Lien du flux RSS
Quotidien en ligne sans publicité, du Maroc à l’Afghanistan

▸ les 10 dernières parutions

23.03.2026 à 06:00

« Des enfants regardent avec envie les cadeaux qu'ils ne recevront pas »

Rami Abou Jamous
img

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami raconte l'aïd à Gaza, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant la destruction de ce territoire. La guerre livrée par Israël a également profondément changé la structure de la société, isolant désormais les membres des familles qui vivaient en communauté. Vendredi 20 mars 2026. Aujourd'hui, c'est l'Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan. D'habitude, les nombreux préparatifs se font plusieurs jours à (…)

- Dossiers et séries / , , , ,
Texte intégral (1698 mots)

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami raconte l'aïd à Gaza, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant la destruction de ce territoire. La guerre livrée par Israël a également profondément changé la structure de la société, isolant désormais les membres des familles qui vivaient en communauté.

Vendredi 20 mars 2026.

Aujourd'hui, c'est l'Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan. D'habitude, les nombreux préparatifs se font plusieurs jours à l'avance, dans la joie. On confectionne des maamoul, des gâteaux à la semoule fourrés de dattes ou de pistaches. Chaque famille offre des assiettes de pâtisseries à ses proches et à ses amis. On achète du chocolat, et surtout, des habits neufs pour les enfants. C'est aussi la joie des repas communs dans les « immeubles familiaux », ces maisons où le père et la mère cohabitent avec les familles de leurs fils, qui habitent chacun à un étage.

À présent, tout cela n'existe plus. La majorité des familles sont dispersées. Elles sont désormais réduites à la famille nucléaire, ce qui n'est pas dans nos traditions. Nombre d'entre elles n'ont pas de gaz pour préparer les maamoul. Et le génocide continue à bas bruit. Jeudi encore, il y a eu deux morts dans le quartier Zeitoun, et deux dans le quartier de Chajaya, ciblés directement par l'armée d'occupation. Leurs familles se préparaient à faire la fête, elles se retrouvent brusquement en deuil.

Quelques privilégiés

Pour la grande majorité des habitants de Gaza, c'est aussi un aïd dans la pauvreté. Je suis allé avec Walid dans un supermarché pour acheter du chocolat. Mon fils a désormais quatre ans, c'est la première année où il comprend vraiment ce que veut dire l'aïd. On lui a expliqué la signification de la fête au jardin d'enfants. Comme tous les enfants, il pense évidemment aux plaisirs qui l'accompagnent : les jouets, les habits et le chocolat. Il m'a demandé : « Papa, c'est l'aïd, on peut aller acheter du chocolat ? » Je l'ai emmené dans ce qu'on appelle ici un mall (centre commercial), c'est-à-dire un supermarché qui s'étend sur une superficie entre 500 et 1 000 mètres carrés. Quelques-uns sont encore debout.

Il y avait beaucoup de chocolats et de pâtisseries, mais à des prix très élevés. Seulement quelques mamans accompagnées de leurs enfants poussaient des caddies remplis de sucreries et de jus de fruits. Rien à voir avec l'affluence d'avant-guerre les jours de fête, où l'on attendait longtemps devant les caisses tellement il y avait de monde. Ces clients ne sont pas du tout représentatifs de la population de Gaza. Ils appartiennent à la minorité qui dispose d'un revenu régulier, parce qu'ils travaillent pour des ONG internationales, par exemple.

Il y a aussi ceux qui reçoivent de l'argent de l'étranger. Moi, je travaille, je reçois un peu d'argent pour mes articles et mes sujets audiovisuels. Je reçois aussi de l'aide de la part de quelques amis, et de mon frère qui vit aux États-Unis. Sans cela, je ne pourrais pas vivre une existence à peu près normale, qui me permet d'acheter du chocolat et des vêtements à mon fils. Des choses qui étaient à la portée de tout le monde et qui sont devenues des privilèges.

Entre les associations et les influenceurs

Devant l'une des caisses, les gens qui faisaient la queue avaient l'air plus fatigué, moins bien habillés que les autres. Ils donnaient l'impression de fréquenter ce mall pour la première fois depuis longtemps. Le caissier m'a dit que cette file était réservée à ceux qui avaient reçu des coupons des associations caritatives, d'une valeur de 200 à 300 shekels (de 55 à 83 euros). Le kilo de chocolat coûte entre 80 et 140 shekels (entre 22 et 40 euros). Cette somme leur permet donc d'acheter deux kilos de chocolat. Cela peut paraître beaucoup, mais, à Gaza, avec nos familles nombreuses, c'est le strict minimum si l'on compte aussi qu'il faut en offrir à d'autres familles, selon l'usage.

