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03.04.2025 à 17:35

L’OIF face aux départs du Mali, du Niger et du Burkina Faso : la remise en cause d’un ordre international établi ?

Coline Laroche              
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Les 17 et 18 mars derniers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel, ont annoncé leur départ de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces retraits s’inscrivent dans un contexte géopolitique plus large de dégradation des relations entre la France et les pays du Sahel, de recompositions régionales ainsi que d’une remise en question de l’ordre international établi et d’initiatives multilatérales à ce jour encore façonnées sur un modèle occidental post-Seconde guerre mondiale. Comment expliquer le départ de ces États et quels seront les répercussions de ceux-ci sur l’OIF ? En quoi ces départs témoignent-il en partie d’un étiolement des relations entre la France et les pays du Sahel ? Le point avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Afrique/s. Dans quel contexte s’inscrivent les retraits successifs du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la francophonie ? Comment expliquer de telles décisions ? Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont successivement annoncé entre le 17 et le 18 mars leur retrait de l’OIF soit à quelques heures de l’anniversaire de cette organisation célébré le 20 mars de chaque année. Un des premiers objectifs clairs de cet agenda était le coup d’éclat quitte à ternir la fête de l’Organisation et de ses États membres. Le retrait de l’OIF apparaît d’abord motivé par des considérations souverainistes. Le Niger du général Tiani avait déjà suspendu, il y a plusieurs mois, sa coopération avec l’organisation après en avoir été suspendu à la suite du coup d’État perpétré contre le président Mohamed Bazoum en juillet 2023. L’OIF avait alors exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la libération de M. Bazoum, séquestré depuis le putsch avec son épouse dans le palais présidentiel. Le courrier adressé […]

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Texte intégral (1992 mots)

Dans quel contexte s’inscrivent les retraits successifs du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la francophonie ? Comment expliquer de telles décisions ?

Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont successivement annoncé entre le 17 et le 18 mars leur retrait de l’OIF soit à quelques heures de l’anniversaire de cette organisation célébré le 20 mars de chaque année. Un des premiers objectifs clairs de cet agenda était le coup d’éclat quitte à ternir la fête de l’Organisation et de ses États membres.

Le retrait de l’OIF apparaît d’abord motivé par des considérations souverainistes. Le Niger du général Tiani avait déjà suspendu, il y a plusieurs mois, sa coopération avec l’organisation après en avoir été suspendu à la suite du coup d’État perpétré contre le président Mohamed Bazoum en juillet 2023. L’OIF avait alors exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la libération de M. Bazoum, séquestré depuis le putsch avec son épouse dans le palais présidentiel. Le courrier adressé par le ministère des Affaires étrangères et par la Coopération internationale malienne au ministère des Affaires étrangères français en sa qualité d’hôte de l’Organisation justifie également son retrait comme suit : « […] depuis l’avènement de la transition, l’OIF au lieu d’accompagner le Mali dans la réalisation des aspirations légitimes de son peuple, s’est illustrée par l’application sélective des sanctions et le mépris de la souveraineté du Mali ». Il poursuit : « Le Mali ne peut demeurer membre d’une organisation aux agissements incompatibles avec les principes constitutionnels qui guident l’action publique au Mali, fondés sur la souveraineté de l’État, les choix souverains du peuple et la défense de ses intérêts ».

En filigrane, ces pays critiquent l’OIF suspecte de pratiquer le « deux poids, deux mesures ». En effet, la Guinée du général Mamadi Doumbouya ne semble pas subir le même traitement. Si elle a bien été suspendue de l’Organisation à la suite du coup d’État perpétré par Doumbouya en septembre 2021, cette suspension avait été levée par l’Organisation à la veille du 19e Sommet de l’organisation qui s’est tenu à Paris en octobre 2024. Si des parallèles peuvent être légitimement établis, la justification était l’adoption d’une nouvelle Constitution soumise à référendum à la date désormais connue du 21 septembre 2025. C’est pour soutenir ce processus que l’Organisation avait décidé « d’exprimer sa solidarité avec ce pays membre ». Malgré des ressemblances de façade, les processus à ce stade engagés entre les différents pays pour un retour à l’ordre constitutionnel diffèrent totalement et l’argument du « deux poids deux mesures » s’épuise ici. En revanche, il apparaît que les décisions de l’Organisation sont volontairement ou non mal comprises.

Un autre argument qui n’a pas été développé en place publique, mais que certains analystes ont pu soulever est la proximité de l’OIF avec la France. Pour certains, l’Organisation est le « cheval de Troie » de la politique française. Il faut avouer que la France entretient une relation ambivalente avec l’institution. Paris accueille son siège, la France est l’un de ses principaux bailleurs de fonds et en sa qualité de membre fait partie du Conseil permanent de la francophonie (CPF), de la Conférence ministérielle de la francophonie (CMF) et participe au sommet des chefs d’État. Cependant, en dehors de ses périmètres institutionnalisés, il y a rarement eu prise de parole pour définir clairement la relation de la France avec la francophonie. Ce mutisme a fait naître la suspicion : désintérêt ou politique d’influence masquée ? Malaise et suspicions nourrissant les fantômes de la Françafrique. S’il est évident qu’il y a eu une diplomatie active menée par la France pour que la candidate rwandaise soit élue face à la Canadienne Michaëlle Jean, alors candidate à sa propre succession, afin de favoriser les conditions d’un rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagame, il ne faut pas éluder non plus que l’Union africaine avait apporté son soutien à la candidature de Mme Mushikiwabo.

