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Directrice de publication : Aude Lancelin

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09.06.2026 à 11:08

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« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ». Ces propos du milliardaire états-unien Peter Thiel en 2009 illustrent la distanciation en cours d’une fraction toujours plus importante des détenteurs du capital mondial avec le néolibéralisme. Auteure de La Finance aux extrêmes, la sociologue Marlène Benquet revient pour QG sur … Continued
Texte intégral (2128 mots)

« Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles ». Ces propos du milliardaire états-unien Peter Thiel en 2009 illustrent la distanciation en cours d’une fraction toujours plus importante des détenteurs du capital mondial avec le néolibéralisme. Auteure de La Finance aux extrêmes, la sociologue Marlène Benquet revient pour QG sur le profil des acteurs de la seconde finance – gestion d’actifs, capital investissement, etc. – et leur rapprochement depuis au moins une décennie avec l’extrême-droite en France, entraînant une partie des grands patrons vers une logique libertarienne-autoritaire où la liberté d’accumuler prime sur tout le reste. Interview

En quoi ce livre La Finance aux extrêmes poursuit le travail que vous avez mené précédemment, notamment avec Théo Bourgeron dans La Finance autoritaire où vous analysiez le rôle d’une fraction de la finance dans l’événement du Brexit ?

Avec Théo Bourgeron, nous avions décidé d’essayer de comprendre un événement politique, de comprendre les liens entre le monde financier, le monde économique et le monde politique, en en prenant comme point de départ un événement politique majeur.

Ce livre adopte une autre démarche. Il part des acteurs eux-mêmes, de l’histoire du développement de ces acteurs financiers pour essayer de comprendre comment ils se repositionnent politiquement. C’est un livre qui parle principalement de la France et du développement du secteur financier en France, pour aboutir à ses orientations politiques.

Au fil des dizaines de personnes que vous avez rencontrées pour ce livre, quels sont les profils-types des gens travaillant dans la seconde finance ? Forment-ils un entre-soi économique et social ?

Bonne question. J’ai réalisé une soixantaine d’entretiens ces 10 dernières années. J’ai observé différents événements organisés par différentes associations professionnelles du secteur de la finance. Les acteurs de la seconde finance n’ont pas un profil très différent de ceux de la première finance en général. Ce sont des individus issus de la classe moyenne supérieure, ou supérieure. Les enfants d’ouvriers ou de classes moyennes sont sous-représentés. Ce sont principalement des hommes. Il y a une sur-représentation des hommes blancs.

Forment-ils un entre-soi ? Oui, comme la plupart des milieux patronaux. Ils ne sont pas très différents, là-dessus. Leur entre-soi est lié à des rémunérations très élevées. Ils ont des pratiques de consommation qui ne concernent qu’une minorité d’individus. Ils ont des loisirs qui sont onéreux. Ils partent en vacances dans des endroits qui coûtent cher. Ils ont des logements dans des quartiers qui sont inaccessibles pour la majorité de la population. Et puis le monde de la finance, notamment la seconde finance, en France, c’est un monde qui est très concentré sur Paris, et dans quelques arrondissements seulement de la capitale. En l’occurrence, les 7ème et 8ème arrondissements. Géographiquement, ce sont des acteurs qui travaillent dans un petit périmètre de quelques kilomètres.

Peut-on dire qu’à partir de la crise de 2008-2009, la seconde finance, adoptant une ligne libertarienne, tend à prendre le dessus sur la première finance, adepte d’une pensée néolibérale ? Si oui, quelles ont été les étapes de cette crise ?

On ne peut pas dire que la seconde finance soit devenue dominante par rapport à la première finance. En termes de capitaux sous gestions, c’est la première finance qui est la plus importante. Par contre, la seconde croît le plus vite.

Politiquement, les acteurs de la seconde finance font partie des milieux d’affaires qui ont pris leurs distances depuis le milieu des années 2010 avec des orientations politiques dites néolibérales pour se tourner vers des orientations politiques plus inspirées du libertarianisme, notamment de sa version autoritaire.