J'étais tout de même content de voir les sourires ravis des enfants, tenant chacun dans leurs mains un petit sachet de chocolat. Mais les bénéficiaires de coupons sont peu nombreux. Les associations n'ont pas les moyens d'en fournir à tout le monde. D'autres Gazaouis reçoivent des dons de ceux que l'on appelle ici les « influenceurs », des gens qui lancent des appels à la charité internationale sur les réseaux sociaux. Là encore, c'est une goutte d'eau dans l'océan, et pour une bonne raison. Nombre de ces influenceurs ne sont pas honnêtes, ils gardent l'argent pour eux. On les reconnaît à leurs vêtements de luxe et à leur façon de balancer ostensiblement leurs téléphones portables dernier cri – ils valent une fortune à Gaza - en descendant de leurs 4x4 à plus de 100 000 dollars (plus de 85 000 euros) devant les supermarchés. On dirait qu'ils ne vivent pas dans le même monde que nous.

Critiques contre les organisations internationales et les influenceurs

Ces images de queues dans les supermarchés ne reflètent pas la vie à Gaza. À quelques mètres des malls, c'est la souffrance silencieuse : des tentes, des gens qui dorment à même la rue, dans des maisons à moitié détruites ou dans les ruines. Et d'autres queues, cette fois devant les citernes, où des enfants attendent de remplir un jerrican d'eau non potable, ou devant les quelques tekiyas, ces cuisines caritatives où ils patientent, une casserole à la main, pour avoir quelque chose à manger à la fin de la journée, en général du riz ou des pâtes. Si les tekiyas n'ont pas été livrées, les gens ne mangent pas. Beaucoup de Gazaouis souffrent toujours de malnutrition, alors qu'il y a tout ce qu'il faut dans les épiceries, mais à des prix exorbitants.

Devant ces épiceries, devant les boutiques de vêtements, des enfants regardent avec envie les cadeaux qu'ils ne recevront pas. Des centaines de milliers d'enfants. Ils me rappellent la petite marchande d'allumettes du conte de Hans Christian Andersen, que j'avais lu à l'école primaire, quand je vivais en Tunisie. Cette petite fille miséreuse, à la rue, n'osait pas rentrer chez elle, car elle n'avait pas réussi à vendre les allumettes confiées par ses parents. Pour se réchauffer, elle craquait chaque allumette et la lumière lui faisait voir, dans une hallucination, tout ce qu'elle n'avait pas : un foyer chaleureux, un repas de fête… J'avais bien sûr été touché par son destin, mais je ne pouvais pas m'identifier à elle, moi qui avais une famille aimante et une maison. Maintenant, je comprends mieux son histoire, parce que je sens la misère des autres, parce que je la vis avec eux.

Depuis le début de la guerre et jusqu'ici, nous étions tous à peu près égaux. Même ceux qui avaient de l'argent ne trouvaient rien à acheter. Aujourd'hui, les Israéliens laissent passer, à dessein, tout ce qui est devenu pour nous un luxe — une tablette de chocolat, des vêtements ou des chaussures —, et que peu de gens ont les moyens de s'offrir.

Les organisations internationales commencent à être très mal vues également ici. On reproche à beaucoup d'entre elles d'utiliser notre souffrance pour leur communication et leur financement, en montrant sur les réseaux sociaux des images de Gazaouis souriants devant un sac de nourriture. Nous trouvons cela humiliant. Parfois, ces initiatives se soldent par des fiascos retentissants. Pendant le ramadan, une association a voulu organiser un iftar géant pour dix mille personnes, qui aurait fourni des vidéos spectaculaires. Mais les repas sont arrivés la veille, et, comme il n'y avait pas où les garder au frais, ils se sont gâtés. Il a fallu tout jeter.

Dans la plupart des cas, la distribution est chaotique, certains récoltent des dons à plusieurs reprises, d'autres jamais. Les critiques montent aussi contre les influenceurs, les associations et les commerçants qui augmentent leurs prix.

Pour les parents, ne pas pouvoir offrir à leurs enfants les cadeaux de l'aïd, alors qu'ils sont à portée de main, est un crève-cœur. Pour ma part, j'ai pu offrir des chocolats et des bonbons à Walid, et quelques vêtements : un pantalon, un gilet chaud et une veste qui lui va bien. Mais des centaines d'enfants sont en train de vivre la vie de la petite marchande d'allumettes. Pour beaucoup d'entre eux, il n'y pas d'aïd. Leur seul espoir, c'est de ne pas se coucher le ventre vide en ce jour de fête. Leur plus beau cadeau serait une casserole remplie de pâtes.

Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.

