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03.06.2026 à 10:17

FRANCE24
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L'intelligence artificielle (IA), en évolution rapide, a effacé la frontière entre fiction et réalité, dotant les cybercriminels d'outils de clonage de voix très performants, qui leur permettent de berner les gens en se faisant passer pour des proches. Liz Benz a été tirée de son canapé par un appel émanant d'un numéro inconnu. Le ton, la prononciation, la cadence, tout dans la voix de la personne qui l'appelait à l'aide, semblait concorder avec celle de son fils, Fred. L'interlocuteur lui dit qu'un ami de son fils a été tué et que lui-même, sorti voir un match de football, est retenu en otage. Elle reçoit pour instruction d'apporter de l'argent dans un supermarché à proximité pour payer l'homme qui le retient. Finalement, un selfie de Fred tout sourire au match, reçu peu après, la ramène à la réalité: l'appel était une escroquerie. "Rien n'aurait pu me convaincre qu'il s'agissait d'une arnaque jusqu'à ce que je voie mon fils de mes propres yeux", raconte à l'AFP la voix tremblante cette courtière en assurance de 46 ans, mère de six enfants. "C'était vingt minutes de terreur." "N'importe qui peut le faire" Les autorités américaines et les associations de défense des consommateurs mettent de plus en plus en garde contre les escroqueries basées sur l'usurpation de l'identité d'un proche. En avril, le FBI a annoncé que les Américains avaient perdu plus de 893 millions de dollars (767 millions d'euros) l'année dernière à cause d'arnaques par IA. Une simple recherche internet permet de trouver de nombreux outils de clonage vocaux, certains gratuits, qui peuvent créer des répliques réalistes en n'utilisant parfois que quelques secondes de la vraie voix d'une personne. "Avant, c'était relativement difficile de fabriquer ces choses-là. Maintenant, n'importe qui peut le faire en quelques secondes", constate Brian Long, directeur général d'Adaptive Security, une entreprise proposant des formations pour se protéger contre les fraudes liées à l'IA. "Un gars seul dans une pièce avec un clavier peut créer un nombre infini d'attaques", explique-t-il, ajoutant que ces outils permettent aussi de concevoir des scripts complets à partir d'extraits audio récupérés sur les réseaux sociaux ou une messagerie vocale. L'histoire de Liz Benz met en lumière un scénario classique: un appel urgent de la part d'un proche en difficulté - arrêté, ou bien impliqué dans un accident de voiture ou un crime -, et qui a besoin d'argent. Les arnaqueurs accentuent la pression sur les victimes en utilisant des voix censées être celles d'avocats, de greffiers ou de banquiers. - "Voix paniquée" - La plupart de ces appels ne nécessitent même pas une voix parfaitement clonée. "Une voix paniquée disant +Maman, aide-moi+ ou +Papa, j'ai eu un accident+ n'a besoin d'être crédible que quelques secondes", explique Amit Gupta, un haut responsable de l'entreprise de cybersécurité Pindrop. "Le but n'est pas de répliquer parfaitement la voix. C'est de créer une incertitude émotionnelle suffisante et un sentiment d'urgence pour que les victimes agissent avant de vérifier." Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables, les experts alertant sur l'augmentation des cas d'"arnaques aux grands-parents". Les escrocs "sont des professionnels, alors que les gens qu'ils ont au téléphone sont des amateurs", expose Gary Schildhorn, 73 ans, qui a subi une arnaque similaire en 2020. En 2023, cet avocat de Philadelphie a raconté son expérience devant le Sénat. Il avait été appelé au téléphone par une voix ressemblant à celle de son fils, qui lui avait expliqué qu'il devait payer une caution parce que celui-ci avait été arrêté alcoolisé au volant. "En arrivant à la banque, mon téléphone sonne. C'est mon fils. Il me dit +Tu t'es fait arnaquer+", a-t-il détaillé à l'AFP. "Je lui ai répondu +Brett, même dans ma tombe je continuerai à jurer que c'était ta voix, ton rythme, les mots que tu aurais pu utiliser (...) C'était toi au téléphone.+"

03.06.2026 à 10:13

FRANCE24