Il y a eu plusieurs étapes dans cette prise de distance avec le milieu néolibéral classique. La première date importante est la crise de 2007-2008, où une partie du secteur financier a considéré que l’Union européenne et l’État avaient adopté des mesures trop réglementaristes à leur encontre; que les États ne soutenaient plus suffisamment leur développement et leur faisaient payer trop cher le coût de la crise financière. Notamment à travers la directive AIFM (Alternative Investment Fund Managers, NDLR) qui émanait de l’Union européenne. Le deuxième moment important a été la crise des Gilets jaunes en 2018-2019, où une part des milieux d’affaires a considéré que les gouvernements néolibéraux en place n’étaient plus suffisamment légitimes auprès de la population pour maintenir l’ordre et pour garantir un ordre social nécessaire au développement serein des affaires. Un troisième moment a été la crise Covid, où les milieux d’affaires ont développé une critique des États néolibéraux, jugés trop interventionnistes, trop protectionnistes. Une part des milieux d’affaires a considéré qu’ils aveint trop soutenu la demande, trop fait marcher la planche à billets, trop menacé l’équilibre budgétaire du pays.

Cela a aussi participé à une accusation de dévoiement étatiste du néolibéralisme, avec des États néolibéraux devenus trop gros, trop interventionnistes, trop réglementaristes, qui menaceraient les capacités d’accumulation d’une partie des milieux d’affaires français.

Dans quelle mesure le milieu des affaires se détache progressivement de la pensée néolibérale pour adopter un positionnement libertarien-autoritaire, comme vous l’écrivez dans La Finance aux extrêmes?

C’est difficile de savoir la proportion exacte des milieux d’affaires qui se rapprochent d’un modèle libertarien-autoritaire. On ne peut pas le chiffrer car on ne peut pas interroger tous les entrepreneurs sur leurs orientations politiques. Et quand bien même on pourrait le faire, pas sûr qu’ils répondraient.

Par contre, on observe une évolution très importante via l’attitude des représentants patronaux envers l’extrême droite en France. Le 21 avril 2002, quand le Front National est arrivé au deuxième tour de l’élection présidentielle, les représentants de la première et de la seconde finance ont fait front commun pour critiquer l’extrême droite. De la même manière, Ernest-Antoine Seillière, alors président du Medef, et son numéro deux Denis Kessler, un patron issu du secteur des assurances, ont publié une tribune pour dire que le FN avait « des idées dangereuses et honteuses » et qu’il était un « danger pour la France ». 20 ans plus tard, la situation est très différente. En février 2022, le Medef a rencontré les représentants du Rassemblement National. Les associations professionnelles du secteur financier aussi. Le 20 juin 2024, à la salle Gaveau, les représentants du Medef et de la CPME ont reçu les leaders du Rassemblement National.

Jordan Bardella, président du RN, et Eric Ciotti (LR) lors d’une réunion organisée par le MEDEF avant les élections législatives, à Paris le 20 juin 2024 (Photo par JULIEN DE ROSA / AFP)

C’est difficile à mesurer mais on voit bien des prises de position des associations professionnelles des secteurs financiers et patronaux. Pas forcément de plus en plus favorables au Rassemblement National, mais qui normalisent toutefois les rencontres avec les représentants de cette ligne politique.

Puis il y a eu des prises de positions politiques de certains patrons financiers. Le plus connu est Pierre-Édouard Stérin, président d’Otium capital, un fonds d’investissement qui gère 1,2 milliards d’euros. Mais aussi des gens comme Charles Beigbeder, qui dirige la société financière Audacia ; Jean-Claude Gruffat, qui vient aussi du milieu de la finance; des gens comme Charles Gave, qui dirige une société de gestion d’actifs qui s’appelle Gavekal. Ces gens sont des figures importantes du secteur financier qui ont pris des positions politiques favorables à une ligne libertarienne-autoritaire, en faveur du Rassemblement national, ou de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour.

Il y a 10-15 ans, on disait que le Rassemblement National avait comme base sociale les petits patrons. Aujourd’hui, ce n’est absolument plus le cas. Cette orientation politique a aussi une base sociale parmi les grands patrons et parmi les milieux d’affaires centraux dans le capitalisme français.

