L'avocat général avait réclamé jeudi soir une peine de 27 ans de réclusion.
Les deux avocats de la défense n'auront pas réussi à convaincre le jury populaire de l'absence d'intention de tuer de celui qui a aujourd'hui 53 ans.
"Le geste mortel, est-ce qu'il l'a souhaité, est-ce qu'il l'a voulu ? Non, c'était une asphyxie mécanique", avait pourtant longuement développé Me Dominique Beyreuther dans sa plaidoirie vendredi matin. "S'il y a une part de doute sur la notion d'intention, elle doit profiter à l'accusé", avait appuyé son confrère Me Gérard Tcholakian.
Si c'est bien pour "meurtre" que Lakhdar Matoug a été condamné, cinq jours d'audience n'ont pas permis de pleinement éclairer les raisons du passage à l'acte, cette dispute qui, selon lui, aurait dégénéré et l'a conduit à étrangler son épouse - pendant plusieurs minutes, selon les légistes, et non quelques secondes tel qu'il l'a toujours affirmé.
Jeudi, l'avocat général avait retracé la vie somme toute banale de ce couple venu d'Algérie, parents de trois enfants, dans leur T4 de Montreuil (Seine-Saint-Denis), autant miné par les dettes que l'usure de leur relation.
"Ces deux-là vivent dans le même appartement mais ne se parlent plus, ou que par messager interposé, par messagerie. C'est le couple Simone Signoret et Jean Gabin" dans le film "Le Chat", avait décrit la représentante de l'accusation dans une référence au huis clos banlieusard de Pierre Granier-Deferre.
La défense ne dit pas mieux: "Lui, il ne veut pas de conflit, il met la poussière sous le tapis", rappelle Me Tcholakian, faisant valoir qu'"il n'y a pas de violence dans ce couple, pas de scandale, il y a la solitude de l'un et de l'autre". Mais dans le long métrage, c'est le chat qui fini par être tué.
"Bas instincts"
Davantage encore que le flou du mobile, c'est "l'après tout à fait extraordinaire", tel que qualifié par l'avocate générale, qui a concentré les interrogations.
Comment cet homme ordinaire, sans histoires, unanimement perçu comme "calme", surnommé "le zen", a pu allonger le corps sans vie de son épouse sur le canapé en demandant aux enfants de ne pas réveiller "maman, fatiguée et malade" ?
Puis, le lendemain, de découper le corps à la meuleuse ? De disperser les restes, dans des sacs plastiques, au milieu des déchets végétaux aux quatre coins des Buttes-Chaumont ? De se rendre à Bobigny pour, cette fois-ci, jeter le sac contenant le buste dans un terrain vague ?
"Il va falloir que vous fassiez l'effort colossal de dissocier ce qui s'est passé" au moment du meurtre "de ce qui s'est passé" ensuite, avait exhorté Me Tcholakian en fixant les jurés.
La défense avait pu s'appuyer sur des rapports d'expertises faisant état d'un phénomène de "déréalisation", "en dissociation psychique".
"Il n'a pas de réflexion, de stratégie", avait insisté Me Beyreuther, mettant en garde contre une fascination morbide pour un "fait divers sensationnel" qui "fait appel aux bas instincts, dans un voyeurisme insupportable".
"Il n'est pas dans une préméditation, il n'est pas dans une organisation logistique pensée", avait-elle encore développé.
Jeudi, au terme de son réquisitoire, l'avocate générale avait pour sa part rejeté ces expertises, en rappelant l'achat de la meuleuse le 31 janvier dans une grande enseigne de bricolage du sud-est parisien, les deux allers-retours depuis Montreuil jusqu'aux Buttes-Chaumont, la déclaration de la disparition à la police, les messages laissés à son épouse - "Oui, Assia, t'es où ?" -, jusqu'aux aveux lors de la troisième audition en garde à vue, quinze jours plus tard.
"Pas de déréalisation, pas d'homme sous emprise alcoolique. Un homme au contraire très ancré", avait conclu la représentante de l'accusation.
