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01.12.2021 à 10:23

Bloquons le Zénith de Zemmour !

lemarteausansmaitre

Après plusieurs semaines d’une campagne qui ne disait pas son nom, Éric Zemmour a enfin officialisé sa candidature à la présidence de la République, comme tout le monde s’y attendait.

Sa vidéo d’annonce est d’une ringardise passéiste qui frôle la parodie : aux images d’archives en noir et blanc de l’INA censées susciter la nostalgie d’une « France d’avant » fantasmée succède l’évocation du temps glorieux des « chevaliers et des gentes dames », après quoi Zemmour s’approprie sans honte des figures célèbres de notre histoire littéraire, musicale ou cinématographique lors d’une interminable séquence de name-dropping. On y voit même se référer à Jean Moulin celui qui ne cesse de défendre Vichy et la Collaboration.

Mais l’affect central de son discours reste le même : l’angoisse paranoïaque de l’étranger, la mythologie du grand remplacement, la guerre de civilisation. Pour lui donner plus d’impact encore, il fait défiler pêle-mêle des images de prolétaires non-blancs entassés dans une rame de RER bondée, d’émeutes urbaines et de véhicules incendiés, de campagnes publicitaires montrant des jeunes femmes voilées… ce montage hallucinogène visant bien sûr à conforter l’idée que les Français seraient désormais des étrangers dans leur propre pays, des « exilés de l’intérieur ». Le tout avec en fond sonore la 7ème Symphonie d’un Beethoven qui doit se retourner dans sa tombe.

Cette mise en scène serait simplement grotesque et ridicule si elle n’était pas aussi le manifeste d’une campagne qui, quelle que soit son issue, aura marqué un tournant politique et idéologique. 

Zemmour retrace la frontière du dicible et de l’indicible dans le débat public. Là où ceux – politiciens conservateurs ou sociaux-démocrates, intellectuels réactionnaires et journalistes serviles – qui lui ont préparé le terrain depuis des années se dissimulaient derrière une apparente modération discursive, Zemmour ne s’encombre plus d’aucun filtre : son racisme est explicite, son attaque ouverte et décomplexée contre toutes celles et tous ceux qui, par leur existence même, souilleraient l’identité immuable de la France éternelle.

Mais Zemmour retrace aussi peut-être la frontière du faisable et de l’infaisable. Car le versant pratique de ce déclinisme crépusculaire ne saurait faire de doute : ce qui nous attend est un saut qualitatif dramatique dans la persécution des musulmans et des étrangers, l’impunité offerte aux forces de police, la répression militarisée de toute contestation sociale, la contre-révolution idéologique. En somme tous les éléments d’un processus de fascisation qui, depuis bien avant Zemmour, s’approfondit au sein même de l’appareil d’État et des institutions de la République.

Dimanche prochain doit se tenir le grand meeting parisien de Zemmour à la Villette. Ces dernières semaines, de Nantes à Marseille en passant par Lyon, l’extrême-droite a été accueillie par des mobilisations populaires parfois imprévues, toujours déterminées. Mettons nous à leur école, suivons leur exemple. Puisque la campagne de Zemmour ne semble rencontrer aucun autre obstacle que l’autodéfense populaire, organisons nous pour bloquer son meeting au Zénith. Plutôt que de participer à une manifestation impuissante à plusieurs kilomètres de distance, rassemblons-nous dès 12h aux abords du parc de la Villette. Ainsi nous montrerons que face à la campagne d’un candidat qui tente de rendre majoritaire son projet suprémaciste, une unification populaire est possible, partant de la rue pour construire une alternative égalitaire et émancipatrice.

Nous étions plusieurs milliers samedi dernier pour affirmer la nécessité d’un antifascisme autonome, aux côtés des familles de victimes de crimes policiers, des syndicalistes et des gilets jaunes. Soyons encore plus nombreux dimanche prochain pour faire taire Éric Zemmour et faire passer la riposte à un niveau supérieur.

Lien vers l’événement Facebook

Bloquons le Zénith de Zemmour !
Photo Léo KS

30.11.2021 à 16:56

Contre Éric Zemmour en France comme en Arménie

lemarteausansmaitre

Nous, Arménien.ne.s de France engagé.e.s contre le racisme et pour la solidarité des peuples en lutte, élevons nos voix pour dénoncer les récupérations ordurières qu’Éric Zemmour fait de nos souffrances. 

Éric Zemmour est un personnage éminemment dangereux pour notre vie politique et sociale, qui réhabilite les figures fascistes françaises, assume son racisme, son sexisme et sa lecture révisionniste de la Shoah, de l’Occupation allemande ou de la colonisation française. Il n’y aurait rien à ajouter pour s’opposer à lui si ses motivations ne nous concernaient pas directement. Mais depuis quelques années, Éric Zemmour a décidé de se mêler de nos affaires et s’y attache particulièrement depuis la dernière guerre enclenchée par l’Azerbaïdjan contre l’Artsakh (Haut-Karabakh) et l’Arménie en 2020.

Ainsi réagit-il régulièrement, sur les plateaux télévisés ou sur les réseaux sociaux, à l’actualité de cette guerre et de ses conséquences. En cette période électorale, son pseudo-soutien à la communauté arménienne de France et aux Arménien.ne.s d’Arménie est destiné à faire parler de lui auprès des populations françaises et/ou franco-arméniennes. Pire, cela pourrait même aller jusqu’à légitimer son activité politique en dehors des frontières françaises : pour la seconde fois, nous apprenons par une source sérieuse1 qu’Éric Zemmour prépare un voyage de nature politique en Arménie du 11 au 15 décembre prochain. 

Éric Zemmour aurait donc déjà une feuille de route en Arménie, pour les affaires étrangères ? Quel intérêt ce petit pays, qui a perdu ses ressources au gré des conquêtes impériales et qui peine à exister encore, présente-t-il pour lui ? Aucun. Ce n’est pas le pays qui l’intéresse, mais la caution « arménienne » qu’il va tirer de ce voyage, alors que personne ne le connaît là-bas et que le pays est dans une période d’après-guerre désastreuse.

Le pays se vide, mais il y a une grande communauté arménienne en France (plus de 600 000 habitant.es), principalement issue de l’histoire douloureuse du génocide de 1915. L’histoire nous est tristement familière : Zemmour vient faire son marché sur le sang des Arménien.ne.s, après bien d’autres – comme le fasciste Marc de Cacqueray qui s’était rendu armé en Artsakh durant la dernière guerre ou le militant identitaire Jean-Eudes Gannat, qui racole l’argent arménien avec sa structure « Solidarité Arménie », sans oublier la réécriture culturaliste de Michel Onfray. Une méthode très simple mais qui produit beaucoup de confusions : s’afficher comme « l’ennemi des ennemis » – et donc « l’ami » – des groupes opprimés et isolés, comme les Arméniens d’Artsakh en automne 2020. Suivant cette logique, Zemmour serait l’ami des Arménien.ne.s, puisque leurs oppresseurs Erdoğan et Aliyev seraient les symboles d’un Islam conquérant en terre chrétienne d’Europe. En une phrase, la cause arménienne et l’auto-défense de l’Artsakh sont transformées en un champ de bataille franco-français où l’extrême-droite peut projeter ses fantasmes de « grand remplacement » et de « guerre civilisationnelle » entre Orient et Occident, Islam et Chrétienté.

Un raciste reste un raciste, et lorsqu’il dénigre certain.e.s immigré.e.s pour en encenser d’autres, c’est toujours au nom du racisme. En 2018, Éric Zemmour s’était réjoui que Shahnough Vahignag Aznavourian, se soit résolu (lui, et non ses parents, par pragmatisme et non par conviction) à se rebaptiser Charles Aznavour, afin de pouvoir exister dans un showbiz xénophobe. Traduction, en langue zemmourienne : « Arménien.ne.s, je vous aime, car vous savez renier ce que vous êtes. »

Ce n’est assurément pas l’Arménie, ni ses habitant.e.s, ni les Arménien.ne.s de France qui intéressent Zemmour, mais ce qu’il peut faire de « l’Arménien », une fois qu’il est à terre. Zemmour feint de défendre les Arménien.ne.s contre l’Azerbaïdjan sur CNEWS mais envisagerait-il, président, de nommer Ministre de la Justice son avocat et ami Olivier Pardo ? Rappelons que ce monsieur est aussi l’avocat de l’Azerbaïdjan à diverses grandes occasions – telles que le procès pour « diffamation » sur la nature de son régime contre la journaliste Élise Lucet, ou l’action contre les chartes d’amitié entre les collectivités françaises et la République d’Artsakh, et qu’il est aussi l’avocat du plus actif des militants négationnistes à la solde d’Ankara, reconnu comme tel par la Justice française : Maxime Gauin.

