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Le Blog de Corinne Morel-Darleux

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01.12.2022 à 17:18

Une guirlande de lucioles pour finir l’année

Corinne Morel Darleux

Quand l’équipe de Socialter m’a proposé d’écrire, dans le hors-série que j’animais « Comment nous pourrions vivre » (à nouveau disponible en kiosque jusqu’au 10 janvier), une petite série de pastilles, de portraits, de figures qui enchantent et inspirent, je n’ai pas fait preuve d’une originalité foudroyante. J’ai repris mon petit Panthéon personnel qui ne devrait pas …
Texte intégral (2347 mots)

Quand l’équipe de Socialter m’a proposé d’écrire, dans le hors-série que j’animais « Comment nous pourrions vivre » (à nouveau disponible en kiosque jusqu’au 10 janvier), une petite série de pastilles, de portraits, de figures qui enchantent et inspirent, je n’ai pas fait preuve d’une originalité foudroyante. J’ai repris mon petit Panthéon personnel qui ne devrait pas vous surprendre. Mais j’ai adoré revisiter mes propres mythes dans ce format court et enlevé. J’espère que vous prendrez à votre tour plaisir à lire ces nouveaux éclairages mis sur les lucioles de Pasolini, les éléphants de Romain Gary et le ranch de Jack London. Des phares dans la nuit…

Texte introductif sur le site de Socialter : « La force vient parfois à manquer. La force de combattre, de résister, de refuser, de bâtir et rebâtir encore et encore. Peut-être défaillons-nous plus aisément lorsque nous avons perdu de vue ce qui vaut la peine de vivre, lorsque ce que l’existence compte de beauté s’est dérobé à notre vue. C’est dans ces moments qu’il faut pouvoir réassurer sa prise. Fort heureusement, la littérature politique et fictionnelle regorge d’images mentales qui viennent à notre secours et nous aident à vivre humainement. Des lucioles surgissant du fond de la nuit à la lune qui se dévoile et l’éclaire, de la chambre où l’on est chez soi à l’archipel où l’on est par les autres, du lierre rusé qui grimpe à l’été qui écrase jusqu’à l’hiver en nous… Petite galerie subjective en neuf images. » La suite que nous vous avons composée avec Emma Goldman, Cyrano et Victor Hugo sous la plume de Philippe Vion Dury est ici.

Les lucioles de Pasolini

« La nuit dont je te parle, nous avons dîné à Paderno, et ensuite dans le noir sans lune, nous sommes montés vers Pieve del Pino, nous avons vu une quantité énorme de lucioles, qui formaient des bosquets de feu dans les bosquets de buissons, et nous les enviions parce qu’elles s’aimaient, parce qu’elles se cherchaient dans leurs envols amoureux et leurs lumières. » 

Ces mots sont ceux du jeune Pier Paolo Pasolini, dans une lettre écrite en 1941 à son ami Franco Farolfi. Les lucioles y symbolisent la liberté de s’aimer en dehors des normes sociales et forment une multitude de petits repères lumineux enviables et innombrables. Las, trente ans plus tard, les lucioles ont disparu. Les bosquets ont fait long feu et les lueurs de joie se sont éclipsées, absorbées par l’éclat violent de la société. Le 1er février 1975, l’écrivain et réalisateur italien publie « L’article des lucioles » dans le journal Corriere della Sera.

Amer et désenchanté, il évoque un « désastre économique, écologique, urbaniste, anthropologique » permis par « un peuple dégénéré, ridicule, monstrueux, criminel ». Dans les Écrits corsaires parus la même année, Pasolini constate : « La réalité nous lance un regard de victoire, intolérable : son verdict est que tout ce que nous avons aimé nous est enlevé à jamais ». Le consumérisme, le vide du pouvoir et le naufrage politique ont tout gâché. L’auteur Émilien Bernard en décline les causes : « Les criardes lumières de la télévision. Les inquisitrices lumières du pouvoir. Les factices lumières de la marchandise. Les terrifiantes lumières des projecteurs policiers. » Comme le pressentait Pasolini dès 1941, ces « yeux mécaniques auxquels il était impossible d’échapper » se sont étendus et ne reste que la mélancolie d’un temps où il existait encore des espaces sombres où se lover, des lieux nocturnes pour abriter les amours réprimées. 