23.03.2026 à 06:00

Israël. Comment demeurer une Super Sparte

Sylvain Cypel
img

Depuis le lendemain du 7 octobre 2023, Israël mène la guerre sur plusieurs fronts : palestinien, libanais, syrien, iranien, yéménite. Son premier ministre est rapidement passé d'une rhétorique de « défense », au dessein explicite de « redessiner la carte du Proche-Orient ». Mais pour justifier cela, il faut toujours s'inventer un ennemi. C'est une affaire récente passée relativement inaperçue. Elle peut paraître loufoque, mais elle dit beaucoup de ce que sont devenues la classe politique (…)

- Magazine / , , , , , , ,
Texte intégral (3226 mots)

Depuis le lendemain du 7 octobre 2023, Israël mène la guerre sur plusieurs fronts : palestinien, libanais, syrien, iranien, yéménite. Son premier ministre est rapidement passé d'une rhétorique de « défense », au dessein explicite de « redessiner la carte du Proche-Orient ». Mais pour justifier cela, il faut toujours s'inventer un ennemi.

C'est une affaire récente passée relativement inaperçue. Elle peut paraître loufoque, mais elle dit beaucoup de ce que sont devenues la classe politique et la société israéliennes dans leur grande majorité. Ex-premier ministre de juin 2021 à juin 2022, Naftali Bennett, politicien religieux ultranationaliste, mais qui n'a pas adhéré à la mouvance messianique des ministres Itamar Ben Gvir et Betzalel Smotrich, cherche à se forger un profil de rassembleur — et donc de meilleure alternative au premier ministre Benyamin Nétanyahou — dans la perspective des futures élections législatives prévues dans huit mois, si elles ne sont pas avancées. Or, comment se positionner en Israël quand on veut afficher sa différence ? En étant – si j'ose dire – plus catholique que le pape. C'est-à-dire, par les temps qui courent, se montrer plus belliqueux encore que Nétanyahou.

Bennett a trouvé. Il sait, lui, quelle est la prochaine guerre existentielle qu'Israël devra impérativement mener. Alors que Nétanyahou projette que la guerre en Iran « durera encore plusieurs semaines »1, et au moment même où le président Donald Trump, à l'inverse, assure que la guerre en Iran va « cesser assez rapidement », Bennett a expliqué devant un groupe de notables du judaïsme étatsunien en visite en Israël, qu'« une nouvelle menace émerge : la Turquie ». Car, « et je le dis haut et fort, la Turquie est le nouvel Iran » ; Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, est « un homme sophistiqué et dangereux qui cherche à encercler Israël », a jugé Bennett ; et son pays manigance la création d'une nouvelle alliance, qui rassemblerait « contre Israël l'Arabie saoudite et un axe sunnite hostile avec le Pakistan nucléarisé »2.

Nétanyahou n'a pas jugé nécessaire de réagir. Quant à Al Jazeera, il a traité Bennett avec davantage de respect en titrant : « Israël est déjà à la recherche d'un nouvel ennemi régional »3. Et si c'était une saine réaction ? Après l'euphorie des Accords d'Abraham puis la terreur du 7 octobre 2023, suivie de la destruction totale de Gaza et des Gazaouis, après les guerres menées au Liban et en Iran, voici qu'une nouvelle menace existentielle surgit : le retour d'une coalition des sunnites honnis, dont les Frères musulmans constituent le ciment, explique Bennett. Il faut très vite en prendre conscience.

Au commencement, il y a la militarisation

En réalité, Israël a, de tout temps, eu besoin d'une « menace existentielle » imminente. Son histoire, de la conquête sioniste de la Palestine à nos jours, n'est qu'une suite sinon linéaire, du moins quasi constante de conflits armés. Ceux-ci n'ont qu'une seule nature : ils sont toujours existentiels. C'est pourquoi il faut toujours agir « préventivement », quoi que nous chante un droit international obsolète.

Les deux premières alyot, pluriel d'alya, ces « montées » successives d'immigrants juifs européens en Palestine, se succèdent entre 1881 et 1914. Dès ce moment-là, on assiste à la mise en place de milices via lesquelles les colons cherchent à élargir et renforcer leur mainmise sur la terre. Mais c'est après la première guerre mondiale, alors que la puissance dominante est passée des Ottomans aux Britanniques, que ces milices prennent leur essor. La Haganah (« Défense ») est formée en 1920. Cette milice et d'autres moins importantes ne se résument pas, comme on l'enseigne aux enfants israéliens encore aujourd'hui, à « se défendre des attaques contre les Juifs ». Elles ambitionnent d'élargir la maitrise du yichouv4 dans l'appropriation progressive de la terre. Les kibboutz, par exemple, ne sont pas seulement des îlots de socialisme : ils sont aussi et surtout un instrument armé de captation de la terre.

