Depuis 2015, Accept International, en collaboration avec le gouvernement fédéral somalien, a pris en charge en Somalie quelque 1.700 shebab faits prisonniers et quelque 250 autres ayant déserté. L'ONG a depuis développé des activités au Yémen ou encore dans les territoires palestiniens.
Autrefois une priorité, les programmes de déradicalisation ont progressivement perdu la faveur des bailleurs, sur fond de lassitude plus générale ces dernières années des partenaires internationaux envers le peu de progrès politiques et militaires des fragiles autorités fédérales somaliennes.
Selon des observateurs, l'ONG de M. Nagai est la seule tentant encore d'épauler le gouvernement de Mogadiscio dans la prise en charge des islamistes détenus et repentis.
"Certaines organisations internationales ou agences de l'ONU ont soutenu (des ONG) par le passé, mais c'est terminé. Aujourd'hui, nous comblons ce vide", explique M. Nagai.
En 2011, Yosuke Nagai a 19 ans et la Somalie, déjà associée depuis deux décennies à la pauvreté et la violence, connaît une famine dramatique.
Le jeune étudiant veut faire quelque chose, effaré par le contraste entre l'élan de solidarité mondiale envers le Japon, tout juste frappé par un tsunami ayant tué 20.000 personnes, et la relative indifférence face à la mort lente de 260.000 Somaliens affamés.
En 2013, il décide donc de partir en Somalie, ignorant les mises en gardes des experts et professeurs lui rappelant que le pays est "follement dangereux". "Moi je me disais: +OK, mais vous faites quoi pour aider?+", raconte-t-il à l'AFP. "J'étais juste un gars dingue: sans argent, sans savoir, sans compétence en langues étrangères, sans expérience."
"Agents de paix"
Un attentat-suicide le jour de son arrivée à Mogadiscio l'empêche de quitter l'aéroport, mais ne le décourage pas. Il se forme au Kenya voisin en mettant sur pied un programme réhabilitant des jeunes membres de gangs, du même âge que lui.
La déradicalisation peut sembler loin de la lutte contre la famine, mais Yosuke Nagai estime que "tant que les problèmes de conflits armés et de terrorisme ne seront pas résolus, la Somalie connaîtra éternellement la faim".
L'ONG compte 17 employés travaillant à Mogadiscio dans une prison et un centre pour déserteurs, et 15 autres dans un centre de réinsertion de Dhusamareb, capitale de l'Etat du Galmudug (centre du pays).
Plutôt que de "déradicalisation", M. Nagai préfère parler "d'autonomisation".
"Nous proposons un accompagnement psychologique et un enseignement islamique aux déserteurs et prisonniers" shebab, ces derniers étant les plus radicalisés, dit-il, racontant que certains menacent parfois de mort les employés traités d'"infidèles". Quant aux déserteurs, environ un tiers sont analphabètes, note-t-il.
Le programme, financé par des dons au Japon, dure environ un an et comprend enseignement de base et apprentissage professionnel, comme la menuiserie.
Des participants sont devenus tailleurs, agents de circulation et même soldats de l'armée somalienne, se félicite le Japonais, qui espère en faire des "agents de paix".
L'un d'eux, Nur Ali, 32 ans, a même rejoint l'ONG et anime des sessions en milieu carcéral. Ce Somalien avait intégré les rangs des shebab à 17 ans, par vengeance après la mort de son frère, tué par les forces somaliennes. Capturé quelque mois plus tard, il fut condamné à 15 ans d'emprisonnement.
C'est en prison qu'il a rencontré M. Nagai, accompagné d'un chef religieux qui lui a expliqué que "les choses sont meilleures et plus positives quand on pardonne", raconte-t-il par téléphone à l'AFP depuis Mogadiscio.
Défection "difficile"
"Les jeunes ont besoin d'éducation. Ils ont besoin d'être guidés", ajoute-t-il, ravi que d'anciens combattants shebab suivent son exemple "pour changer de vie".
Mais les programmes de réinsertion manquent cruellement de financements, souligne Martine Zeuthen, auteure d'un rapport sur le sujet pour le Royal United Services Institute, un think-tank britannique.
Les centres pour anciens combattants shebab manquent de nourriture et sont des foyers de maladies, dit-elle. Contacté par l'AFP, le gouvernement somalien n'a pas réagi.
"Ces personnes sont rarement la priorité", remarque Mme Zeuthen. Or ce désintérêt a un "impact négatif sur les efforts visant à encourager davantage de personnes à quitter les rangs" des shebab et sur la connaissance du groupe.
Les shebab contrôlent de vastes zones rurales et ont de nombreux relais dans la société somalienne, ce qui complique considérablement la réintégration des repentis.
M. Nagai se souvient d'un insurgé de 21 ans, promis à devenir kamikaze mais qui avait fait défection. Malgré une participation prometteuse au programme, ce jeune homme "très sociable" qui "aimait discuter" est retourné chez les shebab, vraisemblablement sous la pression de son père, sympathisant des insurgés islamistes. Ca aussi, "c'est l'une des réalités", confie Yosuke Nagai.
A 29 ans, Abdullahi est, lui, heureux d'avoir réussi à fuir les shebab après six ans "terribles" dans leurs rangs, qu'il avait intégrés sous la pression et attiré par une promesse financière.
Au centre de Dhusamareb, il apprend à lire, à écrire et le métier de tailleur.
D'autres que lui voulaient faire défection, mais "c'était très difficile pour eux" car les recrues sont souvent déployées loin de chez elles, explique-t-il, et ceux tentés de partir "ne savent pas où aller".