Nous connaissons notre histoire, et nous ne céderons pas à cette tentative de rapt idéologique. En défendant nos églises contre le rouleau-compresseur exterminateur de l’impérialisme turc et de ses alliés, c’est notre existence et notre culture que nous défendons, et pas celle des suprémacistes et impérialistes occidentaux. Nous refusons que notre histoire soit instrumentalisée, au nom de notre propre dignité, mais aussi par refus des fins violemment discriminantes auxquelles sert cette « OPA ». Sous quelque forme que ce soit, toute tentative de rapprochement entre notre cause et celles de l’extrême droite, explicite ou non, relève de l’injure. Elle ne venge pas les victimes arméniennes de 1915 ou de 2020, mais les tue une seconde fois.

En France comme en Arménie, Zemmour dégage !  

Signataires : 

Renaud Cornand, sociologue

Philippe Huneman, directeur de recherche en philosophie au CNRS

Razmig Keucheyan, sociologue

Marie Sonnette-Manouguian, enseignante

Sylvie Manouguian, responsable associative et culturelle

Pierre Tevanian, philosophe

Ani Tsovinar Vanetsyan, (membre du collectif d’auteur.e.s Djaragayt socialiste, autonome, internationaliste)


22.11.2021 à 14:49

La révolte en Palestine d’après Gabriel Péri

lemarteausansmaitre

Mai 1936. Premières heures du Front populaire en France. En Palestine, les Palestiniens prennent les armes contre l’occupant anglais et les organisations sionistes.

Gabriel Péri, responsable du service de politique étrangère au journal l’Humanité, dénonce les manoeuvres de l’impérialisme britannique et des sionistes, et appelle à la solidarité de classe contre l’antisémitisme en Europe.

Résistant, livré par la Police française, les nazis le fusillent en 1941.


06.11.2021 à 12:36

Samedi 27 novembre : contre le racisme et les violences d’État

lemarteausansmaitre

À l’appel de plusieurs organisations, une manifestation contre l’extrême-droite, ses idées et le racisme se tiendra à Paris le 27 novembre à 15h à Ménilmontant. Nous appelons à y constituer un cortège antiraciste contre les violences d’État.

Il y a quelque chose de pourri dans la Ve République.

La campagne électorale qui s’ouvre fait déjà sauter les digues qui semblaient encadrer le débat public. Partout, sur les plateaux, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, on ne parle presque plus que d’un homme, Éric Zemmour, trop heureux de trouver autant de tribunes pour exprimer son racisme désinhibé, son obsession islamophobe, sa misogynie crasse et sa réhabilitation systématique de la collaboration et des guerres coloniales.

Que sa candidature rencontre autant de succès, dans les sondages et les médias, en dit plus sur l’état du pays et de sa classe dirigeante que sur les mérites de ce médiocre chroniqueur télé.

Au fond, Zemmour est autant le symptôme que la courroie de transmission de la fascisation des esprits.

Son succès tient à la droitisation du champ politique français en marche depuis plusieurs décennies, qui a fait de l’extrême droite un acteur incontournable des seconds tours électoraux, pendant que politiciens de gauche et de droite reprenaient ses propositions et ses mots d’ordre.

Rappelons-le, la possibilité de l’élection de Zemmour ou Le Pen (qui signerait sans doute une accélération inédite dans le chemin vers le fascisme) ne tombe pas du ciel : elle tient à la progression de ce vaste consensus islamophobe et anti-social, qui voit dans la fuite en avant raciste le meilleur moyen de faire progresser l’agenda néolibéral et la précarisation massive qu’il promet.

On ne parlerait pas aujourd’hui avec tant de légèreté de « grand remplacement », de « tyrannie des minorités », d’interdiction des voiles et des kippas, et ainsi de suite, s’il n’y avait pas eu Sarkozy, Valls, Darmanin…

La parole raciste s’est hissée jusqu’au plus haut sommet de l’État, accompagnant lois et pratiques scélérates : interdiction du foulard en 2003, contrôles au faciès et crimes policiers, états d’urgences à répétition et perquisitions de milliers de musulman.e.s, dissolution d’associations luttant contre l’islamophobie sous des prétextes ahurissants.

Ce déchaînement raciste s’est systématiquement soutenu d’un plus vaste tournant autoritaire. On a vu les techniques réservées jusqu’alors à la gestion néocoloniale des quartiers populaires s’étendre à l’ensemble de la contestation sociale : syndicalistes, gilets jaunes, mouvements écologistes et féministes ont connu les nasses, les éborgnements, les mains arrachées et parfois la mort.

Les morts de Rémi Fraisse, Adama Traoré, Zineb Redouane et de trop d’autres sont le prix infâme payé par la population française dans la guerre que son élite mène contre elle.

Face à la fuite en avant raciste d’un capitalisme sauvage, une vaste riposte sociale est nécessaire. Il n’est pas question de remettre à l’après-élection la contestation des tendances fascistes qui se déploient actuellement, ni de placer son espoir en de vagues fronts électoraux aux côtés de ceux qui ont contribué au désastre. L’idée de dresser un cordon sanitaire entre l’extrême-droite organisée et le reste du spectre politique est dépassée : on n’arrêtera pas la marche des Zemmour et des Le Pen sans défaire le monde qui les rend possible. Il n’est pas d’antifascisme qui ne doive triompher de tous les winners de la macronie et de la bourgeoisie impérialiste. Car nous le savons : derrière chaque fascisme, il y a une révolution avortée. Nous n’avons d’autre choix que de réussir la nôtre.


27.10.2021 à 16:33

Profanation d’un cimetière et révision de l’histoire à Jérusalem

lemarteausansmaitre

Depuis deux semaines, la destruction du cimetière palestinien Al-Yusufiyah est en cours. Situé à l’Est de Jérusalem, séparé de la vieille ville par la porte Al-Asbat, le cimetière est l’enjeu d’une conquête pour La Direction de la nature et des parcs d’Israël et les groupes de colons venus prêter main forte. À coups de bulldozer, les autorités israéliennes vident le cimetière qui doit devenir l’une des étapes d’un parc à thème touristique et religieux intitulé « Les sentiers de la bible ». Tombes profanées, arbres arrachés, escalier Babal-Asbat, vestige de la vieille ville, démoli.

Rien n’arrête la vaste entreprise de réécriture de l’Histoire par les Israéliens.

Celle-ci ne cible pas que les Palestiniens, ni l’Histoire vieille de plusieurs siècles, puisque le cimetière accueille également le mémorial et les tombes des martyrs Jordaniens, et Irakiens, qui défendirent la ville de Jérusalem durant la guerre de 1967. Des tombes jordaniennes ont déjà été démolies en 2014.

Cela fait trois ans que les autorités israéliennes ont fermé la principale voie d’accès au cimetière sous prétexte de mener des fouilles. À terme il ne devrait plus rien en rester.

En réaction, des confrontations entre Palestiniens et la police d’occupation ont eu lieu. Canons à eau, matraques, grenades lacrymogènes et assourdissantes ont permis de disperser les manifestants, qui sont malgré tout revenus prier et manifester à plusieurs reprises. Un conteneur de la Direction de la nature et des parcs a été incendié.

Le cimetière d’Ay-Yusufiyah n’est pas un cas isolé. Que l’on repense au sort qui fut réservé récemment aux tombes, parfois vieilles du 12ème siècle, du cimetière Ma’minullah, à l’Ouest de Jérusalem occupée, sur lequel le Musée de la Tolérance, israélien, est en train d’être achevé.

Cette récente agression intervient sur fond d’occupations répétées de l’esplanade des Mosquées par les colons et de l’annonce de l’extension de la colonie de Migdalim, un millier de nouveaux logements, en Cisjordanie occupée. Même l’administration Biden a condamné cette nouvelle, ce qui bien sûr ne sera suivi d’aucun effet.

L’entreprise archéologique israélienne, unilatérale, n’est bien entendu qu’un prétexte afin de continuer la colonisation de Jérusalem, morceaux par morceaux, et de réécrire l’Histoire de la terre sainte en la vidant de la présence palestinienne et musulmane. Des organismes tels que la Direction de la nature et des parcs, tout comme l’Autorité des antiquités d’Israël, sont autant d’agents du révisionnisme israélien.

