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26.03.2026 à 07:00

1973 : À qui profite le choc pétrolier ?

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Restée dans la mémoire comme un moment de pénuries énergétiques, la crise de 1973 a aussi entraîné une transformation profonde du secteur pétrolier, au profit des multinationales et des régimes du Proche-Orient. Les velléités d'économies d'énergie et de développement des alternatives aux hydrocarbures ont fait long feu. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la consommation de pétrole ne cesse d'augmenter, et nulle part (…)

- Multinationales. Une histoire du monde contemporain / , , , , , ,
Texte intégral (1301 mots)

Restée dans la mémoire comme un moment de pénuries énergétiques, la crise de 1973 a aussi entraîné une transformation profonde du secteur pétrolier, au profit des multinationales et des régimes du Proche-Orient. Les velléités d'économies d'énergie et de développement des alternatives aux hydrocarbures ont fait long feu. Extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la consommation de pétrole ne cesse d'augmenter, et nulle part plus qu'aux États-Unis. Les grandes entreprises pétrolières anglosaxonnes – celles que l'on surnomme les « sept sœurs » – contrôlent le marché et maintiennent des prix bas qui favorisent une explosion de la demande pour le transport et dans l'industrie. Au tournant des années 1970, les champs pétroliers du Texas et de l'Oklahoma, qui assurent jusque-là l'essentiel des besoins de l'Amérique du Nord, montrent des signes de déclin. Les importations de pétrole augmentent en conséquence, notamment en provenance d'Arabie saoudite.

Depuis 1945 également, les pays producteurs réclament avec de plus en plus d'insistance un meilleur partage des revenus tirés des hydrocarbures. Même si certaines tentatives politiques, comme en Iran, sont sanctionnées par des coups d'État organisés par les États-Unis et le Royaume-Uni, la tendance est à un rééquilibrage du rapport de forces. L'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est fondée en 1960 à Bagdad à l'initiative de l'Iran, de l'Arabie saoudite et du Vénézuela dans l'objectif d'obtenir une hausse des prix. Au cours de la décennie qui suit, ils sont rejoints par l'Irak, le Koweït, l'Indonésie, la Libye, Abu Dhabi, l'Algérie et le Nigéria. Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la nationalisation des ressources pétrolières est à l'ordre du jour. Des négociations ont lieu en Arabie saoudite pour faire monter progressivement la maison royale au capital de l'entreprise pétrolière Aramco, jusqu'ici contrôlée par les américaines Exxon, Mobil, Texaco et Chevron.

L'Opep décide d'une hausse de 70 % du prix du pétrole, mais aussi d'une réduction concertée de la production d'hydrocarbures, ainsi que d'un embargo total contre les États-Unis et les autres pays soutenant Israël.

La demande de hausse des prix se fait plus pressante encore en 1972 lorsque les États-Unis abandonnent l'étalon-or, provoquant une forte dévaluation du dollar qui affecte les revenus des pays producteurs, puisque les ventes d'hydrocarbures s'effectuent dans cette monnaie. Le pétrole, qui vient de dépasser le charbon, fournit alors la moitié de l'énergie primaire du monde. En octobre 1973, l'Opep tient sa conférence annuelle au Koweit et s'apprête à exiger une hausse substantielle du cours du baril. C'est alors qu'intervient la guerre du Kippour : l'Égypte et la Syrie attaquent par surprise Israël en pleine fête religieuse. Déstabilisé, l'État hébreu finit par rétablir la situation grâce aux armes que lui envoient les États-Unis. L'Opep décide d'une hausse de 70 % du prix du pétrole, de 3,01 à 5,12 dollars le baril, mais aussi d'une réduction concertée de la production d'hydrocarbures de 5 % par an, ainsi que d'un embargo total contre les États-Unis et les autres pays soutenant Israël.

