04.04.2025 à 13:16
La presse, la justice, les ONG ou les minorités (religieuses, LGBT+, etc.)… nombreuses sont les cibles de Viktor Orbán depuis sa réélection en avril 2010. Alors qu'il avait affiché un visage plutôt libéral lors de son premier mandat (entre 1998 et 2002), le leader d'extrême droite se livre depuis son retour au pouvoir à des […]
L’article Etat de droit, séparation des pouvoirs, droits des minorités… que fait l'Union européenne pour lutter contre les dérives de la Hongrie ? est apparu en premier sur Touteleurope.eu.
La presse, la justice, les ONG ou les minorités (religieuses, LGBT+, etc.)… nombreuses sont les cibles de Viktor Orbán depuis sa réélection en avril 2010. Alors qu'il avait affiché un visage plutôt libéral lors de son premier mandat (entre 1998 et 2002), le leader d'extrême droite se livre depuis son retour au pouvoir à des attaques en règle contre l'état de droit.
Une situation contraire aux valeurs de l'Union européenne, inscrites dans les traités, comme le "respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités". Gardienne de ces principes, la Commission européenne a entamé depuis des années un bras de fer avec Budapest contre ses dérives autoritaires. Tandis que le Parlement européen a de son côté régulièrement condamné les violations de l'état de droit constatées dans le pays.
Retour sur 15 ans années d'affrontements et de procédures entre la Hongrie et l'Union européenne.
Outre la Hongrie, d’autres gouvernements européens ont eux aussi directement menacé les valeurs européennes :
La procédure la plus forte symboliquement est celle dite de l'article 7 (en référence à l'article du traité sur l'Union européenne). Ce dernier donne à l'UE la possibilité de sanctionner un État membre qui ne respecterait pas les valeurs énumérées dans le traité. Il peut en théorie conduire à la suspension des droits de vote d'un Etat membre au Conseil de l'Union européenne - et donc de sa participation à une bonne partie des décisions européennes, qui continueraient toutefois de s'appliquer à lui. La procédure de l'article 7 du traité sur l'Union européenne est parfois qualifié "d'arme nucléaire". La sanction à laquelle elle peut aboutir, à savoir priver un Etat de son droit de vote au Conseil de l'Union européenne, est en effet particulièrement lourde et se veut dissuasive. Elle n'a toutefois jamais pu arriver à son terme.
La procédure prévoit deux volets, chacun pouvant être utilisé indépendamment de l'autre : un mécanisme préventif et un mécanisme de sanctions.
Le 12 septembre 2018, deux tiers des députés européens ont voté en faveur du déclenchement de la procédure pour la Hongrie. Leurs préoccupations portaient notamment sur l'indépendance de la justice, la liberté d'expression, la corruption, le droit des minorités et la situation des migrants et des réfugiés. Cette étape constitue le premier volet de la procédure.
En mars 2025, la situation en est toujours à ce stade car le Conseil n’a pas encore statué, malgré les demandes répétées de nombreux décideurs politiques, dont des parlementaires européens. Autrement dit, il n’a pas officiellement constaté l’existence d’un risque clair de violation grave de l’état de droit.
Mais c'est l’unanimité requise au Conseil européen (moins le pays visé) pour déclencher le “volet répressif” qui constitue le principal obstacle. Puisque Budapest pourrait alors recevoir le soutien de certains alliés, comme le Slovaque Robert Fico ou l'Italienne Georgia Meloni, et donc bloquer le processus.
Pour sanctionner la Hongrie, les institutions européennes ont également mis en place des procédures d'ordre financier. Celles-ci ont été élaborées en 2020 avec l'adoption d'un mécanisme de conditionnalité des fonds européens au respect de l'état de droit. Le principe est simple : si un pays se rend coupable de violations de l'état de droit, l'Union européenne peut décider de suspendre les différentes aides financières dont il est censé bénéficier, notamment ceux de la politique de cohésion.