Il serait erroné de croire que les différents secrétaires généraux qui se sont succédés à la tête de l’institution et que ses différents organes exécutifs soient inféodés à la France, n’oublions pas que l’Organisation réunit des pays bien au-delà du tête-à-tête France/pays d’Afrique francophone. En revanche, on ne peut éluder que l’OIF pâtisse d’un manque d’identification de ces missions.

Dans quelle mesure ces retraits risquent-ils d’impacter l’OIF et le projet qu’elle porte ?

Malgré des déclarations plutôt lénifiantes de la part de fonctionnaires autorisés de l’OIF selon lesquelles ils expriment un regret tout en réitérant la volonté de rester au plus près des populations, le malaise est en réalité extrêmement profond.

D’une part, il convient de rappeler que le Niger et le Mali sont des membres historiques de la francophonie. C’est à Niamey, en 1970, dans le Niger dirigé par Hamani Diori (père fondateur du projet aux côtés de Léopold Sédar Senghor, d’Habib Bourguiba ou du prince Norodom Sihanouk) que l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) a été créée. C’est à Bamako, en 2000, que l’un des textes majeurs de la construction politique de la francophonie institutionnelle a été adopté dans le cadre de la Déclaration éponyme.

D’autre part, la question soulevée par les trois pays s’inscrit dans un contexte plus global de remise en question de l’ordre international au nom d’une inégalité de traitement. En effet, pourquoi l’Organisation ne délibère-t-elle pas sur les cas de manipulations des votes et/ou de la Constitution ? En quoi les régimes militaires seraient-ils plus coupables ou moins représentatifs de la souveraineté du peuple que d’autres qui se drapent dans un voile démocratique dont le vernis est pourtant plus qu’écaillé ? Sans être exhaustif citons les coups d’État constitutionnels en Côte d’Ivoire (2020) et plus récemment au Togo ou le maintien multi décennal de Paul Biya à la tête du Cameroun ou de Denis Sassou-Nguesso à la tête du Congo. Nul doute que l’Organisation soit âprement confrontée à ces questions dans les années à venir. Bien que la démocratie et le respect de l’État de droit demeurent des horizons souhaitables, comment faire en sorte que les pays y adhèrent véritablement au-delà du discursif, et que la démocratie et l’État de droit soient issus de processus endogènes et non perçus comme étant de facture exogène pour ne pas dire occidental ou répondant à des critères occidentaux.  

Même si certains peuvent chercher à minimiser le départ des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) qui se révèlent multirécidivistes en 2025 puisqu’ils ont déjà quitté la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier, il n’empêche qu’ils soulèvent des questions de fond auxquelles l’Organisation ne pourra se soustraire. Il en va à la fois de la crédibilité et de la pérennité de ses missions politiques.

Que nous disent ces retraits de la position de la France au Sahel ? D’autres pays tirent-ils profit de cette détérioration des relations avec Paris ?

Pour commencer, je pense qu’il faut vraiment dissocier la France de l’Organisation internationale de la francophonie qui dispose de ses propres instances et textes régulateurs, et ce quand bien même dans les représentations cette dernière peut être perçue comme le « cheval de Troie » de la politique française.

En revanche, s’il s’agit d’interroger la position stricto sensu de la France au Sahel, il est avéré que les relations entre les différents pays se sont largement étiolées. La France a été contrainte, sous les huées, de quitter le théâtre des opérations malien en 2022 et la réarticulation de son dispositif militaire post-Barkhane s’est révélé être un échec, les putschistes ayant demandé le départ des militaires français en 2023 après avoir renversé le président Mohamed Bazoum. En 2024, le Sénégal et le Tchad ont demandé le retrait des bases françaises dans leur pays montrant certes une détérioration des relations, mais également une nécessité de les banaliser à terme.

Loin d’être isolés, les pays de l’AES se sont rapprochés de la Russie et de la Chine. Des éléments de la société militaire privée (SMP) Wagner et d’Africa Corps – sous la tutelle du GRU ou service de renseignement militaire de la Fédération de Russie – permettent la sanctuarisation des chefs militaires au pouvoir. Au Mali, certains de ces éléments sont plus directement engagés dans des opérations aux côtés des forces de défense et de sécurité. La Chine quant à elle ne semble pas en reste. Elle pourrait, selon différentes sources, investir dans plusieurs secteurs que sont les minerais critiques et leur exploitation, la vente d’armes et la médiation diplomatique entre ces pays et ceux de la sous-région et dont les relations ont été altérées depuis leur départ de la CEDEAO.

Si des retraits/retours peuvent faire partie de cycles dans la vie des organisations régionales et/ou internationales, il n’empêche que les décisions prises par les pays de l’AES concourent à une recomposition géopolitique régionale et internationale et que les questions posées dans le cas d’espèce à l’OIF, par leur retrait, sont légitimes et que des réponses doivent y être apportées indépendamment des jugements quant à la nature de leur régime.

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02.04.2025 à 17:01

Démantèlement de l’USAID : impacts sur le système humanitaire mondial. Avec Olivier Routeau

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Pascal Boniface · Démantèlement de l'USAID : impacts sur le système humanitaire mondial. Avec Olivier Routeau | Entretiens géopo Alors que les États ont tendance à réduire leurs budgets consacrés à l’aide humanitaire mondiale, celle-ci subit de plein fouet l’investiture de Donald Trump. Quelques mois seulement après sa prise de poste, le président américain et son administration ont démantelé l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), dont les financements représentaient plus de 40 % de l’aide humanitaire mondiale en 2024, dans le cadre d’une refonte des budgets états-uniens. Licenciements massifs, sélectivité brutale, coupure nette de financements, les répercussions de cette suspension sur les activités des organisations non gouvernementales dépassent le cadre des frontières états-uniennes. Un positionnement qui incite ces organisations à envisager une restructuration profonde de leurs activités et à diversifier leurs sources de financements dans un contexte géopolitique où le retrait des États-Unis pourrait profiter à la Chine. Quels sont les tenants et aboutissants du démantèlement de l’USAID ? Quelles pourraient être les conséquences sur la population de la baisse généralisée des budgets consacrés à l’aide humanitaire internationale ? La Chine pourrait-elle être susceptible de prendre le relais sur le financement de l’aide humanitaire ? Quelles questions éthiques soulève le besoin croissant de financements au sein du secteur humanitaire ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Olivier Routeau, responsable des urgences & du développement opérationnel de Première urgence internationale.

