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03.10.2022 à 10:00

Un Allemand à Paris, entretien avec Frank Gröninger

Né en Allemagne, Frank Gröninger vit à Paris depuis 1993. Il enseigne l’allemand et les relations interculturelles, dans le cadre de formations professionnelles (en particulier pour des diplomates français, mais aussi pour des cadres d'entreprises ou des chômeurs en reconversion professionnelle), de cours particuliers, ainsi qu’au niveau universitaire (à Sciences Po et dans des écoles de commerce) et secondaire (lycée Louis-le-Grand). Dans son premier livre Douce Frankreich (AlterPublishing, 2021), il propose son propre récit de vie, celui d’un Allemand observant avec humour et passion « l’art de vivre à la française » (ou ce qui est supposé l'être), à partir des différences culturelles et des « faux amis » (comme disent les professeurs de langues) entre la France et l’Allemagne. Nonfiction : Pourquoi avoir voulu retracer maintenant votre expérience en France, alors que vous vivez à Paris depuis 1993 et que vous êtes devenu français en 2019   ? Frank Gröninger : Comme je l’explique dans le livre, c’est lors du premier confinement de 2020, alors que j’ai, comme tout le monde, passé beaucoup temps à la maison, que je suis tombé sur un carton dans lequel j’ai trouvé des affaires familiales, dont une carte postale de mon grand-père. Je savais que mes grands-parents et mon père avaient vécu en France, avant la Seconde guerre mondiale, mais on n’avait jamais vraiment parlé de cela (mon père n'en avait plus de souvenirs). Or, à travers cette carte postale et d’autres objets qui me restaient, cela me renvoyait à une histoire singulière puisque j’ai moi-même passé près de 30 en France désormais. C’est alors que je me suis dit qu’il était temps d’écrire à ce sujet. Puis, cette écriture est devenue, au fil du confinement, une forme d’obsession, car c’est finalement à ce moment-là que j’ai pris le temps d’assembler tous les morceaux du puzzle qui me liaient à la France…C’est peut-être aussi parce que je me suis rendu compte que j’avais plus longtemps vécu en France qu’en Allemagne. Vous évoquez beaucoup d’épisodes, depuis l’enfance jusqu’à la période récente et l’on se rend compte en vous lisant que votre expérience mêle beaucoup de milieux très différents de la société française, au sein desquels vous avez enseigné l’allemand (des étudiants aux personnes âgées, des cadres dirigeants aux chômeurs). Vous insistez notamment sur la dimension interculturelle, à partir d’un modèle — celui du sociologue américain Milton James Bennett  — qui laisse apparaître des phases de déni de la différence, puis d’acceptation de cette différence jusqu’à une adaptation qui, dans votre cas, s’est traduite par une naturalisation, 25 ans après votre installation. Pouvez-vous nous parler de chacune de ces phases d’adaptation ? Cela est difficile à mesurer parce qu’il peut y avoir des rechutes ! Je voulais écrire ce livre pour expliquer les théories interculturelles, mais sans que cela apparaisse trop abstrait. C’est par un récit de vie — des anecdotes souvent drôles, j’espère, et parfois peut-être plus tristes —, que j’ai voulu montrer comment on vit cette rencontre avec une autre culture nationale et, finalement, cette adaptation à « l’autre » pays. Pour tout vous dire, la période la plus longue, et sans doute la plus importante, est celle où l’on est dans la découverte, souvent naïve et agréable — le « dépaysement » —, durant laquelle on trouve tout mieux que dans son pays d’origine, ne serait-ce que pour se justifier de l’avoir quitté… C’est la phase classique de « lune de miel » avec le nouveau pays. On est ainsi dans la comparaison permanente. En réalité, on passe dans la phase suivante, celle de l’adaptation, quand on arrête enfin de comparer. Je pense d’ailleurs qu’il faudrait tenter de cesser de comparer en permanence les pays, mais puisque les médias et les politiques le font aussi, c’est difficile de ne pas le faire ! En effet, vous constatez que c’est, bien entendu, une richesse de l’Europe que de côtoyer des cultures nationales aussi proches les unes des autres, mais que cette richesse doit passer par le dialogue plus que par la confrontation et la comparaison permanentes. À ce sujet, vous proposez un récit plutôt joyeux, ironique et souvent drôle, mais on devine aussi un certain agacement concernant les préjugés culturels, voire culturalistes. Cette tendance aux préjugés a-t-elle changé depuis presque 30 ans (depuis l’Europe de Maastricht, pour le dire en termes politiques désincarnés) ou cela reste-t-il une constante, même après l’unification progressive (bien que difficile et non linéaire) du continent ? Je crois malheureusement que c’est une constante, ce n’est ni français ni allemand… C’est quelque chose que chacun a dans sa culture, parce que l’on recherche en permanence la confirmation de ce que l’on pense être des différences culturelles avec d’autres pays, en particulier avec ses voisins. Il est même possible que l’Union européenne nous ait poussé inconsciemment à faire moins d’efforts avec nos voisins, considérant naïvement que nous sommes presque pareils, ce qui est bien entendu faux. Et c’est en faisant moins d’efforts que l’on va faire le plus d’erreurs. Les clichés sont bien sûr très agaçants, mais ils le sont encore plus quand on ne cherche pas (ou plus) à comprendre les réactions des autres nationalités. C’est en réalité une question de sensibilité autant que de compréhension. Vous avez enseigné en particulier dans des milieux parisiens très élitistes (lycée Louis-le-Grand, Sciences Po, ministère des Affaires étrangères) et vous avez aussi eu l’occasion de côtoyer de grandes entreprises (Air France, BASF, etc.). Considérez-vous que la langue allemande, en France, longtemps considérée comme celle des « bons