03.04.2025 à 17:39
En 2021, le flux des investissements directs étrangers entrant dans l’UE a atteint environ 117 milliards d’euros, soit 8 % du montant mondial, selon un rapport spécial de la Cour des comptes européenne. Les principales transactions étrangères vers l'UE ont eu lieu en Allemagne, en Espagne et en France. Les investissements directs étrangers sont généralement […]
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Qu’est-ce qu’un investissement direct étranger ?
Un investissement direct étranger, ou investissement direct à l’étranger (IDE) correspond à l’acquisition d’actifs financiers représentant au moins 10 % du capital d’une société étrangère.
Contrairement au simple placement financier (comme l’achat de quelques actions dans une société), l’IDE est effectué dans le but d’acquérir un intérêt durable dans une entreprise étrangère "et d’exercer, dans le cadre d’une relation à long terme, une influence significative sur sa gestion”, explique l’Insee.
L’IDE est ainsi l’élément clé de la mondialisation des entreprises en quête de nouveaux marchés, et donc de l’émergence de multinationales : création de filiales à l’étranger, fusions-acquisitions transfrontières…
En 2021, le flux des investissements directs étrangers entrant dans l’UE a atteint environ 117 milliards d’euros, soit 8 % du montant mondial, selon un rapport spécial de la Cour des comptes européenne. Les principales transactions étrangères vers l'UE ont eu lieu en Allemagne, en Espagne et en France.
Les investissements directs étrangers sont généralement perçus comme bénéfiques pour les économies des pays d'accueil et d'origine, ainsi que pour les entreprises qui investissent. Ils favorisent la croissance, l'innovation, la création d'emplois qualifiés, le développement des compétences, et encouragent de meilleures pratiques de gestion. Ils ouvrent également de nouvelles opportunités pour les exportations de l'Union.
Malgré leurs effets positifs, les IDE soulèvent néanmoins des problématiques importantes en matière de sécurité dans certains secteurs. "Les risques associés aux IDE sont devenus plus sérieux, en particulier dans les questions liées à l’autonomie et aux actifs stratégiques (les centrales nucléaires ou les ports, par exemple), aux secteurs sensibles (notamment ceux qui touchent à des intrants essentiels en matière de défense), […] ou encore au transfert de technologies sensibles vers un pays tiers dont les intentions stratégiques [divergent] des intérêts de l’UE", explique la Cour des comptes européenne.
C’est l’objet du règlement mis en œuvre le 11 octobre 2020. Ce "cadre européen relatif au filtrage des investissements directs étrangers" doit éviter les prises de contrôle dommageables d’entreprises européennes grâce à l’échange d’informations entre les Etats membres sur les IDE touchant les secteurs stratégiques (aéronautique, ferroviaire, batteries, biotechnologies…).
Un exemple emblématique : les grands ports européens
En 2016, sous la pression de ses créanciers, l’Etat grec a vendu le Pirée, le plus grand port hellène, à l’armateur chinois Cosco Shipping Corporation : une entreprise publique, détenue par la République populaire de Chine. Pékin a également renforcé son influence sur les ports d’Anvers, de Rotterdam, de Hambourg… Son concurrent public hong-kongais China Merchants Port a, quant à lui, acquis des parts dans les ports de Dunkerque, du Havre, de Marseille, de Nantes et de Marsaxlokk, à Malte.
Avec ces opérations mises bout à bout, les opérateurs chinois possèdent aujourd'hui des participations minoritaires ou majoritaires dans 14 ports européens, dont les trois plus grands du continent, indique une étude du Comité d'études des relations franco-allemandes (Cerfa), parue en avril 2024.
Les ports jouent un rôle clé dans le commerce en Europe : en Allemagne par exemple, ceux-ci traitent 60 % de son commerce extérieur (importations et exportations confondues). L'acquisition de ces infrastructures sensibles par des sociétés étrangères pose des enjeux importants en matière de sécurité : "Les ports sont de plus en plus des infrastructures numériques, ce qui crée des risques d'espionnage et de sabotage", décrypte la chercheuse Marie Krpata, chargée de mission au Cerfa et auteure de l'étude.
