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19.07.2022 à 16:01

Ça se passe comme ça chez McDonald's ?

c.veinhard.vmi

Ça se passe comme ça chez McDonald's ?

L’équipe de l’émission Cash investigation diffusée par France 2 a enquêté sur la face cachée du plus grand employeur de France McDonald’s, avec plus de 75 000 salariés dont 40 % d’étudiants. Le géant américain reste l’enseigne privilégiée des jeunes pour entrer sur le marché du travail. Mais pour ceux qui restent malgré le turnover, il est difficile d’échapper aux conséquences d’un management par la pression et à celles liées à une cadence de travail soutenue.

La flexibilité des employés reste le maître-mot des recruteurs qui n’hésitent pas à contourner les conventions collectives pour assurer un roulement d’équipe efficace dans un objectif de productivité et de rentabilité financière. Les employés, toujours embauchés à mi-temps, vivent en grande partie sous le seuil de pauvreté puisqu’ils peuvent rarement cumuler deux emplois ou augmenter leur durée de temps de travail. Dans une optique de rendement croissant, les équipes sont confrontées à un rythme de travail calculé à la minute et dicté par des « timers » bruyants.

Les employés, appelés « équipiers » ne disposent pas de syndicats et évoluent dans un environnement où le dialogue social est inexistant. Pour 9 employés sur 10, les employeurs sont des franchises de McDonald’s France, ce qui leur permet notamment d’éviter toute optimisation sociale, dont la prime de participation.

En cuisine, l’épuisement physique et mental s’est aggravé depuis la mise en place du système « Full restaurant ». Avec l’installation de bornes de commandes et du recours aux plateformes numériques comme Uber, la charge de travail a considérablement augmenté, le nombre de commandes étant souvent supérieur à l’offre de service. Le travail à la chaîne a de graves conséquences sur la santé des employés, qui sont rapidement sujets à des douleurs physiques et une perte de mobilité en raison de ports de charges répétés et de postes de travail inadaptés.

La référence bibliographique

 

 

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Ça se passe comme ça chez McDonald's ?

L’équipe de l’émission Cash investigation diffusée par France 2 a enquêté sur la face cachée du plus grand employeur de France McDonald’s, avec plus de 75 000 salariés dont 40 % d’étudiants. Le géant américain reste l’enseigne privilégiée des jeunes pour entrer sur le marché du travail. Mais pour ceux qui restent malgré le turnover, il est difficile d’échapper aux conséquences d’un management par la pression et à celles liées à une cadence de travail soutenue.

La flexibilité des employés reste le maître-mot des recruteurs qui n’hésitent pas à contourner les conventions collectives pour assurer un roulement d’équipe efficace dans un objectif de productivité et de rentabilité financière. Les employés, toujours embauchés à mi-temps, vivent en grande partie sous le seuil de pauvreté puisqu’ils peuvent rarement cumuler deux emplois ou augmenter leur durée de temps de travail. Dans une optique de rendement croissant, les équipes sont confrontées à un rythme de travail calculé à la minute et dicté par des « timers » bruyants.

Les employés, appelés « équipiers » ne disposent pas de syndicats et évoluent dans un environnement où le dialogue social est inexistant. Pour 9 employés sur 10, les employeurs sont des franchises de McDonald’s France, ce qui leur permet notamment d’éviter toute optimisation sociale, dont la prime de participation.

En cuisine, l’épuisement physique et mental s’est aggravé depuis la mise en place du système « Full restaurant ». Avec l’installation de bornes de commandes et du recours aux plateformes numériques comme Uber, la charge de travail a considérablement augmenté, le nombre de commandes étant souvent supérieur à l’offre de service. Le travail à la chaîne a de graves conséquences sur la santé des employés, qui sont rapidement sujets à des douleurs physiques et une perte de mobilité en raison de ports de charges répétés et de postes de travail inadaptés.

La référence bibliographique

 

 

24.06.2022 à 16:15

L'écologie au carrefour d'enjeux sociaux, économiques et politiques

c.veinhard.vmi

L'écologie au carrefour d'enjeux sociaux, économiques et politiques
Lu pour vous

L’écologie occupe une place de plus en plus importante dans le débat public et spécialisé. Cette sélection de quatre ouvrages publiés en 2021 et 2022 illustre les enjeux et les opportunités de l’inscription de cette thématique dans l’entreprise, la société et le champ politique, en combinant plusieurs registres : social, économique, idéologique et culturel.

L’avancée environnementale dans les espaces de  négociation collective
Les enjeux environnementaux atteignent tous les aspects de la vie en société. Les relations sociales ne font pas exception, comme le démontre l’ouvrage intitulé Négociation collective et environnement dirigé par Alexis Bugada, enseignant chercheur du Centre de Droit social d’Aix-Marseille. Fruit d’un travail de recherche, l’analyse  de 300 conventions et accords collectifs de travail s’est concentrée sur les clauses environnementales les plus significatives, et a permis de dégager quelques idées fortes. Dérèglement climatique, décarbonation, biodiversité, transition énergétique... sont autant de préoccupations présentes dans certains textes conventionnels. Les dispositifs de la protection des travailleurs, ou relatifs au télétravail, les indicateurs de performance, les comportements écoresponsables, les mobilités vertueuses, les politiques de rémunération et le partage de l'information environnementale font partie des éléments de réponses apportées de façon éparse par les partenaires sociaux. Si les organisations syndicales patronales et salariées déploient progressivement des programmes et des actions en la matière, les avancées environnementales à l’échelle des entreprises, des branches et au niveau interprofessionnel restent encore très timides comme le souligne l’auteur. La route vers une transition écologique juste est encore longue. Par sa force d’engagement collectif, la négociation collective peut relever ce défi, en élargissant son champ d’action à d’autres domaines tel que celui consacré à la qualité de vie au travail vers celui de la qualité de vie et des conditions de travail dans son environnement.