Cette procédure a été déclenchée pour la première fois par la Commission européenne à l'encontre de la Hongrie le 27 avril 2022, trois semaines après la réélection de Viktor Orbán à la tête du pays. En décembre de la même année, face aux menaces de véto du Premier ministre hongrois sur d'autres dossiers, les ambassadeurs des Vingt-Sept sont finalement parvenus à un compromis. Alors que la Commission proposait de geler 7,5 milliards d'euros, le Conseil a finalement opté pour un gel de 6,3 milliards d'euros. Sur ces derniers, Budapest a par ailleurs définitivement perdu 1,04 milliard d'euros qui devaient être alloués avant la fin de l'année 2024.
Le 16 novembre 2020, Budapest et Varsovie bloquent ensemble le budget pluriannuel de l’Union européenne et le plan de relance approuvé en juillet de la même année pour faire face à la crise économique engendrée par la pandémie de Covid-19. La création d’un mécanisme permettant de priver de fonds européens les Etats membres accusés de violer les principes de l’état de droit a poussé les deux pays à s’opposer à cet accord.
Trois semaines après avoir mis leur véto au plan de relance européen et au budget communautaire, les dirigeants polonais et hongrois affirment les 8 et 9 décembre 2020 qu’ils sont prêts à le lever après avoir obtenu des garanties interprétatives suffisantes et un compromis sur la mise en œuvre de ce mécanisme de conditionnalité à l’état de droit.
Le règlement relatif au mécanisme de conditionnalité est officiellement adopté le 16 décembre 2020.
Le 5 avril 2022, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen annonce devant le Parlement européen que l’organe exécutif européen va prochainement lancer la première activation de ce mécanisme de conditionnalité à l’état de droit contre la Hongrie. Cette procédure est formellement ouverte le 27 avril par le commissaire européen au Budget Johannes Hahn.
Le 30 novembre 2022, la Commission européenne propose finalement de geler le versement de 13,3 milliards d’euros de fonds européens à la Hongrie, dont 7,5 milliards d’euros sont issus des fonds de cohésion destinés au pays. Les 5,8 milliards d’euros restants correspondent aux subventions allouées dans le cadre du plan de relance européen. La Commission estime que “la Hongrie n’a pas suffisamment progressé dans ses réformes et doit respecter ses engagements afin de recevoir les fonds européens”. Pourtant ces mannes financières semblent indispensables pour Budapest, en proie à de graves difficultés économiques.
Petite subtilité : lors de l’annonce du gel de 13,3 milliards d’euros (dont une partie issue du plan de relance), la Commission européenne a tout de même validé le plan hongrois. Une étape qui était nécessaire avant la fin de l’année, sans quoi Budapest aurait pu définitivement perdre 70 % de son allocation. Mais pour toucher les fonds, le gouvernement hongrois doit mettre en œuvre les réformes indiquées par la Commission européenne.
Le 12 décembre 2022, les ambassadeurs des Vingt-Sept sont parvenus à un accord pour débloquer la situation. Cette validation nécessitait la majorité qualifiée des Etats, soit au moins 15 pays sur 27 représentant au minimum 65 % de la population de l’UE.
Le Conseil a ainsi décidé de suspendre 6,3 milliards d’euros sur les 7,5 initialement proposés par la Commission européenne. Le plan de relance hongrois est par ailleurs validé mais 27 “super jalons” devront être atteints pour débloquer les 5,8 milliards d’euros restants. Cette décision a également permis de débloquer les deux autres dossiers sur lesquels Budapest de mettre son véto : l’aide financière européenne de 18 milliards d’euros à destination de l’Ukraine ainsi que le projet d’impôt mondial sur les grandes entreprises de 15 %, proposé par l’OCDE.
