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L'Autre Quotidien - L'Autre Quotidien -

Certains articles en accès libre

28.05.2020 à 11:59

L’éphéméride du 28 mai

L'Autre Quotidien
L'histoire des Noirs en Amérique, c'est l'histoire de l'Amérique. Et ce n'est pas une belle histoire. James Baldwin, I am not your Negro
texte intégral
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Qui crois-tu être pour accoucher sans effort de la mort d'un homme? le genou planté sur sa nuque, les mains plantées dans tes poches, le regard vague et le masque blanc?
Qui crois-tu être pour reposer nonchalamment sur ta proie, ivre de la force des lâches, à peine sidéré par ton geste?
"Moi Monsieur, j'accomplis mon devoir. J'oeuvre pour la paix de vos névroses. Je termine l'oeuvre du colon. Au nom du Père..."
L'humanité tout entière se brise dans ma gorge et dans ma tête et se heurte à ce mur blanc à ce silence blanc. Je suffoque. JE NE PEUX PLUS RESPIRER. J'étouffe, je me noie, je veux griffer ce visage jusqu'au sang, renverser ce corps qui m'écrase. Mes membres sont liés et je sens la mort qui monte en moi, la terreur de la mort. Son métal acide envahit ma gorge de glaires froides. Mes bras et mes jambes s'arquent sous les spasmes. Sous mon front je sens mes yeux qui s'affolent à chercher une issue. Et de mon corps qui s'épuise, la seule chose que je délivre c'est un long filet d'urine qui s'écoule lentement sur la route.
Ma dernière trace sur cette terre.
Pourquoi la terre ne s'est-elle pas soulevée alors?
Pourquoi les bras de la foule ne m'ont-ils pas libérée de son étreinte?
Appelons les gardiens de la paix gardiens du crime.
Je renverse ce corps en rêve, le délivre de son homicide et je crève ses yeux pour qu'ils ne distinguent plus jamais le Noir du Blanc.
Je coupe ma langue.
Il la mange.
Et jusqu'à sa mort, il ne prononce plus qu'un seul mot.
Le nom de Georges Floyd.

Maya Huasca

La chanson dans la tête

Les mots qui parlent

L'histoire des Noirs en Amérique,
c'est l'histoire de l'Amérique.
Et ce n'est pas une belle histoire.

James Baldwin, I am not your Negro

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L'éternel proverbe

La chose la plus triste est la mort du cœur.

Proverbe chinois

Le haïku sur la tête

Coucou―
Ma montre commence à compter
Les secondes de mes dernières années.

Chiéko Watanabé 


27.05.2020 à 11:59

L'éphéméride du 27 mai

L'Autre Quotidien
Avoir la foi, c'est monter la première marche, même quand on ne voit pas tout l'escalier. Martin Luther King
texte intégral
Photo Alisa Resnik

Photo Alisa Resnik

La chanson dans la tête

Lana Del Rey - Hope Is A Dangerous Thing For A Woman Like Me To Have - But I Have It

Le haïku de dés

Jour anniversaire
du grand tremblement de terre -
tous mes livres retiennent leur souffle

Nakamura Kusatao

L'éternel proverbe

Jan chat mache lajounen se pa konsa li peche lannwit
La façon dont le chat marche le jour est différente de la façon dont il chasse la nuit.

Proverbe haïtien

Les mots qui parlent

Ceux qui de particuliers deviennent princes seulement par les faveurs de la fortune ont peu de peine à réussir, mais infiniment à se maintenir.

Machiavel - Le Prince


26.05.2020 à 10:23

Allez allez, Vodou alé !

L'Autre Quotidien
Chouk Bwa propose son actualisation du vodou où chaque rite est associé à un ensemble de rythmes qui appellent les Lwa (esprits vodou). Son Vodou Alé dépote sérieux et c’est plus que passionnant, on s’explique.
texte intégral

Chouk Bwa propose son actualisation du vodou où chaque rite est associé à un ensemble de rythmes qui appellent les Lwa (esprits vodou). Son Vodou Alé dépote sérieux et c’est plus que passionnant, on s’explique.

Chouk Bwa & The Ångströmers

Chouk Bwa & The Ångströmers

Le qui fait quoi : l’album Vodou Alé a été enregistré en décembre 2018 aux Ateliers Claus de Bruxelles. Un seul des morceaux (Odjay Nati Kongo) provient d’une session d’enregistrement réalisée à l’Institut Français de Port-au-Prince en avril 2017, suite à une résidence de création menée dans la campagne haïtienne, près de Gonaives, cœur vibrant du vodou.