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Depuis 2015, Accept International, en collaboration avec le gouvernement fédéral somalien, a pris en charge en Somalie quelque 1.700 shebab faits prisonniers et quelque 250 autres ayant déserté. L'ONG a depuis développé des activités au Yémen ou encore dans les territoires palestiniens.
Autrefois une priorité, les programmes de déradicalisation ont progressivement perdu la faveur des bailleurs, sur fond de lassitude plus générale ces dernières années des partenaires internationaux envers le peu de progrès politiques et militaires des fragiles autorités fédérales somaliennes.
Selon des observateurs, l'ONG de M. Nagai est la seule tentant encore d'épauler le gouvernement de Mogadiscio dans la prise en charge des islamistes détenus et repentis.
"Certaines organisations internationales ou agences de l'ONU ont soutenu (des ONG) par le passé, mais c'est terminé. Aujourd'hui, nous comblons ce vide", explique M. Nagai.
En 2011, Yosuke Nagai a 19 ans et la Somalie, déjà associée depuis deux décennies à la pauvreté et la violence, connaît une famine dramatique.
Le jeune étudiant veut faire quelque chose, effaré par le contraste entre l'élan de solidarité mondiale envers le Japon, tout juste frappé par un tsunami ayant tué 20.000 personnes, et la relative indifférence face à la mort lente de 260.000 Somaliens affamés.
En 2013, il décide donc de partir en Somalie, ignorant les mises en gardes des experts et professeurs lui rappelant que le pays est "follement dangereux". "Moi je me disais: +OK, mais vous faites quoi pour aider?+", raconte-t-il à l'AFP. "J'étais juste un gars dingue: sans argent, sans savoir, sans compétence en langues étrangères, sans expérience."
"Agents de paix"
Un attentat-suicide le jour de son arrivée à Mogadiscio l'empêche de quitter l'aéroport, mais ne le décourage pas. Il se forme au Kenya voisin en mettant sur pied un programme réhabilitant des jeunes membres de gangs, du même âge que lui.
La déradicalisation peut sembler loin de la lutte contre la famine, mais Yosuke Nagai estime que "tant que les problèmes de conflits armés et de terrorisme ne seront pas résolus, la Somalie connaîtra éternellement la faim".
L'ONG compte 17 employés travaillant à Mogadiscio dans une prison et un centre pour déserteurs, et 15 autres dans un centre de réinsertion de Dhusamareb, capitale de l'Etat du Galmudug (centre du pays).
Plutôt que de "déradicalisation", M. Nagai préfère parler "d'autonomisation".
"Nous proposons un accompagnement psychologique et un enseignement islamique aux déserteurs et prisonniers" shebab, ces derniers étant les plus radicalisés, dit-il, racontant que certains menacent parfois de mort les employés traités d'"infidèles". Quant aux déserteurs, environ un tiers sont analphabètes, note-t-il.
Le programme, financé par des dons au Japon, dure environ un an et comprend enseignement de base et apprentissage professionnel, comme la menuiserie.
Des participants sont devenus tailleurs, agents de circulation et même soldats de l'armée somalienne, se félicite le Japonais, qui espère en faire des "agents de paix".
L'un d'eux, Nur Ali, 32 ans, a même rejoint l'ONG et anime des sessions en milieu carcéral. Ce Somalien avait intégré les rangs des shebab à 17 ans, par vengeance après la mort de son frère, tué par les forces somaliennes. Capturé quelque mois plus tard, il fut condamné à 15 ans d'emprisonnement.
C'est en prison qu'il a rencontré M. Nagai, accompagné d'un chef religieux qui lui a expliqué que "les choses sont meilleures et plus positives quand on pardonne", raconte-t-il par téléphone à l'AFP depuis Mogadiscio.
Défection "difficile"
"Les jeunes ont besoin d'éducation. Ils ont besoin d'être guidés", ajoute-t-il, ravi que d'anciens combattants shebab suivent son exemple "pour changer de vie".
Mais les programmes de réinsertion manquent cruellement de financements, souligne Martine Zeuthen, auteure d'un rapport sur le sujet pour le Royal United Services Institute, un think-tank britannique.
Les centres pour anciens combattants shebab manquent de nourriture et sont des foyers de maladies, dit-elle. Contacté par l'AFP, le gouvernement somalien n'a pas réagi.
"Ces personnes sont rarement la priorité", remarque Mme Zeuthen. Or ce désintérêt a un "impact négatif sur les efforts visant à encourager davantage de personnes à quitter les rangs" des shebab et sur la connaissance du groupe.
Les shebab contrôlent de vastes zones rurales et ont de nombreux relais dans la société somalienne, ce qui complique considérablement la réintégration des repentis.
M. Nagai se souvient d'un insurgé de 21 ans, promis à devenir kamikaze mais qui avait fait défection. Malgré une participation prometteuse au programme, ce jeune homme "très sociable" qui "aimait discuter" est retourné chez les shebab, vraisemblablement sous la pression de son père, sympathisant des insurgés islamistes. Ca aussi, "c'est l'une des réalités", confie Yosuke Nagai.
A 29 ans, Abdullahi est, lui, heureux d'avoir réussi à fuir les shebab après six ans "terribles" dans leurs rangs, qu'il avait intégrés sous la pression et attiré par une promesse financière.
Au centre de Dhusamareb, il apprend à lire, à écrire et le métier de tailleur.
D'autres que lui voulaient faire défection, mais "c'était très difficile pour eux" car les recrues sont souvent déployées loin de chez elles, explique-t-il, et ceux tentés de partir "ne savent pas où aller".