La destruction des cimetières fait partie d’un processus qui tend à absenter définitivement la présence palestinienne de son sol. Elle participe avec la colonisation, les outrages envers les lieux de cultes, les guerres ou l’enfermement que risque de subir un Palestinien sur deux au long de sa vie, du quadrillage total de la population palestinienne et de la destruction de son passé, de sa présence.


21.10.2021 à 13:31

M comme Mères solidaires – Geneviève Bernanos

lemarteausansmaitre
Feu ! Abécédaire des féminismes présents [Bonnes feuilles]

20.10.2021 à 11:31

Gênes : l’antifascisme ne doit pas subir de procès

lemarteausansmaitre

Genova Antifascista a publié cet appel sous la forme d’une lettre ouverte et invite les groupes politiques, syndicats, associations et individus à le signer, concernant le procès dans lequel une cinquantaine de camarades sont accusé.e.s pour l’organisation et la participation à la manifestation antifasciste du 23 mai 2019.

Le 23 mai 2019, la formation néofasciste CasaPound avait obtenu l’autorisation d’organiser le dernier rassemblement de sa campagne électorale pour les élections européennes sur une place centrale de la ville de Gênes.

La place accordée, devant la Piazza Corvetto, l’a été en dépit de diverses formes de pression et d’appels aux autorités locales pour qu’elles n’organisent pas une telle initiative. Des appels et des initiatives qui sont tombés dans l’oreille d’un sourd.

C’est une semaine particulière pour Gênes.

Le lundi matin, grâce à une mobilisation qui a conduit à la grève des travailleurs chargés du chargement et du déchargement au terminal du port et à un rassemblement de solidarité aux entrées, l’embarquement de matériel militaire qui aurait été utilisé dans la guerre au Yémen sur le navire saoudien Bahri Yanbu accosté aux quais génois a été empêché.

Ce sera la première de nombreuses initiatives d’action et de dénonciation dans la ville contre le trafic d’armes dans le port de Gênes.

Le mercredi, il y avait eu une mobilisation des enseignants à Gênes – comme dans le reste de l’Italie – contre les mesures prises à l’encontre de l’enseignante de Sicile qui avait osé critiquer le ministre de l’Intérieur de l’époque, Matteo Salvini, et le jeudi même où devait se tenir la kermesse électorale néofasciste, il y a eu une grève de 24 heures dans le port, proclamée par différents syndicats.

La tenue du meeting de CasaPound est perçue à juste titre comme une provocation par une partie non négligeable de la ville, d’autant plus en raison de la surdité des institutions municipales et de la militarisation massive qui, depuis le matin, construit une sorte de « cordon sanitaire » autour de la place donnée aux néo-fascistes.

Environ 300 agents de police ont été déployés pour défendre quelques dizaines de néo-fascistes qui avaient déjà été responsables de plusieurs attaques, dont une à l’arme blanche.

Il faut rappeler qu’au cours de ces semaines, sous différentes formes, la présence néo-fasciste et de la Ligue de Matteo Salvini dans plusieurs villes avait été durement contestée, comme dans le quartier de Casalbruciato à Rome, comme à Florence et à Bologne.

Un signe tangible d’opposition à un gouvernement dirigé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles et à leurs politiques.

Le 23 mai à 16h30, un rassemblement est lancéé sur la Piazza Corvetto, qui se remplit rapidement de personnes de tous âges, dont de nombreux jeunes, tandis qu’un grand nombre d’agents de police protègent la place donnée aux fascistes.

Les tentatives de forcer le cordon mis en place pour la défense de CasaPound, enfermé derrière de hautes cages métalliques, sont accueillies par un lancement continu de gaz lacrymogènes (le premier atteint la vitrine d’une célèbre pâtisserie, la brisant) et la fermeture presque hermétique des voies de fuite du rassemblement qui, pourtant, ne se démobilise pas et ne recule pas.

Le rassemblement, qui compte un nombre insignifiant de personnes, se déroule dans la précipitation, troublé par la fumée des gaz lacrymogènes dont le sens du vent se dirigera vers les fascistes, par les chants contre les néo-fascistes et les chansons partisanes.

Une fois le rassemblement terminé, les forces de l’ordre ont entrepris de dégager la place à coups de charges et de matraques et en lançant des gaz lacrymogènes à hauteur des yeux, ce qui a entraîné des passages à tabac répétés.

Une personne, qui s’est avérée être un journaliste, a été littéralement tabassé à terre, « sauvée » pour ainsi dire par un gendarme qui, le reconnaissant, s’est jeté sur lui pour le protéger des officiers qui le battaient.

Dans ce contexte, deux personnes ont été arrêtées. Après avoir appris la nouvelle, un important cortège s’est dirigé vers le commissariat de police pour exiger la libération immédiate des manifestants.

Pour les « faits de Piazza Corvetto », plus de cinquante camarades ont été inculpé.e.s et sont actuellement en procès (divisé en deux parties), dont une grande partie est accusée de crimes qui prévoient des dizaines d’années de prison pour chacun, s’ils sont condamnés avec la peine maximale.

Il s’agit de l’un des procès « politiques » avec le plus d’accusés et pour les crimes les plus graves de l’histoire judiciaire de Gênes depuis l’après-guerre.

Une tentative de punir collectivement ceux qui ont voulu répondre à la provocation néo-fasciste de ce jour-là, d’anéantir le corps des militants qui, ces dernières années, ont mené d’importantes batailles politiques et syndicales dans cette ville et figurent parmi les accusés, et un avertissement aux nouvelles générations qui veulent s’organiser efficacement contre la boucherie sociale et la dérive autoritaire, et le manque de perspectives dans ce pays.

Mais ce procès n’est qu’un segment d’une répression plus large qui s’est abattue sur les militants et les mouvements de Gênes avec des enquêtes, d’autres procès et des mesures de surveillance spéciales.

Il est nécessaire de faire preuve de solidarité avec les camarades jugé.e.s et de réclamer haut et fort l’acquittement des charges dont ils/elles sont accusé.e.s, ainsi que de promouvoir une amnistie politique et sociale générale pour ceux/celles qui, ces dernières années, n’ont pas courbé la tête et n’ont pas l’intention de le faire malgré la répression subie.

Si vous souhaitez signer l’appel, veuillez écrire à genovaantifascista@gmail.com.

Premiers signataires par ordre alphabétique :

Alessio Lega

Ascanio Celestini

Assalti Frontali

Banda Popolare dell’Emilia Rossa

BandaBardò

Bruno Morchio

Cambiare Rotta – Organizzazione Comunista Giovanile

Checchino Antonini (journaliste et rédacteur en chef du magazine L’Anticapitalista)

CSOA Terra Di Nessuno

Collettiva Edera

Collettivo Genova City Strike

Emanuela Abbatecola (professeure, Université de Gênes)

Emergency Genova

Erri De Luca

Federico Rahola (professeur, Université de Gênes)

Franco Turigliatto (secrétaire national de Sinistra Anticapitalista)

Gabriella Petti (professeur, Université de Gênes)

Gang

Giuliano Granato (porte-parole national de Potere al Popolo)

I Resistenti di Piazza Pittaluga

Lalli

La rédaction de Contropiano.org

La rédaction de Lotta Continua

Luca Bassanese

Luca Queirolo Palmas (professeur, Université de Gênes)

LSOA Buridda

Marco Rovelli

Mars On Pluto

Marta Collot (porte-parole national de Potere al Popolo)

Mauràs

Modena City Ramblers

Non Una Di Meno – Genova

Opposizione Studentesca d’Alternativa

Osservatorio Repressione

Paolo Bonfanti

Partito Comunista dei Lavoratori Genova

Partito della Rifondazione Comunista Genova

Potere al Popolo

Pierpaolo Leonardi (exécutif national de l’USB)

La Resistente Genova

Rete Dei Comunisti

SAP 404

Sinistra Anticapitalista

Sergio Morra (professeur, Université de Gênes)

Stefania Consigliere (chercheuse, Université de Gênes)

Unione Sindacale di Base (USB)


10.09.2021 à 11:02

Tariq Ali – La guerre contre le terrorisme : 20 ans de massacres et d’illusions

lemarteausansmaitre

20 ans jour pour jour après les attentats du 11 septembre 2001, qui ont servi de prétexte à l’administration Bush pour envahir l’Afghanistan, les Talibans sont de nouveau au pouvoir à Kaboul. Partant de cette dramatique ironie de l’histoire, Tariq Ali dresse le bilan désastreux de deux décennies de « guerre contre le terrorisme » : des millions de pertes humaines et des milliards de dollars gaspillés tandis que les attentats djihadistes continuent d’ensanglanter la planète, que les libertés civiles ne cessent de reculer et l’islamophobie de s’approfondir au sein des sociétés occidentales.