Cette militarisation de l'entreprise sioniste a donc existé quasi dès son apparition. Et elle ne cessera plus. Lorsqu'en 1936 les Palestiniens lancent la grande révolte arabe contre l'occupant britannique, les troupes de la Haganah vont fonctionner comme des supplétifs de la répression, qui est absolument terrible. Bientôt, un officier britannique, Orde Wingate, est détaché auprès de la Haganah pour améliorer la formation militaire de ses membres, qui apprennent en particulier les techniques de « contre-insurrection » des Special Nights Squads (Escouades nocturnes spéciales). C'est là que le yichouv pose les premiers jalons de sa future armée.

Dix ans plus tard, le Royaume-Uni abandonne la Palestine. Après les affrontements pour la conquête de la terre qui débutent en 1947 et qui enclenchent la Nakba, les forces du yichouv sont confrontées à des milices locales palestiniennes ou issues de Syrie et de Transjordanie. Le 15 mai 1948, la création de l'État d'Israël est officielle. Les États arabes l'attaquent. Onze jours plus tard, il officialise la formation de l'armée israélienne (dont l'acronyme hébraïque est Tsahal, Forces de défense d'Israël).

Le culte de l'armée

Depuis, cet État n'a plus cessé d'être en guerre dans des dimensions plus ou moins importantes. Les années 1950 ont été parsemées de la lutte contre les « infiltrés », ces Palestiniens qui avaient tout perdu dans la Nakba et qui, pour la plupart, cherchaient simplement à savoir ce qu'il était advenu de leur terre et leurs biens. Elles étaient aussi celles d'opérations dans ou hors des frontières, comme la participation en 1956 à l'attaque franco-britannique (Guerre de Suez) pour faire tomber le président égyptien Gamal Abdel Nasser, opérations qui, presque toutes, étaient accompagnées de massacres. Le plus connu est celui commis en 1956 dans le village de Kafr Kassem contre la minorité palestinien en Israël.

Les années 1960 ont été celles de l'extension territoriale, la capture de la Cisjordanie, celle du plateau du Golan en Syrie, et de Gaza et du Sinaï en Égypte. Déjà perçue auparavant comme l'institution la plus admirée du pays, l'armée devient alors l'objet d'un culte inouï, même si elle s'empêtre dans une longue « guerre d'usure » le long du canal de Suez. Les années 1970 verront le premier échec militaire israélien d'envergure lors des trois premiers jours de la guerre d'octobre 1973, suivis d'un renversement spectaculaire des forces en faveur d'Israël.

On pourrait poursuivre cette litanie guerrière, en particulier les multiples opérations militaires au Liban, de 1978 à ce jour. L'essentiel est de comprendre que l'armée a rapidement atteint en Israël un statut d'intouchable, la popularité dont elle bénéficie lui garantissant en toutes circonstances une impunité incontestable. « Tsahal est l'armée la plus morale au monde. » Cette assertion, aidée par une information totalement censurée, va servir à masquer la réalité des crimes de guerre commis par l'armée. Rien ne fut rendu public des massacres, de civils ou de soldats désarmés, commis dans diverses guerres : en 1948, bien sûr, et l'on sait désormais qu'il y en a eu plusieurs dizaines, de même que celui commis à Gaza en 1956 contre de supposés fedayins, ou celui de dizaines — ou plus probablement de centaines — de soldats égyptiens capturés dans le Sinaï en 1967 et abattus, dont certains brûlés vifs. La censure militaire empêchait toute diffusion des informations, et la Hasbara, la propagande d'État, veillait au grain. En réalité, ceux qui voulaient savoir le pouvaient. Mais la société juive israélienne dans sa grande majorité a toujours préféré s'arroger le statut de l'éternelle victime, fermer les yeux et se boucher le nez.

Une armée qui possède un État

En revanche, dans les années 1950-1960, il n'était pas rare qu'un ou deux jeunes des kibboutzim non admis dans les écoles d'officiers – la honte ! – mettent fin à leurs jours. L'armée, c'était le must. Dans les années 1960 à 2000, les gouvernements israéliens étaient aussi pour moitié constitués de généraux à la retraite. Les premiers ministres s'appelaient Yitzhak Rabin, Ehud Barak ou Ariel Sharon : deux ex-chefs d'État-major et une icône de l'armée israélienne. Les ministres de la défense étaient fréquemment d'anciens chefs d'État-major et les généraux peuplaient nombre d'autres ministères. L'État n'avait pas une armée, c'est l'armée qui possédait un État, se désolaient quelques rares Israéliens.

