Lien du flux RSS

Publié par l’association Alter-médias / Basta !

▸ les 10 dernières parutions

12.02.2026 à 06:00

Entre la Nuit du bien commun, Pierre-Édouard Stérin et l'extrême droite, des liens multiples et inextricables

Clément Le Foll, Olivier Petitjean
img

Alors qu'une commission d'enquête sénatoriale se met en place pour se pencher sur les détournements politiques de la philanthropie et notamment les financements de Pierre-Édouard Stérin, retour sur les liens entre l'homme d'affaires d'extrême droite, les Nuits du bien commun et la société Obole, solidement ancrés à l'extrême droite de l'échiquier politique.
« Malgré la confusion des noms, il n'y a aucun lien entre La Nuit et Le Fonds du Bien Commun. » Tel est l'élément de langage répété (…)

- Extrême Tech / , ,
Texte intégral (2604 mots)

Alors qu'une commission d'enquête sénatoriale se met en place pour se pencher sur les détournements politiques de la philanthropie et notamment les financements de Pierre-Édouard Stérin, retour sur les liens entre l'homme d'affaires d'extrême droite, les Nuits du bien commun et la société Obole, solidement ancrés à l'extrême droite de l'échiquier politique.

« Malgré la confusion des noms, il n'y a aucun lien entre La Nuit et Le Fonds du Bien Commun. » Tel est l'élément de langage répété sur tous les tons depuis la révélation de l'existence du projet Périclès, plan de bataille pour préparer la victoire électorale de l'extrême droite avec l'argent de Pierre-Édouard Stérin, et des liens de ce dernier avec la Nuit du bien commun.

Lancée en 2017 par l'homme d'affaires d'extrême droite avec Stanislas Billot de Lochner et Thibault Farrenq, patrons de l'entreprise de récolte de fonds Obole, la Nuit du bien commun organise des soirées de levées de fonds à Paris et partout en France. L'événement se prétend caritatif et apolitique, mais a beaucoup servi à financer des associations proches des milieux catholiques traditionalistes, comme la Maison de Marthe et Marie, accusée de réaliser un lobbying anti-IVG, Excellence Ruralités, réseau d'établissements scolaires privés hors contrats, ou Familya.

Les organisateurs des « Nuits » tentent de se dissocier de l'image devenu trop encombrante de leur parrain.

Désormais, les organisateurs des « Nuits » tentent de se dissocier de l'image devenu trop encombrante de leur parrain. Les manifestations se sont multipliées dans les villes où étaient organisées les galas, jusqu'à obtenir l'annulation de celui qui devait se tenir à Aix-en-Provence en octobre dernier. En juin 2025 a été annoncé le départ officiel de Stérin et des deux autres co-fondateurs du fonds de dotation de La Nuit du Bien Commun. Sur les antennes de médias comme Cnews ou Europe 1, Stanislas Billot de Lochner, dont la société Obole continue d'organiser l'événement même après sa sortie du Fonds de dotation, a réaffirmé « l'indépendance » de la Nuit du bien commun et dénoncé les menaces subies de ceux qui veulent « faire croire que nous avons des opinions politiques ».

La diffusion de ces éléments de langage semble porter ses fruits, du moins chez certains des mécènes historiques de l'événement. « Je suis consterné quand je vois que la Nuit du bien commun est accueillie par des manifestations hostiles. Je suis triste et désolé, car nous sommes une initiative philanthropique indépendante de Pierre-Édouard Stérin, qui n'existe nulle part ailleurs. Ça fait du bien fou à la ruralité et au lien social et j'en suis fier », témoigne l'un d'entre eux.

Un projet estampillé Stérin

Cette revendication d'indépendance via-à-vis de Pierre-Édouard Stérin est-elle crédible ? Dans une enquête publiée il y a quelques semaines à l'occasion d'une soirée parisienne de la Nuit du bien commun, l'Observatoire des multinationales est revenu sur le rôle central joué par l'homme d'affaires d'extrême droite dans le lancement de la Nuit du bien commun en 2017. En plus d'avoir imaginé l'événement, il a aussi mobilisé ses réseaux dans les milieux d'affaires pour aider à organiser la première édition du gala et contribuer à son financement. Certains sont restés liés à la Nuit du bien commun pendant de nombreuses années.