Les Talibans ont célébré le 20ème anniversaire du 11 septembre d’une manière surprenante. Dans la semaine ayant suivi l’annonce par les États-Unis qu’ils retireraient leurs forces d’Afghanistan le 11 septembre, les talibans ont pris le contrôle de vastes régions du pays et, le 15 août, la capitale Kaboul est tombée. La vitesse était étonnante, la perspicacité stratégique remarquable : une occupation de 20 ans s’est terminée en une semaine, tandis que les armées fantoches se désintégraient. Le président fantoche a sauté dans un hélicoptère pour l’Ouzbékistan, puis dans un jet pour les Émirats arabes unis. C’était un coup dur pour l’empire américain et ses États subordonnés. Aucun artifice ne peut dissimuler cette débâcle.

Un peu plus d’un an avant les attentats du 11 septembre, Chalmers Johnson, historien de la côte ouest, ancien partisan des guerres de Corée et du Vietnam et consultant de la CIA, a publié un livre prémonitoire intitulé Blowback : The Costs and Consequences of American Empire. Ce livre, qui a été pratiquement ignoré lors de sa parution mais qui est devenu un best-seller, constitue à la fois un prologue inquiétant et une épitaphe brûlante des vingt dernières années. « Blowback« , comme Johnson l’a écrit, « est un raccourci pour dire qu’une nation récolte ce qu’elle a semé, même si elle ne sait pas ou ne comprend pas entièrement ce qu’elle a semé. Compte tenu de leur richesse et de leur puissance, les États-Unis seront, dans un avenir prévisible, les premiers destinataires de toutes les formes les plus prévisibles de retour de flamme, en particulier les attaques terroristes contre les Américains, qu’ils soient ou non membres des forces armées, partout dans le monde, y compris aux États-Unis. »

Vingt-quatre heures après que ce blowback ait stupéfié la planète le 11 septembre, avec des messages de sympathie affluant de toutes les capitales – y compris La Havane – le criminel de guerre Donald Rumsfeld, récemment décédé, a déclaré lors d’une réunion du Conseil national de sécurité que les États récalcitrants, quelle que soit leur implication dans le 11 septembre, devraient en payer le prix. En conséquence, il a suggéré : « Pourquoi ne devrions-nous pas nous attaquer à l’Irak, et pas seulement à Al-Qaïda ? » 

Le lendemain, Paul Wolfowitz, numéro 2 du ministère de la Défense, a amplifié ce message en préconisant une « campagne large et soutenue » qui inclurait « l’élimination des États parrainant le terrorisme ». En une semaine, le Grand Décideur lui-même, George W. Bush, a donné le feu vert à une guerre totale : « Frappons-les durement. Nous voulons signaler qu’il s’agit d’un changement par rapport au passé. Nous voulons amener d’autres pays comme la Syrie et l’Iran à changer de point de vue. »

Puis les larbins habituels sont intervenus. Interviewé par David Remnick pour le New Yorker, Dennis Ross, directeur US du « processus de paix » israélo-palestinien, a insisté : « Nous ne pouvons pas nous contenter de faire la chose habituelle – bombarder quelques cibles, s’il s’avère que c’est Oussama Ben Laden. Si nous réagissons de la même manière qu’avant, rien ne changera ». Pour ne pas être en reste, le néoconservateur Charles Krauthammer a défendu l’invasion de l’Afghanistan deux semaines plus tard dans sa chronique du Washington Post : « Nous nous battons parce que ces salauds ont tué 5 000 [sic] des nôtres, et si nous ne les tuons pas, ils vont encore nous tuer. C’est une guerre de vengeance et de dissuasion….. Le discours libérationniste doit donc être destiné à la consommation étrangère. »

Il est à noter que ces « salauds » et ces « ennemis » n’incluent pas l’Arabie saoudite et l’Égypte, les deux pays dont étaient originaires la plupart des terroristes du 11 septembre. Pendant des années, les riches Saoudiens ont fourni un « terrain fertile pour la collecte de fonds » à destination d’Al-Qaïda, selon nul autre que le rapport de la Commission du 11 septembre. Ils avaient, dans certains cas, grandi avec Ben Laden, dont le père était un habitué de leurs palais et avait fondé l’entreprise de construction qui avait bâti certains d’entre eux. Lors d’une première discussion au sein du NSC, une attaque contre l’Irak a été envisagée, mais Bush, Rumsfeld et Dick Cheney ont finalement opté pour une grossière guerre de vengeance contre l’Afghanistan, où Ben Laden et d’autres membres de la direction d’Al-Qaïda étaient logés grâce au gouvernement taliban, qui avait lui-même été mis en place par l’armée pakistanaise avec l’approbation des États-Unis en 1994, plusieurs années après le retrait des troupes soviétiques.

Les Talibans étaient tout à fait disposés à livrer leurs invités aux États-Unis, mais ils avaient besoin d’un prétexte et demandaient poliment des preuves, des preuves de l’implication d’Al-Qaïda. La Maison-Blanche n’était pas d’humeur pour les subtilités juridiques. Un court délai a été accordé pour permettre au Pakistan de retirer son personnel militaire d’Afghanistan. L’opération Enduring Freedom a débuté en octobre 2001. Les Talibans, sur les conseils de l’armée pakistanaise, ont opposé une résistance dérisoire. Leur chef borgne, le mollah Omar, a été signalé pour la dernière fois comme fuyant un village du centre de l’Afghanistan sur une moto, tel Steve McQueen dans La Grande évasion. Lorsque les troupes américaines ont finalement atteint la cachette d’Al-Qaïda dans les grottes de Tora Bora, les dirigeants avaient fui. Omar et Ben Laden, ainsi que leurs équipages, ont trouvé refuge au Pakistan, où les chefs militaires du pays ont conseillé aux Talibans de patienter.

Les États-Unis et tous leurs alliés de l’OTAN, ainsi que la Russie et la Chine (de bons amis à l’époque), ont soutenu la guerre et l’occupation de l’Afghanistan – les Russes, sans doute, avec un élément de schadenfreude.

Vingt ans plus tard, le bilan dramatique et sanglant de la décision de ne pas répondre « à l’ancienne » parle de lui-même. Six guerres, des millions de morts, des milliards de dollars gaspillés, et un fléau de souffrances et de traumatismes infligés au monde musulman, accélérant un raz-de-marée de réfugiés qui a semé la panique dans l’Union européenne et entraîné une énorme augmentation des votes pour les partis d’extrême droite – ce qui, à son tour, a poussé un centre politique déjà extrême plus à droite. L’islamophobie, promue par des politiciens de tous bords en Occident, est désormais ancrée dans la culture occidentale.

« Oh may no more a foreign master’s rage / With wrongs yet legal, curse a future age ! » écrivait Alexander Pope à l’aube du 18ème siècle. Trois cents ans plus tard, le maître étranger a retiré ses forces, reconnaissant sa défaite, tout en sachant pertinemment que les Talibans reviendraient bientôt au pouvoir. La guerre a été une énorme catastrophe politique et militaire pour les États-Unis et leurs partisans de l’OTAN. La « liberté » n’a pas duré [jeu de mots sur le nom de l’opération Enduring Freedom]. Les Talibans, qui contrôlaient les trois quarts du pays à la veille de l’invasion américaine, en contrôlent désormais la totalité.

L’histoire n’est que modestement utile pour anticiper la suite des événements. Après le retrait soviétique en 1989, un faible régime pro-Moscou a réussi à se maintenir à Kaboul pendant quelques années avant d’être renversé, avec le soutien des États-Unis, et remplacé par des factions moudjahidines belligérantes. En 1994, les États-Unis ont donné le feu vert à une intervention des Talibans dirigée par le Pakistan. Deux ans plus tard, les Talibans ont pris le contrôle de Kaboul.

La différence aujourd’hui est qu’il n’y a pas d’ennemi armé de type guerre froide en ce qui concerne les États-Unis. Les Talibans, autrefois amis de Washington, puis ennemis, sont aujourd’hui prêts à redevenir amis. Après tout, les deux parties se parlent depuis plus d’une décennie.