Avec le temps, cette armée a connu des changements notoires. D'un côté, elle a progressivement perdu une partie de sa stature, due depuis deux décennies à la montée dans la société et dans l'armée du messianisme, pour qui rien ni personne ne peut être au-dessus de Dieu. De l'autre, elle s'est puissamment renforcée, tant en capacités opérationnelles que commerciales. Israël, ce petit État, ne dispose pas seulement d'une armée de 650 000 hommes, officiers de métier, conscrits et réservistes réunis, pour une population d'un peu plus de 10 millions d'habitants – une proportion unique au monde. Pour comparer, la France dispose d'un peu plus de 200 000 militaires pour 69 millions d'habitants. Israël a aussi bâti en quelques décennies un complexe militaro-industriel qui fait de lui le 8e acteur sur le marché mondial des armes et matériels militaires.

D'où, aujourd'hui, les comportements paradoxaux de l'opinion israélienne. Les foules exultent à chaque frappe contre « l'ennemi », qu'il soit palestinien, libanais, houtiste du Yémen ou iranien. Peu importe qu'il soit partie prenante active des conflits en cours ou simple quidam. Mais parallèlement, l'image de l'armée s'est détériorée suite à son gigantesque échec du 7 octobre 2023 et par le fait que Nétanyahou ne fait rien pour la restaurer, au contraire. Pour lui, continuer de blâmer les seuls militaires et services de sécurité intérieure de la responsabilité de cet échec est aussi la seule porte ouverte pour se sauver du possible verdict calamiteux d'une commission d'enquête quant à ses responsabilités dans l'aveuglement qui a mené au 7 octobre 2023, verdict qui mettrait fin à sa carrière politique – pis, ternirait son image politique à jamais.

Imposer son ordre par le glaive

Dès lors, Nétanyahou navigue, face à une société juive israélienne qui balance entre les craintes diffuses des lendemains, et un sentiment euphorique de toute-puissance. Un jour il accable l'armée, exige la mise au rencard de tel ou tel édile sécuritaire. Le lendemain, il glorifie ses multiples « succès », s'accaparant le bénéfice de chaque nouvelle terre conquise, au Liban, en Syrie, ailleurs, se faisant ainsi le chantre d'un avenir plus glorieux encore.

Malgré les signes de lassitude flagrants, malgré le coût de la vie qui augmente, malgré l'augmentation constante du nombre des citoyens qui quittent le pays, la population, en grande majorité, le suit. Nétanyahou espère bien préserver son soutien tant que la guerre se poursuivra. C'est que, les sondages le montrent, il reste l'homme qui, aux yeux d'une grande partie des citoyens, a fait d'Israël une puissance régionale de premier plan. Qui pourrait lui résister au Proche-Orient ? Qui oserait l'empêcher d'agir lorsqu'il le décide ? Il annonce un jour qu'il entend « redessiner la face du Proche-Orient », un autre qu'il maintiendra ses troupes au Sud-Liban. Ses partisans exultent lorsque les bombes israéliennes continuent de tomber sur Gaza malgré le « cessez-le-feu » officiel. Il fait ce qu'il veut. Il est invulnérable. Et ses fans veulent le croire.

La comparaison d'Israël avec Sparte est une vieille antienne. Elle manifeste, généralement, une vive critique de l'État d'Israël. Mais Nétanyahou, au contraire, se l'approprie. Le 15 septembre 2025, il déclare devant un parterre d'investisseurs et de responsables économiques israéliens qu'il entend faire de son État une « Super Sparte »5. On ne sait s'il sait vraiment ce qu'était Sparte, cette cité militarisée à l'extrême et profondément inégalitaire où régnaient un ordre strict et une absence totale de démocratie. Mais il doit bien savoir que Sparte a disparu sans rien léguer à l'humanité que l'on puisse qualifier de « civilisationnel », comme l'ont fait Athènes ou Rome. Alors, pourquoi fait-il de Sparte l'effigie d'Israël ? C'est que l'essentiel est ailleurs. Sparte est une marque. C'est la petite cité qui, aux Ve et IVe siècles avant notre ère, a pu vaincre tous ses ennemis, Athènes incluse, pour étendre son empire de la Grèce à la Perse. Régner en imposant son ordre à tout son environnement par le glaive, être une Super-Sparte, c'est le symbole qui plaira à ses partisans.

Alors, s'est dit Naftali Bennett : bon sang, mais c'est bien sûr ! Pour faire mieux que Nétanyahou, pourquoi pas, après tout, faire en plus la guerre à la Turquie ? Ensuite, on s'occupera du Pakistan, en attendant de trouver de nouvelles cibles.


1Neri Zilber et James Shotter, «  Israel expects weeks-long war against Iran  », Financial Times, 8 mars 2026.

