"J'ai eu envie de faire le portrait d'une femme d'environ 55 ans qui irait bien, et qui se serait accomplie autrement qu'à travers la maternité et qu'à travers l'amour", explique la réalisatrice, rencontrée par l'AFP quelques heures avant la montée des marches.
Son film, qui sortira en salle le 9 septembre, suit Gabrielle (Léa Drucker), une chirurgienne qui se démultiplie dans son travail pour tenir à bout de bras le service qu'elle dirige dans un hôpital public, tout en s'occupant de sa mère atteinte de démence.
Elle cumule les responsabilités et vit aux côtés de son compagnon, père de jeunes adultes, mais une rencontre avec une romancière (Mélanie Thierry) venue observer les coulisses de l'hôpital pour écrire un livre va fragiliser son équilibre.
"Cette femme, qui a l'air d'une grande maitrise, se fait cueillir par une histoire, par une passion qui la surprend elle-même", décrit Léa Drucker, qui n'a eu aucun mal à s'identifier au personnage.
"Je vois la vie comme ça aussi, donc je n'ai pas eu tellement de mal à me projeter dans la vie intérieure de cette femme" et sa volonté de se laisser emporter lorsqu'une aventure se présente.
Ouvrir les récits
Sans enfant, dévouée corps et âme à son travail, Gabrielle a choisi de vivre heureuse, embrassant une vie amoureuse et érotique épanouie.
"J'avais presque un besoin de représenter un personnage comme ça", affirme Charline Bourgeois-Tacquet, dont c'est le deuxième long-métrage.
"J'ai observé au fil des années que mes amies de 55, 60 ou 65 ans qui m'avaient l'air les plus heureuses et les plus épanouies pouvaient être des femmes qui n'avaient pas d'enfants, avec une vie amoureuse très riche, un métier qui les passionne. Et je me suis dit, mais ce personnage-là, on ne le voit pas au cinéma", souligne-t-elle.
Léa Drucker, dont la carrière a décollé tardivement mais qui fait aujourd'hui partie des actrices les plus prisées du cinéma français, estime elle aussi que les films doivent "ouvrir les récits sur les femmes de ma génération".
"Il y a tellement de choses à raconter", insiste l'actrice de 54 ans, qui a décroché le deuxième César de sa carrière en février dernier. Elle estime avoir eu "de la chance" de voir sa carrière décoller à 40 ans: "c'est très exceptionnel" dans un milieu où la jeunesse est reine.
"On est sur le chemin mais on n'y est pas encore, on n'est pas arrivés au bout de ce combat-là", défend-elle.
Dans "La vie d'une femme", Léa Drucker assume ses choix de vie, traverse des drames comme des joies, et se laisse aller à vivre une romance avec une autre femme.
"Je trouvais ça très joyeux de montrer cette femme dans ce qu'elle a aussi de sensuel et de sa vie charnelle", salue l'actrice. "Il y a 25 ans, on ne faisait pas ça", se réjouit-elle.