Le passage d'une économie industrielle à une économie « humano-centrée »
Face à l’urgence écologique, Pierre Veltz, ingénieur et sociologue, auteur de l’ouvrage L’économie désirable : sortir du monde thermo-fossile, appelle à des changements profonds pour accompagner la transition. Il est nécessaire selon lui, de réfléchir à une trajectoire économique d’ensemble répondant à la question du « quoi produire » et pas seulement du « comment produire », et qui satisfasse les conditions suivantes : être sobre en consommant moins de ressources et en polluant moins ;  être désirable en ne creusant pas les inégalités sociales, et être positive en créant des emplois pour compenser les suppressions massives dans les secteurs du thermo-fossile.
L'auteur propose de recentrer les modèles de production vers des secteurs "humano-centrés" tels que la santé, l’éducation, l’alimentation, les loisirs, la mobilité  où le numérique occupe une place centrale dans leur développement. Mais c’est d’abord une économie du lien interpersonnel qu’il s’agit de construire et de consolider, avec des emplois de qualité, et valorisés comme tels. La crise sanitaire a permis de prendre conscience de l'utilité sociale des métiers du soin et du lien aux autres, souvent précaires et sous-considérés. L'ouvrage met en avant le paradoxe qui veut que ces domaines d'activité centrés sur l'individu appellent une dimension collective beaucoup plus forte avec une multitude d'acteurs (réseaux locaux, infrastructures) que l'économie marchande traditionnelle. L’auteur plaide pour un retour de l’État dans la définition et la mise en œuvre des politiques de la transition. Ces dernières ne pourront selon lui, résulter de la seule addition des initiatives et des politiques locales, aussi créatives soient-elles.

L’émergence d’une nouvelle classe écologique, comme acteur et force politique
Le philosophe Bruno Latour et le sociologue Nikolaj Shultz, à qui l’on doit l’ouvrage Mémo sur la nouvelle classe écologique explorent la dimension politique de cette crise écologique. Les préoccupations écologiques notamment  le climat, l’énergie, la biodiversité, sont devenues omniprésentes. Curieusement, la multitude des conflits n’a pas pris la forme d’une mobilisation générale. A quelles conditions l’écologie pourrait-elle organiser la politique autour d’elle ? Les auteurs défendent la thèse de l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, consciente de l’enjeu de l’habitabilité de la planète et qui formerait cette nouvelle classe écologique appelée à devenir la classe-pivot. L’ambition de celle-ci est « de restreindre la place des rapports de production au profit de la prospérité ». Le formatage par « l’économisation » tel qu’il est rappelé, n’est plus adapté, faute de pouvoir donner une place aux êtres humains et au vivant. Tenue par l’ancienne classe politique, cette position est celle qui a prévalu durant des décennies. Aujourd’hui, toujours selon les auteurs, la classe nouvellement légitime possède une vision plus large, plus complexe de l’histoire et de la géohistoire. En ce sens, la classe écologique parce qu’elle voit plus loin et prend en compte un plus grand nombre de valeurs peut être considérée comme plus « rationnelle » que les autres classes. L’enjeu n’est pas la fin du travail en soi, mais l’extension des soins apportés aux conditions « d’habitabilité » : c’est-à-dire travailler dans un monde habitable en faisant en sorte que les processus productifs y contribuent.

La construction d’une culture écologique partagée
La crise écologique révèle les conséquences de l’effort productif global, restées longtemps inaperçues et qui menacent aujourd’hui la vie de chacun et les organisations sociales dont les collectifs, les sociétés, les entreprises et les institutions sociales font partie. L’ouvrage du philosophe Pierre Charbonnier Culture écologique porte à la connaissance du plus grand nombre, un certain nombre de débats qui organisent aujourd’hui la question écologique. Ceux-ci ne mobilisent pas seulement l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, la géographie et l’économie, mais aussi d’autres domaines comme celui de la philosophie. Le clivage entre luttes sociales centrées sur le travail et les mouvements environnementaux qui demeurait encore très prégnant, tend à perdre de son sens. Selon l’auteur, « la préservation d’un milieu habitable se confond désormais avec une réflexion sur les inégalités sociales et globales, sur la responsabilité macro-économique de l’Etat, la persistance des dominations de genre et des héritages des systèmes coloniaux, etc. ». Le compromis entre la question du travail et celle du climat n’a pas encore donné lieu à une proposition politique et idéologique parfaitement structurée, capable de répondre aux attentes de l’électorat. Diverses orientations se donnent à voir : capitalisme vert, Green New Deal, décroissance, écoféminisme et post colonialisme. Des transformations sociales sont en cours dans les relations avec le monde du vivant, avec les systèmes de production alimentaires, la culture dominante, l’organisation du travail et de la ville, et les choix industriels. Tout cela concourt à une nouvelle culture politique, même s’il reste des progrès à faire pour que la question sociale se traduise dans la question écologique et devienne une valeur partagée.

Texte intégral (1422 mots)
L'écologie au carrefour d'enjeux sociaux, économiques et politiques
Lu pour vous

L’écologie occupe une place de plus en plus importante dans le débat public et spécialisé. Cette sélection de quatre ouvrages publiés en 2021 et 2022 illustre les enjeux et les opportunités de l’inscription de cette thématique dans l’entreprise, la société et le champ politique, en combinant plusieurs registres : social, économique, idéologique et culturel.