2«  L'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett affirme que ‘la Turquie est le nouvel Iran'  », AllSides News, 4 mars 2026.

3Ibid.

4Nom hébraïque de la communauté des colons juifs en Palestine

5TheMarker et Jonathan Lis, «  ‘We are Super-Sparta ' : Netanyahu says Israel faces isolation, must shift to self-reliance  », Haaretz, 15 septembre 2025.

20.03.2026 à 14:30

La Lettre

img

Vidéo de la soirée hommage à Marina Da Silva, 9 mars 2026 au Théâtre de la Ville de Paris Les amies de Marina Da Silva (1958–2026), journaliste engagée, circassienne aérienne et féministe, ont organisé une soirée hommage le 9 mars 2026 au Théâtre de la Ville de Paris. La soirée a mis en lumière les multiples facettes de sa personnalité et de ses engagements. D'abord sur le terrain de la solidarité internationale, notamment avec les peuples palestinien et libanais. Passionnée de (…)

- Archives
Texte intégral (5104 mots)

Vidéo de la soirée hommage à Marina Da Silva, 9 mars 2026 au Théâtre de la Ville de Paris

Les amies de Marina Da Silva (1958–2026), journaliste engagée, circassienne aérienne et féministe, ont organisé une soirée hommage le 9 mars 2026 au Théâtre de la Ville de Paris.

La soirée a mis en lumière les multiples facettes de sa personnalité et de ses engagements. D'abord sur le terrain de la solidarité internationale, notamment avec les peuples palestinien et libanais. Passionnée de théâtre, elle a créé des liens entre des troupes au Proche-Orient, en France et au Portugal, dont elle était originaire. En un mot, elle a joué le rôle souvent modeste de passeuse entre les personnes, les institutions, les idées, résistant aux vents mauvais du repliement, de la haine de l'autre, du fascisme.

Voir la vidéo de la soirée hommage :

inserer_>

Revoir l'émission de Blast en partenariat avec Orient XXI : « Proche-Orient. Quels sont les vrais objectifs des États-Unis, d'Israël et de l'Iran ? »

Depuis le 28 février 2026, date à laquelle les États‑Unis et Israël ont lancé des frappes massives contre l'Iran, un fossé saisissant s'est creusé entre le récit officiel et la réalité des faits. Dans cette émission, le média indépendant Blast s'associe à Orient XXI pour tenter de comprendre ce qui se joue vraiment avec la guerre au Proche-Orient.

Avec Sarra Grira, rédactrice en cheffe d'Orient XXI, Sylvain Cypel, journaliste et membre du comité de rédaction d'Orient XXI, Bernard Hourcade, géographe, spécialiste de l'Iran et membre du comité de rédaction d'Orient XXI. Une émission présentée par Yanis Mhamdi, journaliste de Blast.

Bernard Hourcade, Sarra Grira, Sylvain Cypel, 18 mars
Depuis que le génocide à Gaza a pu se dérouler sous les yeux du monde, sans la moindre conséquence, un nouveau cap semble avoir été franchi. Rien ne semble aujourd'hui pouvoir arrêter le président étatsunien Donald Trump et le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou, dont la politique repose sur la loi du plus fort.
Dans cette émission, le média indépendant Blast s'associe à Orient XXI pour tenter de comprendre ce qui se joue vraiment.
inserer_>

Présentations de « “Que ma mort apporte l'espoir”, poèmes de Gaza »

Le recueil « Que ma mort apporte l'espoir », poèmes de Gaza, publié aux éditions Libertalia dans la collection Orient XXI, présente une cinquantaine de poèmes dont les auteurs et autrices viennent toutes et tous de Gaza. Écrits pour la grande majorité en arabe, ils ont été traduits par l'ancienne diplomate et interprète Nada Yafi, qui signe également la préface de l'ouvrage. L'écrivain palestinien Karim Kattan a également offert une postface au livre.

Dans le cadre du Printemps des poètes, Nada Yafi présentera l'ouvrage :

  • Vendredi 27 mars 2026 à 18h
    Université Sorbonne Nouvelle - Campus Nation
    8 avenue de Saint-Mandé, 75012 Paris
    BSN, niveau 1 - Entrée libre
    Animée par Sandrine Détienne, traductrice et enseignante à l'ESIT (École supérieure d'interprètes et de traducteurs).
  • Dimanche 29 mars 2026 à 15h00
    Château Coquelle à Dunkerque
    2 rue de Belfort, 59240 Dunkerque
    Tarif : 3€
    Avec la photographe, journaliste et chercheuse belge Barbara Debeuckelaere

À lire sur Afrique XXI

« RD Congo. Tensions entre la Belgique et les États-Unis sur les archives minières », Colette Braeckman, 16 mars 2026

Analyse L'accès aux archives minières congolaises, qui datent de l'époque coloniale et qui sont conservées au musée royal de l'Afrique centrale de Tervuren, en Belgique, est revendiqué par une société états-unienne soutenue par Jeff Bezos et Bill Gates. Mais Bruxelles (comme l'Europe) n'entend pas se faire doubler sur l'accès aux minerais stratégiques dont regorge le sous-sol de son ancienne colonie.