Peut-on dire que le libertarianisme est une phase d’accumulation totalitaire du capitalisme, sacralisant la propriété privée et l’individualisme ?

Il y a plusieurs formes de libertarianisme. C’est un mouvement de pensée qui est partiellement issu des États-Unis, qui a été proche des démocrates au moment de la guerre du Vietnam, où une partie des libertariens était contre cette guerre au motif que c’était une forme d’interventionnisme étatique. Mais depuis les années 1970, le libertarianisme s’est réconcilié avec le conservatisme et on a vu apparaître le libertarianisme autoritaire autour de gens comme Murray Rothbard, un économiste états-unien qui était passionné par la génétique, qui justifiait les inégalités sociales par des dispositions biologiques, qui était fasciné par le monde médiéval par ailleurs, qui a participé à fonder des institutions importantes pour le libertarianisme comme le Cato institute et le Mises institute.

Cette forme de libertarianisme est autoritaire et en rupture avec la démocratie. Elle considère que la liberté d’accumuler ne doit pas avoir de limites. Les droits civils, civiques et démocratiques ne doivent pas pouvoir réduire la liberté d’accumuler. C’est cette idée qui a inspiré à Peter Thiel sa phrase de 2009.

Chez les libertariens, il y a l’idée que la possibilité d’accumulation infinie du capital ne doit, en aucun cas, être limitée par le projet des Lumières, par des projets démocratiques, par quelque progrès que ce soit; et que cette liberté d’accumuler, cette liberté de propriété doit être défendue, quoi qu’il en coûte.

Propos recueillis par Jonathan Baudoin

Marlène Benquet est sociologue au CNRS, directrice adjointe de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso) de Paris Dauphine. Elle est l’auteure de : La Finance aux extrêmes. Enquête sur le capitalisme autoritaire en France (La Découverte, 2026); La Finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme (avec Théo Bourgeron, Raisons d’Agir, 2022); Encaisser. Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2015) et Les Damnés de la caisse (éditions du Croquant, 2011)

03.06.2026 à 21:15

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Le référendum, outil de démocratie directe, permet aux citoyens de se prononcer, sans passer par l’intermédiaire de représentants élus. Aujourd’hui, les nouvelles technologies offrent de nouvelles possibilités pour moderniser cette méthode. Alexandre Jardin, auteur de nombreux best-sellers et fondateur du collectif « Les Gueux », et son fils Robinson Jardin, spécialiste en cybersécurité, lancent le 10 juin 2026 « Référendum Citoyen », une application sécurisée permettant aux Français de s’exprimer directement sur des questions concrètes qui les concernent. Leur ambition: installer durablement la pratique référendaire dans la culture politique française et offrir une alternative aux sondages et aux pétitions grâce à un outil capable de faire émerger une véritable volonté populaire. Pour les deux fondateurs, si des millions de Français participent, ces référendums pourraient créer un rapport de force inédit entre le peuple et les décideurs. Pour présenter en détail ce projet ils étaient les invités de David Libeskind sur QG

28.05.2026 à 21:20

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Et si le réel n’existait pas ? Si nous étions en train d’évoluer dans le monde tels les Sims du fameux jeu vidéo ? Si nos impressions, nos souvenirs, nos émotions, notre sentiment d’exister lui-même n’étaient que les éléments d’une immense simulation informatique ? Cette hypothèse, popularisée par des fictions comme Matrix, fascinerait aujourd’hui de grandes figures de la Silicon Valley : ingénieurs, chercheurs, spécialistes de l’IA et des neurosciences. Loïc Hecht, journaliste-reporter, connaît bien le monde de la Tech, qu’il explore depuis son premier roman, Le Syndrome de Palo Alto, paru en 2020. Dans un nouveau récit, La Simulation, fruit de six années d’enquête, de voyages, de méditations en tout genre, il part d’une rumeur étonnante : des milliardaires américains auraient secrètement engagé des scientifiques pour vérifier si oui ou non nous vivons dans une simulation. De cette rumeur, Loïc Hecht tire une enquête vertigineuse, entre technologie, physique quantique, spiritualité et philosophie.

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