L’avancée environnementale dans les espaces de  négociation collective
Les enjeux environnementaux atteignent tous les aspects de la vie en société. Les relations sociales ne font pas exception, comme le démontre l’ouvrage intitulé Négociation collective et environnement dirigé par Alexis Bugada, enseignant chercheur du Centre de Droit social d’Aix-Marseille. Fruit d’un travail de recherche, l’analyse  de 300 conventions et accords collectifs de travail s’est concentrée sur les clauses environnementales les plus significatives, et a permis de dégager quelques idées fortes. Dérèglement climatique, décarbonation, biodiversité, transition énergétique... sont autant de préoccupations présentes dans certains textes conventionnels. Les dispositifs de la protection des travailleurs, ou relatifs au télétravail, les indicateurs de performance, les comportements écoresponsables, les mobilités vertueuses, les politiques de rémunération et le partage de l'information environnementale font partie des éléments de réponses apportées de façon éparse par les partenaires sociaux. Si les organisations syndicales patronales et salariées déploient progressivement des programmes et des actions en la matière, les avancées environnementales à l’échelle des entreprises, des branches et au niveau interprofessionnel restent encore très timides comme le souligne l’auteur. La route vers une transition écologique juste est encore longue. Par sa force d’engagement collectif, la négociation collective peut relever ce défi, en élargissant son champ d’action à d’autres domaines tel que celui consacré à la qualité de vie au travail vers celui de la qualité de vie et des conditions de travail dans son environnement.

Le passage d'une économie industrielle à une économie « humano-centrée »
Face à l’urgence écologique, Pierre Veltz, ingénieur et sociologue, auteur de l’ouvrage L’économie désirable : sortir du monde thermo-fossile, appelle à des changements profonds pour accompagner la transition. Il est nécessaire selon lui, de réfléchir à une trajectoire économique d’ensemble répondant à la question du « quoi produire » et pas seulement du « comment produire », et qui satisfasse les conditions suivantes : être sobre en consommant moins de ressources et en polluant moins ;  être désirable en ne creusant pas les inégalités sociales, et être positive en créant des emplois pour compenser les suppressions massives dans les secteurs du thermo-fossile.
L'auteur propose de recentrer les modèles de production vers des secteurs "humano-centrés" tels que la santé, l’éducation, l’alimentation, les loisirs, la mobilité  où le numérique occupe une place centrale dans leur développement. Mais c’est d’abord une économie du lien interpersonnel qu’il s’agit de construire et de consolider, avec des emplois de qualité, et valorisés comme tels. La crise sanitaire a permis de prendre conscience de l'utilité sociale des métiers du soin et du lien aux autres, souvent précaires et sous-considérés. L'ouvrage met en avant le paradoxe qui veut que ces domaines d'activité centrés sur l'individu appellent une dimension collective beaucoup plus forte avec une multitude d'acteurs (réseaux locaux, infrastructures) que l'économie marchande traditionnelle. L’auteur plaide pour un retour de l’État dans la définition et la mise en œuvre des politiques de la transition. Ces dernières ne pourront selon lui, résulter de la seule addition des initiatives et des politiques locales, aussi créatives soient-elles.

L’émergence d’une nouvelle classe écologique, comme acteur et force politique
Le philosophe Bruno Latour et le sociologue Nikolaj Shultz, à qui l’on doit l’ouvrage Mémo sur la nouvelle classe écologique explorent la dimension politique de cette crise écologique. Les préoccupations écologiques notamment  le climat, l’énergie, la biodiversité, sont devenues omniprésentes. Curieusement, la multitude des conflits n’a pas pris la forme d’une mobilisation générale. A quelles conditions l’écologie pourrait-elle organiser la politique autour d’elle ? Les auteurs défendent la thèse de l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, consciente de l’enjeu de l’habitabilité de la planète et qui formerait cette nouvelle classe écologique appelée à devenir la classe-pivot. L’ambition de celle-ci est « de restreindre la place des rapports de production au profit de la prospérité ». Le formatage par « l’économisation » tel qu’il est rappelé, n’est plus adapté, faute de pouvoir donner une place aux êtres humains et au vivant. Tenue par l’ancienne classe politique, cette position est celle qui a prévalu durant des décennies. Aujourd’hui, toujours selon les auteurs, la classe nouvellement légitime possède une vision plus large, plus complexe de l’histoire et de la géohistoire. En ce sens, la classe écologique parce qu’elle voit plus loin et prend en compte un plus grand nombre de valeurs peut être considérée comme plus « rationnelle » que les autres classes. L’enjeu n’est pas la fin du travail en soi, mais l’extension des soins apportés aux conditions « d’habitabilité » : c’est-à-dire travailler dans un monde habitable en faisant en sorte que les processus productifs y contribuent.

La construction d’une culture écologique partagée
La crise écologique révèle les conséquences de l’effort productif global, restées longtemps inaperçues et qui menacent aujourd’hui la vie de chacun et les organisations sociales dont les collectifs, les sociétés, les entreprises et les institutions sociales font partie. L’ouvrage du philosophe Pierre Charbonnier Culture écologique porte à la connaissance du plus grand nombre, un certain nombre de débats qui organisent aujourd’hui la question écologique. Ceux-ci ne mobilisent pas seulement l’anthropologie, la sociologie, l’histoire, la géographie et l’économie, mais aussi d’autres domaines comme celui de la philosophie. Le clivage entre luttes sociales centrées sur le travail et les mouvements environnementaux qui demeurait encore très prégnant, tend à perdre de son sens. Selon l’auteur, « la préservation d’un milieu habitable se confond désormais avec une réflexion sur les inégalités sociales et globales, sur la responsabilité macro-économique de l’Etat, la persistance des dominations de genre et des héritages des systèmes coloniaux, etc. ». Le compromis entre la question du travail et celle du climat n’a pas encore donné lieu à une proposition politique et idéologique parfaitement structurée, capable de répondre aux attentes de l’électorat. Diverses orientations se donnent à voir : capitalisme vert, Green New Deal, décroissance, écoféminisme et post colonialisme. Des transformations sociales sont en cours dans les relations avec le monde du vivant, avec les systèmes de production alimentaires, la culture dominante, l’organisation du travail et de la ville, et les choix industriels. Tout cela concourt à une nouvelle culture politique, même s’il reste des progrès à faire pour que la question sociale se traduise dans la question écologique et devienne une valeur partagée.

