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01.02.2026 à 11:11

Iran: Khamenei avertit d'une "guerre régionale" en cas d'attaque américaine

FRANCE24
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"Les Américains doivent savoir que s'ils déclenchent une guerre, cette fois-ci ce sera une guerre régionale", a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei, s'exprimant pour la première fois depuis la mi-janvier. Les Etats-Unis avaient brièvement bombardé l'Iran lors d'une guerre de 12 jours en juin déclenchée par Israël. Et depuis la vague de manifestations, qui a fait des milliers de morts, Donald Trump fait planer la menace d'une nouvelle attaque contre la République islamique même si ces dernières heures, les deux ennemis ont semblé privilégier la voie diplomatique. La pression vient aussi de l'Union européenne qui a inscrit sur la liste des "organisations terroristes" les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique accusée d'avoir orchestré la répression du mouvement de protestation. "Honte à l'Europe!" En représailles, le Parlement iranien a déclaré dimanche comme "groupes terroristes" les armées européennes, "conformément à l'article 7 de la loi". Selon des images retransmises par la télévision d'Etat, le président de l'assemblée, Mohammad Bagher Ghalibaf, était vêtu comme les députés d'un uniforme des Gardiens en signe de solidarité et de défiance. "Mort à l'Amérique!", "Mort à Israël!", "Honte à l'Europe", ont scandé les élus dans l'hémicycle, jour du 47e anniversaire du retour d'exil en Iran de l'imam Khomeini, père fondateur de la République islamique. Les "Pasdaran" ("gardiens" en persan), créés en 1979 par le guide suprême peu après la Révolution, sont considérés comme l'armée idéologique du pouvoir. Extrêmement organisée, cette force contrôle des pans entiers de l'économie iranienne. Les conséquences de l'annonce du Parlement, qui apparaît surtout symbolique, n'étaient pas claires dans l'immédiat. En prenant cette décision jeudi, l'UE s'aligne sur la position des Etats-Unis, du Canada et de l'Australie, qui avaient déjà classé les Gardiens comme organisation terroriste respectivement en 2019, 2024 et 2025. "Nous verrons bien" Face à ces tensions diplomatiques et aux déclarations offensives des deux côtés, le climat est fébrile dans les rues de Téhéran. Firouzeh, une Iranienne de 43 ans, a dit à l'AFP être "très inquiète et effrayée". "Je regarde en permanence les infos (...) et il m'arrive de me réveiller en pleine nuit pour consulter les actualités", a ajouté cette femme au foyer qui préfère taire son patronyme. Les Etats-Unis ont déployé dans le Golfe une dizaine de navires, dont le porte-avions Abraham Lincoln, tandis que les forces armées iraniennes se disent "en état d'alerte maximale". Mais le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré samedi soir qu'une guerre n'était dans l'intérêt ni de l'Iran ni des Etats-Unis, disant vouloir privilégier la diplomatie. Un autre haut responsable a fait état de "progrès" en vue de "négociations" avec Washington. Donald Trump a lui affirmé que Téhéran conversait avec Washington, sans toutefois donner de précisions. L'Iran "nous parle, et nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose", a dit le président américain à la chaîne Fox News, qui presse Téhéran de conclure un accord sur le nucléaire. La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l'arme atomique, ce qu'elle dément. "Climat de guerre" Le quotidien ultraconservateur Kayhan titre dimanche: "Asie de l'Ouest, patrie de l'Iran et cimetière de l'Amérique", alors que l'agence de presse Mehr assure que plusieurs milliers de tombes à Téhéran sont prêtes à accueillir des dépouilles de soldats américains en cas d'attaque. Sorti affaibli de la guerre de juin 2025 avec Israël et les Etats-Unis, le pouvoir iranien a étouffé début janvier les manifestations, initialement contre le coût de la vie, mais qui se sont transformées en défi au pouvoir. Dans un bilan actualisé, l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), dont le siège est aux Etats-Unis, dit avoir confirmé 6.713 morts, dont 137 enfants. L'organisation enquête sur plus de 17.000 décès potentiels supplémentaires. Les autorités iraniennes reconnaissent que des milliers de personnes ont été tuées lors des manifestations mais affirment que la grande majorité étaient des forces de sécurité ou passants tués par des "terroristes". Les protestataires "ont attaqué la police, des bâtiments gouvernementaux, des casernes des Gardiens de la Révolution, des banques, des mosquées et ont brûlé le Coran (...), c'était un véritable coup d'Etat", a déclaré dimanche Ali Khamenei, assurant que cette tentative avait "échoué".

01.02.2026 à 11:08

À Minneapolis, face à l'ICE, la tension ne retombe pas

FRANCE24
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Une juge américaine a rejeté samedi, de manière temporaire, la demande des autorités démocrates du Minnesota de bloquer les opérations de la police de l'immigration du gouvernement de Donald Trump, qui secouent depuis plusieurs semaines Minneapolis et sont à l'origine de la mort de deux manifestants.
Texte intégral (786 mots)
Une juge américaine a rejeté samedi, de manière temporaire, la demande des autorités démocrates du Minnesota de bloquer les opérations de la police de l'immigration du gouvernement de Donald Trump, qui secouent depuis plusieurs semaines Minneapolis et sont à l'origine de la mort de deux manifestants.

01.02.2026 à 11:05

Guerre en Ukraine : une frappe de drone russe fait deux morts à Dnipro

FRANCE24
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Deux personnes ont été tuées dans la nuit de samedi à dimanche par une frappe de drones russes sur la ville de Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, a annoncé l'administration régionale. En janvier, en plein hiver glacial, les bombardements russes ont causé à Kiev des coupures de chauffage d'une gravité et d'une durée inédite depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en février 2022.
Texte intégral (786 mots)
Deux personnes ont été tuées dans la nuit de samedi à dimanche par une frappe de drones russes sur la ville de Dnipro, dans l'est de l'Ukraine, a annoncé l'administration régionale. En janvier, en plein hiver glacial, les bombardements russes ont causé à Kiev des coupures de chauffage d'une gravité et d'une durée inédite depuis le début de l'invasion russe à grande échelle en février 2022.

01.02.2026 à 11:05

La part des voitures électriques au plus haut en France dans un marché déprimé

FRANCE24
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En janvier, dans la foulée des mois précédents, les ventes de voitures neuves en France ont continué de baisser, reculant nettement (-6,55%) par rapport à janvier 2025, a annoncé dimanche la Plateforme automobile (PFA). Le mois dernier, 107.157 voitures particulières neuves ont été immatriculées en France, selon les données de cet organisme qui défend les intérêts de la filière automobile française, soit environ 7.500 véhicules de moins qu'un an plus tôt et presque 48.000 de moins qu'en janvier 2019, avant l'épidémie de Covid. Un porte-parole de PFA a précisé à l'AFP qu'il s'agissait d'un "plus bas" niveau "en janvier depuis quinze ans", en dehors de la crise des "semi-conducteurs en 2022". Le marché avait subi cette année-là un problème d'offre, les constructeurs automobiles ne pouvant plus fabriquer leurs voitures en nombre suffisant pour répondre à la demande, faute d'avoir accès à ces composants essentiels. Leasing social Dans ce marasme, la part des ventes de véhicules électriques a été de 28% le mois dernier, niveau jamais atteint au cours des deux années précédentes, selon les données des constructeurs. Mais le porte-parole de PFA rappelle qu'il s'agit d'un segment "ultra soutenu" dans un marché automobile "peau de chagrin qui semble inexorablement se rétrécir". "Le pic de voitures électriques enregistré en janvier montre l'influence des aides à l'achat et brouille la lecture du marché", a aussi souligné dimanche Marie-Laure Nivot, analyste du cabinet AAA Data. Les effets du leasing social, dispositif d'aide à l'achat de véhicules électriques, jouent "pleinement en janvier sur le canal des particuliers et (vont) se poursuivre sur le trimestre avant de s'estomper", a-t-elle expliqué. Un autre facteur incitatif est l'électrification des flottes d'entreprises. Selon AAA Data, c'est la Renault 5 qui prend la tête des immatriculations de voitures neuves sur le segment des électriques, devant la Renault Scenic et la Peugeot 208. Mi-janvier, Emanuele Cappellano, patron Europe du groupe Stellantis, propriétaire des marques Peugeot, Citroën, Fiat, Jeep ou Opel, avait déclaré au journal Les Echos qu'il n'observait pas "de demande naturelle pour les véhicules électriques". "Elle ne se manifeste que lorsqu'il y a des subventions dans différents pays ou lorsque les constructeurs automobiles réduisent le prix en brûlant du cash", déclarait-il, affirmant que "vouloir augmenter la part des véhicules électriques ne fait que générer des pertes pour les constructeurs automobiles". L'Union européenne a renoncé mi-décembre à imposer aux constructeurs automobiles de passer au tout-électrique en 2035, en raison de la crise que traverse le secteur en Europe. Les constructeurs pourront continuer à vendre, après cette échéance, une part limitée de voitures neuves équipées de moteurs thermiques ou hybrides, sous réserve de respecter de multiples conditions, notamment de compenser les émissions de CO2 qui découleront de ces "flexibilités", avait indiqué la Commission européenne. Prix élevés Parmi les facteurs expliquant le recul des ventes figurent le prix des voitures et l'attentisme des consommateurs, plus enclins à épargner qu'à consentir un lourd investissement en période d'inflation ou d'incertitudes politiques. Selon M. Cappellano, une "grande partie du déclin de l'industrie depuis 2019 est due au fait que le prix global des voitures a augmenté", avait-il estimé en décembre. Ce n'est pas la marge du constructeur qui augmente, mais "le coût du contenu", avait-il relevé. En janvier, les ventes globales de voitures particulières neuves de Stellantis en France sont restées orientées à la baisse, avec un repli de 2,7% par rapport au même mois l'an passé. Citroën ressort en petite hausse (+2,8%), Peugeot en baisse marquée (-8,2%). Le groupe Renault fait un petit peu mieux qu'en janvier 2025 (+1,1%), tiré par la marque Renault (+20,7%) et malgré le fort recul de Dacia (-33,9%). Troisième plus gros acteur du marché, le groupe Toyota recule fortement (-15,5%).
Texte intégral (651 mots)
En janvier, dans la foulée des mois précédents, les ventes de voitures neuves en France ont continué de baisser, reculant nettement (-6,55%) par rapport à janvier 2025, a annoncé dimanche la Plateforme automobile (PFA). Le mois dernier, 107.157 voitures particulières neuves ont été immatriculées en France, selon les données de cet organisme qui défend les intérêts de la filière automobile française, soit environ 7.500 véhicules de moins qu'un an plus tôt et presque 48.000 de moins qu'en janvier 2019, avant l'épidémie de Covid. Un porte-parole de PFA a précisé à l'AFP qu'il s'agissait d'un "plus bas" niveau "en janvier depuis quinze ans", en dehors de la crise des "semi-conducteurs en 2022". Le marché avait subi cette année-là un problème d'offre, les constructeurs automobiles ne pouvant plus fabriquer leurs voitures en nombre suffisant pour répondre à la demande, faute d'avoir accès à ces composants essentiels. Leasing social Dans ce marasme, la part des ventes de véhicules électriques a été de 28% le mois dernier, niveau jamais atteint au cours des deux années précédentes, selon les données des constructeurs. Mais le porte-parole de PFA rappelle qu'il s'agit d'un segment "ultra soutenu" dans un marché automobile "peau de chagrin qui semble inexorablement se rétrécir". "Le pic de voitures électriques enregistré en janvier montre l'influence des aides à l'achat et brouille la lecture du marché", a aussi souligné dimanche Marie-Laure Nivot, analyste du cabinet AAA Data. Les effets du leasing social, dispositif d'aide à l'achat de véhicules électriques, jouent "pleinement en janvier sur le canal des particuliers et (vont) se poursuivre sur le trimestre avant de s'estomper", a-t-elle expliqué. Un autre facteur incitatif est l'électrification des flottes d'entreprises. Selon AAA Data, c'est la Renault 5 qui prend la tête des immatriculations de voitures neuves sur le segment des électriques, devant la Renault Scenic et la Peugeot 208. Mi-janvier, Emanuele Cappellano, patron Europe du groupe Stellantis, propriétaire des marques Peugeot, Citroën, Fiat, Jeep ou Opel, avait déclaré au journal Les Echos qu'il n'observait pas "de demande naturelle pour les véhicules électriques". "Elle ne se manifeste que lorsqu'il y a des subventions dans différents pays ou lorsque les constructeurs automobiles réduisent le prix en brûlant du cash", déclarait-il, affirmant que "vouloir augmenter la part des véhicules électriques ne fait que générer des pertes pour les constructeurs automobiles". L'Union européenne a renoncé mi-décembre à imposer aux constructeurs automobiles de passer au tout-électrique en 2035, en raison de la crise que traverse le secteur en Europe. Les constructeurs pourront continuer à vendre, après cette échéance, une part limitée de voitures neuves équipées de moteurs thermiques ou hybrides, sous réserve de respecter de multiples conditions, notamment de compenser les émissions de CO2 qui découleront de ces "flexibilités", avait indiqué la Commission européenne. Prix élevés Parmi les facteurs expliquant le recul des ventes figurent le prix des voitures et l'attentisme des consommateurs, plus enclins à épargner qu'à consentir un lourd investissement en période d'inflation ou d'incertitudes politiques. Selon M. Cappellano, une "grande partie du déclin de l'industrie depuis 2019 est due au fait que le prix global des voitures a augmenté", avait-il estimé en décembre. Ce n'est pas la marge du constructeur qui augmente, mais "le coût du contenu", avait-il relevé. En janvier, les ventes globales de voitures particulières neuves de Stellantis en France sont restées orientées à la baisse, avec un repli de 2,7% par rapport au même mois l'an passé. Citroën ressort en petite hausse (+2,8%), Peugeot en baisse marquée (-8,2%). Le groupe Renault fait un petit peu mieux qu'en janvier 2025 (+1,1%), tiré par la marque Renault (+20,7%) et malgré le fort recul de Dacia (-33,9%). Troisième plus gros acteur du marché, le groupe Toyota recule fortement (-15,5%).

