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23.06.2026 à 08:00

Anne-Sophie Simpere
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En pleine canicule et alors que le RN semble enfin découvrir les rapports du GIEC, les représentants de l'extrême droite française se retrouvent cette semaine à un sommet international des élites « anti-woke » et « anti-climat » à Londres. Un rendez-vous sponsorisé par de grandes fortunes pétrolières, des industries pharmaceutiques ou un fonds d'investissement basé à Dubaï auquel devrait aussi participer, de manière plus inattendue, l'économiste Philippe Aghion.
« Une opportunité (…)

- L'internationale réactionnaire /
Texte intégral (3127 mots)

En pleine canicule et alors que le RN semble enfin découvrir les rapports du GIEC, les représentants de l'extrême droite française se retrouvent cette semaine à un sommet international des élites « anti-woke » et « anti-climat » à Londres. Un rendez-vous sponsorisé par de grandes fortunes pétrolières, des industries pharmaceutiques ou un fonds d'investissement basé à Dubaï auquel devrait aussi participer, de manière plus inattendue, l'économiste Philippe Aghion.

« Une opportunité exceptionnelle » : c'est ainsi que l'Institut de formation politique (IFP) présente à ses auditeurs son offre de sponsoriser leur participation à la conférence de l'Alliance for Responsible Citizenship (ARC), qui se tient du 23 au 25 juin à Londres. L'événement vise à tisser des liens entre conservateurs de tous pays pour « bâtir une vision plus porteuse d'espoir pour l'avenir et refonder [la] civilisation ». L'IFP, lié au réseau Atlas et financé par l'homme d'affaires d'extrême droite Pierre-Édouard Stérin, s'est donné pour vocation de former des représentants des droites françaises pour prendre de la place dans les institutions et les médias (lire notre enquête). Pour les jeunes qui suivent ses séminaires, c'est l'occasion rêvée de se frotter à tout le gratin de l'internationale réactionnaire.

Les prises de parole lors de l'édition précédente de la conférence ARC, en 2025, ne laissent guère de doute sur ce qui menace selon l'ARC ladite « civilisation » (occidentale bien entendu) : le « wokisme » et les politiques climatiques. Cette année-là, plus de 4000 personnes venues de 96 pays auraient assisté à l'événement. Dont une cinquantaine de Français, parmi lesquels un collaborateur parlementaire de l'eurodéputé RN Nicolas Bay et des membres du collectif d'extrême-droite Némésis. Et bien sûr, Alexandre Pesey, le fondateur et directeur de l'IFP, qui était l'un des intervenants.

De Marion Maréchal à Philippe Aghion (qui a finalement annulé), une délégation française bien fournie

Et cette année ? DeSmog et Unearthed ont obtenu une liste des participants inscrits que nous avons pu consulter. Parmi les Français, on y trouve pêle-mêle l'eurodéputée d'extrême droite Marion Maréchal, des collaboratrices des député RN Julien Odoul et Gérault Verny (actionnaire de Frontières), un autre collaborateur de Nicolas Bay, de jeunes conseillers municipaux de droite, plusieurs membres de SOS Chrétiens d'Orient, des représentants du think tank droitier Institut pour la justice, un étudiant français invité au MCC Budapest, le think tank pro-Orbán (lire notre enquête), le fondateur de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) Nicolas Pouvreau-Monti (notre enquête), et Maxime Hémery son co-fondateur et par ailleurs salarié du projet Périclès de Pierre-Édouard Stérin, ainsi que le directeur de Périclès Arnaud Rérolle. Un bel l'éventail de la droite française la plus réactionnaire.

Ils retrouveront, parmi les autres participants à la conférence, des représentants de think tanks et autres organisations de divers pays, mais aussi des banquiers, des investisseurs, ou des cadres de multinationales comme Palantir, mais aussi d‘Airbus ou Sanofi (mais il n'est pas possible d'établir s'ils participent au nom de leur entreprise ou pas). Avec un ticket d'entrée individuel à 1500 livres sterling (1730 euros), l'événement n'est pas destiné au grand public.

Quant à Alexandre Pesey, il comptera une nouvelle fois parmi les intervenants de ce « Davos anti-woke », aux côtés de figures MAGA, de l'extrême droite britannique, d'organisation réactionnaires anti-avortement, anti-trans et de climato-sceptiques... ainsi que du patron de Bayer Bill Anderson.

L'autre Français cité dans la liste des orateurs interpelle : celui de l'économiste Philippe Aghion, théoricien de la « destruction créatrice » et considéré comme l'un des inspirateurs des politiques économiques d'Emmanuel Macron. Que faisait cet ancien étudiant communiste dans cet aréopage de l'extrême droite internationale ? Interrogé à ce sujet, il n'a pas initialement répondu à nos questions. Suite à la parution de cet article, le Collège de France nous a informé que Philippe Aghion avait annulé sa participation à l'événement.