16.06.2022 à 17:24

Nouveautés 06/22

p.therry.vmi

Texte intégral (983 mots)

16.11.2021 à 15:01

Le télétravail au défi de la qualité du travail et de la santé

p.therry.vmi

Le télétravail au défi de la qualité du travail et de la santé
Dossier

Une minorité de salariés concernés par le travail hybride

Selon l’enquête ACEMO Covid auprès de 38 000 établissements de 10 salariés et plus, publiée en novembre 2021, près de 20% des 15 millions de salariés que couvre cette enquête ont été au moins un jour en télétravail en octobre 2021. Le télétravail est plus fréquent dans les grandes entreprises et dans les activités tertiaires telles que l’information et la communication, les activités financières et d’assurance, les services aux entreprises et les activités immobilières. Même s’ils sont une minorité par rapport à l’ensemble de la population active (27 millions de salariés), les télétravailleurs sont nombreux à être exposés aux risques spécifiques de cette modalité de travail (surconnexion, isolement et stress) que la recherche a mis en évidence.

Le travail à distance a dégradé les conditions de 47% des salariés en télétravail

Selon l’enquête Tracov de la Dares, si près de la moitié des actifs en télétravail interrogés au début de l’année 2021 ont connu peu de changements dans leurs conditions de travail, 33% ont connu une nette intensification de leur travail, 14% une dégradation d’ensemble tandis que 4% d’entre eux ont déclaré une amélioration relative.

Les auteurs de l’enquête observent que la durée du travail augmentait pendant la crise sanitaire à mesure que le nombre hebdomadaire de jours en télétravail était élevé. Les télétravailleurs ont, par ailleurs, souffert de troubles de sommeil et de douleurs plus régulièrement qu’avant la crise que les non-télétravailleurs, et cela d’autant plus que le recours au télétravail était intense.
 

Les risques professionnels du télétravail

Les incidences ambiguës du télétravail sont documentées (Messenger et al., 2017, Vayre, 2019). Le télétravail présente de nombreux avantages pour les salariés : gain d’autonomie, meilleure conciliation vie professionnelle - vie personnelle, réduction des temps de trajet. Ces avantages peuvent se transformer en risques pour le respect du temps de travail, le maintien d’une étanchéité entre les sphères professionnelle et personnelle, pour la capacité de déconnexion.
De nombreuses enquêtes (UGICT, Empreinte humaine, Malakoff Médéric) menées depuis 2020 pointent le délitement du lien social et du sentiment d'appartenance, l’intensité de la communication virtuelle, la perte de transmission des expertises et de l’efficacité des processus de décision comme des incidences du télétravail qui nuisent à l’activité de travail et la performance collective.

1. Les risques psychosociaux

Les risques psychosociaux sont les risques professionnels les plus courants associés au télétravail (Oakman et al., 2020). Ils résultent d’un certain nombre de facteurs :
- l’intensification du travail lié au télétravail, avec des heures supplémentaires informelles ou des horaires irréguliers pour faire face à une charge de travail accrue avec du stress et des problèmes de santé (Eurofound, 2020). S’ajoute le risque de transformer le temps de trajet en temps de travail (Kun et al., 2020 ; Gibbs et al, 2021).
- l’intensité numérique de la collaboration en équipe, avec des interactions en face à face réduites, a des incidences sur la performance et les RPS (Caprile et al., 2021) dans un contexte où les pratiques d'envoi d'e-mails en dehors des heures de travail sont plus courantes en télétravail.
- la porosité de frontière entre l'environnement de travail et l'espace du domicile et le fait de disposer d’outils de travail à portée de main contribuent à travailler davantage et pendant son temps libre. (Vargas Llave, 2021).
- la situation d’isolement du salarié en télétravail, qui fait l’objet d’une prise en compte forte dans l’ANI (Mahieu, 2021), ainsi que l’absence de relations interindividuelles font émerger les troubles de l’anxiété, les addictions ou des burn-out de manière plus fréquente. Du fait de la distance, ces symptômes sont "plus difficiles à déceler par les pairs, passent souvent inaperçus et renforcent les risques individuels." (Tardieu, 2021)

 ► Charge mentale plus élevée pour les mères en télétravail

Plusieurs enquêtes (Lambert, 2020, Ugict, 2021) menées sur l’impact de la crise sanitaire sur le travail sont univoques : les femmes ayant des enfants à charge ont eu des conditions de télétravail plus dégradées que celles des hommes.
Emilie Vayre, professeure en psychologie du travail, rapporte plusieurs travaux qui montrent que "les femmes qui télétravaillent ont davantage de difficultés à récupérer physiquement et mentalement en comparaison des femmes qui ne télétravaillent". Alourdies par les "charges familiales, domestiques et du poids de l’organisation des sphères privées et professionnelles, les femmes perçoivent davantage un chevauchement entre le travail et la vie personnelle et ont plus de difficultés à délimiter les deux sphères", comparativement aux télétravailleurs. (Économie politique).

2. Les risques physiques : la sédentarité en cause

Pour ce qui est des risques physiques, c’est l'incidence des troubles musculo-squelettiques en télétravail qui est principalement rapportée au travail prolongé sur écran et à de mauvaises conditions ergonomiques à domicile (Caprile et al. 2021). La sédentarité accrue a pu aggraver des problèmes physiques antérieurs et contribuer à l'émergence de nouveaux, tels que la prise de poids, les maux de dos, de cou, d’épaule, la fatigue oculaire, les risques cardio-vasculaires.

Les limites du télétravail sur la communication, la coopération et le sens au travail …

Armand Hatchuel, professeur en sciences de gestion, explique que "les contraintes de la communication à distance assèchent les échanges horizontaux, informels, émergents, qui sont si nécessaires à l’adaptation des procédures, à l’innovation et à la réactivité" (Le Monde).

