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08.05.2026 à 14:26

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Rami Abou Jamous lauréat du Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe, 18-19 mai, Lisbonne (Portugal) Toute l'équipe d'Orient XXI est fière de vous annoncer que, lors de sa réunion à Lisbonne le 29 octobre 2025, le jury du Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe a désigné notre correspondant à Gaza Rami Abou Jamous comme lauréat de la 31e édition du Prix. Le Conseil a motivé son choix en ces termes : [Les reportages de Rami Abou Jamous] « offrent un témoignage de première main sur la vie (…)

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Texte intégral (4920 mots)

Rami Abou Jamous lauréat du Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe, 18-19 mai, Lisbonne (Portugal)

Toute l'équipe d'Orient XXI est fière de vous annoncer que, lors de sa réunion à Lisbonne le 29 octobre 2025, le jury du Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe a désigné notre correspondant à Gaza Rami Abou Jamous comme lauréat de la 31e édition du Prix.

Le Conseil a motivé son choix en ces termes :

[Les reportages de Rami Abou Jamous] « offrent un témoignage de première main sur la vie quotidienne sous les bombardements et les déplacements forcés. Fondateur de la Maison de la presse de Gaza et auteur de deux ouvrages, il est largement reconnu pour son engagement en faveur de la liberté de la presse et de la promotion du dialogue Nord-Sud. Son travail met en lumière à la fois le besoin urgent d'assurer la sécurité des journalistes et les conditions extrêmement périlleuses dans lesquelles les professionnels des médias opèrent à Gaza et en Cisjordanie.
[…] « À la suite de l'interdiction faite aux médias internationaux d'entrer à Gaza après le 7 octobre 2023, M. Abou Jamous est devenu l'un des rares journalistes indépendants à fournir des témoignages directs et de première main sur les bombardements incessants, les déplacements de population et la vie quotidienne à Gaza. Son célèbre « Journal de Bord de Gaza », composé de plus de 100 entrées publiées dans Orient XXI puis compilées dans un livre [éditions Libertalia, collection Orient XXI], a fait connaître la réalité de Gaza au public international et a été largement salué. _ […] Ses contributions exceptionnelles au journalisme lui ont valu plusieurs distinctions, notamment trois Prix Bayeux Calvados-Normandie du correspondant de guerre – un fait sans précédent – pour la presse écrite, la télévision grand format, et le Prix Ouest-France–Jean Marin. Il a aussi reçu l'Ordre national du Mérite français. »

Décerné chaque année depuis 1995, le Prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe honore deux lauréates issues des catégories Nord, Sud et mondiale. Militantes de terrain, personnalités, organisations ou institutions, les lauréates sont reconnues pour leur engagement en faveur de la défense et de la promotion des droits humains, de la démocratie et de l'État de droit, ainsi que pour leur contribution au dialogue interculturel et au renforcement du partenariat et de la solidarité Nord-Sud.

Le Prix sera remis par le Président de la République portugaise, António José Seguro, lors d'une cérémonie présidée par le Président de l'Assemblée de la République portugaise, José Pedro Aguiar-Branco.

L'organisation n'ayant pu assurer à Rami Abou Jamous la garantie de son retour à Gaza après la cérémonie, notre correspondant a désigné Sarra Grira, rédactrice en chef d'Orient XXI, pour le représenter.

Nous félicitons Rami Abou Jamous pour ce nouveau prix récompensant son travail exceptionnel.