Le règlement établit une liste des facteurs que les Etats membres ou la Commission peuvent prendre en considération pour déterminer si un IDE risque de porter atteinte à la sécurité ou à l’ordre public, s'interrogeant sur ses "effets potentiels" dans des secteurs "clés".
Plusieurs critères peuvent être retenus : tout d'abord si l'IDE concerne une cible dite "critique". Ce terme recouvre les infrastructures sensibles (centrales nucléaires par exemple), les technologies critiques (comme les semi-conducteurs utilisés dans de nombreux appareils électroniques), les biens à double-usage (militaire et civil), ou encore certaines matières premières. Les Etats membres veillent également à ce que l'investissement ne porte pas atteinte à des droits essentiels, comme la liberté des médias ou l'accès aux soins.
La législation s'intéresse aussi au caractère critique de l'investisseur étranger : contrôle direct ou indirect par le gouvernement d'un pays tiers, participation à des activités portant atteinte à la sécurité ou l'ordre public, à des activités illégales ou criminelles…
Les pays de l'UE sont incités à mettre en place des mécanismes de filtrage des IDE. Si de tels mécanismes existent au niveau national, ils ont l'obligation de communiquer à la Commission et aux autres Etats membres les dossiers d’IDE soumis à un filtrage.
Plusieurs Etats membres effectuent cette surveillance depuis longtemps. Le règlement européen la coordonne grâce à un système d'alerte entre les pays de l'UE, basé sur l'échange d'informations entre tous les Etats membres qui possèdent un mécanisme de filtrage des investissements étrangers. Concrètement, les pays ont l'obligation de signaler tous les dossiers faisant l'objet d'un filtrage au niveau national et de fournir des informations concernant ces potentiels investissements.
Des points de contact, désignés dans chaque Etat membre et à la Commission européenne, échangent des informations sur les investisseurs étrangers et l'entreprise européenne concernés via un "système sécurisé et crypté". La Commission européenne peut alors demander des informations complémentaires et formuler un avis. Le pays ayant notifié l'investissement à risque décide ensuite de l'autoriser, sous certaines conditions, ou de l'interdire sur la base des retours de la Commission et des autres Etats membres.
Certains programmes de l'Union européenne, qui concernent des secteurs sensibles, font l'objet d'une attention accrue. C'est le cas pour le Réseau transeuropéen de transports, le système satellite Galileo, ou encore le programme Horizon Europe.
En 2021, au moment de l'entrée en vigueur du règlement, seuls 14 pays avaient établi un cadre pour filtrer les IDE. Désormais, 24 Etats membres de l'UE sont dotés d'un système de filtrage des investissements tandis que de nouveaux mécanismes sont en cours d'adoption à Chypre, en Croatie et en Grèce, selon le quatrième rapport annuel de la Commission européenne sur le filtrage des investissements. "La guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine, un contexte géopolitique difficile et les risques nouveaux et émergents qui en découlent pour la sécurité" peuvent expliquer l'adoption accélérée de ce mécanisme, remarque la Commission.
En 2023, 488 opérations ont fait l'objet d'un contrôle dans 18 pays, contre 421 notifications soumises par 17 Etats membres l'année précédente. Dans son rapport spécial paru en 2023, la Cour des comptes européenne souligne que "la Commission a pris des mesures appropriées pour mettre en œuvre [le filtrage des IDE] et que les Etats membres sont de plus en plus nombreux […] à coopérer au niveau européen". Elle estime toutefois que des obstacles subsistent, notamment en raison du manque d'harmonisation des législations au sein de l'UE. Le règlement ne définit pas de manière suffisamment précise les types d'investissements qui comportent un risque pour "la sécurité et l'ordre public", donnant lieu à des interprétations différentes selon les pays, explique la Cour des comptes.