Pour Serge Perrot, chercheur du laboratoire Dauphine Recherches en management, les temps informels en présence sont irremplaçables "par leur rôle énergisant et inspirant, la qualité de l’échange, la construction des liens qui facilitent les interactions au travail comme de l’huile dans les rouages" (Acteurs publics).

Danièle Linhart, sociologue du travail, alerte sur le risque de perdre de vue le sens de son travail "si le télétravail primait sur le travail en présentiel. Car le travail s’inscrit par essence dans une dimension de coopération avec d’autres salariés. Son sens, c’est contribuer à nourrir l’interdépendance entre les membres de la société. Mais si on se retrouve seul pendant 4 ou 5 jours par semaine, l’on risque de ressentir un sentiment de déréalité et de déréalisation de son activité" (Liaisons sociales magazine).

Et en termes d’innovation et de créativité

Une enquête réalisée par LinkedIn, publiée en novembre 2021, pointe que "plus des deux tiers des directeurs marketing craignent que la diminution des échanges en présentiel entre collègues affecte la créativité". Selon eux, "les liens entre les salariés risquent de se distendre, ce qui pourrait avoir une incidence négative sur le processus créatif". Près d’un tiers affirme que, dans un modèle de travail hybride ou de télétravail, "il sera plus difficile de construire des relations professionnelles qualitatives, pourtant indispensables à la créativité".

Nicholas Bloom, économiste, identifie une corrélation entre la collaboration en personne, dans le cadre d’échanges directs et l’innovation. Travailler ensemble en présence est crucial pour la collaboration créative. Tous les managers avec qui il s'est entretenus dans le cadre d'études menées depuis 2020 disent que le travail à distance peut nuire à l'innovation à long terme. (Stanford business).
 

Adapter la prévention des risques professionnels au télétravail généralisé

Malgré leur obligation de prévention de la sécurité des salariés, toutes les entreprises ne prennent pas la mesure des risques en télétravail. Même si comme le signale Olivia Fuentes, la prévention des risques et la sécurité des salariés émerge désormais dans les accords télétravail alors qu’elle était un "angle mort des précédents accords" (Actuel HSE).

L'un des enseignements d’une étude sur plusieurs accords d'entreprise que tire Caroline Diard, enseignante-chercheure en management, est que "la création d'un cadre permet de rassurer les collaborateurs en affirmant leurs droits et leurs devoirs, notamment grâce à la mise en œuvre d'une prévention des risques liés à la surconnexion ou la surcharge de travail". Et Géraldine Fort, déléguée générale de l'Observatoire de la RSE, de préciser que "tout l’enjeu consiste à créer ce cadre "de façon collective tout en prenant en compte les besoins individuels des salariés".

Par ailleurs, Emilie Vayre pointe que "l’instauration du télétravail ne se résume pas à mettre à disposition des télétravailleurs du matériel, du mobilier, des plans de travail adaptés et à les accompagner dans l’aménagement de leur poste de travail à domicile", bien que ces mesures soient indispensables à la prévention des risques. "Le déploiement du télétravail" poursuit-elle "requiert une transformation de la conception du travail et de son organisation au sein des structures."
C’est dans cette optique que l’Inrs a produit un guide télétravail qui identifie les mesures de prévention en matière d’environnement de travail, d’outils technologiques, en matière d’autonomie et de charge de travail, au niveau de la relation avec le manager et du collectif de travail.
 

Le télétravail nécessite que ses modalités soient adaptées aux activités réelles et aux caractéristiques de l’entreprise. La prise en compte des risques potentiels du travail hybride permettra de favoriser les bons dosages de télétravail et de travail sur site et de développer les bons usages de ces modalités.
Comme le souligne Armand Hatchuel, si les prémices de l’hybridation du travail dessinent les contours du futur monde du travail comme nouveau mode d’organisation du travail flexible, il faut "concevoir les modalités d’un télétravail soutenable qui ne paie pas l’ubiquité prodigieuse des lieux de travail par un isolement des salariés et une rigidification des organisations."

Prochain volet : les modalités de déploiement du travail hybride.

L'expérience du télétravail massif en 2020 a démontré que de nombreuses tâches sont réalisables à distance, souvent avec des gains de productivité. Pour autant, même si cette modalité de travail est majoritairement positive pour les salariés, dans la durée, le télétravail improvisé et non encadré peut générer des risques pour la santé et les dynamiques de collaboration. Pour les entreprises qui généralisent aujourd’hui le travail "hybride", alternant travail sur site et télétravail, l’enjeu est de trouver l’équilibre "entre la flexibilité du travail à distance et les interactions en face à face avec les managers et les collègues". (Contreras et al., 2020). Et cette transformation implique une réflexion préalable sur les nouvelles conditions de travail et la structure organisationnelle. État des lieux, dans ce premier volet, des enjeux et défis du télétravail généralisé au regard des risques professionnels et de leur prévention.
table de travail à domicile télétravail
Texte intégral (3429 mots)
Le télétravail au défi de la qualité du travail et de la santé
Dossier

Une minorité de salariés concernés par le travail hybride

Selon l’enquête ACEMO Covid auprès de 38 000 établissements de 10 salariés et plus, publiée en novembre 2021, près de 20% des 15 millions de salariés que couvre cette enquête ont été au moins un jour en télétravail en octobre 2021. Le télétravail est plus fréquent dans les grandes entreprises et dans les activités tertiaires telles que l’information et la communication, les activités financières et d’assurance, les services aux entreprises et les activités immobilières. Même s’ils sont une minorité par rapport à l’ensemble de la population active (27 millions de salariés), les télétravailleurs sont nombreux à être exposés aux risques spécifiques de cette modalité de travail (surconnexion, isolement et stress) que la recherche a mis en évidence.

Le travail à distance a dégradé les conditions de 47% des salariés en télétravail

Selon l’enquête Tracov de la Dares, si près de la moitié des actifs en télétravail interrogés au début de l’année 2021 ont connu peu de changements dans leurs conditions de travail, 33% ont connu une nette intensification de leur travail, 14% une dégradation d’ensemble tandis que 4% d’entre eux ont déclaré une amélioration relative.