Rami Abou Jamous , Pierre Prier, Leïla Shahid, Février 2025
Depuis février 2024, Rami Abou Jamous, journaliste palestinien, décrit les ravages de la guerre génocidaire contre la population gazaouie sur Orient XXI. Pour ce travail exceptionnel, il a obtenu, en octobre 2024, le prix Bayeux des correspondants de guerre dans la catégorie presse écrite, ainsi que le prix Ouest-France.
Depuis le 29 novembre 2024, ses articles sont aussi rassemblés dans un livre publié aux éditions Libertalia, dans la collection Orient XXI. Une réimpression, augmentée de plusieurs articles, est disponible depuis février 2025.
Nous vous proposons de lire des extraits de la préface et de la présentation écrites par Leïla Shahid (1949-2026) et Pierre Prier.
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Octobre 2024
À l'occasion de la 31e édition du Prix Bayeux pour les correspondants de guerre, notre correspondant Rami Abou Jamous a été primé à deux reprises pour son « Journal de bord de Gaza », que nous publions depuis fin février 2024 sur Orient XXI.
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Orient XXI partenaire de la conférence « Faire face à l'anéantissement de Gaza : créations, accueils, engagements », 21 et 22 mai, Mucem, Marseille

Dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem) accueille deux journées de rencontres dédiées à la solidarité et à la création à Gaza. Les discussions porteront sur la création artistique et la destruction du patrimoine culturel à Gaza, les défis de l'accueil d'artistes en urgence en France et la solidarité culturelle autour de la Palestine.

Organisées à l'initiative du Collectif MAAN for Gaza Artists, ces rencontres réunissent des artistes et chercheures gazaouies accueillies en France, des institutions culturelles et des artistes engagées pour la Palestine, ainsi que des chercheures spécialistes de la région et des migrations artistiques. Cet événement est organisé en résonance avec l'exposition « Déplacer le silence : 40 artistes et poétesses de Gaza » sous le commissariat de Rasha Salti (assistée par Anna Breton) qui aura lieu du 16 mai au 5 juin à Jeanne Barret.

Avec notamment Mohamed Abusal, Maha Al-Daya, Maisara Baroud, Nour Elassy, Shareef Sarhan, Francesca Albanese, Mohamed Bourouissa et Alain Damasio.

Comité d'organisation, scientifique et artistique :
Ahmed Ashour, Adélie Chevée, Didier Fassin, Karim Kattan, Rashid Khalidi, Cy Lecerf-Maulpoix, Rima Mokaiesh, Charlotte Schwarzinger, Noor Shihadeh, Marion Slitine, Cleo Smits, Chloé Zlotnik-Tyan

Un évènement en partenariat avec le Collectif MAAN for Gaza Artists, Jeanne Barret, Agnès b., Centre Norbert Elias (CNE), Sahab by Hawaf collective, Beaux-Arts de Marseille, Aflam, Consulat général de France à Jérusalem, Aflam, Orient XXI.

Mucem
7 promenade Robert Laffont (esplanade du J4), 13002 Marseille
J4 / Auditorium
Entrée libre dans la limite des places disponibles
Programmation et informations pratiques

Marion Slitine, 27 avril
Pendant que le génocide se poursuit à bas bruit à Gaza, le programme d'accueil en France des universitaires et artistes palestiniennes tourne au ralenti, voire a été interrompu. Sous différents prétextes, les autorités multiplient les mesures discriminatoires, sans égard pour l'anéantissement de la vie universitaire et culturelle dans l'enclave palestinienne.
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6e édition de la Course familiale pour la Palestine, 17 mai, 14h, Place d'Etterbeek, Fontenay-sous-Bois

Cette année la Course familiale pour la Palestine met à l'honneur les enfants de Palestine. Outre la course, vous pourrez y retrouver des stands associatifs, des activités pour les enfants, un barbecue et une buvette.

Avec : Urgence Palestine, Urgence Palestine 94, Samidoun, Collectif Liberez Ali, Éducation 4 Gaza, AFPS Comité Nord, UJFP, BDS 94, Universitaires avec Gaza, Tsedek !, Voix machine et Collectif Montreuil Palestine

3e édition du Decolonial Film Festival (DFF), du 11 au 24 mai, région parisienne

Lancé au printemps 2024, la troisième édition du Decolonial Film Festival (DFF) se tient du 11 au 24 mai en région parisienne (France). Avec plus d'une trentaine de films et de documentaires, l'événement se donne pour objectif de sensibiliser le public aux questions décoloniales à travers le septième art.