01.02.2026 à 10:55

Tibet: la diaspora élit ses dirigeants en exil, sous le regard hostile de Pékin

FRANCE24
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Moines bouddhistes des vallées de l'Himalaya, vendeurs de souvenirs des rues de New Delhi ou réfugiés des banlieues de Sydney, ils doivent renouveler d'ici deux mois leur parlement et le chef de leur gouvernement en exil dans le nord de l'Inde. Comme à chaque fois depuis que ses troupes ont envahi le Tibet en 1950, la Chine a rejeté par avance les résultats d'un scrutin qu'elle qualifie de "farce". "Le soi-disant +gouvernement tibétain en exil+ n'est rien d'autre qu'un groupe politique séparatiste", a raillé son ministère des Affaires étrangères dans une réponse écrite à l'AFP. "C'est une organisation illégale qui viole totalement la Constitution et les lois chinoises." Qu'importe, de nombreux Tibétains semblent déterminés à accomplir leur devoir de citoyens. "Ces élections (...) montrent que le combat pour la liberté et l'indépendance du Tibet se perpétue de génération en génération", lance Gyalten Chokye, 33 ans, candidate à un siège dans le futur exécutif. Pour nombre de Tibétains, cet exercice démocratique revêt cette année une importance particulière. Leur chef spirituel, le Dalaï Lama, qui a renoncé à tout rôle politique en 2011 au profit d'un gouvernement élu, a fêté l'an dernier son 90e anniversaire dans le nord de l'Inde, où il passe l'essentiel de son temps depuis qu'il a fui la répression chinoise en 1959. Evoquant publiquement la fin du règne qu'il a entamé en 1937, il a confirmé que son successeur serait désigné à sa mort selon la tradition, contre la volonté des autorités de Pékin d'imposer leur propre candidat. "L'âge avancé de Sa Sainteté inquiète tous les Tibétains", précise Tenzin Namgyal Tethong, 78 ans, qui votera depuis les Etats-Unis, "le plus important sera de sauvegarder ce que nous avons obtenu sous sa direction". "Moment décisif" "En ce moment crucial de notre histoire politique, les enjeux sont trop importants pour prendre le risque d'élire des dirigeants qui ne seront pas à la hauteur", poursuit Kunga Choekey, une électrice de 24 ans installée dans la ville indienne de Dehradun (nord). Le scrutin intervient en outre sur fond d'importants bouleversements géopolitiques. Seule une partie de l'aide américaine aux exilés tibétains initialement coupée l'an dernier sur décision de Donald Trump a été rétablie. La dépendance de la communauté aux donneurs reste une source de fragilité. "Les priorités de la politique étrangère de l'administration américaine ont changé et l'influence de la Chine dans les affaires internationales s'est accrue", observe M. Namgyal. "Il est difficile de prédire dans quelle mesure elles affecteront la cause tibétaine." Selon la commission électorale, 91.042 électeurs issus de 27 pays sont appelés à voter, une petite fraction seulement des 6 millions de Tibétains recensés dans le monde, y compris en Chine, par leur gouvernement en exil. Plus de la moitié des votants (56.749) résident en Inde, au Népal et dans le petit royaume voisin du Bhoutan. Parmi les autres, environ 12.000 sont inscrits en Amérique du Nord, notamment à New York et à Toronto, quelque 8.000 en Europe, dont Paris, Zurich, Genève ou Londres, et un autre millier en Australie. Ils doivent élire pour cinq ans 45 parlementaires - 30 représentant les trois provinces traditionnelles tibétaines, 10 les cinq principales traditions religieuses de la communauté et 5 le reste de la diaspora - ainsi que le chef du futur gouvernement, le "sikyong". Le premier tour dimanche permet de choisir les candidats, le second le 26 avril de les départager. Et les résultats doivent être annoncés le 13 mai. "Ces élections (...) sont une réplique au régime autocratique du parti unique en vigueur en Chine", souligne Doring Tenzin Phuntsok, 40 ans, candidat à sa réélection au parlement, depuis l'Australie, "une part de notre combat perpétuel pour la liberté".
Texte intégral (645 mots)
Moines bouddhistes des vallées de l'Himalaya, vendeurs de souvenirs des rues de New Delhi ou réfugiés des banlieues de Sydney, ils doivent renouveler d'ici deux mois leur parlement et le chef de leur gouvernement en exil dans le nord de l'Inde. Comme à chaque fois depuis que ses troupes ont envahi le Tibet en 1950, la Chine a rejeté par avance les résultats d'un scrutin qu'elle qualifie de "farce". "Le soi-disant +gouvernement tibétain en exil+ n'est rien d'autre qu'un groupe politique séparatiste", a raillé son ministère des Affaires étrangères dans une réponse écrite à l'AFP. "C'est une organisation illégale qui viole totalement la Constitution et les lois chinoises." Qu'importe, de nombreux Tibétains semblent déterminés à accomplir leur devoir de citoyens. "Ces élections (...) montrent que le combat pour la liberté et l'indépendance du Tibet se perpétue de génération en génération", lance Gyalten Chokye, 33 ans, candidate à un siège dans le futur exécutif. Pour nombre de Tibétains, cet exercice démocratique revêt cette année une importance particulière. Leur chef spirituel, le Dalaï Lama, qui a renoncé à tout rôle politique en 2011 au profit d'un gouvernement élu, a fêté l'an dernier son 90e anniversaire dans le nord de l'Inde, où il passe l'essentiel de son temps depuis qu'il a fui la répression chinoise en 1959. Evoquant publiquement la fin du règne qu'il a entamé en 1937, il a confirmé que son successeur serait désigné à sa mort selon la tradition, contre la volonté des autorités de Pékin d'imposer leur propre candidat. "L'âge avancé de Sa Sainteté inquiète tous les Tibétains", précise Tenzin Namgyal Tethong, 78 ans, qui votera depuis les Etats-Unis, "le plus important sera de sauvegarder ce que nous avons obtenu sous sa direction". "Moment décisif" "En ce moment crucial de notre histoire politique, les enjeux sont trop importants pour prendre le risque d'élire des dirigeants qui ne seront pas à la hauteur", poursuit Kunga Choekey, une électrice de 24 ans installée dans la ville indienne de Dehradun (nord). Le scrutin intervient en outre sur fond d'importants bouleversements géopolitiques. Seule une partie de l'aide américaine aux exilés tibétains initialement coupée l'an dernier sur décision de Donald Trump a été rétablie. La dépendance de la communauté aux donneurs reste une source de fragilité. "Les priorités de la politique étrangère de l'administration américaine ont changé et l'influence de la Chine dans les affaires internationales s'est accrue", observe M. Namgyal. "Il est difficile de prédire dans quelle mesure elles affecteront la cause tibétaine." Selon la commission électorale, 91.042 électeurs issus de 27 pays sont appelés à voter, une petite fraction seulement des 6 millions de Tibétains recensés dans le monde, y compris en Chine, par leur gouvernement en exil. Plus de la moitié des votants (56.749) résident en Inde, au Népal et dans le petit royaume voisin du Bhoutan. Parmi les autres, environ 12.000 sont inscrits en Amérique du Nord, notamment à New York et à Toronto, quelque 8.000 en Europe, dont Paris, Zurich, Genève ou Londres, et un autre millier en Australie. Ils doivent élire pour cinq ans 45 parlementaires - 30 représentant les trois provinces traditionnelles tibétaines, 10 les cinq principales traditions religieuses de la communauté et 5 le reste de la diaspora - ainsi que le chef du futur gouvernement, le "sikyong". Le premier tour dimanche permet de choisir les candidats, le second le 26 avril de les départager. Et les résultats doivent être annoncés le 13 mai. "Ces élections (...) sont une réplique au régime autocratique du parti unique en vigueur en Chine", souligne Doring Tenzin Phuntsok, 40 ans, candidat à sa réélection au parlement, depuis l'Australie, "une part de notre combat perpétuel pour la liberté".