Faire un don à Afrique XXI
➞ S'abonner gratuitement à la lettre d'information hebdomadaire d'Afrique XXI

Dans le Journal de bord de Gaza

« Le premier ministre Pedro Sánchez est devenu très populaire ici depuis qu'il a prononcé clairement le mot « génocide ». Tous les Gazaouis savent que Sánchez a approuvé les manifestations contre la participation de l'équipe d'Israël dans le tour cycliste d'Espagne, car c'était une « mobilisation pour une cause juste ». Ils ont appris avec joie la suppression d'un contrat d'achat d'armes à Israël, et dernièrement l'annonce de la fin des fonctions de l'ambassadrice d'Espagne à Tel-Aviv, ainsi que le refus de Madrid de laisser les États-Unis utiliser ses deux bases dans le sud de l'Espagne, héritées d'un accord signé sous Franco, pour leur guerre avec Israël contre l'Iran. Sans oublier le soutien à la Cour pénale internationale, qui a lancé un mandat d'arrêt contre Nétanyahou, ni les 150 millions d'euros d'aide humanitaire aux Palestiniens pour 2026. […] Ici, tout le monde est étonné et fier de cette voix venue d'Europe qui dit les choses clairement, qui soutient le droit international. »

Lire l'article en entier :

Rami Abou Jamous, 16 mars
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.
inserer_>

Les derniers articles

Zahra Ali, 19 mars
Lauréat de la Caméra d'Or au Festival de Cannes 2025, le premier film du réalisateur Hasan Hadi dépeint l'Irak du début des années 1990, sous embargo de l'ONU et bombardé par les États-Unis, à travers les yeux de deux enfants. Une allégorie puissante et poétique de notre monde et une ode aux plus démunis.
inserer_>
Asma Alghoul, 19 mars
La série égyptienne Sohab Al-Ard Les Maîtres de la terre »), produite par une société proche du régime pour le ramadan de cette année, se déroule en pleine guerre génocidaire à Gaza. Objectif : faire oublier la passivité du Caire et absorber la colère d'une population plus que jamais hostile à Israël.
inserer_>
Aboubaker Khaled , Said Boudour, 18 mars
Avec plus de 6 700 kilomètres de frontières terrestres, l'Algérie fait face dans son grand Sud à un dilemme qu'aucune décision militaire ne peut trancher seule : comment sécuriser un territoire sans briser les sociétés qui le font vivre ?
inserer_>
Héloïse Wiart, 17 mars
Pris en étau entre Téhéran et Washington, le grand voisin irakien révèle ses fractures internes. Des milices pro‑iraniennes lancent drones et roquettes contre la présence militaire étatsunienne, entraînant des ripostes contre leurs positions. Parallèlement, la République islamique s'en prend aux groupes kurdes iraniens exilés, soupçonnés de préparer une action armée dans le Kurdistan oriental. Reportage.
inserer_>
Marmar Kabir, 16 mars
Depuis le début de la guerre contre l'Iran le 28 février 2026, les bombardements étatsuniens et israéliens sont souvent présentés comme visant principalement des installations militaires. En réalité, les bombes ont rapidement atteint des zones urbaines densément peuplées. À Téhéran comme dans d'autres villes du pays, la guerre s'inscrit désormais dans la vie quotidienne.
inserer_>

Pour vous abonner à la Lettre d'Orient XXI en arabe, c'est ici

Soutenez Orient XXI

Orient XXI est un média en libre accès et sans publicité.
Vous pouvez nous soutenir en faisant un don défiscalisé. Orient XXI vous en remercie par avance.

  • Faire un don par chèque
    À l'ordre de « Association Orient XXI » expédié à :
    Asso Orient XXI
    c/o EMI
    10, rue des Prairies
    75020 Paris
    Pour recevoir un reçu fiscal, merci de nous indiquer une adresse e-mail ou, à défaut, une adresse postale.
  • Faire un don par virement
    Crédit Mutuel
    Asso Orient XXI
    IBAN (International Bank Account Number) :
    FR76 1027 8060 4300 0206 6830 137
    BIC (Bank Identifier Code) : CMCIFR2A
    Pour recevoir un reçu fiscal, merci de nous indiquer une adresse e-mail ou, à défaut, une adresse postale.