Programmation et informations pratiques

À lire sur Afrique XXI

« Attaques au Mali. « Une secousse monumentale dans l'histoire malienne », Yvan Guichaoua, Michael Pauron, 30 avril 2026.

Entretien Le 25 avril, plusieurs villes du Mali, dont la capitale, Bamako, ont simultanément été attaquées par deux groupes rebelles, le Jnim et le FLA. L'un des membres éminents de la junte militaire, au pouvoir depuis 2022, a été tué. L'ampleur de l'évènement laisse planer une incertitude quant à la capacité du régime d'Assimi Goïta à se maintenir au pouvoir.

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Dans le Journal de bord de Gaza

Rami Abou Jamous, 5 mai
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, il adresse une lettre ouverte au ministre français des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, après que ce dernier a repris une citation choquante de l'ancienne première ministre israélienne Golda Meir devant le Sénat.
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Les derniers articles

Rouchdi Berrahma, 8 mai
Dans son dernier ouvrage, l'historienne Colette Zytnicki revient sur le rôle central joué par le maréchal Thomas-Robert Bugeaud dans la conquête de l'Algérie entre 1841 et 1847. Partisan d'une guerre totale, il met en œuvre une politique de domination fondée sur la dépossession foncière et la répression, dont les traces marquent encore les mémoires françaises et algériennes.
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Ziad Majed, 7 mai
En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l'espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s'attaque également au souvenir.
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Sarah Ahnou, 6 mai
Avec L'Entente, fiction sociale, le cinéaste Mohamed Rashad offre une plongée dans la banlieue ouvrière d'Alexandrie, qu'il filme en documentariste. En salle en France le 6 mai, le film a bénéficié d'une sortie nationale dans son pays en avril. Portée par une image dont le grain forge la singularité, l'histoire de deux frères, réunis par l'absence du père, est aussi celle d'une rédemption.
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Jean Stern, 6 mai
Au centre du documentaire de la réalisatrice israélienne Anat Even se trouve le kibboutz de Nir Oz, où une partie de la population a été exterminée le 7 octobre 2023. Elle y a vécu et filme une guerre toute proche mais presque abstraite, où les mots et les sons comptent plus que les images.
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Alice Facchini, Julie Chaudier, Juliet Ferguson, 5 mai
Les coopératives féminines ont forgé la réputation internationale de l'huile d'argan marocaine. Désormais en minorité sur leur propre marché, elles voient aussi les multinationales capter, en bout de chaîne, la plus grande part de la valeur. Au cœur du système : la sous-rémunération des femmes.
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Giulia Della Michelina, 4 mai
Comme au lendemain du cessez-le-feu de novembre 2024, et malgré une trêve officielle depuis le 16 avril, Israël continue à bombarder quotidiennement le Sud-Liban, tandis que l'armée dynamite des villages entiers. Et les secouristes deviennent une cible privilégiée des raids aériens. Reportage à Nabatiyeh.
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En anglais

Georges Lefeuvre, 4 May
While Pakistan is acting as mediator in the negotiations to end the war between the United States, Iran and Israel it does not seem at all ready to open a dialogue with neighbouring Afghanistan. The bombings which began in October 2025 turned into “open war“ in February 2026. And the strikes continue, despite direct talks between the two governments, under the aegis of China. The tensions have crystallised around the border known as the Durand Line, a historic conflict never resolved.
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Fouad el-Hassan, 30 April
A cement wall now runs along the Iraq-Syria border for four hundred kilometers. On both sides, Yazidis who survived the massacres carried out by the Islamic State and Syrian Kurds displaced by the war still live in camps where the temporary has become permanent. Iraqi writer Fouad el-Hassan describes the journey of those who cling to life, convinced that their last hope lies on the other side of the border.
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En italien