Entre-temps, en juillet, une délégation de haut niveau des Talibans s’est rendue en Chine pour s’engager à ce que le sol afghan ne soit plus jamais utilisé comme base pour attaquer la Chine et, sans doute, pour discuter de futurs projets de commerce et d’investissement. Ne vous y trompez pas, Pékin remplacera Washington comme principale influence étrangère en Afghanistan. Comme la Chine entretient des relations chaleureuses avec l’Iran, nous pouvons espérer qu’elle découragera les rivalités entre la minorité hazara et la majorité pachtoune qui pourraient conduire à un bain de sang. La Russie, pour sa part, usera de son influence auprès d’autres minorités pour éviter le genre de guerre civile qui a éclaté après le retrait soviétique.

Aucune puissance extérieure ne semble vouloir une répétition de cette situation aujourd’hui. Les États-Unis préfèrent exercer un contrôle direct par le biais de drones et de bombardements ciblés, comme ils l’ont fait un jour après avoir confirmé le retrait d’Afghanistan – pour permettre au gouvernement afghan de « gagner du temps », nous a-t-on dit – et comme ils l’ont fait au moins deux fois depuis les attaques meurtrières de l’aéroport revendiquées par ISIS-K.

Étant donné que les Talibans ont élu domicile dans le palais présidentiel de Kaboul, ce que les États-Unis devraient faire, avec leurs alliés de l’OTAN, c’est accorder le refuge et la citoyenneté à tous les Afghans qui veulent quitter le pays : une petite réparation pour une guerre inutile. En dehors de cela, les États-Unis devraient laisser le pays tranquille. Le véritable changement ne peut venir que de l’intérieur de l’Afghanistan. Cela prendra du temps, mais c’est toujours mieux qu’une invasion par une grande puissance. Il est trop tôt pour dire comment tout cela va se passer ; nous en saurons plus dans six mois.

Le 15 février 2003, sachant ce qui les attendait et ne se faisant guère d’illusions sur leurs dirigeants, pas moins de 14 millions de personnes ont manifesté sur les sept continents contre la guerre imminente en Irak. Les sanctions avaient déjà paralysé le pays, entraînant la mort de centaines de milliers d’enfants (jusqu’à un demi-million, selon une analyse du Lancet de 1995), un prix que Madeleine Albright, secrétaire d’État de Bill Clinton, avait déclaré « digne d’être payé ». Les plus grandes manifestations ont eu lieu à Rome (2,5 millions), Madrid (1,5 million) et Londres (1,5 million), tandis que des centaines de milliers de personnes ont défilé à New York et Los Angeles, et que d’immenses assemblées ont eu lieu dans la plupart des capitales.

Le plus grand rassemblement pour la paix jamais vu dans l’histoire mondiale a été ignoré par Bush, le Premier ministre britannique Tony Blair et leurs acolytes. L’Irak a été pulvérisé et son dirigeant a été soumis à un lynchage judiciaire. La torture par les soldats américains (hommes et femmes) a été généralisée, et les photos de viols triomphaux ont circulé. Pour beaucoup, c’était le visage de la civilisation occidentale. Au moins un demi-million d’Irakiens sont morts pendant la guerre. Les musées de Bagdad ont été pillés, et l’infrastructure sociale du pays a été dévastée par les bombardements. Il s’agissait de crimes de guerre, mais c’étaient « nos » crimes de guerre, et ils ont donc été ignorés, au mépris des jugements rendus à Nuremberg après la Seconde Guerre mondiale. Dans la guerre contre la terreur, c’est toujours la saison ouverte : tirer pour tuer, sans procès nécessaire, et emprisonnement indéfini. Les valeurs juridiques et morales (« notre mode de vie ») ont cessé d’exister. Des munitions à l’uranium appauvri ont été déployées en Irak et, plus tard, en Syrie.

Bien entendu, même avant la guerre, les États-Unis ont joué avec les normes juridiques internationales. Les sanctions contre l’Irak – imposées en 1990, juste avant la guerre du Golfe de Bush I, et maintenues jusqu’à l’invasion de Bush II – constituaient en elles-mêmes un crime de guerre. La cible était la population civile ; l’objectif était d’inciter à un soulèvement populaire spontané. Un haut fonctionnaire britannique, Carne Ross, a témoigné devant un comité parlementaire restreint en 2007 et a admis « que le poids des preuves indique clairement que les sanctions ont causé une souffrance humaine massive parmi les Irakiens ordinaires, en particulier les enfants. Nous, les gouvernements américain et britannique, avons été les principaux responsables des sanctions et étions bien conscients de ces preuves à l’époque, mais nous les avons largement ignorées et avons rejeté la faute sur le gouvernement de Saddam… »

L’histoire réelle est profondément ancrée dans la mémoire d’un peuple mais constitue toujours un obstacle pour les fantaisistes impériaux. Tout le monde s’accorde aujourd’hui à dire que l’occupation occidentale de l’Irak a été un désastre total – d’abord pour le peuple irakien, ensuite pour les soldats envoyés par des politiciens crapuleux mourir en terre étrangère. La grammaire de la tromperie utilisée par Bush, Blair et divers apologistes néoconservateurs/néolibéraux pour justifier la guerre a perdu toute crédibilité. Malgré les journalistes embarqués et la propagande incessante, les images sanglantes refusent de disparaître ; le retrait immédiat de toutes les troupes étrangères était la seule solution valable. Alors que les États-Unis sont censés s’être retirés, leurs avions sont utilisés occasionnellement pour bombarder le pays. Un rappel macabre que si le gouvernement irakien se comporte mal, il sera puni.

La Libye, malgré ses vastes richesses pétrolières, était une autre histoire, mais avec sa propre fin sinistre. Contrairement aux dirigeants des partis Baas irakien et syrien, Moammar Kadhafi avait rechigné à construire une véritable infrastructure sociale, ce qui aurait largement contribué à dissoudre les loyautés tribales. Il avait renoncé à son programme nucléaire en échange de la reconnaissance occidentale et était fêté dans les capitales occidentales. Son fils a obtenu un doctorat à la London School of Economics – malgré les allégations de plagiat – après quoi un don généreux a été rapidement accordé à l’école. Il aurait également financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en France.

Les vices, les excentricités et les faiblesses les plus graves de Kadhafi se sont révélés en février 2011, lors d’un soulèvement lié au printemps arabe. Il pensait que ses nouveaux amis occidentaux le soutiendraient. C’est le contraire qui s’est produit : ils avaient décidé de se débarrasser de lui, et l’occasion s’est présentée. Mais l’histoire racontée pour justifier l’intervention américaine – à savoir que Kadhafi était déterminé à massacrer son peuple – reposait en grande partie sur un reportage d’Al Jazeera selon lequel l’armée de l’air libyenne mitraillait les manifestants. Il s’est avéré qu’il s’agissait d’une fiction, selon le témoignage au Congrès du secrétaire à la défense Robert Gates et de l’amiral Michael Mullen. Il n’y a pas eu non plus de massacres aveugles à grande échelle dans les villes de Misrata, Zawiya et Ajdabiya lorsque les forces gouvernementales les ont reprises. L’avertissement lancé par Kadhafi le 17 mars, selon lequel ses forces ne feraient preuve « d’aucune pitié », faisait explicitement référence aux rebelles armés de Benghazi, mais il a offert une amnistie et une voie d’évacuation vers l’Égypte à ceux qui déposaient les armes.

Aussi brutal qu’ait été le régime de Kadhafi, rien ne prouve que les bombardements de l’OTAN aient empêché un « génocide », un « autre Rwanda » ou, comme l’a dit le président Obama, « un massacre qui aurait eu des répercussions dans toute la région et souillé la conscience du monde ».

Sans surprise, il n’y a jamais eu de comptabilité fiable des civils tués pendant les six mois de la campagne de bombardement. Selon les estimations les plus prudentes, le bilan collectif – civils, rebelles, combattants de Kadhafi – s’élève à environ 8 000 morts. Mais un universitaire de l’université SOAS de Londres, qui a conseillé le Foreign Office, estime que le bilan est plus proche de 20 000 à 30 000 personnes. Les avions de l’OTAN n’ont pas protégé les civils lorsqu’ils ont pris pour cible les forces de Kadhafi. Le dictateur a été capturé, torturé et exécuté par la foule. Toujours aussi sensible, Hillary Clinton a déclaré : « Nous sommes venus. Nous avons vu. Il est mort. » Dommage. En d’autres circonstances, Kadhafi aurait bien pu financer la Fondation Clinton.

Après l’effondrement d’un absurde gouvernement néolibéral pro-business – dirigé initialement par un Libyen exilé en Alabama – la Libye post-Kadhafi a été reprise par une coalition hétérogène de milices islamistes, y compris celles liées à Al-Qaïda. Comme en Irak, l’État s’est effondré et une guerre civile a commencé. Les Africains noirs ont été expulsés en grand nombre et sont retournés dans leur pays. La capitale du Mali, Tombouctou, et une grande partie du Sahel ont été conquis par les « milices de réfugiés ». Les Français ont envoyé des troupes.

