (Front National, ndlr.) et « Le Pen ». Les archives révélées fin janvier jettent en effet un trouble sur les liens de J. Epstein avec l’extrême droite française, en particulier la famille de Marine Le Pen. Des connexions qui tendent à montrer les liens de l’extrême droite avec les capitalistes, russes ou américains, y compris ceux liés au trafic d’être humains et à la pédocriminalité. Notre article.
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Jeffrey Epstein est emprisonné en juillet 2019 (et décède quelques jours plus tard). Mais les semaines précédant son incarcération, il aurait encore échangé avec ses associés et collaborateurs sur le meilleur moyen de financer la campagne du Rassemblement National (RN) pour les élections européennes de mai 2019. L’intérêt du milliardaire pour l’extrême droite française n’est pas nouveau.
Puis, courant 2018-2019, avant les élections européennes, les choses s’accélèrent. En juillet 2018, le journaliste Michaell Wolff, associé d’Epstein, a écrit à ce dernier avoir rencontré des représentants de la droite française, « dont le mari de Le Pen », à l’époque Louis Alliot, actuel maire de Perpignan et vice-président du RN. Aliot cherchait d’autres sources de financement pour son parti, autres que russes. En effet, les emprunts russes du FN sont connus depuis 2013, et les liens des lepénistes avec Moscou sont loin d’être rompus. Au passage, les émissaires de Le Pen « avaient l’air d’idiots », « non professionnels (sinon grotesques) », d’après l’associé d’Epstein.

Pendant la mobilisation des Gilets Jaunes, alors que la Cinquième République vacille, Steve Bannon (très proche conseiller de Trump) échange par SMS avec un interlocuteur (dont on devine qu’il s’agit d’Epstein). Ce dernier verrait bien Marine Le Pen jouer un rôle de premier plan en cas de changement de gouvernement, voire de Président en France.
Au printemps 2019, alors que la campagne des élections européennes bat son plein, les réseaux de Epstein s’activent pour lever des fonds pour financer les candidats d’extrême droite en Europe. L’un des fidèles du milliardaire lâche, en mars 2019 qu’il est « occupé à lever des fonds pour Le Pen et Salvini [alors leader de l’extrême droite italienne, ndlr.] ».

En avril de la même année, sur ces mêmes aides financières au RN, un collaborateur d’Epstein détaille : « Je viens d’appeler mes gars au Front National – Je crois avoir fait mouche sur leur financement !!! », évoquant ensuite un prêt à taux zéro qui serait accordé au parti de Le Pen et Bardella (alors tête de liste). Puis les échanges de messages en disent davantage sur le montant de cette « aide » : « 4,7 millions » d’euros auraient été versés à la campagne de Bardella en 2019, sous forme d’un prêt sans intérêt. On comprend que les échanges ont été intenses entre Epstein et le RN, assez pour connaître la stratégie de communication : « Le Pen va attende avant de faire une annonce, car les médias s’emballent déjà pour le montant des fonds levés ».

Le 16 mai 2019 dans l’après-midi, quelques heures avant l’annonce des résultats des élections, Epstein et ses associés sentent le vent tourner en faveur de l’extrême droite : « Le Pen contrôle la situation », écrit l’un d’eux, tout en ayant accès aux résultats, pourtant confidentiels avant 20h, en France et en Italie.

Ces révélations mettent en lumière l’arrière-cuisine du RN. Le clan Le Pen veut s’extirper de ses liens troubles avec l’oligarchie russe, alors il se serait jeter dans les bras des capitalistes américains les plus crasses. D’après les documents révélés, Jeffrey Epstein et ses réseaux se sont activés pour aider la campagne de Jordan Bardella en 2019, levant plusieurs millions d’euros à cette fin. Les motifs de ce possible soutien financier sont explicites sous la plume d’Epstein et ses collaborateurs : l’avenir politique de Macron est beaucoup plus incertain en 2019 par rapport à 2017. Après l’hypothèque de l’option néolibérale, l’extrême droite est le meilleur moyen pour la bourgeoisie de maintenir sa domination politique et économique.
La lumière doit être faite sur les liens entre Epstein et le Rassemblement National. D’après les documents révélés, le parti de Le Pen aurait bénéficié de l’aide financière du milliardaire pédocriminel, quelques mois à peine avant sa mort. Marine Le Pen et Jordan Bardella ont-ils effectivement toucher ces 4,7 millions d’euros comme ces documents tendent à le démontrer ? Si c’est avéré, les complaisances de l’extrême droite avec la pédocriminalité, de Epstein à Morandini, ne troublent pas les rangs lepénistes, pourvu qu’elle serve leur communication ou leur porte-monnaie.
Par Alexis Poyard
31.01.2026 à 18:00
31.01.2026 à 14:00