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Alors que les États ont tendance à réduire leurs budgets consacrés à l’aide humanitaire mondiale, celle-ci subit de plein fouet l’investiture de Donald Trump. Quelques mois seulement après sa prise de poste, le président américain et son administration ont démantelé l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), dont les financements représentaient plus de 40 % de l’aide humanitaire mondiale en 2024, dans le cadre d’une refonte des budgets états-uniens. Licenciements massifs, sélectivité brutale, coupure nette de financements, les répercussions de cette suspension sur les activités des organisations non gouvernementales dépassent le cadre des frontières états-uniennes. Un positionnement qui incite ces organisations à envisager une restructuration profonde de leurs activités et à diversifier leurs sources de financements dans un contexte géopolitique où le retrait des États-Unis pourrait profiter à la Chine. Quels sont les tenants et aboutissants du démantèlement de l’USAID ? Quelles pourraient être les conséquences sur la population de la baisse généralisée des budgets consacrés à l’aide humanitaire internationale ? La Chine pourrait-elle être susceptible de prendre le relais sur le financement de l’aide humanitaire ? Quelles questions éthiques soulève le besoin croissant de financements au sein du secteur humanitaire ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Olivier Routeau, responsable des urgences & du développement opérationnel de Première urgence internationale.

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02.04.2025 à 15:24

L’essor de l’armement turc : un catalyseur pour une nouvelle alliance entre la Turquie et l’Union européenne ?

Coline Laroche              
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Les doutes ayant surgi après la Conférence de Munich sur la sécurité, marquée par le discours du vice-président américain J.D. Vance, se sont renforcés avec les tarifs douaniers hostiles à l’Union européenne (UE), le rapprochement entre les États-Unis et la Russie, et l’altercation entre le président Donald Trump et le président Volodymyr Zelensky devant le public. Ces événements survenus en moins d’un mois ont conduit l’Union européenne à repenser sa sécurité en tissant de nouveaux partenariats. Le sommet de Londres, le 2 mars 2025, avec la participation du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a dessiné les traits d’une coopération émergente autour d’intérêts communs. Effectivement, le Premier ministre polonais, qui assure la présidence du Conseil de l’Union européenne, qui a visité la Turquie le 13 mars 2025, n’a pas seulement souligné le rôle d’Ankara dans la sécurité européenne, mais a soutenu l’adhésion de celle-ci à l’Union européenne. Alors que le paradigme de la politique internationale évolue, la Turquie, qui a investi dans sa défense ces deux dernières décennies, s’impose comme une alliée indispensable, pour l’Union européenne.

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Les doutes ayant surgi après la Conférence de Munich sur la sécurité, marquée par le discours du vice-président américain J.D. Vance, se sont renforcés avec les tarifs douaniers hostiles à l’Union européenne (UE), le rapprochement entre les États-Unis et la Russie, et l’altercation entre le président Donald Trump et le président Volodymyr Zelensky devant le public. Ces événements survenus en moins d’un mois ont conduit l’Union européenne à repenser sa sécurité en tissant de nouveaux partenariats. Le sommet de Londres, le 2 mars 2025, avec la participation du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a dessiné les traits d’une coopération émergente autour d’intérêts communs. Effectivement, le Premier ministre polonais, qui assure la présidence du Conseil de l’Union européenne, qui a visité la Turquie le 13 mars 2025, n’a pas seulement souligné le rôle d’Ankara dans la sécurité européenne, mais a soutenu l’adhésion de celle-ci à l’Union européenne. Alors que le paradigme de la politique internationale évolue, la Turquie, qui a investi dans sa défense ces deux dernières décennies, s’impose comme une alliée indispensable, pour l’Union européenne.

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01.04.2025 à 18:15

États-Unis : vers des élections à la russe en 2026 ?

Coline Laroche              
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Il faut appeler un chat un chat et arrêter de se voiler la face : les États-Unis sont en train de devenir une démocratie illibérale, dirigée par un président autoritaire. Lors de la promotion de mon livre L’Amérique éclatée, sorti en janvier en France, j’avais annoncé que d’ici deux ans, les États-Unis ressembleraient davantage à la Hongrie de Viktor Orbán qu’à l’Amérique de Kennedy ou d’Obama. Je dois bien avouer m’être trompé : il n’aura fallu que deux mois. Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump a intensifié sa dérive autocratique. Dès son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les décrets présidentiels controversés, visant notamment à restructurer le gouvernement fédéral selon les préceptes du fameux « Projet 2025 », élaboré par le think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, et qui vise à concentrer les pouvoirs entre les mains du président, au détriment des contre-pouvoirs traditionnels, et plus particulièrement du Congrès — qui, dans le meilleur des cas, ne réagit pas, et bien souvent, soutient ouvertement cette recentralisation autoritaire. L’une des mesures les plus marquantes a été la fermeture du département de l’Éducation, ordonnée par décret le 20 mars 2025. Linda McMahon, nommée à la tête de ce ministère, a immédiatement procédé à la suppression de près de 100 000 postes, soit environ la moitié des effectifs. Cette décision, applaudie par les mouvements évangéliques et les partisans de la droite radicale, vise à démanteler l’éducation publique au profit d’un système favorisant les écoles privées et les institutions traditionalistes — où, bien trop souvent, le créationnisme prime sur la théorie de l’évolution. Parallèlement, Donald Trump a intensifié ses attaques contre le pouvoir judiciaire. Entre menaces visant certains cabinets d’avocats engagés dans des procédures à son encontre, tentatives de discrédit des juges et pressions publiques, la stratégie est assumée. Il a notamment appelé à la […]

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Texte intégral (1721 mots)

Il faut appeler un chat un chat et arrêter de se voiler la face : les États-Unis sont en train de devenir une démocratie illibérale, dirigée par un président autoritaire.