Pendant ce temps, les attentats terroristes se multipliaient : à Londres, à Paris, à Mumbai, à Islamabad. La guerre contre le terrorisme a échoué à tous les niveaux, tant au niveau national qu’international. Pendant que l’armée américaine et ses alliés bombardaient et dronaient à travers les pays étrangers, leurs gouvernements étaient occupés à faire la guerre aux libertés civiles sur le sol national. De Guantánamo aux unités de gestion des communications à sécurité maximale des prisons américaines, des programmes de surveillance secrets au Muslim Ban de Donald Trump, les États-Unis ont traqué et ciblé leurs résidents musulmans. De l’autre côté de l’océan, la Grande-Bretagne a lancé son propre régime « antiterroriste » tentaculaire, y compris un programme de détention indéfinie au sein de sa prison de sécurité d’État, Belmarsh, où au moins un prisonnier a été rendu fou et transféré à Broadmoor, un hôpital psychiatrique de haute sécurité.

Les lanceurs d’alerte qui ont révélé les crimes commis en Irak et ailleurs ont été sévèrement punis. Chelsea Manning a été graciée, mais Edward Snowden, qui a révélé l’ampleur de la surveillance exercée par la National Security Agency, a dû fuir le pays. Et Julian Assange demeure à la prison de Belmarsh, se demandant si le système judiciaire britannique l’enverra se faire enterrer dans une prison de sécurité américaine sur la base d’une dangereuse accusation, qui fera jurisprudence, de violation de l’Espionage Act.

Trois mois après la chute de Bagdad en 2003, le Premier ministre israélien Ariel Sharon a prononcé un discours à la Maison Blanche pour féliciter Bush de cette « victoire impressionnante », mais l’a exhorté à ne pas s’arrêter. En avant vers Damas et Téhéran : « Il faut qu’il soit clair […] que leurs actes maléfiques ne peuvent pas continuer ».

Ces deux capitales restent épargnées, mais la Syrie est brisée et l’Iran sous sanctions. Où la liberté et la démocratie frapperont-elles ensuite ?

Tariq Ali est membre du comité de rédaction de la New Left Review. Il est également directeur éditorial de la maison d’éditions Verso, où son prochain livre, The Forty-Year War in Afghanistan : A Chronicle Foretold, sera publié en novembre 2021. Cet article a été initialement été publié en anglais sur le site de la revue The Nation.


27.08.2021 à 00:07

Aux origines du chaos afghan : l’orgie impérialiste

lemarteausansmaitre

Alors qu’à Kaboul les armées occidentales, États-Unis en tête, terminent leurs opérations d’évacuation dans un contexte marqué par l’intervention sanglante de la branche afghane de Daech, alors que nous ne mesurons sans doute pas encore les conséquences historiques de la défaite américaine en Afghanistan, il nous a semblé nécessaire de remonter le fil d’une guerre qui se poursuit sans interruption depuis 40 ans. Voici donc une synthèse factuelle et chronologique, partant de la révolution communiste d’avril 1978 jusqu’à l’Opération Enduring Freedom en passant par le soutien américain au djihad anti-soviétique durant les années 1980.

17 avril 1978

Le Parti démocratique populaire d’Afghanistan (PDPA), d’inspiration communiste, avait participé au renversement de la monarchie afghane et à l’instauration de la République en 1973. Le 17 avril 1978, l’un de ses cadres, Mir Akbar Khyber est assassiné devant son domicile. Le PDPA accuse le gouvernement de Mohammad Daoud Khan. Deux jours plus tard, une manifestation de protestation rassemblant quinze mille personnes se termine par une rafle au cours de laquelle plusieurs dirigeants du PDPA sont arrêtés dans le cadre d’une opération répressive ordonnée par Daoud.

28 avril 1978

C’est dans ce contexte que le PDPA, craignant d’être liquidé, renverse le régime de Daoud le 28 avril 1978 et donne naissance à la République démocratique d’Afghanistan. Cet événement reste connu sous le nom de révolution de Saur (« Saur » se référant au mois d’avril dans le calendrier persan).

Dans les mois qui ont suivi la révolution, le nouveau pouvoir a lancé une série de réformes d’ampleur : distribution de terres à 20 000 paysans, abolition de l’ushur (la dîme due aux propriétaires terriens par les ouvriers) et interdiction des pratiques usurières, réglementation des prix des produits de première nécessité, nationalisation des services sociaux et leur garantie pour tous, droit de vote pour les femmes, légalisation des syndicats, interdiction des mariages forcés et de l’échange de filles contre des gains financiers, remplacement des lois traditionnelles et religieuses par des lois laïques, mise hors la loi des tribunaux tribaux, éducation accessible à tous, y compris aux filles qui n’étaient auparavant pas autorisées à aller à l’école1.

Ces réformes se heurtent fortement aux autorités religieuses et tribales locales qui s’opposent aux politiques du nouveau régime communiste.

14 septembre 1979

Nour Mohammad Taraki, d’abord journaliste, a été secrétaire général du PDPA à partir de 1965, et président du Conseil révolutionnaire d’avril 1978 à septembre 1979. Proche de l’URSS, il est assassiné le 14 septembre 1979 par son rival au sein du parti, Hafizullah Amin, qui prend sa place et concentre les pouvoirs.

24 décembre 1979

Début de l’intervention soviétique en Afghanistan. Amin est tué au cours de l’Opération Chtorm-333, menée par les forces spéciales soviétiques. L’URSS place au pouvoir l’un de ses hommes de confiance, Babrak Karmal.

Avant même l’entrée des Soviétiques en Afghanistan, les États-Unis lancent un programme secret de soutien à la rébellion islamiste.

La guerre d’Afghanistan s’est déroulée du 24 décembre 1979 au 15 février 1989 et a opposé les forces armées de la République démocratique d’Afghanistan (RDA), soutenues par un contingent de troupes terrestres et aériennes de l’Union soviétique, à divers groupes de moudjahidines, soutenus matériellement et financièrement par les États-Unis, le Pakistan et l’Arabie saoudite.

Oussama Ben Laden, milliardaire saoudien, a organisé et financé les moudjahidines en faisant venir des armes, de l’argent et des combattants du monde arabe en Afghanistan.

Les différents groupes de moudjahidines ont fini par disposer d’environ 4 000 bases en Afghanistan. C’est du regroupement financé et organisé par Oussama Ben Laden qu’est né, en 1988, le réseau terroriste Al-Qaïda.

L’Afghanistan est l’un des pays les plus pauvres du monde mais il revêt pour les puissances impérialistes une grande importance géopolitique, stratégique et économique, notamment en raison de la présence du gazoduc qui traverse le Turkménistan, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Inde, également connu sous le nom de « Trans-Afghanistan Pipeline ».

25 septembre 1986

En 1986, alors que la situation militaire sur le terrain semble stagner, les États-Unis prennent l’initiative d’une escalade qui fait basculer le rapport de forces en abolissant le contrôle soviétique de l’espace aérien : ils décident d’équiper les moudjahidines afghans de missiles sol-air Stinger capables de frapper les hélicoptères et avions de combat.

Les missiles Stinger ont été employés pour la première fois en Afghanistan le 25 septembre 1986 lorsqu’un groupe d’une trentaine de moudjahidines a tiré sur deux hélicoptères d’attaque Mi-24 alors qu’ils débarquaient à l’aéroport de Jalalabad. 

15 février 1989

Après plus de neuf ans de guerre, qui ont causé de vastes destructions en Afghanistan ainsi que d’importantes pertes humaines, l’intervention soviétique dans le conflit s’est terminée par un retrait général de ses troupes le 15 février 1989, suite à la signature des accords de Genève entre la RDA et le Pakistan.

24 avril 1992

Le départ des troupes soviétiques laisse les communistes afghans, sous la direction de Mohammad Najibullah, se défendre seuls face aux moudjahidines. Ceux-ci parviennent à résister durant trois ans (là où l’armée afghane financée et formée par les États-Unis vient d’être balayée en quelques semaines par les Talibans), jusqu’à la chute du gouvernement de la RDA en avril 1992. Il fallut la décision de la Russie, qui avait pris la succession de l’Union soviétique, de ne plus livrer d’armes à ses alliés d’hier et la défection du général Abdul Rachid Dostom pour mettre à bas le régime. L’État islamique d’Afghanistan est proclamé le 24 avril.

