L'avocate générale a décrit un "système" mis en place par Jérôme P., 45 ans, basé sur "le contrôle, la manipulation et la dissimulation" de ses trois compagnes et de ses quatre enfants, des caractéristiques "poussées à l'extrême" dans ce dossier.
L'aveu par l'accusé, mercredi, de violences sporadiques (fessée, gifles, réprimandes), "c'est tout ce qu'on a eu. Et pourtant je suis certaine que monsieur P. est coupable" de l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, a martelé l'avocate générale.
Concernant les faits de viol sur l'une de ses compagnes, les plus graves reprochés à l'accusé, il s'agissait de "rapports où elle ne pouvait pas dire non", de peur d'être confrontée à la violence psychologique ou à la violence physique dont il était, selon des témoignages, coutumier.
En raison de cette "contrainte morale", cette compagne, Jennifer C., n'était "pas capable de dire oui, pas capable de dire non".
Apparu les traits tirés dans son box jeudi, Jérôme P. est jugé depuis lundi pour viols sur Jennifer C. et pour violences sur ses trois compagnes et les quatre enfants qui vivaient avec eux à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
"C'est du complot", a-t-il balayé jeudi matin avant les réquisitions.
"Toute-puissance"
Un expert psychiatre a décrit l'accusé comme un homme habité d'un "sentiment de toute-puissance", qui "refuse de se remettre en question" et "renvoie plutôt la responsabilité sur autrui".
Mardi, la fille aînée de Jérôme P. a décrit un homme aux "deux facettes: le Jérôme aimant, celui qui protège ses enfants (...) et le monstre qu'il pouvait parfois être, que ce soit avec ses enfants ou avec ses femmes".
Un jour, s'est-elle souvenue, "il me met un coup de poing au visage, il me fait tomber au sol, je perds connaissance". Lorsqu'elle retrouve ses esprits, "pris de remords", il lui offre le dernier iPhone.
C'est justement grâce aux téléphones que Jérôme P. a, selon l'avocate générale, exercé un "contrôle coercitif" sur ses compagnes et enfants, géolocalisés quand ils étaient hors du domicile.
Dans la maison, il avait installé trois caméras de surveillance dans la cuisine, le salon et une chambre, qui étaient selon plusieurs témoignages continuellement allumées.
Au-delà de l'accusé, c'est le fonctionnement de toute une famille qui a été décortiqué depuis lundi. Une famille au sein de laquelle il est de coutume pour les hommes d'avoir plusieurs compagnes et d'exercer envers elles des violences physiques et sexuelles.
Les P. sont "une secte", a asséné lundi l'ex-compagne d'un des frères de l'accusé, mis en examen et placé en détention provisoire pour l'avoir violée, frappée et contrainte à se prostituer.
"Survivantes"
Le témoignage d'une nièce de l'accusé a par ailleurs traduit un "passif d'actes incestueux répétés, intergénérationnels et même assez lourds" dans la famille P., comme l'a résumé la présidente de la cour.
Un autre frère de l'accusé s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint. Un troisième frère a été accusé de viols mardi par la fille aînée de Jérôme P.
Toutes les femmes "qui ont approché le clan P. sont des survivantes", a martelé lors de sa plaidoirie Me Fabienne Roy-Nansion, avocate des parties civiles.
Dans une audience douloureuse, parfois terriblement crue lorsque Jennifer C. a dû décrire les rapports sexuels qu'elle accuse Jérôme P. de lui avoir imposés avec leur berger allemand, de nombreuses larmes ont coulé sur les bancs des parties civiles.
Mais l'audience a également laissé de la place à l'amour, celui que les deux filles aînées de Jérôme P. ressentent encore pour lui, malgré les coups et insultes dont elles l'accusent, et celui de Jennifer C. pour son fils, bien qu'il se soit montré un farouche défenseur de son père.
Ce fils de 16 ans, placé chez ses grands-parents paternels, est "un mini-Jérôme" P., selon l'avocate générale. C'est "le dégât collatéral encore en cours" dans ce dossier, a aussi regretté Me Fabienne Roy-Nansion.
"Il reviendra, votre fils", a glissé l'avocate à Jennifer C.
"J'espère", a murmuré cette dernière, les larmes aux yeux.