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A quelques jours du second tour de la présidentielle entre la candidate de droite Keiko Fujimori et son rival de gauche Roberto Sanchez, elle dit ne plus croire aux promesses des politiques. "Personne ne me donnera ni un centime. Je travaille de mes mains", dit à l'AFP cette habitante de la communauté Caritamaya, près du lac Titicaca, dans la région de Puno, à près de 4.000 mètres d'altitude. Son mari, Rufino Cutipa, 75 ans, acquiesce : "Ici, personne ne vient, personne ne nous voit, on se débrouille seuls". Quelques vaches paissent près du puits qui fournit l'eau au bétail comme au couple. Autour, la pampa jaunie s'étend jusqu'aux collines de l'Altiplano. Dans les parcelles voisines, des femmes, parfois pieds nus, frappent la terre à coups de pioche pour récolter les dernières pommes de terre de la saison. Dans la région, plus d'un tiers de la population vit dans la pauvreté. Pour Dominga et Rufino, la désillusion n'efface toutefois pas le rejet de la fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), candidate à la présidence pour la quatrième fois. "Le papa a déjà beaucoup gouverné, la fille doit laisser la place aux autres", estime Dominga Quenta, en lissant sa pollera rouge vif, la large jupe traditionnelle des femmes andines. Comme ce couple, beaucoup d'électeurs de la région voteront pour Roberto Sanchez, davantage par rejet du fujimorisme que par conviction. "Il gèle souvent ici, c'est très dur. On ne veut pas que nos enfants vivent ici. Ils sont tous partis", explique Dominga Quenta, mère de quatre enfants. L'un d'eux, Cesar Cutipa, 45 ans, est aujourd'hui ingénieur électronique à Puno, à une heure de route de là. Venu rendre visite à ses parents, il raconte, les larmes aux yeux, comment ils ont vendu une vache et un mouton pour qu'il puisse aller à l'école. Pour lui, Roberto Sanchez, ancien ministre et député, est "le moins pire". "Je ne crois pas qu'il changera grand-chose". Au premier tour, il a obtenu 27% des suffrages dans la région, contre 2,9% pour Keiko Fujimori, dans une élection où les deux finalistes ont recueilli moins de 30% des suffrages à l'échelle nationale. La répression de 2023 Ce rejet du fujimorisme s'est renforcé après la chute en décembre 2022 de Pedro Castillo, dont Roberto Sanchez revendique l'héritage politique. Dans la région, beaucoup continuent de voir dans l'ancien instituteur destitué puis arrêté après une tentative ratée de dissoudre le Parlement, le symbole d'un espoir de changement inabouti. Sa chute a donné lieu à trois mois de manifestations, parfois violemment réprimées. Plus de 50 personnes ont été tués, principalement dans le sud andin, dont 18 en une seule journée à Juliaca, grande ville commerçante à une heure de Puno. Jhamileth Aroquipa avait 17 ans. Une balle l'a atteinte alors qu'elle accompagnait sa famille pour ravitailler la petite épicerie de sa mère. Elle étudiait la psychologie. Dans sa chambre, son emploi du temps universitaire est toujours affiché au mur. "La seule erreur a été de sortir dans la rue", lâche en pleurs sa mère, Dominga Hancco, 44 ans, dans sa maison en briques apparentes d'un quartier de la périphérie de Juliaca aux rues de terre défoncées. "Cela fait plus de trois ans, et il n'y a toujours pas de justice", dit cette femme aux longues tresses noires. "L'État, quand le peuple réclame, ne répond jamais. Il nous fait taire, il nous tue". Pour elle, la candidate de droite incarne le même pouvoir que celui qui a réprimé les manifestations. "Keiko ne nous représente pas. Elle nous fera taire complètement". Elle votera Sanchez, "il n'y a pas d'autre choix". Pour l'analyste Paulo Vilca, ce vote s'inscrit dans une tradition du sud andin favorable aux candidats promettant le changement, dans une région qui se sent marginalisée par une croissance dont les bénéfices se sont surtout concentrés sur la côte. Au second tour, le député de gauche est devenu "la digue face au fujimorisme", résume-t-il. Mais la digue présente des fissures. Efrain Vilca, chauffeur de taxi et propriétaire d'un bateau de tourisme sur le lac Titicaca, voit en Keiko Fujimori une chance pour le tourisme. "Il y a beaucoup de votes cachés pour elle", affirme-t-il.

03.06.2026 à 10:01

FRANCE24
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Attention aux sécheresses et aux tempêtes : le développement d'un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août selon les Nations Unies. En France, les députés ont largement adopté mardi en première lecture le projet de loi d'urgence agricole, mais toute la gauche a voté contre. Les deux grands dossiers de Reporterre cette semaine.