Les auteurs de l’enquête observent que la durée du travail augmentait pendant la crise sanitaire à mesure que le nombre hebdomadaire de jours en télétravail était élevé. Les télétravailleurs ont, par ailleurs, souffert de troubles de sommeil et de douleurs plus régulièrement qu’avant la crise que les non-télétravailleurs, et cela d’autant plus que le recours au télétravail était intense.
 

Les risques professionnels du télétravail

Les incidences ambiguës du télétravail sont documentées (Messenger et al., 2017, Vayre, 2019). Le télétravail présente de nombreux avantages pour les salariés : gain d’autonomie, meilleure conciliation vie professionnelle - vie personnelle, réduction des temps de trajet. Ces avantages peuvent se transformer en risques pour le respect du temps de travail, le maintien d’une étanchéité entre les sphères professionnelle et personnelle, pour la capacité de déconnexion.
De nombreuses enquêtes (UGICT, Empreinte humaine, Malakoff Médéric) menées depuis 2020 pointent le délitement du lien social et du sentiment d'appartenance, l’intensité de la communication virtuelle, la perte de transmission des expertises et de l’efficacité des processus de décision comme des incidences du télétravail qui nuisent à l’activité de travail et la performance collective.

1. Les risques psychosociaux

Les risques psychosociaux sont les risques professionnels les plus courants associés au télétravail (Oakman et al., 2020). Ils résultent d’un certain nombre de facteurs :
- l’intensification du travail lié au télétravail, avec des heures supplémentaires informelles ou des horaires irréguliers pour faire face à une charge de travail accrue avec du stress et des problèmes de santé (Eurofound, 2020). S’ajoute le risque de transformer le temps de trajet en temps de travail (Kun et al., 2020 ; Gibbs et al, 2021).
- l’intensité numérique de la collaboration en équipe, avec des interactions en face à face réduites, a des incidences sur la performance et les RPS (Caprile et al., 2021) dans un contexte où les pratiques d'envoi d'e-mails en dehors des heures de travail sont plus courantes en télétravail.
- la porosité de frontière entre l'environnement de travail et l'espace du domicile et le fait de disposer d’outils de travail à portée de main contribuent à travailler davantage et pendant son temps libre. (Vargas Llave, 2021).
- la situation d’isolement du salarié en télétravail, qui fait l’objet d’une prise en compte forte dans l’ANI (Mahieu, 2021), ainsi que l’absence de relations interindividuelles font émerger les troubles de l’anxiété, les addictions ou des burn-out de manière plus fréquente. Du fait de la distance, ces symptômes sont "plus difficiles à déceler par les pairs, passent souvent inaperçus et renforcent les risques individuels." (Tardieu, 2021)

 ► Charge mentale plus élevée pour les mères en télétravail

Plusieurs enquêtes (Lambert, 2020, Ugict, 2021) menées sur l’impact de la crise sanitaire sur le travail sont univoques : les femmes ayant des enfants à charge ont eu des conditions de télétravail plus dégradées que celles des hommes.
Emilie Vayre, professeure en psychologie du travail, rapporte plusieurs travaux qui montrent que "les femmes qui télétravaillent ont davantage de difficultés à récupérer physiquement et mentalement en comparaison des femmes qui ne télétravaillent". Alourdies par les "charges familiales, domestiques et du poids de l’organisation des sphères privées et professionnelles, les femmes perçoivent davantage un chevauchement entre le travail et la vie personnelle et ont plus de difficultés à délimiter les deux sphères", comparativement aux télétravailleurs. (Économie politique).

2. Les risques physiques : la sédentarité en cause

Pour ce qui est des risques physiques, c’est l'incidence des troubles musculo-squelettiques en télétravail qui est principalement rapportée au travail prolongé sur écran et à de mauvaises conditions ergonomiques à domicile (Caprile et al. 2021). La sédentarité accrue a pu aggraver des problèmes physiques antérieurs et contribuer à l'émergence de nouveaux, tels que la prise de poids, les maux de dos, de cou, d’épaule, la fatigue oculaire, les risques cardio-vasculaires.

Les limites du télétravail sur la communication, la coopération et le sens au travail …

Armand Hatchuel, professeur en sciences de gestion, explique que "les contraintes de la communication à distance assèchent les échanges horizontaux, informels, émergents, qui sont si nécessaires à l’adaptation des procédures, à l’innovation et à la réactivité" (Le Monde).

Pour Serge Perrot, chercheur du laboratoire Dauphine Recherches en management, les temps informels en présence sont irremplaçables "par leur rôle énergisant et inspirant, la qualité de l’échange, la construction des liens qui facilitent les interactions au travail comme de l’huile dans les rouages" (Acteurs publics).

Danièle Linhart, sociologue du travail, alerte sur le risque de perdre de vue le sens de son travail "si le télétravail primait sur le travail en présentiel. Car le travail s’inscrit par essence dans une dimension de coopération avec d’autres salariés. Son sens, c’est contribuer à nourrir l’interdépendance entre les membres de la société. Mais si on se retrouve seul pendant 4 ou 5 jours par semaine, l’on risque de ressentir un sentiment de déréalité et de déréalisation de son activité" (Liaisons sociales magazine).

Et en termes d’innovation et de créativité

Une enquête réalisée par LinkedIn, publiée en novembre 2021, pointe que "plus des deux tiers des directeurs marketing craignent que la diminution des échanges en présentiel entre collègues affecte la créativité". Selon eux, "les liens entre les salariés risquent de se distendre, ce qui pourrait avoir une incidence négative sur le processus créatif". Près d’un tiers affirme que, dans un modèle de travail hybride ou de télétravail, "il sera plus difficile de construire des relations professionnelles qualitatives, pourtant indispensables à la créativité".

