Publié par l’association Alter-médias / Basta !
07.05.2026 à 07:00
Quels sont les véritables bénéfices de la frénésie actuelle de construction de nouveaux centres de données géants, et pour qui ? Et quels en seront les coûts ?
- Profits et pertes : derrière le boom des datacenters en France / France, numérique, données, construction
Au nom de la « souveraineté numérique », le gouvernement veut favoriser l'implantation de centres de données géants sur le territoire français. Une politique qui semble largement inspirée par les Big Tech et dont ils seront les premiers bénéficiaires, avec le secteur financier. Enquêtes sur la face cachée du boom des datacenters.
En février 2025, à l'occasion du Sommet pour l'action sur l'Intelligence artificielle (IA), le président de la République Emmanuel Macron a promis de faire de la France une terre d'accueil pour les centres de données, ou datacenters, et annoncé à cette fin des investissements de 109 milliards d'euros issus du secteur privé.
Cette politique n'a rien de spécifique à la France. Lors du même événement, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé le lancement du « plus grand partenariat public-privé dans le monde pour le développement d'une IA fiable », pour un montant total de 200 milliards d'euros. De nombreux pays connaissent un boom de construction de nouveaux centres de données, alimenté par des investissements massifs de la part des géants de la tech et de fonds financiers comme BlackRock.
Parmi les plus gros projets annoncés, une coentreprise baptisée Campus IA, réunissant le fonds émirati MGX, la start-up française Mistral AI, Nvidia et la banque publique Bpifrance, veut construire un immense centre de données à Fouju, en Seine-et-Marne, qui devrait à terme atteindre une puissance de 1,4 gigawatt (GW). Google pourrait construire un centre de données de 500 MW près de Châteauroux, tandis que Microsoft a tourné ses yeux vers l'Alsace, à Petit-Landau, près de Mulhouse, avec un projet dont la consommation annuelle d'électricité, prévue à 1,5 GWh, correspond à celle de 280 000 foyers, soit autant que la ville de Strasbourg.
Menée au nom de la « souveraineté numérique », la politique française de soutien à la construction de datacenters semble en réalité guidée en grande partie par les Big Tech. Elle entérine leur vision du monde faite de numérisation totale et de déploiement inéluctable de l'IA. Elle bénéficie de fait surtout à des grands acteurs étasunien de la technologie et de la finance. Des entreprises françaises du BTP ou de l'électricité espèrent bien s'attirer une part du gâteau - ce qui explique en partie la complaisance des autorités françaises - mais au prix d'entériner, à long terme, la position subordonnée de l'économie tricolore dans des chaînes de valeur contrôlées par les géants américains.
Dans cette série d'enquêtes, l'Observatoire des multinationales se penche sur les acteurs derrière la frénésie de constructions de centres de données en France (et ailleurs), avec la question classique : quels en seront les véritables bénéfices, et pour qui ? Et quels en seront les coûts ?