Le 24 avril 2023, la ministre hongroise en charge des Affaires européennes Judit Varga annonce sur son compte Twitter que son pays a trouvé un "accord technique" avec la Commission européenne concernant les super jalons exigés. Budapest espère ainsi un déblocage dans les prochains mois, jugeant que "la balle est dans le camp de [l'exécutif européen]". "Des étapes internes vont suivre pour analyser les progrès réalisés", a pour sa part répondu le commissaire européen à la Justice Didier Reynders.
Ainsi, la Commission européenne annonce, le 13 décembre 2023, le déblocage d'une partie des fonds de cohésion destinés à la Hongrie, à savoir 10,2 milliards d'euros, estimant que Budapest a mis en œuvre plusieurs des mesures qu'elle s'était engagée à prendre afin d'améliorer l'indépendance de son système judiciaire.
Toutefois, le Parlement européen s'est opposé à cette décision de l'exécutif européen, saisissant la Cour de justice de l'UE le 25 mars 2024. Les eurodéputés estiment en effet que les "super jalons" sur lesquels Budapest s'était engagée à mettre en place des réformes afin de garantir l'indépendance de son système judiciaire n'ont pas été entièrement remplis.
A cette somme s'ajoutent également les fonds du plan de relance européen, adopté en juillet 2020 pour faire face au choc économique de la pandémie de Covid-19. Pour bénéficier de ces aides, chaque Etat a dû présenter à la Commission européenne un plan national dans lequel il détaille à quoi serviront les fonds. Si le plan hongrois a été adopté en décembre 2022, Budapest n'a pour le moment touché qu'une toute petite partie (correspondant à un préfinancement déboursé automatiquement). L'administration hongroise doit en effet présenter des réformes afin de bénéficier des fonds restants, conformément aux décisions de la Commission validées par le Conseil.
"Au total, 19 milliards d'euros de fonds européens (dont ceux du plan de relance) restent bloqués", d'après les calculs effectués par le Financial Times.
En plus de ces procédures exceptionnelles, la Commission européenne a également déclenché de nombreuses procédures d'infraction. Celles-ci sont lancées par l'exécutif européen lorsqu'il constate qu'un Etat membre ne respecte pas ou applique incorrectement les législations ou les traités européens.
La procédure d'infraction se déroule en plusieurs étapes. La Commission adresse d'abord une mise en demeure informelle à l'Etat concerné, qui détaille les violations présumées et demande une réponse. Si la situation n'est pas corrigée, elle peut envoyer un avis motivé puis, en l’absence de conformité, porter l’affaire devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Si l’infraction est confirmée et persiste, la Cour peut imposer des amendes, forçant ainsi l’Etat membre à se conformer au droit européen.
Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orbán au pouvoir en 2010, la Commission a régulièrement ouvert des procédures d'infraction à l'encontre de la Hongrie sur les questions relatives à l'état de droit (voir en fin d'article). Certains sont toujours en cours ou viennent d'aboutir :
Le 15 juillet 2021, la Commission européenne a ouvert des procédures d’infraction contre la Hongrie et la Pologne pour “atteintes au valeurs fondamentales de l’Union européenne”. En Hongrie, la mesure en cause est une loi contre la représentation et la “promotion” de l’homosexualité.
Après une saisine de la CJUE par l'exécutif européen en décembre 2022, un procès s'est ouvert devant la Cour de justice de l'UE le 19 novembre 2024.
Cette affaire n'empêche pas la gouvernement de Viktor Orbán de multiplier les provocations. Le 18 mars 2025, le Parlement hongrois a ainsi adopté une nouvelle loi rendant illégale l'organisation ou la participation à la Marche des fiertés, un événement annuel qui défend les droits des personnes LGBT+. Les contrevenants risquent une amende de 500 euros, au motif de ne pas respecter la précédente loi de 2021, qui fait justement l'objet de la procédure devant la CJUE.
Le 7 février 2024, la Commission européenne a lancé une procédure d'infraction contre la Hongrie en raison de l'adoption d'une législation adoptée par Budapest qui instaure une autorité de surveillance censée prévenir les "interférences étrangères" dans le processus électoral et "protéger la souveraineté du pays".