Financements Stérin et intérêts fossiles

Qu'au moins deux représentants du projet Périclès de Pierre-Édouard Stérin apparaissent sur la liste des participants n'est pas forcément surprenant, puisqu'en 2025, le Fonds du bien commun du milliardaire réactionnaire était remercié par ARC pour son soutien financier. Cette liste de donateurs inclue aussi le co-fondateur de Palantir Joe Lonsdale, Joe Craft, président de l'une des plus grosses sociétés de charbon des États-Unis, ou encore Bud Brigham, un magnat du pétrole texan de premier plan qui a fait fortune grâce au boom du schiste et affiche son climato-scepticisme. Tous trois ont financé les campagnes électorales de Donald Trump.

En 2025, le Fonds du bien commun de Pierre-Édouard Stérin était remercié par ARC pour son soutien financier.

La société de fracturation hydraulique Heyco Energy et Howard Energy Partners, l'une des plus grandes entreprises d'infrastructures énergétiques des États-Unis, sont aussi sur la liste. Au total, sur les 42 donateurs et sponsors mentionnés nommément par l'ARC l'année dernière, DeSmog et Unearthed ont compté neuf entreprises ou dirigeants du secteur des énergies fossiles, ainsi qu'un certain nombre d'autres personnes ou organisations ayant des intérêts dans ce secteur. On ne s'étonnera pas que pour les organisateurs de la conférence, la refondation de la « civilisation » passe par la défense de la famille traditionnelle plutôt que par une action résolue contre la crise climatique. Ironique, alors que la conférence s'ouvre sur une journée annoncée à 37°C à Londres.

Raout climato-sceptique sous 37°C

Dès la première édition en 2023, les questions d'énergie et d'environnement ont été au centre, avec pour priorité non pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais de maintenir un approvisionnement abondant en énergie fossile.

Si le Rassemblement national semble aujourd'hui – très tardivement – découvrir grâce à la canicule les rapports du GIEC, sa forte délégation à la conférence ARC montre que ses réseaux restent bel et bien branchés aux intérêts fossiles.

C'est dès la première édition de l'événement, en 2023, que les questions d'énergie et d'environnement ont été au centre de l'attention, avec pour priorité non pas de réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme l'exhortent les scientifiques, mais de maintenir un approvisionnement abondant en énergie, y compris fossile. En 2025, dans une discussion avec Jordan Peterson, influenceur canadien « anti-woke » qui a décidé depuis plusieurs années de se nourrir uniquement de viande, le leader de l'extrême droite britannique Nigel Farage expliquait que le carbone était une bonne chose, et l'activité solaire et volcanique les principaux responsables des changements climatiques – une « fake news » debunkée depuis plus de dix ans.

D'autres figures majeures du déni climatique interviennent aux conférences ARC, comme Stephen Koonin, Michael Shellenberger, l'ancien premier ministre australien Tony Abbott, et Vivek Ramaswamy, un Républicain étasunien qui a qualifié le changement climatique de « hoax ». Lois Perry, proche de Nigel Farage et directrice de la branche européenne du think tank climato-sceptique Heartland institute, était aussi dans la salle en 2025. Autre invité récurrent de l'ARC : le secrétaire d'État à l'énergie de Donald Trump, Chris Wright, qui a fait fortune dans le gaz de schiste et la fracturation hydraulique.

images extraites du trailer "Welcome to the Age of Reconstruction" pour les conférences ARC 2026

Cette année-là, Paul Marshall, l'un des fondateurs de l'ARC, s'était vivement attaqué aux politiques climatiques, affirmant que les pays du monde entier étaient « contaminés par un zèle idéologique » et évoquant un « syndrome de dérangement climatique » qui allait sacrifier la prospérité économique. Paul Marshall est à la tête du fonds d'investissement Marshall Mace, qui avait investi en 2023, selon selon le calcul de DeSmog, 2,2 milliards de dollars dans des entreprises d'énergies fossiles. Marshall est aussi propriétaire de la chaîne conservatrice GB News, le « Fox News britannique », accusée d'avoir diffusé près de 1000 attaques contre la lutte contre le changement climatique avant et après les élections de 2024.

Fonds d'investissement basés à Dubaï et Hong Kong

L'Alliance for Responsible Citizenship, qui organise la conférence, est enregistrée au Royaume-Uni non comme une association, mais comme une entreprise. Ses actionnaires sont Paul Marshall, et le groupe d'investissement Legatum, basé à Dubaï. Ce fonds financier fondé par Christopher Chandler est également derrière le think tank libertarien Legatum Institute, rebaptisé récemment Prosperity Institute. ARC a été initialement enregistrée en 2016 sous le nom « Prosperity UK 2017 » avant de prendre son nom actuel en 2023. À l'exception de Paul Marshall, toutes les personnes exerçant un contrôle significatif sur ARC ont des adresses à Dubaï. La baronne Philippa Stroud, également administratrice du Legatum Institute, en est aujourd'hui la directrice générale. Membre du parti conservateur, elle s'est fait connaître par des actions de lutte contre la pauvreté avant de se consacrer à « libérer » la recherche universitaire « contre les pression de l'académo-militantisme écologique, décolonial et post-patriarcal ».