élèves », est socialement très marquée ? Pour le dire de manière très caricaturale, les germanistes en France sont-ils surtout issus des élites ? En presque 30 ans, je dois reconnaître que j’ai d’abord constaté que la pratique de la langue allemande, y compris dans l’enseignement secondaire, est en forte baisse. Cela s’explique sans doute, au moins pour une part, par des raisons générationnelles, notamment à cause du poids démographique de l’anglais, bien sûr, mais aussi de l’espagnol, dans le monde. Mais il faut cependant dire que, au sein de la jeunesse française actuelle (parisienne notamment), l’image spécifique de Berlin véhicule, depuis déjà quelque temps, une image cool et festive, qui incite certains, parfois après leur bac, à étudier l’allemand (ou à le retravailler). Mais j’ai aussi beaucoup enseigné à des résidents non-français qui, s’ils voyaient le français comme une langue du quotidien à Paris, envisageaient l’allemand comme une langue peut-être plus utile dans le monde économique, bien que l’anglais soit totalement hors de portée à cet égard. Il y a également peut-être une part d’élitisme, dans le sens où la langue allemande est considérée comme difficile. Et puis il existe des clichés populaires très présents en France qui interrogent l’utilité de parler allemand, alors que l’Allemagne n’est pas vue comme un pays de vacances avec de belles plages ensoleillées comme en Espagne ! Mais il faudrait peut-être, en réalité, changer l’enseignement des langues, de manière générale, car l’on ne met pas assez en avant l’aspect interculturel, notamment dans la confrontation aux réactions d’autres nationalités (par exemple au sujet de débats citoyens), alors que cela participe à la connaissance de la culture d’un pays, au-delà de la langue. La langue est aussi une affaire de rencontre culturelle et pas seulement de grammaire et de déclinaisons ! Au début de votre ouvrage, vous comparez à cet égard deux discours très emblématiques lors de l’annonce du confinement de mars 2020 : celui d’Emmanuel Macron, très austère, qui parle de guerre, et celui d'Angela Merkel, beaucoup plus empathique, plus humain, moins désincarné. Bien que les représentants d’un pays n’incarnent pas forcément l’esprit d’une nation, pensez-vous tout de même que cette mise en parallèle, que vous suggérez, est particulièrement parlante ? Étant à la fois Français et Allemand, je ne me sens ni l’un ni l’autre et les deux en même temps ! Je n’appartiens pas à un seul pays, mais pas non plus aux deux entièrement. C'est certes une richesse, mais elle est accompagnée d'une solitude. Ainsi, lors du confinement, en 2020, j’ai surpassé cette solitude en écoutant les deux discours qui, en effet, sont très parlants. J’ai en réalité écouté le discours du président de la République avec les oreilles d’un Allemand et le discours de la chancelière avec les oreilles d’un Français. Si Emmanuel Macron avait fait le même discours en Allemagne, cela aurait été réellement la guerre ! Car le mot « guerre » est resté longtemps tabou en Allemagne et un(e) chancelier(ère) n’a pas à le prononcer si la situation n’est pas celle d’une « vraie » guerre. D’une certaine manière, on peut considérer que les Français attendaient de leur président qu’il leur dise ce qu’il faut faire (même si c’est pour s’y opposer ensuite largement !), alors que les Allemands attendaient de leur chancelière qu’elle les rassure, ce qui d’ailleurs va contre un cliché très répandu des Français, consistant à voir les Allemands comme un peuple toujours prêt à être (de nouveau ?) belliqueux... Pourquoi avoir choisi la naturalisation ? Vous expliquez dans votre livre avoir suscité beaucoup de réactions, étonnées voire hostiles. Beaucoup d’amis allemands (surtout ceux qui vivent en France) n’ont pas vraiment compris ma démarche, même si j’ai gardé, bien entendu, la nationalité allemande et que ma nationalité française ne l’a pas remplacée. Pour eux, cela n’apportait rien, si ce n’est de voter, non pas aux élections locales et européennes (ce que je pouvais déjà faire en tant que ressortissant allemand), mais aux élections nationales françaises… ce qui n’est quand même pas rien ! Vous présentez régulièrement votre livre en France et en Allemagne depuis sa sortie. Les réactions et la lecture du livre sont-elles très différentes de chaque côté du Rhin ? J’ai écrit directement le livre en français pour sa parution en France, puis je l’ai ensuite traduit moi-même en allemand pour sa publication en Allemagne. C’était d’ailleurs un exercice plutôt difficile, car les pensées sont différentes en fonction de la langue que l’on pratique, si bien que toute traduction est une adaptation à un autre contexte culturel. Pour répondre à votre question sur la réception du livre en France et en Allemagne, elle est en effet différente dans les deux pays. Du côté français, le public est réceptif à l’image que mon récit lui renvoie de lui-même — y compris de manière humoristique, sous la forme de l’autodérision, au sujet de leurs tics de langage, de leurs expressions (« la vache ! ») ou d’autres exemples idiomatiques —, tandis que, du côté allemand, il y a tout de même une forme d’admiration, presque une envie vis-à-vis des Français (en tout cas au sein du public qui s’intéresse à la France, bien sûr), une envie d’avoir ce « je ne sais quoi » que n’ont supposément pas les Allemands (du moins certains le pensent-ils comme ça). La réception est donc aussi liée à ce que les Allemands projettent comme perspective privilégiée d’habiter et de parler comme un Français, mais c’est bien sûr un biais, puisque je m’exprime devant un public plutôt francophile. D’ailleurs, je vais publier ces prochains jours, chez le même éditeur, un autre livre sur les clichés interculturels, mais dans le sens inverse : il sera intitulé Dessine-moi un Allemand !