01.02.2026 à 10:37

À Rafah, point de passage entre l'Égypte et la bande de Gaza, une réouverture limitée

FRANCE24
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Israël rouvre dimanche le point de passage de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, fermé quasiment hermétiquement depuis mai 2024, mais cette ouverture sera limitée aux personnes uniquement, dans des conditions drastiques.
Texte intégral (645 mots)
Israël rouvre dimanche le point de passage de Rafah entre l'Égypte et la bande de Gaza, fermé quasiment hermétiquement depuis mai 2024, mais cette ouverture sera limitée aux personnes uniquement, dans des conditions drastiques.

01.02.2026 à 10:35

La passion norvégienne pour le ski à l'épreuve du changement climatique

FRANCE24
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En Norvège, un dicton veut que les bébés naissent avec des skis aux pieds. De fait, avant le début des JO de Milan Cortina vendredi, le pays scandinave trône en tête du classement des nations les plus titrées de l'histoire des Jeux d'hiver. Mais cela durera-t-il? Des hivers plus courts et moins enneigés permettront-ils aux Scandinaves de continuer à pratiquer leur passe-temps préféré et à leurs athlètes de rester au plus haut niveau? D'ici la fin du siècle, les hivers norvégiens seront de 2 à 3°C plus chauds et la saison de ski (au moins 25 centimètres d'enneigement) écourtée d'un à trois mois en fonction des endroits, selon un publié en octobre. "La majeure partie de la population norvégienne vit dans les zones côtières. A l'avenir, dans ces régions, de nombreuses villes n'auront plus d'hiver tel que nous le connaissons", explique à l'AFP Hans Olav Hygen, climatologue à l'Institut météorologique national. Sport délaissé A Oslo, l'hiver est aujourd'hui un mois plus court qu'il y a une trentaine d'années. L'habituelle piste de neige dans le voisinage n'est plus toujours blanche, et les sorties scolaires pour s'initier au ski se font plus rares. "Autrefois sport de masse en Norvège, le ski est de plus en plus délaissé par des personnes qui n'y sont pas habituées et ne l'utilisent plus comme loisir hivernal", affirme M. Hygen. De 2014 à 2024, le nombre de licenciés dans les clubs de ski a chuté de près de 37%, selon les chiffres de la Fédération de ski. La faute aussi à d'autres facteurs: la culture de l'écran, les prix ou la concurrence d'autres sports portés par d'illustres Norvégiens comme Erling Braut Haaland (football), Casper Ruud (tennis) et Viktor Hovland (golf). "Avec le défi climatique, beaucoup se reportent vers d'autres activités, jugées plus prévisibles et plus faciles d'accès", note Marit Gjerland, une responsable de la fédération. Afin d'être parée, la Norvège a lancé il y a près de dix ans le projet "Snow for the future" ("Neige pour l'avenir") pour explorer des solutions durables de production de neige artificielle. "Pour préserver la culture du ski, il est essentiel d'avoir accès à la neige là où les gens vivent. Il y en a bien sûr toujours en altitude, mais cela crée une grande distance avec les gens. Nous voulons donc en amener là où ils sont", explique Mme Gjerland. Un avantage? Les actuels canons à neige nécessitent généralement une température de -2 à -3°C pour que leurs gouttelettes d'eau gèlent. A Trondheim, l'institut de recherche Sintef a planché sur des solutions fonctionnant à des températures positives, sur le modèle d'un réfrigérateur. "Le défi avec ce type de technologie, c'est qu'elle est très énergivore", souligne le chercheur Ole Marius Moen. "Nous essayons donc de trouver des solutions pour la rendre plus économe en énergie, comme la valorisation de la chaleur excédentaire produite par ce type d'équipements, qui pourrait par exemple être utilisée pour chauffer des piscines ou des bureaux", dit-il. C'est le cas dans le centre de ski indoor de Lørenskog. Son excédent de chaleur sert, selon les saisons, à chauffer ou rafraîchir les logements alentour. "Cela peut paraître un peu fou: qui aurait imaginé un dôme de ski en Norvège alors que nous avons de tels hivers?", concède le directeur, Ole Christian Mork. "Mais l'objectif est aussi de proposer une expérience hivernale stable toute l'année". Qu'en pensent les champions de haut niveau? Redoutent-ils que des hivers plus courts et moins enneigés entameront la domination de leur pays dans les sports de glisse? "Plutôt l'inverse, je pense", explique l'ex-superstar du biathlon Johannes Thingnes Bø à l'AFP. "La préparation se fait surtout en été. On coupe désormais à cet automne froid où l'on ne peut ni skier ni faire de ski à roulettes". "Quand j'étais actif, je ne commençais à skier que la première semaine de novembre, et seule une petite partie de l'entraînement se faisait sur la neige".
Texte intégral (708 mots)
En Norvège, un dicton veut que les bébés naissent avec des skis aux pieds. De fait, avant le début des JO de Milan Cortina vendredi, le pays scandinave trône en tête du classement des nations les plus titrées de l'histoire des Jeux d'hiver. Mais cela durera-t-il? Des hivers plus courts et moins enneigés permettront-ils aux Scandinaves de continuer à pratiquer leur passe-temps préféré et à leurs athlètes de rester au plus haut niveau? D'ici la fin du siècle, les hivers norvégiens seront de 2 à 3°C plus chauds et la saison de ski (au moins 25 centimètres d'enneigement) écourtée d'un à trois mois en fonction des endroits, selon un publié en octobre. "La majeure partie de la population norvégienne vit dans les zones côtières. A l'avenir, dans ces régions, de nombreuses villes n'auront plus d'hiver tel que nous le connaissons", explique à l'AFP Hans Olav Hygen, climatologue à l'Institut météorologique national. Sport délaissé A Oslo, l'hiver est aujourd'hui un mois plus court qu'il y a une trentaine d'années. L'habituelle piste de neige dans le voisinage n'est plus toujours blanche, et les sorties scolaires pour s'initier au ski se font plus rares. "Autrefois sport de masse en Norvège, le ski est de plus en plus délaissé par des personnes qui n'y sont pas habituées et ne l'utilisent plus comme loisir hivernal", affirme M. Hygen. De 2014 à 2024, le nombre de licenciés dans les clubs de ski a chuté de près de 37%, selon les chiffres de la Fédération de ski. La faute aussi à d'autres facteurs: la culture de l'écran, les prix ou la concurrence d'autres sports portés par d'illustres Norvégiens comme Erling Braut Haaland (football), Casper Ruud (tennis) et Viktor Hovland (golf). "Avec le défi climatique, beaucoup se reportent vers d'autres activités, jugées plus prévisibles et plus faciles d'accès", note Marit Gjerland, une responsable de la fédération. Afin d'être parée, la Norvège a lancé il y a près de dix ans le projet "Snow for the future" ("Neige pour l'avenir") pour explorer des solutions durables de production de neige artificielle. "Pour préserver la culture du ski, il est essentiel d'avoir accès à la neige là où les gens vivent. Il y en a bien sûr toujours en altitude, mais cela crée une grande distance avec les gens. Nous voulons donc en amener là où ils sont", explique Mme Gjerland. Un avantage? Les actuels canons à neige nécessitent généralement une température de -2 à -3°C pour que leurs gouttelettes d'eau gèlent. A Trondheim, l'institut de recherche Sintef a planché sur des solutions fonctionnant à des températures positives, sur le modèle d'un réfrigérateur. "Le défi avec ce type de technologie, c'est qu'elle est très énergivore", souligne le chercheur Ole Marius Moen. "Nous essayons donc de trouver des solutions pour la rendre plus économe en énergie, comme la valorisation de la chaleur excédentaire produite par ce type d'équipements, qui pourrait par exemple être utilisée pour chauffer des piscines ou des bureaux", dit-il. C'est le cas dans le centre de ski indoor de Lørenskog. Son excédent de chaleur sert, selon les saisons, à chauffer ou rafraîchir les logements alentour. "Cela peut paraître un peu fou: qui aurait imaginé un dôme de ski en Norvège alors que nous avons de tels hivers?", concède le directeur, Ole Christian Mork. "Mais l'objectif est aussi de proposer une expérience hivernale stable toute l'année". Qu'en pensent les champions de haut niveau? Redoutent-ils que des hivers plus courts et moins enneigés entameront la domination de leur pays dans les sports de glisse? "Plutôt l'inverse, je pense", explique l'ex-superstar du biathlon Johannes Thingnes Bø à l'AFP. "La préparation se fait surtout en été. On coupe désormais à cet automne froid où l'on ne peut ni skier ni faire de ski à roulettes". "Quand j'étais actif, je ne commençais à skier que la première semaine de novembre, et seule une petite partie de l'entraînement se faisait sur la neige".

