Après une courte suspension d'audience dès l'ouverture du procès lundi devant la Cour criminelle des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence, le président Roger Arata a ordonné le huis clos.
C'est ce même magistrat qui avait présidé en 2024 à Avignon le premier procès des viols de Mazan, devenu un symbole international des violences sexuelles faites aux femmes, notamment suite au refus de la victime, Gisèle Pelicot, qu'il se tienne à huis clos, refus validé par la cour malgré les demandes contraires de l'accusation et de plusieurs accusés.
Gisèle Pelicot avait notamment expliqué son refus du huis clos par sa volonté que "la honte change de camp" et passe du côté des violeurs.
Dans ce nouveau procès, M. Arata a rappelé lundi que le huis clos est une décision "de droit" que la cour ne peut refuser à une victime partie civile dans les affaires de viols.
Toutes "les personnes publiques", dont la presse, ont donc été invitées à quitter la salle d'audience.
Seules les parties civiles et les témoins peuvent désormais assister aux débats. Leurs proches pourront être autorisés, sur demande, par la personne qui a demandé le huis clos, au cas par cas, à les accompagner.
A la sortie du tribunal, la mère d'une des parties civiles, qui a souhaité rester anonyme, disait comprendre cette décision: "On dit que la honte a changé de camp mais ça n'est pas toujours vrai... Imaginez aller retravailler après un procès comme ça..."
"Dignité"
C'est l'avocate d'une des parties civiles, Me Caroline Kazanchi, qui a demandé le huis clos dès l'ouverture de l'audience, pour assurer "la dignité" à sa cliente.
"Le huis clos est là justement pour libérer la parole des victimes", avait elle déclaré à l'AFP avant le procès.
Au contraire, Me Marylou Diamantara, qui représente six victimes, avait plaidé pour la publicité des débats, réclamant un huis clos partiel.
"L'ensemble de mes clientes souhaite une publicité des débats parce qu'elles veulent être accompagnées de leur entourage sans limitation de nombre. Elles veulent que leur voix soit entendue du plus grand nombre, être un peu un lanceur d'alerte aussi pour de potentielles autres victimes", a-t-elle expliqué à l'AFP avant l'audience.
Cyril Zattara, petites lunettes et cheveux ras, a estimé depuis le box des accusés que "le droit revient aux victimes, je n'ai rien à dire à ce niveau-là".
L'affaire a commencé en 2019, quand une étudiante de 24 ans porte plainte contre Cyril Zattara. La jeune femme, qui l'a rencontré lors d'une soirée de danse, l'avait revu pour une séance d'hypnose.
Après avoir consommé partiellement un verre de vin qu'il lui avait servi, elle est prise de bouffées de chaleur, puis se réveille avec des souvenirs confus, se rappelant avoir vomi et avoir été pénétrée contre son gré par le quadragénaire.
Son ADN a été retrouvé sur les ongles et la culotte de la jeune femme.
Aujourd'hui âgé de 47 ans et en détention provisoire depuis presque cinq ans, Cyril Zattara est accusé d'avoir violé 14 femmes, sur une dizaine d'années. Il est aussi renvoyé pour des atteintes à la vie privée, ayant filmé des femmes à leur insu.
L'homme avait un mode opératoire bien rodé, selon les enquêteurs: il glissait un somnifère dans un verre de vin ou d'eau qu'il servait aux femmes qu'il recevait, en général chez lui. Ensuite, profitant de l'état second de la victime, il la violait.
Cet aspect de soumission chimique fait lui aussi écho au procès des viols de Mazan, dans lequel 51 hommes ont été condamnés définitivement, la plupart pour viols aggravés sur Gisèle Pelicot, alors que celle-ci était assommée de médicaments par son mari.
Texte intégral (639 mots)
Après une courte suspension d'audience dès l'ouverture du procès lundi devant la Cour criminelle des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence, le président Roger Arata a ordonné le huis clos.
C'est ce même magistrat qui avait présidé en 2024 à Avignon le premier procès des viols de Mazan, devenu un symbole international des violences sexuelles faites aux femmes, notamment suite au refus de la victime, Gisèle Pelicot, qu'il se tienne à huis clos, refus validé par la cour malgré les demandes contraires de l'accusation et de plusieurs accusés.
Gisèle Pelicot avait notamment expliqué son refus du huis clos par sa volonté que "la honte change de camp" et passe du côté des violeurs.
Dans ce nouveau procès, M. Arata a rappelé lundi que le huis clos est une décision "de droit" que la cour ne peut refuser à une victime partie civile dans les affaires de viols.
Toutes "les personnes publiques", dont la presse, ont donc été invitées à quitter la salle d'audience.
Seules les parties civiles et les témoins peuvent désormais assister aux débats. Leurs proches pourront être autorisés, sur demande, par la personne qui a demandé le huis clos, au cas par cas, à les accompagner.
A la sortie du tribunal, la mère d'une des parties civiles, qui a souhaité rester anonyme, disait comprendre cette décision: "On dit que la honte a changé de camp mais ça n'est pas toujours vrai... Imaginez aller retravailler après un procès comme ça..."
"Dignité"
C'est l'avocate d'une des parties civiles, Me Caroline Kazanchi, qui a demandé le huis clos dès l'ouverture de l'audience, pour assurer "la dignité" à sa cliente.
"Le huis clos est là justement pour libérer la parole des victimes", avait elle déclaré à l'AFP avant le procès.
Au contraire, Me Marylou Diamantara, qui représente six victimes, avait plaidé pour la publicité des débats, réclamant un huis clos partiel.
"L'ensemble de mes clientes souhaite une publicité des débats parce qu'elles veulent être accompagnées de leur entourage sans limitation de nombre. Elles veulent que leur voix soit entendue du plus grand nombre, être un peu un lanceur d'alerte aussi pour de potentielles autres victimes", a-t-elle expliqué à l'AFP avant l'audience.
Cyril Zattara, petites lunettes et cheveux ras, a estimé depuis le box des accusés que "le droit revient aux victimes, je n'ai rien à dire à ce niveau-là".
L'affaire a commencé en 2019, quand une étudiante de 24 ans porte plainte contre Cyril Zattara. La jeune femme, qui l'a rencontré lors d'une soirée de danse, l'avait revu pour une séance d'hypnose.
Après avoir consommé partiellement un verre de vin qu'il lui avait servi, elle est prise de bouffées de chaleur, puis se réveille avec des souvenirs confus, se rappelant avoir vomi et avoir été pénétrée contre son gré par le quadragénaire.
Son ADN a été retrouvé sur les ongles et la culotte de la jeune femme.
Aujourd'hui âgé de 47 ans et en détention provisoire depuis presque cinq ans, Cyril Zattara est accusé d'avoir violé 14 femmes, sur une dizaine d'années. Il est aussi renvoyé pour des atteintes à la vie privée, ayant filmé des femmes à leur insu.
L'homme avait un mode opératoire bien rodé, selon les enquêteurs: il glissait un somnifère dans un verre de vin ou d'eau qu'il servait aux femmes qu'il recevait, en général chez lui. Ensuite, profitant de l'état second de la victime, il la violait.
Cet aspect de soumission chimique fait lui aussi écho au procès des viols de Mazan, dans lequel 51 hommes ont été condamnés définitivement, la plupart pour viols aggravés sur Gisèle Pelicot, alors que celle-ci était assommée de médicaments par son mari.