02.10.2022 à 09:00

Retour sur le totalitarisme fasciste, avec Marie-Anne Matard-Bonucci

Nonfiction – Après lecture de votre livre Totalitarisme fasciste , nous avons le sentiment de moins bien connaître la nature du régime mussolinien que ses homologues nazi et stalinien. Comment expliquez-vous cette différence d’interprétation qui existait déjà chez des penseurs comme Jacques Maritain ou Hannah Arendt ? Marie-Anne Matard-Bonucci – L’histoire de l’Italie contemporaine a toujours souffert d’une désaffection en dehors des frontières nationales, comme si les pendules s’étaient arrêtées à la Renaissance. Tout ce qui contrevient à certains stéréotypes d’une Italie plaisante, séduisante, le « Bel Paese » en somme, n’est guère pris au sérieux. Jusqu’à la mafia qui est souvent appréhendée dans une veine mythologique plus conforme à une inspiration cinématographique qu’à la réalité. Cette absence de connaissance du fascisme italien, par contraste avec le national-socialisme, est d’autant plus étonnante que le second a beaucoup emprunté au premier. Mais l’évolution des rapports entre les deux pays et leurs dictateurs respectifs, Mussolini étant passé de la position de maître à celle d’allié en position de subordination à partir de la Seconde Guerre mondiale, a conditionné une lecture « lénifiante » du fascisme italien. En matière de terreur, sur le plan quantitatif, c’est un fait que l’Italie n’est guère comparable aux deux puissances totalitaires que vous évoquez. Pourtant, comme j’ai essayé de le montrer, la violence occupe une place centrale dans l’imaginaire fasciste et dans la vie quotidienne des individus, même s’il n’y a pas de projet génocidaire. Elle est souvent valorisée en tant que telle, la possibilité d’y avoir recours étant une qualité essentielle de l’homme nouveau. La présence du Vatican en Italie et l’alliance bien réelle entre l’Église catholique et le régime a aussi contribué, sans doute, à occulter cette dimension. Pour des raisons politiques, Mussolini ne pouvait se défaire de cette alliance. En même temps, à la fin de la guerre, c’est au catholicisme qu’il impute la responsabilité de son échec et l’incapacité à transformer les Italiens en un peuple de « guerriers ».   Vous proposez quelques chapitres originaux sur l’interdiction du pronom « Lei » ou le rire sous Mussolini, qui laissent penser à un contrôle total de la société. Quels ont été les degrés et les formes de résistance au sein de la population ? Ces deux explorations ont été l’occasion d’analyser l’impact de l’arbitraire fasciste jusque dans certains aspects confinant à l’absurde. La réforme du « Lei » permet d’éclairer la soumission des administrations publiques, à tous les échelons, aux directives fascistes, ce qui n’est guère étonnant. Elle révèle aussi le haut degré de soumission des intellectuels. Mais les difficultés même de sa mise en œuvre sont révélatrices de l’impuissance des régimes totalitaires à changer des habitudes séculaires et des usages culturels profondément enracinés. L’étude du « rire » permet aussi d’observer différemment la folle ambition du totalitarisme et, là encore, l’impossibilité qu’il y a à gouverner en totalité les comportements, le langage. Les plaisanteries critiques à l’égard du régime sont difficiles à interpréter : elles expriment souvent une forme de protestation mais attestent aussi de l’existence d’espace où le contrôle du régime est un peu plus lâche, ce qui est aussi l’une des raisons de sa survie. Ainsi, pour répondre de manière synthétique à la question, les oppositions au régime vont de l’antifascisme déclaré et politique – qui conduit à l’exil ou à la prison – à ces formes de protestation plus discrètes, quelquefois tolérées. Sur des sujets que l’on pourrait juger mineurs – comme le rire ou « l’anti- Lei » – il est finalement possible d’appréhender la société italienne et son attitude face au régime, ce que l’on appelle, en démocratie « l’opinion » qui, par définition, n’existe pas dans un régime de ce type.   Vous montrez que les lois de 1938 en Italie sont le résultat d’un antisémitisme certain parmi quelques cadres fascistes, mais aussi du rapprochement avec l’Allemagne. Quelles sont les particularités de l’antisémitisme fasciste ? J’avais tenté dans L’Italie fasciste et la persécution des juifs d’en analyser les ressorts qui sont très différents de ce que l’on observe en Allemagne ou sous Vichy. À la différence de ces deux pays, en Italie, la tradition d’antisémitisme social était faible à la veille du fascisme. Des juifs étaient d’ailleurs présents au sein du Parti fasciste et même parmi ses fondateurs. On ne trouve pas trace d’antisémitisme dans les textes officiels de doctrine du fascisme avant 1938. Ce qui m’intéressait était donc de comprendre le tournant brutal des lois antijuives, à une époque où l’Italie n’est pas le vassal de l’Allemagne et où – comme l’avaient montré Michaelis et De Felice – les nazis n’exigent pas d’alignement de l’Italie dans ce domaine. A l’époque, une forme de conformisme « antisémite » est indéniablement présent en ce sens que la plupart des dictatures ou partis nationaliste