27 septembre 1996

Mais dès la chute du régime communiste, les moudjahidines se divisent et des luttes sanglantes entre factions éclatent, provoquant une nouvelle et âpre guerre civile, dont les Talibans (soutenus par le Pakistan voisin) sortent vainqueurs en 1996. Suite à leur entrée dans Kaboul le 27 septembre 1996, ils torturent et assassinent l’ancien président communiste Najibullah, qui s’était réfugié dans l’immeuble des Nations Unies depuis la chute de son régime en 1992. Le 28 octobre, l’État afghan est officiellement nommé « Émirat islamique d’Afghanistan », et se base sur une application obscurantiste de la charia. Son dirigeant, le mollah Omar s’auto-proclame « commandeur des croyants ».

Le Front islamique uni pour le salut de l’Afghanistan, également connu en Occident sous le nom d’Alliance du Nord et dirigé par Ahmed Chah Massoud, unifie alors plusieurs groupes combattants afghans commandés par les « seigneurs de la guerre » précédemment en conflit dans le but de combattre les Talibans. Ceux-ci contrôlent en 1998 environ 90% du territoire.

11 septembre 2001

L’administration Bush a justifié l’invasion de l’Afghanistan sous le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » après les attentats du 11 septembre 2001, dans le but déclaré de détruire Al-Qaïda et de capturer ou tuer Oussama ben Laden, considéré par les États-Unis comme le seul responsable des attaques contre les tours jumelles et le Pentagone.

Mais les attentats du 11 septembre 2001 ne sont pas l’œuvre du seul Oussama Ben Laden, plutôt le résultat final d’une opération beaucoup plus vaste et complexe qui a impliqué des milieux très proches de la famille royale saoudienne (avec laquelle la famille Bush – des pétroliers texans – était et est restée, également après le 11 septembre 2001, en excellents termes).

C’est ce qu’ont écrit, en 2016, les membres des commissions du renseignement de la Chambre et du Sénat américains dans un rapport intitulé « Enquête conjointe sur les activités des services de renseignement avant et après les attaques terroristes de septembre 2001 ». Cette enquête a débuté au lendemain des attentats contre les tours jumelles et le Pentagone et s’est terminée en décembre 2002.

En mars 2017, les familles de 800 victimes des attentats du 11 septembre 2001 ont porté plainte contre l’Arabie saoudite pour complicité dans ces attaques qui ont fait quelque 3 000 morts. 15 des 19 poseurs de bombe impliqués dans l’attaque étaient des ressortissants saoudiens. L’action en justice se fonde, en grande partie, sur des documents secrets récemment publiés aux États-Unis.

7 octobre 2001

Le 7 octobre 2001 marque donc le début de la campagne occidentale en Afghanistan tandis que le territoire sous contrôle taliban est envahi par les groupes de l’Alliance du Nord.

À la fin de l’année 2001, grâce à l’intervention des États-Unis, l’Alliance du Nord a repris la majeure partie de l’Afghanistan aux Talibans et a reconnu le nouveau gouvernement afghan mis en place par les forces occidentales. Hamid Karzaï, un ancien collaborateur de la Central Intelligence Agency (CIA), devient président par intérim en décembre.

Dans la deuxième phase, après la conquête de Kaboul, les troupes occidentales, Américains et Britanniques en tête, ont augmenté leur présence également au niveau territorial pour soutenir le nouveau gouvernement afghan. C’est l’opération « Enduring Freedom ».

Une Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), coalition militaire placée sous l’égide de l’OTAN, est mandatée par les Nations unies pour opérer sur le terrain aux côtés des soldats américains.

20 mars 2003

Début de l’invasion américaine de l’Irak. Avec cette nouvelle étape de la « guerre globale contre la terreur », les États-Unis détournent leur attention de l’Afghanistan. Le 1er mai 2003, le secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, se rend ainsi à Kaboul et annonce la fin des « activités de combat majeures » en Afghanistan, où se trouvent 8 000 soldats américains.

Les Talibans profitent de ce tournant pour se regrouper dans leurs bastions du Sud et de l’Est et changer de stratégie. Ils privilégient désormais les attentats aux affrontements directs : l’attentat-suicide devient leur arme de guerre, le nombre d’attaques passe de six en 2004 à 21 en 2005, et à 123 en 2006.

Dans le même temps, l’hostilité de la population afghane vis-à-vis des armées d’occupation étrangères ne cesse de croître. Au cours des quatre premiers mois de l’année 2008, environ 200 civils afghans sont tués par les forces internationales, la plupart dans des attaques aériennes.

1er décembre 2009

Dès son entrée à la Maison Blanche, Barack Obama entame un recentrage stratégique. Il décide en décembre 2009 d’envoyer 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, portant à 100 000 le nombre de soldats américains engagés (ils étaient 35 000 au moment de son élection). Obama justifie cette escalade par la volonté de mettre un terme à la guerre avant la fin de son mandat et esquisse un calendrier de retrait.

Lors de son sommet annuel en 2010, l’Alliance atlantique annonce qu’elle va transférer progressivement, « à l’horizon 2014 », la responsabilité des opérations sur le terrain aux forces de sécurité afghanes.

28 décembre 2014

L’ISAF, la force de combat de l’OTAN, met un terme à sa mission de combat en décembre 2014, à la fin d’une année qui aura été marquée par l’élection d’Ashraf Ghani à la présidence (entachée de soupçons de fraudes massives) et « l’offensive de printemps » des Talibans qui progressent et multiplient les attaques meurtrières.

Restent alors 12 500 soldats étrangers, dont 9 800 Américains, pour former les troupes afghanes et mener des opérations antiterroristes. C’est la mission « Soutien résolu » qui débute en janvier 2015.

Mais alors que son deuxième mandat touche à sa fin et que le dernier soldat américain était censé avoir quitté le pays d’ici à la fin 2016, Obama ralentit le retrait de ses troupes et explique que les États-Unis maintiendront 8 400 soldats en Afghanistan jusqu’en 2017. « Les Talibans restent une menace. (…) Les forces de sécurité afghanes ne sont pas encore aussi fortes qu’elles devraient l’être », justifie-t-il.

21 août 2017

Après avoir fait campagne sur un retrait rapide d’Afghanistan, le nouveau président américain Donald Trump se ravise et affirme le 21 août 2017, depuis la base militaire de Fort Myer en Virginie, que le départ des 8 000 soldats encore sur place créerait un « vide » qui profiterait aux « terroristes ».

Le début de l’année 2018 est d’ailleurs marqué par une recrudescence des attentats, à l’initiative notamment de l’EI, actif depuis 2015. Au cours des six premiers mois, 1 700 civils sont tués : c’est le pire bilan en dix ans, selon l’ONU.

29 février 2020

Après des années de négociations (les premières « discussions préliminaires » secrètes ayant été rapportées dans la presse en 2011), les États-Unis signent en janvier 2020 un accord avec les Talibans qui prévoit le retrait de tous les soldats étrangers d’ici à l’été 2021, en échange de garanties sécuritaires et de l’ouverture de négociations directes inédites entre les insurgés et les autorités de Kaboul. Des pourparlers inter-afghans s’ouvrent en septembre à Doha.

15 août 2021

En mai 2021, les quelque 10 000 soldats occidentaux encore présents entament leur retrait. Mi-mai, les Américains se retirent de la base aérienne de Kandahar. Le 2 juillet, les troupes américaines et de l’OTAN restituent à l’armée afghane la base aérienne de Bagram, centre névralgique des opérations de la coalition, à 50 km au nord de Kaboul. Le 8, le président américain Joe Biden déclare que le retrait de ses forces sera « achevé le 31 août ».

Les Talibans en profitent pour lancer une offensive éclair qui balaye en quelques semaines la fragile armée afghane. Après avoir conquis les capitales provinciales les unes après les autres, ils entrent dans Kaboul le 15 août 2021 et s’emparent du palais présidentiel sans combattre. Le président fantoche Ashraf Ghani a pris la fuite, les Occidentaux précipitent l’évacuation de leurs ressortissants dans une atmosphère de débâcle qui rappelle la prise de Saïgon en 1975.

Le 16 au petit matin, le drapeau américain est retiré de l’ambassade des États-Unis à Kaboul.

Selon l’analyse du Watson Institute de l’université de Brown (Rhode Island), la guerre aura coûté plus de 2 260 milliards de dollars (1 860 milliard d’euros), 2 442 soldats américains y auront trouvé la mort, ainsi que 1 444 soldats des forces alliées. Plus de 47 000 civils afghans auront été tués, ainsi que près de 70 000 membres de l’armée et de la police afghanes.