01.02.2026 à 10:21

A Prague, une péniche pour accueillir des sans-abri de plus en plus nombreux

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Pour Jaromir Cervenka, l'Hermes, devenu le plus grand dortoir pour sans-abri de République tchèque, est plus qu'un foyer temporaire. Les statistiques sont rares mais selon un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), datant de 2024, la République tchèque en compte près de 105.000. Avec donc 0,97% de sa population concernée, cela fait du pays de 10,9 millions d'habitants le troisième le plus touché parmi les membres de l'OCDE, derrière la Nouvelle-Zélande et la Slovaquie. Toujours en 2024, l'Office tchèque des statistiques indiquait que 154.000 personnes étaient concernées par une "crise aiguë du logement", dont 61.000 enfants contraints de vivre en dortoir. Face à ce phénomène alarmant, le Parlement tchèque avait adopté en juin 2025 une loi pour soutenir l'accès au logement. Mais le gouvernement nationaliste d'Andrej Babis, arrivé au pouvoir en décembre, ne fait pas mention des sans-abri dans son programme. Sollicité, le ministère du Travail et des Affaires sociales n'a pas répondu aux questions de l'AFP. "Bons d'hébergement" Pour tenter d'impliquer la population dans l'aide aux sans-abri, l'Armée du salut a lancé une initiative originale il y a dix ans : chaque habitant peut acheter des "bons d'hébergement" virtuels d'une valeur nominale de 100 couronnes tchèques (4 euros environ) pour aider à couvrir les coûts non pris en charge par l'Etat, comme par exemple les repas. Cet hiver, elle en a vendu 25.000. "Beaucoup de gens, surtout dans les grandes villes et lors des nuits glaciales, se présentent sans argent, et nous voulons être sûrs que cela ne les empêche pas de dormir dans un dortoir de l'Armée du salut", a souligné M. Krupa. Comme chaque soir, l'Hermes ouvre ses portes à 19H30 et peut accueillir jusqu'à 180 personnes, dont 30 femmes et 150 hommes qui devront libérer leurs lits à 6H30 du matin. "Le taux d'occupation des lits est plus faible l'été, sous la barre des 100 personnes, tandis que juste avant l'hiver le bateau est plein", souligne Katerina Prochazkova, responsable des services sociaux à bord de l'Hermes. Les personnes accueillies doivent être sobres et capables d'emprunter l'escalier raide qui mène à l'embarcation, dont le fonctionnement est financé par la mairie de Prague. Après leur inscription, elles ont la possibilité de prendre une douche et boire une tasse de thé, mais n'ont pas le droit de cuisiner de repas chaud à cause du risque d'incendie. Avant d'être réaménagée en dortoir, la péniche transportait du sable et du gravier sur l'Elbe, raconte Katerina Prochazkova. Aujourd'hui, "c'est le plus grand dortoir pour sans-abri du pays", affirme-t-elle à l'AFP. Une demi-heure après son ouverture, le lieu grouille d'activité. David Mudroch y a trouvé refuge pour la première fois en octobre, car il n'arrivait plus à payer son loyer. Il en est parti en novembre après avoir décroché un emploi avec logement. "Mais ils m'ont licencié en janvier à cause d'une blessure à la main, alors je suis revenu. J'espère que ce ne sera pas pour longtemps", dit le jeune homme de 22 ans, à la recherche d'un poste d'ambulancier.
Texte intégral (518 mots)
Pour Jaromir Cervenka, l'Hermes, devenu le plus grand dortoir pour sans-abri de République tchèque, est plus qu'un foyer temporaire. Les statistiques sont rares mais selon un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), datant de 2024, la République tchèque en compte près de 105.000. Avec donc 0,97% de sa population concernée, cela fait du pays de 10,9 millions d'habitants le troisième le plus touché parmi les membres de l'OCDE, derrière la Nouvelle-Zélande et la Slovaquie. Toujours en 2024, l'Office tchèque des statistiques indiquait que 154.000 personnes étaient concernées par une "crise aiguë du logement", dont 61.000 enfants contraints de vivre en dortoir. Face à ce phénomène alarmant, le Parlement tchèque avait adopté en juin 2025 une loi pour soutenir l'accès au logement. Mais le gouvernement nationaliste d'Andrej Babis, arrivé au pouvoir en décembre, ne fait pas mention des sans-abri dans son programme. Sollicité, le ministère du Travail et des Affaires sociales n'a pas répondu aux questions de l'AFP. "Bons d'hébergement" Pour tenter d'impliquer la population dans l'aide aux sans-abri, l'Armée du salut a lancé une initiative originale il y a dix ans : chaque habitant peut acheter des "bons d'hébergement" virtuels d'une valeur nominale de 100 couronnes tchèques (4 euros environ) pour aider à couvrir les coûts non pris en charge par l'Etat, comme par exemple les repas. Cet hiver, elle en a vendu 25.000. "Beaucoup de gens, surtout dans les grandes villes et lors des nuits glaciales, se présentent sans argent, et nous voulons être sûrs que cela ne les empêche pas de dormir dans un dortoir de l'Armée du salut", a souligné M. Krupa. Comme chaque soir, l'Hermes ouvre ses portes à 19H30 et peut accueillir jusqu'à 180 personnes, dont 30 femmes et 150 hommes qui devront libérer leurs lits à 6H30 du matin. "Le taux d'occupation des lits est plus faible l'été, sous la barre des 100 personnes, tandis que juste avant l'hiver le bateau est plein", souligne Katerina Prochazkova, responsable des services sociaux à bord de l'Hermes. Les personnes accueillies doivent être sobres et capables d'emprunter l'escalier raide qui mène à l'embarcation, dont le fonctionnement est financé par la mairie de Prague. Après leur inscription, elles ont la possibilité de prendre une douche et boire une tasse de thé, mais n'ont pas le droit de cuisiner de repas chaud à cause du risque d'incendie. Avant d'être réaménagée en dortoir, la péniche transportait du sable et du gravier sur l'Elbe, raconte Katerina Prochazkova. Aujourd'hui, "c'est le plus grand dortoir pour sans-abri du pays", affirme-t-elle à l'AFP. Une demi-heure après son ouverture, le lieu grouille d'activité. David Mudroch y a trouvé refuge pour la première fois en octobre, car il n'arrivait plus à payer son loyer. Il en est parti en novembre après avoir décroché un emploi avec logement. "Mais ils m'ont licencié en janvier à cause d'une blessure à la main, alors je suis revenu. J'espère que ce ne sera pas pour longtemps", dit le jeune homme de 22 ans, à la recherche d'un poste d'ambulancier.

01.02.2026 à 10:19

Pour des Afghans chassés d'Iran, le soulagement d'une maison, mais si loin de tout

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Depuis septembre 2023, l'Iran et le Pakistan ont poussé plus de cinq millions d'Afghans à retourner dans leur pays, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Originaires d'un district pauvre et montagneux de Bamiyan, au centre de l'Afghanistan, Nimatullah Rahesh, 38 ans, et sa femme Marzia ont travaillé cinq ans en Iran, pays à l'économie plus prospère, lui dans la construction, elle comme couturière. "Les Iraniens nous ont forcés à partir" en 2024 en "refusant d'admettre notre fils à l'école et en nous demandant de payer une somme impossible à réunir pour prolonger la validité de nos papiers", raconte-t-il à l'AFP. Au retour, ils ne peuvent rester que temporairement chez un membre de la famille. "On vivait deux mois dans une maison puis le loyer augmentait, on n'arrivait plus à payer", raconte Nimatullah qui travaille désormais comme journalier au marché. Seuls 11% des adultes ont retrouvé un emploi à temps plein à leur retour en Afghanistan, selon une enquête de l'OIM. Sept mille Afghans sont revenus depuis 2021 à Bamiyan (ville d'environ 70.000 habitants), selon le responsable local du ministère taliban des réfugiés, Fazil Omar Rahmani. "Stress des fins de mois" Nimatullah se dit "heureux" d'avoir enfin, depuis mi-janvier, une maison à soi: "Nous vivons calmement ici. Nous n'avons plus le stress des fins de mois pour le loyer." Trente familles de réfugiés renvoyées principalement d'Iran (83%), mais aussi du Pakistan (17%), soit 174 personnes au total, ont bénéficié d'une maison neuve de 50 mètres carrés, en dur, financée par le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) sur une parcelle donnée par les autorités talibanes. Chaque foyer a participé à la construction et reçu une contribution financière du HCR en échange du travail fourni. Parmi les bénéficiaires, une dizaine de mères seules comme Arefa Ibrahimi, 45 ans. Rentrée d'Iran, cette femme abandonnée par son mari a elle aussi connu la peur de finir à la rue. "Je suis heureuse aujourd'hui car cette maison est à moi, même si toutes les installations de base ne sont pas là", dit-elle dans son salon spartiate où ses quatre enfants se serrent autour du poêle. Les familles possèdent le bâtiment et la terre. "C'était crucial pour nous car les droits de propriété donnent à ces gens une sécurité", souligne Amaia Lezertua, assistante de direction au HCR en Afghanistan. Arefa montre les deux pièces tout juste terminées, et un hall vide qui devrait servir de cuisine. "Mais il n'y a pas de salle de bains", regrette-t-elle. Ces maisons neuves ne disposent que de toilettes sommaires, à l'extérieur, trop petites pour ajouter une douche. Responsable du projet pour le HCR, Ajay Singh répond que le design de ces habitations dépend des autorités locales et affirme que les familles peuvent construire elles-mêmes une salle de bain. A ce jour, il n'y a ni raccordement à l'eau ni puits, dans une zone appelée par les locaux "le versant sec" (Jar-e- Khushk) et dépourvue d'autres habitations ou commerces. Deux heures de marche Les parcelles attribuées par le gouvernement pour ce nouveau quartier sont loin des limites de la ville de Bamiyan, où les talibans pachtouns sunnites avaient détruit, en 2001, deux grandes statues de bouddhas auxquelles tenait la communauté chiite hazara, majoritaire dans cette région. "Nous planifions d'étendre le réseau d'adduction d'eau mais pour l'instant, ces familles doivent assurer elles-mêmes leur approvisionnement", reconnaît M. Rahmani. Les dix litres d'eau potable achetés quand un camion-citerne passe coûtent plus cher qu'à Kaboul, expliquent des habitants à l'AFP. "Merci pour les maisons, nous sommes reconnaissants, mais ne nous oubliez pas pour l'eau, une école, les cliniques, le réseau mobile" qui est aujourd'hui inexistant, a plaidé, au nom des habitants, Nimatullah Rahesh lors de l'inauguration du projet. "Il y a un ordre direct de notre chef suprême (Hibatullah Akhundzada, NDLR) pour construire des écoles et des cliniques", souligne M. Rahmani. En attendant, pour aller travailler au bazar, Nimatullah doit marcher deux heures sur une route de terre cahoteuse entre des montagnes pelées, avant de pouvoir prendre un moyen de transport. Arefa quasiment autant si elle doit emmener ses enfants à l'école la plus proche située à quatre kilomètres, après les vacances d'hiver. "Il faudra que je lève mes enfants très tôt, dans le froid. Je me fais du souci."
Texte intégral (742 mots)
Depuis septembre 2023, l'Iran et le Pakistan ont poussé plus de cinq millions d'Afghans à retourner dans leur pays, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Originaires d'un district pauvre et montagneux de Bamiyan, au centre de l'Afghanistan, Nimatullah Rahesh, 38 ans, et sa femme Marzia ont travaillé cinq ans en Iran, pays à l'économie plus prospère, lui dans la construction, elle comme couturière. "Les Iraniens nous ont forcés à partir" en 2024 en "refusant d'admettre notre fils à l'école et en nous demandant de payer une somme impossible à réunir pour prolonger la validité de nos papiers", raconte-t-il à l'AFP. Au retour, ils ne peuvent rester que temporairement chez un membre de la famille. "On vivait deux mois dans une maison puis le loyer augmentait, on n'arrivait plus à payer", raconte Nimatullah qui travaille désormais comme journalier au marché. Seuls 11% des adultes ont retrouvé un emploi à temps plein à leur retour en Afghanistan, selon une enquête de l'OIM. Sept mille Afghans sont revenus depuis 2021 à Bamiyan (ville d'environ 70.000 habitants), selon le responsable local du ministère taliban des réfugiés, Fazil Omar Rahmani. "Stress des fins de mois" Nimatullah se dit "heureux" d'avoir enfin, depuis mi-janvier, une maison à soi: "Nous vivons calmement ici. Nous n'avons plus le stress des fins de mois pour le loyer." Trente familles de réfugiés renvoyées principalement d'Iran (83%), mais aussi du Pakistan (17%), soit 174 personnes au total, ont bénéficié d'une maison neuve de 50 mètres carrés, en dur, financée par le Haut Commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) sur une parcelle donnée par les autorités talibanes. Chaque foyer a participé à la construction et reçu une contribution financière du HCR en échange du travail fourni. Parmi les bénéficiaires, une dizaine de mères seules comme Arefa Ibrahimi, 45 ans. Rentrée d'Iran, cette femme abandonnée par son mari a elle aussi connu la peur de finir à la rue. "Je suis heureuse aujourd'hui car cette maison est à moi, même si toutes les installations de base ne sont pas là", dit-elle dans son salon spartiate où ses quatre enfants se serrent autour du poêle. Les familles possèdent le bâtiment et la terre. "C'était crucial pour nous car les droits de propriété donnent à ces gens une sécurité", souligne Amaia Lezertua, assistante de direction au HCR en Afghanistan. Arefa montre les deux pièces tout juste terminées, et un hall vide qui devrait servir de cuisine. "Mais il n'y a pas de salle de bains", regrette-t-elle. Ces maisons neuves ne disposent que de toilettes sommaires, à l'extérieur, trop petites pour ajouter une douche. Responsable du projet pour le HCR, Ajay Singh répond que le design de ces habitations dépend des autorités locales et affirme que les familles peuvent construire elles-mêmes une salle de bain. A ce jour, il n'y a ni raccordement à l'eau ni puits, dans une zone appelée par les locaux "le versant sec" (Jar-e- Khushk) et dépourvue d'autres habitations ou commerces. Deux heures de marche Les parcelles attribuées par le gouvernement pour ce nouveau quartier sont loin des limites de la ville de Bamiyan, où les talibans pachtouns sunnites avaient détruit, en 2001, deux grandes statues de bouddhas auxquelles tenait la communauté chiite hazara, majoritaire dans cette région. "Nous planifions d'étendre le réseau d'adduction d'eau mais pour l'instant, ces familles doivent assurer elles-mêmes leur approvisionnement", reconnaît M. Rahmani. Les dix litres d'eau potable achetés quand un camion-citerne passe coûtent plus cher qu'à Kaboul, expliquent des habitants à l'AFP. "Merci pour les maisons, nous sommes reconnaissants, mais ne nous oubliez pas pour l'eau, une école, les cliniques, le réseau mobile" qui est aujourd'hui inexistant, a plaidé, au nom des habitants, Nimatullah Rahesh lors de l'inauguration du projet. "Il y a un ordre direct de notre chef suprême (Hibatullah Akhundzada, NDLR) pour construire des écoles et des cliniques", souligne M. Rahmani. En attendant, pour aller travailler au bazar, Nimatullah doit marcher deux heures sur une route de terre cahoteuse entre des montagnes pelées, avant de pouvoir prendre un moyen de transport. Arefa quasiment autant si elle doit emmener ses enfants à l'école la plus proche située à quatre kilomètres, après les vacances d'hiver. "Il faudra que je lève mes enfants très tôt, dans le froid. Je me fais du souci."