européens sont antisémites, de manière de plus en plus accentuée sous influence de l’Allemagne. Mais des raisons propres au fascisme entrent aussi en ligne de compte : la volonté d’accélérer le changement totalitaire de l’Italie et donc d’introduire une nouvelle catégorie d’ennemi, d’autant que les ennemis réels du régime, les opposants antifascistes, ont été emprisonnés depuis belle lurette. D’une certaine façon, l’absence d’antisémitisme politique et la faible tradition d’antisémitisme social confèrent à la politique antisémite de 1938 un intérêt d’autant plus grand aux yeux des dirigeants : exclure et persécuter des gens que la plupart des Italiens considéraient comme leurs semblables (l’Italie avait sans doute le taux le plus important de mariages interreligieux en Europe) apporte bien une preuve éclatante du respect des ordres et de l’abandon du « sentimentalisme » supposé des Italiens. De fait, comme elles le feront pour le Lei et le rire, les administrations marchent au pas dans ce domaine et les Italiens accepteront bientôt – sauf rares exceptions – la transformation de leurs voisins juifs en parias.   Les pages sur le fascisme en situation coloniale sont terribles. Les massacres, les déportations dans des camps, l’utilisation de gaz et les exécutions arbitraires témoignent d’un degré de violence inouï. Pourquoi cette question reste-t-elle moins connue ? Dans ce cas, comme pour celui des persécutions antijuives, le mythe du « bravo italiano » a contribué à différer la connaissance de ces réalités. Pourtant, il faut rappeler que les violences contre le peuple éthiopien furent amplement dénoncées au cours des années Trente et que la question de l’usage des gaz a été amplement documentée. Il a fallu attendre 1996 pour que le gouvernement italien admette l’emploi des armes chimiques. L’absence de procès de Nuremberg à l’italienne et la banalisation des crimes de nature coloniale sont aussi en partie responsables de cette occultation.   Dans vos premières pages, on ressent une certaine inquiétude sur la société italienne actuelle. Quels regards portent les Italiens sur cette page de leur histoire ? Quelles sont les formes de réhabilitation de l’ère mussolinienne ? Depuis les années 1990, on assiste à un phénomène de dédiabolisation du fascisme et de levée d’inhibition de certains responsables politiques – à commencer par Silvio Berlusconi – qui n’hésitent plus à affirmer que le fascisme avait de bons côtés. La mémoire de l’antifascisme et de la résistance, qui fut pendant plusieurs décennies au cœur de l’identité de la classe politique italienne (avec des nuances bien entendu), s’affaiblit à mesure que le temps passe. Du coup, une parole publique de plus en plus favorable au fascisme circule quand auparavant elle était bridée par certains interdits. Cette levée d’inhibition est le fait de certains vrais nostalgiques, qui se retrouvent notamment dans la petite ville de Predappio où Mussolini est enterré, mais aussi d’hommes politiques non fascistes, qui désirent cependant instrumentaliser cette mémoire. Elle est aussi conduite par des jeunes à la recherche d’un nouvel idéal « anti-système » qui constituent autant de proies faciles pour les néo-fascistes. Ces derniers ont une stratégie très habile d’utilisation des réseaux sociaux et ne se privent pas d’exploiter la situation sociale très difficile que connaît une partie de la population. Le danger immédiat pour l’Italie est davantage le populisme que le fascisme, mais des formations telles que Casa Pound se tiennent prêts en cas d’échec des plus grands partis « anti-système ».   Vous dédiez votre livre à l’historien Pierre Milza récemment décédé. Quels ont été ses apports sur cette question ? Pierre Milza s’est imposé à partir des années 1980 comme le principal référent en France, en matière d’histoire de l’Italie contemporaine. Il a d’abord abordé l’histoire de ce pays sous l’angle des relations entre les deux pays à la fin du XIX e siècle (dans une perspective d’histoire totale). Sa première publication relative au fascisme date de 1967. Il s’agit d’une analyse des perceptions du fascisme depuis la France ( L’Italie fasciste devant l’opinion française, 1920-1940 ). Il fut pendant longtemps l’un des seuls auteurs, avec Max Gallo, à publier en langue française sur le sujet et L’Italie fasciste , ouvrage de synthèse rédigé avec Serge Berstein, est devenu un ouvrage de référence. Dans la grande tradition des historiens de Sciences-Po, Pierre Milza s’est aussi intéressé aux différents fascismes dans une perspective théorique et d’histoire comparée. Son Mussolini – une biographie historique qui interroge, en particulier, les relations du dictateur avec son entourage – est aussi un ouvrage de référence, y compris en Italie. Son rôle fut aussi celui d’un directeur des recherches. Il a notamment dirigé ma thèse sur L’histoire du fascisme en Sicile et impulsé de nombreux chantiers autour de ces questions. Il a enfin créé à Sciences-Po un groupe de recherche sur l’Italie contemporaine dont il m’a confié ensuite la responsabilité et dont nous assurons la pérennité avec Marc Lazar aujourd’hui.  