Neuf mois après avoir publié son pamphlet, Pasolini est assassiné alors qu’il travaillait à un nouvel ouvrage sur les liens mafieux du pétrole avec les services secrets, le pouvoir politique et le conglomérat de la chimie Montedison. Prophétique, « L’article des lucioles » se concluait par ces mots : « De toute manière, en ce qui me concerne (si cela peut intéresserle lecteur), que ceci soit net : je donnerais toute la Montedison, encore que ce soit une multinationale, pour une luciole ». Mais ce n’est pas la fin des lucioles. En 2009, l’historien de l’art et philosophe Georges Didi-Huberman publie Survivance des lucioles aux éditions de Minuit. Il y revient sur le ton fataliste de Pasolini, souhaitant donner un nouvel élan à ces lueurs perdues qui, comme les éléphants et la « marge humaine » de Romain Gary, symbolisent notre capacité à vivre humainement.

Si Didi-Huberman ne conteste pas qu’« il y a tout lieu d’être pessimiste », il refuse d’acter la disparition des lucioles, ce serait reconnaître la victoire du totalitarisme. Pour lui, « il est d’autant plus nécessaire d’ouvrir les yeux dans la nuit, de se déplacer sans relâche, de se remettre en quête des lucioles » et, comme le formule Émilien Bernard, d’ouvrir « l’espace, fut-il interstitiel, intermittent, nomade, improbablement situé, des ouvertures, des possibles, des lueurs, des malgré tout »

Les éléphants de Romain Gary

« Les gens se sentent tellement seuls et abandonnés, qu’ils ont besoin de quelque chose de costaud, qui puisse vraiment tenir le coup. Les chiens, c’est dépassé, les hommes ont besoin des éléphants. »

Les Racines du ciel de Romain Gary, publié en 1956, se déroule en Afrique équatoriale française. Morel, le protagoniste, débraillé et un peu erratique, y poursuit un but unique, obsessionnel, qui le mènera aux portes de la folie : sauver les derniers troupeaux d’éléphants sauvages. En se démenant pour un combat de toute évidence vain mais mené sans concession, Morel renvoie chaque protagoniste à ses responsabilités. Tous pourtant vont l’ignorer et passer ainsi à côté d’une possibilité de redonner un peu de grandeur d’âme à l’humanité. Pour ses détracteurs, Morel est « devenu amok par misanthropie » : s’il aime tant les éléphants, c’est donc qu’il n’aime pas les êtres humains. Il faut discréditer Morel et le gouverneur s’indigne de son combat en faveur des éléphants alors que « des hommes luttent et meurent en ce moment même, dans des camps de travail forcé et dans les prisons totalitaires… Quand ce n’est pas carrément le génocide. Il est encore permis de s’intéresser de préférence à eux ».

C’est un contresens absolu qu’il commet là. Car pour Morel comme pour Gary, « les éléphants font partie de ce combat-là. Les hommes meurent pour conserver une certaine beauté de la vie. Une certaine beauté naturelle ». Et ce n’est sans doute pas un hasard si l’amour de Morel pour les éléphants date de son internement dans un camp nazi. Lorsque Robert, un compagnon de block, revient « assez rétréci, le nez plutôt aplati, quelques ongles manquants, la gueule couleur de pierre… mais sans trace de défaite dans les yeux » après un mois à l’isolement, dans une cellule exiguë, voici ce qu’il leur dit : « Quand vous n’en pouvez plus, faites comme moi : pensez à des troupeaux d’éléphants en liberté en train de courir à travers l’Afrique, des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles rien ne résiste, pas un mur, pas un barbelé, qui foncent à travers les grands espaces ouverts et qui cassent tout sur leur passage, qui renversent tout, tant qu’ils sont vivants, rien ne peut les arrêter – la liberté, quoi ! »

Mais le gouverneur conclut, acerbe : « Vous devriez écrire des poèmes, je suis sûr que ça vous soulagerait. » Dénigrer la poésie, l’associer à un romantisme ridicule et vaguement honteux, est un artifice régulièrement utilisé pour faire le tri entre les gens sérieux et les doux rêveurs. On rencontre le même procédé assassin dès qu’on ose parler d’utopie. Il faut pourtant prendre garde à ne pas balayer trop rapidement la poésie, ni les éléphants. Car c’est peut-être bien là que réside ce qui nous maintient humains, la « marge humaine » qu’évoque Romain Gary dans son tout dernier entretien : « Les éléphants étaient aussi pour moi les droits de l’homme : maladroits, gênants, encombrants, dont on ne savait trop que faire […]. J’en ai fait indirectement une valeur symbolique et allégorique des droits de l’homme. » Hélas, « ils ne pouvaient donc imaginer à quel point la défense d’une marge humaine assez grande et généreuse pour contenir même les géants pachydermes pouvait être la seule cause digne d’une civilisation »… 

★ Le ranch de Jack London

« Que signifiait sa fortune, après tout ? Dede l’avait bien dit : l’argent non seulement ne pouvait le faire dormir dans plus d’un lit à la fois mais encore le ravalait au rang du plus abject des esclaves » 