Rami Abu Jamous, 6 maggio
Rami Abu Jamous scrive il suo diario per Orient XXI. In questo testo, Rami torna sulle elezioni municipali svoltesi domenica 26 aprile 2026 in Palestina, in particolare a Deir al-Balah, nella Striscia di Gaza.
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Giulia Della Michelina, 4 maggio
Come all'indomani del cessate il fuoco del novembre 2024, e nonostante una tregua ufficiale in vigore dal 16 aprile, Israele continua a bombardare quotidianamente il Sud del Libano, mentre l'esercito fa saltare interi villaggi. E i soccorritori diventano un bersaglio privilegiato dei raid aerei. Reportage da Nabatieh
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En persan

Martine Bulard، 26 آوريل
ریما حسن، نماینده فرانسوی پارلمان اروپا، کسی که تا دیروز مورد توجه رسانه ها بود، پس از این طرد شده است. رئیس شورای نمایندگی یهودیان در فرانسه (CRIF ) در رادیو J ( ایستگاه رادیویی وابسته به یهودیان فرانسه)، وی را به عنوان یک « خطر» مورد اتهام قرار می دهد، و در همان حال، وزرا و نمایندگان مجلس ملی خواستار لغو ملیت فرانسوی وی هستند. همه این اقدامات در فضای پیش از انتخابات شهرداری ها، در ماه مارس ۲۰۲۶ در حالی اتفاق می افتد که فرانسه تسلیم ‌ناپذیر(La France Insoumise) ، حزبی که آن را نمایندگی می کند، به طور ویژه ای در تیر‌رس فضای رسانه ای قرار گرفته است. چرا تا این حد انزجار ؟
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08.05.2026 à 06:00

Rouchdi Berrahma
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Dans son dernier ouvrage, l'historienne Colette Zytnicki revient sur le rôle central joué par le maréchal Thomas-Robert Bugeaud dans la conquête de l'Algérie entre 1841 et 1847. Partisan d'une guerre totale, il met en œuvre une politique de domination fondée sur la dépossession foncière et la répression, dont les traces marquent encore les mémoires françaises et algériennes. En Algérie, le maréchal Thomas-Robert Bugeaud (1784-1849) demeure largement perçu comme l'un des plus brutaux (…)

- Lu, vu, entendu / , , , , ,
Texte intégral (1435 mots)

Dans son dernier ouvrage, l'historienne Colette Zytnicki revient sur le rôle central joué par le maréchal Thomas-Robert Bugeaud dans la conquête de l'Algérie entre 1841 et 1847. Partisan d'une guerre totale, il met en œuvre une politique de domination fondée sur la dépossession foncière et la répression, dont les traces marquent encore les mémoires françaises et algériennes.

En Algérie, le maréchal Thomas-Robert Bugeaud (1784-1849) demeure largement perçu comme l'un des plus brutaux artisans de la conquête coloniale et comme une figure associée aux violences et aux « enfumades »1. En France, son nom continue de susciter débats et controverses : héros militaire pour certains, symbole d'une domination impitoyable pour d'autres. C'est précisément cette fracture mémorielle entre les deux rives de la Méditerranée que l'historienne Colette Zytnicki analyse dans Le Cas Bugeaud. Les violences de la conquête coloniale en Algérie.

Si l'historienne a choisi de se pencher à nouveau sur une figure déjà très présente dans l'historiographie, c'est d'abord en raison d'une singularité politique : Bugeaud est resté gouverneur général de l'Algérie de 1841 à 1847, bien plus longtemps que ses prédécesseurs. Cette longévité interroge : « Pourquoi une telle durée au pouvoir ? Cela supposait de ne pas se limiter à son action en Algérie, mais de s'intéresser aussi à ses rapports avec le pouvoir politique en France », explique-t-elle.

Bugeaud n'est pas seulement un homme de terrain. Il est un acteur central du régime de Louis-Philippe, capable de composer avec la presse, le Parlement et les équilibres politiques métropolitains. Sa carrière algérienne ne peut être dissociée de son rôle en France, notamment celui d'homme d'ordre marqué par la répression sanglante de la rue Transnonain le 14 avril 18342.