Nicholas Bloom, économiste, identifie une corrélation entre la collaboration en personne, dans le cadre d’échanges directs et l’innovation. Travailler ensemble en présence est crucial pour la collaboration créative. Tous les managers avec qui il s'est entretenus dans le cadre d'études menées depuis 2020 disent que le travail à distance peut nuire à l'innovation à long terme. (Stanford business).
 

Adapter la prévention des risques professionnels au télétravail généralisé

Malgré leur obligation de prévention de la sécurité des salariés, toutes les entreprises ne prennent pas la mesure des risques en télétravail. Même si comme le signale Olivia Fuentes, la prévention des risques et la sécurité des salariés émerge désormais dans les accords télétravail alors qu’elle était un "angle mort des précédents accords" (Actuel HSE).

L'un des enseignements d’une étude sur plusieurs accords d'entreprise que tire Caroline Diard, enseignante-chercheure en management, est que "la création d'un cadre permet de rassurer les collaborateurs en affirmant leurs droits et leurs devoirs, notamment grâce à la mise en œuvre d'une prévention des risques liés à la surconnexion ou la surcharge de travail". Et Géraldine Fort, déléguée générale de l'Observatoire de la RSE, de préciser que "tout l’enjeu consiste à créer ce cadre "de façon collective tout en prenant en compte les besoins individuels des salariés".

Par ailleurs, Emilie Vayre pointe que "l’instauration du télétravail ne se résume pas à mettre à disposition des télétravailleurs du matériel, du mobilier, des plans de travail adaptés et à les accompagner dans l’aménagement de leur poste de travail à domicile", bien que ces mesures soient indispensables à la prévention des risques. "Le déploiement du télétravail" poursuit-elle "requiert une transformation de la conception du travail et de son organisation au sein des structures."
C’est dans cette optique que l’Inrs a produit un guide télétravail qui identifie les mesures de prévention en matière d’environnement de travail, d’outils technologiques, en matière d’autonomie et de charge de travail, au niveau de la relation avec le manager et du collectif de travail.
 

Le télétravail nécessite que ses modalités soient adaptées aux activités réelles et aux caractéristiques de l’entreprise. La prise en compte des risques potentiels du travail hybride permettra de favoriser les bons dosages de télétravail et de travail sur site et de développer les bons usages de ces modalités.
Comme le souligne Armand Hatchuel, si les prémices de l’hybridation du travail dessinent les contours du futur monde du travail comme nouveau mode d’organisation du travail flexible, il faut "concevoir les modalités d’un télétravail soutenable qui ne paie pas l’ubiquité prodigieuse des lieux de travail par un isolement des salariés et une rigidification des organisations."

Prochain volet : les modalités de déploiement du travail hybride.

L'expérience du télétravail massif en 2020 a démontré que de nombreuses tâches sont réalisables à distance, souvent avec des gains de productivité. Pour autant, même si cette modalité de travail est majoritairement positive pour les salariés, dans la durée, le télétravail improvisé et non encadré peut générer des risques pour la santé et les dynamiques de collaboration. Pour les entreprises qui généralisent aujourd’hui le travail "hybride", alternant travail sur site et télétravail, l’enjeu est de trouver l’équilibre "entre la flexibilité du travail à distance et les interactions en face à face avec les managers et les collègues". (Contreras et al., 2020). Et cette transformation implique une réflexion préalable sur les nouvelles conditions de travail et la structure organisationnelle. État des lieux, dans ce premier volet, des enjeux et défis du télétravail généralisé au regard des risques professionnels et de leur prévention.
table de travail à domicile télétravail

02.06.2021 à 11:18

Vive le travail !

h.faucheron.vmi

Vive le travail !

Marianne Lère, dans ce documentaire en deux parties, dresse huit portraits de travailleurs européens qui illustrent l'évolution du travail, et de ses conditions. Chaque cas est commenté par différents chercheurs, sociologues, économistes ou philosophes qui mettent en perspective ces trajectoires individuelles.

 

 

"Vive le travail !" partie 1 un éternel combat et partie 2 Et l’humain dans tout ça ?,
de Marianne Lère, disponible sur Arte jusqu'au 23/10/2021 

 

 

La quête du sens comme facteur de satisfaction au travail

 

Une caractéristique marque les différents témoignages : les travailleurs présentés affirment être heureux dans ce qu’ils font. Cette satisfaction provient du sentiment d’utilité qu’ils tirent de leur activité.

La nécessité de trouver du sens dans son métier conduit les salariés à réfléchir à leur reconversion professionnelle. C'est le cas de Will, professeur vacataire dans une université anglaise, il a créé un think-tank Autonomy, qui questionne la place du travail aujourd'hui. Lise, elle, a quitté son emploi de chargée de mission agronome pour se lancer dans la culture de miscanthus, une graminée dont la culture a un haut potentiel écologique.

Le documentaire nous présente également Annie, Frank et Raphaël, travailleurs du care, qui trouvent leur utilité sociale dans la bienveillance et l’aide qu’ils peuvent prodiguer à autrui, à travers l’accompagnement, le conseil, ou encore l’animation.

 

 

Des métiers précaires et instables marqués par les discriminations

 

La question de la rémunération juste, qui serait adaptée à l’utilité sociale d’une profession est posée. Aide à domicile, Annie gagne à peine plus que le SMIC, quand Lise n’arrive pas encore à vivre de sa reconversion.

 

Christine décide quant à elle de quitter son ancien travail marqué par un machisme omniprésent, rendant difficile la conciliation entre vie professionnelle et un premier enfant. Cette discrimination par le genre a été pour elle la cause d'une dépression, qui a débouché sur une reconversion dans un organisme plus flexible, lui permettant de travailler à temps partiel sans pour autant en être pénalisée par rapport à ses collègues à temps plein.