01.02.2026 à 10:19

Au sommet de l'exécutif, la tentation de se déplacer sans la presse

FRANCE24
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Volonté d'"échanges directs" avec les Français ou stratagème pour échapper à l'impopularité, elle témoigne d'une méfiance réciproque entre le pouvoir et les médias qui crient au scandale. L'Est républicain relate l'événement auquel il n'a pas assisté: à 15H30, Emmanuel Macron entre dans un bar-tabac de Roulans (Doubs) où il discute avec des clients en buvant des expressos. Plusieurs photos, prises et choisies par l'Élysée, avaient auparavant été publiées par la communication présidentielle sur les réseaux sociaux. Un peu plus d'un an plus tard, le 18 mars 2025, le président de la République fait poser l'hélicoptère qui l'emmène vers une base militaire où l'attendent les journalistes et s'installe à nouveau au comptoir d'un bar-tabac de Chaumont (Haute-Marne). "Emmanuel Macron a-t-il été bien accueilli ? Sifflé ? Vous ne le saurez pas car la presse n'était pas là", a tweeté l'Association de la presse présidentielle (APP) lors d'un autre de ces déplacements sans presse, dans l'Aisne cette fois. Juste avant Noël, c'est son Premier ministre, Sébastien Lecornu qui s'est mis à cette pratique. En pleine psychose sur la dermatose nucléaire contagieuse, il se rend, sans prévenir aucun journaliste, dans une exploitation de l'Ariège, au chevet d'éleveurs dont le troupeau a dû être abattu. "Il s'agit de donner un côté plus naturel à des visites d'habitude ultra quadrillées et préparées", explique à l'AFP Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en histoire à l'université Paris Est Créteil. "On fait le buzz, paradoxalement en l'absence de journalistes", analyse-t-il. De fait, complète Gaspard Gantzer, ancien communicant du président François Hollande, "on ne parle pas de la même manière avec une caméra en face et une perche au-dessus de la tête". Et Emmanuel Macron n'est pas le premier à utiliser cette technique, rappelle M. Guigo. François Mitterrand, dans une période où il était très impopulaire, au tournant de la rigueur, en usa lors d'un dîner chez des paysans. François Hollande également, au café "Chez Lucette" en 2014 alors qu'il ne pouvait plus sortir sans subir les huées des badauds. Que dire de Michel Rocard qui fit peindre en noir les fenêtres de la salle de presse de Matignon pour que les correspondants sur place ne puissent pas voir ce qui se passait dans la cour ? "Regard contradictoire" Chaque gouvernant établit sa relation avec la presse et réagit plus ou moins bien à la critique, qu'elle vienne du commentaire éditorial ou de manifestants exprimant le rejet de leurs dirigeants à coup de huées ou de concerts de casseroles. Mais "quand un président se déplace, il doit le faire avec la presse, c'est une personne publique, élue par les Français, qui se déplace avec l'argent du contribuable", tranche Gaspard Gantzer. Selon lui, si François Hollande respectait la presse davantage que son successeur, ce dernier est aussi sans doute "plus orgueilleux". Mais ce choix de discrétion ignore le principe démocratique qui veut que "les citoyens puissent suivre l'action du président", s'agace la correspondante d'un grand média à l'Élysée. "Le président peut dialoguer avec des Français sans filtre. On ne peut pas lui reprocher d'être déconnecté et en même temps lui reprocher d'aller prendre le pouls du pays", estime de son côté l'entourage d'Emmanuel Macron. Celui de Sébastien Lecornu a justifié son déplacement dans l'Ariège par sa volonté de "permettre des échanges directs, humains et chaleureux avec les deux éleveurs" dans un communiqué le jour-même détaillant cette visite, pourtant présentée comme "privée". Mais il doit "toujours y avoir un regard contradictoire de la presse, sinon c'est la victoire de la communication politique", critique le président de l'APP, Jean-Rémi Baudot. "Que la communication politique soit le seul message reçu par les Français pose un problème démocratique", poursuit-il. Alors que les journalistes tous médias confondus, battent eux aussi des records d'impopularité, "les politiques sont convaincus qu'il faut leur passer au-dessus pour donner l'image d'une relation directe", analyse Pierre-Emmanuel Guigo, y voyant une pratique "non-démocratique". Quitte à prendre le risque de ne pas pouvoir prouver qu'un événement s'est bien déroulé ou qu'une phrase a bien été prononcée, en plein essor de l'intelligence artificielle et des fausses informations.
Texte intégral (745 mots)
Volonté d'"échanges directs" avec les Français ou stratagème pour échapper à l'impopularité, elle témoigne d'une méfiance réciproque entre le pouvoir et les médias qui crient au scandale. L'Est républicain relate l'événement auquel il n'a pas assisté: à 15H30, Emmanuel Macron entre dans un bar-tabac de Roulans (Doubs) où il discute avec des clients en buvant des expressos. Plusieurs photos, prises et choisies par l'Élysée, avaient auparavant été publiées par la communication présidentielle sur les réseaux sociaux. Un peu plus d'un an plus tard, le 18 mars 2025, le président de la République fait poser l'hélicoptère qui l'emmène vers une base militaire où l'attendent les journalistes et s'installe à nouveau au comptoir d'un bar-tabac de Chaumont (Haute-Marne). "Emmanuel Macron a-t-il été bien accueilli ? Sifflé ? Vous ne le saurez pas car la presse n'était pas là", a tweeté l'Association de la presse présidentielle (APP) lors d'un autre de ces déplacements sans presse, dans l'Aisne cette fois. Juste avant Noël, c'est son Premier ministre, Sébastien Lecornu qui s'est mis à cette pratique. En pleine psychose sur la dermatose nucléaire contagieuse, il se rend, sans prévenir aucun journaliste, dans une exploitation de l'Ariège, au chevet d'éleveurs dont le troupeau a dû être abattu. "Il s'agit de donner un côté plus naturel à des visites d'habitude ultra quadrillées et préparées", explique à l'AFP Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférences en histoire à l'université Paris Est Créteil. "On fait le buzz, paradoxalement en l'absence de journalistes", analyse-t-il. De fait, complète Gaspard Gantzer, ancien communicant du président François Hollande, "on ne parle pas de la même manière avec une caméra en face et une perche au-dessus de la tête". Et Emmanuel Macron n'est pas le premier à utiliser cette technique, rappelle M. Guigo. François Mitterrand, dans une période où il était très impopulaire, au tournant de la rigueur, en usa lors d'un dîner chez des paysans. François Hollande également, au café "Chez Lucette" en 2014 alors qu'il ne pouvait plus sortir sans subir les huées des badauds. Que dire de Michel Rocard qui fit peindre en noir les fenêtres de la salle de presse de Matignon pour que les correspondants sur place ne puissent pas voir ce qui se passait dans la cour ? "Regard contradictoire" Chaque gouvernant établit sa relation avec la presse et réagit plus ou moins bien à la critique, qu'elle vienne du commentaire éditorial ou de manifestants exprimant le rejet de leurs dirigeants à coup de huées ou de concerts de casseroles. Mais "quand un président se déplace, il doit le faire avec la presse, c'est une personne publique, élue par les Français, qui se déplace avec l'argent du contribuable", tranche Gaspard Gantzer. Selon lui, si François Hollande respectait la presse davantage que son successeur, ce dernier est aussi sans doute "plus orgueilleux". Mais ce choix de discrétion ignore le principe démocratique qui veut que "les citoyens puissent suivre l'action du président", s'agace la correspondante d'un grand média à l'Élysée. "Le président peut dialoguer avec des Français sans filtre. On ne peut pas lui reprocher d'être déconnecté et en même temps lui reprocher d'aller prendre le pouls du pays", estime de son côté l'entourage d'Emmanuel Macron. Celui de Sébastien Lecornu a justifié son déplacement dans l'Ariège par sa volonté de "permettre des échanges directs, humains et chaleureux avec les deux éleveurs" dans un communiqué le jour-même détaillant cette visite, pourtant présentée comme "privée". Mais il doit "toujours y avoir un regard contradictoire de la presse, sinon c'est la victoire de la communication politique", critique le président de l'APP, Jean-Rémi Baudot. "Que la communication politique soit le seul message reçu par les Français pose un problème démocratique", poursuit-il. Alors que les journalistes tous médias confondus, battent eux aussi des records d'impopularité, "les politiques sont convaincus qu'il faut leur passer au-dessus pour donner l'image d'une relation directe", analyse Pierre-Emmanuel Guigo, y voyant une pratique "non-démocratique". Quitte à prendre le risque de ne pas pouvoir prouver qu'un événement s'est bien déroulé ou qu'une phrase a bien été prononcée, en plein essor de l'intelligence artificielle et des fausses informations.

