Depuis qu'elle s'est lancée dans la course à l'Hôtel de ville à l'automne, la députée LFI est créditée d'au moins 10% des intentions de vote dans les sondages, seuil nécessaire pour se qualifier au second tour.
Avec une tendance à la baisse, "comme chez les autres candidats LFI dans la plupart des villes", relève pour l'AFP Jean-Yves Dormagen, président de l'institut Cluster 17. Le parti de Jean-Luc Mélenchon "pâtit de la logique du vote utile à mesure qu'on se rapproche de l'échéance car il y a très peu de villes où il est en situation de gagner", précise le politologue.
Sophia Chikirou est aujourd'hui en-dessous du score de LFI aux élections européennes dans la capitale, mais se maintient suffisamment haut pour fragiliser Emmanuel Grégoire, à la tête d'une alliance inédite à gauche.
Lui qui répète son refus d'alliance avec elle n'a pour l'instant "pas réussi son pari de la faire tomber sous les 10% en captant une partie de son opposition", à savoir les ex-Insoumis de l'Après, constate Anne-France Taiclet, enseignante chercheuse en sciences politiques.
Le député PS fait la course en tête au premier tour dans les sondages, mais le second tour s'annonce au coude-à-coude avec sa rivale LR et MoDem Rachida Dati, dont le sort dépend de deux concurrents, Pierre-Yves Bournazel (centre-droit) et Sarah Knafo (Reconquête!).
"L'électorat LFI est très loyal. Avec un score à plus de 10% il y aura forcément une fuite en faveur de Grégoire pour battre la droite mais sans doute limité. Si elle est en-dessous, ce sera plus massif", anticipe Stéphane Zumsteeg de l'institut Ipsos-BVA.
- "Nazis à petits pieds" -
Et si elle se maintient, "le choix implicite sera clair: faire battre Grégoire, même si les Insoumis ne le reconnaîtront jamais", pense le sondeur.
"Il ne faut pas qu'un socialiste soit maire de Paris", déclarait-t-elle en début de campagne, où elle a multiplié les attaques contre l'ex-premier adjoint d'Anne Hidalgo, responsable à ses yeux d'une "gentrification" de la capitale.
"C'est une candidature d'attaque, avec d'autres enjeux que parisiens", en l'occurrence la présidentielle, analyse Anne-France Taiclet.
L'Insoumise a publié un visuel accusant la maire sortante Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire de la noyade d'un enfant et de violences sexuelles dans le périscolaire. Jean-Luc Mélenchon, dont elle est souvent décrite comme la compagne, a qualifié le député PS "d'infâme".
Personnalité clivante, Sophia Chikirou a multiplié les polémiques. En février, elle a parlé de faire un "sourire kabyle" à un humoriste - terme se référant à une méthode d'égorgement pendant la guerre d'Algérie - et traité les journalistes de "nazis à petits pieds".
"LFI parie sur une radicalisation qui va faire la différence avec l'électorat de gauche traditionnel", surtout dans les quartiers populaires de l'est où l'abstention est élevée, décrypte Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po. Et où la députée de 46 ans est bien implantée.
Sur le terrain, la polémique sur la position des Insoumis après la mort du militant d'extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon ne semble pas avoir eu d'impact, à en croire les enquêtes d'opinion. "Ca a même remotivé les gens de gauche", témoigne une colistière de Danièle Obono, tête de liste dans le XVIIIe arrondissement.
"La minute de silence à l'Assemblée a beaucoup heurté, ils ont eu le sentiment d'une inversion des valeurs", raconte sous couvert d'anonymat cette militante.
"Le PS ne perçoit pas assez à quel point la montée du racisme est ressentie dans les quartiers populaires", ajoute Emile Meunier, élu écologiste qui a rallié LFI.
L'impact des nouveaux écarts de Jean-Luc Mélenchon sur Epstein ou Glucksmann, qui ont renforcé les accusations d'antisémitisme à son égard, n'a pas encore été captés dans les sondages.
"Dans cette élection, c'est plus la personnalité de Chikirou que celle de Mélenchon qui me pose problème", confie Mathieu, un habitant du XIXe arrondissement encore hésitant sur son vote, évoquant notamment sa mise en examen pour "escroquerie aggravée" dans l'enquête sur les comptes de campagne 2017 de Jean-Luc Mélenchon.