Texte intégral (733 mots)
Attention aux sécheresses et aux tempêtes : le développement d'un épisode El Niño est probable à 80% entre juin et août selon les Nations Unies. En France, les députés ont largement adopté mardi en première lecture le projet de loi d'urgence agricole, mais toute la gauche a voté contre. Les deux grands dossiers de Reporterre cette semaine.

03.06.2026 à 09:57

FRANCE24
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Une quarantaine d'associations (Eau et rivières de Bretagne, France nature environnement, Cancer colère, AgroBio), le syndicat agricole Confédération paysanne et des collectifs locaux, appellent à un rassemblement, dimanche à Rennes, "pour défendre l'eau, la santé et la démocratie". Environ 3.000 personnes avaient déjà manifesté en janvier. Ils entendent protester contre le blocage de la révision du Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du bassin versant du fleuve Vilaine, qui recouvre six départements et compte 1,3 million d'habitants. Cette révision, négociée depuis 2022, devait être adoptée en décembre dernier alors que la qualité de l'eau se dégrade. Mais la FNSEA-JA l'a empêché en organisant une grosse manifestation en décembre 2025. Le syndicat agricole dominant refuse notamment l'interdiction d'herbicides pour maïs sur des parcelles à fort risque d'érosion situées dans une poignée d'aires de captage en eau potable, ce qui serait une première en France. Les préfets de Bretagne et de Loire-Atlantique ont alors demandé plus de temps pour la concertation. Quelques semaines plus tard, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait sur X un moratoire sur les questions de l'eau et un projet de loi d'urgence agricole reprenant certaines revendications de la FNSEA. Avec le rassemblement dimanche, le collectif "veut montrer qu'il y a une résistance citoyenne" pour l'eau, "quand des lobbys font pression au niveau national", explique à l'AFP Emmanuelle Dereave d'AgroBio35, en visant "les vendeurs de produits phyto-sanitaires et le lobby de l'agro-industrie". L'agricultrice bio souligne que le passage au désherbage mécanique sur les parcelles de maïs concernées se ferait sur plusieurs années, avec un accompagnement financier et que "les techniques sont très performantes et existent depuis longtemps". Pour Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, "c'est absolument scandaleux qu'on continue d'épandre des pesticides là où on prélève l'eau", rappelant qu'ils peuvent être à l'origine de cancers comme celui de la prostate ou de maladies neuro-dégénératives comme Parkinson. Démocratie locale Contactée par l'AFP, la présidente pour la Bretagne de la FNSEA, Laetitia Bouvier, n'a pas souhaité s'exprimer. Edwige Kerboriou, chargée de l'environnement et de l'eau à la chambre d'agriculture Bretagne où la FNSEA-JA est la première force syndicale, fait valoir que les agriculteurs "ont les solutions, ce sont eux qui préservent cette qualité de l'eau". "Il y a besoin d'assouplir la réglementation et je pense qu'il y a surtout besoin d'être raisonnable de part et d'autre", plaide-t-elle. Le report de la révision du SAGE Vilaine "est une remise en cause de la démocratie locale", estime Michel Demolder, ancien maire communiste de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine) et président de la commission locale de l'eau (CLE). Ces commissions, qui élaborent les schémas d'aménagement et de gestion de l'eau, regroupent des représentants des collectivités territoriales, des usagers (agriculteurs, industriels etc), d'organisations professionnelles, d'associations et de l'Etat. "On reconcentre les pouvoirs au niveau de l'État", regrette M. Demolder. "Les accords les plus solides sont ceux négociés à l'échelle locale, dans le dialogue", abonde le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, auprès de l'AFP. La démocratie locale de l'eau "ne peut pas être mise à l'arrêt au gré des crispations nationales", poursuit-il, appelant à reprendre le dialogue "rapidement, avec un cadre clair, des moyens à la hauteur et un calendrier réaliste". La tendance pourrait être renforcée avec la loi d'urgence agricole en cours d'examen, via un article qui renforce la place des agriculteurs dans les instances de décisions sur l'eau. "Le SAGE Vilaine est quand même une magnifique illustration: on a des usagers très différents, parfois très en opposition, qui se mettent d'accord pour interdire un herbicide d'ici 2029. Et avec cet article, on fait comme si ces concertations n'existaient pas", commente Sylvain Barone, spécialiste de l'eau à l'institut de recherche publique Inrae. Quant au SAGE Vilaine, une prochaine réunion le 25 juin permettra de savoir où en est sa révision.