01.02.2026 à 10:19

Bangladesh: des millions de chômeurs dans l'incertitude avant les élections

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Ouvrière pendant des années dans le district textile de Narayanganj, au sud de la capitale Dacca, elle a été licenciée il y a quelques mois. "Je me suis présentée dans une dizaine d'usines pour trouver du travail, mais il n'y a pas d'offres pour l'instant", déplore-t-elle. "On me dit de revenir après les élections." Le 12 février, plus de 127 millions d'électeurs - sur une population de 170 millions - sont appelés à élire un nouveau Parlement, un an et demi après les émeutes meurtrières qui ont précipité la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en août 2024. Le pays traverse depuis une crise sérieuse. L'an dernier, le Bangladesh a réussi à limiter à 20% la hausse des droits de douane imposée par les Etats-Unis. Mais ses exportations ont baissé pour le cinquième mois consécutif en décembre, en recul sur toute l'année 2025 de 5% par rapport à 2024. Textiles et vêtements représentent 80% des exportations du pays, deuxième plus grand fabricant de vêtements au monde. Depuis que le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a pris la tête d'un gouvernement provisoire après le départ de Mme Hasina, 240 usines de confection ont fermé au Bangladesh, selon les chiffres officiels. "Paralysie" Le dernier rapport du Bureau des statistiques du Bangladesh recensait en mai dernier 2,73 millions chômeurs, soit 4,63% de la population active contre 3,95% un an avant, et l'inflation n'a que légèrement diminué. Pendant des années, Shelal Uddin, 33 ans, a réussi à faire vivre sa famille en multipliant les petits boulots : déménageur, vendeur informel de gâteaux ou encore conducteur de rickshaw, ces tricycles à pédale ou à moteur électrique très utilisés en Asie. Mais "les gens ne déménagent presque plus (...), les gâteaux ne se vendent plus, alors j'ai renvoyé ma femme et mes deux filles au village", constate-t-il aujourd'hui. "J'ai du mal à payer mon loyer avec le peu que je gagne. Et le prix du riz a grimpé en flèche." "L’économie semble paralysée (...), nous attendons tous les élections", répète-t-il lui aussi, dans l'espoir que le nouveau gouvernement relancera l'activité. D'abord louée pour avoir permis le décollage économique spectaculaire du Bangladesh - sa croissance a été multipliée par plus de quatre depuis 2000 - Sheikh Hasina est aussi accusée d'avoir largement pillée les ressources de l'Etat. Les actifs de nombre de ses proches ont été vendus mais le gouvernement provisoire a peu fait pour maintenir l'emploi dans leurs usines, regrette Syed Sultan Ahmed, directeur de l'Institut bangladais des études sur le travail "Dans certains cas, le gouvernement a vendu des terrains et des actifs pour payer les arriérés (de salaires) aux employés mais rien n'a été fait pour relancer les usines (économiquement viables)", déplore-t-il. Conseiller financier, Salehuddin Ahmed compare la situation actuelle de son pays à celle d'un patient transféré "de l'unité de soins intensifs" à celle des "soins continus". Et il table sur une amélioration progressive en 2027. "Problèmes structurels" Quelques indicateurs économiques laissent effectivement entrevoir une reprise fragile. Dans se dernière note, le Fonds monétaire international (FMI) table sur un rebond de la croissance à +4,7% cette année, contre +3,7% l'an dernier. Les réserves de change du Bangladesh ont augmenté et son secteur bancaire montre des signes de redressement, affirme Fahmida Khatun, économiste et directrice du Centre pour le dialogue sur les politiques (CPD). "Mais le chômage continue d'augmenter, les exportations de reculer, les importations de machines et de matières premières restant faibles et les crédits au secteur privé ont atteint un plus bas historique", relève-t‑elle, s'inquiétant "de la dégradation de la sécurité publique". Autour de Dacca, des quartiers entiers d'ouvriers se sont progressivement vidés de leurs habitants. "Les petits bazars, les magasins de proximité et les boutiques de cosmétiques bon marché destinées aux ouvrières du textile ont tous disparu", constate Iqbal Hossain, président du syndicat Trade Union Kendra. Le gouvernement issu des urnes héritera donc d'une situation délicate. "Il n'y a pas de solution immédiate", estime M. Khatun. "Les gens espèrent que la situation s'améliorera après les élections, mais les problèmes sont structurels".
Texte intégral (727 mots)
Ouvrière pendant des années dans le district textile de Narayanganj, au sud de la capitale Dacca, elle a été licenciée il y a quelques mois. "Je me suis présentée dans une dizaine d'usines pour trouver du travail, mais il n'y a pas d'offres pour l'instant", déplore-t-elle. "On me dit de revenir après les élections." Le 12 février, plus de 127 millions d'électeurs - sur une population de 170 millions - sont appelés à élire un nouveau Parlement, un an et demi après les émeutes meurtrières qui ont précipité la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina en août 2024. Le pays traverse depuis une crise sérieuse. L'an dernier, le Bangladesh a réussi à limiter à 20% la hausse des droits de douane imposée par les Etats-Unis. Mais ses exportations ont baissé pour le cinquième mois consécutif en décembre, en recul sur toute l'année 2025 de 5% par rapport à 2024. Textiles et vêtements représentent 80% des exportations du pays, deuxième plus grand fabricant de vêtements au monde. Depuis que le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a pris la tête d'un gouvernement provisoire après le départ de Mme Hasina, 240 usines de confection ont fermé au Bangladesh, selon les chiffres officiels. "Paralysie" Le dernier rapport du Bureau des statistiques du Bangladesh recensait en mai dernier 2,73 millions chômeurs, soit 4,63% de la population active contre 3,95% un an avant, et l'inflation n'a que légèrement diminué. Pendant des années, Shelal Uddin, 33 ans, a réussi à faire vivre sa famille en multipliant les petits boulots : déménageur, vendeur informel de gâteaux ou encore conducteur de rickshaw, ces tricycles à pédale ou à moteur électrique très utilisés en Asie. Mais "les gens ne déménagent presque plus (...), les gâteaux ne se vendent plus, alors j'ai renvoyé ma femme et mes deux filles au village", constate-t-il aujourd'hui. "J'ai du mal à payer mon loyer avec le peu que je gagne. Et le prix du riz a grimpé en flèche." "L’économie semble paralysée (...), nous attendons tous les élections", répète-t-il lui aussi, dans l'espoir que le nouveau gouvernement relancera l'activité. D'abord louée pour avoir permis le décollage économique spectaculaire du Bangladesh - sa croissance a été multipliée par plus de quatre depuis 2000 - Sheikh Hasina est aussi accusée d'avoir largement pillée les ressources de l'Etat. Les actifs de nombre de ses proches ont été vendus mais le gouvernement provisoire a peu fait pour maintenir l'emploi dans leurs usines, regrette Syed Sultan Ahmed, directeur de l'Institut bangladais des études sur le travail "Dans certains cas, le gouvernement a vendu des terrains et des actifs pour payer les arriérés (de salaires) aux employés mais rien n'a été fait pour relancer les usines (économiquement viables)", déplore-t-il. Conseiller financier, Salehuddin Ahmed compare la situation actuelle de son pays à celle d'un patient transféré "de l'unité de soins intensifs" à celle des "soins continus". Et il table sur une amélioration progressive en 2027. "Problèmes structurels" Quelques indicateurs économiques laissent effectivement entrevoir une reprise fragile. Dans se dernière note, le Fonds monétaire international (FMI) table sur un rebond de la croissance à +4,7% cette année, contre +3,7% l'an dernier. Les réserves de change du Bangladesh ont augmenté et son secteur bancaire montre des signes de redressement, affirme Fahmida Khatun, économiste et directrice du Centre pour le dialogue sur les politiques (CPD). "Mais le chômage continue d'augmenter, les exportations de reculer, les importations de machines et de matières premières restant faibles et les crédits au secteur privé ont atteint un plus bas historique", relève-t‑elle, s'inquiétant "de la dégradation de la sécurité publique". Autour de Dacca, des quartiers entiers d'ouvriers se sont progressivement vidés de leurs habitants. "Les petits bazars, les magasins de proximité et les boutiques de cosmétiques bon marché destinées aux ouvrières du textile ont tous disparu", constate Iqbal Hossain, président du syndicat Trade Union Kendra. Le gouvernement issu des urnes héritera donc d'une situation délicate. "Il n'y a pas de solution immédiate", estime M. Khatun. "Les gens espèrent que la situation s'améliorera après les élections, mais les problèmes sont structurels".