Les parties de tambours et les voix ont été enregistrées en conditions de “live” et ont fait l’objet de très peu de découpages. Il y a donc une dimension brute affirmée. Des premiers éléments de parties électroniques ont été enregistrés simultanément à ces prises, comme un bloc-notes. Ce seraient de potentielles sources d’inspiration pour la suite. Certaines parties de synthés ont été co-créées avec Chouk Bwa lors de la session de Bruxelles.
Ensuite The Ångströmers se sont réunis en leur studio à Bruxelles où ils ont produit toutes les parties électroniques. Cette phase s’est poursuivie sur toute l’année 2019. Les musiciens de Chouk Bwa ont donné des feedbacks réguliers afin de garantir leur pleine adhésion au projet et surtout un respect scrupuleux du vocabulaire musical et mystique du vodou. En août 2019, The Ångströmers se sont également rendus aux cérémonies vodou de Soukri, près des Gonaïves, afin d’approfondir leur connaissance du vodou et documenter la cérémonie vodou dans son ensemble (enregistrements audio et video). L’album a été mixé au studio Northward, Rhode Saint Genèse et masterisé chez Ångström, qui est aussi un studio de mastering réputé à Bruxelles. Pour les durs de la feuille, exemple, ci dessous :

Le son qui en sort : la structure des chansons est fortement inspirée du chant en appels et réponses typique de nombreuses traditions musicales, telles qu’on en trouve notamment en Afrique de l’Ouest, d’où de nombreux esclaves étaient déportés vers les Amériques. Le vodou haïtien s’inscrit donc logiquement dans cette lignée.

L’apport de The Ångströmers consiste d’abord à colorer et élargir les sons issus de Chouk Bwa. C’est par exemple le cas dans Fidélite. Dans les morceaux instrumentaux (Rårå et Kay Marasa Dub) les producteurs construisent une partition électronique qui structure le morceau. Des sons ajoutés, le plus souvent abstraits d’un point de vue tonal, et donc plutôt présents comme des matières, viennent parfois en contrepoint de l’écriture des chansons (voir le “serpent” de basse dans Negriye). Dans deux morceaux (Move Tan et Sali Lento), l’intervention de The Ångströmers s’inscrit dans un champ tonal, mais le parti pris d’un travail non conventionnel sur les timbres reste présent.

Au finish : ici, la transe millénaire vaudou devient urbaine, contemporaine. Dans ce processus, c’est la musique qui dirige. Aucun ordinateur ni boîte à rythme, n’oseraient venir la brider et c’est justement l’échange créé par le groupe haïtien et le duo Nicolas Esterle et Frédéric Alstadt qui forme The Ångströmers qui donne autant l’actualité du propos politique, en même temps que la furia musicale qui prend aux tripes. Tout bon !

Jean-Pierre Simard le 26/05/2020
Chouk Bwa & The Ångströmers - Vodou Alé - Les Disques Bongo Joe / l’Autre Distribution

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25.05.2020 à 11:58

L'éphéméride du 25 mai

L'Autre Quotidien
Je ne suis plus ici que cette rage, qui ne trouve pas les mots à jeter pour se dire. Fernando Pessoa
texte intégral
Face à l’oppression et aux persécutions, les Manouches, Sintès, Kalès, Yéniches, Rroms ou Tsiganes, ont opposé des formes de résistances très diverses. Raymond Gurême, qui vient de disparaître, était une des grandes voix de la lutte contre les discriminations à l’égard des nomades. Nous vous invitons à écouter le passionnant  récit-documentaire en deux parties  que Claire Pouly-Borgeaud   a réalisé sur lui pour   France Culture.

Face à l’oppression et aux persécutions, les Manouches, Sintès, Kalès, Yéniches, Rroms ou Tsiganes, ont opposé des formes de résistances très diverses. Raymond Gurême, qui vient de disparaître, était une des grandes voix de la lutte contre les discriminations à l’égard des nomades. Nous vous invitons à écouter le passionnant récit-documentaire en deux parties que Claire Pouly-Borgeaud a réalisé sur lui pour France Culture.

L'image du jour

William Klein : Ushio Shinohara, 1961

William Klein : Ushio Shinohara, 1961

En 1961, William Klein découvre le Japon. Fasciné par les combats et les grands boxeurs, William Klein est captivé par l’artiste japonais d’avant-garde Ushio Shinohara. Il réalise une série désormais iconique, immortalisant l’artiste dans un surprenant combat contre une toile.

La chanson dans la tête

Le haïku de dés

Le printemps est là. 
J’entends le bruit des vagues
De dessous mon bureau.

Awano Seiho

L'éternel proverbe

L'homme sot cherche les racines du brouillard.

Proverbe berbère

Les mots qui parlent

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Je ne suis plus ici
que cette rage,
qui ne trouve pas
les mots à jeter
pour se dire.

Fernando Pessoa


25.05.2020 à 11:05

Les Figures, y a pas que ça de Maboul, chez Aksak

L'Autre Quotidien
On ne va pas parler d’une compagnie d’assurance au nom assez proche, mais du retour d’un groupe belge reconstruit autour du duo/couple Marc Hollander et Véronique Vincent qui a fait ses début en 1977. Aksak Maboul qui, après deux petits tours magistraux avait disparu des écrans, pour fusionner avec les Tueurs de la lune de miel. Et disparaitre, à leur tour, lassés en 1985.
texte intégral

On ne va pas parler d’une compagnie d’assurance au nom assez proche, mais du retour d’un groupe belge reconstruit autour du duo/couple Marc Hollander et Véronique Vincent qui a fait ses début en 1977. Aksak Maboul qui, après deux petits tours magistraux avait disparu des écrans, pour fusionner avec les Tueurs de la lune de miel. Et disparaitre, à leur tour, lassés en 1985.

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Ce n’est pas par inactivité forcenée qu’Hollander et Vincent se sont fait discrets, les deux ont eu ensemble une fille Faustine qui, aujourd’hui joue et réalise avec eux, quant à l’heureux papa il est aussi le producteur de quelque 350 albums sur Crammed Disc (les disques de Marc) qui nous ont tous permis de découvrir aussi bien Tuxedomoon que Minimal Compact, que la série Made To Measure, genre de refuge multicolore pour toute musique hors norme et hors catégorie ; de celles du monde du Brésil à l’Ethiopie, en passant par minimalisme, néo-classique, avant-garde et musique dites de théâtre ou de ballet, en passant par tous les azimutés de la portée et les bizarres notoires. Un label tête-chercheuse en continu qui a su rester pointu au fil du temps, en intégrant nouvelles musiques et sonorités déviantes pour durer et tisser son propre fil de celle qui compte.


Mais, durant les premières années d’existence d’Aksak Maboul, il y a surtout deux albums marquants et hautement recommandables : Onze danses pour combattre la migraine (1977), sorti par deux jeunes musiciens belges qui se font appeler Aksak Maboul (alias Marc Hollander & Vincent Kenis), dans lequel ils fusionnent et déconstruisent avec humour toutes sortes de genres pour créer leur propre univers musical. Trois ans plus tard, Hollander fonde le label Crammed. De nombreux ingrédients entrent et sortent du mixeur Aksak : faux jazz, électronique, musique africaine et balkanique imaginaire, minimalisme... il y a même des aspects pré-techno tels que Saure Gurke et son motif caractéristique de coups de clavier qui se retrouvera mystérieusement dans de nombreux morceaux techno classiques de Detroit une dizaine d'années plus tard. Onze Danses est devenu un album culte, et semble rétrospectivement avoir tracé la voie des différentes directions qui ont été explorées par Crammed au cours des deux décennies suivantes. Il est suivi en 1980 par Un peu de l’âme des bandits qui pousse l’expérimentation plus loin dans la forme. Contenant des sections écrites complexes, de l'improvisation libre et une grande variété d'éléments, Bandits a été enregistré avec un groupe composé des vénérés musiciens britanniques Fred Frith & Chris Cutler, qui ont rejoint le line-up d'Aksak de l'époque, composé de Michel Berckmans, Frank Wuyts, Denis Van Hecke et Hollander, plus la chanteuse invitée Catherine Jauniaux. Un peu de l'âme des bandits est décrit par All Music Guide comme "un sommet du mouvement RIO" (RIO étant Rock In Opposition, la coalition radicale pan européenne de groupes de la fin des années 70, dont Aksak Maboul faisait partie). L'album a atteint la troisième place du top 10 des albums européens du NME en 1980 (aux côtés de Yello, The Nits, Steve Reich et Faust. Il est ressorti en 2018, avec des titres sur lesquels on trouve tous les membres des diverses incarnations. Un autre projet, conçu au milieu des années 80 : Futur, sera abandonné, avant d’être repris et sorti en 2014 sous le titre Ex-Futur qui relancera la carrière du groupe avec Marc et Véronique, accompagné de nouveaux intervenants et leur donnera, après tournées, l’idée de l’actuel Figures.

Puisant à nouveau dans les multiples sources qui ont toujours inspiré le groupe, Aksak Maboul les transcende et les reconfigure avec son style inimitable, pour créer une œuvre impressionnante, riche et inclassable, en un double album, ici intitulée Figures ( en anglais chiffres) écrit, conçu et produit ces deux dernières années par Marc Hollander et Véronique Vincent (ancienne chanteuse des Honeymoon Killers). Soient 75 minute où les aficionados du groupe vont s'engager dans une écoute profonde pour profiter du puzzle/ mille feuilles qui leur est présenté. Tissant en toute transparence une instrumentation électronique et acoustique, une improvisation et une programmation, des chansons, des beats, des objets trouvés et des collages sonores, l'album fonctionne comme un labyrinthe, plein de passages secrets et d'interconnexions. On va y revenir plus loin… 

Véronique Vincent & Marc Hollander ont écrit l'album ensemble et en miroir, genre dos à dos, en suivant des parcours parallèles avec leur propre logique interne respective, tout en restant étroitement liés. Enigmatiques et finement ciselés, se nourrissant de son amour pour la peinture et la littérature, les textes de Véronique forment un tissu dense qui reflète le kaléidoscope sonore assemblé par Marc, qui a écrit et arrangé toute la musique (à part un morceau co-écrit et chanté par Véronique et Julien Gasc). Véronique a également réalisé les dessins et peintures qui illustrent la pochette et les encarts. Les deux protagonistes ont enregistré la plus grande partie de l'album dans leur propre studio, avec la participation des jeunes membres de l'actuel line-up live d'Aksak Maboul : Faustine Hollander (basse, chant, co-production), le guitariste Lucien Fraipont et le batteur Erik Heestermans. Plusieurs amis et invités se produiront également, dont le vénéré improvisateur Fred Frith, Steven Brown de Tuxedomoon, les membres d'Aquaserge (Julien Gasc, Audrey Ginestet & Benjamin Glibert), d'anciens membres du groupe (dont Michel Berckmans et Sebastiaan Van den Branden), et plusieurs autres.

Pour le chroniquer, on va faire court ( ha oui ?) et affirmer qu’Aksak Maboul en musique, c’est un peu comme Thomas Pynchon en littérature, à raconter l’Histoire underground de ce qui n’est pas advenu, une pop (entendre là une registre musical en perpétuelle évolution façon Beach Boys ou Beatles - , qui se sert de tout ce qui passe à portée pour dire les choses autrement. Et ajouter que cette francophonie belge, comme Magritte ou Michaux est bien la seule à tirer un lien entre les époques de la chanson française des 60’s à aujourd’hui - comme autrefois Ferré avec Zoo ou Barricades, vers les avatars du XXIe siècle comme Aquaserge ou Areski /Fontaine et Bashung. Comme l’expression de la remontée d’un non-dit qui serait passé à côté de la véritable variété verdâtre qui occupe depuis toujours les charts - et nous en détourne enfin par son retour inopiné. C’est copieux, barré, foutraque, labyrinthique ; mais on s’en tape, parce que le plaisir est durable - et renouvelé… On adore et on vous le recommande chaudement. Vous savez ce qu’il vous reste à faire avec cette tentative de démontage des clichetons au pistolet à clous qui dure depuis les Honeymoon Killers, y entendre le non-dit d’un monde plus ingénu, surréaliste qui croit autant à la beauté et la création qu’au rêve et à la liberté de vivre et de créer. Banco !

Jean-Pierre Simard le 25/05/2020
Aksak Maboul - Figures - Crammed Disc

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25.05.2020 à 11:04

Qui sème le mot poétique récolte … Kate Tempest

L'Autre Quotidien
L’art poétique fiévreux d’un combat séculaire, qui se livre plus que jamais dans l’infra-ordinaire.
texte intégral

L’art poétique fiévreux d’un combat séculaire, qui se livre plus que jamais dans l’infra-ordinaire.

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Aux temps anciens
les mythes étaient ces histoires qu’on utilisait pour se raconter.
Mais comment expliquer cette façon de nous haïr,
comment expliquer ce que nous avons fait de nous,
la façon dont, en deux, nous nous brisons,
la façon dont nous compliquons ce nous ?

Nous sommes pourtant toujours mythiques,
Coincés pour toujours entre le pitoyable et l’héroïque.
Nous sommes encore divins ;
c’est ce qui nous rend si monstrueux.
Mais c’est comme si nous avions oublié que notre propre valeur excédait de loin celle de l’ensemble de nos biens.