Texte intégral (693 mots)
Une quarantaine d'associations (Eau et rivières de Bretagne, France nature environnement, Cancer colère, AgroBio), le syndicat agricole Confédération paysanne et des collectifs locaux, appellent à un rassemblement, dimanche à Rennes, "pour défendre l'eau, la santé et la démocratie". Environ 3.000 personnes avaient déjà manifesté en janvier. Ils entendent protester contre le blocage de la révision du Schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) du bassin versant du fleuve Vilaine, qui recouvre six départements et compte 1,3 million d'habitants. Cette révision, négociée depuis 2022, devait être adoptée en décembre dernier alors que la qualité de l'eau se dégrade. Mais la FNSEA-JA l'a empêché en organisant une grosse manifestation en décembre 2025. Le syndicat agricole dominant refuse notamment l'interdiction d'herbicides pour maïs sur des parcelles à fort risque d'érosion situées dans une poignée d'aires de captage en eau potable, ce qui serait une première en France. Les préfets de Bretagne et de Loire-Atlantique ont alors demandé plus de temps pour la concertation. Quelques semaines plus tard, le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait sur X un moratoire sur les questions de l'eau et un projet de loi d'urgence agricole reprenant certaines revendications de la FNSEA. Avec le rassemblement dimanche, le collectif "veut montrer qu'il y a une résistance citoyenne" pour l'eau, "quand des lobbys font pression au niveau national", explique à l'AFP Emmanuelle Dereave d'AgroBio35, en visant "les vendeurs de produits phyto-sanitaires et le lobby de l'agro-industrie". L'agricultrice bio souligne que le passage au désherbage mécanique sur les parcelles de maïs concernées se ferait sur plusieurs années, avec un accompagnement financier et que "les techniques sont très performantes et existent depuis longtemps". Pour Michel Besnard, du Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l'Ouest, "c'est absolument scandaleux qu'on continue d'épandre des pesticides là où on prélève l'eau", rappelant qu'ils peuvent être à l'origine de cancers comme celui de la prostate ou de maladies neuro-dégénératives comme Parkinson. Démocratie locale Contactée par l'AFP, la présidente pour la Bretagne de la FNSEA, Laetitia Bouvier, n'a pas souhaité s'exprimer. Edwige Kerboriou, chargée de l'environnement et de l'eau à la chambre d'agriculture Bretagne où la FNSEA-JA est la première force syndicale, fait valoir que les agriculteurs "ont les solutions, ce sont eux qui préservent cette qualité de l'eau". "Il y a besoin d'assouplir la réglementation et je pense qu'il y a surtout besoin d'être raisonnable de part et d'autre", plaide-t-elle. Le report de la révision du SAGE Vilaine "est une remise en cause de la démocratie locale", estime Michel Demolder, ancien maire communiste de Pont-Réan (Ille-et-Vilaine) et président de la commission locale de l'eau (CLE). Ces commissions, qui élaborent les schémas d'aménagement et de gestion de l'eau, regroupent des représentants des collectivités territoriales, des usagers (agriculteurs, industriels etc), d'organisations professionnelles, d'associations et de l'Etat. "On reconcentre les pouvoirs au niveau de l'État", regrette M. Demolder. "Les accords les plus solides sont ceux négociés à l'échelle locale, dans le dialogue", abonde le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, auprès de l'AFP. La démocratie locale de l'eau "ne peut pas être mise à l'arrêt au gré des crispations nationales", poursuit-il, appelant à reprendre le dialogue "rapidement, avec un cadre clair, des moyens à la hauteur et un calendrier réaliste". La tendance pourrait être renforcée avec la loi d'urgence agricole en cours d'examen, via un article qui renforce la place des agriculteurs dans les instances de décisions sur l'eau. "Le SAGE Vilaine est quand même une magnifique illustration: on a des usagers très différents, parfois très en opposition, qui se mettent d'accord pour interdire un herbicide d'ici 2029. Et avec cet article, on fait comme si ces concertations n'existaient pas", commente Sylvain Barone, spécialiste de l'eau à l'institut de recherche publique Inrae. Quant au SAGE Vilaine, une prochaine réunion le 25 juin permettra de savoir où en est sa révision.