01.02.2026 à 10:17

Avec les records de l'or, des Chinois fondus d'automates qui changent leurs bijoux en cash

FRANCE24
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"Je n'aurais jamais pensé que les prix augmenteraient de manière aussi spectaculaire", reconnaît Mme Wu, 54 ans. Elle explique à l'AFP être venue vendre des pièces d'or à l'effigie d'un panda qu'elle a achetées en 2002, après la naissance de sa fille. L'or, valeur refuge pour les investisseurs, bénéficie des tensions et incertitudes géopolitiques mondiales et enchaîne les records. Le cours de l'once a dépassé pour la première fois de son histoire les 5.500 dollars le 29 janvier, avant de se replier. La quinquagénaire explique avoir déjà vendu à la machine une bague héritée de son défunt père et qui lui a rapporté environ 10.000 yuans (un peu plus de 1.200 euros), soit une augmentation considérable par rapport aux 1.000 yuans qu'avait déboursés sa mère pour se procurer cette bague il y a plusieurs décennies. Cette dernière a vu en cet automate pour recycler l'or une chance de compléter sa modeste pension de retraite. "Tout le monde parle soudainement (de l'or) et cela a suscité cette réaction chez elle", raconte sa fille, Mme Wu. Un écran intégré à la machine affiche les fluctuations des cours de la Bourse de l'or de Shanghai, ainsi qu'une vidéo en direct dans laquelle un bras robotisé déplace des débris d'or sur une balance puis sous un appareil qui mesure leur pureté grâce aux ondes lumineuses. "Les prix de l'or se maintiennent à un niveau historiquement élevé, c'est le bon moment pour vendre", encourage également une publicité. Certains particuliers ont assuré à l'AFP avoir fait plus d'une heure de queue pour déposer dans une fente de l'appareil, sous la supervision d'un employé, leurs pendentifs ouvragés, bagues martelées et autres pièces commémoratives en or. Estimation "directe et transparente" Dans la file, Zhao porte un médaillon en or finement sculpté sur un collier de perles de jade et des bracelets scintillants à ses poignets. Mais c'est la bague de son défunt grand-père qu'elle est venue déposer à la machine. La bague est ornée du caractère chinois signifiant "chance" et de minuscules images de lingots d'or traditionnels. Elle pense que son grand-père l'a achetée entre les années 1950 et 1980, et explique que sa mère la lui a transmise tout récemment. Elle arrive devant la machine. Après avoir renseigné son nom, le numéro de sa carte d'identité et ses coordonnées bancaires, puis accepté les conditions affichées à l'écran, Zhao observe le bijou fondre sur la vidéo en direct. L'employé lui assure qu'elle recevra la totalité du montant estimé par l'automate, 12.000 yuans (près de 1.450 euros), par virement avant la fin de la journée. "Ailleurs, on vérifie l'authenticité de l'or en le brûlant légèrement, mais ici, l'estimation se fait directement, de manière ouverte et transparente", explique Zhao, concédant faire davantage confiance à la machine qu'à un courtier traditionnel. L'appareil conçu par la société Kinghood basée à Shenzhen (sud) attire les passants, curieux des gains réalisés par les vendeurs. "Bon sang!", s'exclame l'une d'entre elle, constatant qu'un particulier vient d'empocher 75.000 yuans (près de 9.045 euros) en se débarrassant de vieux bijoux. Effervescence également autour d'un couple de retraités lorsque la machine a annoncé la valeur du mince lingot d'or de la taille d'un doigt qu'ils venaient de céder: 122.000 yuans, soit quelque 14.800 euros. La Chine est le plus grand consommateur mondial d'or, traditionnellement acheté par les familles pour marquer des occasions spéciales telles que les naissances et les mariages.
Texte intégral (608 mots)
"Je n'aurais jamais pensé que les prix augmenteraient de manière aussi spectaculaire", reconnaît Mme Wu, 54 ans. Elle explique à l'AFP être venue vendre des pièces d'or à l'effigie d'un panda qu'elle a achetées en 2002, après la naissance de sa fille. L'or, valeur refuge pour les investisseurs, bénéficie des tensions et incertitudes géopolitiques mondiales et enchaîne les records. Le cours de l'once a dépassé pour la première fois de son histoire les 5.500 dollars le 29 janvier, avant de se replier. La quinquagénaire explique avoir déjà vendu à la machine une bague héritée de son défunt père et qui lui a rapporté environ 10.000 yuans (un peu plus de 1.200 euros), soit une augmentation considérable par rapport aux 1.000 yuans qu'avait déboursés sa mère pour se procurer cette bague il y a plusieurs décennies. Cette dernière a vu en cet automate pour recycler l'or une chance de compléter sa modeste pension de retraite. "Tout le monde parle soudainement (de l'or) et cela a suscité cette réaction chez elle", raconte sa fille, Mme Wu. Un écran intégré à la machine affiche les fluctuations des cours de la Bourse de l'or de Shanghai, ainsi qu'une vidéo en direct dans laquelle un bras robotisé déplace des débris d'or sur une balance puis sous un appareil qui mesure leur pureté grâce aux ondes lumineuses. "Les prix de l'or se maintiennent à un niveau historiquement élevé, c'est le bon moment pour vendre", encourage également une publicité. Certains particuliers ont assuré à l'AFP avoir fait plus d'une heure de queue pour déposer dans une fente de l'appareil, sous la supervision d'un employé, leurs pendentifs ouvragés, bagues martelées et autres pièces commémoratives en or. Estimation "directe et transparente" Dans la file, Zhao porte un médaillon en or finement sculpté sur un collier de perles de jade et des bracelets scintillants à ses poignets. Mais c'est la bague de son défunt grand-père qu'elle est venue déposer à la machine. La bague est ornée du caractère chinois signifiant "chance" et de minuscules images de lingots d'or traditionnels. Elle pense que son grand-père l'a achetée entre les années 1950 et 1980, et explique que sa mère la lui a transmise tout récemment. Elle arrive devant la machine. Après avoir renseigné son nom, le numéro de sa carte d'identité et ses coordonnées bancaires, puis accepté les conditions affichées à l'écran, Zhao observe le bijou fondre sur la vidéo en direct. L'employé lui assure qu'elle recevra la totalité du montant estimé par l'automate, 12.000 yuans (près de 1.450 euros), par virement avant la fin de la journée. "Ailleurs, on vérifie l'authenticité de l'or en le brûlant légèrement, mais ici, l'estimation se fait directement, de manière ouverte et transparente", explique Zhao, concédant faire davantage confiance à la machine qu'à un courtier traditionnel. L'appareil conçu par la société Kinghood basée à Shenzhen (sud) attire les passants, curieux des gains réalisés par les vendeurs. "Bon sang!", s'exclame l'une d'entre elle, constatant qu'un particulier vient d'empocher 75.000 yuans (près de 9.045 euros) en se débarrassant de vieux bijoux. Effervescence également autour d'un couple de retraités lorsque la machine a annoncé la valeur du mince lingot d'or de la taille d'un doigt qu'ils venaient de céder: 122.000 yuans, soit quelque 14.800 euros. La Chine est le plus grand consommateur mondial d'or, traditionnellement acheté par les familles pour marquer des occasions spéciales telles que les naissances et les mariages.

01.02.2026 à 10:17

Une BD culte sur l'histoire de l'Inde s'adapte pour rester "immortelle"

FRANCE24
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C'est en remarquant, dans un questionnaire, que les jeunes Indiens en savaient plus sur les dieux grecs que sur leurs propres héros mythologiques, qu'Anant Pai a eu l'idée d'écrire une BD. Le premier volume de la série "Amar Chitra Katha" (ACK) - "Histoires illustrées immortelles" en hindi - paraît en 1967 et obtient aussitôt un grand succès. Chaque album est consacré à un thème différent - des divinités hindoues aux héros de la lutte pour l'indépendance de l'Inde - et s'est vendu à des millions d'exemplaires, traduits dans de nombreuses langues régionales. Mais l'arrivée de la chaîne de séries d'animation Cartoon Network puis l'adaptation télévisée de l'épopée indienne du "Mahâbhârata" ont porté un sérieux coup aux ventes. Et, coup du sort, une partie des archives de l'éditeur est partie en fumée dans un incendie l'an dernier. Mais cela n'a en rien entamé sa détermination. "La majorité des lecteurs d'Amar Chitra Katha sont âgés de 25 à 45 ans", explique la responsable de la maison d'édition, Reena I Puri. "Ceux qui ont grandi avec (...) l'offrent à leurs enfants." "J'adore la façon dont ils racontent les histoires, les dessins", confie Aarav Vedhanayagam, 13 ans. "Ca plaît à tout âge, du petit enfant au grand-père." Aujourd'hui encore, la plus grande attention reste portée au travail de recherche, d'écriture, de mise en forme et en couleurs. Les dessins ont eux évolué avec le temps. "Nous étions habitués à un Ram très mince, un Shiva très mince", se souvient Mme Puri, 68 ans. "Les artistes les dessinent maintenant avec des abdominaux et des muscles saillants, ils sont bien costauds." "Respecter l'art" Comme les personnages, les scénarios ont eux aussi évolué. Le récit des batailles est plus nuancé, il met en avant le courage et la bravoure dans les deux camps, tandis que les scènes de la vie quotidienne ont été modernisées. "Auparavant, nous montrions l'homme assis en lisant le journal, tandis que la femme balayait le sol ou cuisinait. Ca a changé", assure Reena I Puri, "désormais la femme peut être représentée assise, un livre à la main, et l'homme lui apportant une tasse de thé". La pandémie de Covid-19 a contraint ACK à entrer dans l'ère du numérique. L'accès gratuit accordé pendant un mois à son application a entraîné un afflux de lecteurs, dont plus d'un quart lui est resté fidèle. "Nous avons alors compris que nous tenions là quelque chose à développer", se souvient Mme Puri. Ces dernières années, l'application rapporte presque autant que le papier et un magazine numérique mensuel est en préparation. Mais pour l'heure, les éditeurs se refusent à recourir à l'intelligence artificielle (IA). "L'art doit être respecté. On ne peut pas simplement prendre des éléments de différents auteurs ou artistes, les mélanger et créer quelque chose à soi en le considérant comme original", juge leur responsable. Pour le dessinateur Srinath Malolan, 24 ans, qui a grandi en lisant la BD, si les possibilités de l'IA sont infinies, "cela ne remplacera pas l'intérêt pour ACK". "Notre priorité, c'est de rester fidèle à la vision de notre fondateur, c'est-à-dire raconter l'histoire de l'Inde à ses enfants", assure Mme Puri. "Tant que nous serons fidèles à cette vision, nous serons inébranlables."
Texte intégral (577 mots)
C'est en remarquant, dans un questionnaire, que les jeunes Indiens en savaient plus sur les dieux grecs que sur leurs propres héros mythologiques, qu'Anant Pai a eu l'idée d'écrire une BD. Le premier volume de la série "Amar Chitra Katha" (ACK) - "Histoires illustrées immortelles" en hindi - paraît en 1967 et obtient aussitôt un grand succès. Chaque album est consacré à un thème différent - des divinités hindoues aux héros de la lutte pour l'indépendance de l'Inde - et s'est vendu à des millions d'exemplaires, traduits dans de nombreuses langues régionales. Mais l'arrivée de la chaîne de séries d'animation Cartoon Network puis l'adaptation télévisée de l'épopée indienne du "Mahâbhârata" ont porté un sérieux coup aux ventes. Et, coup du sort, une partie des archives de l'éditeur est partie en fumée dans un incendie l'an dernier. Mais cela n'a en rien entamé sa détermination. "La majorité des lecteurs d'Amar Chitra Katha sont âgés de 25 à 45 ans", explique la responsable de la maison d'édition, Reena I Puri. "Ceux qui ont grandi avec (...) l'offrent à leurs enfants." "J'adore la façon dont ils racontent les histoires, les dessins", confie Aarav Vedhanayagam, 13 ans. "Ca plaît à tout âge, du petit enfant au grand-père." Aujourd'hui encore, la plus grande attention reste portée au travail de recherche, d'écriture, de mise en forme et en couleurs. Les dessins ont eux évolué avec le temps. "Nous étions habitués à un Ram très mince, un Shiva très mince", se souvient Mme Puri, 68 ans. "Les artistes les dessinent maintenant avec des abdominaux et des muscles saillants, ils sont bien costauds." "Respecter l'art" Comme les personnages, les scénarios ont eux aussi évolué. Le récit des batailles est plus nuancé, il met en avant le courage et la bravoure dans les deux camps, tandis que les scènes de la vie quotidienne ont été modernisées. "Auparavant, nous montrions l'homme assis en lisant le journal, tandis que la femme balayait le sol ou cuisinait. Ca a changé", assure Reena I Puri, "désormais la femme peut être représentée assise, un livre à la main, et l'homme lui apportant une tasse de thé". La pandémie de Covid-19 a contraint ACK à entrer dans l'ère du numérique. L'accès gratuit accordé pendant un mois à son application a entraîné un afflux de lecteurs, dont plus d'un quart lui est resté fidèle. "Nous avons alors compris que nous tenions là quelque chose à développer", se souvient Mme Puri. Ces dernières années, l'application rapporte presque autant que le papier et un magazine numérique mensuel est en préparation. Mais pour l'heure, les éditeurs se refusent à recourir à l'intelligence artificielle (IA). "L'art doit être respecté. On ne peut pas simplement prendre des éléments de différents auteurs ou artistes, les mélanger et créer quelque chose à soi en le considérant comme original", juge leur responsable. Pour le dessinateur Srinath Malolan, 24 ans, qui a grandi en lisant la BD, si les possibilités de l'IA sont infinies, "cela ne remplacera pas l'intérêt pour ACK". "Notre priorité, c'est de rester fidèle à la vision de notre fondateur, c'est-à-dire raconter l'histoire de l'Inde à ses enfants", assure Mme Puri. "Tant que nous serons fidèles à cette vision, nous serons inébranlables."