Lors de la promotion de mon livre L’Amérique éclatée, sorti en janvier en France, j’avais annoncé que d’ici deux ans, les États-Unis ressembleraient davantage à la Hongrie de Viktor Orbán qu’à l’Amérique de Kennedy ou d’Obama. Je dois bien avouer m’être trompé : il n’aura fallu que deux mois.

Depuis sa réélection en novembre 2024, Donald Trump a intensifié sa dérive autocratique. Dès son retour à la Maison-Blanche, il a multiplié les décrets présidentiels controversés, visant notamment à restructurer le gouvernement fédéral selon les préceptes du fameux « Projet 2025 », élaboré par le think tank ultra-conservateur Heritage Foundation, et qui vise à concentrer les pouvoirs entre les mains du président, au détriment des contre-pouvoirs traditionnels, et plus particulièrement du Congrès — qui, dans le meilleur des cas, ne réagit pas, et bien souvent, soutient ouvertement cette recentralisation autoritaire.

L’une des mesures les plus marquantes a été la fermeture du département de l’Éducation, ordonnée par décret le 20 mars 2025. Linda McMahon, nommée à la tête de ce ministère, a immédiatement procédé à la suppression de près de 100 000 postes, soit environ la moitié des effectifs. Cette décision, applaudie par les mouvements évangéliques et les partisans de la droite radicale, vise à démanteler l’éducation publique au profit d’un système favorisant les écoles privées et les institutions traditionalistes — où, bien trop souvent, le créationnisme prime sur la théorie de l’évolution.

Parallèlement, Donald Trump a intensifié ses attaques contre le pouvoir judiciaire. Entre menaces visant certains cabinets d’avocats engagés dans des procédures à son encontre, tentatives de discrédit des juges et pressions publiques, la stratégie est assumée. Il a notamment appelé à la destitution du juge fédéral James Boasberg, après que celui-ci a bloqué un décret présidentiel controversé sur l’immigration — des actions qui, dans leur ensemble, mettent en péril l’indépendance de la justice et exacerbent les tensions institutionnelles.

Les médias critiques envers l’administration ne sont pas épargnés. Des journalistes ont été exclus des espaces de travail de la Maison-Blanche, et des poursuites judiciaires ont été engagées contre plusieurs organes de presse jugés trop critiques. Cette stratégie vise à museler la presse, mais aussi, plus largement, à faire taire toute voix dissonante — y compris dans les milieux scientifiques ou artistiques — en contrôlant le discours public, à la manière des régimes autoritaires qui étouffent la dissidence.

Beaucoup s’étonnent de voir cette présidence Trump si différente de la précédente. Ils oublient que Donald Trump n’est plus le même homme. Il ne joue plus un rôle : il est devenu ce qu’il représentait. Il incarne désormais un projet idéologique assumé. Surtout, il est aujourd’hui entouré de figures d’une ultradroite structurée, comme Susie Wiles ou JD Vance – des intellectuels aguerris, théoriciens d’un nationalisme autoritaire américain. Ces personnes ne sont pas là pour improviser : elles ont un plan. Et elles l’exécutent, ligne par ligne.

Face à ces dérives, les contre-pouvoirs peinent à réagir. Le Congrès, dominé par les républicains, comme dit, soutient majoritairement le président, tandis que la Cour suprême, acquise à la cause conservatrice, tarde à jouer son rôle de garde-fou institutionnel. Les manifestations populaires, malheureusement peu nombreuses — et rarement soutenues par les démocrates et les élites progressistes, qui semblent tétanisés et pas à la hauteur de la situation — sont réprimées avec une fermeté croissante, renforçant le climat de peur et d’intimidation.

Cette situation rappelle dangereusement les évolutions politiques observées en Hongrie sous Viktor Orbán, où les institutions démocratiques ont été progressivement vidées de leur substance au profit d’un pouvoir exécutif omnipotent. Les États-Unis, autrefois considérés comme un modèle de démocratie libérale, empruntent une voie similaire, mettant en péril les principes fondamentaux sur lesquels repose leur système politique.

Mais le plus inquiétant, c’est qu’à la différence d’Orbán, Donald Trump n’a au-dessus de lui aucun arbitre régional, aucun « gendarme » institutionnel comme peut l’être – parfois faiblement, mais réellement – l’Union européenne. Personne n’est là pour tirer le signal d’alarme ou le contraindre à respecter un minimum de normes démocratiques. Il est seul maître à bord, dans un pays où la culture du pouvoir personnel est depuis longtemps enracinée. Et cela, plus encore que ses discours ou ses décrets, est le vrai danger.