Faire la guerre d'abord, coloniser ensuite

Dans le récit officiel français, Bugeaud fut longtemps présenté comme l'homme qui aurait « pacifié » l'Algérie. Une pacification qui, dans les faits, signifiait la mise en œuvre d'une guerre totale. Gouverneur général, il reçoit une mission sans ambiguïté : vaincre militairement avant toute installation coloniale durable.

La reddition de l'émir Abd El-Kader en 1847, célébrée à Paris comme un triomphe national, fut vécue en Algérie comme l'aboutissement d'une guerre asymétrique. Pour les populations locales, cette victoire signifiait l'écrasement d'une résistance politique et sociale, obtenue par des méthodes qui visaient non seulement les combattants, mais l'ensemble de la société et ses structures. Zytnicki le rappelle : cette guerre est menée en pleine conscience.

Bugeaud et ses officiers savaient ce qu'ils faisaient. Ils pouvaient parfois avoir des scrupules, des remords, mais ils justifiaient toujours leurs méthodes par la nécessité de combattre l'influence d'Abd El-Kader et la résistance algérienne.

Dans la mémoire algérienne, le nom de Bugeaud est indissociable des razzias, des déplacements forcés, de la destruction systématique de villages et de la confiscation des terres. L'objectif n'est pas seulement de vaincre, mais de briser. En détruisant les moyens de subsistance, en frappant les civils, en imposant des représailles collectives, l'armée coloniale cherche à rendre toute résistance impossible. Cette violence transforme des habitants en sujets dominés, privés de leurs terres, de leurs repères et de leur autonomie. Ce que l'on dit moins, souligne l'historienne, c'est que la conquête passe aussi par la soumission des élites locales : « Il n'y a pas de conquête sans ralliement d'une partie des élites aux conquérants. La confiscation de leur pouvoir et leur mise au service de l'ordre colonial sont un élément central du système. »

Une méthode de gouvernement

Chez Bugeaud, la violence n'est ni accidentelle ni marginale. Elle est pensée, assumée et justifiée. Si Zytnicki se montre prudente sur le terme de « théorisation », elle insiste sur une évidence : la violence est conçue comme un instrument politique. « Il ne s'agit pas d'une dérive. La guerre totale, incluant les populations civiles, est perçue comme le seul moyen de vaincre la résistance. » Bugeaud voit dans l'armée un outil global : défense extérieure, répression intérieure, mais aussi instrument de colonisation agricole. Son projet repose sur l'installation de soldats-colons dans des villages créés à partir des années 1840, vision qui entre d'ailleurs en conflit avec celle des colons civils et du gouvernement.

L'ouvrage démontre également que les méthodes expérimentées en Algérie ont ensuite irrigué la répression des révoltes sociales en métropole, révélant une continuité profonde entre guerre coloniale et maintien de l'ordre intérieur.

En France, sa figure de « héros colonial » connaît son apogée sous la Troisième République et le régime de Vichy, au moment où l'Empire est exalté. En Algérie, le débaptême immédiat de la place Bugeaud à Alger après l'indépendance, renommée place de l'Émir Abd El-Kader, ne fut pas un simple geste symbolique. Il signifiait le refus de célébrer un homme associé aux massacres et à la spoliation. « La mémoire n'a pas suivi la même trajectoire des deux côtés de la Méditerranée », souligne l'historienne.

Revenir sur Bugeaud, ce n'est pas juger le passé avec les yeux du présent. C'est reconnaître que la conquête de l'Algérie s'est faite contre un peuple, et non sur un territoire vide. C'est nommer la violence là où elle fut longtemps dissimulée derrière le vocabulaire de la « pacification ». L'ouvrage met ainsi en lumière un passé colonial qui continue d'interroger le présent. Car, pour Colette Zytnicki, l'enjeu est clair : « Relire les sources, relire les débats, confronter les mémoires, c'est tenter de trouver une voie lucide et apaisée entre la France et l'Algérie, qui ont en commun ce passé. »


1NDLR. Technique meurtrière consistant à asphyxier par un feu allumé à l'entrée des grottes les populations civiles qui s'y sont réfugiées.