C'est pourquoi, en janvier 2024, la Commission européenne a proposé de réviser ce cadre pour assurer la sécurité économique de l'UE. Dans son rapport d'évaluation, elle présente des pistes d'amélioration. A commencer par une plus grande harmonisation des mécanismes de filtrage au niveau européen, tout en conservant certaines spécificités nationales en matière de sécurité. Le champ d’application inclurait également une liste plus précise d'actifs stratégiques et de technologies critiques, qui feraient l'objet d'une surveillance renforcée. De plus, le filtrage s’étendrait désormais aux investissements réalisés par des investisseurs de l'UE contrôlés en dernier ressort par des particuliers ou un pays étranger. Enfin, le règlement révisé devrait encore améliorer la coopération entre les pays de l'UE et fluidifier l'échange d'informations avec la Commission européenne.
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03.04.2025 à 17:16
Depuis qu'il est redevenu président des Etats-Unis en janvier 2025, Donald Trump a déclaré une guerre commerciale globale au monde entier. L'Union européenne n'est pas épargnée par le milliardaire ultraconservateur. A de nombreuses reprises, il a accusé les pays du Vieux Continent d'avoir trop longtemps profité d'une forme de bienveillance commerciale américaine. "Vous pensez que […]
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Depuis qu'il est redevenu président des Etats-Unis en janvier 2025, Donald Trump a déclaré une guerre commerciale globale au monde entier. L'Union européenne n'est pas épargnée par le milliardaire ultraconservateur. A de nombreuses reprises, il a accusé les pays du Vieux Continent d'avoir trop longtemps profité d'une forme de bienveillance commerciale américaine.
"Vous pensez que l'Union européenne est très amicale, mais ils nous arnaquent. C'est tellement triste à voir. C'est pathétique", a-t-il déclaré mercredi 2 avril, au moment où il annonçait son intention d'appliquer 20 % de tarifs douaniers supplémentaires sur les importations en provenance de l'UE.
La principale préoccupation du leader du camp républicain est le déficit commercial de son pays vis-à-vis de l'Union, qu'il estime à 300 milliards de dollars. Si les Etats-Unis sont effectivement déficitaires dans leur relation commerciale avec l'UE, ce chiffre est en revanche faux.
En 2024, les Etats-Unis étaient le premier partenaire de l'UE pour les exportations de biens de (20,6 %) et son deuxième partenaire pour les importations de biens (13,7 %), derrière la Chine (21,3 %).
Selon les données communiquées par la Commission européenne, le commerce transatlantique de biens et de services a atteint 1 600 milliards d'euros en 2023. Dans le détail, l'Union européenne a exporté pour 822,5 milliards d'euros de biens et services vers les Etats-Unis cette année-là, tandis qu'elle a importé pour 774,5 milliards d'euros en provenance de l'autre côté de l'Atlantique. La balance commerciale penche donc bel et bien du côté de l'UE, mais de 48 milliards d'euros seulement. On est bien loin du chiffre de 300 milliards d'euros, avancé régulièrement par Donald Trump.
Il existe toutefois une grande différence de balance commerciale entre les biens et les services. Et c'est peut-être sur ce point précis que Donald Trump s'appuie pour essayer de travestir la réalité des faits. Car pour ce qui concerne uniquement le commerce de biens, les exportations européennes vers les Etats-Unis atteignaient 503,8 milliards d'euros en 2023, contre 347,2 milliards d'euros d'importations américaines. Soit un excédent commercial de 156,6 milliards d'euros à la faveur du Vieux Continent.
Donald Trump s'est plaint à plusieurs reprises de ce déficit pour son pays. "Ils n'achètent pas nos voitures, ni nos produits agricoles, ils n'achètent presque rien", regrettait-il déjà fin janvier, à propos des Européens. Sauf que du côté des services, la tendance s'inverse. En ayant exporté pour 318,7 milliards d'euros vers les Etats-Unis en 2023 et importé pour 427,3 milliards d'euros, l'Union se retrouve cette fois en déficit commercial, à hauteur de 108,6 milliards d'euros.
Une donnée que le président américain semble régulièrement oublier, mais qui n'est pas anodine. Car dans la catégorie des "services", on retrouve, entre autres, les profits réalisés sur le continent européen par les géants du numérique, tel que Google, Amazon, Facebook ou Apple. Ce mécanisme s'applique également aux grandes marques américaines.
