Après le Festival d'Avignon l'été dernier, cet Albanais de 27 ans, lauréat du Lion d'argent à la Biennale de Venise 2026, présente aux Ateliers Berthier "Goodbye, Lindita" et "Mami", deux de ses quatre pièces, la première jusqu'au 5 avril et la seconde du 9 au 16 avril.
Ces deux performances sont inspirées de son histoire personnelle, en l'occurrence la perte d'un être cher: sa belle mère dans "Goodbye, Lindita" et un hommage à toutes les figures maternelles qui l'ont entouré depuis son enfance dans "Mami".
Sa marque de fabrique ? Des atmosphères visuelles fortes, sorte de tableaux oniriques et poétiques dans lesquels les comédiens s'expriment par le corps - souvent nu -, à travers des jeux de lumière et différents éléments et textures comme l'eau ou la terre. Sur la bande son, parfois, une fanfare ou des choeurs rappellent la culture des Balkans.
"Je travaille beaucoup avec le décor, les lumières, le mouvement", raconte à l'AFP l'artiste, installé depuis plus de vingt ans en Grèce, qui aime composer "avec les couleurs, les ombres".
"Je ne tombe pas amoureux d'un texte. Mais je peux tomber amoureux d'une photo ou d'une peinture", témoigne-t-il, expliquant puiser son inspiration chez Jérôme Bosch, le Caravage, Michel-Ange, Frieda Khalo, Edward Hopper, ou dans les films de David Lynch, Roy Anderson et de Sergueï Paradjanov.
Lorsqu'il crée, le metteur en scène préfère d'ailleurs coucher ses idées en les dessinant dans son carnet, avant de les traduire sur le plateau.
Par les sens
Etant "enfant immigré, les mots pour moi ont toujours été quelque chose de très pesant. J'ai toujours dû décider dans quelle langue je devais rêver ou penser. Laisser de côté les mots a été une voie qui a fonctionné pour moi", explique-t-il.
Né en 1998 en Grèce, Mario Banushi grandit en Albanie auprès de sa grand-mère jusqu'à ses six ans. Il part alors avec sa mère à Athènes, où il vit au-dessus de la boulangerie dans laquelle elle travaille. Ses parents sont séparés; son père, décédé depuis, est cuisinier dans une taverne en Albanie.
Diplômé du Conservatoire d'Athènes, l'artiste présente sa première mise en scène ("Ragada") en 2022 dans une maison à Athènes transformée en scène. Une expérience qui lui vaudra reconnaissance puis future collaboration avec le Théâtre national de Grèce, raconte celui qui incarne aussi la réussite d'un immigré albanais en Grèce.
Les trois pièces suivantes - dont "Goodbye, Lindita" et "Mami" - ont voyagé ces deux dernières années, lui donnant une renommée internationale dans des théâtres et festivals en Europe, en Australie et au Canada.
"Sur scène, nous utilisons le langage du corps et j'aime le fait que ce soit un langage universel", explique le metteur en scène, qui revendique un théâtre qui passe par les sens. "J'aime quand je vois les spectateurs pleurer, non pas sur mon histoire mais parce qu'ils ressentent leurs histoires à travers mon travail", ajoute-t-il.
Mario Banushi, qui est aussi l'auteur d'un premier court-métrage, "Pranvera" (Festival du film de Toronto en 2021), n'exclut pas de s'intéresser à nouveau au cinéma. Mais pour l'heure, il réfléchit à sa prochaine pièce.
"Je dessine beaucoup", confie-t-il.