03.06.2026 à 09:43

FRANCE24
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L'accord de vente a déjà un prix, 20,35 milliards d'euros, mais il n'est pas encore scellé. Après être tombés d'accord en avril, Altice France, la maison mère de SFR, et ses trois concurrents --Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange-- ont repoussé à vendredi leur période de négociations exclusives pour finaliser les conditions du deal. Si l'issue reste incertaine, les discussions laissent entrevoir la fin d'un chapitre ouvert il y a 12 ans avec le rachat de l'opérateur par le milliardaire franco-israélien. Une sortie sans effusion: l'homme d'affaires de 63 ans n'a pas fait exception à son habituel silence médiatique au cours des mois de tractations, ni lors de la renégociation massive de la dette d'Altice France l'année précédente. Réputé pour ses méthodes de négociation à la dure, le milliardaire est aussi connu pour un goût du risque et des montages financiers qui ont accompagné son ascension, mais suscitant aussi inquiétudes et critiques. La dette comme carburant Né à Casablanca (Maroc) le 20 août 1963, fils de deux professeurs de mathématiques, Patrick Drahi est arrivé en France à l'âge de 15 ans. Diplômé de Polytechnique, il débute sa carrière chez Philips, puis chez UPC, filiale européenne du groupe câble américain Liberty Global, avant de se mettre à son compte. Après le rachat de petits câblo-opérateurs régionaux, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable. "Il y a, chez lui, une dimension très réfléchie, sereine, préparée, organisée, structurée… Et puis, cette intuition", vante Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice France. C'est l'acquisition de SFR, pour laquelle il s'endette largement, qui le propulse sur le devant de la scène en 2014, après une longue bataille contre le groupe Bouygues. Dans les mois et années qui suivent, Patrick Drahi développe ses activités à l'international et dans les médias, avec le rachat de Portugal Telecom, puis des câblo-opérateurs américains Suddenlink, et Cablevision. En parallèle, il devient actionnaire de référence de Libération, rachète une vingtaine d'autres titres, puis reprend RMC et BFMTV. "Quand il a émis ces dettes, il l'a fait à un moment où il y a eu une sorte d'euphorie sur les marchés", commente auprès de l'AFP un dirigeant français du secteur, qui a souhaité rester anonyme. "Il connaît les télécoms, mais ce qu'il aime faire, (…) c'est jouer", ajoute cette source. Patrick Drahi est connu pour des acquisitions financées via des montages financiers s'apparentant à des LBO (leverage buy-out), c'est-à-dire en s'endettant et en comptant sur les futurs revenus de l'entreprise. Il en fait sa marque de fabrique. "Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards (d'euros) de dette qu'avec les premiers 50.000 francs que j'ai contractés quand j'ai créé mon entreprise", déclare-t-il devant une commission sénatoriale en 2016. Décrit comme un homme au caractère affirmé, Patrick Drahi est aussi un homme "très agréable, très courtois", qui a "évité la faillite" au journal Libération, dit à l'AFP son ancien directeur Laurent Joffrin. "La seule chose qui le souciait, c'est qu'on ne soit pas trop anti-Israéliens", se souvient-il. Le scandale Pereira Malgré ses succès, le milliardaire, classé 19e fortune de France avec 7 milliards d'euros en 2025 selon le magazine Challenges, voit son empire se fragiliser à partir de 2023. Son bras droit et ami de longue date, Armando Pereira, est alors arrêté au Portugal pour des soupçons de corruption. Patrick Drahi se dit alors "trahi et trompé par un petit groupe d'individus". A la même période, la dette massive accumulée par le groupe Altice commence à inquiéter, sur fond de remontée des taux d'intérêt. Pour faire face, le groupe commence une cure d'amaigrissement, et cède plusieurs de ses actifs en France, dont BFM et RMC. Les autres filiales du groupe Altice à l'étranger procèdent également à des cessions. L'empire Drahi n'est toutefois pas éteint: outre ses activités télécoms à l'international, le milliardaire détient toujours la maison d'enchères Sotheby's, rachetée en 2019. Déjà propriétaire de la chaîne de télévision internationale i24 News, basée à Tel-Aviv, l'homme d'affaires a renforcé ses activités dans le pays, où il réside, avec un investissement en début d'année dans la chaîne israélienne Reshet 13.