À l'exception de Paul Marshall, toutes les personnes exerçant un contrôle significatif sur ARC ont des adresses à Dubaï.

L'écosystème autour de l'ARC comprend de nombreuses autres personnalités du monde de la finance et des investissements internationaux. Parmi elles : Louis-Vincent Gave, fils du financier historique de l'extrême droite française Charles Gave, qui fait partie du conseil consultatif du réseau. Il gère depuis Hong kong le fonds d'investissement Gavekal – un autre financeur de la conférence ARC – et mise beaucoup sur les investissements en Chine, un pays qui, selon lui, « va bien ». Louis-Vincent Gave est aussi actionnaire de la holding Cantio, derrière les journaux Causeur, Conflits et Transitions & Énergies, un magazine très opposé à l'éolien.

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Toutes les familles de l'internationale réactionnaire au rendez-vous

Au-delà des réseaux de la finance et du climato-scepticisme, toutes les autres familles de l'internationale sont représentées aux conférences ARC. Y compris celle de la Tech. Peter Thiel était à la conférence 2025, et Trae Stephens, son partenaire au sein du fonds de capital-risque Funders Fund et co-fondateur de la start-up de défense Anduril, spécialisée dans les drones et systèmes d'armement dopés à l'intelligence artificielle (IA), a annoncé sa présence cette année. Louis Mosley, DG de Palantir UK/Europe, lui aussi est de nouveau inscrit sur la listes des participants à la conférence en 2026. En 2025, il y avait déjà fait un discours pour fustiger la censure des ONG, fact-checkers et experts et présentant Elon Musk comme un rebelle qui avait permis de libérer la parole sur X.

Les think tanks de la sphère MAGA seront eux aussi bien représentés à Londres cette semaine. Interviendront notamment à la tribune Kevin Roberts, le président de la Heritage Foundation, cheville ouvrière du « Project 2025 », le programme politique proposé à Donald Trump (lire notre article), ou encore Rod Dreher, mentor de JD Vance qu'il aurait accompagné dans sa conversion au catholicisme et directeur d'un « projet de réseau » au Danube Institute, organisation proche de l'ex Premier ministre hongrois Viktor Orbán. Au moins sept autres personnes liées au Danube Institute sont inscrites pour la conférence ARC 2026.

Relais du trumpisme en Europe

Plusieurs participants sont également attendus au nom de l'Alliance Defending Freedom (ADF), une organisation chrétienne ultra-réactionnaire qui se bat principalement contre l'avortement et le mariage pour tous. Kristen Waggoner, sa directrice, qui sera présente à Londres, est aussi membre du conseil consultatif de la Commission sur la liberté religieuse du gouvernement Trump. En Europe, ADF a été l'un des fers de lance de la croisade contre le Digital Services Act, la directive sur la modération des réseaux sociaux, contre laquelle l'administration Trump a également sorti l'artillerie lourde (lire notre enquête).

Sarah Rogers, sous-secrétaire d'État des Etats-Unis, s'est donnée pour mission de répandre le trumpisme en Europe, y compris en finançant des think tanks comme Western Arc en France,

Sarah B. Rogers, sous-secrétaire d'État des États-Unis à la diplomatie publique et aux affaires publiques, sera également à la tribune de la conférence ARC. Elle s'est donnée pour mission de répandre le trumpisme en Europe, y compris en finançant des think tanks sur le vieux continent. L'un des bénéficiaires de ces largesses est Western Arc, une organisation pro-Trump française, dont le fondateur est sur la liste des participants attendus. La croisade de Sarah Rogers s'inscrit dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine, qui affiche son alignement avec les partis d'extrême droite en Europe. Partis qui seront bien représentés à ARC 2026 : outre les collaborateurs parlementaires RN et UDR pour la France, des élus et proches de partis d'extrême droite nationaux, comme Reform UK (Royaume-Uni), Vox (Espagne) ou PVV (Pays-Bas) devraient être présents, ainsi que des représentants des Patriotes pour l'Europe et des Conservateurs et réformistes européens (ERC), les groupes parlementaires d'extrême droite où siègent respectivement Jordan Bardella et Marion Maréchal.

« En 2025, nos participants ont pu échanger directement avec Kevin Roberts, président de la Heritage Foundation », rappelle l'Institut de formation politique dans son appel à candidatures, qui promet d'autres occasions de « networker » cette année. Qu'il s'agisse de rencontrer des think tanks conservateurs étasuniens, des dirigeants de fonds d'investissement ou des cadres de l'industrie pétrolière ou pharmaceutique, les auditeurs français auront trois jours pour resserrer leurs liens avec l'internationale réactionnaire en vue de défendre leur conception de la « civilisation » - une « civilisation » où les populations croulent sous les canicules tandis que les élites financières peuvent continuer de prospérer.

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