Il a d’ailleurs franchi un seuil supplémentaire, là où même le Premier ministre hongrois s’était arrêté. Ce dernier, en 2021, avait bien transféré le contrôle de plusieurs universités publiques à des fondations dirigées par des proches du pouvoir, instaurant une tutelle politique durable sur l’enseignement supérieur en Hongrie. Mais jamais il n’était allé jusqu’à dicter le contenu des programmes académiques. Donald Trump, lui, l’a fait : il dicte désormais aux universités américaines, publiques comme privées, les matières qu’elles sont autorisées à enseigner. Chose inédite dans une démocratie occidentale depuis la première moitié du XXe siècle. La résultante est immédiate : face à la pression directe de la Maison-Blanche et à la menace de lourdes sanctions financières, la plupart des présidents des grandes universités se sont couchés, obtempérant sans résistance. L’autonomie académique, comme tant d’autres piliers de la démocratie américaine, vacille.

À Washington, la nervosité n’est plus confinée aux cercles d’opposition ou aux éditorialistes libéraux : elle gagne les milieux institutionnels, les agences fédérales, les anciens cadres du système. Dans les think tanks, chez certains hauts fonctionnaires encore en poste, une question revient avec insistance : les élections de mi-mandat de 2026 auront-elles lieu selon les règles du jeu démocratique ?

Le raisonnement est simple : si une telle dérive autoritaire a pu se mettre en place en quelques semaines à peine, pourquoi croire que cette administration acceptera sereinement le risque de perdre le pouvoir dans dix-neuf mois ? Beaucoup redoutent que le prochain scrutin ressemble davantage à une élection organisée à la manière de Vladimir Poutine qu’à ce que les États-Unis pratiquent depuis près de 250 ans.

Quant à ceux qui ricanent, qui haussent les épaules face à ce genre d’alertes en murmurant « ça n’arrivera pas ici », ils appartiennent à cette catégorie d’esprits tranquilles qui ont toujours un temps de retard sur l’histoire. Ce sont les mêmes qui, en 2016, affirmaient que Donald Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut du Capitole en 2021, disaient que cet homme finirait en prison. Les mêmes qui, il y a encore quelques mois, soutenaient que jamais les Américains ne revoteraient pour lui. Et, enfin, ceux qui, avant le 20 janvier dernier, assuraient que Donald Trump avait « compris la leçon » et deviendrait un homme d’État raisonnable.

Une fois encore, il faut voir les choses en face si l’on veut, tant soit peu, tenter de les freiner. Un sondage récent publié dans la presse américaine montre que près de 50 % des citoyens seraient prêts à renoncer à certains de leurs droits pour renforcer le pouvoir fédéral, au nom de la défense de l’indépendance nationale et face aux menaces – souvent fantasmées – que Donald Trump martèle à longueur de discours..

Il serait pour le moins ironique que, pour les 250 ans de leur indépendance, les États-Unis organisent en 2026 des élections où régneraient les pressions politiques, les menaces à peine voilées, un encadrement strict des médias, la réorganisation du scrutin pour priver certaines catégories de la population de leur droit de vote — et, au bout du processus, des résultats plus ou moins écrits d’avance. Le décor est planté : le 25 mars, Donald Trump a signé un décret restreignant fortement le vote par correspondance, sous prétexte de « sécuriser » les élections.

POSTSCRIPTUM : Et je ne parle même pas ici des récentes déclarations de Donald Trump évoquant la possibilité de briguer un troisième mandat. Une fois encore, que ceux qui se cachent la vérité en se réfugiant derrière l’argument que « c’est interdit par la Constitution » ouvrent les yeux. Jusqu’en 1951, rien dans le droit américain n’empêchait un président de se présenter autant de fois qu’il le souhaitait. C’est le 22e amendement, ratifié cette année-là, qui a instauré la limite de deux mandats. Et un amendement, aussi constitutionnel soit-il, peut être remis en cause. L’arrêt Roe v. Wade de 1973, qui garantissait le droit fédéral à l’avortement, n’était certes pas un amendement, mais il a tenu près de 50 ans et était considéré comme intouchable — jusqu’à ce qu’il soit brutalement invalidé en 2022 par la Cour suprême.


Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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01.04.2025 à 17:14

Sommet des BRICS au Brésil en 2025 : quels enjeux ?

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Le Brésil accueillera le sommet des BRICS les 6 et 7 juillet prochains à Rio de Janeiro. Le pays entend se servir de cet événement pour rappeler, promouvoir et protéger l’idée d’un multilatéralisme élargi et respectueux de la souveraineté des États. Mais à l’heure où Washington bouleverse les équilibres internationaux, l’approche de l’organisation est mise à mal. Pour aller plus loin : 📕 Christophe Ventura, « Géopolitique de l’Amérique latine », Eyrolles (2022) : https://www.iris-france-boutique.org/collection-geopolitique-eyrollesiris/252-geopolitique-de-l-amerique-latine.html 📄 Les notes du programme « Amérique latine/Caraïbe » de l’IRIS : https://www.iris-france.org/programme/amerique-latine-caraibe/ ➡️ Retrouvez tous les épisodes des « Chroniques de l’Amérique latine » sur la chaîne YouTube de l’IRIS : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3c38cSa3wcDZJsQpzOJLqZzxFCWqJTPj

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Le Brésil accueillera le sommet des BRICS les 6 et 7 juillet prochains à Rio de Janeiro. Le pays entend se servir de cet événement pour rappeler, promouvoir et protéger l’idée d’un multilatéralisme élargi et respectueux de la souveraineté des États. Mais à l’heure où Washington bouleverse les équilibres internationaux, l’approche de l’organisation est mise à mal.

