"C'est extraordinaire. C'est un moment très spécial et très attendu", confie, très émue, à l'AFP Maria, la mère de l'abbé argentin Pelayo Muskett Bunge, qui vient d'être ordonné.
À peine ordonnés, les cinq nouveaux prêtres – deux Argentins, un Belge, un Espagnol et un Français – imposent les mains sur la tête de leurs proches pour leur donner leur première bénédiction sacerdotale.
Autour d'eux, des milliers de fidèles se pressent, après avoir assisté sous une chaleur écrasante à la cérémonie, pendant quatre heures, dans un champ au pied des montagnes, à proximité du séminaire de la Fraternité dans le canton alpin du Valais.
"On a chaque année les ordinations sacerdotales" mais cette fois elles prennent une dimension particulière avec la "perspective des sacrements épiscopaux" mercredi, explique Alexandre Maret, un fidèle suisse âgé de 41 ans ayant connu l'évêque français Marcel Lefebvre (1905-1991), qui a fondé en 1970 cette communauté.
"Ce qu'il nous expliquait à l'époque est toujours d'actualité : le combat doctrinal n'a quasiment pas changé", ajoute-t-il.
Cette communauté regroupe des fidèles attachés à une interprétation stricte de la tradition doctrinale et liturgique et qui condamne l'oecuménisme.
Elle avait reçu un important écho médiatique en 1988, après avoir illicitement ordonné quatre évêques, entraînant une excommunication immédiate.
La mesure fut levée en 2009 mais, presque quarante ans après les premières consécrations épiscopales, les "Lefebvristes" s'apprêtent à réitérer cet acte de dissidence.
La Fraternité, qui compte aujourd'hui plus de 750 prêtres et plus de 260 séminaristes, dans environ 80 pays, entend en effet consacrer quatre nouveaux évêques (deux Français, un Américain et un Suisse), faisant valoir qu'elle ne dispose plus que de deux évêques alors que ce sont eux qui ont la charge d'ordonner les nouveaux prêtres.
"Historique"
"C'est un événement historique très important. C'est un moment décisif. Sans le travail des évêques, des prêtres, des frères et des soeurs de la congrégation, nous serions dans une situation bien plus difficile", relève Samuel Putz, un fidèle américain de 26 ans, qui habite dans la même ville au Kansas dont est originaire un des quatre abbés qui doivent être consacrés évêques.
A Ecône, environ 150 prêtres ont participé à la cérémonie célébrée dans un faste liturgique dominé par le pourpre et l'or. La messe, en latin à l'exception de l'homélie, alternait longs silences et chants. Dans l'assemblée, les femmes portaient une mantille, un chapeau ou un fichu pour se protéger du soleil.
Avant de recevoir l'ordination sacerdotale, les cinq futurs prêtres et les trois aspirants diacres se sont allongés face contre terre, portant leur aube de dentelle, tandis que résonnait en latin la litanie des saints.
Pour le Vatican, consacrer un évêque sans l'accord du pape est un acte d'insubordination direct, qui entraîne une excommunication automatique des évêques (consacrés et consacrants) et caractérise un "acte schismatique".
"On continue de perpétuer la foi et on considère que l'Eglise ne le fait plus comme Jésus l'avait institué. C'est pour ça, sûrement" que la Fraternité "dérange le Vatican", affirme Marie Desclos, une jeune fidèle française, arrivée de Toulouse pour assister au diaconat de son cousin.
Si le Vatican "accepte que les évêques en Chine soient choisis par le gouvernement chinois, pourquoi ne pouvons-nous pas faire de même ?" déplore Isabel Masuda, une fidèle argentine de 65 ans en provenance de Buenos Aires.
"On aime le pape"
Cette ordination est une "joie" pour les fidèles mais l'opposition du Vatican "est douloureuse parce qu'on se considère vraiment comme membre de l'Eglise à part entière. On aime l'Eglise, on aime le Pape", lance M. Maret.
Le jeune Américain du Kansas est du même avis : "Voir un tel rejet de la part du Saint-Père, ça fait mal. C'est très triste, c'est vraiment dévastateur".
Rejetant en bloc les évolutions de l'Eglise depuis le Concile Vatican II, dans les années 1960, la Fraternité, qui compte environ 600.000 fidèles, défend un modèle de société traditionnellement patriarcale et un idéal d'Etat théocratique.
Bien qu'influente dans certains milieux conservateurs, elle demeure minoritaire au sein de l'Eglise catholique et ses quelque 1,3 milliard de fidèles.
"Actuellement, on a vraiment l'impression qu'on ne s'entend plus. Ce que nous disons n'est plus compris à Rome. (Mais) nous ne faisons rien d'autre que de dire ce qu'a dit l'Eglise pendant des siècles", a martelé lundi Mgr Bernard Fellay, un des deux derniers évêques de la Fraternité, devant les fidèles.