Texte intégral (743 mots)
L'avocate générale a décrit un "système" mis en place par Jérôme P., 45 ans, basé sur "le contrôle, la manipulation et la dissimulation" de ses trois compagnes et de ses quatre enfants, des caractéristiques "poussées à l'extrême" dans ce dossier.
L'aveu par l'accusé, mercredi, de violences sporadiques (fessée, gifles, réprimandes), "c'est tout ce qu'on a eu. Et pourtant je suis certaine que monsieur P. est coupable" de l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, a martelé l'avocate générale.
Concernant les faits de viol sur l'une de ses compagnes, les plus graves reprochés à l'accusé, il s'agissait de "rapports où elle ne pouvait pas dire non", de peur d'être confrontée à la violence psychologique ou à la violence physique dont il était, selon des témoignages, coutumier.
En raison de cette "contrainte morale", cette compagne, Jennifer C., n'était "pas capable de dire oui, pas capable de dire non".
Apparu les traits tirés dans son box jeudi, Jérôme P. est jugé depuis lundi pour viols sur Jennifer C. et pour violences sur ses trois compagnes et les quatre enfants qui vivaient avec eux à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais).
"C'est du complot", a-t-il balayé jeudi matin avant les réquisitions.
"Toute-puissance"
Un expert psychiatre a décrit l'accusé comme un homme habité d'un "sentiment de toute-puissance", qui "refuse de se remettre en question" et "renvoie plutôt la responsabilité sur autrui".
Mardi, la fille aînée de Jérôme P. a décrit un homme aux "deux facettes: le Jérôme aimant, celui qui protège ses enfants (...) et le monstre qu'il pouvait parfois être, que ce soit avec ses enfants ou avec ses femmes".
Un jour, s'est-elle souvenue, "il me met un coup de poing au visage, il me fait tomber au sol, je perds connaissance". Lorsqu'elle retrouve ses esprits, "pris de remords", il lui offre le dernier iPhone.
C'est justement grâce aux téléphones que Jérôme P. a, selon l'avocate générale, exercé un "contrôle coercitif" sur ses compagnes et enfants, géolocalisés quand ils étaient hors du domicile.
Dans la maison, il avait installé trois caméras de surveillance dans la cuisine, le salon et une chambre, qui étaient selon plusieurs témoignages continuellement allumées.
Au-delà de l'accusé, c'est le fonctionnement de toute une famille qui a été décortiqué depuis lundi. Une famille au sein de laquelle il est de coutume pour les hommes d'avoir plusieurs compagnes et d'exercer envers elles des violences physiques et sexuelles.
Les P. sont "une secte", a asséné lundi l'ex-compagne d'un des frères de l'accusé, mis en examen et placé en détention provisoire pour l'avoir violée, frappée et contrainte à se prostituer.
"Survivantes"
Le témoignage d'une nièce de l'accusé a par ailleurs traduit un "passif d'actes incestueux répétés, intergénérationnels et même assez lourds" dans la famille P., comme l'a résumé la présidente de la cour.
Un autre frère de l'accusé s'est suicidé en 2024 alors qu'il était placé en détention provisoire, mis en examen pour viols incestueux et viols sur conjoint. Un troisième frère a été accusé de viols mardi par la fille aînée de Jérôme P.
Toutes les femmes "qui ont approché le clan P. sont des survivantes", a martelé lors de sa plaidoirie Me Fabienne Roy-Nansion, avocate des parties civiles.
Dans une audience douloureuse, parfois terriblement crue lorsque Jennifer C. a dû décrire les rapports sexuels qu'elle accuse Jérôme P. de lui avoir imposés avec leur berger allemand, de nombreuses larmes ont coulé sur les bancs des parties civiles.
Mais l'audience a également laissé de la place à l'amour, celui que les deux filles aînées de Jérôme P. ressentent encore pour lui, malgré les coups et insultes dont elles l'accusent, et celui de Jennifer C. pour son fils, bien qu'il se soit montré un farouche défenseur de son père.
Ce fils de 16 ans, placé chez ses grands-parents paternels, est "un mini-Jérôme" P., selon l'avocate générale. C'est "le dégât collatéral encore en cours" dans ce dossier, a aussi regretté Me Fabienne Roy-Nansion.
"Il reviendra, votre fils", a glissé l'avocate à Jennifer C.
"J'espère", a murmuré cette dernière, les larmes aux yeux.