01.10.2022 à 08:00

Pauline Delabroy-Allard : tisser les fils de l’identité

Elle n’avait jamais eu de carte d’identité avant d’avoir trente ans. Elle décide d’en demander une à la mairie, alors qu’elle est enceinte : « Et les trois fantômes me sautent à la gorge, sur le parvis de la mairie où je découvre le bout de plastique officiel. Il faudrait que je sache. Moi qui vais donner naissance, je ne sais rien de ceux qui m’accompagnent depuis la mienne. Pourquoi eux ? Qui sont-ils ? Jeanne, Jérôme, Ysé. […] Je veux creuser la couche épaisse de l’identité qui est la mienne, qui semble être la mienne, avant de donner naissance à une nouvelle identité. Je veux gratter le palimpseste. […] Je n’ai pas beaucoup d’indices. Je vais devoir prospecter, explorer, fouiller. Poser des questions me paraît vain, elles seraient balayées. » Elle vient en effet d’une famille où on ne parle pas : « Enfin si, on se raconte des tas de choses et on adore ça, tant qu’on ne parle pas du passé, des passés. » « Le jour blanc » Au cœur du livre se trouve une tragédie. La recherche de l’origine des prénoms mystérieux sera une façon de trouver en soi-même une forme de réponse, sinon de consolation. L’absence de point d’interrogation après « Qui sait » dans le titre indique bien que les réponses aux questions peuvent se trouver à l’intérieur de soi. Jeanne est une ancêtre au destin douloureux et mystérieux, mais la narratrice refuse de laisser ce secret de famille peser sur elle. Jérôme est un ancien ami des parents qui conduit le lecteur dans le Paris homosexuel des années 1980, et la narratrice à la poursuite de son fantôme dans un cours de danse. Ysé est le prénom d’une grande héroïne du théâtre de Paul Claudel. « Qui c’est ? » est une façon de demander « Qui suis-je ? » et de tisser les fils de l’identité, de la vérité et de l’imagination pour construire un roman mosaïque, parfois poignant, parfois drôle. Un roman du roman Certaines pauses métatextuelles où l’auteure s’arrête sur le roman en train de s’écrire et sur les rouages de son travail alternent avec des hommages à l’imagination et à la littérature où, au bord de la folie et loin de sa compagne désemparée, la narratrice entremêle son histoire avec l’intrigue passionnelle de Partage de midi . La construction du livre, inspirée de la philosophie kantienne, entraîne le lecteur dans cette quête des origines qui est aussi celle de la source de l’écriture. L’humour de la narratrice et le comique de certaines scènes ainsi qu’un sens bienvenu de l’autodérision donnent à ces pages une forme de grâce et leur permettent d’éviter l’écueil du pathos malgré l’évocation de moments très douloureux. Une belle réussite.