Texte intégral (806 mots)
"C'est extraordinaire. C'est un moment très spécial et très attendu", confie, très émue, à l'AFP Maria, la mère de l'abbé argentin Pelayo Muskett Bunge, qui vient d'être ordonné.
À peine ordonnés, les cinq nouveaux prêtres – deux Argentins, un Belge, un Espagnol et un Français – imposent les mains sur la tête de leurs proches pour leur donner leur première bénédiction sacerdotale.
Autour d'eux, des milliers de fidèles se pressent, après avoir assisté sous une chaleur écrasante à la cérémonie, pendant quatre heures, dans un champ au pied des montagnes, à proximité du séminaire de la Fraternité dans le canton alpin du Valais.
"On a chaque année les ordinations sacerdotales" mais cette fois elles prennent une dimension particulière avec la "perspective des sacrements épiscopaux" mercredi, explique Alexandre Maret, un fidèle suisse âgé de 41 ans ayant connu l'évêque français Marcel Lefebvre (1905-1991), qui a fondé en 1970 cette communauté.
"Ce qu'il nous expliquait à l'époque est toujours d'actualité : le combat doctrinal n'a quasiment pas changé", ajoute-t-il.
Cette communauté regroupe des fidèles attachés à une interprétation stricte de la tradition doctrinale et liturgique et qui condamne l'oecuménisme.
Elle avait reçu un important écho médiatique en 1988, après avoir illicitement ordonné quatre évêques, entraînant une excommunication immédiate.
La mesure fut levée en 2009 mais, presque quarante ans après les premières consécrations épiscopales, les "Lefebvristes" s'apprêtent à réitérer cet acte de dissidence.
La Fraternité, qui compte aujourd'hui plus de 750 prêtres et plus de 260 séminaristes, dans environ 80 pays, entend en effet consacrer quatre nouveaux évêques (deux Français, un Américain et un Suisse), faisant valoir qu'elle ne dispose plus que de deux évêques alors que ce sont eux qui ont la charge d'ordonner les nouveaux prêtres.
"Historique"
"C'est un événement historique très important. C'est un moment décisif. Sans le travail des évêques, des prêtres, des frères et des soeurs de la congrégation, nous serions dans une situation bien plus difficile", relève Samuel Putz, un fidèle américain de 26 ans, qui habite dans la même ville au Kansas dont est originaire un des quatre abbés qui doivent être consacrés évêques.
A Ecône, environ 150 prêtres ont participé à la cérémonie célébrée dans un faste liturgique dominé par le pourpre et l'or. La messe, en latin à l'exception de l'homélie, alternait longs silences et chants. Dans l'assemblée, les femmes portaient une mantille, un chapeau ou un fichu pour se protéger du soleil.
Avant de recevoir l'ordination sacerdotale, les cinq futurs prêtres et les trois aspirants diacres se sont allongés face contre terre, portant leur aube de dentelle, tandis que résonnait en latin la litanie des saints.
Pour le Vatican, consacrer un évêque sans l'accord du pape est un acte d'insubordination direct, qui entraîne une excommunication automatique des évêques (consacrés et consacrants) et caractérise un "acte schismatique".
"On continue de perpétuer la foi et on considère que l'Eglise ne le fait plus comme Jésus l'avait institué. C'est pour ça, sûrement" que la Fraternité "dérange le Vatican", affirme Marie Desclos, une jeune fidèle française, arrivée de Toulouse pour assister au diaconat de son cousin.
Si le Vatican "accepte que les évêques en Chine soient choisis par le gouvernement chinois, pourquoi ne pouvons-nous pas faire de même ?" déplore Isabel Masuda, une fidèle argentine de 65 ans en provenance de Buenos Aires.
"On aime le pape"
Cette ordination est une "joie" pour les fidèles mais l'opposition du Vatican "est douloureuse parce qu'on se considère vraiment comme membre de l'Eglise à part entière. On aime l'Eglise, on aime le Pape", lance M. Maret.
Le jeune Américain du Kansas est du même avis : "Voir un tel rejet de la part du Saint-Père, ça fait mal. C'est très triste, c'est vraiment dévastateur".
Rejetant en bloc les évolutions de l'Eglise depuis le Concile Vatican II, dans les années 1960, la Fraternité, qui compte environ 600.000 fidèles, défend un modèle de société traditionnellement patriarcale et un idéal d'Etat théocratique.
Bien qu'influente dans certains milieux conservateurs, elle demeure minoritaire au sein de l'Eglise catholique et ses quelque 1,3 milliard de fidèles.
"Actuellement, on a vraiment l'impression qu'on ne s'entend plus. Ce que nous disons n'est plus compris à Rome. (Mais) nous ne faisons rien d'autre que de dire ce qu'a dit l'Eglise pendant des siècles", a martelé lundi Mgr Bernard Fellay, un des deux derniers évêques de la Fraternité, devant les fidèles.