L'orientation politique du Fonds du bien commun est encore plus assumée que pour la "Nuit".

En 2021, le milliardaire a lancé son propre fonds de dotation, baptisé le « Fonds du bien commun », dont certaines archives sur lesquelles nous avons pu mettre la fin suggèrent qu'une partie des mêmes hommes d'affaires y ont été associés. L'orientation politique de ce Fonds est encore plus assumée que pour la Nuit, avec un soutien apporté à des structures comme la Nuit des influenceurs chrétiens, la plateforme de prière en ligne Hozana ou le spectacle Murmures de la cité à Moulins mettant en scène une vision révisionniste et biaisée de l'histoire de France.

Aujourd'hui encore, le site web de la Nuit du bien commun affirme qu'« il n'y a aucun lien de gouvernance entre (...) deux initiatives indépendantes l'une de l'autre », mais concède : « Nous acceptons pour autant que le Fonds du Bien Commun soutienne certaines de nos soirées et de nos associations lauréates, comme nos 540 mécènes qui nous font confiance. » Faute de transparence, difficile de faire la liste des associations ont pu être financées conjointement par les deux structures. Il y a au moins Esprit de patronage, dédié à la création de lieux intergénérationnels « enracinés dans la joie chrétienne ».

« Who's who » de l'extrême droite française au capital

Enfin, Pierre-Édouard Stérin est entré en 2020 au capital d'Obole via sa principale holding belge B.A.D. 21. Parmi ses actionnaires, la société compte également depuis 2021 un autre fonds lié à l'extrême droite française, la Financière de Rosario, créé par Jean-François Michaud, figure du groupuscule d'extrême-droite Groupe union défense (GUD) et repris en 2024 par ses fils, dont Édouard Michaud, chef de file du groupe identitaire Les Natifs, et ancien cadre du groupe dissous Génération identitaire et des néonazis des Zouaves Paris.

Obole a fait entrer récemment un autre actionnaire bien connu de l'extrême droite catholique : Vincent Bolloré

En décembre, une enquête parue sur Médiacités Nantes a révélé qu'Obole avait fait entrer récemment un autre actionnaire bien connu de l'extrême droite catholique : Vincent Bolloré, qui contrôlerait désormais près de 30% de son capital via un « véhicule d'investissement de son groupe ». En 2024 et 2025, en effet, la société Obole – qui avait accumulé les pertes d'année en année – a « nettoyé » ses comptes en procédant à une vaste réorganisation de son capital [1]. Cet investissement du groupe Bolloré dans Obole n'a évidemment jamais été mentionné lorsque Stanislas Billot de Lochner a été invité à s'exprimer à plusieurs reprises en défense de la Nuit du bien commun sur CNews.

Chez Obole, des salariés qui affichent leur engagement politique

Au-delà de ses fondateurs et du soutien apporté par des actionnaires très marqués, l'équipe même d'Obole a des liens étroits avec l'extrême droite politique. Responsable administrative et financière d'Obole depuis plusieurs années, Isabelle Deflassieux a relayé sur certains de ses réseaux sociaux des publications du parti d'Eric Zemmour Reconquête [2]. Elle a partagé par exemple un post sur un rassemblement au Trocadéro de Sébastien Pilard, porte parole de la campagne présidentielle 2022 d'Eric Zemmour et du président d'honneur de Reconquête Gilbert Collard.

Isabelle Deflassieux s'est également impliquée directement dans cette campagne. Un cliché obtenu par l'Observatoire des multinationales montre la salariée d'Obole participer à l'organisation d'une réunion publique de Reconquête Loire-Atlantique à Château-Thébaud le 4 mars 2022. Isabelle Deflassieux y apparaît sur scène aux côtés de Cécile Scheffen, alors présidente de Génération Z dans le département, qui sera quelques mois plus tard candidate aux législatives, et d'Eléonore Revel, conseillère régionale Reconquête en Loire Atlantique et ancienne candidate à la mairie de Nantes sous la bannière Rassemblement national.