2NDLR. Massacre de civils effectué dans un immeuble de la rue Transnonain (actuelle rue Beaubourg) par des troupes du roi Louis-Philippe lors d'un mouvement populaire à Paris. Douze personnes trouvent la mort. Une lithographie d'Honoré Daumier, qui représente le massacre, va faire de cet évènement un exemple de la répression sous la Monarchie de Juillet.

07.05.2026 à 06:00

Ziad Majed
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En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l'espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s'attaque également au souvenir. Comment inscrire la guerre dans la durée, au-delà du bombardement et (…)

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Texte intégral (1632 mots)

En Palestine — en particulier à Gaza — comme dans le Sud-Liban, la ruine excède largement le registre du dommage matériel. Elle constitue une politique israélienne à part entière qui ordonne l'espace, altère le temps et frappe les vivants à travers leurs lieux de vie. En pulvérisant les maisons, les bibliothèques, les archives, les photographies et les actes de propriété, cette stratégie s'attaque également au souvenir.

Comment inscrire la guerre dans la durée, au-delà du bombardement et au-delà du « cessez-le-feu » ? En adoptant une politique de la ruine, Israël transforme le paysage détruit en institution de la punition, et en une démonstration de puissance et d'impunité.

Dans le cas de Gaza, cette politique de la ruine participe d'une entreprise génocidaire. Elle accompagne l'écrasement des corps, la destruction des conditions d'existence, l'anéantissement des infrastructures vitales, la dispersion forcée de la population et la désorganisation de la vie collective. Les immeubles, les hôpitaux, les écoles, les lieux de culte, les universités, les marchés, les cimetières, les routes et les administrations ont été pris dans une même logique d'effacement. La ruine y vise le monde social dans sa totalité : le lieu où l'on naît, où l'on apprend, où l'on soigne, où l'on enterre, où l'on transmet, où l'on prouve son nom, sa maison, sa filiation, son droit à demeurer.

Dans le Sud-Liban, la ruine répond à une autre configuration. Elle s'inscrit surtout dans une stratégie de déplacement forcé, de vidage territorial, de fabrication d'une profondeur inhabitable, d'une zone occupée et urbicidée. Les villages frontaliers, les maisons dynamitées et les terres agricoles endommagées et brûlées au phosphore blanc composent une géographie de l'empêchement et de la brutalité.

Ces deux situations appellent ainsi une distinction. À Gaza, la ruine fait corps avec l'intention israélienne génocidaire, visant une société comme telle, afin de compromettre son avenir biologique et politique. Dans le Sud-Liban, elle fonctionne comme instrument facilitant l'occupation israélienne et forçant le déplacement des populations libanaises et rendant impossible tout retour.

Mais, dans les deux cas, elle frappe bien davantage que le bâti. Elle vise la continuité. Elle cherche à rendre le lieu étranger à ceux qui l'ont habité, à briser la confiance dans le retour.

Une stratégie sur le temps long

La ruine possède une puissance temporelle singulière. La destruction se produit en un instant ; ses effets se prolongent sur des décennies. Un immeuble effondré devient aussitôt une perte d'abri, puis une perte de voisinage, puis une perte des preuves mêmes d'une vie. Un quartier détruit emporte avec lui les usages ordinaires : la porte ouverte d'un voisin, le balcon où l'on écoutait Oum Kalthoum le soir, le chemin de l'école, la boutique du coin, les odeurs de cuisine, les murs contre lesquels rebondissaient les ballons des petits footballeurs, et tous ces gestes sans importance apparente pour saluer une personne ou éviter de croiser une autre qui formaient pourtant l'épaisseur d'une existence. La ruine atteint cette trame invisible : elle détruit ce que les plans de reconstruction sauront difficilement restituer.