Un texte législatif jugé contraire au droit de l'UE, selon l'exécutif européen, qui a décidé de poursuivre la Hongrie devant la Cour de justice de l'UE le 3 octobre 2024.
Le 13 juin 2024, la Cour de justice de l'UE a condamné la Hongrie pour non-respect du droit d'asile, et infligé à Budapest une amende de 200 millions d'euros accompagnée d'une astreinte d'un million d'euros par jour de retard. Dans un communiqué, la plus haute instance juridique de l'Union estime que le pays dirigé par Viktor Orbán n'a pas exécuté un arrêt de décembre 2020, dans lequel elle condamnait la Hongrie pour n'avoir "pas respecté les règles de droit de l'Union en matière, notamment, de procédures relatives à l'octroi de la protection internationale et au retour des ressortissants des pays tiers en séjour irrégulier".
Adoptée le 21 décembre 2010, une nouvelle loi sur les médias prévoit des amendes pouvant atteindre 730 000 euros pour les chaînes de télévision et de radio qui porteraient atteinte à l’intérêt public, à l’ordre public ou à la morale, sans que ces concepts ne soient clairement définis. Elle attribue en outre à une autorité composée de membres du parti au pouvoir, le Fidesz, la fonction de contrôler le contenu des informations diffusées.
Cette loi controversée entre en vigueur le 1er janvier 2011, alors que la Hongrie entame une présidence tournante du Conseil de l’UE
Le 21 janvier 2011, Bruxelles met en demeure la Hongrie et lui accorde deux semaines pour répondre à ses demandes, puisque la loi contrevient selon elle au droit européen.
Viktor Orbán cède finalement à la pression et accepte, le 16 février 2011, d’amender les éléments contestés de sa loi sur les médias.
Le 12 décembre 2011, c’est cette fois à propos de sa réforme de la justice que la Commission européenne demande des clarifications au Premier ministre Viktor Orbán. Elle estime certaines mesures (telles que l’abaissement de l’âge de départ à la retraite des juges de 70 à 62 ans) contraires au principe de séparation des pouvoirs. Adoptées par le Parlement hongrois, celles-ci entrent en vigueur le 1er janvier 2012.
Le 7 mars 2012, la Commission adresse à Budapest deux avis relatifs à l’âge de départ en retraite des magistrats et à l’indépendance de l’autorité hongroise de protection des données personnelles. L’exécutif européen donne un mois à la Hongrie pour réformer sa législation, sous peine de poursuites devant la Cour de justice de l’UE.
La mesure prévoyant l’avancement de l’âge de départ à la retraite des juges de 70 à 62 ans sera finalement abandonnée, après un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne de novembre 2012 qui la juge discriminatoire.
Le 19 décembre 2011, la Commission européenne demande à Budapest de retirer deux projets de réformes qui entreraient en contradiction avec les traités européens. L’une concerne l’indépendance de la Banque centrale hongroise, mise en cause par la fusion prévue avec un Comité monétaire dont les membres pourraient être limogés par le pouvoir législatif. L’autre est liée à la politique fiscale.
Le 22 décembre 2011, Viktor Orbán rejette ces demandes de l’exécutif européen.
Le 30 décembre 2011, la réforme contestée de la Banque centrale est adoptée par le Parlement hongrois. Alors que le pays est en pleine crise économique, la Commission et le Fonds monétaire international (FMI) décident par conséquent d’interrompre un projet de crédit financier (de 15 à 20 milliards d’euros) envisagé pour la Hongrie.
Le 6 juillet 2012, une nouvelle version révisée de la loi sur la Banque centrale hongroise est présentée, dont le texte a été validé cette fois-ci par les institutions internationales.