 

Vincent accumule les CDD en tant qu’assistant d’éducation. Cependant la loi contraint l’employeur à titulariser les employés au bout de 6 ans de CDD, ce qui, généralement, débouche sur le non-renouvellement du contrat. Vincent, Christine, Lise et Annie sont autant d’exemples concrets des difficultés de l’emploi. Chaque profil porte en lui le paradoxe de la satisfaction et de la fragilité de la situation professionnelle, posant la question de la reconnaissance des travailleurs.

 

 

Se mobiliser dans l’intérêt de l’humain

 

Henry a constitué le syndicat des travailleurs indépendants de Grande-Bretagne en réponse aux injustices dont peuvent faire preuve les employeurs auprès des sous-traitants et travailleurs à la tâche, souvent émigrés : modification des contrats, salaires impayés, etc.

L'occasion pour Thomas Coutrot, économiste, de rebondir sur l’émergence du "taylorisme informatique" et de faire le parallèle entre la perte d’autonomie des salariés et la capacité à se mobiliser : faire comprendre aux employés qu’ils pouvaient agir collectivement fût très difficile pour Henry.

 

Directeur d’un centre d’aide aux chômeurs à Berlin, Franck tente d’accompagner du mieux qu’il peut les personnes sans emploi. Selon lui, le problème n’est pas individuel mais structurel : la société ne fait pas de place aux exclus du travail.

 

Cette conception du travail en tant qu’espace d’intégration est confirmée par deux sociologues, Anke Hassel et Sarah Abdelnour, qui saluent les métiers du social comme celui de Franck. Essentiels, ils participent selon Thomas Coutrot à la bonne santé de nos sociétés qui voient s’affronter « le monde des travailleurs et celui des affaires », de l’homme face au profit.

 

La documentaliste nous montre, au travers de ces portraits singuliers et commentés, les forces d'aliénation et d'émancipation à l'oeuvre dans le monde du travail.

 

Texte intégral (1755 mots)
Vive le travail !

Marianne Lère, dans ce documentaire en deux parties, dresse huit portraits de travailleurs européens qui illustrent l'évolution du travail, et de ses conditions. Chaque cas est commenté par différents chercheurs, sociologues, économistes ou philosophes qui mettent en perspective ces trajectoires individuelles.

 

 

"Vive le travail !" partie 1 un éternel combat et partie 2 Et l’humain dans tout ça ?,
de Marianne Lère, disponible sur Arte jusqu'au 23/10/2021 

 

 

La quête du sens comme facteur de satisfaction au travail

 

Une caractéristique marque les différents témoignages : les travailleurs présentés affirment être heureux dans ce qu’ils font. Cette satisfaction provient du sentiment d’utilité qu’ils tirent de leur activité.

La nécessité de trouver du sens dans son métier conduit les salariés à réfléchir à leur reconversion professionnelle. C'est le cas de Will, professeur vacataire dans une université anglaise, il a créé un think-tank Autonomy, qui questionne la place du travail aujourd'hui. Lise, elle, a quitté son emploi de chargée de mission agronome pour se lancer dans la culture de miscanthus, une graminée dont la culture a un haut potentiel écologique.

Le documentaire nous présente également Annie, Frank et Raphaël, travailleurs du care, qui trouvent leur utilité sociale dans la bienveillance et l’aide qu’ils peuvent prodiguer à autrui, à travers l’accompagnement, le conseil, ou encore l’animation.

 

 

Des métiers précaires et instables marqués par les discriminations

 

La question de la rémunération juste, qui serait adaptée à l’utilité sociale d’une profession est posée. Aide à domicile, Annie gagne à peine plus que le SMIC, quand Lise n’arrive pas encore à vivre de sa reconversion.

 

Christine décide quant à elle de quitter son ancien travail marqué par un machisme omniprésent, rendant difficile la conciliation entre vie professionnelle et un premier enfant. Cette discrimination par le genre a été pour elle la cause d'une dépression, qui a débouché sur une reconversion dans un organisme plus flexible, lui permettant de travailler à temps partiel sans pour autant en être pénalisée par rapport à ses collègues à temps plein.

 

Vincent accumule les CDD en tant qu’assistant d’éducation. Cependant la loi contraint l’employeur à titulariser les employés au bout de 6 ans de CDD, ce qui, généralement, débouche sur le non-renouvellement du contrat. Vincent, Christine, Lise et Annie sont autant d’exemples concrets des difficultés de l’emploi. Chaque profil porte en lui le paradoxe de la satisfaction et de la fragilité de la situation professionnelle, posant la question de la reconnaissance des travailleurs.

 

 

Se mobiliser dans l’intérêt de l’humain

 

Henry a constitué le syndicat des travailleurs indépendants de Grande-Bretagne en réponse aux injustices dont peuvent faire preuve les employeurs auprès des sous-traitants et travailleurs à la tâche, souvent émigrés : modification des contrats, salaires impayés, etc.

L'occasion pour Thomas Coutrot, économiste, de rebondir sur l’émergence du "taylorisme informatique" et de faire le parallèle entre la perte d’autonomie des salariés et la capacité à se mobiliser : faire comprendre aux employés qu’ils pouvaient agir collectivement fût très difficile pour Henry.

 

Directeur d’un centre d’aide aux chômeurs à Berlin, Franck tente d’accompagner du mieux qu’il peut les personnes sans emploi. Selon lui, le problème n’est pas individuel mais structurel : la société ne fait pas de place aux exclus du travail.

 

Cette conception du travail en tant qu’espace d’intégration est confirmée par deux sociologues, Anke Hassel et Sarah Abdelnour, qui saluent les métiers du social comme celui de Franck. Essentiels, ils participent selon Thomas Coutrot à la bonne santé de nos sociétés qui voient s’affronter « le monde des travailleurs et celui des affaires », de l’homme face au profit.

 

La documentaliste nous montre, au travers de ces portraits singuliers et commentés, les forces d'aliénation et d'émancipation à l'oeuvre dans le monde du travail.

 

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