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23.01.2023 à 11:19

Parcoursup : conseils de désorientation

lundi-matin

Un lundisoir avec Aïda N'Diaye, Johan Faerber et Camille

- 23 janvier / , ,
Texte intégral (2871 mots)

S'il y a bien un sujet dont il est difficile de parler en France, c'est l'école. On en bavarde évidemment, on s'en plaint même beaucoup mais toujours et presque immédiatement on se retrouve face à une contradiction qui apparaît insoluble . L'école, quand on n'y est pas ou plus, c'est la possibilité d'apprendre, de se former ; cette mythologie républicaine, méritocratique, imparfaite mais pleine de bons sentiments. Lorsqu'on y est, qu'on y est soumis ou qu'on y travaille, c'est à une toute autre réalité que l'on doit se confronter : l'école comme institution qui discipline les corps, calibre les subjectivités, trie, ordonne, sélectionne et parfois broie la vie, les « compétences » et les aspirations de millions d'enfants. On se retrouve alors tiraillé entre la nécessité d'y croire pour y survivre et l'impossibilité d'y échapper faute de dehors. Si l'on peut reconnaître un seul mérite à l'opacité du dispositif Parcoursup, c'est d'avoir rendu transparent ce processus de sélection. Dans ce lundisoir, nous essayons de comprendre plus précisément ce qui se joue dans l'expérience de cette plateforme. Comment les logiques d'auto-management imprègnent désormais chaque lycéen, comment les professeurs deviennent petit à petit les supplétifs de la sélection algorithmique, comment l'angoisse continue de l'évaluation devient une norme à laquelle on ne peut plus échapper.
Pour en discuter, nous accueillons Aïda N'Diaye, professeur de philosophie et autrice de Ai-je vraiment du mérite ? (Gallimard), Johan Farber qui vient de publier Parlez-vous le Parcoursup ? (Seuil) et Camille, lycéen auteur d'un article très remarqué sur lundimatin : Rejeter l'école, le quotidien de la génération Parcoursup.

A voir lundi 23 janvier à partir de 19h

Il ne faut pas laisser le sujet aux « concernés », car on ne cherche pas une école alternative, mais bien une alternative à l'école. On ne peut que difficilement attendre l'apparition d'une jeunesse qui sera prête à renverser les autres structures oppressives, si on la laisse germer bien tranquillement dans ces structures disciplinaires. Désormais, il faut soit occuper les classes et résister, soit les déserter et résister quand même, soit les deux. En tous cas avant de faire cela il faut permettre à tous, élèves comme autres individus, de se rendre compte de la nature politique de ce qu'ils subissent au quotidien, pour balayer le fatalisme et permettre d'ouvrir le champ des possibles de l'imagination et de la création d'alternatives, pour réinventer des manières d'apprendre et de transmettre.

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En attendant

Vous pouvez visionner les lundisoir précédents :

Une histoire du sabotage avec Victor Cachard

La fabrique du muscle avec Guillaume Vallet

Violences judiciaires, rencontre avec l'avocat Raphaël Kempf

L'aventure politique du livre jeunesse, entretien avec Christian Bruel

À quoi bon encore le monde ? Avec Catherine Coquio

Mohammed Kenzi, émigré de partout

Philosophie des politiques terrestres, avec Patrice Maniglier

Politique des soulèvements terrestres, un entretien avec Léna Balaud & Antoine Chopot

Laisser être et rendre puissant, un entretien avec Tristan Garcia

La séparation du monde - Mathilde Girard, Frédéric D. Oberland, lundisoir

Ethnographies des mondes à venir - Philippe Descola & Alessandro Pignocchi

Terreur et séduction - Contre-insurrection et doctrine de la « guerre révolutionnaire » Entretien avec Jérémy Rubenstein

Enjamber la peur, Chowra Makaremi sur le soulèvement iranien

La résistance contre EDF au Mexique - Contre la colonisation des terres et l'exploitation des vents, Un lundisoir avec Mario Quintero