La nouvelle Constitution de Hongrie entre en vigueur le 1er janvier 2012. Plusieurs des dispositions (notamment celles au sujet de l’indépendance de la Banque centrale, du statut des juges et de l’autorité de protection des données personnelles) qu’elle contient avaient auparavant été vivement dénoncées par l’opposition et par des milliers de manifestants.
Le 17 janvier 2012, la Commission européenne adresse à la Hongrie trois mises en demeure en raison de la non-conformité de dispositions de la nouvelle Constitution vis-à-vis des traités européens.
Le 11 mars 2013, le Parlement hongrois adopte un nouvel amendement à la Constitution, qui prévoit de diminuer les prérogatives du pouvoir judiciaire en plaçant de facto les pouvoirs politiques (législatif et exécutif) au-dessus.
La Commission européenne fait alors rapidement part de ses préoccupations en ce qui concerne la primauté du droit, le droit de l’Union européenne ainsi que l’état de la démocratie et des libertés en Hongrie. C’est la première fois qu’un Etat membre de l’Union se place ouvertement aussi loin des valeurs communautaires.
Le 3 juillet 2013, le Parlement européen vote le rapport du Portugais Rui Tavares. Celui-ci conclut que “la tendance systémique et générale [de la Hongrie] à modifier à plusieurs reprises le cadre constitutionnel et juridique” est “incompatible” avec les valeurs européennes et que cette tendance “aboutira à un risque manifeste de violation grave” de ces mêmes valeurs.
Mais le 20 novembre 2013, l’exécutif européen clôt sa procédure d’infraction. Elle considère que la Hongrie a pris les mesures nécessaires et a mis sa législation en conformité avec le droit de l’UE.
Le 4 avril 2017, le Parlement hongrois vote une loi sur l’enseignement supérieur, qui vise à priver de licence d’exploitation certains établissements d’origine étrangère. Son but quasiment avoué est d’interdire l’Université d’Europe centrale financée par le milliardaire hongro-américain George Soros, puisque c’est la seule université étrangère à ne pas pouvoir s’y conformer.
Dans un arrêt du 6 octobre 2020, la Cour de justice de l’Union européenne juge que la loi hongroise de 2017 sur l’enseignement supérieur est contraire à la Charte des droits fondamentaux de l’Union, qui garantit la liberté académique et la liberté d’entreprise. Les juges de la Cour dénoncent “un moyen de discrimination arbitraire” introduit par la Hongrie, et des conditions “incompatibles avec le droit de l’Union”. Bien que l'institution autorise l'université à se réinstaller à Budapest, celle-ci a choisi de maintenir son siège principal à Vienne, considérant les conditions en Hongrie comme incompatibles avec les principes de liberté académique
Dans la foulée, le 7 avril 2017, le parti de Viktor Orbán dépose une nouvelle proposition de loi afin de contraindre les organisations non gouvernementales (ONG) à déclarer leurs ressources financières qui proviennent de donateurs étrangers. Une nouvelle fois, il apparaît que ce projet vise particulièrement contre le milliardaire américain George Soros, qui en 2016 a distribué 3,6 milliards de dollars aux ONG de Budapest. A cause de cette proposition de loi, les ONG perçues comme “agents de l’étranger” craignent de perdre leurs revenus financiers indispensables à leur activité d’opposition politique. Elle est finalement adoptée le 13 juin 2017.
Un mois plus tard, le 13 juillet, la Commission européenne engage une procédure d’infraction concernant cette loi hongroise. La conclusion tirée est qu'elle n’est pas conforme au droit de l’UE puisqu’elle porte notamment atteinte à la liberté d’association et qu’elle introduit des restrictions disproportionnées à la libre circulation des capitaux.
Considérant que la Hongrie ne répond pas à ses préoccupations, la Commission européenne adresse un avis motivé (deuxième étape de la procédure d’infraction) le 4 octobre 2017. La troisième étape de la procédure d’infraction, le recours devant la Cour de justice de l’Union européenne, est franchie le 7 décembre suivant.