Curieusement mésestimé, Radieuse Aurore (1910) est probablement le roman le plus personnel de Jack London, celui d’un double fantasmé. C’est aussi un roman de la décroissance et du refus de parvenir, l’archétype du rise and fall : l’ascension dans les sphères de la finance, l’appât du jeu, l’alcool qui avachit les traits – Jack London lui-même ne fut pas épargné –, la fortune et les combines ; avant la révélation amoureuse, le choc esthétique et sensoriel d’un territoire et de ses paysages qui conduisent au renoncement, au dépouillement et à la simplicité retrouvée d’une vie harmonieuse. Comme souvent chez l’écrivain, le roman débute chez les chercheurs d’or du Klondike, au début du XXe siècle. « Radieuse Aurore », de son vrai nom Elam Harnish, est têtu et n’a peur de rien ; il est malin, visionnaire, et les défis l’attirent. Rapidement, il va faire fortune dans la finance et connaître un pouvoir grandissant, se moquant de l’immoralité du système : « Aucun appel à la compassion financièrene trouvait écho en lui. Il menait seul sa barque, et en matière d’argent ne connaissait aucune amitié, aucune alliance »

Mais l’amour d’une femme va tout faire basculer. Dede fait découvrir à Elam, au cours de longues promenades à cheval, la beauté de la vallée de la Lune : « Un champ de coquelicots, un vallon couvert de fougères, des peupliers rangés le long d’un chemin, la couleur marron foncé d’un coteau, le soleil éclairant un pic au loin, la joie explosait à chacun de ces spectacles. » Mais elle ne veut pas l’épouser : « Vous ne seriez pas libre pour moi. C’est votre argent qui vous possède, vous prend votre temps, vos pensées, votre énergie, tout. » Elam renoncera finalement à sa carrière et prendra in fine la seule décision qui vaille : cesser de courir après la réussite matérielle, renoncer à ses possessions et partir vivre au ranch avec Dede, libre, fier et heureux.

C’est dans le comté de Sonoma, en Californie, que Jack London a situé la fin de Radieuse Aurore. C’est là aussi qu’il avait construit, à Glenn Ellen, son « Beauty Ranch » et son manoir, la « Wolf House » qui, durant l’été 1913, brûla en une nuit. Dans sa biographie, Jennifer Lesieur rapporte ce courrier de Jack London à une lectrice : « Quand je vous dirai que Dede est ma femme, que beaucoup de scènes d’amour dans le livre furent les nôtres et que le ranch où ils sont allés vivre est celui où nous vivons, vous comprendrez à quel point nous sommes heureux puisque vous vous réjouissez du bonheur de Dede et d’Elam. » London était malade. Le ranch était un rêve pour lui, son utopie. Il espérait y trouver une vie plus saine, au contact de la nature. Il ambitionnait de créer une ferme modèle où seraient testées des méthodes nouvelles. Avec son domaine forestier de 50 hectares, ses 280 hectares de vignes, le maïs, les vergers et l’élevage bovin, de chevaux et de cochons, le ranch fut le réceptacle de sa démesure, et sa dernière demeure : il y mourut, le 22 novembre 1916. 

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Corinne Morel Darleux

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09.11.2022 à 10:14

Dix siècles…

Corinne Morel Darleux

A l’occasion de la mordante (et jubilatoire) chronique de Daniel Schneidermann sur l’émission consacrée aux arbres hier soir sur France 2 , je repose ici l’intéressant entretien de Francis Hallé avec Reporterre et ma propre contribution, rédigée à l’invitation de l’association Francis Hallé pour la forêt primaire. Dix siècles… C’est le temps qu’il faut à …
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Dix siècles… C’est le temps qu’il faut à une forêt pour se développer pleinement à partir d’un sol nu. C’est vertigineux.

Alors que la voracité des profits et l’inconscience humaine déforestent et ravagent des zones entières, alors que notre ère s’habille de béton brûlant et de grands feux, alors que l’avenir semble de plus en plus incertain et dangereux, qui serait assez fou pour lancer le projet de reconstituer une forêt primaire ? Quand il devient difficile de se projeter à trois ans, un an, six mois, dans un quotidien tissé d’urgences, d’injonctions à l’instantané et de course planétaire… comment même se représenter l’immensité grandiose d’un millénaire ?