Le pouvoir des infrastructures, comprendre la mégamachine électrique
Rencontre avec Fanny Lopez

Rêver quand vient la catastrophe, réponses anthropologiques aux crises systémiques. Une discussion avec Nastassja Martin

Comment les fantasmes de complots défendent le système, un entretien avec Wu Ming 1 :

Le pouvoir du son, entretien avec Juliette Volcler

Qu'est-ce que l'esprit de la terre ? Avec l'anthropologue Barbara Glowczewski

Retours d'Ukraine avec Romain Huët, Perrine Poupin et Nolig

Démissionner, bifurquer, déserter - Rencontre avec des ingénieurs

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« Je suis libre... dans le périmètre qu'on m'assigne »
Rencontre avec Kamel Daoudi, assigné à résidence depuis 14 ans

Ouvrir grandes les vannes de la psychiatrie ! Une conversation avec Martine Deyres, réalisatrice de Les Heures heureuses.

La barbarie n'est jamais finie avec Louisa Yousfi :

Virginia Woolf, le féminisme et la guerre avec Naomi Toth :

Katchakine x lundisoir

Françafrique : l'empire qui ne veut pas mourir Avec Thomas Deltombe & Thomas Borrel

Guadeloupe : État des luttes avec Elie Domota

Ukraine avec Anne Le Huérou, Perrine Poupin & Coline Maestracci

Comment la pensée logistique gouverne le monde
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La psychiatrie et ses folies
Mathieu Bellahsen

La vie en plastique - une anthropologie des déchets avec Mikaëla Le Meur

Déserter la justice :

Anthropologie, littérature et bouts du monde, les états d'âme d'Éric Chauvier

La puissance du quotidien : féminisme, subsistance et « alternatives »
Geneviève Pruvost

Afropessimisme, fin du monde et communisme noir
Norman Ajari

L'étrange et folle aventure de nos objets quotidiens
Jeanne Guien, Gil Bartholeyns et Manuel Charpy

Puissance du féminisme, histoires et transmissions

Fondation Luma : l'art qui cache la forêt

De si violentes fatigues. Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien
Un entretien avec Romain Huët.

L'animal et la mort, entretien avec l'anthropologue Charles Stépanoff.

Rojava : y partir, combattre, revenir. Rencontre avec un internationaliste français

Une histoire écologique et raciale de la sécularisation, entretien avec Mohamad Amer Meziane.

Que faire de la police Avec Serge Quadruppani, Iréné, Pierre Douillard-Lefèvre et des membres du Collectif Matsuda.

La révolution cousue main, une rencontre avec Sabrina Calvo à propos de couture, de SF, de disneyland et de son dernier et fabuleux roman Melmoth furieux.

LaDettePubliqueCestMal et autres contes pour enfants, une discussion avec Sandra Lucbert.

Pandémie, société de contrôle et complotisme, une discussion avec Valérie Gérard,Gil Bartholeyns, Olivier Cheval et Arthur Messaud de La Quadrature du Net.

Basculements, mondes émergents, possibles désirable, une discussion avec Jérôme Baschet.

Au cœur de l'industrie pharmaceutique, enquête et recherches avec Quentin Ravelli

Vanessa Codaccioni : La société de vigilance

Comme tout un chacune, notre rédaction passe beaucoup trop de temps à glaner des vidéos plus ou moins intelligentes sur les internets. Aussi c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous avons décidé de nous jeter dans cette nouvelle arène. D'exaltations de comptoirs en propos magistraux, fourbis des semaines à l'avance ou improvisés dans la joie et l'ivresse, en tête à tête ou en bande organisée, il sera facile pour ce nouveau show hebdomadaire de tenir toutes ses promesses : il en fait très peu. Sinon de vous proposer ce que nous aimerions regarder et ce qui nous semble manquer. Grâce à lundisoir, lundimatin vous suivra jusqu'au crépuscule. « Action ! », comme on dit dans le milieu.

23.01.2023 à 10:06

Pass Culture et trouble à l'ordre public

lundi-matin

Une entreprise inutile et nuisible
Philippe Godard

- 23 janvier / , ,
Texte intégral (2872 mots)

« Pass culture » est le nouvel outil dont s'est doté l'État pour cadrer (sur le plan pédagogique) et encadrer (sur le plan administratif) les interventions culturelles, des artistes, autrices et auteurs, et y compris des musées ou d'autres instances culturelles, en milieu scolaire [1]. Philippe Godard rappelle ici que Pass culture est une société privée, créée en 2019, avec obligation donc de dégager du profit. C'est donc pour cela qu'il faut dire « Pass culture » et non « le Pass culture » ; on ne dit pas « le Netflix » ou « l'Amazon »…).
Il présente dans cet article les mécanismes absurdes d'un énième dispositif gouvernemental absolument dysfonctionnel à la sauce Macron, où le contenu effectif des œuvres culturelles est moins important que la certitude qu'ils ne viennent pas contrevenir à l'ordre public.

J'entends établir qu'à partir de maintenant, il nous faut assurer collectivement la défense de notre vie et de notre travail contre les outils et les institutions
qui menacent ou méconnaissent le droit des personnes à utiliser leur énergie de façon créative.
Ivan Illich, La Convivialité, 1973 (Seuil, p. 29)

Pass Culture appartient à 70 % à l'État et à 30 % à la Caisse des Dépôts et Consignations – donc à 100 % à l'État. La création de cette société visait au départ à « créer les conditions adéquates pour la pérennisation du Pass Culture, incluant sa généralisation à tous les jeunes de 18 ans éligibles et envisagera le développement d'activités commerciales permettant d'assurer une partie significative de son financement [2] ».

Il s'agit de faire transiter, par une société de droit privé créée et contrôlée par l'État, des « offres » culturelles à destination des publics scolaires, ce « passage [3] » s'accompagnant d'une nécessaire « validation » par des instances de deux ministères : celui de la Culture et celui de l'Éducation nationale. Les critères sur lesquels s'opère cette validation [4] sont un tissu de banalités : il faut de l' « expertise » et de la « capacité à la médiation », sans que l'on comprenne comment cette expertise et cette capacité puissent être validées par une commission composée du « recteur de région académique ou de son représentant, d'un délégué académique à l'éducation artistique et à l'action culturelle désigné par le recteur de région académique ou son représentant, et par le directeur régional des affaires culturelles ou son représentant ». Tout cela sans que ces personnes aient jamais vu l'artisteou l'auteur en question, et comme si les collèges et les lycées eux-mêmes n'étaient pas capables d'évaluer l'expertise et la capacité à la médiation des personnes avec lesquelles ils ont l'envie ou l'habitude de travailler.

Voici donc, comme d'habitude pourrait-on dire, une réalité administrative et bureaucratique : une fois de plus, cet État et sa bureaucratie fonctionnent par une division toujours plus poussée et hiérarchisée du travail, Pass culture ne choisissant rien mais les commissions n'ayant en réalité aucune expertise pour décider de qui peut intervenir ou pas. Aucune expertise en effet, car ces gens-là, nous ne les voyons jamais sur le terrain, ce qui n'est pas le cas des professeurs avec qui nous travaillons.

Le fond du fonctionnement de Pass culture est ainsi le suivant : des personnes, les employés de Pass culture, sont instituées comme sas entre les « offreurs [5] » et le public scolaire (élèves et professeurs), là où, auparavant, il n'y avait pas d'intermédiaires, les relations étant directes. S'il y a création d'emplois pour les employés de Pass culture, c'est parce que l'État subventionne Pass culture - qui est par ailleurs un non-sens économique - mais il leur demande aussi « d'assurer une partie significative de [leur] financement ».