En 2013, cela fait déjà presque dix ans que Kate Tempest écume de son flow mordant et justement syncopé les lieux plus et moins underground de la scène hip-hop londonienne, où beaucoup n’hésitent pas à comparer sa création inventive et acérée à celle de son aîné Mike Skinner, surtout époque « Original Pirate Material » (2002). « Brand New Ancients », qui reprend une performance slam réalisée par elle l’année passée, est son deuxième recueil de poésie publié, annonçant la passionnante et prolifique production des années qui suivront, avec d’autres recueils, des pièces de théâtre et un roman. Pour la version française, publiée en 2017, les éditions L’Arche ont eu l’excellente idée de recourir au slammeur D’ de Kabal, dont la science rythmique et coupante fait ici particulièrement merveille.

Il n’y a peut-être pas de monstres à tuer,
ni plus aucune dent de dragon à semer,
mais ce qui reste c’est l’écoulement
de la pluie le long des gouttières,
ce qui reste ce sont les murmures des cinglés.
Ce que nous avons ici
est une toute nouvelle palette de mythes :
la parabole de ton pote qui aurait pu tout faire
mais qui a fini junkie.

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« Les nouveaux anciens » est un formidable chant chuchoté de guerre et de nostalgie rigoureusement entremêlées. Une guerre de classes, bien entendu, gagnée au fil des années – comme il le soulignait lui-même il y a quelques années pour le « regretter » – par la classe à laquelle appartient le milliardaire américain Warren Buffett, celle des riches conduite par les ultra-riches. Une guerre de l’infra-ordinaire, néanmoins, dans laquelle, à la manière des héros désespérés de Ken Loach, une dignité de la survie en milieu si hostile est à recréer et à défendre, en attendant mieux et autrement. Revendiquant – et c’est là que se glisse sans doute un subtile nostalgie – en héritage la part banale des héros mythologiques, Kate Tempest reconstitue sous nos yeux, dans son phrasé et dans le choix de ses figures, un peuple réputé disparu, soigneusement invisibilisé, ce peuple sans intérêt que l’on se plait à brocarder discrètement dans l’entre-soi des puissants, un peuple du PMU, du café et de la pause clope, un peuple du bureau, de l’hôpital et de l’usine où l’on « donne toujours plus pour moins », un peuple qui cherche à se donner les moyens, artistiques et politiques, de ne plus être réduit à demeurer un « perdant magnifique ». D’une rage subtile parvenant à chaque page à se dépasser elle-même et à ouvrir des horizons réputés impossibles, dans le creux de ce qui fonde nos vies, c’est ainsi que son art poétique, terriblement actuel, est grand.

Il y a toujours eu des héros
et toujours des méchants,
les enjeux peuvent avoir changé
mais rien n’est si différent.
Il y a toujours eu de l’avidité, du chagrin et de l’ambition, du courage, de l’amour, du péché, de la contrition –
nous restons ces mêmes êtres des commencements, vivant toujours
dans notre fureur, dans notre crasse et nos frictions,
des odyssées quotidiennes, des rêves, des décisions…
Les histoires sont là si tu y prêtes attention.

Kate Tempest - Les Nouveaux anciens - éditions de l’Arche
Hugues Charybde le 25/05/2020

l’acheter chez Charybde ici

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22.05.2020 à 11:59

L’éphéméride du 22 mai

L'Autre Quotidien
Au bout de sa langue Il cache des paysages - L'étranger Horimoto Gin
texte intégral
Yusuf Sevinçli :  lire notre article

Yusuf Sevinçli : lire notre article

La chanson dans la tête

TARAWANGSA • the sacred music of Sunda | Petite Planète, Vincent Moon

Le haïku de cœur

Au bout de sa langue
Il cache des paysages -
L'étranger

Horimoto Gin

L'éternel proverbe

Si trois personnes te disent que tu es ivre, couche-toi.

Proverbe géorgien

Les mots qui parlent

-- Un nouveau commissaire est arrivé hier au poste de police. C'est ce que tante Chana m'a chargé de vous dire.
-- Je l'ai su avant-hier, répondit Bénia Krik. Continue.
-- Le commissaire a réuni tout le poste de police et il leur a fait un discours...
-- Un balai neuf balaie bien, répondit Bénia Krik. Il lui faut une rafle. Continue.

Isaac Babel, Contes d'Odessa

Beth Hoeckel

Beth Hoeckel


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