Sources : Le Monde, Contropiano


20.08.2021 à 13:59

L’Afghanistan vu par les femmes de RAWA

lemarteausansmaitre

Les Talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan dans la foulée du retrait des forces d’occupation américaines. Alors que la situation des femmes afghanes a souvent été instrumentalisée par les médias mainstream et les intellectuels philo-impérialistes pour légitimer les interventions occidentales, nous avons souhaité traduire en français cette interview de l’une des porte-parole de l’Association des femmes révolutionnaires d’Afghanistan (RAWA), réalisée il y a quelques semaines alors que les Talibans entamaient leur reconquête militaire.

RAWA est une organisation politique féministe basée à Quetta, au Pakistan, et fondée en 1977 par Meena Keshwar Kamal dans le but d’aider les femmes dans leur lutte pour l’émancipation et les droits civils. Dès les années 1990, lors du premier régime taliban, elle a mené des activités clandestines dans le pays en soutien à l’émancipation des femmes. À travers cet entretien mené par l’Osservatorio Afghanistan, Maryam fait le bilan de 20 ans d’occupation occidentale et formule des perspectives sur la continuation de la lutte dans la nouvelle séquence qui s’ouvre.

Depuis la chute des Talibans en 2001, quels progrès ont été réalisés en ce qui concerne le statut des femmes dans le pays ?

Il y a eu très peu de progrès, et nous pouvons dire qu’aucun de ces changements ne s’est enraciné profondément dans la société. Ils ont été fragiles, et à certains niveaux, illusoires.

Les 20 dernières années ont apporté plus de déceptions et plus de larmes. L’insécurité, la guerre généralisée et l’incertitude quant à l’avenir, les attentats suicides, les assassinats ciblés, la corruption rampante, la drogue et la toxicomanie, la pauvreté, les déplacements de population et bien d’autres choses encore, sont les préoccupations quotidiennes de notre peuple, et en particulier des femmes. L’Afghanistan est toujours décrit comme « le pire endroit pour naître en tant que femme ». L’une de nos membres a déclaré de manière prophétique dans une interview du 13 mars 2002 : « Nous savons qu’il est difficile de ne pas vouloir réagir lorsqu’un événement comme le 11 septembre se produit, mais le bombardement de l’Afghanistan ne débarrassera pas le monde du terrorisme. Les terroristes et les fondamentalistes vivent partout dans le monde, et en bombardant un pays, vous ne tuez pas leur réseau ». Nous voyons aujourd’hui le résultat : les Talibans, plus puissants qu’avant, dirigent le pays.

Quels ont été les plus grands succès et les plus grands échecs de ces vingt longues années d’occupation militaire ?

Il y a eu quelques succès, comme le fait que les filles ne sont plus interdites d’école et que les femmes ont pu exercer certains emplois. Les médias ont réussi à atteindre même les villages les plus reculés et les gens ont eu accès aux émissions de radio et de télévision. Des systèmes de communication tels que les téléphones portables et l’internet ont été introduits. Ces choses peuvent sembler évidentes, mais pour un pays très pauvre et arriéré, ce sont de véritables conquêtes. Mais dans le même temps, la corruption s’est généralisée et le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Sous le régime des Talibans, la culture de l’opium a été interdite, mais aujourd’hui, l’Afghanistan est la plus grande base de contrebande de drogue tandis que les divisions ethniques et les affrontements armés sont à leur plus haut niveau.

Nous aimerions également vous rappeler que si l’Afghanistan a été bombardé par les États-Unis et l’OTAN, c’est à cause des Talibans et d’Al-Qaïda. Aujourd’hui, les Talibans sont de retour au pouvoir et Daech est présent dans tout le pays… Même si les Talibans gouvernent l’Afghanistan, le terrorisme, la destruction et les combats ne cesseront pas.

Tant que les États-Unis et de nombreux autres courtisans impliqués tels que le Pakistan, l’Iran, la Turquie, et même la Russie, la Chine et l’Inde trouveront leur intérêt à soutenir des fondamentalistes religieux et des criminels connus, il sera difficile de trouver une solution.

Selon Human Rights Watch, environ 87 % des filles et des femmes afghanes sont victimes d’agressions au cours de leur vie. Ces chiffres sont terrifiants…

L’Afghanistan a toujours été un endroit misérable pour ses femmes en raison de la forte mentalité patriarcale, du système féodal, du manque d’éducation, de la culture et des traditions, des croyances religieuses, etc. Mais les 40 longues années de guerre et surtout le renforcement du fondamentalisme ont rendu la situation encore pire.

Les femmes afghanes sont les premières victimes de la guerre et de la violence persistante. Des cas de viols, d’enlèvements, de mariages forcés, de mariages de mineurs et de violences domestiques sont signalés quotidiennement. Plusieurs raisons expliquent pourquoi ces chiffres ne baissent pas, mais la principale est la forte emprise de ces fondamentalistes qui ont été soutenus par les États-Unis et qui sont les mêmes misogynes qui siègent au parlement, qui font les lois, qui contrôlent la police, le système judiciaire et tous les organes gouvernementaux.

Le rôle des ONG occidentales dans le pays a-t-il été positif ou négatif ?

Les ONG dans notre pays faisaient partie de l’occupation militaire occidentale. Elles ont poussé comme des champignons après le 11 septembre. À l’exception de quelques petits projets efficaces, ils ont surtout joué un rôle négatif. USAID (l’agence gouvernementale américaine), a principalement mis en œuvre les politiques des États-Unis, tout comme de nombreuses autres ONG internationales.

Ces ONG étaient d’ailleurs la raison principale de la corruption et des pots-de-vin. Elles ont réalisé des projets qui n’étaient bons que sur le papier, sous la supervision d’étrangers, et n’ont apporté aucun changement réel dans la vie de notre peuple.

Les pays occidentaux ont quitté l’Afghanistan les uns après les autres. Le retrait américain était-il une erreur ? Et si non, pourquoi ?

Oui, presque tous les pays sont partis. Ce n’est absolument pas une erreur pour nous, c’est plutôt quelque chose de positif. Nous étions totalement contre cette occupation et la présence de ces troupes. Mais malheureusement, ce retrait est le résultat d’un accord diplomatique entre les États-Unis et les Talibans. Une fois encore, comme les années précédentes, ce sont les civils afghans qui paient le prix fort. Les combats en cours tuent des civils, brûlent leurs maisons et leurs fermes et les obligent à quitter leurs villages.

Rawa croit fermement qu’aucune nation ne peut recevoir la paix et le progrès comme si c’était un cadeau. Les nations doivent se battre, construire la paix de leurs propres mains, pour avoir un lien solide avec elle.

Que se passera-t-il si les Talibans prennent le pouvoir ?

Ils sont déjà au pouvoir dans les principales régions du pays, mais tout est arrivé soudainement. Les gens sont encore sous le choc. Jusqu’à présent, ils ont agi différemment selon les zones : certaines régions sont encore disputées, sous le feu des combats, mais d’autres villes et frontières leur ont été remises sans aucune résistance. Tôt ou tard, ils arriveront à Kaboul et il sera difficile de prévoir ce qui se passera. Les Talibans feront de leur mieux pour maintenir une image positive et différente cette fois-ci. Ils tenteront également d’obtenir un soutien international. Ils peuvent organiser des « élections », mais il est impossible de cacher leur nature misogyne, criminelle et ambiguë. Ces derniers jours, les gens sont effrayés par leurs actes criminels et aucun Afghan ne peut oublier les horribles attentats perpétrés ces dernières années, comme les attaques contre des écoles et des hôpitaux, le meurtre de journalistes, de vaccinateurs, de juges, de policiers, de médecins, les attentats suicides…

Même les femmes membres de la délégation des soi-disant pourparlers de paix, comme Fouzia Kofi, avaient affirmé que les Talibans étaient en train de changer, mais les derniers jours ont prouvé le contraire. Les Talibans n’attendent que le bon moment pour atteindre Kaboul et créer leur émirat islamique qui appliquera la charia et s’immiscera dans tous les aspects de nos vies.

L’alternative est-elle de fuir ?

Non, pas du tout. Nous trouverons un moyen de poursuivre notre lutte en fonction de la situation. Il est difficile de dire comment, mais nous poursuivrons certainement nos activités souterraines comme nous l’avons fait dans les années 1990, sous le régime des Talibans. Bien sûr, cela ne se fera pas sans risques et dangers, mais toute forme de résistance nécessite des sacrifices.