En anglais

Zahra Ali, 19 March
Winner of the Caméra d'Or at the 2025 Cannes Film Festival, director Hasan Hadi's debut film portrays Iraq in the early 1990s—under a UN embargo and bombed by the United States—through the eyes of two children. A powerful and poetic allegory of our world and an ode to the most vulnerable.
inserer_>
Mathieu Rigouste, Sarah Benichou, Simon Mauvieux, 19 March
At a time of all-out rearming in France and Europe, the Israeli military industry is seen as a special partner thanks to a particularly well-qualified intermediary : Elnet. This lobby mobilises its network of elected officials and decision-makers to bring European states together with Israeli industrialists. The genocidal war on Gaza has become a sales pitch.
inserer_>
Raja Shehadeh, 16 March
For more than four centuries, the Middle East knew no borders. By retracing the journey of his great-great-uncle in the early 20th century the Ramallah-born writer Raja Shehadeh tells the story of a gradual fragmentation and partitioning since 1948, in Palestine and throughout the region. With the current war against Iran and Lebanon, the West is drawing the borders of the Middle East with blood in a new way.
inserer_>

En italien

Rami Abu Jamous, 18 marzo
Rami Abu Jamous scrive il suo diario per Orient XXI. Giornalista fondatore di GazaPress, un'agenzia di stampa che forniva aiuto e traduzioni ai giornalisti occidentali, nell'ottobre 2023 ha dovuto lasciare il suo appartamento a Gaza City insieme alla moglie Sabah, ai figli di lei e al loro figlio Walid, di tre anni, sotto la minaccia dell'esercito israeliano. Si sono rifugiati a Rafah, poi a Deir al-Balah e successivamente a Nuseirat. Dopo un nuovo trasferimento a seguito della rottura del cessate il fuoco da parte di Israele il 18 marzo 2025, Rami è tornato a casa con la sua famiglia il 9 ottobre 2025.
inserer_>
Fatiha Dazi-Héni, 16 marzo
La strategia delle monarchie del Golfo, che hanno legato la propria sicurezza alla protezione occidentale accogliendo sul loro territorio numerose basi militari statunitensi, rischia oggi di ritorcersi contro di loro alla luce dell'offensiva contro l'Iran. Le colloca infatti in prima linea in una guerra che hanno fatto di tutto per evitare. In questo contesto, potrebbero essere costrette a ripensare il proprio modello di sicurezza.
inserer_>
Eran Tzidkiyahu, 13 marzo
Un tempo espulso dalla Knesset, il kahanismo – corrente religiosa estremista e suprematista – si è ormai insediato nel cuore del panorama politico israeliano. Promettendo un'esclusività ebraica assoluta, questa ideologia si fonda sulla violenza: una violenza di Stato che oggi colpisce i palestinesi e che domani potrebbe rivolgersi anche contro gli israeliani.
inserer_>

En espagnol

Fatiha Dazi-Héni, 20 de marzo
A la luz de la ofensiva contra Irán, la estrategia de las monarquías del Golfo de atar su seguridad a la protección occidental y recibir en su territorio numerosas bases militares estadounidenses se ha vuelto contra ellas y las coloca en la primera línea de una guerra que intentaron evitar por todos los medios. El contexto actual podría forzarlas a replantearse su modelo de seguridad.
inserer_>

En persan

فتيحه دازی-هانی، 19 مارس
استراتژی پادشاهی‌های خلیج فارس که براساس پیوند امنیت خود به غرب با میزبانی پایگاه‌های نظامی متعدد ایالات متحده در خاک‌شان قرار داشت، با تهاجم علیه ایران، نتیجه معکوس داده است. این امر آنها را در خط مقدم جنگی قرار داد که تمام تلاش برای جلوگیری از آن را انجام داده‌ بودند. در این دورنما، آنها ممکن است مجبور شوند مدل امنیتی خود را بازنگری کنند.
inserer_>
مرمر کبیر، 17 مارس
از زمان آغاز تجاوز نظامی علیه ایران روز ۲۸ فوریهٔ ۲۰۲۶، بمباران‌های ایالات متحده و اسرائیل اغلب دررسانه ها به‌گونه‌ای ارائه می‌شود که گویی عمدتاً تأسیسات نظامی را هدف قرار داده است. در واقع، از همان ابتدا بمب‌ها بر فراز مناطق شهری پرجمعیت نیز فرو ریخت. امروز در تهران و همچنین در دیگر شهرهای کشور، عفریت جنگ در زندگی روزمره جای گرفته است.
inserer_>
3 / 10

 

  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌞