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02.06.2026 à 08:01

FRANCE24
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Elle a les cheveux roses, un pull fuchsia et des chaussettes roses. La pièce est recouverte d'une moquette tendre. Vladislava Simonova s'assoit pour raconter sa vie parallèle, à 7.800 km de là, dans un archipel où elle n'a jamais mis les pieds. Dans le ciel de Poltava (centre), le bourdonnement d'un drone l'inquiète. L'engin explose, au loin, à l'instant où elle prononce le mot "explosion". Elle évoquait les bombardements russes qui terrorisent l'Ukraine. Près d'elle, une étagère compte quinze livres aux tranches colorées (une collection de poètes ukrainiens contemporains), deux théières japonaises, trois icônes religieuses et une figurine de Phoebe Buffay de la série Friends. "Je n'aurais jamais imaginé que j'écrirais un jour sur la guerre (...) Puis j'ai réalisé (...) que des détails infimes peuvent, peut-être, bien mieux transmettre la tragédie de cette grande guerre." Toute une génération d'artistes ukrainiens, soldats ou civils, connus ou confidentiels, témoigne de cette agression militaire d'une extrême violence, qui vise aussi leur culture. En 2013, Vladislava Simonova, encore adolescente, découvre les haïkus, ces poèmes de trois vers et 17 syllabes (5/7/5) comportant généralement une chute et codifiés au Japon au XVIIe siècle pour illuminer, avec simplicité, les beautés de la nature, du quotidien et de l'éphémère. Pendant des années, elle étudie les maîtres japonais -- Basho, Buson, Issa -- et rédige plus de 600 haïkus devenus, dit-elle, de moins en moins "maladroits". Avec insolence Devant des peaux d'abricots S'avance un gros chat. 24.04.2015 Qu'importe la pluie Je tremble et porte chez moi Un petit pied d'arbre. 16.10.2014 "Communion" En 2018, elle remporte un concours organisé par une fondation japonaise. Quand débute l'invasion massive, en février 2022, elle vit à Kharkiv. L'armée russe tente de conquérir cette ville du nord-est et la bombarde constamment. Pendant trois mois, la poétesse survit dans un abri souterrain. Au lieu de l'orage Les explosions résonnent. Le printemps est là. 14.05.2022 Des abeilles sourdes Aux sirènes dans le ciel. Les fleurs des tilleuls. 19.06.2022 En mars 2022, depuis son abri, elle donne une interview par écrit au journal japonais Asahi Shimbun. Une poétesse réputée, Mayuzumi Madoka, la contacte quelques semaines plus tard. "Elle a une profonde compréhension de l'essence des haïkus", dit à l'AFP Mayuzumi Madoka. Selon elle, l'oeuvre de sa consoeur reflète une "communion avec la nature" et un "sentiment d'optimisme, malgré des thèmes proches de l'obscurité". A travers le toit D'une maison en ruines Les étoiles brillent. 14.05.2022 Avec une dizaine de personnes, Mayuzumi Madoka aide Vladislava Simonova à traduire et publier au Japon son premier recueil, en 2023. Le livre a reçu de "grands éloges", dit Mayuzumi Madoka. Elle rappelle que de très nombreux Japonais ont composé des haïkus lors de périodes noires, notamment après les bombardements nucléaires de 1945 et le tsunami de 2011. "Cerisiers" En août 2022, l'abri souterrain où avait vécu Vladislava Simonova, à Kharkiv, est anéanti par un missile russe. Elle part vivre à Poltava. En 2024, elle publie un deuxième recueil au Japon, puis un autre, début 2026, au Danemark. Elle rêve d'en publier un en Ukraine. Avant la guerre, elle écrivait en russe, puis est passée à l'ukrainien. La traduction de ses compositions lui a causé des "problèmes complexes": les deux langues, proches, comportent de nombreux mots différents. Simonova ne lit pas de prose, "seulement de la poésie". Et la Bible. Elle appartient à la minuscule communauté catholique de Poltava. Elle propose d'aller au parc, salue son mari qui reste à la maison, et dévale les escaliers de son immeuble soviétique. Son ascenseur a cessé de fonctionner. C'est un froid dimanche de printemps, le parc est presque vide. La poétesse porte une doudoune multicolore. Elle s'installe sur la branche d'un arbre, près d'un étang aux reflets d'acier. Depuis l'enfance, elle souffre d'une grave maladie du coeur qui l'épuise. Elle a découvert les haïkus à l'hôpital, dans une anthologie où il y avait aussi "des poèmes perses". Le vent souffle. Elle se lève et lit à voix haute. C'est la première fois qu'elle le fait en public. Elle prononce chaque poème à deux reprises. Le premier est pour ses amis disparus. Ils partent au vent, Libres fleurs de cerisiers, Ceux qui me sont proches. Le deuxième est un souvenir de Kharkiv. J'ai pris et serré Les débris d'une roquette. Vague de douleur. Elle parcourt son recueil à la couverture rose. Puis en choisit un dernier. Quel ciel aujourd'hui ! C'est de lui que vient vers nous Le vol des missiles.

02.06.2026 à 07:57

FRANCE24
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Dans l'après-midi, la commission des Lois auditionnera la ministre Françoise Gatel (Aménagement du territoire et Décentralisation), puis étudiera le texte. Une répétition, car l'Assemblée repartira de la copie initiale dans l'hémicycle (16 juin). Le texte, qui prend sa source dans des déclarations d'Emmanuel Macron en 2022 et 2023, est aussi le fruit d'une piste de compromis avec l'Assemblée de Corse. Le chemin est toutefois incertain: la réforme devra être adoptée par l'Assemblée, le Sénat, puis 3/5e des parlementaires réunis. Son application serait aussi encadrée par une future loi organique. "On parle de l'avenir institutionnel de la Corse dans la République, donc de l'avenir de la République", souligne Florent Boudié (Renaissance), président de la commission devenu rapporteur du texte pour l'occasion. Le cœur des débats devrait porter sur le degré et les domaines dans lesquels la Corse pourrait déroger aux règles. Le texte prévoit notamment que "les lois et règlements" français puissent faire "l'objet d'adaptations justifiées" par les "spécificités" de l'île, sous conditions. Mais la question divise, même au camp gouvernemental. Pour François-Xavier Ceccoli (LR, Haute-Corse), le texte initial va "trop loin sur le pouvoir donné en matière législative et normative". Inquiet de potentielles pressions exercées sur les élus en Corse, pour les inciter à adapter certaines lois, il plaide notamment pour un contrôle important du Parlement français, avec des limites de temps pour qu'il tranche. Il propose aussi d'exclure formellement le régalien du champ du texte, un avis du Conseil d'Etat estimant que la rédaction laisse une porte ouverte, même si ce n'était pas l'intention initiale. Laurent Marcangeli (président des députés Horizons, Corse-du-Sud) se dit ouvert à certaines réécritures, mais appelle à ne pas "réduire de manière trop forte la compétence normative" déléguée à la Corse. "Ça ne servirait à rien d'adopter un texte si les élus autonomistes au pouvoir sont contre". Côté RN, la rédaction "ne convient pas" prévient un cadre, le groupe de Marine Le Pen devant proposer une contre-proposition dans l'hémicycle. La gauche semble prête à débattre: "on n'est pas défavorable au principe", souligne Ugo Bernalicis (LFI), appelant toutefois à des modifications, comme l'introduction d'un "principe de non-régression sociale et environnementale". La position au PS "n'est pas encore établie", selon Marc Pena, qui espère qu'un texte aboutira. "Pour moi un socialiste est un décentralisateur", commente le député, craignant aussi que "s'il ne se passe rien, les tensions en Corse reviennent".

02.06.2026 à 07:57

FRANCE24
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Doucement, la viticulture française s'essaie à la "vitiforesterie". Un mot nouveau pour une pratique ancestrale: faire voisiner la vigne avec les arbres, ce que l'Italie ou la Grèce n'ont jamais cessé de faire. "Ici, au début du 20e siècle, il y avait un verger, un potager, des vignes... L'idée est de recréer un peu ce qui se faisait. On a même remis des moutons, des abeilles", décrit Pierre-Jean Villa, depuis sa parcelle dédiée qui dégringole vers le Rhône, les Alpes à l'horizon. La fin des vignes en plein soleil ? Il y a dix ans, le terrain, voisin des précieux Condrieu et Côte-Rôtie mais hors AOC, était en friche. Son rachat coïncide avec l'arrivée au domaine d'Hugo, le fils, sorti de Montpellier Supagro avec cette idée destinée à "contrer les méfaits du réchauffement". "L'agroforesterie est une piste", dit le père, qui, "comme homme de la terre, constate la précocité des vendanges, les coups de chaud, la sécheresse, ou la pluie d'une soudaineté et d'une violence qu'on n'avait pas avant". Le duo se lance dans cette aventure "technique et familiale", aidé d'experts du parc régional voisin: choix d'essences locales, orientation, équilibre à trouver en matière d'ombre, d'humidité... Ainsi 400 pommiers, poiriers, pêchers, noisetiers, cognassiers... poussent depuis 2020 en alignements touffus, tous les 15 rangs de syrah. S'il est prématuré de tirer des conclusions, la parcelle "s'est plutôt mieux sortie" que les autres des 20 jours de canicule d'août 2025, avec un rendement "correct", relève M. Villa, par ailleurs président de l'appellation Condrieu. Directeur de recherche à l'institut Inrae, Christian Dupraz abonde: "Quand on a eu 40°C l'an dernier, nos vignes agroforestières ont parfaitement résisté". En 1997, ce pionnier lançait dans l'Hérault une parcelle-test, un peu "iconoclaste", pour faire revenir les arbres dans les cultures. Ses enseignements: les arbres limitent les dégâts du gel printanier, hantise des viticulteurs; ils fournissent une ombre et une évapotranspiration salvatrices... La vigne est à l'origine une liane poussant sur les arbres, rappelle le scientifique. "Les températures sur les feuilles, les baies, sont réduites. Cela peut sauver une production. Car si désormais on a régulièrement plus de 40°C l'été, il ne sera plus possible de faire de la vigne en plein soleil". Exploitations "attractives" De Bordeaux au Languedoc et même en Champagne, on replante des arbres. Des régions proposent des aides, et les Douanes ont défini en 2024 un cadre légal. Aujourd'hui, 2 à 5% des surfaces viticoles sont concernées, à des degrés divers, estime l'Association française d'agroforesterie, où l'on parle de "dynamique croissante face aux aléas climatiques". Président du Comité national des interprofessions des vins (CNIV), Bernard Farges tempère et ne voit pas d'élan majeur: "Le gain espéré est sur du long terme. Vu les difficultés (du secteur, ndlr), certains ont d'autres priorités". Pourtant, dans le contexte actuel de "déprise viticole (abandons de surface, ndlr), il y a de la place pour les arbres", fait valoir l'expert de l'Inrae, qui y voit aussi un enjeu d'image et de valorisation. "Le viticulteur qui a du mal à gagner sa vie ne va pas planter des arbres pour que ça fasse plus de raisin, mais pour que son exploitation soit belle, attractive", dit M. Dupraz. "C'est un projet intergénérationnel", difficile à initier, admet-il, ajoutant que l'arbre constitue aussi "un capital pour la génération suivante". Chez les Villa, la jeune parcelle vitiforestière est déjà la préférée du chef de famille. "C'est ma plus belle réalisation. Il y a toute ma région ici, l'environnement, les sables granitiques, les échalas (tuteurs) de la vigne, les fruits de mon enfance..." D'abord, des Bordelais sont venus voir, intéressés. Aujourd'hui, c'est au tour de ses voisins viticulteurs, pourtant moins durement menacés climatiquement ou commercialement qu'à Bordeaux. Les nouvelles générations sont prêtes au retour de l'arbre, estime Pierre-Jean Villa: "On pourrait commencer à remettre des séparations (végétales) entre voisins."

02.06.2026 à 07:42

Hélène FRADE
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A la Une de la presse, ce mardi 2 juin, le feu vert de l’UE, pour la création de centres en dehors d’Europe pour y accueillir des migrants illégaux. Le rejet, par la justice, d'une demande d’indemnisation du Rwanda, après l’annulation d'un accord d’asile conclu avec le Royaume-Uni. L’essor, en France, des data centers, essentiels à l’intelligence artificielle. Une course dans laquelle s’est aussi engagée la Chine, où modernisation rime avec répression. Et un drôle de procès intenté à Brad Pitt.

02.06.2026 à 07:35

FRANCE24
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L'annonce du nouveau gouvernement intervient une dizaine de jours après le limogeage par le président Faye, également issu du Pastef, de M. Sonko, devenu depuis le président de l'Assemblée nationale. Les deux hommes se sont séparés après des mois de tensions, ouvrant une période d'incertitude politique dans le pays, déjà en proie à une grave crise financière. M. Sonko a depuis été remplacé par Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, qui a annoncé lundi une liste de 30 ministres marquée par l'absence de plusieurs cadres du parti au pouvoir, Pastef, qui siégeaient dans le gouvernement sortant. Quelques minutes plus tôt, le leader du Pastef avait annoncé que son parti n'intégrerait pas le nouveau gouvernement, dans un communiqué publié sur ses réseaux sociaux. "Désaccord" "Ce matin s'est tenu un long entretien entre le président de la République et moi, Président du parti, au cours duquel des convergences ont certes été confirmées, mais aussi et surtout des points de désaccord notamment autour de la place et du rôle de la majorité dans le dispositif exécutif", selon le texte. "À la suite de la réunion de restitution aux instances du Parti, de nouvelles propositions ont été présentées au Président de la République, sans réponse favorable", ajoute le communiqué. "En conséquence, PASTEF- Les Patriotes ne participera pas au prochain gouvernement et n'y sera représenté par aucun ministre", conclut le communiqué. En dépit de cela, des alliés et membres de son parti, moins connus du grand public, figuraient dans la liste du nouveau gouvernement, dont Moussa Bala Fofana, ministre de l'Urbanisme, ou Yankhoba Diémé, qui occupe le portefeuille des Forces armées. Le président Faye a reconduit plusieurs ministres qui faisaient partie de l'ancien gouvernement comme le ministre des Finances, Cheikh Diba, le ministre de l'Education Moustapha Mamba Guirassy ou celui de l'Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye. Le nouveau gouvernement a été fixé après les "concertations d'usage avec toutes les personnes concernées", dont le chef du parti Pastef, Ousmane Sonko, a déclaré le nouveau Premier ministre, Amadou Al Aminou Lô. "Le président de la République tient à rappeler qu'en toutes circonstances un homme d'Etat doit veiller à ce que la patrie et la République soient toujours au-dessus de toutes considérations partisanes", a-t-il ajouté, lors de la publication de la liste retransmise en direct sur la chaîne publique, la RTS. Nouveau tournant Il s'agit d'un nouveau tournant après le divorce entre MM. Faye et Sonko, compagnons de route de longue date et vainqueurs de la présidentielle de mars 2024 sous le slogan "Sonko mooy Diomaye" (Sonko c'est Diomaye en ouolof). Des divergences ont toutefois éclaté au grand jour depuis plusieurs mois entre les deux hommes et ont mené à leur inévitable rupture après le limogeage fin mai de M. Sonko. Leader incontesté de leur parti, largement majoritaire à l'Assemblée, M. Sonko a depuis été confortablement élu président du Parlement. Empêché de se présenter à la présidentielle en raison d'une condamnation pour diffamation, M. Sonko avait désigné son bras droit, M. Faye, pour le remplacer dans la course mais des divergences sont apparues entre eux. Les tensions ont commencé à émerger en juillet 2025 lorsque le bouillonnant Premier ministre d'alors s'en était vivement pris au président Faye, fustigeant un "problème d'autorité" dans le pays. Début mai, le président avait critiqué la "personnalisation excessive" de son ex-Premier ministre au sein du parti au pouvoir.
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