Le 18 juin 2020, la Cour de justice de l’Union européenne condamne cette loi, l’estimant contraire à la liberté de circulation des capitaux au sein de l’UE. Elle statue que ces restrictions imposées aux ONG bafouent le droit à la liberté d’association, le droit au respect de la vie privée et celui à la protection des données personnelles.
Le 18 février 2021, la Commission européenne lance une nouvelle procédure en infraction contre la Hongrie pour cette même loi. L’exécutif européen met en demeure le gouvernement de Viktor Orbán de l’abroger dans un délai de deux mois.
Le 20 avril 2021, le gouvernement hongrois abroge sa loi sur les ONG jugée non conforme au droit européen en envoyant une proposition en ce sens au pouvoir législatif.
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04.04.2025 à 11:34
L’Europe joue la montre sur les directives CSRD et CS3D. Derrière ces acronymes difficiles à saisir se cachent des législations ambitieuses, adoptées dans le cadre du Pacte Vert européen, pour s'assurer que les entreprises – y compris les multinationales – respectent les droits humains et l’environnement. Les premières mesures de ces textes clés sur la […]
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L’Europe joue la montre sur les directives CSRD et CS3D. Derrière ces acronymes difficiles à saisir se cachent des législations ambitieuses, adoptées dans le cadre du Pacte Vert européen, pour s'assurer que les entreprises – y compris les multinationales – respectent les droits humains et l’environnement.
Les premières mesures de ces textes clés sur la finance verte auraient dû entrer en vigueur dès cette année. Le calendrier a cependant été chamboulé par le paquet Omnibus, un vaste plan de simplification des normes européennes visant à renforcer la compétitivité du continent, présenté par la Commission en janvier dernier.
Cette dernière a trouvé un accord avec les Etats membres de l’UE le 26 mars pour laisser plus de temps aux entreprises avant d'appliquer ces nouvelles exigences sociales et environnementales. Jeudi 3 avril, c’était au tour des eurodéputés de se prononcer pour inscrire ce report à l’agenda. Il a été largement adopté avec 531 voix pour, 69 contre et 17 abstentions.
La première vise à orienter les financements des investisseurs vers des activités bénéfiques à l’environnement et aux droits humains, grâce aux informations fournies par les sociétés sur leurs activités (un reporting extra-financier). Les entreprises de plus de 250 salariés (avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 millions d’euros) auront donc l’obligation de communiquer sur leurs initiatives en faveur du développement durable.
La seconde concerne les entreprises de plus de 1 000 salariés (avec un chiffre d’affaires annuel supérieur à 450 millions d’euros), et entend limiter les effets négatifs de leur activité sur les droits humains et l’environnement, y compris leurs sous-traitants et leurs fournisseurs. En somme, les entreprises devront respecter les droits sociaux et environnementaux sur toute leur chaîne d'activité, de la conception d’un produit jusqu'à sa livraison. Ce qui signifie qu’elles ne pourront plus fermer les yeux sur l'esclavage, le travail des enfants, ou encore les pratiques polluantes et nocives pour la biodiversité.
Ces deux textes adoptés lors de la précédente législature (2019-2024) entreront progressivement en application, avec plusieurs phases selon la taille des entreprises. A commencer par les plus grands groupes.
La Commission européenne a proposé de revoir ces deux directives dans le cadre d’un vaste plan de simplification des normes européennes, appelé Omnibus. Celui-ci vise à stimuler la compétitivité économique de l'UE, fer de lance de la nouvelle Commission, dans la lignée des recommandations du rapport Draghi. Pour l’exécutif européen, l’objectif est aussi de réaliser des économies sur les coûts administratifs annuels d'environ 6,3 milliards d'euros, et de mobiliser 50 milliards d'euros supplémentaires d'investissement public et privé.