24.09.2022 à 09:00

Christophe Fourel, rédacteur en économie

Pouvez-vous vous présenter ? Je suis économiste de formation et mon parcours professionnel m’a conduit à me consacrer aux questions sociales. Je travaille aujourd’hui au Ministère des Solidarités. Mes activités militantes quant à elles me portent plus vers les questions écologiques. Mon dernier livre (écrit avec Clara Ruault) est une contribution à l’histoire et à la compréhension de l’écologie politique en France à travers l’examen de deux penseurs incontournables aujourd’hui que sont Herbert Marcuse et André Gorz. Le livre s’intitule « Ecologie et révolution », Pacifier l’existence . Il reprend le titre qu’André Gorz (alias Michel Bosquet) avait donné au colloque organisé en Juin 1972, il y a exactement 50 ans. Au moment de la parution du rapport Meadows (traduit en français sous le titre « Halte à la croissance »). Quand et comment avez-vous croiser la route de Nonfiction.fr et quelle est votre contribution ? J’ai croisé la route de Nonfiction.fr lorsque j’étais Directeur Général de l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives (ANSA) fondée par Martin Hirsch. Frédéric Martel, qui était associé à la création de cette nouvelle agence visant à promouvoir l’expérimentation sociale, venait de lancer Nonfiction.fr et cherchait des locaux pour installer son équipe. Je lui ai alors proposé de s’installer avec l’ANSA, passage du Génie ( ! ) dans le 11 ème arrondissement de Paris. Ainsi j’ai pu suivre aux premières loges le développement de Nonfiction.fr. Frédéric a profité de cette proximité géographique pour me demander de contribuer au site. Ce que j’ai évidemment accepté avec enthousiasme.  Qu’est-ce qui vous plait dans Nonfiction.fr ? C’est la diversité des sujets abordés sans céder aux modes du moment. Les critiques publiées sont de haut niveau. Elles ne se contentent pas de faire un résumé du livre traité mais elles incitent souvent à aller au-delà des thèses proposées dans l’ouvrage. Malgré son titre, le site n’hésite pas à flirter de temps à autres avec le monde de la fiction et du roman lorsque le sujet s’y prête et se justifie. En cela, Nonfiction.fr cultive l’ouverture et n’enferme pas la non-fiction dans un carcan trop resserré. On y trouve aussi des entretiens assez stimulants avec des auteur-e-s qui permettent de dévoiler les origines et les motivations premières du livre qu’ils-elles viennent de faire paraître. Remonter aux sources de l’inspiration et retracer le cheminement intellectuel qui à mener à publier est toujours stimulant.   Quel est l’article dont vous êtes le plus fier ? Le premier publié au lancement du titre. Il s’agissait d’une recension de premier livre d’André Gorz (dont j’étais un ami proche) : Le Traitre . Paru en 1958, il venait de faire l’objet d’une réédition en poche chez Folio. Ce livre est fascinant car il crée son auteur. Après sa publication André Gorz va devenir un des intellectuels les plus influents en France notamment dans les milieux politiques et syndicaux. Il deviendra également dès le début des années soixante-dix un des penseurs pionniers de l’écologie politique en France. Mais je suis aussi fier du dernier article que je viens de publier. Il s’agit d’une recension du livre de Pierre Rosanvallon, Les épreuves de la vie , qui s’efforce de donner une grille de lecture novatrice de la société mais également des outils pour en comprendre les évolutions. Ce livre est important et, à mon avis, il fera date.   