Les maisons, dans ce contexte, sont une affaire politique. Elles deviennent le centre de ce qu'est l'attaque contre l'existence sociale. Lorsqu'elles s'effondrent, elles entraînent dans leur chute des archives intimes. Les survivants récupèrent parfois une clef, un tissu, un jouet, une lettre, un cadre brisé, un bijou hérité, une casserole tordue ou un sous-vêtement porté pour une nuit d'amour. Ces fragments portent la charge d'un monde disparu. Ils deviennent des preuves affectives arrachées à la poussière.

À Gaza, cette poussière prend une dimension vertigineuse. Elle entre dans les poumons, couvre la peau, s'infiltre dans la nourriture, enveloppe les gestes des survivants. Elle devient l'atmosphère même de l'après-destruction. Le déblayage aura ainsi une dimension funéraire. Il faudra ouvrir les masses de béton, extraire les restes de plus de dix mille corps déchiquetés et noyés dans la poussière, les enterrer et, un jour, les nommer.

Le crime administratif

La destruction des archives et des preuves de propriété ajoute une dimension décisive à la politique israélienne de la ruine en Palestine. Les titres fonciers, les actes notariés, les certificats de naissance, les contrats de mariage, les diplômes, les dossiers municipaux, les plans cadastraux, les registres des habitants et les documents administratifs forment la charpente juridique d'une société. Les piller ou les incendier fabrique un chaos destiné à durer. Une famille qui perd sa maison doit ensuite prouver que cette maison lui appartenait. Un héritier doit démontrer une filiation dont les papiers ont brûlé. Un quartier rasé devient un espace disputé, exposé aux falsifications, aux spéculations et aux reconstructions autoritaires.

L'attaque contre l'archive complète l'attaque contre la pierre. La ruine visible détruit le lieu tandis que la ruine administrative trouble le droit au lieu. Le survivant se trouve placé devant une double disparition : celle de la maison et celle des documents qui attestent son existence sociale. Ainsi se prépare l'après-guerre comme champ d'incertitude. La violence génocidaire se transforme en procédure interminable. Et ladite « reconstruction » porte alors une ambiguïté et des craintes profondes.

Entre l'absence et le témoignage

Une génération palestinienne entière vivra avec cette expérience. Les enfants de Rafah, de Khan Younès ou de Jabaliya apprendront les noms des lieux à partir de ce qui a disparu. Ils entendront parler d'une école rasée, d'un quartier pulvérisé, d'un marché qui existait, d'une maison dont il ne reste qu'une photographie. Leur mémoire se formera dans un dialogue constant avec les absences. Certains auront grandi sous les tentes, dans des abris collectifs, chez des proches, ou dans des centres d'accueil. Leur rapport au monde sera marqué par cette familiarité avec l'effondrement, avec la fragilité d'un béton qui semblait pourtant solide.

Mais le mot « ruine » peut aussi porter une signification élargie. Il peut désigner ce qui manque autour du reste. Une ruine peut garder malgré tout une trace de ce que la violence voulait totalement effacer. Elle peut devenir un document et un témoignage, tant que certains des anciens habitants ont survécu au génocide ou sont de retour.

C'est pourquoi, à Gaza, la vie continuera, non pas parce que la destruction aurait échoué à dévaster, mais parce qu'aucune société ne se réduit à ce que l'on détruit d'elle. Des enfants naîtront encore, des classes improvisées verront le jour, des voix continueront à chanter et à raconter l'histoire de la terre. Cette continuité ne doit pas être confondue avec une consolation. Elle ne répare pas l'irréparable. Elle ne transforme pas la souffrance en promesse. Elle dit seulement que la vie, même mutilée, persiste là où la politique israélienne de la ruine voulait imposer le néant.

Dans le Sud-Liban aussi, la vie reprendra un jour dans les villages rasés et désertés. Les habitants reviendront, bien que leur retour ne soit ni paisible ni assuré. Il ne marquera que le commencement d'une nouvelle lutte : celle qui consistera à empêcher que les vidéos de dynamitage publiées impunément par le fugitif de la Cour pénale internationale, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, aient le dernier mot et dictent l'avenir.

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