Texte intégral (642 mots)
L'avocat général avait réclamé jeudi soir une peine de 27 ans de réclusion.
Les deux avocats de la défense n'auront pas réussi à convaincre le jury populaire de l'absence d'intention de tuer de celui qui a aujourd'hui 53 ans.
"Le geste mortel, est-ce qu'il l'a souhaité, est-ce qu'il l'a voulu ? Non, c'était une asphyxie mécanique", avait pourtant longuement développé Me Dominique Beyreuther dans sa plaidoirie vendredi matin. "S'il y a une part de doute sur la notion d'intention, elle doit profiter à l'accusé", avait appuyé son confrère Me Gérard Tcholakian.
Si c'est bien pour "meurtre" que Lakhdar Matoug a été condamné, cinq jours d'audience n'ont pas permis de pleinement éclairer les raisons du passage à l'acte, cette dispute qui, selon lui, aurait dégénéré et l'a conduit à étrangler son épouse - pendant plusieurs minutes, selon les légistes, et non quelques secondes tel qu'il l'a toujours affirmé.
Jeudi, l'avocat général avait retracé la vie somme toute banale de ce couple venu d'Algérie, parents de trois enfants, dans leur T4 de Montreuil (Seine-Saint-Denis), autant miné par les dettes que l'usure de leur relation.
"Ces deux-là vivent dans le même appartement mais ne se parlent plus, ou que par messager interposé, par messagerie. C'est le couple Simone Signoret et Jean Gabin" dans le film "Le Chat", avait décrit la représentante de l'accusation dans une référence au huis clos banlieusard de Pierre Granier-Deferre.
La défense ne dit pas mieux: "Lui, il ne veut pas de conflit, il met la poussière sous le tapis", rappelle Me Tcholakian, faisant valoir qu'"il n'y a pas de violence dans ce couple, pas de scandale, il y a la solitude de l'un et de l'autre". Mais dans le long métrage, c'est le chat qui fini par être tué.
"Bas instincts"
Davantage encore que le flou du mobile, c'est "l'après tout à fait extraordinaire", tel que qualifié par l'avocate générale, qui a concentré les interrogations.
Comment cet homme ordinaire, sans histoires, unanimement perçu comme "calme", surnommé "le zen", a pu allonger le corps sans vie de son épouse sur le canapé en demandant aux enfants de ne pas réveiller "maman, fatiguée et malade" ?
Puis, le lendemain, de découper le corps à la meuleuse ? De disperser les restes, dans des sacs plastiques, au milieu des déchets végétaux aux quatre coins des Buttes-Chaumont ? De se rendre à Bobigny pour, cette fois-ci, jeter le sac contenant le buste dans un terrain vague ?
"Il va falloir que vous fassiez l'effort colossal de dissocier ce qui s'est passé" au moment du meurtre "de ce qui s'est passé" ensuite, avait exhorté Me Tcholakian en fixant les jurés.
La défense avait pu s'appuyer sur des rapports d'expertises faisant état d'un phénomène de "déréalisation", "en dissociation psychique".
"Il n'a pas de réflexion, de stratégie", avait insisté Me Beyreuther, mettant en garde contre une fascination morbide pour un "fait divers sensationnel" qui "fait appel aux bas instincts, dans un voyeurisme insupportable".
"Il n'est pas dans une préméditation, il n'est pas dans une organisation logistique pensée", avait-elle encore développé.
Jeudi, au terme de son réquisitoire, l'avocate générale avait pour sa part rejeté ces expertises, en rappelant l'achat de la meuleuse le 31 janvier dans une grande enseigne de bricolage du sud-est parisien, les deux allers-retours depuis Montreuil jusqu'aux Buttes-Chaumont, la déclaration de la disparition à la police, les messages laissés à son épouse - "Oui, Assia, t'es où ?" -, jusqu'aux aveux lors de la troisième audition en garde à vue, quinze jours plus tard.
"Pas de déréalisation, pas d'homme sous emprise alcoolique. Un homme au contraire très ancré", avait conclu la représentante de l'accusation.