Première question : pourquoi ces gens-là surgissent-ils dans notre travail, alors qu'auparavant, cela se passait très bien ? La réponse est simple : à seule fin de contrôler, d'instituer des filtres et de faire entrer dans la tête des gens que rien ne leur est dû, pas même ce que nous sommes capables de créer par nous-mêmes, donc sans l'État et par le simple échange intelligent entre individus ou groupes, compagnies, etc., autonomes et volontaires. Cela rentre dans le cadre de ce que certains commencent à appeler un« capitalisme de surveillance [6] » – nous dirions plutôt « de contrôle ».

Deuxième question : comment vont-ils assurer leur propre financement puisque, à l'instar d'une quantité ahurissante de bureaucrates, ces employés de Pass culture ne sont productifs de rien du tout, et même pire : ils sont des rouages qui se superposent à un mécanisme qui, sans eux, fonctionnait très bien ?

L'arbitraire règne d'emblée dans cette entreprise de « passage » d'offres culturelles vers des destinataires scolaires. Et il est entretenu tout au long du parcours pour s'inscrire à Pass culture (et non « au Pass culture », insistons !). Ainsi, une fois la connexion établie, la première page d'inscription est à tiroirs et renvoie à plusieurs reprises à d'autres pages pour comprendre ce que l'on est en train de faire. Plusieurs témoignages d'auteurs indiquent qu'à un certain moment, leur écran affichait une quinzaine de pages ouvertes pour « comprendre » les démarches qu'ils étaient en train d'effectuer. C'est le genre de « parcours » conçu pour décourager les individus, égarés dans un maelstrom administratif kafkaïen et orwellien.

Le trouble est à son comble lorsqu'on voit figurer sur le site pass.culture.fr le logo du gouvernement juste à côté de celui de Pass culture. Décidément, c'est Le Château plus 1984...

Le flou jusqu'à l'incompréhensible est donc la marque de fabrique de cette société, dirigée par quelques « responsables » culturels et surtout par des fonctionnaires de rang plutôt élevé [7]. Certes, une étudiante figure également dans le « comité stratégique », dont on se demande comment elle a pu s'y retrouver puisqu'elle est en licence de droit et d'histoire de l'art à Assas, selon les indications du site de Pass culture… Bizarre conglomérat d'individus dont on ne voit pas très bien ce qui les rend compétents pour les domaines qu'ils auront à traiter – à moins que, précisément, ils n'aient pas à traiter de thèmes aussi culturels que l'intitulé de la société à laquelle ils prêtent leur concours le laisse penser, mais de questions touchant plutôt au droit et à l'économie puisqu'il va falloir assurer une partie de leur financement...

Intéressons-nous au « système », ou plutôt à l'usine à gaz, à laquelle ils contribuent. Nous ne parlons ici que des interventions dites collectives, c'est-à-dire celles où nous, autrices, artistes, auteurs, nous nous trouvons devant tout un groupe, toute une classe, ou plusieurs classes. Ces « interventions » sont appelées, dans le langage de ces technocrates, « offres », car, notons-le aussitôt, l'artiste ou l'autrice, l'auteur est d'abord considéré comme un « offreur », une sorte de commercial de son œuvre : lorsque nous remplissons le dossier pour une inscription à Pass culture, il s'agit d'abord de nous vendre en nous présentant sous un jour le plus aguichant possible. Une fois que nous sommes inscrits et validés, les établissements scolaires font leurs courses en choisissant tel ou tel auteur sur la foi de son dossier Pass culture. Là réside le côté absurde de ce montage : c'est tout autrement que s'effectuent les choix des enseignants pour faire intervenir auteurs et artistes ! Qu'on nous laisse libres de travailler sereinement !

Il y a une volonté de réduire le rôle des productions culturelles – livres, spectacles... – à de simples objets de consommation. C'est le consumérisme qui s'insinue dans la culture. Ce n'est certes pas nouveau, mais cela prend un tour encore plus inquiétant avec le contrôle des « offreurs », qui sont les véritables acteurs culturels de ce pays.

La fonctionnarisation de l'édition

Les conditions générales d'utilisation de Pass culture, auxquelles autrices, artistes et auteurs sont obligés de souscrire désormais si elles et ils veulent intervenir dans le milieuscolaire, insistent sur… la délinquance. À deux reprises en effet, dans le paragraphe 6.1 des conditions générales d'utilisation, « Obligations et responsabilités de l'Offreur », il nous est demandé de ne pas porter atteinte à l'ordre public [8].

Ainsi, il n'est pas tenu compte du fait qu'a priori, nos ouvrages satisfont aux conditions de la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. Qui plus est, comme on l'a vu, les personnages qui décident de qui remplit ou non les conditions d'inscription àl'Application (donc à Pass culture dans leur novlangue technocratique) ne connaissent pas les « offreurs ».

De quel ordre public parle-t-on ? Celui qui réduit la culture à une officine d'État ? Et quel est le sens de cette injonction à ne pas troubler l'ordre public ? Lorsque nous remplissons le dossier pour nous inscrire à Pass culture, nous devons fournir un extrait de casier judiciaire. C'est déjà là une atteinte à nos libertés : un individu qui vient de purger une peine de prison et qui a donc payé sa« dette à la société » ne pourra pas aller parler devant des jeunes ; il s'agit là d'une forme de répression contraire aux idéaux de la démocratie. Jean Genet n'aurait pas pu venir au collège ni au lycée, pas plus que Bernard Stiegler ou le prisonnier qui,dans le magnifiqueJournal d'un maître d'école, de Vittorio De Seta, fait une intervention magistrale devant les gamins des bidonvilles romains des années de l'immédiat après-guerre, afin de les décourager de se lancer dans la délinquance.

Si l'ordre public que l'on nous demande de ne pas troubler est celui de cette société où des technocrates s'insinuent dans les rouages de la culture, où le mode de décision est chaque jour moins démocratique, si cet ordre est celui de cette République qui réprime, qui, en 2023, consacre 8,3 % de son budget à l'armée et 3,2 % à la sécurité, et moins de 2 % à la santé, écart en accroissement entre 2022 et 2023, qui se consacre pour l'essentiel à la répression plutôt qu'à l'émancipation, à la liberté et au bien-être des citoyens, alors, il nous faut à l'inverse troubler l'ordre public !

Et l'argent, dans tout cela ?

À noter que « 208,5 millions d'euros seront consacrés au pass Culture, soit 9,5 millions de crédits supplémentaires », dans le budget 2023. Assez curieusement, ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont les libraires, qui n'ont rien demandé mais qui tireront parti des « offres individuelles », c'est-à-dire des chèques de 30 € que les scolaires pourront dépenser pour acheter un livre.

Il est temps de resserrer la chaîne du livre et d'agir contre cette caporalisation de l'édition, cette soumission des acteurs culturels que sont les artistes, les autrices et les auteurs à des commissions opaques qui n'ont pas lieu d'être, et de refuser globalement la totalité du parcours « Pass culture ».

Tous les acteurs doivent maintenant se positionner sur cet argent qui n'est là que pour alimenter le silence de celles et ceux qui ne pourront pas faire autrement (les artistes et auteurs dans une situation économique difficile, les libraires qui ne dégagent pas assez de bénéfices...), et de retrouver ce qui fait l'éthique de notre travail. Ce qui compte est de travailler à l'émancipation de celles et ceux qui nous lisent et qui voient nos spectacles. Cela seul compte. Nous n'avons pas besoin de l'État pour contrôler ce que nous faisons. L'État, en l'occurrence, est illégitime.

Que toutes et tous nous critiquions, amendions ou refusions ce nouvel outil qui endigue nos possibilités decréation. Quel que soit le mode de désobéissance que nous utiliserons, ne sauvons pas le système qui nous broie !

Philippe Godard, 10 janvier 2023

Contact : groupe.huko at autistici.org ou via les éditeurs


[1] Voir leur site web : et surtout legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT...> qui donne la liste, en annexe, des « domaines des activités éligibles ».

[2] Son premier président créait « les conditions adéquates », etc., grâce à un salaire annuel de 170 000 €, revu à la baisse pour son président suivant, Sébastien Cavalier.

[3] Même si nous devons vraiment nous demander ce que signifie le mot « pass » que nous associons mentalement au passage, donc à une liberté… Nous y revenons par la suite.

[4] Précisés dans le vademecum de Pass culture, p. 19 :

pass.culture.fr/wp-content/uploads/...> .

[5] Ce jargon n'est pas en soi innocent...

[6] Lire le passionnant – et volumineux – essai de Shoshana Zuboff, L'Âge du capitalisme de surveillance, paru chez Zulma et désormais en format de poche.

[7] Voir la liste de ce comité sur : pass.culture.fr/lequipe/>

[8] « 6.1 Obligations et responsabilités de l'Offreur. Sans préjudice des autres obligations prévues aux présentes, l'Offreur s'engage à respecter les obligations qui suivent. L'Offreur s'engage à respecter l'ensemble des lois etrèglements en vigueur qui s'appliquent à lui et à son activité et à ne pas porter atteinte aux droits de tiers, aux bonnes mœurs ou à l'ordre public. […] L'Offreur s'interdit de diffuser via l'Application et ADAGE, notamment et sans que cette liste soit exhaustive : des Offres présentant des risques d'atteinte à l'ordre public, des offres pénalement répréhensibles et de nature à mettre en cause la cohésion nationale, des Offres portant atteintes au respect des valeurs et principes, notamment de la dignitéde la personne humaine, des Offres portant atteintes au droit des tiers et notamment aux droits de propriété intellectuelle. »

23.01.2023 à 10:05

Entrer en résistance pour les retraites (et pour le reste aussi)

lundi-matin

Nous relayons cet article rédigé quelques jours avant ce jeudi 19 janvier, où plus d'un million de personnes se sont mêlées à travers la France aux manifestations d'opposition à la réforme des retraites. Un texte qui rappelle les défaites cuisantes infligées aux gouvernements Balladur et Villepin contre le CIP et le CPE, mais qui appelle surtout à diversifier les stratégies et les modes d'action.
Le projet de loi qui va lourdement impacter les retraites proches et futures ne constitue en réalité qu'une (...)

- 23 janvier / , ,
Texte intégral (1192 mots)

Nous relayons cet article rédigé quelques jours avant ce jeudi 19 janvier, où plus d'un million de personnes se sont mêlées à travers la France aux manifestations d'opposition à la réforme des retraites.
Un texte qui rappelle les défaites cuisantes infligées aux gouvernements Balladur et Villepin contre le CIP et le CPE, mais qui appelle surtout à diversifier les stratégies et les modes d'action.

Le projet de loi qui va lourdement impacter les retraites proches et futures ne constitue en réalité qu'une partie de l'ouvrage du gouvernement Macron sur l'adaptation en cours des conditions de vie et de travail de la majorité de la population :

réformes successives de l'assurance chômage visant à baisser le montant et la durée des allocations des plus précaires, c'est-à-dire des millions de personnes qui alternent CDD sous-payés sous toutes leurs formes et périodes de chômage de moins en moins indemnisées, et à rendre ces allocations variables au simple bon vouloir des gouvernants ;
réforme de l'apprentissage visant à instaurer un sous-Smic variable suivant l'âge pour un maximum de jeunes en apprentissage jusqu'à 25 ans [1] ;
expérimentations locales du travail obligatoire et gratuit pour les allocataires du RSA [2], RSA par ailleurs toujours interdit aux moins de 25 ans depuis la création du RMI en 1988 ;
titre de séjour pour les métiers en tension pour légaliser l'exploitation des travailleurs sans-papiers [3].