01.02.2026 à 10:17

Laïcité, frontières, immigration : Didier Leschi face aux débats français

Judith GRIMALDI
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Invité du podcast Avec Judith, Didier Leschi revient sur son parcours politique et intellectuel, de l’engagement révolutionnaire à la défense de l’idée républicaine. Dans cet entretien, il aborde aussi les débats autour des frontières, de la laïcité et des défis posés par l’immigration en France.
Texte intégral (577 mots)
Invité du podcast Avec Judith, Didier Leschi revient sur son parcours politique et intellectuel, de l’engagement révolutionnaire à la défense de l’idée républicaine. Dans cet entretien, il aborde aussi les débats autour des frontières, de la laïcité et des défis posés par l’immigration en France.

01.02.2026 à 10:17

Au Soudan, le vieux port de Suakin rêve de renaissance et de tourisme

FRANCE24
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"Suakin est une ville très ancienne, dont l'histoire remonte à plus de 3.000 ans, elle était surnommée +la ville blanche+", car elle a été bâtie en pierres de corail extrait des fonds marins, explique fièrement Abumohamed el-Amin Artega, intarissable sur un passé qu'il fait remonter au roi Salomon. "C'est un grand trésor pour le Soudan", dit-il. Dans une mosquée, qui abrite la tombe d'un cheikh soufi, une équipe d'ouvriers s'affaire à remonter les murs effondrés, au milieu de tas de pierres. Le chantier est financé par le British Council et soutenu par l'Unesco. En formation, Duha Abdelaziz Mohamed, une étudiante architecte de 23 ans, raconte avoir été à son arrivée "stupéfiée par l'architecture". Les anciens bâtisseurs "utilisaient des techniques que l'on n'emploie plus de nos jours", souligne-t-elle. "Nous sommes là pour sauver cet héritage". Déclin Point de passage immémorial des pèlerins africains se rendant à La Mecque, mais aussi du trafic d'esclaves, le port de Suakin, construit sur une île lovée dans une lagune, devient sous l'empire ottoman un carrefour commercial vibrant. "A l'époque ottomane, il y a eu un boom immobilier autour du port et la cité comptait environ 25.000 habitants", raconte le maire. D'imposants édifices publics et d'élégantes maisons des riches marchands aux façades ouvragées témoignaient autrefois de cette prospérité. Mais, à part quelques rénovations éparses, tout n'est plus que ruines, rongées par les vents et l'air marin. Plus loin, l'épave d'un cargo rouille sur un banc de sable de la lagune bleue. Le déclin date de 1905, quand les Anglais, devenus maîtres des lieux, bâtissent un autre port en eau profonde pour profiter de l'essor du trafic maritime généré par l'ouverture du canal de Suez. "Commerçants et habitants sont partis à Port Soudan", à environ 60 km au nord, regrette Abumohamed el-Amin Artega. Sa tribu Artega du groupe Beja, conduite par sa famille qui administre la ville depuis le VIe siècle avec des pouvoirs "transmis de père en fils", refuse alors de partir. Son ancêtre, affirme-t-il, tance même les Britanniques en les accusant, après avoir "trouvé un port opulent comme une belle poule" de l'avoir "plumé et d'en recracher les os". A preuve de l'influence des Artega, il conserve chez lui épées et uniformes "offerts par la reine Victoria", à l'époque de la colonisation britannique. Abandonnée, la cité de corail retrouve un nouveau souffle dans les années 1990 avec la construction d'un nouveau port passager vers Jeddah, sur l'autre rive de la mer Rouge. Aujourd'hui, la compagnie soudanaise Tarco opère encore des traversées quotidiennes, avec environ 200 passagers par trajet, selon des chiffres obtenus auprès du port moderne de Suakin. Bail de 99 ans à la Turquie Suakin nourrit de nouveaux espoirs en 2017, quand le président d'alors, Omar el-Béchir, concède le vieux port à son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, avec un bail de 99 ans pour un programme de développement touristique décrié par ceux qui redoutent un positionnement militaire sur une façade maritime convoitée. Face à l'inquiétude, Ankara avait alors nié toute intention d'établir une base militaire, affirmant vouloir attirer de nouveau les pèlerins et doper le tourisme. Le palais des gouverneurs, les douanes et deux mosquées sont rénovés. Mais la chute d'Omar el-Béchir en 2019, chassé du pouvoir par une contestation populaire, stoppe les travaux deux ans plus tard avant que la guerre ne mette fin au tourisme naissant des croisiéristes et des amateurs de plongée. Depuis avril 2023, un conflit oppose l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et a fait des dizaines de milliers de morts. "Avant la guerre, beaucoup de touristes étrangers venaient" et "quand la paix reviendra au Soudan, ils pourront revenir admirer nos magnifiques bâtiments historiques", espère Ahmed Bouchra, un ingénieur recruté par l'association patrimoniale SSLH pour la rénovation de la mosquée. Il rêve déjà d'un festival de musique traditionnelle, une fois le chantier fini, "dans cinq mois".
Texte intégral (689 mots)
"Suakin est une ville très ancienne, dont l'histoire remonte à plus de 3.000 ans, elle était surnommée +la ville blanche+", car elle a été bâtie en pierres de corail extrait des fonds marins, explique fièrement Abumohamed el-Amin Artega, intarissable sur un passé qu'il fait remonter au roi Salomon. "C'est un grand trésor pour le Soudan", dit-il. Dans une mosquée, qui abrite la tombe d'un cheikh soufi, une équipe d'ouvriers s'affaire à remonter les murs effondrés, au milieu de tas de pierres. Le chantier est financé par le British Council et soutenu par l'Unesco. En formation, Duha Abdelaziz Mohamed, une étudiante architecte de 23 ans, raconte avoir été à son arrivée "stupéfiée par l'architecture". Les anciens bâtisseurs "utilisaient des techniques que l'on n'emploie plus de nos jours", souligne-t-elle. "Nous sommes là pour sauver cet héritage". Déclin Point de passage immémorial des pèlerins africains se rendant à La Mecque, mais aussi du trafic d'esclaves, le port de Suakin, construit sur une île lovée dans une lagune, devient sous l'empire ottoman un carrefour commercial vibrant. "A l'époque ottomane, il y a eu un boom immobilier autour du port et la cité comptait environ 25.000 habitants", raconte le maire. D'imposants édifices publics et d'élégantes maisons des riches marchands aux façades ouvragées témoignaient autrefois de cette prospérité. Mais, à part quelques rénovations éparses, tout n'est plus que ruines, rongées par les vents et l'air marin. Plus loin, l'épave d'un cargo rouille sur un banc de sable de la lagune bleue. Le déclin date de 1905, quand les Anglais, devenus maîtres des lieux, bâtissent un autre port en eau profonde pour profiter de l'essor du trafic maritime généré par l'ouverture du canal de Suez. "Commerçants et habitants sont partis à Port Soudan", à environ 60 km au nord, regrette Abumohamed el-Amin Artega. Sa tribu Artega du groupe Beja, conduite par sa famille qui administre la ville depuis le VIe siècle avec des pouvoirs "transmis de père en fils", refuse alors de partir. Son ancêtre, affirme-t-il, tance même les Britanniques en les accusant, après avoir "trouvé un port opulent comme une belle poule" de l'avoir "plumé et d'en recracher les os". A preuve de l'influence des Artega, il conserve chez lui épées et uniformes "offerts par la reine Victoria", à l'époque de la colonisation britannique. Abandonnée, la cité de corail retrouve un nouveau souffle dans les années 1990 avec la construction d'un nouveau port passager vers Jeddah, sur l'autre rive de la mer Rouge. Aujourd'hui, la compagnie soudanaise Tarco opère encore des traversées quotidiennes, avec environ 200 passagers par trajet, selon des chiffres obtenus auprès du port moderne de Suakin. Bail de 99 ans à la Turquie Suakin nourrit de nouveaux espoirs en 2017, quand le président d'alors, Omar el-Béchir, concède le vieux port à son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, avec un bail de 99 ans pour un programme de développement touristique décrié par ceux qui redoutent un positionnement militaire sur une façade maritime convoitée. Face à l'inquiétude, Ankara avait alors nié toute intention d'établir une base militaire, affirmant vouloir attirer de nouveau les pèlerins et doper le tourisme. Le palais des gouverneurs, les douanes et deux mosquées sont rénovés. Mais la chute d'Omar el-Béchir en 2019, chassé du pouvoir par une contestation populaire, stoppe les travaux deux ans plus tard avant que la guerre ne mette fin au tourisme naissant des croisiéristes et des amateurs de plongée. Depuis avril 2023, un conflit oppose l'armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et a fait des dizaines de milliers de morts. "Avant la guerre, beaucoup de touristes étrangers venaient" et "quand la paix reviendra au Soudan, ils pourront revenir admirer nos magnifiques bâtiments historiques", espère Ahmed Bouchra, un ingénieur recruté par l'association patrimoniale SSLH pour la rénovation de la mosquée. Il rêve déjà d'un festival de musique traditionnelle, une fois le chantier fini, "dans cinq mois".
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