Pour aller plus loin :

📕 Christophe Ventura, « Géopolitique de l’Amérique latine », Eyrolles (2022) : https://www.iris-france-boutique.org/collection-geopolitique-eyrollesiris/252-geopolitique-de-l-amerique-latine.html

📄 Les notes du programme « Amérique latine/Caraïbe » de l’IRIS : https://www.iris-france.org/programme/amerique-latine-caraibe/

➡ Retrouvez tous les épisodes des « Chroniques de l’Amérique latine » sur la chaîne YouTube de l’IRIS : https://www.youtube.com/playlist?list=PL3c38cSa3wcDZJsQpzOJLqZzxFCWqJTPj

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01.04.2025 à 12:30

Donald Trump : menaces sur la démocratie | Les mardis de l’IRIS

stagiairedecomm@iris-france.org
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Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des menaces qui pèsent sur la démocratie américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Au fil des décrets, l’administration Trump affiche sa volonté de réhabiliter les « valeurs américaines » face à l’idéologie « woke », quels que soient les moyens pour y parvenir. Parmi les nombreuses mesures, les coupes budgétaires importantes pour la recherche, la suppression des programmes en faveur de la diversité et de l’inclusion, ou encore la prise de contrôle du contenu de certains musées qui ne laissent rien présager de bon pour la démocratie américaine.

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Chaque mardi, je reçois un membre de l’équipe de recherche de l’‪‪‪‪‪‪‪IRIS‬ pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS, autour des menaces qui pèsent sur la démocratie américaine depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Au fil des décrets, l’administration Trump affiche sa volonté de réhabiliter les « valeurs américaines » face à l’idéologie « woke », quels que soient les moyens pour y parvenir. Parmi les nombreuses mesures, les coupes budgétaires importantes pour la recherche, la suppression des programmes en faveur de la diversité et de l’inclusion, ou encore la prise de contrôle du contenu de certains musées qui ne laissent rien présager de bon pour la démocratie américaine.

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31.03.2025 à 18:37

Monarchies du Golfe : indispensables sur l’échiquier alimentaire mondial d’ici 2050 ?

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Les monarchies du Golfe et plus particulièrement, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, font face à des défis dont la taille avoisine celle de leurs ambitions. Alors que la tendance générale s’inscrit dans une recherche constante d’accroissement d’influence, notamment dans le domaine agricole, les aléas climatiques mettent en péril leurs projections. Un tel constat permet d’envisager plusieurs scénari afin d’appréhender la place qu’occupera la péninsule arabique sur l’échiquier de l’agroalimentaire mondial. À l’occasion de la sortie du Déméter 2025, Delphine Acloque, agrégée et docteure en géographie, conseillère auprès du département de la Sécurité alimentaire au Qatar (AFD – Expertise France) répond à nos questions : 00:07 À quels enjeux les pays du Golfe sont-ils confrontés sur le plan agricole ?03:01 Quelle est la stratégie employée par ses pays pour répondre à leurs ambitions ?07:18 Quelles tendances peut-on envisager pour le Golfe d’ici 2050, sur les plans agricole et alimentaire ?

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Les monarchies du Golfe et plus particulièrement, l’Arabie saoudite, le Qatar et les Émirats arabes unis, font face à des défis dont la taille avoisine celle de leurs ambitions. Alors que la tendance générale s’inscrit dans une recherche constante d’accroissement d’influence, notamment dans le domaine agricole, les aléas climatiques mettent en péril leurs projections. Un tel constat permet d’envisager plusieurs scénari afin d’appréhender la place qu’occupera la péninsule arabique sur l’échiquier de l’agroalimentaire mondial.

À l’occasion de la sortie du Déméter 2025, Delphine Acloque, agrégée et docteure en géographie, conseillère auprès du département de la Sécurité alimentaire au Qatar (AFD – Expertise France) répond à nos questions :

00:07 À quels enjeux les pays du Golfe sont-ils confrontés sur le plan agricole ?
03:01 Quelle est la stratégie employée par ses pays pour répondre à leurs ambitions ?
07:18 Quelles tendances peut-on envisager pour le Golfe d’ici 2050, sur les plans agricole et alimentaire ?

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31.03.2025 à 14:13

Trump : l’empire contre-attaque

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Depuis ces dernières semaines, le président Donald Trump multiplie les coups de force sur la scène internationale. Ses récentes déclarations et prises de position illustrent sa conception transactionnelle de la diplomatie où seuls ses intérêts comptent. L’aide américaine aux alliés des États-Unis n’est plus envisagée comme un don mais comme un prêt. Ainsi, le plan de Trump soumis à Volodymyr Zelensky vise d’abord et avant tout à capter les ressources ukrainiennes au profit de Washington. Trump cherche à capitaliser des avantages et ce, le plus rapidement possible. Il usera pour cela de tous les moyens pour parvenir à ses fins, au risque d’apparaître contradictoire. Il se dit contre la guerre mais n’hésite pas à menacer de bombarder l’Iran si Téhéran ne se plie pas à ses conditions. De même, en menaçant renforcer les sanctions sur le pétrole russe si Vladimir Poutine ne tient pas ses engagements sur la guerre en Ukraine, il opère un brusque changement dans la rhétorique jusque-là employée à l’égard de son homologue russe. Cet activisme sur tous les fronts traduit surtout la nécessité, pour Donald Trump, d’obtenir un succès au niveau international alors que l’inflation continue de grimper aux États-Unis, quitte à contourner le droit international comme national.

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Depuis ces dernières semaines, le président Donald Trump multiplie les coups de force sur la scène internationale. Ses récentes déclarations et prises de position illustrent sa conception transactionnelle de la diplomatie où seuls ses intérêts comptent.


L’aide américaine aux alliés des États-Unis n’est plus envisagée comme un don mais comme un prêt. Ainsi, le plan de Trump soumis à Volodymyr Zelensky vise d’abord et avant tout à capter les ressources ukrainiennes au profit de Washington. Trump cherche à capitaliser des avantages et ce, le plus rapidement possible. Il usera pour cela de tous les moyens pour parvenir à ses fins, au risque d’apparaître contradictoire. Il se dit contre la guerre mais n’hésite pas à menacer de bombarder l’Iran si Téhéran ne se plie pas à ses conditions. De même, en menaçant renforcer les sanctions sur le pétrole russe si Vladimir Poutine ne tient pas ses engagements sur la guerre en Ukraine, il opère un brusque changement dans la rhétorique jusque-là employée à l’égard de son homologue russe. Cet activisme sur tous les fronts traduit surtout la nécessité, pour Donald Trump, d’obtenir un succès au niveau international alors que l’inflation continue de grimper aux États-Unis, quitte à contourner le droit international comme national.

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31.03.2025 à 12:00

États-Unis : où est l’opposition ?

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Dans sa hâte d’expulser les immigrés sans papiers, de réduire la taille du gouvernement et d’éliminer le « woke » de la politique américaine, Donald Trump agit à une vitesse vertigineuse. Si rapidement qu’il semble parfaitement disposé à démolir les normes démocratiques pour y arriver. C’est en soi choquant pour de nombreux observateurs de la scène politique américaine. Ce qui est peut-être tout aussi surprenant, c’est le peu de résistance que Trump a rencontré jusqu’à présent. Il existe de nombreux garde-fous dans le système américain, formels et informels, pour empêcher les impulsions antidémocratiques de nos dirigeants. Le président a néanmoins réussi à affaiblir ces protections démocratiques, largement sans opposition organisée. Même avant que Trump n’entre en fonction en 2025, l’indice mondial de démocratie de l’Economist Intelligence Unit a classé les États-Unis comme une « démocratie imparfaite ». Au cours des deux derniers mois, la tendance à la baisse s’est certainement accélérée, et les personnes censées protéger la démocratie américaine ont largement échoué à se manifester. Au sein même du gouvernement, le président a démantelé les structures et les coutumes destinées à prévenir les abus. En bref, il y a de moins en moins de fonctionnaires au sein de l’exécutif habilités à dire « non » au président lorsqu’il cherche à court-circuiter l’État de droit. Peu de temps après son investiture, par exemple, Trump a limogé 17 inspecteurs généraux, des chiens de garde indépendants au sein des agences gouvernementales chargés de prévenir la fraude et les malversations. Traditionnellement, ces fonctionnaires ne changent pas avec les administrations et doivent rendre compte au Congrès.  La Maison-Blanche a pris des mesures pour entraver ou éliminer de fait les organismes de réglementation fédéraux qui pourraient ralentir son programme, comme le Bureau de protection financière des consommateurs, la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi, […]

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Dans sa hâte d’expulser les immigrés sans papiers, de réduire la taille du gouvernement et d’éliminer le « woke » de la politique américaine, Donald Trump agit à une vitesse vertigineuse. Si rapidement qu’il semble parfaitement disposé à démolir les normes démocratiques pour y arriver. C’est en soi choquant pour de nombreux observateurs de la scène politique américaine. Ce qui est peut-être tout aussi surprenant, c’est le peu de résistance que Trump a rencontré jusqu’à présent. Il existe de nombreux garde-fous dans le système américain, formels et informels, pour empêcher les impulsions antidémocratiques de nos dirigeants. Le président a néanmoins réussi à affaiblir ces protections démocratiques, largement sans opposition organisée. Même avant que Trump n’entre en fonction en 2025, l’indice mondial de démocratie de l’Economist Intelligence Unit a classé les États-Unis comme une « démocratie imparfaite ». Au cours des deux derniers mois, la tendance à la baisse s’est certainement accélérée, et les personnes censées protéger la démocratie américaine ont largement échoué à se manifester.

Au sein même du gouvernement, le président a démantelé les structures et les coutumes destinées à prévenir les abus. En bref, il y a de moins en moins de fonctionnaires au sein de l’exécutif habilités à dire « non » au président lorsqu’il cherche à court-circuiter l’État de droit. Peu de temps après son investiture, par exemple, Trump a limogé 17 inspecteurs généraux, des chiens de garde indépendants au sein des agences gouvernementales chargés de prévenir la fraude et les malversations. Traditionnellement, ces fonctionnaires ne changent pas avec les administrations et doivent rendre compte au Congrès.  La Maison-Blanche a pris des mesures pour entraver ou éliminer de fait les organismes de réglementation fédéraux qui pourraient ralentir son programme, comme le Bureau de protection financière des consommateurs, la Commission pour l’égalité des chances en matière d’emploi, le Conseil national des relations de travail, la Commission fédérale du commerce et la Commission des valeurs mobilières. Trump a violé des normes essentielles séparant le chef de l’exécutif de la prise de décision en matière d’enquêtes et de poursuites, politisant ainsi le ministère de la Justice et le FBI.

Le Congrès a été d’un silence troublant face aux efforts de Trump pour étendre le pouvoir exécutif aux dépens de l’autorité du Congrès. La constitution américaine définit explicitement la branche législative comme un pouvoir égal et contrebalancé à celle de l’exécutif. Même lorsqu’il est contrôlé par le propre parti du président, le Congrès a toujours été jaloux de ses autorités. Plus maintenant. Trump a, par exemple, décidé de fermer plusieurs agences gouvernementales, y compris l’Agence américaine pour le développement international et l’ensemble du ministère de l’Éducation, par décret exécutif. Ces agences ont été établies par des lois promulguées par le Congrès, et le président n’a aucun pouvoir constitutionnel d’annuler la loi avec ses décrets. Pourtant, les républicains du Congrès ont montré peu d’opposition à cette prise de pouvoir. 