Les législations sur le reporting en matière de durabilité, le devoir de vigilance mais aussi le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières sont dans le viseur d’un certain nombre d'entreprises européennes, qui leur reprochent de représenter une charge administrative trop lourde. Outre l’allongement du calendrier, la Commission compte désormais exclure une majorité d’entreprises du champ d’application de ces directives, notamment les PME. Dans le cas du reporting extra-financier (CSRD), 80 % des entreprises pourraient être exemptées des obligations de la directive.
Les députés européens se sont prononcés en faveur d'un délai d’application des deux législations, jeudi 3 avril.
Une fois la proposition entérinée, l'obligation de produire des rapports sociaux et environnementaux (CSRD) débutera en 2028 pour les entreprises de plus de 250 salariés, et 2029 pour les PME cotées en bourse.
Quant au devoir de vigilance (CS3D), son application est reportée à 2028 pour les grandes entreprises employant plus de 5 000 personnes et ayant un chiffres d'affaires supérieur à 1,5 milliard d'euros. Même chose pour les entreprises non-européennes réalisant un chiffre d'affaires équivalent dans l'UE. Les entreprises à partir de 3 000 employés (chiffre d'affaires supérieur à 900 millions d’euros) seront soumises aux mêmes obligations à partir de 2028.
Dans les prochaines semaines, la commission des affaires juridiques du Parlement européen se penchera sur une deuxième proposition, cette fois-ci plus générale, modifiant le cœur même des directives. Autrement dit, les règles du devoir de vigilance et des exigences en matière d'information sur le développement durable seront révisées afin d’alléger la charge administrative pour les entreprises. Au détriment des ambitions du Pacte Vert ?
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04.04.2025 à 10:52
La question de l'acquisition de la nationalité suscite d'importants débats en Europe, où coexistent deux grands principes juridiques : le droit du sol (jus soli) et le droit du sang (jus sanguinis). Si certains pays appliquent l'un de ces principes de manière stricte, d'autres combinent les deux avec des conditions variables. Qu'en est-il réellement en […]
L’article [Comparatif] Droit du sol, droit du sang : comment les pays de l'UE attribuent-ils la nationalité ? est apparu en premier sur Touteleurope.eu.
La question de l'acquisition de la nationalité suscite d'importants débats en Europe, où coexistent deux grands principes juridiques : le droit du sol (jus soli) et le droit du sang (jus sanguinis). Si certains pays appliquent l'un de ces principes de manière stricte, d'autres combinent les deux avec des conditions variables. Qu'en est-il réellement en France et chez nos voisins européens ?
Le droit du sol permet à un individu né sur le territoire d'un pays d'en obtenir la nationalité, mais il est rarement inconditionnel en Europe. Contrairement aux Amériques où plusieurs pays accordent automatiquement la citoyenneté à toute personne née sur leur sol, comme les Etats-Unis (dont Donald Trump souhaite durcir les conditions de nationalité pour les enfants de migrants), les pays européens subordonnent souvent l'application de ce principe à des critères précis.
C’est par exemple le cas de la Belgique, de l’Allemagne et de l'Irlande. Ces conditions concernent notamment le statut et la durée de résidence des parents. Ainsi, un jeune Belge peut obtenir la nationalité si ses parents ont résidé sur le territoire pendant cinq des dix dernières années tandis que chez nos voisins germaniques, la règle est que l’un des parents ait résidé habituellement et légalement dans le pays pendant au moins huit ans.
Comme d'autres pays européens, la France repose sur un système particulier appelé "double droit du sol". Dans l'Hexagone, un enfant né de parents étrangers peut devenir français à sa majorité s’il vit en France depuis au moins cinq ans à partir de ses 11 ans. Il obtient aussi la nationalité à la naissance si ses parents sont apatrides ou ne peuvent pas lui transmettre leur propre nationalité.
A noter qu'un enfant vivant en France peut obtenir la nationalité française par déclaration, avant sa majorité et avec des conditions de durée de résidence :
Ce régime existe aussi au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Portugal et en Espagne.