L'ensemble de ces mesures dessine un projet de société très particulier en démocratie : un étau destiné à contraindre progressivement la majorité d'entre nous à la discipline libérale autoritaire. Vous les jeunes, les étrangers, les précaires, les vieux, les temps partiels, les carrières discontinues (les femmes donc), les malades, les invisibles, la première et la deuxième ligne applaudies sous le Covid, vous qui dans vos métiers défendez le service public et l'intérêt général contre les intérêts privés, leurs managers infiltrés partout, et en fin de compte contre la privatisation en cours de l'État puis un beau jour celle de la société par le capitalisme : vous tous et d'autres encore serez condamnés à travailler beaucoup plus longtemps, pour gagner beaucoup moins, en vivant souvent moins longtemps. Tout ça pour permettre à l'économie actuelle, par l'appropriation et la destruction des conditions naturelles de la vie sur terre au but de leur remplacement par des ersatzs techno-marchands, la poursuite d'une croissance infinie et délirante préservant le pouvoir et alimentant le mode de vie hors-sol, nihiliste et suicidaire des puissants et des plus serviles parmi leurs valets.

De ces derniers, notamment ceux faisant profession de gouverner, il n'y a rien à attendre sinon le mensonge, la provocation, la stratégie délibérée du chaos pour détruire les collectifs et fracturer la société en agrégats isolés aisément manipulables, la désignation de boucs émissaires à la vindicte générale (les chômeurs, les étrangers, les non-vaccinés, l'écoterrorisme) et le recours à la violence policière pour renvoyer à la soumission ceux qui n'accepteraient pas de plein gré d'ingurgiter l'une ou l'autre dose de la potion prescrite.

Reste que le volet retraites de l'offensive macroniste semble en constituer un élément central, comme l'attestent la fébrilité actuelle du gouvernement Borne sur le sujet et surtout l'histoire des mobilisations sociales en France ces 30 dernières années, de novembre-décembre 1995 (recul du gouvernement Juppé aux airs de demi-victoire pour les manifestants) à l'hiver 2019-2020 (suspension du conflit par le Covid) en passant par le printemps 2010 (défaite du mouvement social).
Après le mouvement contre la Loi travail de 2016 et ses cortèges combatifs, après l'inventivité et la radicalité exprimées par les Gilets jaunes de 2018-2019, après que la répression des mouvements sociaux eut atteint un niveau de violence hallucinant et absolument inédit en France depuis 60 ans, demeure aussi le sort fait et promis à la jeunesse dans ce monde sans avenir. La jeunesse, cible toujours privilégiée des attaques antisociales, s'est montrée dans la même période deux fois capable par ses mobilisations massives d'imposer des défaites cuisantes aux gouvernements chiraquiens Balladur (CIP 1994) et de Villepin (CPE 2006).

Le conflit à l'issue très incertaine qui reprend maintenant, s'il se trouvait embarqué dans un mouvement large, riche et varié, pourrait alors impacter fortement l'ensemble du programme néo-libéral et son agenda.

Il y aurait aussi évidemment beaucoup à dire sur l'enseignement en général et le collège en particulier, mais tout ce qui précède suffit à démontrer la nécessité d'une riposte collective à hauteur des enjeux, au-delà des clivages de statut, d'âge et de pouvoir qui traversent le monde de l'éducation.

Demeure donc pour nous le choix des méthodes, des tactiques et des stratégies, en fonction des envies, des savoirs et des contraintes particulières, locales, financières, familiales, ou autres. De la grève reconductible à la grève perlée en passant par les journées d'action ou toutes autres initiatives ponctuelles ou pas, publiques ou non, laisser les portes ouvertes à la diversité des pratiques sera laisser à l'imagination et au cours des évènements la possibilité d'influer sur le réel.

le 16-01-2023,
au collège Val d'Ance de Saint-Anthème,
un idiot des confins.


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