"Quand on achète un gobelet avec le logo Disney ou des baskets Nike, toutes les filiales européennes de ces entreprises paient un droit d'utilisation de la marque. C'est comptabilisé dans les exportations américaines de services", explique Eric Dor, professeur à l'Ieseg, School of Management, dans un entretien au Figaro. Ainsi, ce chiffre d'affaires lié à l'usage de la propriété intellectuelle des grandes marques américaines représente plus d'un tiers des exportations américaines de services vers l'Union. Il en va de même pour les services aux entreprises. Les grands cabinets de conseil et d'audit américains, comme McKinsey, font fortune en Europe.
Selon les données d'Eurostat pour 2024, le pétrole brut (12,6 %), les produits médicaux et pharmaceutiques (9,9 %), les moteurs (8 %), les aéronefs et équipements associés (5,4 %) et le gaz naturel (4,6 %) constituent les principaux biens importés par l'UE en provenance des Etats-Unis.
Dans le sens inverse, les produits médicaux et pharmaceutiques (14,6 %), les médicaments (8 %), les voitures et autres véhicules (7,3 %), les autres machines (2,7 %) et les aéronefs et équipements associés (2,5 %) sont les principaux biens exportés par l'UE vers les Etats-Unis l'an passé.
D'après Eurostat, en 2024, 20 des 27 Etats membres de l'UE avaient une balance commerciale excédentaire vis-à-vis des Etats-Unis, en ce qui concerne les échanges de biens seulement (les échanges de services n'y sont pas comptabilisés). Tout en haut du classement, on retrouve l'Allemagne, avec un excédant commercial de 92 milliards d'euros, puis l'Irlande (51 milliards d'euros) et l'Italie (39 milliards d'euros). La France se situe au milieu des pays européens, avec un excédant commercial de 3 milliards d'euros en 2024.
Malte (12 millions d'euros), le Luxembourg (178 millions d'euros), Chypre (191 millions d'euros), la Slovénie (277 millions d'euros), la Pologne (491 millions d'euros), l'Espagne (6 milliards d'euros) et les Pays-Bas (25 milliards d'euros) sont les seuls Etats membres de l'UE qui importent plus qu'ils n'exportent avec les Etats-Unis.
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03.04.2025 à 17:07
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, son homologue au Parlement européen Roberta Metsola, ou encore le chancelier allemand Olaf Scholz… Tous ont félicité Donald Trump pour sa réélection. Mais derrière les traditionnelles politesses diplomatiques, l’issue de l’élection américaine du 5 novembre représente un véritable défi pour les Européens. Le retour de […]
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La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, son homologue au Parlement européen Roberta Metsola, ou encore le chancelier allemand Olaf Scholz… Tous ont félicité Donald Trump pour sa réélection. Mais derrière les traditionnelles politesses diplomatiques, l’issue de l’élection américaine du 5 novembre représente un véritable défi pour les Européens.
Le retour de Donald Trump ne réjouit pas vraiment les dirigeants de ce côté de l’Atlantique. A l’exception de quelques uns, comme les Premiers ministres hongrois Viktor Orbán et slovaque Robert Fico, connus pour leurs dérives autoritaires, ou encore la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni.
Commerce, défense, régulation du numérique ou lutte contre le réchauffement climatique : l’alternance au sommet de la première puissance mondiale conduit les Européens à multiplier les points de vigilance face aux incertitudes et aux décisions de Donald Trump lors de son deuxième mandat, qui a débuté le 20 janvier 2025.
S'il a fait de Pékin son adversaire principal, en matière de commerce, le milliardaire de 78 ans a aussi ciblé l’Union européenne, allant jusqu’à la qualifier de "mini-Chine" avant son second mandat. Partenaire économique important des Etats-Unis, le Vieux Continent exporte plus de biens qu’il n'en n’importe depuis ce pays.
Lors de son investiture pour son retour à la Maison-Blanche, le Républicain n'a pris aucune mesure ferme en matière de commerce. Mais le discours a évolué dès le lendemain. "L'UE est très mauvaise pour nous. Ils nous traitent très mal", a déclaré lors d'une conférence de presse le nouveau président américain, assurant que les pays européens pourraient être soumis à des droits de douane.
Le 3 février, Donald Trump a évoqué un déficit commercial de 300 milliards de dollars avec le Vieux Continent, une situation jugée “injuste”. Dans les faits, ce déficit (en matière de biens) a atteint 158 milliards d’euros en 2023, et dépassait les 183 milliards d’euros fin novembre 2024, selon la Commission européenne. Ce déséquilibre a toutefois été partiellement compensé par un déficit de l'Union européenne en matière de services échangés avec les Etats-Unis.
Afin de renverser cette tendance, le Républicain, défenseur de "l'Amérique d'abord" et d'un programme protectionniste, a mis en place une série de mesures. Après avoir annoncé une taxe de 25 % sur l’acier et l’aluminium le 10 février (taxe appliquée depuis le 2 avril) puis annoncé trois jours plus tard la mise en place de "droits de douane réciproques" sur l’ensemble des marchandises importées, le milliardaire a indiqué le 26 février que l'Union européenne serait prochainement concernée par des droits de douane de 25 % sur les produits entrant sur le sol américain. "Nous avons pris la décision, et nous l'annoncerons prochainement, ce sera 25 % et ce sera sur les voitures, toutes sortes de choses", a lancé le milliardaire, qui tenait sa première réunion de cabinet à la Maison-Blanche.
En réponse à la guerre commerciale déclarée, l'UE a contre-attaqué, le 12 mars, en annonçant qu’elle appliquerait des droits de douane "forts mais proportionnés" sur une série de produits américains à compter du 1er avril. Des mesures finalement repoussées à la mi-avril, et qui pourraient concerner jusqu'à 26 milliards d'euros de marchandises américaines, notamment le bourbon, les bateaux ou les motos.
Déterminé à faire régner sa loi, Donald Trump a frappé un grand coup trois semaines plus tard. Sous l'appellation de "jour de la libération", il a décrété dans la soirée du mercredi 2 avril l'instauration d'une taxe de 20 % sur tous les produits européens entrant aux Etats-Unis. "L’Europe nous arnaque, eux, c’est 39 % qu’ils prennent. On va leur en demander à peine la moitié", a-t-il justifié.
Si l’ensemble des produits européens sont touchés par ces nouvelles taxes, certains secteurs vont être plus durement impactés, l’industrie automobile en tête. Les voitures fabriquées à l’étranger seront désormais taxées à 25 %, pénalisant particulièrement l'Allemagne et ses grands constructeurs.
L’Union européenne n’a pas tardé à réagir. Elle prépare ses contre-propositions depuis des semaines. Lors d'un sommet en Ouzbékistan le 2 avril, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé "un coup dur pour l’économie mondiale", avertissant que ces mesures entraîneraient une montée de l’inflation. L'Allemande a rappelé que l'UE était "en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane sur l'acier", et de se préparer "à d'autres contre-mesures, pour protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent". Elle a cependant laissé ouverte la porte ouverte à des négociations.
L’entrée en vigueur des taxes américaines est prévue le 9 avril pour les mesures spécifiques visant l’Europe, la Chine et d’autres partenaires commerciaux.
Les relations avec Washington sont tout aussi cruciales côté français. Selon les chiffres du Trésor, les échanges de biens et services entre la France et les Etats-Unis ont atteint un niveau historique en 2023 (153,1 milliards de dollars). L’Hexagone représente par ailleurs le 5e plus gros investisseur outre-Atlantique, tandis que les Etats-Unis occupent la première place en sens inverse.
Les droits de douane supplémentaires aux frontières américaines risque de peser sur les secteurs dans lesquels les exportations sont particulièrement importantes : les industries de l’aéronautique et de la chimie, mais aussi les boissons (vins, cognacs et autres alcools de l'Hexagone), dont certains sont déjà menacés par une enquête commerciale en Chine.
Les nouveaux plans du gouvernement américain prévoient des droits de douane différenciés et plus sévères vis-à-vis des territoires d’Outre-mer par rapport au reste de l’UE. Ainsi, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et Mayotte seront soumises à une taxe supplémentaire de 10 %, tandis que La Réunion, bien qu’ayant le même statut légal, verra ses exportations taxées à 37 %. Ce taux atteindra même 50 % sur les produits en provenance de Saint-Pierre-et-Miquelon - taxation la plus élevée à l'échelle du globe.
Le mot "Europe" n’apparaissait qu'une fois dans le programme du ticket Trump-Vance : pour aborder le sujet des dépenses militaires. "Les Républicains renforceront les alliances en veillant à ce que nos alliés respectent leur obligation d'investir dans notre défense commune et en rétablissant la paix en Europe", pouvait-on dans le document de 16 pages.
Depuis des années, le milliardaire critique les Etats membres de l’Otan, les accusant de sous-investir en matière de défense et de compter sur le parapluie de leur allié américain. Donald Trump leur a longtemps reproché de ne pas respecter l’objectif de consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires, une cible fixée en 2006. Et le 7 janvier 2025, il a déclaré que les membres de l'Alliance atlantique devaient accroître ce budget de défense à 5 % de leur PIB. "Ils peuvent tous se le permettre", a-t-il lancé lors d'une conférence de presse dans sa résidence de Mar-a-lago.
Un objectif que beaucoup jugent irréaliste. Parmi les 23 membres de l’Union européenne que compte l'Otan, une large majorité dépasse aujourd’hui le palier des 2 %. La Pologne a plus que doublé cet objectif en 2024, avec un niveau de dépenses atteignant 4,1 % de son PIB. Le déclenchement de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, a notamment poussé les gouvernements de l’UE à mieux investir dans leur défense.
"L'Europe ne peut espérer assurer sa paix et sa sécurité en continuant de dépenser moins que les autres continents ou espaces politiques", a soutenu le président français Emmanuel Macron à l'occasion de ses vœux aux armées, lundi 20 janvier.
Face aux menaces de désengagement des Etats-Unis (qui ont suspendu temporairement leur aide militaire à l'Ukraine entre le 3 et le 8 mars dernier) en Europe, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, a présenté mardi 4 mars un plan pour une Europe "plus sûre et résiliente". Initialement nommé "ReArm Europe" ("Réarmer l'Europe"), ce plan désormais appelé "Readiness 2030" ("Préparation 2030") vise à répondre aux défis sécuritaires auxquels est confronté le continent.
Ce projet prévoit une enveloppe de près de 800 milliards d’euros à mobiliser dans les cinq ans à venir pour moderniser les capacités militaires des Vingt-Sept. Un autre volet majeur du financement concerne la création d’un nouvel instrument de prêt de 150 milliards d’euros, appelé « SAFE », destiné à aider les Etats membres à acheter des équipements militaires européens. Ce mécanisme vise à renforcer l’interopérabilité entre les forces armées européennes, tout en soutenant l’industrie de défense européenne.
Un bouclier de défense européen d'autant plus urgent et nécessaire que dans un document intitulé "Interim National Defense Strategic" ("Orientations stratégiques provisoires pour la défense nationale") en date du 29 mars, le nouveau secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, redéfinit les priorités militaires des Etats-Unis en accord avec les orientations de Donald Trump. Ce texte prévoit en particulier un retrait significatif des forces américaines en Europe, y compris en cas d’attaque russe. Une intention toutefois relativisée ce jeudi 3 avril par le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio, assurant que les Etats-Unis allaient "rester dans l'Otan".
Le conflit entre l’Ukraine et la Russie est l'autre grand sujet de préoccupation des Européens. Le milliardaire, qui avait souligné à plusieurs reprises vouloir engager des négociations avec Moscou avant sa prise de fonction, promettant de "mettre fin à la guerre en Ukraine en vingt-quatre heures", s'y est bel et bien employé. Avec un succès très relatif pour le moment.
Le 28 février, une rencontre houleuse à la Maison-Blanche avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky a exacerbé les tensions, le milliardaire américain accusant son homologue de manquer de volonté pour parvenir à un "accord de paix durable". En réponse, le chef d'Etat ukrainien a souligné que des garanties de sécurité solides étaient indispensables pour mettre fin à la guerre. Cette divergence a non seulement affaibli le soutien américain à l'Ukraine, mais aussi inquiété les alliés européens concernant l'engagement des Etats-Unis dans cette crise.
Sur le plan militaire, Donald Trump a négocié un cessez-le-feu partiel avec la Russie, limité aux attaques sur les infrastructures énergétiques et maritimes. Ce compromis, bien qu'insuffisant pour stopper les combats au sol, a permis d'ouvrir la voie à une pause temporaire dans les hostilités. Cependant, la Russie a répondu en posant des conditions strictes, comme l'arrêt de l'aide militaire américaine à l'Ukraine et la levée de sanctions économiques, compliquant toute avancée vers une trêve durable. L'administration Trump a utilisé ce cessez-le-feu pour exercer une pression sur l'Ukraine, suspendant temporairement son assistance militaire afin d'obtenir des concessions.
En parallèle, le président américain continue de chercher à tirer parti des vastes ressources en terres rares présentes sur le sol ukrainien pour compenser le soutien financier américain. Un accord sur ces minerais stratégiques est en négociation mais reste difficile à trouver. D'autant qu'une partie importante des gisements se trouve dans des zones occupées par la Russie, compliquant leur exploitation. Les négociations sur les centrales électriques ukrainiennes, en particulier la centrale nucléaire de Zaporijia, occupent également une place centrale dans les discussions entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine.
S’agissant des dossiers liés au numérique, les relations transatlantiques pourraient là aussi se tendre un peu plus. Ces dernières années, l’UE a renforcé la modération des réseaux sociaux avec le Digital Services Act (DSA) et limité la domination des géants du web avec le Digital Markets Act (DMA).
Des législations peu appréciées par Elon Musk, propriétaire de la plateforme X (ex-Twitter) et actuel membre du gouvernement de Donald Trump. Celui-ci a connu plusieurs conflits avec la Commission européenne au sujet de l’application du DSA, sur le traitement de la désinformation notamment.
Le patron de Tesla, en charge du ministère de l’Efficacité gouvernementale, travaille sur une mission temporaire destinée à couper dans les dépenses et à abroger des réglementations fédérales. Il s’est récemment illustré par des actions peu amicales vis-à-vis de l’Europe, notamment en s’ingérant dans la campagne des dernières élections allemandes, en soutenant publiquement la candidate d’extrême droite Alice Weidel.
Plus inattendu est le revirement de Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Meta qui regroupe Facebook, Instagram et WhatsApp. Il semble avoir rejoint la croisade d'Elon Musk contre les législations de l'Union européenne, accusée d'"institutionnaliser la censure", en annonçant une forte réduction de la modération sur ces trois réseaux sociaux le 7 janvier 2025. Trois jours plus tard, le milliardaire a critiqué l'UE pour avoir imposé des amendes massives aux géants américains de la tech, exprimant l'espoir que Donald Trump défende leurs intérêts.
Le Conseil du commerce et de la technologie UE-Etats-Unis est aussi sur la sellette. La plateforme avait été créée en 2021 pour rétablir un dialogue des deux côtés de l’Atlantique sur des sujets comme l’intelligence artificielle ou la cybersécurité. Ce Conseil "a certainement peu de chances de survivre à un second mandat républicain, à moins qu'il ne devienne un club antichinois à part entière", résument Micol Bertolini et Elvire Fabry pour l’institut Jacques Delors.
Enfin, le secteur du numérique pourrait faire les frais des dernières annonces de Donald Trump sur les droits de douane. Jeudi 3 avril, la porte-parole du gouvernement français, Sophie Primas, a indiqué que l’Union européenne n’hésitera pas à s’en prendre aux géants de la tech pour répondre à la guerre commerciale lancée par les Etats-Unis et Donald Trump. "Nous avons aujourd’hui toute une batterie d’outils et nous sommes prêts à [répondre]", a-t-elle assuré au micro de la radio RTL.
L'élection de Donald Trump s'apparente à un recul pour la politique climatique, alors que les Etats-Unis sont le deuxième émetteur de gaz à effet de serre dans le monde, derrière la Chine. Le milliardaire veut augmenter la production d'énergies fossiles en favorisant les forages et la construction de nouveaux pipelines. Il est également revenu sur plusieurs normes antipollution dans le secteur automobile.
Donald Trump a choisi un homme pour mener à bien cette tâche. Le 11 novembre 2024, le président élu a désigné Lee Zeldin à la tête de la puissante Agence de protection de l'environnement (EPA), l'organe qui élabore et fait respecter les politiques environnementales au niveau fédéral. "Nous rétablirons la domination énergétique américaine, revitaliserons notre industrie automobile pour ramener des emplois aux Etats-Unis et ferons [du pays] le leader mondial de l’intelligence artificielle. Nous le ferons tout en protégeant l’accès à l’air et à l’eau propres", a réagi sur X le Républicain originaire de New York.
Cette situation fragilise aussi la diplomatie climatique. Rapidement après son accession à la Maison-Blanche en 2017, Donald Trump avait décidé de sortir de l’accord de Paris sur le climat, adopté lors de la COP21 fin 2015. Il a récidivé pour son retour aux affaires en 2025. Tout juste investi, le milliardaire a annoncé le retrait des Etats-Unis de ce texte, qui doit engager le monde sur la voie d'un réchauffement planétaire inférieur à 2°C. Sa décision ne pourra cependant être effective que dans un délai d’un an.
Ce choix rétrograde a aussitôt été pointé du doigt par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, affirmant que “l’Accord de Paris demeure le meilleur espoir de l’humanité tout entière”. L'Allemande a fait de la lutte contre le réchauffement climatique l'une de ses grandes priorités avec le Pacte vert présenté en décembre 2019. Loin des ambitions affichées par Trump, la présidence de Joe Biden avait quant à elle été marquée par des politiques significatives et une bonne coopération entre les deux continents sur le plan climatique.
Les dirigeants européens ont également été nombreux à réagir à la menace d'annexion du Groenland formulée par Donald Trump le 7 janvier. Un territoire situé entre l'Amérique du Nord et l'Arctique, mais qui appartient au Danemark, membre de l'Union européenne et de l'Otan. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé qu'il n'était "pas question" que l'UE laisse des pays "s'en prendre à ses frontières souveraines". La Commission européenne a quant à elle qualifié ces menaces d'extrêmement "hypothétiques", tout en soulignant son attachement à la souveraineté des Etats.
Des propos loin de calmer les ardeurs du milliardaire, qui a remis le sujet sur la table le 4 mars 2025, lors de son discours face aux deux chambres du Congrès. Le président américain a garanti que cette annexion se ferait "d’une manière ou d’une autre", tout en promettant aux habitants de cette île autonome de 2,1 millions de km2 prospérité économique et succès. "Nous assurerons votre sécurité, nous vous rendrons riches et, ensemble, nous mènerons le Groenland vers des sommets que vous n’auriez jamais imaginés possibles", a-t-il déclaré. Les Etats-Unis possèdent une base militaire dans le nord-ouest de l'île depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et ont a priori le droit d'augmenter leur présence, tant qu'ils en informent les autorités groenlandaises et le Danemark.
Sur la guerre au Proche-Orient, Donald Trump et Joe Biden ont tous deux revendiqué l'accord de cessez-le-feu annoncé le 15 janvier 2025 entre Israël et le Hamas. L'UE, qui n'a pas été directement impliquée dans les négociations, a salué l'accord tout en se montrant prudente quant à la suite. Un certain nombre de dirigeants européens a rappelé l'engagement officiel de l'Union, favorable à une solution à deux Etats. Une position apparemment peu compatible avec le nouveau plan proposé par Donald Trump en 2025, qui prévoit une prise de contrôle de Gaza par les États-Unis pour en faire une "Riviera du Moyen-Orient". Une transformation radicale qui nécessite le transfert de 2,4 millions d’habitants vers l’Égypte et la Jordanie.
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