Dans le Japon bouillonnant des années 1980, des adolescents au sang chaud défiaient la société à travers de dangereuses virées à moto, des "guerres" entre écoles et de sanglantes bagarres de rue.
Ces jeunes gens sont même devenus depuis des chouchous de la pop culture japonaise ou des films d'animation, malgré le conformisme d'une grande partie de la population et son aversion pour les fauteurs de troubles.
Une exposition sur le thème "yankii" (délinquants) fait actuellement revivre à Tokyo le chaos des années 1980 avec des motos flamboyantes et modifiées et les tenues militaires richement brodées portées par ces motards.
Reona, lui, imite ces voyous des années 80 en enfilant un pantalon excessivement ample, symbole populaire des rebelles.
"Je trouve que leur virilité brute et sans complexe est vraiment cool", confie-t-il à l’AFP.
Leur esprit bagarreur, la loyauté envers leurs amis et leur franchise sont des traits de caractère souvent associés à cette sous-culture, à l'opposé, des délinquants modernes raillés pour leur quête de notoriété sur les réseaux sociaux, le harcèlement en ligne et les escroqueries envers des personnes âgées.
"Se faire arrêter pour avoir roulé à moto peut avoir un certain éclat, mais se faire arrêter pour des bétises sur les sushis, c’est juste nul", estime Reona, en référence à une tendance "réseaux sociaux" montrant de jeunes clients qui se comportent mal dans des restaurants de sushis.
"C'est sa vie, à lui d'en profiter"
Hirotaka Sotooka, 43 ans, rit du penchant précoce de son fils de 8 ans pour une tenue façon gangster, mais fixe des limites.
Ce père se dit prêt à tolérer les motos ou les bagarres, mais "je ne veux pas qu’il s’en prenne aux faibles, soit violent envers les femmes ou fasse du mal juste pour le plaisir", déclare-t-il à l’AFP.
"Sinon, c’est sa vie, à lui d’en profiter", ajoute-t-il, regardant fièrement son fils prendre une pose parfaite de dur à cuire.
Même si des rodéos-motos ou des échauffourées font encore parfois la une des journaux, le nombre de membres de gangs de motards a chuté de près de 90 % depuis l'apogée des années 1980 et ils n'étaient plus que 5.880 en 2024, selon des données de la police.
"Les caméras de surveillance sont désormais partout et "tout le monde vous filme sur son iPhone", explique à l’AFP Kenichiro Iwahashi, ancien motard hors-la-loi reconverti en expert de la délinquance.
Les yankii restent mal vus par l'opinion nippone en raison de leurs comportements transgressifs et de leur image associée aux activités criminelles.
Satoru Saito, un "humoriste yankii" avec une banane impressionnante, des sourcils rasés et une veste militaire, se retrouve parfois attaqué en ligne par des personnes qui rejettent son apparence "antisociale".
"La plupart de ces yankii se battent ou commettent des crimes, et rouler à moto à minuit peut être extrêmement bruyant, donc je comprends pourquoi ils sont détestés", affirme le trentenaire.
"Eviter le sensationnalisme"
Le dernier à surfer sur ces "bad boys" est Netflix, dont la récente émission de téléréalité "Badly in Love" braque les projecteurs sur cette culture en mettant en scène 11 hommes et femmes, dont d’anciens membres de gangs de motards.
De "Tokyo Revengers" à "Crows", les mangas et les films centrés sur les gangs scolaires ont toujours constitué un divertissement populaire mais rarement à la télévision.
Sur les chaînes classiques, ce serait "vu comme une caution de la culture yankii", explique à l’AFP Motohiko Tokuriki, chroniqueur de divertissement.
Conscient du risque, Netflix affirme vouloir "éviter le sensationnalisme".
"Notre espoir était de montrer que ces jeunes, souvent marginalisés, sont juste des adolescents inquiets qui luttent et grandissent comme ils peuvent", déclare à l’AFP Dai Ota, directeur exécutif de "Badly in Love", attentif à ce que l'émission "ne soit pas perçue comme glorifiant ou cautionnant la violence".
Et c'est un succès: l’émission, dont la saison 2 est déjà en production, s’est maintenue pendant plusieurs semaines dans le Top 10, notamment en Corée du Sud, à Taïwan et à Hong Kong.