Quant à Thibault Farrenq, fondateur d'Obole, il s'est présenté en 2024 aux élections législatives en Vendée sous l'étiquette du parti d'Éric Ciotti, allié au Rassemblement national. Il a quitté Obole dans la foulée pour créer Studio 496. Cette agence événementielle, également financée par Pierre-Edouard Stérin, est derrière le label des « Plus belles fêtes de France » qui a défrayé la chronique à l'été 2025 suite aux révélations de L'Humanité sur ses liens avec le milliardaire d'extrême droite.

Soutenez l'Observatoire

Parce que le débat démocratique mérite mieux que la com' du CAC 40.

Faites un don

Un petit monde

Chez Obole, on soigne également les proches de Pierre-Édouard Stérin. La société emploie actuellement ou a employé des membres de la famille proche de Paul-François Croisille, trésorier du fonds de dotation de La Nuit du Bien Commun et président d'Excellence Ruralités (financé par le Fonds du bien commun de Stérin) et de François Morinière, président du fonds de dotation de la Nuit du bien commun et président du directoire du groupe Bayard. À l'automne 2024, ce dernier a cherché sans succès à recruter Alban du Rostu, ancien directeur général du Fonds du bien commun et l'un des architectes du fameux plan Périclès de Stérin. Le monde est petit.

« Ces éléments montrent que la Nuit du bien commun n'a rien d'indépendant, réagit Alice Barbe, cofondatrice et directrice générale de l'Académie des futurs leaders. Même s'ils sont retirés des statuts, l'événement reste extrêmement lié à la galaxie Stérin, et aux gens de la Manif pour tous. »

Même s'ils sont retirés des statuts, l'événement reste extrêmement lié à la galaxie Stérin, et aux gens de la Manif pour tous.

Stanislas Billot de Lochner n'a lui pas souhaité répondre à nos questions, ne cachant pas son agacement par SMS. « Je n'essaierai pas de vous convaincre que vous fantasmez sur tout et n'importe quoi. Si vous voulez comprendre ce que nous faisons, regardez les 550 associations que nous avons financées. »

C'est ce que nous avons fait. Et nous avons pu constater qu'au moins quatre salariés actuels d'Obole sont passés par des associations soutenues par la Nuit du Bien Commun ou le Fonds du Bien Commun. Avant de devenir chef de projet communication chez Obole, l'un d'entre eux a ainsi travaillé pour l'association Le Rocher, mission catholique créée par la Communauté de l'Emmanuel et en lien avec des structures effectuant des thérapies de conversion. L'actuelle responsable du développement commercial d'Obole a elle oeuvré au sein de l'association À Bras ouverts, fondée par Tudgual Derville, délégué général de l'association anti-avortement Alliance VITA et ancien porte-parole de La Manif pour Tous.

Des affinités que la Nuit du bien commun cherche aujourd'hui à cacher en mettant en avant sur son site des initiatives de soutien aux handicapés ou aux enfants malades.

Une commission d'enquête sénatoriale vient d'être mise en place pour étudier « les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes, sociétés ou fondations de droit privé et des risques en matière d'influence, d'absence de transparence financière et d'entrave au fonctionnement de la démocratie ». Derrière cet intitulé à rallonge, il y a précisément l'intention de vérifier si certains hommes d'affaires ultra-réactionnaires comme Stérin n'utilisent pas une façade philanthropique pour masquer leurs visées politiques. Les auditions commencent ce jeudi 12 février.


[1] Les détails de l'opération sont en grande caviardés dans les documents officiels, mais l'augmentation de capital et la prime d'émission s'élèvent à environ 600 000 euros. Pour détenir aujourd'hui 30% du capital, Bolloré n'a donc pas déboursé plus que quelques centaines de milliers d'euros.

[2] Après notre sollicitation dans le cadre de cette enquête (à laquelle elle n'a pas répondu), ces publications ont été effacées. On les retrouvera ici et .

3 / 10

 

  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Public Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Centrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique du Nord ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
Global.Inv.Journalism
I.C.I.J
 
  MÉDIAS D'OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌞