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07.07.2022 à 19:57

Protégé : Wolfgang Streeck – Moyens de destruction

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Il n’y a pas d’extrait, car cette publication est protégée.

11.06.2022 à 17:38

Action Antifasciste Paris-Banlieue : « Les combats de Clément sont toujours aussi actuels »

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9 ans que notre camarade Clément Méric est mort sous les coups de militants d’extrême-droite.

9 ans qu’il a été assassiné parce qu’il était militant antifasciste, et ses combats sont toujours aussi actuels. 

D’abord parce que l’extrême-droite continue de tuer. On a vu à travers le monde des tueries de masse inspirées par la théorie raciste du grand remplacement. En France, on ne compte plus les attentats d’extrême droite déjoués par les services de renseignement. Au cours des derniers mois, des fascistes, proches des assassins de Clément, ont tué par deux fois.

Ces vocations ne sortent pas de nulle part. Non seulement l’extrême-droite est devenue une habituée des seconds tours de la présidentielle, mais ses succès électoraux se sont accompagnés d’une forme de normalisation de ses idées. On a vu ses thèses réactionnaires et racistes être discutées voire tout simplement reprises dans presque tous les médias. On a vu des politiciens de tous bords reprendre ses propositions, sur l’immigration, la déchéance de nationalité ou la police. On a vu se multiplier les lois sécuritaires et racistes, tandis qu’on stigmatisait les musulmans jusqu’au plus haut sommet de l’État.

Sous couvert de prendre au sérieux les questions « légitimes » posées par l’extrême-droite, un large spectre des politiciens et des organisations de ce pays ont mené des politiques ouvertement inspirées par elle, tout en la faisant apparaître comme une alternative crédible, tout juste plus radicale. 

C’est à un véritable tournant autoritaire que nous avons assisté sous les gouvernements de droite, de gauche et du centre, qui puise dans le répertoire colonial de l’État français. Il se traduit par les lois islamophobes, le massacre des migrants, les droits accordés aux policiers sur fond d’intensification inédite de la répression des mouvements sociaux, etc. Il accompagne un autre phénomène : l’accélération de la précarisation, liée aux offensives néolibérales, avec la loi travail, les ordonnances Macron, la casse des lycées et des facs, la réforme de l’assurance chômage et celle des retraites. 

Et ces deux phénomènes contribuent à produire quelque chose qui les excède : la menace fasciste ou la fascisation. C’est l’espèce de processus pervers, ambivalent, où l’État néolibéral autoritaire contribue à rendre possible le fascisme, en tentant de le faire apparaître comme seule alternative tout en menant des politiques ouvertement inspirées par lui. Ce qui ne cesse de renforcer les forces fascistes comme les vocations meurtrières. 

La vraie question pour les militants, ça devient celle du rythme. Parce que le rythme accéléré de l’autoritarisme et de la précarisation a eu une conséquence très précise. Par une forme d’étrange paradoxe, c’est à peu près l’ensemble des forces du mouvement social qui sortent affaiblies d’une séquence de luttes de haute intensité. La répression, les flics qui dispersent les blocus, pénètrent les universités, éborgnent et massacrent les cortèges, ça rend difficile de construire sur le moyen terme.

La précarité généralisée, la baisse des indemnités chômages, les boulots étudiants qui rapportent rien et épuisent, les licenciements, les statuts précaires, c’est pareil. Pour nous, un des principaux problèmes c’est d’arriver à consolider nos forces, d’un mouvement à l’autre, d’une lutte à l’autre, de faire que les rencontres perdurent. Donc de travailler à notre propre temporalité, à l’existence de notre propre rythme. 

Mais pour parvenir à notre propre rythme, il faut affronter des questions parfois déplaisantes. D’abord celle des institutions. On réduit souvent la question à l’État, ou aux élections, mais au fond c’est aussi celles des infrastructures, avec l’idée de refaire vivre le vieux mutualisme ouvrier, pour défaire partiellement la précarité, tant de nos vies que de nos organisations. Quel rapport doit-on avoir donc aux institutions et auxquelles ? 

La seconde c’est peut-être celle, qui se recoupe avec la précédente, du rapport entre organisations et mouvement social. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que tout ce qui s’est fait d’intéressant depuis 2014 est venu de la rue. Mais pas de n’importe quelle rue. D’une rue qui ne se réduit pas aux organisations du mouvement ouvrier classique : ni dans sa composition ni dans ses pratiques. La rue depuis 2014 met à mal le vieux schéma militant qui fait que lorsqu’on parle de la rue on accorde la priorité aux organisations et à ses formes balisées : AG intersyndicales, manifestations de masse, bataille de l’opinion… 

On ne veut pas du tout dire qu’il faille s’en passer, mais il y a nécessité de discussion stratégique. À quoi on accorde sa priorité ? Au mouvement réel ou à la reproduction d’appareils ? Où est la conflictualité ? Uniquement dans certains secteurs traditionnels, ou aussi dans les ronds-points, chez les livreurs, dans toute la nouvelle disposition du capital. De qui faut-il apprendre ? Des militants professionnels ou des soulèvements récents ? Il ne faut pas se cacher : une très large partie des organisations du mouvement social n’a pas envie de tirer le bilan de la séquence qui s’achève. Il y a beaucoup de gens que ça arrange de faire comme si le cortège de tête n’était pas devenu une pratique obligatoire. Comme si Nuit debout n’avait pas eu lieu. Comme si, des émeutes de 2005 aux milliers de jeunes rassemblés devant le TGI de Paris à l’appel du comité Adama, en passant par les marches de la dignité, l’antiracisme politique n’avait pas enterré l’antiracisme moral. 

La troisième, pour ce qui nous concerne particulièrement, c’est la ligne à tenir concernant l’antifascisme. On soutient depuis longtemps que la lutte contre le fascisme ne se réduit pas à l’extrême droite. Bien sûr il faut tenir la rue face à leurs militants, notamment dans les facs où ils tentent de reprendre du terrain. Mais il faut aussi voir que ce sont les flics qui tuent le plus de noirs et d’arabes dans le pays. Que ce sont des gouvernements de droite, de gauche et du centre qui sont le fer de lance de l’accélération sécuritaire et raciste. Et que ce phénomène est précisément ce qui rend possible le pire. Qu’il faut donc tenir ensemble la lutte contre les fafs dans la rue et contre les tendances autoritaires et racistes de l’État français. 

Les grands moments antifascistes récents, c’est les marches de la dignité, la marche contre l’islamophobie ou le rassemblement devant le TGI pour Adama Traoré. C’est le mouvement lycéen contre l’expulsion de Leonarda et Khatchik. C’est depuis ce parcours de lutte, si on en tire un bilan lucide, nécessaire pour finir par l’emporter, que l’on pourra construire un autre monde. Et détruire celui, toujours plus irrespirable, que nous promettent les fascistes, le capital et l’État. C’est en construisant ce monde que l’on sera à la hauteur de la mémoire de Clément.

#ClémentVitDansNosLuttes

Texte lu par l’AFA-PB lors de la marche du 5 juin dernier

11.05.2022 à 19:21

Shireen Abu Akleh

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Shireen Abu Akleh, journaliste palestinienne est morte ce matin, tuée par une balle israélienne alors qu’elle s’apprêtait à documenter un raid de l’armée dans le quartier palestinien d’Al-Jabriyat à Jenine, en Cisjordanie occupée.

Ce matin quatre journalistes équipés de casques et de vestes permettant de les identifier comme tels faisaient face à des soldats armés. Sans qu’aucun témoin n’ait remarqué de menace envers les soldats, un premier journaliste a pris une balle dans le dos, puis ils ont visé Shireen Abu Akleh à la tête et l’ont tuée.

Shireen Abu Akleh s’est consacrée de longues années à documenter la violence de l’occupant. Son visage était connu en Palestine, dans le monde arabe et en Europe. Son travail de journaliste a permis de combattre l’idée, propagée par les sionistes et leurs alliés, qu’israéliens et palestiniens se battent à armes égales, ou pour les moins naïfs, qu’Israël use d’une violence disproportionnée mais de toute façon légitime.

Au fil des ans, Shireen Abu Akleh a montré que le peuple palestinien est l’objet d’un apartheid. Que c’est son existence même en tant que peuple qui est menacée.

Car l’enjeu est là. Derrière ce nouvel assassinat, et cette habitude à abattre les gens comme ça, de loin, en faisant toujours moins de distinction, c’est l’Histoire racontée par l’occupant qui avance. Celle qui répète inlassablement : ils ont tiré les premiers… ils se sont tirés dessus… nous n’étions pas là…. nous n’avons fait que nous défendre…

N’oublions pas.

Le 12 octobre 2000, cette même armée d’occupation avait visé et détruit les
locaux de la radio historique The Voice of Palestine à Ramallah où travaillait Shireen Abu Akleh. Aucun témoin n’avait remarqué de menace envers l’armée venant du bâtiment.

Le 30 septembre 2000, cette même armée a tué de trois balles le jeune Mohamed Al Durah, 12 ans, et blessé son père qui tentait de le protéger. Aucun témoin n’avait fait référence à une position menaçante de leur part envers l’armée.

À l’époque comme aujourd’hui, cela n’avait pas empêché l’Etat israélien et ses relais européens de contester sa responsabilité, de salir la mémoire des victimes, de jouer de toutes les confusions possibles pour, finalement, masquer la réalité du rapport de force global dans la tempête de l’évènement.

Si on remonte plus loin dans la tragédie, qu’ont-ils dit après Sabra et Chatila ? Qu’ils n’étaient pas là. Rappelons nous Begin à la Knesset, balayant le sujet en arguant que des chrétiens et des musulmans s’étaient entretués, et que c’était tout. Aujourd’hui, personne ne peut nier que les phalangistes ont eu la main libre parce que Tsahal l’avait décidé. Personne ne peut nier que les camps ont été rasé, et avec eux des preuves précieuses, parce que Tsahal l’avait décidé. Et pourtant, les bourreaux courent toujours.

N’oublions pas que lorsque l’Etat d’Israël fait couler le sang, il ne s’arrête jamais là. Il ne fait pas que salir la mémoire, il la trouble, il l’efface. Et de toute façon, un prochain crime chassera le précédent. Rajouter de l’horreur à l’horreur, pour confondre entre elles toutes les violences commises, contre les civils ou la Résistance armée, que l’on sait bien inférieure militairement, et ainsi, se dresser contre un seul ennemi, le peuple palestinien, pour le meurtrir de tous ses côtés à mesure qu’on lui vole ce qui lui reste de terre.

04.05.2022 à 13:29

Rester barbare. Pour une esthétique décoloniale.

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Rester barbare est un dialogue avec ce qui compose une bande, une ligne, plutôt qu’un panthéon. Louisa Yousfi rassemble autour d’elle les partisans d’un imaginaire de combat. Son programme consiste à bâtir une politique à partir d’une esthétique et pour cela, de bien s’entourer. Comme en son temps, Gyorg Lukacs avec les auteurs des Problèmes du réalisme.

Le point commun des membres de cette lignée est d’empêcher leur intégration dans l’empire, colonial, blanc, en produisant des mots, des images et des sons, qui permettent de sentir et de rendre visible une Histoire irrésolue. Pour en donner une vue d’ensemble, nous pouvons classer en trois catégories les figures invoquées par Louisa Yousfi. La littérature : Kateb Yacine, Toni Morrison, Chester Himes, Ralph Ellison. L’évènement : le 11 septembre, Mekhi Meklat AKA Marcelin Deschamps. Le rap : Booba, PNL (Sefyu et Tandem dans une moindre mesure).

La littérature et l’évènement regorgent de personnages et de situations qui défont le récit que l’empire se raconte et où il aimerait que tiennent tous ses sujets. Pour cela, les actes de violence des personnages vont bien au-delà de l’auto-défense. À chaque fois ils tendent des embuscades et frappent avec un coup d’avance, parfois sans qu’aucune morale ne les freinent en cours de route. Que le barbare surgisse derrière la langue châtiée, par le meurtre, les coups, l’imposture ou l’attentat, il ne laisse pas d’autres choix que de se faire voir et entendre, sans qu’on y soit préparé.

Jusque dans la crasse et dans l’horreur, Louisa Yousfi rend visible ce qui s’impose comme une subjectivité. Partout où celle-ci se donne à nouveau le droit de cité et quel qu’en soit le prix. Les conditions sont ainsi créées pour qu’une autre partie de l’histoire apparaisse et devienne un récit plus complet dont chacun peut être un habitant à part entière.

Booba et PNL jouent un tout autre rôle. Personnages voyants, revenants du futur des ruines de l’empire, ils ont chanté l’épopée de leur propre trajectoire. Errance, combat, ascension, insatisfaction, nostalgie, nouvel âge. Ce rap fabrique un récit d’autant plus épais que les héros avancent mal à l’aise dans le temps. Ils remportent des victoires, gravissent les échelons, tout en allant et venant sans arrêt vers le passé. Un récit contrarié où le destin n’est pas résolu et où l’indiscernable perdure.

Plus qu’ailleurs dans le livre, ces dernières figures excèdent l’histoire des marges de l’empire racontée par son centre, en lui opposant une forme totalisante qui permet de faire le tour de l’individu dans le temps. Un récit qui sculpte le temps et son vertige devant ce qu’on ne peut soigner et la tâche qui reste à accomplir. Une totalisation sans clôture.

Dans ces chapitres, Louisa Yousfi se penche davantage sur la forme. Elle saisit à merveille la faculté du rap « à composer des combinaisons inédites, à produire des œuvres d’une hétérogénéité aberrante. N’obéissant à aucun solfège ni répertoire, [il est] pure puissance d’expérimentation par le bas, en même temps que puissance “d’incorporation” ».

Il n’est pas anodin que Kateb Yacine, Toni Morrison, Chester Himes ou Ralph Ellison (ce dernier est partie intégrante du chapitre sur le 11 septembre) ne bénéficient pas de l’approche qui consiste, pour le rap, à mettre en lumière une singularité du langage et de la place qu’il est le seul à savoir occuper.

Il est même frappant que de ce côté de l’ouvrage se tiennent un poète (Kateb Yacine) à l’écriture excessivement fleurie et à la métaphore lourde, ou une romancière et un romancier (Toni Morrison et Chester Himes) qui ont tendance à figer le récit au service de la parabole. Ces figures trouvent leur place principalement pour servir la démonstration et en tirer la matière d’une politique authentiquement décoloniale mais sont assez peu mis en valeur pour leur vigueur formelle. C’était sans doute inévitable.

Au contraire, dans les chapitres consacrés au rap, émergent les contours d’une vraie esthétique et de sa politique. C’est là qu’apparaît avec force la combinaison d’une expérience de militante et de critique capable de saisir l’extrême contemporanéité des mots et de leur scansion particulière dans une Histoire qui est en jeu. Louisa Yousfi montre qu’en ce moment même, des voix vivent autour de nous sans s’éteindre à la fin de la démonstration. Des voix qui nous hantent parce qu’elles sont tout autant situées et tenues qu’elles se perdent en route. Ce qu’elles disent compte presque moins que lorsqu’elles divaguent, se suspendent et font penser à ce qui restent à accomplir.

La lecture de Rester barbare conforte l’idée que, lorsque militer devient, aussi, un certain art de sentir, cela ne se limite plus à combattre pour une cause ou résister à une oppression. C’est aussi apprendre à aimer son temps. Son chaos. C’est se donner les moyens d’acquérir de la force, de la ruse, du courage, de la tendresse. Encore faut-il accepter de se salir les mains. Et pour cela il est fortement déconseillé d’écouter du « rap conscient ».

03.04.2022 à 13:54

Amilcar Cabral – Ne faites pas croire à des victoires faciles [bonnes feuilles]

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Quand, le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral est assassiné à l’âge de 48 ans, ce n’est pas uniquement le dirigeant historique du mouvement d’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert qui disparaît. Le monde perd également l’internationaliste qu’il était, théoricien de la révolution et artisan de la Tricontinentale.

Les éditions Premiers Matins de Novembre viennent de publier un précieux volume reprenant les écrits fondamentaux d’Amilcar Cabral, qui permet de percevoir la puissance toujours actuelle de ses analyses et de sa vision de la Révolution – dont voici les bonnes feuilles.

Nous présentons également en introduction un extrait de la postface rédigée par Ron Augustin et Jann-Marc Rouillan, anciens activistes d’Action Directe et de la Fraction Armée Rouge.

Amilcar Cabral - Ne faites pas croire à des victoires faciles [bonnes feuilles]

Pour un anti-impérialisme conséquent et offensif

Nous devons retenir deux grandes affirmations pour comprendre les enjeux impérialistes actuels.

En premier lieu, les politiques impérialistes sont très agressives, car si l’accumulation crée effectivement l’unité du monde, nous le soulignons à nouveau, c’est dans la différenciation et le développement inégal mais aussi à plus ou moins long terme dans les limites historiques de son expansion comme mode de production. Partout se dressent des résistances populaires à l’aggravation des espaces inégaux et à la dislocation géographique générale. Le refus s’étend en des formes complexes et dynamiques. La gestion pacifiée dans les centres comme à la périphérie s’épuise.

En seconde affirmation, le commandement et le contrôle impérialiste reposent sur les intérêts d’une classe mondiale extrêmement minoritaire, bien plus minoritaire que la classe monopoliste l’était à l’époque précédente. Une classe transnationale qui a de plus en plus de mal à créer des articulations avec l’ancienne classe monopoliste et les bourgeoisies locales et leurs appareils étatiques en dehors de la soumission absolue. Cela d’autant plus radicalement depuis que la crise de 2008 a réduit drastiquement les possibilités de redistribution pour plus de collaboration.

Ainsi l’omnipuissance devient une hyper fragilité quand on ne croit plus nécessaire de partager. La culture et le mode de fonctionnement de la bourgeoisie transnationale est l’accaparement global et total.

Ces deux points montrent également combien une des contradictions profondes du commandement transnational est aussi la résistance de l’ancien (c’est-à-dire des anciennes formes de gouvernance). Comme on le voit avec le Brexit et les gouvernements populistes et protectionnistes qui sont apparus dans les fiefs du centre. Mais au-delà du décorum populiste, ils sont encore et toujours submergés par le capital dominant et sa mondialisation jusqu’à être transformés en marionnettes grotesques.

Ailleurs l’impérialisme occidental passe en force, si un pays possède d’énormes réserves de matière première et s’il tient à en conserver la propriété nationalisée, il est en danger.

Si sa situation géographique le place sur ou proche d’un axe essentiel de flux et qu’il ne joue pas le jeu de la libéralisation des flux transnationaux, il est en danger.

S’il remet en cause le diktat de la dette (qui est l’arme du capital financier de restructuration des États dépendants), s’il joue d’une autre monnaie que le dollar pour ses ventes et ses achats (comme l’ont fait en leur temps Saddam Hussein et Kadhafi), il est en danger.

S’il n’accepte pas les formes de l’étatique néolibéral et la dominance absolue du transnational impérialiste, il est en danger.

Le temps est à la généralisation de la guerre. Le système capitaliste sous sa forme radicalisée de néolibéralisme est en crise, le modèle s’épuise sans qu’il puisse entrevoir d’autre issue que le contrôle violent des populations et une destruction massive de force de travail.

C’est-à-dire l’extension de la fascisation !

Tous les procès de fascisation sont liés centralement à la bourgeoisie transnationale et non aux replis réactionnaires de quelques nostalgiques. La fascisation se généralise pour dynamiter les obstacles à l’expérimentation et à la mise en place d’un nouveau modèle d’accumulation. Les mécanismes profonds de la structure du système capitaliste le pousse à avancer et aujourd’hui il est au bord du précipice, au niveau économique, financier, écologique, social, sanitaire…

« Socialisme ou barbarie » s’interrogeaient les théoriciens du début du siècle passé.

Jamais cette constatation n’aura eu autant d’actualité.

Jann-Marc Rouillan & Ron Augustin

Une crise de connaissance.
Discours à la Troisième Conférence des peuples africains au Caire, tenue du 25 au 31 mars 1961

Notre deuxième conférence, tenue à Tunis, a été l’ouverture de l’Année de l’Afrique. En 1960, les peuples africains ont remporté beaucoup de victoires. Pendant ces quatorze derniers mois les pays africains réellement indépendants ont enregistré des progrès considérables en ce qui concerne la consolidation de leur indépendance ; plusieurs pays ont acquis l’autonomie politique ; les peuples qui se trouvent encore sous la domination coloniale classique ont renforcé leur lutte de libération ; encore une fois l’héroïque peuple d’Algérie a fait marcher plus vite l’histoire ; et, sur le plan international, un dynamisme politique pas complètement dépourvu de contradictions, mais maintes fois fructueux, a abouti à quelques résultats excellents, parmi lesquels ceux de la Conférence historique de Casablanca et la résolution très importante de la XVe Assemblée Générale des Nations Unies concernant l’octroi de l’indépendance aux peuples coloniaux.

Cependant 1960 ne perdra pas sa qualification d’Année de l’Afrique, si nous tenons compte aussi des échecs enregistrés et des erreurs commises. Au contraire, l’analyse concrète de ces échecs et erreurs — de leurs causes, nature et effets — renforce le caractère africain de l’année 1960. Plusieurs peuples ont vu leurs aspirations bafouées par une indépendance nominale, et ont été soumis à une nouvelle forme de colonialisme. Le peuple de l’Afrique du Sud, ainsi que ceux de notre propre pays, de l’Angola, du Mozambique et des autres colonies portugaises, sont toujours soumis à la plus violente exploitation et à la plus barbare répression coloniale. Des luttes intestines marquèrent l’existence de quelques peuples africains et créent des obstacles à l’indispensable unité nationale. La pratique de la solidarité africaine a été quelquefois caractérisée par le manque d’initiative, par une certaine hésitation et même une improvisation que nos ennemis ont su exploiter en leur faveur. Et le plus conséquent peut-être, mais sûrement le plus dramatique des échecs et aussi des erreurs dont nous avons souffert et souffrons encore a été le cas du Congo, dont le couronnement tragique est l’assassinat de Patrice Lumumba.

Si les victoires doivent être une raison de fierté et une stimulation dans la marche de nos peuples vers le progrès, la conscience de nos échecs et de nos erreurs, prise à travers une analyse lucide et une critique juste, doit renforcer notre lutte, enrichir notre expérience, donc rendre plus possibles et plus sûres de nouvelles victoires. En réalité, ces échecs et ces erreurs nous ont appris beaucoup de choses très importantes. Aujourd’hui nous connaissons mieux et nos amis et la nature, les forces et les formes d’action de nos ennemis ; l’efficacité ou l’inefficacité des moyens d’action auxquels nous pouvons avoir recours. Nous savons quelle est la capacité de l’O.N.U. et quelles sont les fonctions de son secrétaire général ; et — ce qui n’est pas moins important que tout cela — nous connaissons dorénavant notre propre nature.

On peut dire que l’année 1960, plus précisément le drame du Congo, a rendu à l’Africain ses dimensions humaines. Devant nos victoires ou devant nos échecs, il ne faut pas oublier qu’aucun de nos ennemis n’a été réellement et totalement vaincu et chassé de l’Afrique. Les colonialistes-fascistes portugais massacrent nos peuples en Angola, en Guinée et au Mozambique ; les racistes-fascistes de l’Afrique du Sud renforcent chaque jour leur odieuse politique d’apartheid ; les colonialistes belges ont mis à nouveau sur le sol du Congo le seul pied qu’ils avaient été forcés de retirer ; les impérialistes et colonialistes anglais redoublent d’imagination et de cynisme, cherchant à maintenir leur domination totale en Afrique orientale et leur domination économique dans les colonies de l’Ouest africain ; les impérialistes et colonialistes français tuent des populations sans défense en Algérie, font éclater des bombes atomiques sur le sol africain, essayent de créer une nouvelle absurdité à la fois géographique, historique et technique — le Sahara “province française” — et renforcent leur domination économique sur quelques-uns de nos peuples ; les impérialistes américains sortent de l’ombre et, étonnés devant la faiblesse de leurs partenaires, cherchent, avec plus ou moins de souplesse, à les remplacer partout.

Nos ennemis sont fermement déterminés à nous donner des coups mortels et à transformer nos victoires en échecs. Ils savent, pour atteindre ce but, utiliser l’instrument le plus propice : les traîtres africains. Voilà une vérité rendue plus évidente par notre lutte : malgré les forces armées, les impérialistes ne peuvent pas se passer des traîtres. Chefs traditionnels et bandits pendant l’esclavage et les guerres de conquête coloniale ; gendarmes, divers agents et soldats mercenaires durant l’âge d’or du colonialisme ; soi-disant chefs d’État et ministres à l’époque du néocolonialisme. Les ennemis des peuples africains sont puissants et rusés et peuvent toujours disposer de laquais fidèles chez nous, car les Quisling ne sont pas un privilège de l’Europe.

Mais notre lutte est un fait concret et rien ne saura arrêter la marche de nos peuples vers le progrès et le bonheur. C’est la marche de l’histoire. Cependant, si nous voulons neutraliser l’action retardatrice menée par nos ennemis et leurs laquais, nous devons renforcer les moyens d’action et la vigilance de la révolution africaine. Cherchons à être précis. Pour nous, révolution africaine veut dire : transformation de la vie économique actuelle des sociétés africaines dans le sens du progrès. Cette transformation exige comme condition préalable la liquidation de la domination économique étrangère dont toute autre sorte de domination est dépendante. Renforcer les moyens d’action veut dire : développer les moyens efficaces et en créer d’autres, sur la base de la connaissance de la réalité concrète de l’Afrique et de chaque pays africain, et du contenu universel des expériences acquises dans d’autres milieux et par d’autres peuples. Vigilance veut dire : sélection rigoureuse des amis, surveillance et lutte permanente contre les ennemis (externes et internes), neutralisation ou liquidation de tous les facteurs contraires au progrès.

Il ne faut pas oublier que la révolution africaine est au service de la paix et du progrès de l’humanité tout entière. Si les peuples africains arrivent à prendre dans leurs mains, à exploiter et à développer rationnellement toutes les richesses matérielles et humaines de leurs pays, ce sera une contribution décisive à la paix mondiale, à la disparition totale de l’impérialisme. Et aussi une contribution efficace au progrès de l’humanité, à la fois parce que nous aussi nous faisons partie de l’humanité, et parce que la liquidation de l’impérialisme en Afrique, tout en étant une condition de sécurité pour les peuples épris de paix, facilitera l’émancipation sociale et politique des larges masses populaires des pays impérialistes et colonialistes. Nos épaules sont donc chargées de lourdes responsabilités devant nous-mêmes, devant le monde et devant l’histoire. Les yeux qui nous regardent, les oreilles qui nous écoutent, les têtes et les mains qui nous aident — et même les armes qui nous tuent — sont aussi conscients de nos responsabilités, du rôle que nos peuples, sous-développés, sans bombes atomiques et sans satellites artificiels, peuvent et doivent jouer dans l’évolution de la vie humaine de nos jours.

Notre tâche n’est pas facile. Nous devons affronter et surmonter beaucoup de difficultés, soit dérivées des contradictions de notre vie et de notre développement, soit créées ou imposées par les ennemis du progrès de nos peuples. À l’heure actuelle, une difficulté première — celle de la quête de l’autonomie politique — est déjà dépassée, malgré la permanence de quelques zones de colonialisme classique, dont les jours sont partout comptés. Il nous semble qu’à présent les plus grandes difficultés concernent la conquête de l’indépendance économique, la consolidation de l’indépendance nationale, la lutte contre le néo-colonialisme. La vitesse et la multiplicité d’aspects prises par la révolution africaine — et aussi les manoeuvres et les machinations ourdies par nos ennemis — sont à la base de ces difficultés. Dans plusieurs pays la lutte de libération n’a pas pu atteindre un caractère révolutionnaire. Le bilan positif de l’année 1960 ne peut pas faire oublier la réalité d’une crise de la révolution africaine.

C’est l’existence de cette crise et la certitude qu’il est possible de la résoudre qui donnent une importance extraordinaire à cette Conférence. Quelle est la nature de cette crise ? Il nous semble que loin d’être une crise de croissance, elle est principalement une crise de connaissance. Dans plusieurs cas, la pratique de la lutte de libération et les perspectives de l’avenir sont non seulement dépourvues d’une base théorique mais aussi plus ou moins coupées de la réalité concrète du milieu. Les expériences locales ainsi que celles d’autres milieux, concernant la conquête de l’indépendance nationale, l’unité nationale et les bases pour la construction du progrès, ont été ou sont oubliées. Cependant les conditions historiques de nos jours sont très favorables à la marche victorieuse de la révolution africaine. Pour agir en accord avec ces conditions favorables, que nous aussi nous avons créées, il nous semble que parmi les nécessités à satisfaire, les trois suivantes sont très importantes : a) connaissance concrète de la réalité de chaque pays et de l’Afrique ainsi que des expériences concernant d’autres peuples ; b) élaboration, sur des bases scientifiques, des principes qui doivent orienter la marche de nos peuples vers le progrès (lutte de libération et reconstruction économique) ; c) définition des mesures pratiques à adopter dans chaque cas particulier. Tout le monde peut facilement voir en quoi ces nécessités répondent à la nature et à l’origine des principaux problèmes que nous affrontons et qui nous affligent.

Amilcar Cabral

Amilcar Cabral : Discours sur le cancer de la trahison

Discours d’Angela Davis sur Amilcar Cabral et la Guinée-Bissau

20.03.2022 à 13:24

« La France est un allié stratégique de l’occupation israélienne »

lemarteausansmaitre

Un ancien militant du Collectif Palestine Vaincra réagit à la dissolution du groupe engagée fin février par le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, et entérinée le 10 mars. Retraçant les grandes étapes de son parcours militant centré sur le soutien à la résistance contre l’État sioniste et la campagne pour la libération des prisonniers palestiniens, il met en perspective la répression dont le collectif est la cible dans le cadre plus large du tournant autoritaire de l’État français et de son alliance stratégique avec Israël.

Pouvez-vous revenir sur l’histoire de votre organisation, sa naissance, ses axes principaux de travail et sa stratégie politique ?

Le Collectif Palestine Vaincra a été fondé en mars 2019 à la suite d’une dizaine d’années de travail en soutien à la résistance palestinienne en général et à Georges Abdallah en particulier, dans la région de Toulouse. Le travail du collectif consistait à développer une solidarité anti-impérialiste avec le peuple palestinien qui lutte depuis plus de 70 ans contre l’une des dernières colonisations de peuplement de la planète : l’État sioniste. Cela passait par un travail régulier de terrain dans le centre-ville et dans plusieurs quartiers populaires toulousains autour de campagnes de solidarité et de mobilisation, par exemple pour le boycott d’Israël, pour la défense de la légitimité de la résistance face à l’occupation, pour la libération des prisonnier.e.s palestinien.ne.s et Georges Abdallah, ou encore localement contre le jumelage de Toulouse avec Tel-Aviv, etc. Un engagement qui existe en France depuis plus de 50 ans à travers de nombreuses organisations et qui est aujourd’hui gravement criminalisé.

Vous avez été dissous il y a quelques jours : comment en avez-vous été informés ?

Nous en avons été informés par un tweet du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le jeudi 24 février en fin d’après-midi. Cela a été suivi par la remise d’un document qui annonçait la volonté du gouvernement d’engager une procédure de dissolution qui a été validée en Conseil des Ministres le 9 mars dernier. Le lendemain, le jeudi 10 mars, le décret de dissolution est paru au Journal Officiel rendant effectif l’interdiction du collectif en France.

Avant le CPV, d’autres organisations, notamment de lutte contre l’islamophobie, avaient été ciblées par des procédures de dissolution. Comment envisagez vous la procédure visant le CPV dans le cadre du tournant autoritaire de l’État d’une part, de la criminalisation du soutien à la cause palestinienne d’autre part ?

Depuis le début du quinquennat Macron, on a vu un virage autoritaire s’opérer notamment à travers la dissolution de nombreuses organisations musulmanes et/ou antiracistes ainsi que l’adoption de lois liberticides, comme la loi sur le prétendu « séparatisme » ou celle dite de « sécurité globale ». La dissolution du Collectif Palestine Vaincra s’inscrit évidemment dans cette dynamique réactionnaire mais elle a une dimension particulière autour de la criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine.

En effet, la France est un allié stratégique de l’occupation israélienne et développe dans ce cadre une politique de répression importante contre les partisan.e.s de la justice en Palestine. Cela passe par la poursuite de militant.e.s de la campagne de boycott d’Israël ou encore les tentatives d’amalgamer l’antisionisme et l’antisémitisme. Mais depuis plusieurs années, on observe une radicalisation de la position française de soutien à l’apartheid israélien. La dernière en date est la sortie de Jean Castex au dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) qui affirme que « Jérusalem est la capitale éternelle du peuple juif », une déclaration qui confirme un alignement sur l’extrême droite israélienne au moment où celle-ci poursuit sa politique de nettoyage ethnique dans la ville palestinienne occupée, en particulier dans les quartiers de Sheikh Jarrah et Silwan.

Dans le décret de dissolution, le soutien au FPLP et à Georges Abdallah vous est particulièrement reproché. Qu’en pensez-vous ?

Le fait que le soutien aux prisonnier.e.s palestinien.ne.s, en particulier Ahmad Sa’adat et Georges Abdallah, soit invoqué comme un motif de dissolution en dit long sur le caractère politique d’une telle décision. Non seulement l’État sioniste et ses alliés emprisonnent les Palestinien.ne.s qui luttent pour leur droit à l’autodétermination, mais c’est maintenant au tour des organisations qui soutiennent ces prisonnier.e.s d’être criminalisées. Rappelons que récemment, deux organisation de soutien aux prisonnier.e.s palestinien.ne.s ont été classées comme « organisations terroristes » par Israël : le réseau international de solidarité avec les prisonnier.e.s palestinien.ne.s Samidoun et Addameer. C’est donc aujourd’hui le Collectif Palestine Vaincra qui est dissous en France, pour des motifs similaires. Ce sont des attaques extrêmement graves qui doivent être largement dénoncées. Cela met en avant l’importance et la centralité de la cause des prisonnier.e.s palestinien.ne.s qui incarnent aujourd’hui le véritable leadership de la résistance palestinienne pour le retour et la libération de la Palestine de la mer au Jourdain.

Quelle stratégie allez-vous engager pour la suite ?

Au niveau juridique, le collectif engage un recours devant le Conseil d’État afin de contester cette dissolution. En parallèle, un Comité contre la dissolution du Collectif Palestine Vaincra va voir le jour. Il rassemble de nombreuses organisations politiques, syndicales, et des collectifs qui ont décidé de développer une campagne de solidarité pour dénoncer ces attaques et la criminalisation du mouvement de solidarité avec la Palestine. Il s’agit en effet d’une attaque contre l’ensemble des organisations engagées contre le colonialisme, le racisme et l’impérialisme. Il faut donc faire front commun pour lutter contre cette offensive répressive ! Prochainement, des initiatives de soutien devraient avoir lieu dans plusieurs villes en France et à l’étranger.

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