Texte intégral (706 mots)
Dans le Japon bouillonnant des années 1980, des adolescents au sang chaud défiaient la société à travers de dangereuses virées à moto, des "guerres" entre écoles et de sanglantes bagarres de rue.
Ces jeunes gens sont même devenus depuis des chouchous de la pop culture japonaise ou des films d'animation, malgré le conformisme d'une grande partie de la population et son aversion pour les fauteurs de troubles.
Une exposition sur le thème "yankii" (délinquants) fait actuellement revivre à Tokyo le chaos des années 1980 avec des motos flamboyantes et modifiées et les tenues militaires richement brodées portées par ces motards.
Reona, lui, imite ces voyous des années 80 en enfilant un pantalon excessivement ample, symbole populaire des rebelles.
"Je trouve que leur virilité brute et sans complexe est vraiment cool", confie-t-il à l’AFP.
Leur esprit bagarreur, la loyauté envers leurs amis et leur franchise sont des traits de caractère souvent associés à cette sous-culture, à l'opposé, des délinquants modernes raillés pour leur quête de notoriété sur les réseaux sociaux, le harcèlement en ligne et les escroqueries envers des personnes âgées.
"Se faire arrêter pour avoir roulé à moto peut avoir un certain éclat, mais se faire arrêter pour des bétises sur les sushis, c’est juste nul", estime Reona, en référence à une tendance "réseaux sociaux" montrant de jeunes clients qui se comportent mal dans des restaurants de sushis.
"C'est sa vie, à lui d'en profiter"
Hirotaka Sotooka, 43 ans, rit du penchant précoce de son fils de 8 ans pour une tenue façon gangster, mais fixe des limites.
Ce père se dit prêt à tolérer les motos ou les bagarres, mais "je ne veux pas qu’il s’en prenne aux faibles, soit violent envers les femmes ou fasse du mal juste pour le plaisir", déclare-t-il à l’AFP.
"Sinon, c’est sa vie, à lui d’en profiter", ajoute-t-il, regardant fièrement son fils prendre une pose parfaite de dur à cuire.
Même si des rodéos-motos ou des échauffourées font encore parfois la une des journaux, le nombre de membres de gangs de motards a chuté de près de 90 % depuis l'apogée des années 1980 et ils n'étaient plus que 5.880 en 2024, selon des données de la police.
"Les caméras de surveillance sont désormais partout et "tout le monde vous filme sur son iPhone", explique à l’AFP Kenichiro Iwahashi, ancien motard hors-la-loi reconverti en expert de la délinquance.
Les yankii restent mal vus par l'opinion nippone en raison de leurs comportements transgressifs et de leur image associée aux activités criminelles.
Satoru Saito, un "humoriste yankii" avec une banane impressionnante, des sourcils rasés et une veste militaire, se retrouve parfois attaqué en ligne par des personnes qui rejettent son apparence "antisociale".
"La plupart de ces yankii se battent ou commettent des crimes, et rouler à moto à minuit peut être extrêmement bruyant, donc je comprends pourquoi ils sont détestés", affirme le trentenaire.
"Eviter le sensationnalisme"
Le dernier à surfer sur ces "bad boys" est Netflix, dont la récente émission de téléréalité "Badly in Love" braque les projecteurs sur cette culture en mettant en scène 11 hommes et femmes, dont d’anciens membres de gangs de motards.
De "Tokyo Revengers" à "Crows", les mangas et les films centrés sur les gangs scolaires ont toujours constitué un divertissement populaire mais rarement à la télévision.
Sur les chaînes classiques, ce serait "vu comme une caution de la culture yankii", explique à l’AFP Motohiko Tokuriki, chroniqueur de divertissement.
Conscient du risque, Netflix affirme vouloir "éviter le sensationnalisme".
"Notre espoir était de montrer que ces jeunes, souvent marginalisés, sont juste des adolescents inquiets qui luttent et grandissent comme ils peuvent", déclare à l’AFP Dai Ota, directeur exécutif de "Badly in Love", attentif à ce que l'émission "ne soit pas perçue comme glorifiant ou cautionnant la violence".
Et c'est un succès: l’émission, dont la saison 2 est déjà en production, s’est maintenue pendant plusieurs semaines dans le Top 10, notamment en Corée du Sud, à Taïwan et à Hong Kong.