Loin, très loin des promesses de livraison instantanée qui débilitent nos capacités et polluent l’espace public, des polémiques d’un jour qui divertissent des vrais enjeux et font lamentablement dévisser le politique, loin des prouesses technologiques qui se révèlent toutes, les unes après les autres, désastreuses… avec un tel projet soudain on se prend à rêver à hauteur de canopée. Enfin nos horizons empêchés, pour peu que l’on regarde suffisamment loin, bien au-delà des paysages ras et asséchés, peuvent commencer à prendre la forme de volcans en fleurs et de frondaisons repeuplées.

J’aurais pu également vous parler de carbone, d’ombres de fraîcheur, d’oiseaux en liberté et de lianes sans tuteurs. Mais c’est avant tout ce rapport prodigieux au temps, le sentiment d’œuvrer pour un avenir lointain que nous ne verrons jamais, ce sentiment d’infinité, ce regain de dignité enfin, qui me semblent les plus saisissants dans le projet mené par l’association de Francis Hallé. Un projet qui peut sembler fou et vertigineux certes, mais qui risque bien de s’avérer en réalité, dans cette époque mortifère, une épopée avant tout visionnaire et sensée.

04.10.2022 à 11:35

Créer des désertions fécondes | Entretien

Corinne Morel Darleux

Entretien avec Mačko Dràgàn pour Mouais, le journal dubitatif, publié en septembre 2022. « Militante écosocialiste -graines, fleurs et épines- », Corinne Morel Darleux est également essayiste et autrice. Des pieds de son Vercors en flammes, « cramponnée au ciel, à suivre les fumées et le vol des hélicoptères », elle me parle de « …
Texte intégral (2129 mots)

Entretien avec Mačko Dràgàn pour Mouais, le journal dubitatif, publié en septembre 2022.

« Militante écosocialiste -graines, fleurs et épines- », Corinne Morel Darleux est également essayiste et autrice. Des pieds de son Vercors en flammes, « cramponnée au ciel, à suivre les fumées et le vol des hélicoptères », elle me parle de « bifurcation », « ce moment singulier où le cerveau rencontre les poings », et de voies de sorties libertaires du salariat capitaliste.

*

Mačko Dràgàn : Dans « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce », paru chez Libertalia en juin 2019, tu évoques le fait de renoncer à un poste qui, quoique bien payé, est nuisible écologiquement et socialement. Soit ce qu’on appelle en ce moment, depuis la séquence des diplômé.e.s d’AgroTech refusant de travailler pour le complexe agro-industriel, la « bifurcation ». Pourrais-tu revenir sur ce thème, sur ce qu’il a représenté pour toi, et sur ce qu’il représente à tes yeux aujourd’hui à un niveau plus global ?

Corinne Morel Darleux : Jusqu’à la trentaine, j’ai enchaîné Bac, prépa, Sup de Co, doctorat et cabinet de conseil. Il y avait bien de petits pas-de-côté, déjà l’envie tenace de ne pas passer ma vie à travailler, l’angoisse de me retrouver à vendre des bouteilles de coca dans les supermarchés et l’ouverture fugace d’une galerie d’art décalée, mais globalement j’étais à fond dans le syndrome de la bonne élève. Et puis à un moment donné c’est devenu juste impossible de vendre mes journées au Cac40, de croiser des SDF couchés dans les rues de Paris le long de vitrines regorgeant de gadgets inutiles, de supporter cette indécence moderne qui fait se côtoyer yachts de luxe et bidonvilles.

C’est à ce moment-là que j’ai croisé la route de personnes qui dénonçaient la triple aliénation du dogme de la croissance, de la société de consommation et de la « valeur travail », à Utopia. C’était en 2005 je crois. Depuis j’ai démissionné, me suis occupée des écoles de la ville des Lilas, j’ai déménagé au pied du Vercors et me suis engagée en politique. J’ai passé dix ans au Parti de Gauche avec Jean-Luc Mélenchon à développer le projet écosocialiste et l’internationalisme, effectué deux mandats d’élue régionale, dont un face à Wauquiez, puis quitté la politique institutionnelle et les partis. Aujourd’hui je milite ailleurs et j’écris. Je suis loin d’être exemplaire, mais j’ai l’impression d’en être à ma sixième vie (rires).

Bifurquer, si je devais résumer, pour moi c’est éprouver sincèrement, sans se raidir, ce moment singulier où le cerveau rencontre les poings. Quelle que soit la manière dont ça se manifeste ensuite, dans ses choix – ou malheureusement, parce qu’on n’a pas toutes et tous les mêmes conditions d’existence, son absence de choix -, c’est ce moment de discernement, de lucidité où on ressent au fond de soi qu’on ne peut plus continuer à vivre comme si on ne savait pas.

Photo de Macko Dràgàn pour Mouais

MD : Dans une tribune publiée dans Libé et intitulée « Pallier les envies de fuite désordonnés », qui revient justement sur la « bifurcation », tu évoques également la solastalgie, soit la souffrance causée par la crise climatique, un terme très utilisé aujourd’hui, souvent de pair avec éco-anxiété. Dans une récente prise de parole, Frédéric Lordon s’en est pris à cette notion : « Ne soyez pas éco-anxieux, dit-il, soyez éco-venères ! » (enfin ça c’est reformulé par Usul, mais on voit l’esprit). Qu’est-ce que cette critique t’évoque ?

CMD : Frédéric Lordon a le chic pour sortir des tribunes bien troussées et montrer, en mettant les cyniques et les rieurs de son côté, combien il est malin. Et il l’est. Mais quand il parle de « merde psycho-sociétale » qui ne veut rien dire… Autour de moi, je vois des gamins qui font des crises d’angoisse dès que le ciel est couvert, des ados qui se retrouvent en HP, des jeunes qui ne veulent plus faire d’enfants et des adultes complètement largués. S’en prendre à la notion défoule peut-être, hélas ça ne fait pas disparaître le problème. Et je ne crois pas que ce soit « dépolitiser » que de s’intéresser aux individus, aux émotions et à ce qu’elles génèrent. Ce n’est ni mièvre ni inutile, loin de là, et le monde politique comme certains cercles intellectuels seraient bien avisés de s’en préoccuper. Et puis non, vraiment, s’il s’agit d’une injonction à cesser de souffrir… Ce serait indécent. Ne pas être angoissé aujourd’hui, quand il y a toutes les raisons de l’être, relève soit de la méthode coué soit de l’insanité.

Alors oui, évidemment, il a raison de dénoncer le fait que les causes, comme ce qu’il conviendrait de faire, restent dans le brouillard. Mais il dégomme tellement, de la décroissance aux ZAD en passant par « le vivant » … C’est lassant de voir des gens brillants passer leur temps à dézinguer tout ce qui émerge plutôt que de s’y accrocher et de tirer sur les fils pour les tordre, les tisser, les vertébrer. Quoi, la collapsologie, le tri des déchets et l’éco-anxiété, ce n’est pas assez révolutionnaire, pas assez politique ? Ça ne va pas « renverser le capitalisme » ? Mais on le sait, ça fait des années qu’on s’évertue à politiser ce merdier ! Pardon, vraiment, j’adorerais qu’on soit en période pré-insurrectionnelle, avec des gens « vénères » de tous côtés en train de s’organiser collectivement. Mais ce n’est pas la réalité. Majoritairement, rien ne change, sauf une détresse croissante – et avec l’été qu’on vient de passer ça ne va pas s’arranger.

D’ailleurs, appeler à devenir « furieux » n’est pas forcément judicieux vu la poudrière dans laquelle on est. C’est un souci sincère : je ne vois pas de sursaut révolutionnaire, pas de mouvements sociaux d’ampleur, peu de collectifs organisés pour politiser et canaliser cette colère. La plupart des gens ne savent pas quoi faire de ces envies de tout péter, de ces emportements légitimes, ni comment se prémunir des pénuries qui se profilent ; faute de débouchés, le risque est fort de se tromper d’ennemi et de se dresser les uns contre les autres. Je me méfie du ressentiment qui s’installe, des phénomènes de repli et de boucs-émissaires, un scénario très périlleux en ce moment.

MD : Tu évoques souvent un imaginaire de la fuite, de la « cabane », du fait se retirer, de se couper des réseaux ; c’est ce sur quoi tu voulais travailler dans ton dernier roman, la Sauvagière, qui vient de paraitre aux éditions Dalva ?

CMD : Disons que c’est ce qui est sorti en tout cas (sourire). Un roman peut aussi souligner d’une autre manière tout ce que le système broie et permet d’explorer les marges de la « normalité », ce « délire accepté de notre relation au monde » selon Juan Jose Saer. Et puis, tout simplement, une sauvagière, c’est « un lieu où l’on se retire pour se mettre à l’abri des contacts humains ». Et je crois que j’en avais vraiment besoin.

MD : « Comment faire pour que la désertion devienne un acte politique et non un simple pas-de-côté – ou, pour le formuler autrement, pour qu’elle devienne sécession ? », demandes-tu dans cette tribune. En guise d’élément de réponse, tu invoques la tradition libertaire, donc anarchiste. Peux-tu préciser ce que tu entends par-là, notamment à travers ces deux notions libertaires que sont selon toi le refus de parvenir et le cesser de nuire ? Comment cela peut-il nous aider à inventer un en-dehors du salariat capitaliste ?

CMD : Ces notions, le refus de parvenir, le cesser de nuire et la dignité du présent étaient au cœur de mon essai « Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce », rédigé à un moment où je quittais la France Insoumise et m’interrogeais beaucoup sur le militantisme, ce qu’on y cherche, ce qu’on y accomplit et ce qu’on y perd. Je m’intéresse beaucoup aussi au confédéralisme démocratique et à ce qui se passe au Nord-Est de la Syrie, au Rojava. En France, c’est aujourd’hui dans les réseaux autonomes, paysans et technocritiques que je trouve le plus de dynamisme, d’élans et de pertinence, aussi bien dans la réflexion que dans l’action. Là, que se construisent à mon sens les remparts les plus costauds à la destruction des écosystèmes, les plus lucides en termes de résistance au capitalisme, les plus opérants en termes de préfiguration de « comment nous pourrions vivre » et enfin de bataille culturelle vive, queer dans l’âme, c’est à dire bizarre, déviante, inadaptée aux normes sociales que l’on veut défaire.

In fine, après avoir milité dans pas mal d’espaces différents, en questionnant régulièrement leur pertinence et en m’interrogeant sur les stratégies possibles pour actionner le « frein d’urgence », comme l’écrit Walter Benjamin, il me semble de plus en plus que c’est en s’affranchissant du système qu’on pourra le mieux le combattre, pas en restant dedans ni en jouant selon ses règles, pas en utilisant ses médias, ses ressorts, son indignité et son argent. C’est quasiment impossible à réaliser, de s’extraire, tant on est englués dedans, et pourtant il y en a qui s’y essayent, réfléchissent autrement la question de la subsistance et de la solidarité, inventent des formes d’autonomie collective, politique et matérielle. Ça n’est pas parfait, qui l’est ? Mais de manière réaliste et honnête, si je croise tous les éléments en ma possession et que je regarde en face ce qui arrive, ça me parait être l’outil politique le plus adapté pour créer les conditions permettant de vivre, comme je le dis souvent de manière un peu provocatrice, « sans État, sans pétrole et sans électricité », et le plus dignement possible. Parce que désormais rien ne permet de penser qu’on n’y va pas tout droit – ni qu’on y est prêt.

Entretien paru dans le Mouais n°31, septembre 2022. Corinne Morel Darleux a également été la rédactrice en chef exceptionnelle du hors-série de 180 pages « Comment nous pourrions vivre » de nos copaines de la revue Socialter, n’hésitez pas à y jeter vos yeux.

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29.09.2022 à 12:12

Nostalgie de l’inexploré

Corinne Morel Darleux

Ma dernière chronique parue dans le magazine Imagine (numéro de juillet-aout 2022). C’est un gouffre vertigineux qui vient d’être découvert, dissimulé depuis toujours à nos yeux, dans une région montagneuse du sud de la Chine aux paysages sertis de grottes et de rivières. Une « fosse céleste », nommée tiankeng en mandarin. Une doline gigantesque de deux-cents …
Texte intégral (913 mots)

Ma dernière chronique parue dans le magazine Imagine (numéro de juillet-aout 2022).

C’est un gouffre vertigineux qui vient d’être découvert, dissimulé depuis toujours à nos yeux, dans une région montagneuse du sud de la Chine aux paysages sertis de grottes et de rivières. Une « fosse céleste », nommée tiankeng en mandarin. Une doline gigantesque de deux-cents mètres de profondeur, bien loin des légères dépressions – de maigres creux en comparaison – que l’on trouve sur le Vercors.

Là, au Guangxi, l’érosion du calcaire et l’infiltration de l’eau ont creusé la roche karstique pendant des millénaires jusqu’à former une véritable vallée inexplorée de près de cinq hectares. Un micro-climat s’y est développé et une forêt vierge en a émergé. Les plantes d’ombres qui en tapissent le sol montent jusqu’à hauteur d’épaules. Les arbres partent à l’assaut du ciel, tendus vers la lumière, et culminent à quarante mètres. Comme dans le récit fantastique de Jules Verne « Voyage au centre de la Terre », qui mettait en scène une mer souterraine peuplée de poissons jamais vus ailleurs, les scientifiques imaginent déjà y découvrir des espèces inconnues.

C’est une brèche lumineuse dans la tristesse d’un monde clos où l’inexploré n’a plus cours. Où chaque petit coin de rivière est révélé sur Instagram, où l’uniformisation véhiculée par le soft-power, les marques et les franchises, gomme l’étrangeté de l’ailleurs et où chaque lieu ressemble furieusement à celui que l’on vient de quitter. Soudain quelque chose existe là où il n’y avait rien et, alors que tout semblait s’éteindre, ressurgit la beauté.

Cette surprise m’a fait bondir le cœur. Je lis qu’elle n’a pourtant rien d’exceptionnel en Chine, où c’est la trentième grotte de ce type à être découverte. Mais cette information, qui devrait venir diminuer la première et ternir l’émerveillement, n’en atténue pas la portée. Dans mon esprit, elle tient toujours du prodige et me saisit comme ce lever de Soleil sur la Lune que décrit Victor Hugo dans « Le promontoire du songe » : « Par aventure, on rencontre un télescope, et cette lune, on la voit, et cette figure de l’inattendu surgit devant vous, et vous vous trouvez face à face dans l’ombre avec cette mappemonde de l’Ignoré. »

Enfant, je tenais cette mappemonde de l’ignoré dans ma main. Je ne sais plus d’où je la tenais, cette grande pièce de monnaie argentée. Les signes de valeur monétaire et les profils présidentiels y avaient été remplacés par des continents, de vastes océans et des créatures imaginaires, comme sur les anciennes cartes marines peuplées de dragons et de sirènes. J’en garde le souvenir de longs voyages immobiles. A côté de minuscules gommes parfumées, de sifflets en plastique et de miniatures glanées dans les tirettes à surprises, c’était la plus belle pièce de ma collection.

Dans un article de la Revue géographique de Lyon paru en 1956, le Vercors est décrit comme un grand bloc calcaire karstique parcouru de dolines, d’accès difficile, avec des « crêtes culminant à plus de 2300 mètres » et un enneigement très long. En l’espace d’une vie, le Vercors est devenu familier, la neige ne fait plus qu’en blanchir les sommets et il est désormais parcouru de motos, de parcours touristiques et de rallyes. La terre inconnue n’est plus. Et j’ai perdu ma pièce argentée. Imaginer qu’il reste des dolines géantes inexplorées en Chine est une vraie consolation.

J’ai remis sur le haut de ma pile à lire le roman d’Edmond Hamilton intitulé « La vallée magique ». Et décidé, pour la millième fois, de revoir le merveilleux « Lost Horizons » de Frank Capra.

*

Illustrations et photographies : chensiyuan, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons et « Lost Horizons » de Capra

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27.09.2022 à 11:54

Chronique d’Automne

Corinne Morel Darleux

Nouvelle chronique pour Reporterre, publiée le 23 septembre. C’est presque devenu un lieu commun de l’écrire, l’été 2022 aura été déroutant pour beaucoup de monde. Les canicules, sécheresse et incendies en France auront sans doute provoqué un choc émotionnel, dont nul ne peut toutefois prédire s’il en résultera une prise de conscience, la vraie, celle …
Texte intégral (1522 mots)

Nouvelle chronique pour Reporterre, publiée le 23 septembre.

C’est presque devenu un lieu commun de l’écrire, l’été 2022 aura été déroutant pour beaucoup de monde. Les canicules, sécheresse et incendies en France auront sans doute provoqué un choc émotionnel, dont nul ne peut toutefois prédire s’il en résultera une prise de conscience, la vraie, celle qui relie le cerveau aux tripes en faisant clairement percuter que nos vies ne seront plus jamais les mêmes.

J’ai moi-même passé quinze jours en apnée, pendant que 380 hectares du Vercors partaient en fumée. La chaleur était suffocante. Je m’étais installée au frais dans la grange ouverte et plongée dans l’ambiance victorienne des sœurs Brontë, dans une tentative désespérée de changer d’époque. Incapable de me concentrer, je n’arrivais qu’à scruter le bal des hélicoptères, inquiète et meurtrie, sans réussir à me sortir de l’esprit que quinze années de militantisme et de combats atterrissaient là, dans cet incendie aux portes de chez moi. L’issue aurait pu être plus dramatique et cela a été bien pire à d’autres endroits, il n’empêche. Les herbes du jardin grillées, la fumée piquant les yeux, la fuite des animaux, l’épuisement des pompiers, le vertige et l’effroi… Le soir, l’air avait une odeur de cendre mouillée.

Et pourtant, l’été a passé et l’automne qui arrive semble vouloir en recouvrir les stigmates. Les feuilles roussies avant l’heure, si angoissantes durant l’été, arborent une teinte dorée désormais en phase avec la saison. Il redevient, fin septembre, logique de voir le débit des rivières diminué. Les pluies de la fin de l’été ont même reverdi les jardins brûlés et donnent des airs de printemps au potager. Mes fleurs de capucine, stoppées net au début de l’été, fleurissent enfin. Les concombres qui étaient restés en dormance se réveillent et se mettent à s’enrouler comme des lianes

Bien sûr, on ne peut que se réjouir de la capacité des éléments à se remettre et la forêt a maintes fois fait la démonstration de sa capacité à revivre après le feu. La romancière Jean Hegland, avec qui j’ai beaucoup correspondu cet été, a témoigné de la manière dont la forêt où elle vivait, ravagée par les incendies en Californie, renaît peu à peu. J’avais beau être convaincue cet été, assommée par l’étendue du désastre, que certains arbres étaient définitivement morts, nous n’en avons probablement pas perdu tant que ça. Pour cette fois. Car la répétition et l’intensification des extrêmes climatiques risque de mettre cette capacité à rude épreuve et l’élastique finira par nous claquer entre les doigts.

La faculté humaine à s’adapter à de nouvelles conditions d’existence est elle aussi spectaculaire. Le cerveau a ses propres mécanismes pour oublier au fur et à mesure la forme et les couleurs des paysages, les bourdonnements d’insectes et la nature de ses joies passées pour s’accoutumer à leur dégradation. Le corps lui-même, après un été caniculaire, se met à avoir froid à 25 °C. Or, si l’amnésie des sens sera peut-être un jour un facteur de quiétude mentale, elle représente une menace aujourd’hui. Celle d’oublier, comme ce fut le cas après la Roya [1] ou Fukushima, et de n’en tirer aucun enseignement.

Car après la canicule de 2003, la pandémie et les krachs boursiers, à quel moment a-t-on l’impression qu’une catastrophe provoque quelque changement que ce soitLe Japon redémarre ses réacteurs, les profits de Total explosent, Jancovici compare les dangers du nucléaire à ceux d’une sucrerie, l’Office national des forêts continue à être démantelée et le complexe agro-industriel n’a pas frémi d’un cil. À la Clusaz, une retenue collinaire de près de 150 000 mètres cube vient d’être reconnue d’« pour cracher du blanc sur des pistes de ski. À Sète, le maire s’accroche à son parking souterraindu béton sur le Vercors pour encenser ses «. Et le mondial de foot au Qatar n’a pas été annulé.

Tout se passe comme si chacun ressortait de ces crises raffermi dans ses convictions antérieures — qu’elles soient décroissantes ou technicistes. Tout indique que seule la contrainte des approvisionnements peut rendre les pouvoirs publics à la raison de la sobriété énergétique. Comme si nous ne savions que réagir dans l’urgence, sans jamais anticiper. Comme si l’éthique avait définitivement sombré.

Un sentiment d’implacable, comme jamais, m’a fait vaciller cet été. Comme nous nous le sommes écrit avec une amie chère, le temps des « que nous avons été est fini. Tout est là, documenté, entré de plain-pied sous nos yeux et dans nos vies, tout est dit. Il ne s’agit plus d’informer ou d’argumenter sur les faits mais de politiser la prise de conscience et de la transformer en action. Car ça ne fait que commencer.

Nos vies sont en train de changer irrémédiablement, du fait des contraintes induites par tous ces bouleversements. Cela devrait nous pousser à simplifier nos existences, à nous organiser collectivement pour réduire nos dépendances — notamment au numérique et à l’énergie, à discerner ce à quoi on est prêt à renoncer, ce dont on a besoin ou singulièrement envie, à arpenter le territoire où l’on vit, à arrêter tout pour faire un pas de côté, à lancer un grand plan national « comme j’en ai un temps caressé l’idée… Il y aurait tant de choses à faire, susceptibles de susciter de l’élan collectif, je le crois vraiment. Et j’enrage de nous en sentir si éloignés. Il faudrait être devin pour savoir de quel côté de la ligne de crête nous allons tomber, mais la chute est désormais certaine et nous allons avoir besoin de renforts et de relais, nous qui sommes bientôt à l’automne de nos vies et sur le pont depuis tant d’années…

Cet été, lors d’une mémorable semaine écoféministe, j’ai été sidérée par l’énergie et la beauté de mes jeunes compagnes. J’ai eu envie de penser à elles comme à autant de lucioles, une relève m’autorisant à m’éclipser sur la pointe des pieds. Et puis, en finissant de rédiger cette chronique, je suis tombée sur le témoignage de Marlowe Hood, journaliste de l’AFP couvrant les questions d’environnement depuis 2007. Il explique pourquoi il doit s’arrêter et tout y est.

L’automne devrait être la saison du ralentissement et de la préparation à l’hiver, une période où l’on se fait plus discrète et casanière, où le rougeoiement des feuilles redevient beau et le feu chaleureux. Mais qui sait de quoi celui-ci sera fait

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Corinne Morel Darleux

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