Publié par l’association Alter-médias / Basta !
24.04.2026 à 07:30
Première décision dans l'affaire Lafarge. Pour la première fois, un PDG du CAC 40 – Bruno Lafont, ex patron de Lafarge – a été condamné, avec son bras droit, à des peines de prison ferme pour financement du terrorisme, dans le cadre de l'affaire des versements octroyés à Daesh entre 2012 et 2014 en Syrie. L'entreprise Lafarge a elle aussi été condamnée, en tant que personne morale, à la peine d'amende maximale. Le jugement consacre la responsabilité directe du groupe et de ses dirigeants (…)
- Actualités / LafargeHolcim, LVMH, ArcelorMittal, TotalEnergies, responsabilité juridique des entreprises, droits humains, Syrie, France, Mozambique, Microsoft, secret des affaires, numérique, énergies fossiles
Première décision dans l'affaire Lafarge. Pour la première fois, un PDG du CAC 40 – Bruno Lafont, ex patron de Lafarge – a été condamné, avec son bras droit, à des peines de prison ferme pour financement du terrorisme, dans le cadre de l'affaire des versements octroyés à Daesh entre 2012 et 2014 en Syrie. L'entreprise Lafarge a elle aussi été condamnée, en tant que personne morale, à la peine d'amende maximale. Le jugement consacre la responsabilité directe du groupe et de ses dirigeants dans les faits survenus durant la guerre civile syrienne, pour des motifs de préservation de leurs profits. Le tribunal a cependant considéré que le jugement n'ouvrait pas le droit à une réparation pour les anciens employés de la cimenterie de Lafarge. Une autre procédure, visant l'entreprise et ses dirigeants pour complicité de crime contre l'humanité, est encore en cours.
Pantouflage en procès. Il est rare que les « portes tournantes » de hauts fonctionnaires ou de responsables publics vers le secteur privé donnent lieu à des procès, faute de pouvoir prouver qu'ils ont bien, dans leur nouvelles missions, tiré profit de leurs fonctions passées, ou que ces dernières ont pu être influencées par une perspective de reconversion lucrative. L'ancien conseiller d'État Xavier de Lesquen pourrait bien être une exception, après avoir été pris la main dans le sac. Devenu avocat d'affaires, il a plaidé pour TotalEnergies à l'occasion du contentieux autour du projet abandonné d'implantation d'un campus au sein de Polytechnique. Or deux ans plus tôt à peine, encore au sein de l'institution du Palais Royal, il avait traité une autre affaire impliquant le groupe pétrogazier, autour cette fois de ses permis d'exploration au large de la Guyane. Soit exactement le type de situation que les règles encadrant les « portes tournantes » sont censées éviter. L'audience a eu lieu le 10 avril dernier.
Charbon mozambicain à Dunkerque. La France importe encore du charbon. Pas tant pour générer de l'électricité, même si les dernières centrales françaises fonctionnant avec cette source d'énergie n'ont toujours pas définitivement fermé leurs portes. Surtout pour la production industrielle, notamment d'acier. ArcelorMittal, en particulier, ayant repoussé sine die ses projets d'acier vert, continue à s'approvisionner massivement en roche noire pour ses hauts fourneaux de Dunkerque. Socialter et Disclose ont remonté la trace d'une livraison d'août 2025 en provenance de la mine de Moatize au Mozambique. En plus de générer en France des émissions importantes de gaz à effet de serre, ce recours au charbon à des conséquences dramatiques pour les populations locales et leur santé. Une enquête à lire ici.
Le secret des affaires au service des « data centers ». C'est une illustration parfaite de la porosité des institutions européennes aux lobbys évoquée en introduction de cette lettre. Nos partenaires de Corporate Europe Observatory ont révélé comment Microsoft et le lobby Digital Europe ont réussi à convaincre la Commission de reprendre mot pour mot une de leur proposition, de maintenir l'omertà sur les impacts environnementaux des centres de données au nom du « secret des affaires ». Un moyen de couper court à la contestation grandissante de ces infrastructures numériques, qui va cependant totalement à l'encontre du droit international et de la jurisprudence. Lire l'article du Monde.