Les principales batailles des mois à venir se dérouleront devant les tribunaux. Les tribunaux inférieurs ont commencé à examiner un large éventail de contestations judiciaires de certaines des actions les plus flagrantes de l’administration. Selon le New York Times en date du 15 mars, 46 décisions différentes ont temporairement interrompu diverses initiatives du gouvernement sur des questions allant du licenciement sommaire d’employés fédéraux au gel du financement fédéral aux États.  La Cour suprême vient tout juste de commencer à examiner certaines de ces affaires.  Malgré une majorité conservatrice bien disposée au président, la Cour a déjà rendu quelques jugements initiaux contre l’administration. Mais l’administration et ses alliés républicains ont de plus en plus défendu une théorie du gouvernement qui suggère qu’il devrait y avoir peu ou pas de limites à l’autorité du président sur le pouvoir exécutif qu’il gère. Cela inclut « l’ingérence » des tribunaux.  En février, le vice-président Vance a ainsi tweeté : « Les juges ne sont pas autorisés à contrôler le pouvoir légitime de l’exécutif. » Cette approche n’est pas conforme à des siècles de jurisprudence américaine, mais il y a de plus en plus de signes que l’administration ignorera tout simplement les décisions défavorables. Cela semble être le cas, par exemple, dans une récente contestation judiciaire de l’utilisation très discutable par l’administration de la loi sur les ennemis étrangers pour expulser les étrangers en situation irrégulière.  Plus troublant encore, le président a personnellement menacé le juge dans cette affaire de destitution. Cela a conduit le chef de la Cour suprême, John Roberts, à publier une déclaration très inhabituelle, avertissant que la destitution des juges n’était pas une réponse appropriée aux divergences sur les jugements juridiques. Si Trump se contente d’ignorer les décisions gênantes, l’un des contrôles les plus importants de l’autorité exécutive cessera de fonctionner.      

Les principaux bastions d’une société démocratique en dehors du gouvernement semblent également peu enclins à lutter contre les excès présidentiels. Les médias, longtemps considérés comme la « quatrième branche du gouvernement », ont récemment reculé sur les questions de liberté de la presse. Trump a poursuivi agressivement les organes de presse dont il trouve la couverture répréhensible, et ces sociétés semblent hésiter à s’en prendre à l’administration sur leurs droits au premier amendement. Trump a ciblé le monde universitaire dans une attaque dramatique contre la liberté intellectuelle, et les universités qui dépendent du financement fédéral pour la recherche n’osent entraver les décisions de l’administration Trump. Le plus frappant a été l’accord sans précédent avec l’Université Columbia obligée de mener des changements significatifs à ses politiques scolaires sur l’antisémitisme et sur la façon d’enseigner les études sur le Moyen-Orient, en échange du rétablissement de ses 400 millions de dollars de subventions fédérales. Trump s’est même attaqué à la profession juridique, ciblant spécifiquement les cabinets d’avocats proches des démocrates. Un grand cabinet a signé un accord promettant de soutenir des causes défendues par le président à hauteur de 40 millions de dollars en échange de l’annulation d’un décret visant directement l’entreprise. 

Même l’opposition officielle peine à trouver une réponse à l’activisme antidémocratique de Trump.  La décision des dirigeants démocratiques du Sénat d’appuyer le dernier projet de loi d’exécution du budget en est un bon exemple. Le département « de l’efficacité gouvernementale » d’Elon Musk se moque du processus budgétaire du Congrès en imposant des coupes massives dans les dépenses gouvernementales, qui, en vertu de la constitution, sont censées être établies par le Congrès et non par un bureau boutique opérant à partir de la Maison-Blanche.  Craignant qu’une fermeture du gouvernement ne soit mauvaise pour les démocrates, le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, a néanmoins choisi de céder sur le budget sans chercher à freiner les coupes extraconstitutionnelles d’Elon Musk. Sans le contrôle de la Maison-Blanche et en minorité dans les deux chambres du Congrès, nous pourrions nous attendre à ce que les dirigeants démocratiques des États prennent les devants. Les gouverneurs démocrates de premier plan ont été, cependant, étonnamment silencieux jusqu’à présent.

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28.03.2025 à 15:16

La stratégie énergétique en Amérique latine, entre développement et dépendance

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L’Amérique latine s’affirme comme une région stratégique au cœur de la transition énergétique mondiale. Riche en ressources naturelles et dotée d’une biodiversité unique, elle joue un rôle crucial dans le développement des énergies renouvelables et la mise en œuvre d’approches et de solutions durables. Or, les choix de gouvernance énergétique divergent selon les États. À l’occasion du colloque « L’Amérique latine face aux recompositions mondiales » organisé par l’IRIS en partenariat avec l’Agence française de Développement, le 13 mars 2025, Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre global de politique de l’énergie de l’Université de Columbia (CGEP), a répondu à nos questions :

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L’Amérique latine s’affirme comme une région stratégique au cœur de la transition énergétique mondiale. Riche en ressources naturelles et dotée d’une biodiversité unique, elle joue un rôle crucial dans le développement des énergies renouvelables et la mise en œuvre d’approches et de solutions durables. Or, les choix de gouvernance énergétique divergent selon les États. À l’occasion du colloque « L’Amérique latine face aux recompositions mondiales » organisé par l’IRIS en partenariat avec l’Agence française de Développement, le 13 mars 2025, Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Centre global de politique de l’énergie de l’Université de Columbia (CGEP), a répondu à nos questions :

  • Quelle place pour le gaz naturel liquéfié dans les stratégies énergétiques adoptées par les pays d’Amérique latine ?
  • Quelle est l’importance accordée à l’hydrogène dans le processus de transition écologique entamé par les pays d’Amérique latine ?
  • Avec l’arrivée de Donald Trump et la remise en cause des traités internationaux sur le développement durable, les politiques énergétiques risquent-elles d’être bouleversées ?

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