24.09.2022 à 08:00

Xavier Desjardins, ancien coordinateur du pôle urbanisme

Pouvez-vous vous présenter ? Je suis professeur à Sorbonne Université, spécialisé sur les questions d’aménagement du territoire, d’urbanisme et de transition écologique. Je suis chercheur au sein du laboratoire Médiations . Je suis également consultant au sein de la coopérative Acadie, où nous menons de nombreuses missions de conseil et de recherche-développement sur les thèmes de l’action publique et du territoire. Depuis quelques mois, je suis gérant de cette coopérative. Depuis mon master (DESS à l’époque !) et mon doctorat, mes thématiques de recherche se sont toutes insérées dans ce champ des questions territoriales et de l’action collective. Je suis l’auteur de divers ouvrages, notamment sur la planification urbaine, l’aménagement du territoire et les politiques de mobilité. Quand et comment avez-vous croisé la route de Nonfiction et quelle est votre contribution à Nonfiction ? Dès la naissance de Nonfiction, j’ai été attiré par le site. J’ai un peu oublié comment je me suis retrouvé dans cette aventure ! A l’époque, Frédéric Martel y était très impliqué. J’y ai rencontré beaucoup de gens passionnants. J’ai été coordinateur du pôle « ville et logement » entre 2007 et 2011. Depuis une décennie maintenant, j’ai pris un peu de champ en tant que producteur de notes ou recensions, mais j’ai toujours un vif intérêt pour ce site. Qu'est-ce qui vous plaît dans Nonfiction ? L’émulation intellectuelle ! Quand je coordonnais le pôle, on échangeait entre contributeurs du pôle (une petite dizaine), on suivait l’actualité des livres et des idées, on débattait … Le livre reste un « pilier structurant » de la vie des idées. Quels sont les articles (ou les entretiens) dont vous êtes le plus fier ? J’ai beaucoup aimé faire la recension du livre Ghetto urbain de Didier Lapeyronnie, qui m’a ensuite accordé un entretien pour discuter de son livre et de sa méthode sociologique. Le livre de Mike Davis me paraissait assez peu intéressant avant de connaître Dubaï. J’aurais maintenant une critique plus caustique de ce type d’essai après avoir fait de nombreux séjours dans cette ville ! L’indignation, même légitime, ne suffit pas à l’analyse.    

23.09.2022 à 10:00

Bourdieu et Sayad en Algérie (1958-1964), entretien avec Amín Pérez

Partant d'un travail de recherche pour sa thèse de socio-histoire (soutenue sous la direction de Gérard Noiriel), Amín Pérez, sociologue enseignant à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), publie un livre (nourri d'archives publiques et privées, ainsi que d'entretiens), faisant le récit des relations entre deux apprentis-sociologues, Pierre Bourdieu et Abdelmalek Sayad, dans une Algérie en situation de guerre coloniale. Amín Pérez a notamment participé à l'établissement et à l'introduction des éditions critiques de deux ouvrages : le premier sur Abdelmalek Sayad ( L'Immigration, ou le paradoxe de l'altérité , Raisons d'agir, 2014) et le second sur Pierre Bourdieu ( Travail et travailleurs en Algérie , Raisons d'agir, 2021). Nonfiction : Votre ouvrage constitue une étude précise de la « jeunesse » et de la genèse de l'œuvre de Pierre Bourdieu, mais aussi l'histoire d'une amitié et d'une complicité intellectuelle avec Abdelmalek Sayad. Votre intention initiale était-elle de comprendre cette relation ou simplement d'approfondir votre travail sur la période algérienne de Bourdieu ? Amín Pérez : En fait, ce travail est d’abord né d’une recherche sur Abdelmalek Sayad à la suite de la révélation provoquée par son œuvre lorsque je faisais mes premiers travaux sur l’immigration. Autrement dit, si j'ai découvert la sociologie en lisant Bourdieu, disons que j'ai fait mes premiers pas de sociologue en lisant Sayad. En étudiant comment et pourquoi les descendants de l’immigration maghrébine ont commencé à être racialisés dans la France des années 1970, je me suis simultanément intéressé au travail et à la trajectoire de l’intellectuel algérien. Je découvrais alors les racines politiques qui ont soutenu son travail. C’est comme ça que j’ai débuté mes recherches dans ses archives privées. J’ai été tout de suite captivé par ce moment fondateur qui fut de grandir, militer et devenir sociologue dans l’Algérie coloniale. Et, dans ce contexte, la place de la relation avec Pierre Bourdieu était centrale. L’analyse des archives inédites me dévoilait les affinités de leurs trajectoires qui ont rendu possible en pleine guerre de décolonisation cette collaboration entre un instituteur et militant anticolonial algérien et un enseignant philosophe de la métropole. Il était donc pour moi nécessaire de revenir sur le parcours des deux hommes, avant et pendant la guerre, pour donner sens à ce qui va se jouer pour eux dans leur rencontre. Malgré la distance sociale qui les sépare, il y a une frappante homologie dans leur carrière, notamment dans leurs « choix » de ne pas suivre la voie « habituelle » de l’académisme qui s’offrait à leur parcours scolaire d’exception et dans leur façon d’agir depuis la science sur le présent brûlant qu’ils vivaient. Faire du terrain sous les bombes a été formateur et transformateur pour tous les deux. Cela n’a pas seulement soudé leurs liens fraternels pendant plus de quarante ans. L’observation, l’écoute et la restitution de ces expériences subalternes devenaient à leurs yeux le moyen nécessaire pour mieux comprendre et témoigner ce que vivait ce peuple, comme étape indispensable à la transformation de l’ordre colonial. C’est l’objectif du livre que de montrer les conditions de possibilité de cette sociologie à visée émancipatrice. Sans être un livre d'historien, votre travail est instructif sur la période de la guerre d'Algérie, en vous plaçant du point de vue de jeunes intellectuels encore peu connus. Sans être engagés de manière très tranchée, Bourdieu et Sayad ont résisté à cette guerre par leur production scientifique. Comment cette période commune a-t-elle marqué leurs œuvres respectives? Mon objectif a été de donner à voir ce que d’autres formes de résistances intellectuelles nous apprennent sur ce moment de l’histoire et sur le rôle de la sociologie dans l’émancipation sociale. Pour ce faire, je m’appuie notamment sur les outils de la socio-histoire afin de mieux situer ce que Bourdieu et Sayad font dans l’espace des positions intellectuelles de cette période. Vous avez raison d’indiquer qu’ils ont résisté à cette guerre par leurs enquêtes. L’ethnographie est devenue leur champ de bataille. La connaissance offerte par le terrain a non seulement permis de se défaire des catégories de pensée colonialistes pour repenser le monde colonial. Cette connaissance a aussi donné la possibilité de dissiper des idéalismes pour forger une position politique anticoloniale capable de restituer les moyens d’une émancipation sociale. L’enjeu était de taille pour les Algériens. Il était alors question de prendre à bras le corps la question du « comment », pour en finir réellement avec un ordre profondément inégalitaire. Bourdieu et Sayad se donnent ainsi les moyens de constituer par le bas les conditions d’un utopisme réaliste. Cette période marque indéniablement leurs œuvres ultérieures. Cette expérience de guerre de libération anticoloniale est à l’origine d’une démarche combative qui ne se limite pas à mobiliser la connaissance sociologique comme forme d’intervention critique, mais qui vise à construire des modes de résistances et d’actions politiques à l’échelle nationale et internationale. Il suffit de penser à leurs engagements en tant qu’intellectuels spécifiques et collectifs. Bien avant l'avènement des postcolonial studies , le patient travail d'enquête mené par Bourdieu et Sayad au tournant des années 1960 (jusqu'en 1964) a-t-il été selon vous une étape majeure de l'élaboration d'une sociologie de l'ordre colonial ? L’objectif du livre est de rendre visible la sociologie de l’ordre colonial qu’ils développent alors, qui reste par ailleurs très peu connue — alors même que les deux auteurs n’ont cessé de dire combien ce cadre analytique a été constitutif de leurs œuvres. L’expérience de cette guerre de libération est capitale. Elle ne se limitait pas à une quête d’indépendance nationale. Les masses algériennes luttaient contre un régime de pouvoir qui a confisqué et bafoué leurs droits, libertés et dignité. Ce contexte appelait à une compréhension à la mesure de cet enjeu. Bourdieu et Sayad ne sont pas les seuls qui se lancent dans ce défi. D’autres militants et intellectuels anticoloniaux originaires de colonies ou de métropoles se mettent aussi à penser les cadres d’une nouvelle société. C’est un moment majeur de ce que le sociologue Julian Go nomme la première vague d’auteurs « postcoloniaux ». L’objectif du livre est premièrement de rendre visible le potentiel de leurs analyses de l’époque pour se défaire de l’« impérialisme de l’universel scientifique » et pour combattre l’impérialisme politique. Deuxièmement, il était aussi important pour moi de retracer la place de ce travail dans leurs œuvres. L’étude de la domination coloniale est devenue le cadre à partir duquel Bourdieu a développé une sociologie des rapports de domination qu’il va prolonger à l’étude de plusieurs champs de la vie sociale. Cette matrice est aussi celle depuis laquelle l’étude du rapport de l’État aux colonisés a anticipé et structuré les analyses de Sayad sur l’État et l’immigration. Enfin, il ne s’agissait pas simplement pour moi de restituer la sociogenèse de ce travail : l’objectif était de donner à voir ce en quoi elle contribue à répondre à des enjeux de notre époque. La sociologie de l’ordre colonial mise en œuvre par Bourdieu et Sayad offre, à mon avis, une clé indispensable pour comprendre et combattre les ressorts du néolibéralisme.
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