Texte intégral (745 mots)
L'accord de vente a déjà un prix, 20,35 milliards d'euros, mais il n'est pas encore scellé. Après être tombés d'accord en avril, Altice France, la maison mère de SFR, et ses trois concurrents --Bouygues Telecom, Iliad (Free) et Orange-- ont repoussé à vendredi leur période de négociations exclusives pour finaliser les conditions du deal. Si l'issue reste incertaine, les discussions laissent entrevoir la fin d'un chapitre ouvert il y a 12 ans avec le rachat de l'opérateur par le milliardaire franco-israélien. Une sortie sans effusion: l'homme d'affaires de 63 ans n'a pas fait exception à son habituel silence médiatique au cours des mois de tractations, ni lors de la renégociation massive de la dette d'Altice France l'année précédente. Réputé pour ses méthodes de négociation à la dure, le milliardaire est aussi connu pour un goût du risque et des montages financiers qui ont accompagné son ascension, mais suscitant aussi inquiétudes et critiques. La dette comme carburant Né à Casablanca (Maroc) le 20 août 1963, fils de deux professeurs de mathématiques, Patrick Drahi est arrivé en France à l'âge de 15 ans. Diplômé de Polytechnique, il débute sa carrière chez Philips, puis chez UPC, filiale européenne du groupe câble américain Liberty Global, avant de se mettre à son compte. Après le rachat de petits câblo-opérateurs régionaux, il bâtit discrètement Noos, qui deviendra Numericable. "Il y a, chez lui, une dimension très réfléchie, sereine, préparée, organisée, structurée… Et puis, cette intuition", vante Arthur Dreyfuss, PDG d'Altice France. C'est l'acquisition de SFR, pour laquelle il s'endette largement, qui le propulse sur le devant de la scène en 2014, après une longue bataille contre le groupe Bouygues. Dans les mois et années qui suivent, Patrick Drahi développe ses activités à l'international et dans les médias, avec le rachat de Portugal Telecom, puis des câblo-opérateurs américains Suddenlink, et Cablevision. En parallèle, il devient actionnaire de référence de Libération, rachète une vingtaine d'autres titres, puis reprend RMC et BFMTV. "Quand il a émis ces dettes, il l'a fait à un moment où il y a eu une sorte d'euphorie sur les marchés", commente auprès de l'AFP un dirigeant français du secteur, qui a souhaité rester anonyme. "Il connaît les télécoms, mais ce qu'il aime faire, (…) c'est jouer", ajoute cette source. Patrick Drahi est connu pour des acquisitions financées via des montages financiers s'apparentant à des LBO (leverage buy-out), c'est-à-dire en s'endettant et en comptant sur les futurs revenus de l'entreprise. Il en fait sa marque de fabrique. "Je dors beaucoup plus facilement avec 50 milliards (d'euros) de dette qu'avec les premiers 50.000 francs que j'ai contractés quand j'ai créé mon entreprise", déclare-t-il devant une commission sénatoriale en 2016. Décrit comme un homme au caractère affirmé, Patrick Drahi est aussi un homme "très agréable, très courtois", qui a "évité la faillite" au journal Libération, dit à l'AFP son ancien directeur Laurent Joffrin. "La seule chose qui le souciait, c'est qu'on ne soit pas trop anti-Israéliens", se souvient-il. Le scandale Pereira Malgré ses succès, le milliardaire, classé 19e fortune de France avec 7 milliards d'euros en 2025 selon le magazine Challenges, voit son empire se fragiliser à partir de 2023. Son bras droit et ami de longue date, Armando Pereira, est alors arrêté au Portugal pour des soupçons de corruption. Patrick Drahi se dit alors "trahi et trompé par un petit groupe d'individus". A la même période, la dette massive accumulée par le groupe Altice commence à inquiéter, sur fond de remontée des taux d'intérêt. Pour faire face, le groupe commence une cure d'amaigrissement, et cède plusieurs de ses actifs en France, dont BFM et RMC. Les autres filiales du groupe Altice à l'étranger procèdent également à des cessions. L'empire Drahi n'est toutefois pas éteint: outre ses activités télécoms à l'international, le milliardaire détient toujours la maison d'enchères Sotheby's, rachetée en 2019. Déjà propriétaire de la chaîne de télévision internationale i24 News, basée à Tel-Aviv, l'homme d'affaires a renforcé ses activités dans le pays, où il réside, avec un investissement en début d'année dans la chaîne israélienne Reshet 13.
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