Une équipe de l'AFP s'est rendue samedi en compagnie d'une délégation archéologique française sur ce site, resté inaccessible au cours du conflit (2011-2024), pour une première inspection.
Le sanctuaire situé dans la province d'Alep fait partie des villages antiques du nord de Syrie, surnommés les "villes mortes" et inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.
Son appareil photo et un petit carnet en main, Micheline Kurdy, une spécialiste du patrimoine archéologique, parcourt les ruines pour "documenter" l'état des lieux et planifier dans un premier temps des "interventions rapides", explique-t-elle à l'AFP.
"Il y a des dommages irréparables dans la partie sud-est du monastère, mais l’église (...) est en bon état", dit cette franco-syrienne de 42 ans, dont la dernière visite sur le site remonte à 2010.
À l’intérieur du monastère, des journalistes de l'AFP ont vu des arcs fissurés et des murs de pierre partiellement effondrés, les habitations des moines demeurant, elles, intactes.
"Symbole de l'église"
Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, le site a été "pillé, victime de fouilles illégales, utilisé à des fins militaires et laissé à l'abandon", explique le directeur du site de Saint-Siméon, Abdel Jalil Arabi.
Il estime qu'entre 30 et 40% du site a été endommagé, notamment l'arc ouest qui s'est effondré avec ses colonnes.
Quant à la colonne de saint Siméon, "symbole de l'église, son socle est toujours là, mais ses vestiges sont dispersés et nous allons essayer de les reconstituer", précise-t-il.
Le monastère a vu le passage de différentes fonctions armées dont certaines l'ont utilisé à des fins militaires, selon le directeur.
En mai 2016, il a été touché par une frappe que l’Unesco a condamnée, avant qu'un séisme meurtrier survenu en février 2023 en Syrie et en Turquie ne vienne davantage fragiliser ses arcs et ses murs.
Le monastère a été construit vers la fin du Ve siècle autour de la colonne de saint Siméon le Stylite, moine ascète qui, selon la tradition chrétienne, s'est perché à son sommet pendant une quarantaine d'années en se consacrant à la prière.
Devenue un lieu de pèlerinage à une période de transition du paganisme au christianisme byzantin, cette colonne est restée une destination religieuse prisée.
Terre de civilisations pluri-millénaires, la Syrie regorge de trésors archéologiques. Pendant la guerre, des sites ont été bombardés et des musées pillés.
Micheline Kurdy, qui a consacré sa thèse de doctorat au site, explique qu'il faut "revoir les plans anciens pour réinsaller le socle et la partie qui en subsistait".
- Un lieu de "message"-
Pour le chargé d’affaires français en Syrie, Jean-Baptiste Faivre, qui faisait partie de la délégation, "ce patrimoine est extrêmement important, non seulement pour le passé de la Syrie, mais aussi pour son avenir (...) économique et touristique".
Il annonce une "coopération entre la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie et les institutions culturelles françaises afin d'aider à la restauration et au développement du site".
La France est impliquée dans l'archéologie syrienne depuis le début du XXe siècle, et comptait avant la guerre un grand nombre de missions archéologiques actives dans le pays.
La restauration doit se faire "avec le soutien des bailleurs de fonds et de nos partenaires, comme l’ambassade de France et la Fondation Aliph, qui œuvre à la protection du patrimoine dans les pays affectés par les guerres", explique pour sa part Vincent Gelot, chargé de mission pour l'Œuvre d’Orient, ONG chrétienne, au Liban et en Syrie.
Il dit espérer "qu’un jour les touristes et les pèlerins reviendront dans ce lieu, qui porte un message et continue de nous parler aujourd’hui".
Texte intégral (653 mots)
Une équipe de l'AFP s'est rendue samedi en compagnie d'une délégation archéologique française sur ce site, resté inaccessible au cours du conflit (2011-2024), pour une première inspection.
Le sanctuaire situé dans la province d'Alep fait partie des villages antiques du nord de Syrie, surnommés les "villes mortes" et inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco.
Son appareil photo et un petit carnet en main, Micheline Kurdy, une spécialiste du patrimoine archéologique, parcourt les ruines pour "documenter" l'état des lieux et planifier dans un premier temps des "interventions rapides", explique-t-elle à l'AFP.
"Il y a des dommages irréparables dans la partie sud-est du monastère, mais l’église (...) est en bon état", dit cette franco-syrienne de 42 ans, dont la dernière visite sur le site remonte à 2010.
À l’intérieur du monastère, des journalistes de l'AFP ont vu des arcs fissurés et des murs de pierre partiellement effondrés, les habitations des moines demeurant, elles, intactes.
"Symbole de l'église"
Depuis le début du conflit en Syrie en 2011, le site a été "pillé, victime de fouilles illégales, utilisé à des fins militaires et laissé à l'abandon", explique le directeur du site de Saint-Siméon, Abdel Jalil Arabi.
Il estime qu'entre 30 et 40% du site a été endommagé, notamment l'arc ouest qui s'est effondré avec ses colonnes.
Quant à la colonne de saint Siméon, "symbole de l'église, son socle est toujours là, mais ses vestiges sont dispersés et nous allons essayer de les reconstituer", précise-t-il.
Le monastère a vu le passage de différentes fonctions armées dont certaines l'ont utilisé à des fins militaires, selon le directeur.
En mai 2016, il a été touché par une frappe que l’Unesco a condamnée, avant qu'un séisme meurtrier survenu en février 2023 en Syrie et en Turquie ne vienne davantage fragiliser ses arcs et ses murs.
Le monastère a été construit vers la fin du Ve siècle autour de la colonne de saint Siméon le Stylite, moine ascète qui, selon la tradition chrétienne, s'est perché à son sommet pendant une quarantaine d'années en se consacrant à la prière.
Devenue un lieu de pèlerinage à une période de transition du paganisme au christianisme byzantin, cette colonne est restée une destination religieuse prisée.
Terre de civilisations pluri-millénaires, la Syrie regorge de trésors archéologiques. Pendant la guerre, des sites ont été bombardés et des musées pillés.
Micheline Kurdy, qui a consacré sa thèse de doctorat au site, explique qu'il faut "revoir les plans anciens pour réinsaller le socle et la partie qui en subsistait".
- Un lieu de "message"-
Pour le chargé d’affaires français en Syrie, Jean-Baptiste Faivre, qui faisait partie de la délégation, "ce patrimoine est extrêmement important, non seulement pour le passé de la Syrie, mais aussi pour son avenir (...) économique et touristique".
Il annonce une "coopération entre la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie et les institutions culturelles françaises afin d'aider à la restauration et au développement du site".
La France est impliquée dans l'archéologie syrienne depuis le début du XXe siècle, et comptait avant la guerre un grand nombre de missions archéologiques actives dans le pays.
La restauration doit se faire "avec le soutien des bailleurs de fonds et de nos partenaires, comme l’ambassade de France et la Fondation Aliph, qui œuvre à la protection du patrimoine dans les pays affectés par les guerres", explique pour sa part Vincent Gelot, chargé de mission pour l'Œuvre d’Orient, ONG chrétienne, au Liban et en Syrie.
Il dit espérer "qu’un jour les touristes et les pèlerins reviendront dans ce lieu, qui porte un message et continue de nous parler aujourd’hui".