À Mayotte, le droit du sol est plus restrictif qu’en métropole en raison des spécificités migratoires du territoire. Depuis une loi de 2018, un enfant né de parents étrangers ne peut obtenir la nationalité française que si l’un d’eux justifie d’une résidence régulière d’au moins trois mois avant la naissance.
Un projet de réforme visant à durcir davantage le droit du sol à Mayotte a été approuvé par une commission mixte paritaire le 1er avril 2025. Si le texte est définitivement adopté par l'Assemblée nationale et le Sénat, les deux parents devront prouver une résidence d’au moins un an sur le territoire (ou un seul parent en cas de famille monoparentale). De plus, un passeport biométrique sera exigé, une mesure critiquée pour son caractère potentiellement discriminatoire, puisque certains pays ne délivrent pas ce type de document.
Le droit du sang demeure le principe dominant dans la plupart des pays européens. Au total, 19 pays appliquent un droit du sang strict parmi les Vingt-Sept.
Celui-ci stipule qu'un enfant acquiert la nationalité de ses parents, indépendamment de son lieu de naissance. Ainsi, dans des pays comme l'Italie, le Danemark ou l'Autriche, un enfant né de parents étrangers ne peut pas obtenir la nationalité du pays de naissance, à moins de remplir une liste de conditions strictes.
Pour mieux comprendre, en dehors du droit en vigueur, ne peut devenir Danois qu'un individu ayant habité dans le royaume les dix-neuf premières années de sa vie. De l'autre côté des Alpes, un enfant né en Italie de parents étrangers peut demander la citoyenneté italienne s'il a résidé légalement et de manière continue dans le pays jusqu'à ses 18 ans, et déposé une demande avant ses 19 ans. Le droit du sol y est donc une exception.
Au Royaume-Uni, toute personne née dans le pays avant le 1er janvier 1983 est citoyen britannique. Depuis, il faut qu’au moins un des parents soit britannique ou soit autorisé à résider sans limitation sur le territoire.
Si le droit du sol subsiste en Europe, il tend à se restreindre avec le temps. Au-delà du cas de Mayotte cité plus haut, plusieurs pays ont révisé leurs lois pour introduire des conditions de résidence parentale ou limiter les cas d'acquisition automatique. Par exemple, l'Etat luxembourgeois a modifié sa législation en 2008 pour n'accorder la nationalité qu'aux enfants nés de parents déjà nés dans le pays.
Le droit du sol et le droit du sang coexistent donc en Europe, mais avec des variations notables d'un pays à l'autre. Actuellement, aucun pays de l'Union européenne n'accorde une citoyenneté inconditionnelle à la naissance sur son sol.
Pays | Régime de nationalité |
Allemagne ![]() | Politique mixte |
Autriche ![]() | Droit du sang |
Belgique ![]() | Politique mixte |
Bulgarie ![]() | Droit du sang |
Chypre ![]() | Droit du sang |
Croatie ![]() | Droit du sang |
Danemark ![]() | Droit du sang |
Espagne ![]() | Politique mixte |
Estonie ![]() | Droit du sang |
Finlande ![]() | Droit du sang |
France ![]() | Politique mixte |
Grèce ![]() | Droit du sang |
Hongrie ![]() | Droit du sang |
Irlande ![]() | Politique mixte |
Italie ![]() | Droit du sang |
Lettonie ![]() | Droit du sang |
Lituanie ![]() | Droit du sang |
Luxembourg ![]() | Politique mixte |
Malte ![]() | Droit du sang |
Pays-Bas ![]() | Politique mixte |
Pologne ![]() | Droit du sang |
Portugal ![]() | Politique mixte |
République tchèque ![]() | Droit du sang |
Roumanie ![]() | Droit du sang |
Slovaquie ![]() | Droit du sang |
Slovénie ![]() | Droit du sang |
Suède ![]() | Droit du sang |
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