Ces annonces entraînent ce que l'histoire retiendra comme le premier choc pétrolier. Le prix du baril s'envole (il atteindra presque 12 dollars en mars 1974) et la pénurie s'installe dans les pays occidentaux, provoquant une grave crise économique. L'Europe et le Japon, entièrement dépendants du pétrole du Moyen-Orient, sont particulièrement touchés. Les stations-service sont à sec et les gouvernements du Vieux Continent doivent prendre des mesures d'économie forcées comme l'interdiction de conduire le dimanche, la semaine de trois jours dans l'industrie (au Royaume-Uni), et l'introduction d'un changement d'heure en été. Partout, il n'est question que de sortir de la dépendance au pétrole et de développer les énergies renouvelables et le nucléaire, qui sera finalement privilégié.

Superprofits

Les majors occidentales comme Exxon jouent un rôle central dans l'application de l'embargo et dans la gestion de la pénurie qui s'ensuit, dans un contexte où chaque pays tente de mettre la main en priorité sur le pétrole disponible. Elles se mettent d'accord entre elles pour distribuer les hydrocarbures au prorata de la consommation des pays européens avant 1973. Du fait de la hausse des prix, la crise est aussi pour elles l'occasion de profits records. Exxon détrône alors General Motors pour devenir la plus grosse entreprise au monde.

Grâce à leurs bénéfices, et parce que le prix désormais élevé des hydrocarbures le permet, les multinationales nord-américaines et européennes ouvrent de nouvelles frontières pétrolières et gazières dans des régions comme l'Alaska ou la mer du Nord.

Grâce à ces bénéfices, et parce que le prix désormais élevé des hydrocarbures le permet, les multinationales nord-américaines et européennes investissent pour ouvrir de nouvelles frontières pétrolières et gazières dans des régions comme l'Alaska ou la mer du Nord. Celles-ci ont l'avantage d'être sous contrôle occidental, mais elles se caractérisent aussi par leurs conditions extrêmes. L'exploitation par Exxon de l'immense gisement de Prudhoe Bay dans l'Alaska requiert la construction d'un oléoduc placé sur des piliers autoréfrigérants pour éviter qu'il n'entraîne la fonte du sol et s'y enfonce. On n'avait jamais encore construit de plateformes offshore en eaux aussi profondes que dans la mer du Nord, où elles sont battues par des vagues violentes. Les débuts de l'exploitation des huiles de schiste étatsuniennes et des sables bitumineux canadiens datent également de cette époque. Alors que les dirigeants du secteur pétrolier commencent à prendre connaissance du risque climatique lié à la consommation d'hydrocarbures, ils font le choix d'une fuite en avant.

Si l'Opep est encore largement considérée comme le principal responsable du choc pétrolier de 1973, ces éléments donnent du crédit aux accusations, formulées rétrospectivement par des experts et certains responsables, saoudiens notamment, selon lesquelles la hausse drastique du cours du baril aurait en réalité été orchestrée par les majors et le gouvernement étatsuniens avec la complicité du shah d'Iran.

Après 1973, les grandes entreprises nationales d'hydrocarbures comme Aramco ou ses homologues au Moyen-Orient et ailleurs (y compris en Europe avec l'entreprise publique norvégienne Statoil, aujourd'hui Equinor, active en mer du Nord) prennent une dimension comparable à celle des multinationales occidentales, et se lancent pour certaines dans des activités à l'international. C'est aussi le début de l'enrichissement des pays du Moyen-Orient. Les pétrodollars affluent à Wall Street où ils alimentent le boom financier qui se prépare. Si les milieux d'affaires étatsuniens doivent accepter de se défaire d'Aramco, qui est intégralement nationalisée en 1980, ils peuvent se consoler avec de nombreux contrats d'infrastructures pétrolières en Arabie saoudite qui profitent à des firmes comme Bechtel et Halliburton, ainsi qu'avec les ventes d'armes, qui explosent dans la région

Un extrait de Multinationales. Une histoire du monde contemporain, co-dirigé par Olivier Petitjean et Ivan du Roy, éditions La Découverte, 2025, 860 pages, 28 euros.

(c) La Découverte, tous droits réservés

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